‹ Traité pratique des maladies cancéreusesChapitre 8 sur 77 · DEVELOPPEMENT DU CANCER · texte numérisé non relu

DEVELOPPEMENT DU CANCER

<jue nous avons observé des entozoaires du genf eFilaria. Nous avons plusieurs fois trouvé une infiltration purulente dans des cancers du sein , deux fois nous avons vu des abcès circonscrits dans des cancers du testicule. Dans un cas d’encéphaloïde multiple des poumons, toutes ces tumeurs cancéreuses étaient suppurées en dedans. Nous avons omis à dessein de citer cette première période de l’inflammation où une exagération vasculaire locale coïncidait avec la rougeur et avec l’état phlegmasique des parties qui recouvraient le cancer, parce que dans ce cas on pourrait nous faire deux objections : la première, c’est qu’aucun produit inflammatoire n’étant constaté , la vascularité partielle très prononcée pouvait ne pas être inflammatoire et constituer simplement un état prononcé d’hypérémie. L’autre objection serait que, lors même que cette vascularité serait inflammatoire, elle pourrait tenir à la simple propagation du travail phlegmasique provenant des parties voisines distendues, comprimées et phlegmasiées.

La gangrène du cancer est évidemment aussi une conséquence d’un trouble circulatoire. Il y a toujours, à la rigueur, dans l’ulcération une espèce de gangrène moléculaire. Nous avons observé plusieurs fois à la surface du cancer du sein, de l’utérus, et de celui du tube digestif, des plaques vraiment gangréneuses qui tendaient à se détacher et qui avaient tous les caractères de la gangrène , de ce sphacèle local que l’on observe dans des circonstances variées à la suite de l’arrêt de la circulation dans toute une partie organique. Nous avons vu plusieurs fois des portions cancéreuses se détacher ainsi partiellement et finir par tomber tout à fait. Il existe dans la science des exemples de gangrène beaucoup plus étendue de tumeurs cancéreuses , mais ce fait est rare. Pour notre compte , nous n’avons vu qu’une seule fois une tumeur volumineuse du sein tomber par la gangrène à la suite d’une ligature en masse faite à sa base. Quant à la gangrène sèche, nous ne l’avons jamais observée dans le cancer. Nous reviendrons , du reste , encore plus loin sur la gangrène du cancer. Il résulte , en général , de tout ce que nous connaissons de ce mode de terminaison , que c’est un phénomène local de peu d’importance , et qu’il ne produit guère les ravages que produit 1a. gangrène dans d’autres circonstances, telles que la pourriture d’hôpital, le sphacèle des plaies , la momification de membres entiers consécutive à l’oblitération vasculaire , etc.

Les changements que nous avions signalés jusqu’à présent se rapportaient essentiellement à des troubles de nutrition. Nous avons encore un autre ordre d’altération à envisager qui n’est pas moins

important à connaître. Ce sont les changements qui s’opèrent dans l’élément cellulaire du cancer. Nous les avons déjà indiqués plus haut, quant aux changements moléculaires , en parlant avec détail de ses cellules. Le plus commun est l’infiltration granuleuse et graisseuse, qui, lorsqu’elle s’opère sur une grande étendue, donne au cancer cet aspect particulier qui le fait ressembler au tubercule et que nous désignons sous le nom de phymatoïde. On dirait des portions de tissu dans lesquelles les vaisseaux généralement ne pénètrent plus, et qui , semblables à la matière d’un corps jaune ancien , sont plutôt les résidus du tissu cancéreux que de la matière cancéreuse douée de toutes ses propriétés. Le dessèchement des cellules cancéreuses est également une de leurs altérations, et nous avons cru remarquer qu'il s’opérait surtout lorsque la vascularité diminuait ou cessait dans cette portion de cancer atrophié. Cette altération est analogue à la précédente ; seulement les cellules y subissent un degré moindre d’infiltration graisseuse.

Après avoir indiqué tous ces divers changements, nous sommes conduit tout naturellement à la grande et importante question de la guérison locale du cancer. Cette question , qui avait été souvent agitée à une époque où des recherches trop peu exactes ne mettaient pas les observateurs à même de distinguer ce qui était réellement cancéreux et ce qui ne l’était pas , a été reprise de nos jours. Le point de départ de ces nouvelles recherches et théories a été le fait signalé il y a six ans environ, dans l’école de Prague, parM.Boschdalek, qui prétendait que le cancer du foie guérissait assez souvent, que les tumeurs cancéreuses se séchaient, se transformaient en véritables cicatrices , et que le malade était alors radicalement guéri de son cancer. Cette opinion s’accrédita davantage lorsque M. Oppolzer eut publié plusieurs cas de guérison de cancer du foie, observations dans lesquelles il décrit les signes locaux et généraux appartenant au cancer du foie qui peu à peu disparaissent et font place à une guérison définitive. Nous reviendrons sur cette discussion plus tard, en parlant du cancer du foie ; mais nous dirons, dès à présent, que ces guérisons de cancers hépatiques ne nous paraissent pas démontrées par des observations assez complètes et suffisamment exactes. Aujourd’hui il est reconnu, dans l’école de Prague même, que ces prétendus cancers du foie guéris n’ont jamais été des cancers, et M. Dietrich, dans une série de mémoires fort remarquables, rattache ces cicatrices à la syphilis constitutionnelle.

La guérison locale du cancer allait retomber dans l’oubli, lorsque

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