‹ Traité pratique des maladies chroniquesChapitre 10 sur 86 · CATARRHE INTESTINAL, ENTÉRORRHÉE, DIARRHÉE · texte numérisé non relu

CATARRHE INTESTINAL, ENTÉRORRHÉE, DIARRHÉE

L'entérorrhée est, suivant M. Monneret, une maladie de l'intestin qui provoque l'écoulement plus ou moins abondant, par les selle?, d'une matière liquide, mucoso-séreuse, sans qu'il y ait de lésion appréciable de la tunique muqueuse. C'est un flux, une hypercrinie idiopathique de l'ap-r pareil sécréteur inteslinal, auquel on doit rapporter les diarrhées essentielles (1). Cette définition de l'entérorrhée, ou catarrhe intestinal simple, me paraît très-précise : mais la constitution de la maladie, au point de vue clinique, n'est pas toujours facile à établir.

Qu'il y ait des diarrhées qui dépendent exclusivement d'une exagération des sécrétions intestinales, et qui ne s'accompagnent d'aucune des altéralions que nous avons rapportées à l'entérite chronique, ceci ne doit pas faire de doute. On a pu maintes fois s'assurer, chez les enfants surtout, de l'absence de toute lésion appréciable dans des cas de diarrhée grave. Les caractères et la marche de la maladie portent à penser qu'il en arrive de même chez les adultes, mais sans ofl'rir une semblable gravité ; et c'est ce défaut de gravité qui laisse une lacune dans l'histoire de ces diarrhées, en ne permettant pas de contrôler anatomiquement l'absence d'une entérite.

Je n'ai pas à m'occuper ici des diarrhées de ce genre qui se montrent sous une forme aiguë, de courte durée> et se développent très-manifestement sous l'influence du froid ou de causes afi*ectives ; c'est cependant à peu près la seule qu'aient eue en vue les auteurs qui ont parlé de l'entérorrhée, ou de la diarrhée catarrhale (2).

(1) Monneret, Traifé élémentaire de pathologie interne^ <864, t. I, p. 552.

(2) GrisoUe, Traité élémentaire et pratique de pathologie interne^ 1850, t. I, p. 753,

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Le catarrhe de l'intestin peut être rapprocW, sous le rapport pathologique, et notamment sous le rapport sémiologique, du catarrhe des bronches. La fréquence beaucoup plus grande de ce dernier, surtout chez les vieillards, l'apparence constitutionnelle qu'il paraît en quelque sorte revêtir, et qui, en raison de sa moindre gravité, lui permet de se prolonger indéfiniment sans compromettre l'existence, fournissent de nombreuses occasions de reconnaître l'état de la membrane muqueuse siège de ces supersécrétions prolongées et excessives. Or, on constate le plus souvent, en pareil cas, ou l'absence de toute lésion appréciable de la muqueuse bronchique, ou l'existence de lésions superficielles, telles qu'un certain degré d'épaississement de ses éléments, où l'on peut voir moins une altération primaire qu'un effet de l'activité exagérée de la membrane muqueuse. Il est permis de croire -qu'il en est ainsi de beaucoup de diarrhées chroniques, qui n'ont pas en général une durée aussi prolongée que ces catarrhes bronchiques, mais qui ne paraissent pas affecter plus profondément les éléments organiques des tissus qui en sont le siège.

Voici quels caractères paraissent devoir être attribués au catarrhe simple de l'intestin, que l'on rapporte trop souvent à une véritable entérite.

La diarrhée est le caractère essentiel du catarrhe intestinal. L'expression de catarrhe est prise ici dans un sens différent de celui des pathologistes allemands qui désignent ainsi l'entérite chronique, avec ou sans diarrhée. Les caractères de cette diarrhée s'éloignent le moins possible de ceux qui appartiennent aux sécrétions normales de la membrane muqueuse de l'intestin. Ces sécrétions comprennent deux ordres de produits : une sécrétion muqueuse, filante, analogue à celle qui lubrifie toutes les muqueuses, mais qui ne se montre guère au dehors, pour la muqueuse de l'intestin comme pour les autres muqueuses, que sous l'influence de causes d'irritations passagères ou durables; et une sécrétion séreuse, ténue, aqueuse, qui appartient d'une manière spéciale à l'appareil sécrétoire glandulaire de l'intestin, et peut-être plus spécialement de l'intestin grêle.

La diarrhée de l'entérorrhée, ou du catarrhe intestinal simple, est donc essentiellement séreuse, souvent très-abondante, assez inégale du reste dans ses proportions relatives. Ces matières séreuses, peu colorées, légèrement jaunâtres, d'une odeur stercorale peu prononcée et peu fétide, sont plus ou moins mêlées de matières fécales. Il peut y avoir des alternatives de selles naturelles et de selles séreuses. Les fèces sont quelquefois absolument délayées dans la sérosité; mais il est rare qu'on n'en retrouve pas au moins quelques traces dans les selles. Lorsque la sécrétion séreuse est très-abondante, et que l'activité contractile de l'intestin est vive, les selles peuvent entraîner des matières alimentaires non digérées ; mais il ne faut pas confondre ceci avec lalientérie des altérations généralisées de la raem-' brane muqueuse gastro-intestinale, dans lesquelles la digestion est en grande partie supprimée. Ce sont simplement des matières alimentaires dont la digestion devait s'effectuer dans les premières parties de l'intestin, et que les sécrétions séreuses ont entraînées. La bile colore quelquefois en jaune

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ces diarrhées séreuses, mais faiblement, à moins que l'appareil biliaire ne soit lui-même troublé, et qu'il n'y ait une supersécrétion biliaire.

11 est rare que l'on observe, dans ces sortes de diarrhées, une production considérable de gaz. Aussi ne voit-on point- de météorisme; le ventre est peu volumineux, plutôt plat; il y a des borborygmes, des gargouillements ; mais plutôt par suite de l'activité péristaltique de l'intestin, à chaque instant mise en jeu, qu'à cause de la présence de gaz en proportion exagérée. On n'observe guère non plus ce travail de fermentation qui, dans l'entérite chronique, donne lieu de temps en temps à l'expulsion de gaz abondants et très-fétides.

L'entérorrhée n'est pas par elle-même une maladie douloureuse. Cependant la présence des sécrétions abondantes dans l'intestin provoque souvent des coliques expultrices. Aussi les douleurs sont-elles à peu près exclusivement liées aux mouvements péristaltiques de l'intestin et aux garderobes, qu'elles précèdent et qui les résolvent souvent complètement. On ne trouve point dans l'abdomen de points douloureux fixes, mais tout au plus un peu de sensibilité générale à la pression : peu de douleurs lombaires, ni dans les membres inférieurs ; point de ténesmes non plus.

La digestion parait quelquefois s'opérer régulièrement dans l'estomac et dans le duodénum. Cependant il y a souvent en même temps de la dyspepsie. Il n'est pas rare de voir les garderobes suivre immédiatement les repas, ou survenir régulièrement une ou deux heures après, alors que les aliments passent de l'estomac dans l'intestin. Il semble que, dans les cas de ce genre, il suffise de l'excitation physiologique de l'estomac ou du duodénum, pour éveiller à l'instant la contractilité de l'intestin et provoquer l'issue des produits de sécrétion qu'il renfermait, peut-être même pour déterminer à l'instant une pluie de sérosité à la surface de la muqueuse intestinale. * '

Tels sont les caractères qu'il convient d'attribuer au catarrhe intestinal simple ou entérorrhée. La santé peut n'en être que faiblement altérée. Cependant la prolongation de ces diarrhées ne manque pas d'amener de l'amaigrissement, de l'affaiblissement, de la pâleur, une dépression manifeste de la circulation sanguine, et, chez les sujets déjà faibles et anémiée, un peu d'œdème des membres inférieurs. Du reste, point de fièvre, point de trouble des fonctions cérébrales, point de phénomènes sympathiques qui paraissent en dépendre directement.

C'est plutôt le catarrhe intestinal que l'entérite chronique que l'on voit survenir sous l'influence apparente d'affections diathésiques déterminées, telles que la goutte, le rhumatisme, l'herpétisme, la syphilis. La maladie intestinale ne paraît pas emprunter de physionomie particulière à l'existence de ces affections générales. Il est certain qu'il en ressort des indications thérapeutiques très-déterminées ; mais je ne sais pas jusqu'à quel point le catarrhe intestinal se trouve directement modifié par les médications commandées par Taffection générale. M. Trousseau signale l'indication des bains sulfureux chez les individus affectés de diarrhées chro-

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iSU DTSPSnUB INTESTINALE.

niqueS) et sujets à certaines manifestations cutanées (1). C'est là une indication trôi^oceptable ; mais je ne connais pas de faits suffisamment explicites^ au si;yet de l'action que ces sortes de médications générales peuvent exercer sur la maladie intestinale elle-même.

DYBPfiPSIB INTfiSTINAL£.

LHntestin est un organe de digestion comme Teslomac ; mais^ si Ton fait abstraction du duodénum qui, par ractivité de ses sécrétions propres et par ses conneidons avec les conduits pancréatique et« biliaire^ peut être considéré comme la continuation de Testomac, ce n*est qu'un organe de digestion complémentaire. Le suc intestinal, suc mixte composé des sécrétions propres de la membrane muqueuse intestinale, munie d*appareils sécrétoires très-développés, et des sucs fournis par les parties supérieures de l'appareil de la digestion, depuis la salive et le suc gastrique, jusqu'aux liqueurs pancréatique et biliaire, possède des propriétés qui lui permettent de transformer les féculents en glycose et en dextrine, d'émulsionner les graisses et même de transformer les matières albuminoïdes en peptone. Ces propriétés digestives, dont l'activité relative répond à l'ordie suivant lequel elles viennent d*être présentées, s'exercent sur les matières alimentaires qui ont échappé à l'action digestive de l'estomac et du duodénum. Elles trouvent donc d^autant moins à s'exercer que le bol alimentaire se rapproche davantage de l'extrémité terminale du canal intestinal ; leur rôle, plus important dans les premières parties de Tintestin grêle, va peu à peu en diminuant, et devient presque nul dans le gros intestin, dont les propriétés digestives virtuelles ne trouvent plus guère à s'exercer, au moins dans l'état physiologique parfait.

Bn un mot, et j'insiste sur ce sujet très-intéressant au point de vue de l'interprétation physiologique de manifestations symptomatiques trèscommunes, la partie supérieure de l'appareil digestif, comprenant la bouche, l'estomac et le duodénum, possède tout ce qu'il faut pour parfaire la digestion de tous les principes alimentaires quelconques. Mais comme, pour une raison ou pour une autre, une certaine proportion de ces derniers peut traverser les premières voies sans avoir subi une élaboration complète, ils rencontrent, dans toute la longueur du canal intestinal, des produits de sécrétion doués des propriétés nécessaires pour compléter l'élaboration inachevée; et il se trouve que, soit par leurs qualités propres, soit par suite de leur mélange avec les produits de sécré* Ûon des premières voies, les liquides intestinaux possèdent l'ensemble des aptitudes que, plus haut, on a vu appartenir spécialement à telle ou telle des sécrétions buccales, gastriques ou duodénales.

On doit admettre que la part de travail supplémentaire de la digestion, qui revient & l'intestin, varie suivant le degré d'activité elTective de la

(1) Trousseau, toc. ciL, l. 11, p. à37.

SYMPTÔMES. fît

digestion stomacale et de la digestion duodénale, et aussi d'après Taptitude des matières alimentaires introduites à subir l'action des sucs digestifs.

C'est ainsi que des matières alimentaires d'une assimilation difficile^ ou mai préparées par une insalivation ou une mastication insuffisantes, con^ lerventi après avoir traversé l'estomac et le duodénum, une plus grande proportion encore indigérée, et par conséquent réservée pour l'action digestive complémentaire de l'intestin. Bien plus, quelle que soit l'étendue de ce dernier, il semble qu'elle soit encore insuffisante, car on retrouve quelquefois, dans les matières excrétées, des portions d'aliments qui n'oat pas eu le temps d'ôtre émulsionnées, ou désagrégées^ ou décomposées, triple opération qui représente la digestion proprement dite des graisses^ des albuminoïdes et des féculents.

Cela se voit en particulier dans certains catarrhes simples de l'intestiui où l'abondance des matières séreuses sécrétées, et l'activité du mouvement péristaltique de l'intestin qui en résulte, ne permettent aux aliments que de faire un court séjour dans le tube intestinal. Ce n'est pas une lientérie à proprement parler, puisque les organes digestifs n'ont pas perdu leurs propriétés digestives, mais ce sont des selles lientériques. C'est pour cela eacore qu'une alimentation exclusivement végétale, ou ti*op spécialement végétale, met beaucoup plus en jeu l'activité digestive intestinale qu'une alimentation animale, les principes alimentaires des végétaux se trouvant en général enveloppés de matériaux réfractaires, et dont l'attaque par les sucs digestifs réclame un temps plus long.

11 résulte de tout ceci que l'intestin peut, comme l'estomac, devenir le siège de troubles fonctionnels directement inhérents à ses fonctions digestives spéciales. Comme dans l'estomac, on peut voir l'activité de la digestion intestinale troublée par un désordre dépendant spécialement d'une anomalie des sécrétions digestives, ou des produits gazeux, ou de l'activité péristaltique de l'intostin. Ce sont ces troubles fonctionnels de la digestion intestinale, supposés indépendants de toute altération organique appréciable, qu'il convient de désigner du nom de dyspepsie ùUesti*' naie, et d'étudier parallèlement à la dyspepsie proprement dite, ou dyspepsie de l'estomac, à laquelle ils se montrent le plus souvent liés intimement, mais dont ils peuvent être tout à fait indépendants.

La dyspepsie intestinale a été jusqu'ici à peine mentionnée par les pathologistes, qui l'ont confondue, soit avec la dyspepsie de l'estomac lorsque ses symptômes étaient peu prononcés, soit avec l'entérite chronique lorsqu'ils étaient au contraire plus saillants. Cependant Chomel lui a ftccordé une certaine place dans son Traité des dyspepsies. On la trouve aussi parfaitement indiquée dans un passage de Graves : nous voyons des personnes, dit le savant clinicien, qui n'ont pas d'éructations, qui ne ressentent ni douleur, ni flatulence, ni pesanteur, ni distension à l'estomac, et qui sont fréquemment incommodées par des sensations pénibles dans l'abdomen; elles ont de la constipation, ou bien les fonctions intestinales sont très-irrégulières ; il survient de la diarrhée, des coliques, de la tympanite; les évacuations sont fétides et anomales; l'urine est rare et haute

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