S6 DYSPEPSIE INTESTINALE
D'autres fois au contraire, l'activité péristaltique de l'iûtestin parait exagérée. On observe à ce sujet des faits très-curieux, et qui ne sont pas très-faciles à analyser physiologiquement.
Il y a des individus qui sont obligés d'aller à la selle immédiatement après les repas. Quelquefois ces selles hâtives sont normales ; mais le plus souvent elles sont diarrhéiques. Mon collègue et ami M. Bricheteau m'a fait part d'un cas où l'introduction de la première bouchée alimentaire dans l'estomac déterminait une selle diarrhéique immédiate, après laquelle seulement il était permis de continuer le repas. Il n'est pas rare de rencontrer des individus chez qui les repas sont suivis de garderobes, diarrhéiques ou non, immédiates et impérieuses. Il semble que l'impression produite sur l'estomac par la présence des aliments détermine une action réflexe sur l'élément musculaire de l'intestin. Il est remarquable que ces selles hâtives contiennent presque toujours une certaine quantité de bile. On peut admettre que la bile, immédiatement appelée dans le duodénum par le commencement de l'acte digestif, n'a pas le temps de subir les mélanges et l'élaboration qui s'accomplissent dans la digestion intestinale régulière, et apparaît alors en nature parmi les matières rejetées au dehors. Ceci peut survenir en l'absence de toute dyspepsie apparente, et comme phénomène isdé. Dans la dyspepsie intestinale, les selles hâtives et fréquentes sont souvent composées de matières mollasses, mal formées, quelquefois d'une extrême abondance, et, chose à noter, ont presque toujours lieu sans coliques.
Si la dyspepsie intestinale s'accompagne moins souvent que la dyspepsie stomacale de phénomènes sympathiques, elle paraît également exercer une moindre influence sur la santé générale. Cependant elle finit, en se prolongeant, par amener de l'amaigrissemeht et de l'affaiblissement, surtout si elle trouble habituellement le sommeil.
Si l'on veut compléter le tableau de la dyspepsie intestinale, il faut se la représenter le pl^s souvent unie à la dyspepsie de l'estomac, dont il n'y a pas lieu de reproduire ici les caractères. Les dyspepsies intestinales prononcées et persistantes sont presque toujours consécutives à la dyspepsie stomacale. D'un autre côté, une dyspepsie stomacale intense finit souvent par s'accompagner de troubles digestifs deTintestin.
Mais il est beaucoup de dyspepsies intestinales légères, habituelles, qui existent sans que les fonctions de l'estomac soient le moins du monde troublées. L'indigestion intestinale elle-même n^est point très-rare, dans l'état de bonne santé. Il arrive que, quelque^ heures après le repas, on ressent un peu de ballonnement, quelques gargouillements, et il survient une selle diarrhéique, ou deux, sans coliques. C'est une indigestion intestinale, qui a probablement sa raison ordinaire dans la nature des aliments ; mais on l'observe également dans des conditions de régime trèségal et très-régulier, et sans cause extérieure appréciable. Ici, comme à propos de la dyspepsie stomacale, on peut signaler une foule de phénomènes passagers et peu prononcés, qui ne sont pas de la maladie, mais qui ne sont pas non plus l'état physiologique parfait, qui peuvent n'avoir
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aucune conséquence, mais qui précèdent souvent des troubles plus constants et pathologiques, en se rapprochant et en se , marquant peu à peu.
Le pronostic de la dyspepsie intestinale n'offre, en général, que peu de graTÎté, bien que, par sa persistance, elle arrive à troubler assez vivement la santé, et à affaiblir l'activité fonctionnelle, soit physique, soit intellectuelle. Mais je veux dire qu'on ne la voit guère entraîner par elle-même, ni sympathiquement, des phénomènes d'une gravité particulière. Elle offrirait surtout une bien moindre importance, si les personnes qui en sont affectées consentaient toujours à se soumettre à un régime approprié.
C'est en effet au régime diététique qu'il convient de rapporter la plupart' des dyspepsies intestinales. L'influence directe de l'alimentation est beaucoup plus prononcée sur son développement que sur celui de la dyspepsie stomacale. C'est donc aux causes de la dyspepsie, que j'ai appelées hygiéniques, qu'appartient surtout l'étiologie de la dyspepsie intestinale. Les causes physiologiques de la dyspepsie exercent au contraire leur influence (fune manière beaucoup plus déterminée sur la dyspepsie stomacale. M. Bachelet, qui a écrit de très-bonnes choses à propos de l'influence de l'alimentation, attribue surtout la dyspepsie intestinale à l'abus du régime végétal. Il a parfaitement indiqué, sauf les réserves que j'ai faites plus haut, relativement à ses opinions trop exclusives sur ce sujet, la part spéciale qui revient, non pas au gros intestin, mais à l'intestin en général, grêle surtout, dans la digestion des végétaux. Ce ne sont pas, comme il la dit, les excès de table qui déterminent le plus souvent la dyspepsie, c'est le mauvais choix des aliments, a Un aliment est mal choisi, ajoutet-il, et peu propre à nourrir l'homme, quand, sous un volume donné, il ne contient pas une somme suffisante de matériaux alibiles, et quand, en outre, il exige de l'intestin un long et pénible travail de digestion. Le produit de cette dernière est, dans ces conditions, peu Ijructueux pour le repas, quoique très-pénible pour les organes en actio^i (l)î »
Je n'ai jamais pu reconnaître ici l'influence du froid, qui est si manifeste dans l'entérite et dans les diarrhées simplement catarrhales.
Si la mauvaise alimentation, c'est-à-dire mal assimilable, par sa nature ou ses préparations incomplètes, est la cause hygiénique par excellence de la dyspepsie intestinale, il est cependant une cause physiologique qui doit entrer pour beaucoup dans son étiologie, je veux parler de la congestion passive des vaisseaux de l'abdomen, ou état hémorrhoïdaire interne, avec dilatations vasculaires et ralentissement de la circulation dans le système veineux abdominal, soit le système veineux général, soit le système veineux porte. Il y a là des conditions de physiologie pathologique qui ont encore été peu étudiées, bien qu'elles méritent à un haut point de fixer l'attention, et qui exercent certainement une action trèsprononcée sur les divers éléments de l'activité digestive intestinale.
(i) BMbelet, hc, cit., p. 115.
M8 • MALADIES n l'intestin.
Diagnoftio de l'entérite cbroniqne, da catu*rhe intestinal et de la dyspepsie intestinale.
Le diagnostic des différentes maladies qui se trouvent ici naturellement rapprochées doit être basé sur la double considération de l'état général et de l'état local. Les phénomènes locaux qui réclament une attention particulière sont : le météorisme, la douleur et la diarrhée, principalement dans les premières périodes de la maladie, époque oti il importe surtout d'en déterminer exactement la nature.
Il est un ensemble de désordres fonctionnels qui se rencontrent à peu près sous les mômes apparences dans Tentérite chronique, dans le cataiThe de rintestin et dans la dyspepsie intestinale. Un état douloureux vague de l'abdomen, des gargouillements pénibles ou douloureux , de la tension abdominale, un certain degré de sensibilité à la pression, une tendance pneumatosique habituelle, des émissions gazeuses plus ou moins fétides, des évacuations alvines non naturelles, une régularité plus ou moins grande de la digestion stomacale, mais une Influence constante exercée par le passage des aliments dans l'intestin sur les symptômes précités, tels sont les phénomènes qui annoncent un état pathologique du canal intestinal, grêle ou gros, mais qui ne permettent guère par eux-mêmes de discerner une entérite d'un catarrhe ou d'une dyspepsie. Quant à la diarrhée, son existence n'a pas elle-même une signification plus précise, au ifhoins pour ce qui est relatif à l'entérite et au catarrhe, car elle n'accompagne que très-accidentellement la simple dyspepsie. Il faut donc arriver à particu- Ifiriser les plus importants de ces phénomènes.
L'examen du ventre est la première chose à faire. Le gonflement pneumatosique de l'abdomen est général ou local. Je laisse bien entendu de côté les cas d'étranglement intestinal que leur marche et les symptômes aigus qui leur appartiennent éloignent de notre sujet, et je ne parle que des états à marche continue ou à répétition habituelle. Lorsque la tuméfaction sonore, tympanique, occupe la partie supérieure de l'abdomen, qu'elle est manifestement plus prononcée à gauche qu'à droite, qu'elle paraît soulever les ftiusses côtes gauches ou au moins se rapprocher de la région précordiale, on l'attribuera à l'estomac ; on pourra presque toujours alors, par la percussion, quelquefois même par l'inspection, reconnaître et limiter la forme de l'estomac et sa convexité inférieure, et di^ tinguer le son tympanique de l'estomac météorisé de la sonorité normale de l'intestin.
Le météorisme de l'intestin et le son tympanique qui y correspond occupent l'intestin grêle ou le gros intestin. Si c'est l'intestin grêle, le ventre A une forme globuleuse, symétrique, la région ombilicale est la plus saillante, et la sonorité efagérée va en s*éteigaant dans les régions latérales de l'abdomen. Le météorisme limité au gros intestin occupe presque toujours ou le côté droit de l'abdomen, répondant au caecum et au côlon ascendant^ ou le côlon transverse ; il est rare qu'il siège au côlon des-
cendant. Le météorisme du côlon transverse peut au premier abord être confondu avec celui de Testomac ; mais il s'étend également dans les deux hypocbondres, et, bien qu'il puisse remonter assez haut, il tend naturellement à se rapprocher plus de rombilic que du diaphragme. Lorsque l'intestin grêle n'y participe pas, les régions ombilicale et bypogastrique offrent une tension et une sonorité sensiblement moindres.
Les déductions que Ton tirera de ces diverses circonstances seront les suivantes. II est rare que Ton observe un météorisme considérable dans le catarrhe intestinal. Lorsque le météorisme ne se montre qu'à un certain intervalle des repas, qu'il disparaît après l'achèvement de la digestiop intestinale, et qu'il occupe la généralité de l'intestin, il annonce une dyspepsie intestinale. Le météorisme constant, et indépendant de la digestion, surtout lorsqu'il est limité soit à la région iléo-ca^cale, soit à l'arc du côlon, appartient presque sûrement à Tentérite chronique. Le météorisme de l'entérite chronique est en général beaucoup moins considérable que celui de la dyspepsie intestinale, et ne se perçoit souvent que par le son local trèS'Clair que fournit la percussion, ainsi qu'il arrive pour le météor risme local de la dothiénentérie. Il doit sufflre de mentionner ici la tympanite hystérique, que l'ensemble des symptômes ne permet guère de confondre avec celles que nous étudions en ce moment.
Lorsqu'il existe un état d'endolorissement général de l'abdomen, queU ques douleurs vagues, un peu de sensibilité h la pression, il importe de s'assurer si ces phénomènes sont spécialement liés à l'époque de la digestion intestinale, ou s'ils sont persistants. La pénétration des aliments dans le canal intestinal est, dans tous les cas, une cause à peu près constante de leur réveil ou de leur exaspération. Mais lorsqu'ils cessent entièrement au delà du terme de la digestion, il est infiniment probable qu'ils dépendent d'une simple dyspepsie.
L'existence d'une région spécialement douloureuse, ou d'un point fixe douloureux, appartient d'une manière h peu près exclusive à l'entérite chronique. C'est presque toujours vers le cœcum, ou sur le tr^et du gros intestin, quelquefois vers l'hypochondre gauche, qu'on le retrouve. Une sensibilité formelle, quelquefois très-vive, h la pression, répond & cette douleur, ^ont le caractère spécial est la continuité, tout en se laissant exaspérer par la présence des aliments. Si, dans la dyspepsie intestinale, on constate un embarras douloureux limité à quelque région de l'abdomen, la région csecale par exemple, comme l'a signalé M, Bachelet, cette sensation disparait toujours une fois la digestion terminée. Il faut cependant avoir égard aux embarras douloureux que, dans la constipa^ lion; l'accumulation des matières détermine quelquefois sur le trajet du gros intestin, et vers le caecum en particulier. La percussion permet alors de reconnaître de la matité vers le point embarrassé, et cela se dissipe sous l'influence d'un purgatif.
Les caractères de la diarrhée fournissent un des éléments importants du diagnostic qui nous occupe.
Ifems la dyspepsie intestinalCi la diarrhée n'est qu'accidentelle. Chez