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MALADIES DE L'INTESTIN

les individus même qui y sont le plus sujets, elle n'est jamais de longue durée. Mais il peut en être à peu près de même dans l'entérite ; tandis que, dans le catarrhe, la diarrhée est la règle, et ce sont ses interruptions qui ne sont qu'accidentelles.

Dans la dyspepsie, la diarrhée survient ordinairement sous forme de débâcle, après une constipation plus ou moins prolongée ; elle ne dure pas et elle reparaît ensuite de la même manière. Dans l'entérite, si la diarrhée se montre après la constipation, c'est par périodes d'une certaine durée; elle alterne avec elle, suivant plus ou moins de régularité, mais elle ne se montre pas comme le simple effet de l'accumulation des matières fécales.

Quant à la nature de la diarrhée, voici ce que l'on observe. Dans la dyspepsie intestinale, la diarrhée se compose ordinairement de matières fécales plus ou moins liquides, mal formées, mais reconnaissables à leur couleur et à leur odeur , on peut dire que l'élément stercoral domine. Dans le'catarrhe intestinal, les évacuations sont abondantes, séreuses, peu colorées, peu fétides, et la partie stercorale y est tout à fait secondaire.

Dans l'entérite, les selles offrent des caractères plus variés. Les évacuations caractéristiques ne sont point stercorales. Elles se composent de détritus liquides, mêlés de ft'agments d'épithélium et de produits pseudomembraneux, rougeâtres ou couleur de chair, ou de matières noirâtres, épaisses, ou de mucus glaireux et filant ; quelquefois elles sont un peu sanglantes. Lorsqu'elles sont très-délayées, ce qu'on appelle d'un terme vulgaire et expressif raclures de boyaux, ou glaireuses, elles offrent peu de fétidité, et une odeur plutôt sûre que fécale. Mais les matières épaisses et noirâtres exhalent au contraire une grande fétidité. En dehors de l'état aigu, ou de recrudescences aiguës, ou de complications provenant de l'appareil biliaire, les diarrhées dont nous parlons ne sont presque jamais bilieuses.

Tels sont les caractères de ces différentes diarrhées ; mais ils ne sont pas toujours aussi tranchés. Le mélange des sécrétions intestinales pathologiques avec des matières fécales à des degrés divers de division, ou d'élaboration plus ou moins incomplète, les modifie beaucoup. Les sécrétions intestinales elles-mêmes varient dans leurs proportions. Les sécrétions glaireuses qui appartiennent en général à l'entérite du gros intestin peuvent se montrer aussi dans le catarrhe simple. Cependant le tableau quej*ai esquissé de ces diverses diarrhées répond assez à la vérité pour que la considération des autres éléments du diagnostic permette, avec son aide, d'établir le diagnostic avec certitude dans la plupart d^ cas.

Un dernier trait à ajouter au diagnostic de ces différents états pathologiques.

Dans la dyspepsie intestinale, tous les symptômes se lient formellement au fait de la digestion intestinale, et disparaissent après l'achèvement de celle-ci. La santé générale ne s'altère en général que faiblement ou très à la longue.

Dans le catarrhe intestinal, la diarrhée continue, abondante, est le

TBAlTfiMBNT. 141

symptôme dominant, à peu près unique ; la maladie entraine de Tamaigrissement et de Taifaiblissement, mais, sauf dans Tenfance, ne parait pas porter une atteinte profonde à l'ensemble de Torganisme.

Dans Tentérite chronique, la diarrhée est moins constante et moins abondante ; elle n'est elle-même qu'un symptôme secondaire ; et, à moins que la maladie ne soit tout à fait légère, sa prolongation entraine un état cachectique plus ou moins profond et irrémédiable.

Le catarrhe intestinal et l'entérite chronique se montrent plus souvent comme symptômes ou comme complications d'autres états pathologiques, que comme maladies isolées ou protopathiquas.

Les signes distinctifs qui ont été attribués au catarrhe intestinal et à l'entérite chronique comparés ensemble ne se laissent guère reconnaître chez les jeunes enfants ; mais leur diagnostic différentiel offre ici moins d'importance que chez l'adulte, parce que le pronostic et les indications thérapeutiques sont alors sensiblement les mêmes dans les deux cas.

Indications et traitement.

Entérite chronique. — Les indications, dans le traitement de l'entérite chronique, ne s'éloignent guère des considérations relatives aux causes de la maladie et à la forme symptomatique qu'elle a revêtue. Les ressources que l'on pourrait demander à des modiûcateurs généraux sont généralement assez restreintes. Si l'entérite s'est développée dans le cours d'une maladie chronique, comme c'est ordinairement dans ses périodes avancées, on est généralement réduit à un traitement purement symptomatique, et plus souvent palliatif que curatif. Nous avons à nous occuper surtout ici du traitement de l'entérite protopathique , de celle dont une médication appropriée doit, dans la grande majorité des cas, amener la guérison.

Il est certaines indications hygiéniques qui dominent le traitement de toutes les entérites chroniques. Il ne faut jamais oublier l'étroite et quelquefois immédiate solidarité qui unit l'activité du tégument externe à celle de la muqueuse intestinale. Que le refroidissement ait pris ou non quelque part au développement de la maladie, il importe, non-seulement de veiller à l'accomplissement des fonctions cutanées, mais de leur imprimer le plus d'activité possible. Les malades porteront des vêtements complets de flanelle immédiats; le ventre surtout sera enveloppé d'une ceinture de flanelle à plusieurs doubles. Des frictions sèches, rudes, avec U brosse électrique, seront pratiquées avec persévérance sur le reste du corps. Des bains savonneux, alcalins, seront pris assez fréquemment pour assurer la liberté de la surface perspiratoire cutanée. Je parlerai tout à l'heure des bains plus actifs qui pourront être employés. ' Les pratiques hydrothérapiques sont ici d'une grande utilité. Ce n'est pas en général sous une forme très-active, comme l'affusion, la douche, la piscine, qu'elles sont alors indiquées. L'enveloppement dans le drap mouillé sera le plus souvent préféré. Et encore, comme pratique plus

i&3 ENTÉAITB CHRONIOUE.

facile, et souvent plus efficace, la serviette froide sur le veutre, appliquée en se couchant, ou renouvelée plusieurs fois dans la journée. Les moyens de ce genre exigent beaucoup de persévérance et un emploi très-prolongé.

L'alimentation réclame une grande attention. Elle doit être dirigée d'après l'idée de mettre le moins possible en jeu l'action digestive de l'intestin, et d'offrir, sous le moindre volume, des éléments de réparation suffisante. Les matières grasses seront évitées. Leur digestion, qui ne commence que dans le duodénum, se fait lentement et se continue assez avant dans l'intestin; de plus elle est souvent incomplète, et ces matières se retrouvent dans les déjections. Les aliments végétaux crus ou faiblement attaqués par la cuisson ne sont le plus souvent digérés que tardivement dans l'intestin ; on se gardera surtout de ceux dont l'épiderme, ou les fibres réfractaires à l'élaboration digestive, représentent dans le canal intestinal de véritables corps étrangers, au contact desquels la muqueuse malade est très-sensible. Les farineux en purée échappent à ces inconvénients. Ils sont en général rapidement et complètement digérés, alors qu'ils sont pris en proportion modérée, et fournissent une alimentation utile. Mais ici encore des précautions minutieuses sont commandées : c'est ainsi que les purées de haricots et de lentilles seront passées avec soin.

Mais c'est l'ahmentation animale qui doit prédominer dans la majorité des cas. Dépourvue de fragments tendineux ou aponévrotiques réfractaires à la digestion, dissociés, mais aussi simples que possible, mâchés scrupuleusement, ce sont ordinairement les aliments les mieux tolérés.

On comprend que l'état de l'estomac et des premières parties de l'in* testin, et les aptitudes individuelles dirigeront dans l'usage et dans le choix respectif des farineux et des aliments plus azotés. Les œufs, le poisson, les viandes blanches, la cervelle, les hachis de viande, les con-^ sommés, les thés de viande, comme savent si bien les préparer les Anglais^, conviennent dans les cas les plus graves. Les liquides sont presque toujours nuisibles. Aussi l'usage des potages, si populaire en France, n'offret-il guère que des inconvénients dans les cas de ce genre. On se trouve cependant quelquefois très-bien d'un alimentation exclusive par des soupes très-épaisses, en bouillie et non liquides.

L'indication et l'opportunité des purgatifs réprésentent un des points les plus difficiles du traitementde l'entérite chronique. Les purgatifs répondent ici à deux indications différentes : modifier la surface muqueuse malade, et débarrasser l'intestin des matières qui y séjournent.

L'emploi des purgatif^ à titre de médication substitutive est toujours fort délicat. On ne peut nier qu'il ne puisse être salutaire dans certains cas. L'usage empirique des drastiques a procuré quelquefois des cures remarquables. Mais c'est un moyen dangereux et qui n'appartient guère à une thérapeutique prudente et sage. Je n'insisterai pas sur ce sujet qui ne saurait être l'objet d'aucune règle tracée à l'avance.

Mais il est souvent utile de recourir aux purgatifs pour débarrasser l'intestin* Suivant le conseil de Niemeyer^ il importe de s'assurer si les ezcré-

TIAITBMBMT. iftS

ûdDi ne renferment pas de matiôreB dures, annonçant un séjour prolongé dam l'iatestin. Rien n'est plus ordinaire que de voir leur présence coïn^ cider avec de la diarrhée. Les altérations de l'entérite chronique sont le plus souvent asses, limitées pour que, tandis qu'une partie de l'intestin fournit des sécrétions exagérées et pathologiques, le reste accomplisse une élaboration quasi normale des matières qui traversent le canal intes* tiaal; mais il est rare que ces dernières suivent leur trajet accoutumé et ne s'arrêtent pas dans leur cours. G*est une cause de fatigue, de soufiï'ance, d'irritation pour les organes malades, qui est trop souvent négligée, et à laquelle il est extrêmement important de les soustraire. Les purgatifs liquides doivent être évités.

Niemejer donne à ce sujet les conseils suivants : a Le principe de mettre le plus de simplicité possible dans les ordonnances n'est pas applicable aux cas dans lesquels il s'agit de prescrire des purgatifs dont l'action doit rester la même pendant des mois entiers. Les composés de rhubarbe, de savon, d'aloès, de coloquinte, rendent de meilleurs services que chacune de ces substances à part ; et, comme il importe essentiellement que les malades aient des évacuations abondantes, mais tout au plus molles, et non liquides, il faut souvent se Uvrer à de longs tâtonnements avant d'avoir trouvé la composition et la dose nécessaires (1). » Le lecteur saura faire son profit de ces conseils fort sages. 11 n'oubliera pas surtout que l'indication dont il s'agit n'est pas en général une indication accidentelle, mais une indication persistante, et qui réclame des moyens dont l'usage puisse être continué pendant longtemps. Les lavements sont certainement utiles ; mais leur action est trop limitée, la participation à peu près constante, et prédominante, du gros intestin ne permettant pas d'employer de lavements actifs.

Les médicaments antidiarrhéiques n'ont pas une aussi grande valeur, dans le traitement de l'entérite chronique, qu'on leur en attribue communément. Sans doute, si la diarrhée est considérable, il faut s'appliquer à , Tamoindrir, à calmer la suractivité péristaltique du gros intestin qui multiplie les évacuations, à réprimer par les moyens appropriés les superséorétions de la muqueuse ; mais ces dernières sont une conséquence nécessaire de l'altération de tissu et de fonction, et c'est à celle-ci qu'il faut s*adres8«- et non à ses produits ; la contraction exagérée de l'intestin est elle-même un phénomène inévitable en présence de sécrétions anomales, et qui sollicitent incessamment une action expultrice.

Gabner, amoindrir les supersécrétions intestinales et les contractions exagérées de l'intestin, est certainement une indication que l'on doit chercher à rempUr à l'aide des moyens appropriés ; mais il ne faut pas eu faire la base du traitement ; ce n'est ici qu'une indication toute secondaire^ Nous verrons tout à l'heure qu'il n'en est pas ainsi dans le catarrhe intestinal, où elle redevient au contraire prédominante.

Un emploiera surtout les narcotiques si les contractions de l'intestin

(i; Niemeyer, loà. ctf., p. 635.

1&4 ENTÉAITE CURONIOUE.

sonttrès-actives, réitérées, pressantes, douloureuses, avec peu de produits, les narcotiques, par Testomac ou les layements : Topium, sous forme d'extrait aqueux ou de laudanum, par Testomac ou en lavements, est ici le médicament par excellence. Si l'on peut voir quelquefois la belladone mieux réussir, c'est par exception. Cependant, lorsque la maladie dure depuis longtemps, que les symptômes inflammatoires et douloureux se sont éloignés, l'indication symptomatique revient à prévaloir, si la diai^ rhée est continue et considérable. On s'adressera alors aux médicaments dont il sera question à propos du traitement du catarrhe intestinal. On a conseillé, contre les ulcérations de l'intestin, les lavements de nitrate d'argent, de 10 à 30 centigrammes pour 200 grammes de liquide ; mais, malgré quelques observations favorables, il ne parait pas y avoir à compter beaucoup sur une telle médication.

Les exacerbations aiguës qui surviennent dans le cours des entérites chroniques doivent être traitées comme les entérites aiguës, mais avec un usage très-discret des émissions sanguines : diète, grand repos, applications émollientes, lavements de même nature, bains, etc. • Ceci m'amène à parler des émissions sanguines dans l'entérite chronique. Lorsqu'il existe des signes d'une congestion passive du système veineux abdominal, avec sentiment de pesanteur dans l'hypochondre droit, tension ou empâtement dans la région hépatique, alternatives dans les symptômes^ exacerbations d'apparence congestive avec tension abdominale, selles d'un caractère séreux, et congestion vers la tète, des applications réitérées de sangsues en petit nombre à l'anus, dans un sens plutôt révulsif que déplétif, pourront être très-salutaires. On saisira surtout les témoignages d'une tendance hémorrboïdaire externe, boursouflement de la muqueuse anale, sumtements sanguins.

Les vésicatoires sur l'abdomen, vésicatoires larges et réitérés, peuvent rendre de grands services dans l'entérite chronique ; c'est un moyen qu'on n'emploie pas en général d'une manière suffisante. Il faut recouvrir successivement tous les points de l'abdomen, insister sur ceux qui sont particulièrement douloureux. Les auteurs du Compendium s'expriment sur ce sujet d'une manière très-explicite : « Les exutoires, disenl-ils, placés en grand nombre sur l'abdomen, constituent l'un des moyens les plus efficaces auxquels on puisse avoir recours ; cependant nous leur préférons les vésicatoires volants, sans cesse renouvelés pendant plusieurs mois. L'un de nous a obtenu, à l'aide de cette médication si énergiquement révulsive, des guérisons inespérées ; des malades, qui semblaient devoir irrévocablement succomber au bout de peu de temps, ont complètement retrouvé la santé après avoir subi l'application de quinze, vingt et même trente vésicatoires volants sur l'abdomen (1). »

J'ai parlé plus haut des bains dans l'entérite chronique, et des bains alcalins en particulier, comme nécessaires pour maintenir la régularité des fonctions de la peau. Mais d'autres bains médicamenteux peuvent agir

(1) Monnerct ctL. Fleury, Compendium de médecine pratique, t. V, p. 412.

plus directement sur l'altération intestinale, et fournir un adjuvant important au reste du traitement. J'ai à mentionner les baini^ sulfureux et les bains salés. Lorsqu'il n'y a point de sensibilité vive de l'abdomen, de ' réactions faciles, que les extrémités sont habituellement refroidies, que la peau est très-atonique, les bains sulfureux (de 50 à 120 grammes de sulfure de potasse, avec ou sans addition de gélatine) rendent souvent de grands services. Chez les sujets encore jeunes, ou à constitution irritable, ou offrant les signes d'une stase sanguine abdominale, les bains salés (de 2 à 3 kilos de sel marin) seront préférés.

Je ne pense pas que l'indication des eaux minérales doive se rapporter exactement à ce que l'on obtient des bains médicamenteux. Les bains sulfureux et les bains salés dont je viens de parler offrent, du reste, plutôt le caractère d'adjuvant aux traitements auxquels les malades affectés d'entérite auront pu être soumis, que le caractère curatif que l'on réclame en général d'un traitement thermal. Il est vrai que, dans des cas d'atonie profonde, où l'on désire réveiller des réactions et stimuler l'ensemble des fonctions déprimées, les eaux de Luchon, d'Ax, de Cauterets, de Schinznach, peuvent être très-utilement employées. Les bains de mer et le séjour marin répondent à une indication analogue. Mais je ne pense pas que l'action de ces médications s'adresse aucunement à l'intestin lui-même. Les eaux de Plombières, qui jouissent d'une réputation assez banale dans le traitement des maladies intestinales, réussissent quelquefois à modifier d'une manière satisfaisante les entérites chroniques; mais elles ne conviennent pas s'il existe l'état ou la tendance cachectique qui réclament les eaux sulfurées fortes ou la médication marine. Elles seraient alors pour le moins insuffisantes.

Je dois faire remarquer du reste que, si l'on consulte les nombreux travaux qui ont été publiés sur les eaux minérales auxquelles on peut songer en pareil cas, et celles de Plombières en particulier, on y cherche en vain quelque indication un peu précise à laquelle il soit possible de s'arrêter. Quelques assertions dépourvues de tout caractère de précision ne sauraient suffire pour guider dans le traitement de maladies tenaces et généralement difficiles à guérir. Les Allemands paraissent être plus explicites au sujet des eaux sulfatées sodiques et purgatives de Garlsbad et de Marienbad. Mais ils ne distinguent pas suffisamment ce qui concerne spécialement l'entérite ou le catarrhe intestinal ou la dyspepsie intestinale, ce qui laisse nécessairement planer une grande incertitude sur la valeur des résultats considérables qu'ils proclament. Peut-être ces eaux minérales sont-elles elles-mêmes plus généralement applicables aux constitutions lymphatiques et torpides des hommes du Nord, qu'aux constitutions plus nerveuses et plus irritables de nos contrées.

Quoi qu'il en soit, et pour en revenir aux eaux minérales françaises, je ne connais de renseignements explicites sur les applications de la médication thermale à l'entérite chronique, que ceux que j'ai fournis moi-même sur les eaux de Vichy (1) et dont voici le résumé.

(i) Durtnd-Ftrdel, Traité thérapeutique des eaux minérales , 1862, 2* édlt., p. 601,

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iti6 CATARRHE INTESTINAL OU ËNTÉRORBHEE.

Lorsqu'une entérite chronique, soit chronique dès le principe, soit consécutive à une entérite aiguë, dépourvue de complications graves, se trouve entre une et trois années de durée (analyse de 33 observations), on peut obtenir du traitement thermal de Vichy une guérison complète ou * une amélioration notable. La généralité des observations que j'ai recueillies se caractérisait par l'ensemble des phénomènes suivants : douleur abdominale fixe ou habituelle, répondant le plus souvent au trajet du gros intestin ; diarrhée glaireuse ou pseudo-membraneuse ; retentissement des digestions sur les symptôme^ intestinaux eux-mêmes. La plupart de ces malades étaient très-amaigris, affaiblis surtout, la peau sèche, les extiémités froides, le teint pÂle, beaucoup assez découragés. Il y avait rarement de la soif, jamais de fièvre ; la langue offrait quelquefois un enduit blanchâtre, le matin surtout, semblant plus en rapport avec l'état de l'estomac et des digestions qu'avec celui de l'intestin lui-môme. Nous verrons plus loin que ces résultats favorables ne se sont plus montrés dans les cas de catarrhe intestinal.

Les toniques, les amers surtout, le quinquina, le quassia amara, le vin de Bordeaux, un exercice approprié, et surtout un air pur, un peu vif, et le changement de séjour forment en général le complément du traitement ^es entérites chroniques prolongées.

Catarrhe intestinal ou entérorrkée. — Il est des indications qui tenaient une place moindre dans l'entérite chronique, et qui prennent ici une importance plus particulière. D'abord le catarrhe intestinal suppose, plus encore que l'entérite chronique, l'existence de quelque état diathésique ou constitutionnel auquel il devrait son origine ou sa persistance. Ensuite le traitement symptomatique de la diarrhée fournît ici une indication dominante. C'est sur ce dernier sujet que je devrai surtout m'arrêter.

En effet, si Ton reconnaît chez un individu affecté de diarrhée chronique des signes manifestes de goutte, de rhumatisme, d'herpélîsme, de syphilis, c'est le traitement général de ces états constitutionnels qu'il importe d'instituier en l'appropriant aux conditions du sujet, et c'est aux eaux minérales qu'on s'adressera alors le plus utilement. Je dois faire remarquer que c'est à peu près exclusivement à leur usage balnéaire qu'on devra s'adresser : les administrations médicamenteuses sont raretnent opportunes dans les maladies intestinales. M. Trousseau parle bien de lavements sulfureux employés utilement dans des diarrhées rapportées à l'herpétisme. Je ne pense pas que ce soit là un exemple très-significalif, ni qui doive servir de modèle. C'est par la médication générale, et non par les applications topiques, que l'on doit agir pour répondre à l'indication diathésique. Ces dernières, les applications topiques, sont exclusivement relatives aux symptômes diathésiques, pris indépendamment de la causalité pathologique.

' Les médicaments topiques de la diarrhée appartiennent aux narcotiques, aux astringents, à certains médicaments spéciaux, aux agents de La médication substitutive.

Les narcotiques, c'est-à-dire les opiacés, ne rencontrent guère d'applications dans Tentérorrhée. Leur indication s'adresse spécialement aux cas où il existe de l'inflammation, et surtout de la douleur, ou une contraclilité exagérée de l'intestin. Ce sont alors des médicaments extrêmement salutaires, mais dont il faut à peu près s'abstenir chez les jeunes enfants, et se méfier encore chez les vieillards où leur usage réclame une assez grande circonspection.

Les astringents sont au contraire fort utiles ; mais il faut convenir que, dans les diarrhées déjà anciennes, on en obtient plus facilement des effets palliatifs que des effets précisément curatifs. Il faut faire attention qu'ils ne s'adressent en effet qu'aux produits de la maladie et point à la cause pathologique. 11 arrive souvent que, dans l'entérite chronique, la persistance de la maladie soit due, moins à la continuité de la cause, qu'au défaut de résolution des altérations de la muqueuse, et que, à un moment donné, un traitement topique suffise pour amener la guérison. Ici, bien que le symptôme diarrhée paraisse exister dans sa plus grande . simplicité, il faut toujours supposer qu'il se rattache à quelque cause générale, et les agents de la médication topique ne sauraient plus être que des adjuvants, très-importants il est vrai, d'une médication générale. Il faut enfin admettre que la cause de la maladie soit épuisée, ou corrigée par d'autres agents, pour qu'ils puissent acquérir une activité réellement curative.

Les astringents les plus efficaces en pareil cas sont le tannin, le cachou et le ratanhia. Le tannin (à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme}, le cachou (à la dose de 2 à 8 grammes), s'administrent surtout par l'estomac^ en potion, en pilules ou en poudre. Le ratanhia s'administre en sirop, et surtout en lavements (à la dose de 1 à 4 grammes).

L'eau de chaux, peu employée aujourd'hui, est mieux appropriée aux diarrhées inflammatoires qu'aux diarrhées catarrhales. Mais, dans toutes les diarrhées, le sous-carbonate de chaux (poudre d'yeux d'écrevisses), à la dose de 20 à 60 centigrammes chez les enfants, de /i à 6 grammes chez les adultes, la. craie préparée, à la dose de plusieurs grammes, sont de bons médicaments, plus efficaces cependant dans les diarrhées chroniques.

Le sous-nitrate de bismuth est un des médicaments antidiarrhéiques les plus utilement employés. M. Monneret assure qu'il n'a jamais vu aucune entérorrhée lui résister (1). Ce médicament rend les plus grands services dans les diarrhées aiguës ; il est extrêmement précieux dans les diarrhées des enfants. Mais je ne saurais partager la confiance absolue que lui accorde M. Monneret dans les diarrhées séreuses des adultes. Je l'ai vu souvent échouer alors, et surtout son action symptomatique s'épuiser au bout de peu de temps. Ces sortes de traitements sont malheureusement plus difficiles, en général, et plus compliqués qu'il ne semblerait résulter de l'assertion de ce savant professeur. Je dois ajouter que M. Monneret

(1) Monneret, hc. ci7., t. Il, p. 557,

1^|8 CATAMUE INTESTINAL OU ENTÉRORRUÉE.

recommande expressément de ne jamais associer le sous-nitrale de bismuth, comme on le fait souvent, à aucun autre médicament, tel que la magnésie, l'opium ou le charbon. Cependant je n'ai jamais trouvé que de l'avantage à l'associer à la craie, comme le fait aussi M. Trousseau.

La méthode substitutive peut être appliquée au catarrhe intestinal avec plus d'avantage, et surtout plus de sécurité, qu'à l'entérite chronique. C'est à elle qu'il faut rapporter les résultats remarquables qui sont obtenus par les eaux purgatives deCarlsbad et de Marienbad. Je suis porté à croire que c'est un des sujets d'application spéciale de ces eaux minérales qui méritent le plus d'intérêt. Les eaux minérales chlorurées sodiques, telles que Hombourg, Wiesbaden, etc., ne sauraient aucunement les suppléer dans ce sens. Ces dernières doivent être réservées pour les dyspepsies intestinales simples. En un mot, il n'y a, à ma connaissance, aucun groupe d'eaux minérales comparables à ces eaux de la Bohème, dans le traitement du catarrhe intestinal envisagé au point de vue de la méthode substitutive : en effet, je n'ai jamais rien obtenu des eaux de Vichy dans l'entérorrhée, tandis que ces eaux minérales m'avaient fourni d'excellents résultats dans l'entérite chronique. Une dernière remarque très-importante est la suivante : c'est que, dans l'entérite chronique, c'est sous forme balnéaire qu'il faut employer les eaux minérales, exclusivement ou à peu près ; tandis que, dans le traitement du catarrhe intestinal par la méthode substitutive, c'est l'administration interne des eaux qui est impérieusement commandée; et je suis porté à croire, sans être précisément en mesure de l'afQrmer, qu'il y a plus d'inconvénients que d'avantages à combiner avec cette dernière un traitement balnéaire assez actif.

Les agents essentiels de la médication substitutive sont ici les purgatifs salins. S'il y a de l'embarras gastrique ou une tendance aux symptômes bilieux, il est utile de commencer par l'ipéca. M. Trousseau fait un fréquent usage, dans le catarrhe intestinal, du nitrate d'argent cristallisé, sous la forme suivante : on fait, avec 1 centigramme de nitrate d'argent, une solution que l'on épuise sur une suifisante quantité de mie de pain, de gomme adragant ou d'amidon, pour une pilule. On en donne quatre, cinq, six, sept, huit, et jusqu'à dix par jour, autant que faire se peut dans l'intervalle des repas, et pendant cinq, six, sept, huit ou dix jours. Ce médicament est sans aucune espèce d'inconvénient et n'occasionne même pas de nausées. En quelques cas, il augmente momentanément le flux diarrhéique, comme le font les purgatifs salins, mais le plus généralement il l'arrêté promplement (1).

Les détails dans lesquels je suis entré au sujet du régime alimentaire qui convient dans l'entérite chronique trouvent ici les mêmes applications. Je ne les reproduirai donc pas. Chez les jeunes enfants, l'alimentatioa sera l'objet d'une attention toute particulière. Le changement de nourrice sufQt quelquefois pour déterminer la guérison de maladies intestinales opiniâtres. Lorsque les diarrhées des jeunes enfants ont amené un pro-

(1) Trousseau^ ioc, ctï., t. U, p. 426,

CANCER DE L*INT£STIN. Ift9

fond affaiblissement^ que les signes du rachitisme commencent à se manifester, le traitement véritablement héroïque, suivant M. Neucourt, est l'huile de foie de morue, à la dose d'une à deux cuillerées à bouche tous les matins. « On y joint, ajoute ce médecin distingué, les frictions sur les lombes avec la môme huile, les bains gélatineux, aromatiques, alcalins (il faut ajouter les bains chlorurés sodiques), les couchages composés de feuilles sèches après avoir été cueillies vertes, un bon régime alimentaire. Parfois le mieux très-rapide obtenu avec l'huile de foie de morue ne se soutient pas; alors Tenfant la vomit ou la rend par les selles. Dans ce cas, il faut suspendre momentanément, pour reprendre dix ou quinze jours après (1). » La difQculté de cette médication reconstituante sera toujours de fairer digérer l'huile de foie de morue.

M. Trousseau préconise, dans les diarrhées des enfants, surtout celles qui s'observent si souvent à l'époque du sevrage, mais aussi dans les diarrhées chroniques des adultes, la viande crue. Voici sous quelle forme elle doit être administrée : On prend du maigre de bœuf, de mouton ou de volaille, quoique le bœuf et le mouton soient de beaucoup préférables ; on le coupe en morceaux très-petits, on en fait une sorte de hachis que l'on met dans un mortier et que l'on réunit, à l'aide du pilon, en une masse épaisse. Cette pulpe est ensuite foulée dans une passoire à trous extrêmement fins, de façon que le suc de la viande, sa fibrine, son sang, passent seuls, laissant dans l'appareil les vaisseaux et le tissu cellulaire. On obtient ainsi une véritable purée de viande que l'on recueille en raclant la face externe de la passoire. On fait, au besoin, avec cette viande pulpée (ou hachée menu, mode de préparation moins parfait), de petites boulettes que l'on peut mélanger soit avec du sel, soit avec du sucre, ou mêler à du bouillon ou à du chocolat à l'eau (2).

Pour ce qui est du traitement de la dyspepsie intestinale^ il me suffira de renvoyer au Traitement de la dyspepsie, et aux considérations physiologiques que j'ai présentées au sujet de la digestion intestinale.

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