‹ Traité pratique des maladies chroniquesChapitre 15 sur 86 · RÉTRÉCISSEMENT INTESTINAL · texte numérisé non relu

RÉTRÉCISSEMENT INTESTINAL

ment s'aocrolt sans cesse et détermine une dyspnée et une anxiété extrêmes. Le pouls devient filiforme.

Quelquefois une débâcle soudaine survient dans ces conjonctures qui semblaient désespérées^ et tous les accidents se dissipent comme par enchantement. Mais si l'obstruction intestinale n'est point surmontée, la la mort arrive rapidement en quelques jours sans autre incident. Dans certains cas, soit qu'il soit survenu une perforation^ soit par le seul fait de la distension intestinale, une péritonite aiguô se développe pendant les dernières heures de l'existence ; alors les douleurs abdominales, qui en général finissent par s'amoindrir oujmême disparaître, lorsque, la tonicité de l'intestin épuisée, ce dernier a cessé de réagir convulsivement contre l'obstacle qu'il n'a pu surmonter, prennent une nouvelle intensité et s'étendent à tout l'abdomen, avec vive sensibilité à la pression, mais sans ajouter grand'chose, à part cela, à la scène finale. Les facultés intellectuelles conservent en général leur intégrité jusqu'à la fin.

On voit qu'il y a deux périodes à considérer dans la marche des altérations dont il est ici question : période de formation du rétrécissement intestinal, ou de l'obstacle quelconqpie apporté au cours des matières intestinales; période d'obstruction. La première se manifeste par les signes propres à l'altération spéciale d'oti proviendra l'obstruction intestinale, mais elle demeure quelquefois latente. La seconde est signalée par les accidents qui viennent d'être décrits. Un des caractères de ces derniers est de se reproduire sous une forme identique, à des intervalles plus ou moins éloignés, jusqu'à ce qu'ils aboutissent à une issue funeste, ce qui peut, il est vrai, arriver dès leur première apparition. Il est des circonstances rares où ils peuvent se montrer d'une manière passagère; ainsi dans les déplacements utérins, susceptibles de correction, ou encore si une tumeur cancéreuse obturant le calibre de l'intestin vient à s'amoindrir par ramollissement. Un régime très-attentif peut retarder indéfiniment le retour de ces accidents, surtout dans le cas de rétrécissement inodulaire ou de coarctation cicatricielle,Sces altérations n'entraînant pas nécessairement par elles-mêmes de trouble considérable dans la santé générale.

Lorsque l'on voit une constipation opiniâtre, précédée de symptômes intestinaux plus ou moins caractérisés, survenir, puis se résoudre par de la diarrhée, puis se reproduire dans les mêmes conditions, il est urgent de s'assurer si elle dépend d'un obstacle matériel au cours des matières intestinales.

L'abdomen sera donc exploré avec grand soin et profondément. On cherchera s'il existe quelque tumeur, ou quelque matilé circonscrite, si l'utérus ne pèse point sur le rectum ; ce dernier organe sera exploré par le toucher, et, s'il est nécessaire, par le cathétérisme. Les matières intestinales seront examinées avec une scrupuleuse attention. On s'assurera si les diarrhées, spontanées ou obtenues par les purgatifs, n'entraînent pas

TRAITBMENT. ibi

des matières dures et anciennes ; si^ dans les évacuations habituelles, la forme des fèces ne donne pas lieu de soupçonner une altération du calibre de rintestin.

Lors des accidents d'étranglement, on ne se fiera pas à Tissue de ma^ lières liquides, ou môme solides, obtenues par les purgatifs. Ces dernières peuvent appartenir aux parties de l'intestin sous-jacentes à Tobstruction, et celle-ci peut laisser passer les matières liquides, tout en retenant les matières solides accumulées au-dessus. On interrogera le malade sur la qualité des aliments qu'il aura pu ingérer. Une constipation opiniâtre, accompagnée d'un ballonnement considérable, surtout si celui-ci est manifestement partiel^ et de vomissements, annonce une obstruction intes* linale.

Le pronostic du rétrécissement intestinal est toujours fort grave. Quelle que soit l'attention apportée au régime alimentaire, le sujet reste toujours sous la menace d'accidents périlleux.

Les causes du rétrécissement de l'intestin sont ^celles des diverses altérations qui peuvent y aboutir. Quant au rétrécissement syphilitique du rectum qu'a très-bien étudié M. Gosselin, ce savant chirurgien le considère non comme une altération diathésique, mais « comme une lésion locale ou de voisinage, due à une modification toute spéciale de la vitalité des tissus contaminés par le virus chaucreux » (1). C'est une lésion de la même nature que les condylomes, les végétations granulées, les chouxfleurs, les crètes-de-coq. Il ne paraît pas que des pratiques contre nature doivent être rangées parmi ses causes. Cette altération parait plus commune chez les femmes que chez les hommes, ce qui s'expliquerait par le contact habituel, chez elles, des écoulements syphilitiques avec la région anale.

Lorsque le rétrécissement de l'intestin a son siège dans le rectum, on peut recourir à un traitement chirurgical, incision ou dilatation. Les rétrécissements plus élevés se soustraient à toute intervention chirurgicale, et ne se prêtent en réalité à aucune médication directe. On est réduit à quelques soins préventifs, et, lorsque l'obstruction s'est effectuée; à une médication purement symptomatique.

La direction diététique doit avoir pour objet de ne permettre que des aliments d'une élaboration aussi complète que possible, et qui n'exposent pas à l'introduction de substances réfractaires à la digestion. Je renvoie aux conseils exposés à propos du traitement de l'entérite chronique. On comprend qu'il est capital également d'assurer la liberté du ventre. On combinera, dans ce but, aux qualités particuUères des aliments, l'usage de laxatifs habituels, tels que pilules à base d'aloès, de savon, de calomel, de coloquinte, etc.

Les accidents d'obstruction intestinale seront combattus par les moyens usités dans le cas d'étranglement interne. M. V. Cornil indique, dans une

{{) GosseUn, mémoire cité, p. 684,

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note de l'ouvrage de Niemeyer, l'emploi d'un moyen emprunté à la chirurgie vétérinaire. « Dans quelques cas, dit-il, de distension tympanitique exagérée des intestins, comme j'ai pu en voir à la Salpôtrière dans le service de M. Gharcot, lorsque le ventre énorme résonne comme un tambour, lorsque les viscères thoraciques, les poumons et le cœur sont refoulés, il peut devenir nécessaire de se servir d'un moyen conseillé par M. Labric {Thèses de PariSy 1852). Il consiste à faire dans l'intestin une ponction avec un trocart explorateur. Suivant M. Labric, la tunique musculeuse de l'intestin paralysée par la distension reprendrait, après l'évacuation des gaz, sa propriété contractile, et pourrait chasser alors les matières accumulées (l). »

Je considère cette indication comme très-formelle dans certaines circonstances, et je crois que Ton recule trop souvent (levant une pareille opération à laquelle on attribue peut-être une gravité exagérée.*^

(1) Nietneyer^ /oc. ciY., p. «SA.

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