MALADIES DU FOIE
Les maladies chroniques de Tabdomen étaient encore, dans le siècle dernier, confondues pour la plupart sous le nom d^obstructùms. Les maladies organiques, qu'une séméiologie imparfaite laissait le plus souvent méconnaître, et les désordres fonctionnels dont l'appareil digestif et ses annexes fournissent tant d'expressions variées, étaient réunis pêle-mêle sous une dénomination qui ne se trouvait peut-être pas toujours dépourvue de sens, mais dont le moindre inconvénient était 'de servir à cacher rignoranee de la plupart des médecins touchant le véritable caractère des états morbides auxquels on l'appliquait. Les maladies du foie en particulier se trouvaient à peu près toutes comprises dans les obstructions, et l'on se représente aisément combien le pronostic et les indications thérapeutiques avaient à souffrir d'une confusion à laquelle les plus sâgaces et les plus expérimentés devaient avoir eux-mêmes beaucoup de peine à se soustraire.
Les premières observations d'anatomie pathologique firent reconnaître facilement les lésions organiques du foie, dont les caractères tranchés durent frapper d'abord ceux qui dirigèrent leurs investigations de ce côté. Mais Bonnet et Morgagni avaient déjà signalé la plupart des altérations que nous connaissons aujourd'hui, que la généralité des médecins, peu familiarisés encore avec leurs découvertes, continuaient à ne voir que des obstructions dans des états organiques parfaitement définis aujourd'hui, comme dans des circonstances pathologiques qui n'ont pas encore été aussi complètement étudiées.
Ce n'est que depuis le commencement de ce siècle que les travaux des vulgarisateurs de l'anatomie pathologique, Bayle, Laennec, Andral, Gruveilhier, ont constitué la pathologie du foie, telle que nous la connaissons aujourd'hui.
Cependant des éléments nouveaux d'observation viennent, depuis quelques années, lui ouvrir un champ inexploré jusqu'alors. Le cancer du foie, les acéphalocystes, la cirrhose, l'état gras du foie, et quelques altérations mal définies défrayaient à peu près seuls toute la pathologie de l'appareil hépatique, et toutes les études sémiologiques se groupaient autour de ces altérations dont la notion ne dépassait guère une étude descriptive plus ou moins complète. Le microscope vient aujourd'hui nous permettre d'analyser d'une manière plus intime des lésions au sujet desquelles le scalpel n'avait plus rien à nous apprendre ; et c'est surtout aux Allemands que nous devons ces notions complémentaires ajoutées à des connaissances dont nous pouvons revendiquer tout l'honneur. Aujourd'hui, les dégénérescences intimes du parenchyme hépatique, les altérations premières des cellules, la participation des vaisseaux sanguins, les transfor-
Lioogle
mations de tissu, nous apparaissent sous un jour nouveau, et nous permettent de découvrir et de classer des altérations que les moyens ordinaires d'investigation ne pouvaient atteindre.
Mais il importe de remarquer que la pathologie du foie, aussi bien celle à laquelle le microscope vient apporter une très-intéressante contribution, que celle qu'avait créée la première ère de Tanatomie pathologique, étant toute basée sur cette dernière, laissait dans l'ombre un grand nombre de faits qui, n'aboutissant pas à une issue funeste, ne fournissaient aucun élément aux recherches anatomiques et n'en pouvaient attendre d'éclaircissement.
Cette remarque est applicable du reste à une grande partie de la pathologie abdominale. Les maladies de l'estomac et des intestins, les névroses de l'abdomen, les désordres infiniment variés de la circulation abdominale, dont les hémorrhoïdes externes ne sont pour ainsi dire qu'une manifestation tout épisodique, réclament encore bi«n des études pour se faire une place formelle dans la nosologie, comme pour débrouiller une confusion dont la pratique de tous les jours se ressent malheureusement encore à un haut degré. Or, le premier chapitre que nous consacrons à l'étude des maladies du foie a précisément pour objet une maladie dont l'histoire n'a en réalité été tracée nulle part, bien qu'elle se rencontre fréquemment, mais n'a point encore trouvé, il faut le dire, de contribution effective dans l'anatomie pathologique.