‹ Traité pratique des maladies chroniquesChapitre 33 sur 86 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

PYÉUTE ET PYÉLO-NÉPHRITE CHRONIQUE- Anatomie pathologique.

La pyélite est, à proprement parier, le catarrhe de la muqueuse qui tapisse le bassinet et les calices. Si l'on veut se faire une idée exacte de son mode habituel de développement et de sa constitution anatomiqae, il faut considérer qu'elle se développe toujours : directement par suite de la présence et du séjour de graviers ou de calculs dans la cavité du bassinet; ou indirectement par la propagation de l'état catarrhal du reste dt l'appareil excréteur de l'urine, canal de l'urèthre, vessie ou uretère.

(1) Compendium de médecine pratique^ t. VI, p, 163.

(2) Dalmas, Dictionnaire de médecine, 1843, t. XXVn, p. 342*

(3) Niemeyer, ioc. cit., p. 37.

AHATOMIB FATHOLOGIQnfi. 311

La pyélite s'accompagne souvent d'altérations considérables du parenchyme rénal ; elle constitue alors la pyélo-néphrite. Celles-ci paraissent elles-mêmes se développer de deux manières : 1* l'inflanmiation catarrhale se propage, continuant sa route, et marchant dans le même sens qui ravait introduite de Turèthre ou de la vessie dans le bassinet, elle se propage le long des calices et des tubuli, et pénètre ainsi dans le parenchyme du rein lui-même; 2'' une des tendances de la pyélite est l'oblitération de la communication du bassinet avec l'uretère, et par suite la dilatation de sa cavité par les matières qui ont à s'y accumuler, ainsi que de celle des calices, et il en résulte une atrophie par compression du tissu du rein, lequel finit par céder en quelque sorte la place à ces énormes dilatations, ce que M. Cruveilhier appelle atrophie par distension.

La muqueuse du bassinet, dans la pyélite chronique, est épaissie, d'un blanc mat, marquée quelquefois de taches ardoisées. Les vaisseaux extérieurs sont dilatés. La surface interne peut être tapissée d'une fausse membrane épaisse, filamenteuse (i), d'un aspect chagriné, comme dans certaines péricardites (2). M. Rayer a vu plusieurs fois de petites ulcérations détruisant les parois du bassinet ou des calices dans toute leur épaisseur. Ces ulcérations paraissent susceptibles de cicatrisation, sous forme de dépressions à surface grenue et irrégulière (3).

On trouve presque toujours le bassinet et les caUces dilatés. Cette dilatation ne s'opère pas seulement en dehors; elle se fait en grande partie dans le sens du rein et à ses dépens. Il en résulte une atrophie du tissu du rein, bien que cet organe paraisse offrir extérieurement un développement énorme, portant d'abord sur la substance tubuleuse^ et le transformant en poches OHiltiloculaires après avoir absorbé peu à peu son parenchyme, jusqu'à le faire disparaître presque entièrement, ou ne laisser qu'une coque mince formée d'un reste de substance corticale.

H. Cruveilhier décrit ainsi le mécanisme de cette atrophie par dilatation du rein : c L'urine retenue comprime d'abord les mamelons ou cônes du rein, qui s'effacent ; puis la substance tubuleuse, qui s'efface à son tour ens'éparpillant; puis enfin la substance corticale, qui s'atrophie peu à peu et finit par disparaître, de telle façon que chaque cône plein du rein se trouve transformé en une poche conoïde qui fait suite au calice sans ligne de démarcation* Pour peu qu'il existe encore des vestiges du Ussu du rein, il y a de l'urine sécrétée ; mais lorsque le rein tout entier est transformé en membrane ou kyste multiloculaire, dont chaque cellule remplace un cône du rein, alors le liquide contenu dans la poche rénale ne renferme aucun principe de l'urine : c'est de la sérosité pure, et la dénomination d'hydropisie du rein lui est encore bien plus applicable que celle de rétention d'urine. Toutefois il est rare que la transformation du rein soit complète, et qu'on ne trouve pas à la surface de cet organe, dans les points

(1) BuUetms de lu Société anatomique, t. XX, p. 27«.

(2) Bulietins de la Société anntomique^ t. XXIX, p. 124.

(3) Rayer, loc. cit.f U III, p. 5.

Page 1