CHAPITRE VI
HYDATÎDES DU REIN.
C'est, après le foie et le poumon, dans le rein que l'on rencontre le plus souvent des hydatides. Cependant, c'est encore une altération assez rare chez l'homme. M. Davaine n'en a rassemblé que 30 exemples, sur 376 cas d'hydatides, dont 166 appartenant au foie, et ce dernier noitibre étant encore inférieur à la réalité.
Le développement, l'évolution et les terminaisons du kyste hydatique sont à peu près les mômes dans le rein que dans le foie : il me suffira donc de donner ici un aperçu de cette altération considérée dans le rein, renvoyant au chapitre consacré aux hydatides du foie (1), pour tout ce qui se rapporte à l'histoire pathologique des hydatides elles-mêmes.
On ne trouve ordinairement qu'un kyste unique dans le rein, et dans un seul rein, contenant des hydatides multiples. Ce kyste peut ici, comme dans le foie, subir une altération rétrograde avant d'avoir été perçu à l'extérieur. D'autres fois il se développe indéfiniment et acquiert un volume considérable.
La partie du rein occupée par un kyste acéphalocyste volumineux prend quelquefois une teinte jaune-chamois. Souvent alors les membranes extérieures des reins sont fortement injectées, et le bassinet est confondu et réuni avec la tumeur par des fausses membranes organisées, parcourues d'un grand nombre de vaisseaux. A la coupe, on voit ordinairement dans la poche rénale les dispositions suivantes, en procédant de l'extérieur à l'intérieur : Elle est formée : !• par les substances rénales atrophiées et anémiques, visibles et distinctes encore dans quelques points, et, en quelques autres, réduites à une simple trame celluleuse, infiltrée çà et là d'une matière jaunâtre accidentelle, et formant une sorte de membrane grisâtre
(i) Voyez t. Il, p. 228.
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à l'extérieur, et jaunâtre à la coupe ; 2* par un véritable kyste, à parois fermes et fibreuses, dont la surface interne, un peu inégale et jaunâtre, offre, par places, des brides celluleuses plus denses que les parois, avec des enfoncements, les uns plus larges et profonds, les autres plus petits et digitiformes (1).En contact avec cette surface, mais sans adhérence avec elle, se trouve une grande poche molle et membraneuse (acéphalocyste mère), renfermant un nombre plus ou moins considérable d'échinocoques, libres ou adhérents. Par suite de leurs progrès, ou par des causes accidentelles, ces kystes peuvent s'enflammer et éprouver diverses altérations dans leurs parois et leur contenu. Ainsi, parfois, les acéphalocystes ne sont plus renfermées dans une poche unique; on trouve, contre les parois du kyste, des lambeaux jaunâtres, des espèces de débris de la çoche hydatiqtie mère; le kyste est tapissé par une matière jaune particulière, plusieurs de ces petites acéphalocystes sont comme flétries, ridées, et généralement opaques et jaunâtre. Le liquide dans lequel nagent les hydatides, au lieu d'être ténu et transparent, est le plus souvent trouble, d'apparence laiteuse ou purulente (2).
Tant qu'un kyste hydatique du rein ne s'est pas ouvert, il ne détermine pas de troubles fonctionnels appréciables, non plus que de douleurs, et la santé générale n'en subit aucun trouble. Ceci s'explique aisément. L'altération se trouvant toujours limitée à un seul côté, le rein intact suffit pour maintenir la sécrétion urinaire elle-mômo dans son intégrité. Les hydatides ne sont autre chose, pour les organes qui les renferment, que des corps étrangers, développés dans l'interstice des tissus qu'ils se bornent à refouler et à atrophier par compression, sans y entraîner aucune hétéromorphose, isolés qu'ils en sont du reste par leur kyste d'enveloppe. Enfin il n'existe dans le voisinage du rein aucun organe qui ait à éprouver quelque gène de la part des tumeurs qui s'y développent, les intestins pouvant fuir devant elles, sans en éprouver aucun embarras ni aucune altération de leur calibre. Il n'y a que le cas où la tumeur rénale vient à rejoindre ou la base du foie h, droite, ou la base du poumon à gauche ; encore ce développement excessif n'arrive-t-il qu'à créer des communications anomales, sans qu'il puisse en résulter une compression gênante pour ces organes.
L'existence d'un kyste hydatique du rein ne donne donc lieu qu'à une tumeur non douloureuse, appréciable au toucher et à la percussion, arrondie, lisse, fort semblable à celles qui apparaissent dans la région rénale à la suite de la pyélite chronique ou d'une hydronéphrose. Mais il est, suivant M. Rayer, un phénomène qui, dans certains cas, peut faire reconnaître la présence des hydatides, c'est le fi'oissement hydatique, cette espèce d'ondulation que perçoit le doigt appliqué à la surface de la tumeur, lorsqu'on la percute avec les doigts de l'autre main. Mais je ne pense pas que ce signe ait été souvent reconnu dans les tunipurs
(1) Rayer, Traité des maladies des reinsy t. III, p. 545.
(2) Rayer, eod. ioc.,p. 547.
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hjdatiques du rein. Telle parait être aussi l'opinion de M. Davaine.
Cependant la tumeur rénale peut acquérir des dimensions considéra^ bles. C'est surtout de bas en haut qu'elle tend à se développer. Elle peut, lorsqu'elle appartient au rein droit, gagner la face inférieure du foie, et, grâce aux adhérences qui se développent alors dans cette région assez obscure, faire corps avec elle, de sorte qu'il peut être assez difficile de faire, dans la détermination du siège de la tumeur, la part distincte du foie et du rein. 11 est à remarquer cependant, dit M. Êayer, que les kystes acéphalocystes du foie sont le plus ordinairement situés plus en avant, et qu'ils sont évidemment continus avec le bord tranchant du foie. Dans les cas obscurs, quelques circonstances particulières, l'existence antérieure d'un ictère ou d'un dérangement fonctionnel du rein, pourront quelquefois éclairer le diagnostic ; mais il faut convenir que, hors les cas où la tumeur rénale forme une voussure aux lombes et se prolonge vers la fosse iliaque, il est difficile de préciser le siège de la tumeur. Il est certain que les signes distinctifs que Ton pourrait donner à ce sujet, en dehors des circonstances de forme qui peuvent être encore saisies, seraient purement spéculatifs. Lorsque les limites qui séparent le foie du rein ont cessé d'être distinctes, le diagnostic sera d'autant plus difficile que les tumeurs kystiques du foie se développent en général, assez volontiers, précisément dans la direction du rein. Mais de semblables difficultés se rencontrent rarement, et dans les kystes du foie la voussure du rebord costal permettra presque toujours de reconnaître leur siège, de même, que son absence établira par elle-même une forte présomption do tumeur rénale.
Cependant les kystes bydatiques du rein, comme ceux du foie, finissent souvent par s'ouvrir une communication artificielle qui permette l'issue des hydatides et la guérison définitive. C'est le plus souvent dans le bassinet que ces kystes se perforent, par une ou plusieurs ouvertures, d'autres fois dans le poumon gauche, d'autres fois dans la région lombaire.
Dans le premier cas, les hydatides s'engagent dans l'uretère qu'elles par^ courent, ainsi que la vessie et le canal de l'urèthre. Elles ne déterminent, durant ce long parcours, d'autres accidents que ceux qui résultent de l'obstruction d'un conduit trop étroit pour leur livrer un passage facile; mais ce sont toujours des accidents passagers. Si c'est dans l'uretère, il survient des douleurs vives, répondant au méat urinaire, môme des coliques néphrétiques (Rayer, Davaine), des nausées ou des vomissements ; si c'est dans l'urèthre, on observe les symptômes de la rétention d'urine. Tous ces accidents se dissipent dès que les hydatides ont passé ; mais ils peuvent se reproduire chaque fois que de nouvelles hydatides trop volumineuses se présentent au passage.
Il ne faut pas toujours considérer comme provenant du rein les hydatides éliminées par les voies urinaires. L'examen attentif de l'abdomen permettra de reconnaître les kystes développés dans le voisinage de la vessie, et qui se seraient ouverts dans sa cavité.
Je ne puis que consigner pour mémoire la perforation des kystes du
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rein dans le poumon, dans la région lombaire et surtout dans Tintestin. Il n'existe point sur ces différents sujets d'observations suffisantes pour en faire l'objet d'une description.
Les hydatides du rein ne constituent pas toujours une affection absolument grave. Leur guérison s'opère quelquefois avec une grande facilité au moyen de leur élimination par les voies naturelles. Mais il est impossible d'établir aucune règle relative à leur pronostic. Quant à leur traitement, il échappe complètement à l'intervention effective de l'art.