KYSTES DES REINS
L'étude des kystes des reins est presque exclusivement une étude d'anatomie pathologique.
On trouve assez fréquemment dans les reins des poches arrondies, à parois minces, parfaitement transparentes et incolores, non vasculaires (Rayer), enchâssées dans le parenchyme rénal dont elles peuvent être détachées par la dissection, rarement isolées, presque toujours très-multipliées, et renfermant habituellement une sérosité claire, limpide, légèrement jaunâtre, ordinairement albumineuse, et dans laquelle on a presque toujours trouvé de l'acide urique.
Quelle est l'origine de ces kystes? Il est fort difficile de répondre à cette question. Us sont entièrement étrangers à ces poches qui ont été étudiées précédemment, et qui sont formées par la dilatation des calices et du bassinet. Si quelques-uns d'entre eux montrent les traces d'un épanchement sanguin, la plupart n'en offrent aucun vestige. S'ils accompagnent quelquefois les altérations de la néphrite simple ou de la néphrite albumineuse, le plus souvent le rein ne présente rien de ce genre. Il faut en dire autant du cancer et des calculs que l'on a rencontrés quelquefois, mais de préférence du côté opposé au rein kystique. Enfin il n'est poinl de symptôme direct ni de trouble fonctionnel qui paraisse se rattacher à leur présence.
Parmi ces kystes, les uns sont simplement séreux, d'autres renferment du sang, d'autres enfin contiennent des matières diverses. Je ne mentionne pas ici les kystes hydatiques dont il a été question précédemment.
Pour peu que ces kystes sjient multipliés ou un peu volumineux, le rein est manifestement atrophié, et sa propre substance peut disparaître presque entièrement. En voici un exemple qui donne une idée exacte du degré extrême de cette altération, et permettra de se représenter ses
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degrés de moindre développement, a I^ rein gauche, dont le bassinet est plus grand qu'à l'état normal, présente une douzaine de kystes faisant relief à la surface du rein, et dont un est gros comme un œuf et noirâtre à l'extérieur, tandis que les autres sont transparents. Ils sont remplis d'un liquide incolore, limpide, rappelant à peu près le liquide séreux des bydrocèles; ils ne renferment pas d'acéphalocystes. La substance du rein est complètement détruite. Le rein droit est entouré comme d'une grappe, et les kystes qui l'enveloppent sont bien au nombre de cinquante, de volumes variables, de\>uis la grosseur d'une petite noix jusqu'à celle d'un pois. Les uns ont un aspect rosé, les autres sont transparents, quelques-uns noirâtres. 11 reste une petite proportion de substance rénale à la partie postérieure, dans le voisinage du bile, ce qui explique la persistarfce de la fonction urinaire (1). »
Ces kystes se développent quelquefois extérieurement, et ils sont alors plus souvent isolés que multiples. J'ai trouvé chez une vieille femme morte de pneumonie l'altération suivante : on voit naître de la partie supérieure du rein droit une poche presque aussi volumineuse que le poing, transparente, pleine de liquide clair et séreux, sans odeur urineuse, et donnant ati toucher la sensation d'un kyste hydatique. La couche corticale se continue jusqu'à une certaine distance dans l'épaisseur de ses parois, puis disparait. La paroi inférieure du kyste, qui pénètre jusqu'au niveau du bassinet, est parcourue par plusieurs calices très-dilatés et allongés, et que l'on distingue très-bien à travers la transparence de la membrane même qui le tapisse. Onant au rein lui-même, il est tout à fait aplati, diminué des deux tiers de son épaisseur, sans offrir d'autre altéralion appréciable dans sa texture.
Les reins sont ordinairement rapetisses. Cependant M. Blachez les a trouvés doublés de volume, le parenchyme rénal ayant presque complètement disparu (2). M. Ducluseau a irouvé un rein kystique qui avait la grosseur du poing (3), mais on voit que cette augmentation de volume du rein est parfaitement compatible avec l'atrophie réelle de l'organe.
Ces kystes se montrent d'une manière très-prédominante, dans la substance corticale. «Les kystes de la substance tubuleuse, dit M. Rayer, toujours très-petits, sont des espèces de vésicules qui ne dépassent presque jamais le volume d'un grain de chènevis, et qui contiennent ordinaireniïent une matière séreuse ou gélatiniforme {U), »
Les kystes de la substance corticale peuvent, lorsqu'ils sont en petit nombre, acquérir un assez grand volume. M. Siredey en a montré un qui possédait le volume d'un œuf de poule, et j'en ai vu un moi-même qui avait le volume du poing. Un kyste retiré du rein par la dissection donne
(1) Jetôé, Bulletins de la Société anatomtque^ t. XXIX, p. 45.
(2) BUu^hez, Bulletins de la Société anaiomique, t. XXXH, p. 369.
(3) Ducluseau, Bulletins de la Société anatomique, 1865^ t. XXVU, p. 9à.
(4) Rtyer, loc. cit., i. Jll, p, 542.
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quelquefois le froissement hydatique. J'ai fait cette remarque dans une observation citée plus haut. M, Broca l'a faite également.
Ces kystes sont quelquefois héraatiques. En voici quelques exem^ pies ;
Des kystes multiples des reins^ d'un volume variable, atteignant au plus celui d'une noisette, plus nombreux dans la substance corticale que dans la tubuleuse, contenaient un liquide séreux ou séro-sanglant ; dans quelques-uns d'entre eux le contenu était noirâtre. Certains renfermaient une matière gélatineuse comparable à la gelée rouge&tre que' l'on trouve quelquefois dans les tumeurs de l'ovaire (1).
Les deux reins anémiés sont le siège d'un grand nombre de petits kystes renfermant un liquide transparent ; le rein gauche offre en outre sur son bord postérieur une tumeur de la grosseur d'un œuf de poule. Cette tumeur est constituée par une membrane extérieure épaisse, fibreuse et résistante, continue avec la capsule du rein épaissie, et par une substance moUe, granuleuse, peu homogène, d'aspect rougeâtre dans ce^ tains points, jaunâtre dans d'autres, et présentant partout un grand nombre de petits cristaux blancs. L'examen microscopique, fait conjoin* tement avec M. Ch. Robin, permet de constater qu'elle est composée d'un grand nombre de cristaux de cholestérine et de granulations qui, selon M, Bobin, sont des globules de sang altéré. On n'y trouve aucun débris d'acéphalocyste. Cette tumeur est sans communication avec la substance corticale du rein ; à côté d'elle se trouvent deux autres tumeurs plus petites, également munies d'une enveloppe fibreuse, renfermant, l'une surtout, des cristaux de cholestérine, et l'autre un caillot sanguin asseï récent, ce qui s'accorde avec l'examen microscopique pour faire admettre que le contenu de la tumeur principale était bien du sang épanché et altéré. Le malade, un vieillard de soixante-seize ans, mort d'une aOection organique de l'estomac, n'avait jamais présenté de trouble fonctionnel du côté des reins ; dans les derniers temps de sa vie, il avait quelque difficulté pour uriner, ce qui tenait à l'augmentation de volume de la prostate et à la faiblesse musculaire de la vessie (2).
Les reins présentent une dégénérescence graisseuse remarquable, avec atrophie de la substance corticale. On remarque en outre dans le droit un kyste séreux du volume d'un œuf de poule et une tumeur de la grosseur d'une noisette. Cette tumeur, noirâtre extérieurement, est à l'intérieur molle, blanchâtre et filamenteuse. On en voit une,* de semblable aspect, mais de volume plus petit, sur le rein du côté opposé. M. Cruveilhier voit dans ces tumeurs des masses fibrineuses, suite d'hémorrhagie (3).
J'ai dit qu'il paraissait difficile d'expliquer le mode de formation des kystes séreux des reins. On peut se demander si l'apoplexie rénale, ou l'hémorrhagie interstitielle du rein, ne représenterait pas leur véritable
(1) Bouvier, Bulletins de la Société anatomique^ t. XXX, p. 83.
(2) Lancereaui, Bulletins de la Société anatomique, t. XXXIII, p. 205.
(3) Siredey, Bulletins de la Société ana fornique, t. XXXllI, p. 440.