Accès douloureux, crampes d'estomac
2. Douleurs passagères, en rapport ou non avec l'introduction des ali-' ments;
S. Douleur fixe et continue.
Symptômes, i. Accès douloureux, crampes d'estomac.
C'est là un des types les plus saisissants de la gastralgie. L'apparition de la douleur est presque toujours soudaine et atteint rapidement son apogée. La douleur est très-violente, le plus souvent excessive ; son point de départ est exactement la région épigastrique, le cardia, où elle reste quelquefois limitée, mais d'où elle irradie souvent, en comprimant la région diaphragmatique comme dans un étau,en remontant derrière le sternum, ou vers les espaces intercostaux, ou plus particulièrement vers la région préoordiale. L'anxiété est extrême, la douleur enraye les mouvements respîratoires« Le malade se tient immobile et courbé en avant, les genoux rapprochés de la poitrine.
La physionomie s'altère au plus haut point; la face pâlit et se couvre souvent d'une sueur froide ; les traits s'étirent et expriment une angoisse profonde ; les extrémités sont froides ; le pouls se rapetisse et s'accélère, et devient quelquefois filiforme et presque imperceptible.
Des efi'orts de vomissement surviennent presque toujours; quelquefois •ans résultat. Si l'accès suit un repas, ou survient avant que la digestion loit achevée, les aliments sont rejetés. Autrement les vomissements ne comprennent qu'un peu de mucus filant, souvent d'une extrême acidité, rarement de la bile. La nausée et le vomissement sont tantôt passagers, tantôt opiniâtres et durant tout le temps de l'accès. Il survient des éructations, quelquefois aigres et rares, plus souvent sans goût et sans odeur, répétées et bruyantes.
Ces accès peuvent ne durer que quinze ou vingt minutes. Le plus souvent leur durée est d'une à plusieurs heures : il est rare qu'ils se prolongent plat de cinq ou six heures. S'il survient quelquefois un amendement
bS GASTRALGIE.
passager aux symptômes qui les caractérisent, il arrive rarement qu'ils soient interrompus par des intervalles de rémission complète. Leur terminaison est ordinairement rapide, quelquefois aussi soudaine que leur invasion.
L'accès semble quelquefois se résoudre par un vomissement, ou bien par une émission de gaz. Le plus souvent on voit la douleur se calmer spontanément, ou sous l'influence des moyens thérapeutiques employés, sans qu'il apparaisse alors de phénomènes particuliers.
Il est rare qu'il survienne d'évacuations alvines pendant la durée de l'accès : mais celui-ci peut être suivi de selles diarrhéiques presque immédiates, conséquence d'une indigestion intestinale, déterminée par l'accès lui-même. La miction s'opère également rarement pendant la crise, ou n'amène que de petites quantités d'urine. Mais, le plus souvent, l'accès terminé, on voit rendre des urines copieuses et tout à fait décolorées (urines nerveuses).
L'épigastre est quelquefois rétracté, plus souvent ballonné et tendu, quelquefois tout l'abdomen aussi. Une pression directe du doigt est presque toujours insupportable. Mais une pression générale et ménagée de l'épigastre est généralement bien supportée, môme profonde, et amène souvent une apparence de soulagement. Il en est de même d'une friction superficielle, sèche ou médicamenteuse.
Je viens de décrire un accès complet de gastralgie. A l'intensité près des symptômes, c'est ainsi que les choses se passent dans la grande généralité des cas. Cependant il peut arriver que l'accès se borne à une constriction douloureuse, d'une courte durée, avec gonflement épigastrique, quelques éructations, sans s'accompagner de l'appareil réellement effrayant qui caractérise les violentes gastralgies.
J'ai sous les yeux 67 observations relatives à des faits de ce genre (38 femmes et 29 hommes). La plupart accusaient de bonnes digestions. Les accès survenaient dans un nombre de cas à peu près égal, après les repas ou à jeun.
11 y a des individus qui ne subissent de pareils accidents que d'une manière toute fortuite, une ou deux fois dans leur vie, ou bien à des intervalles très-éloignés. Ce sont des gastralgies aiguës ou accidentelles. Mais en général les crampes (Testomac ne se montrent que chez des personnes qui y sont sujettes. C'est bien alors une maladie chronique, et qu'il faut traiter comme telle. Ces accès reviennent quelquefois avec une périodicité lointaine, tous les ans, deux ou trois fois par an, sensiblement aux mêmes époques, ou plus rapprochés, tous les mois, toutes les semaines, tous les jours même. Ils se montrent fortuitement ou avec une sorte de régularité.
Un malade était réveillé, à peu près toutes les nuits, par une crise sans vomissement, assez violente pour provoquer des cris, durant de quinze à trente minutes, et après laquelle il se rendormait aussitôt. Un autre avait tous les jours, à la môme heure, une crampe d'estomac, assez violente, de courte durée, et sans aucun rapport avec l'époque des repas.
Il faut remarquer que le sulfate de quinine est généralement impuissant dans les cas de ce genre. Il y a des époques où ces crises se répètent et se rapprochent, d'autres où elles s'éloignent.
Chez beaucoup de malades, elles apparaissent sans qu'on puisse les rattacher à aucune circonstance déterminante ; quelquefois elles se montrent tout spécialement sous l'influence de causes alTectives, émotions, contrariétés. J'ai vu quelquefois accuser très-nettement les influences atmosphériques, et plutôt les changements atmosphériques que telle ou telle condition de température ou d'humidité.
Ces accès de gastralgie se montrent assez rarement chez les goutteux, mais très-souvent chez les rhumatisants; quelquefois chez les hystériques. Chez ces dernières, les phénomènes de pneumatose gastrique se dévelop* peut alors au plus haut point.
2. Doulears passagères, en rapport ou non avec l'introduction des aliments (cardialgie).
Ici il s'agit non plus d'accès violents, accompagnés d'un appareil de symptômes souvent formidable, mais de douleurs, plus ou moins vives et prolongées, qui ne déterminent plus de retentissement général dans l'économie, et qui se trouvent à peu près exclusivement réduites au phénomène de la douleur elle-même. Cette forme se rapproche de la précédente par les crampes modérées et de courte durée qui l'accompagnent quelquefois ; elle se rapproche de la suivante par la tendance de la douleur à se prolonger et à devenir continue.
La douleur dont il est question est limitée à l'épigastre, quelquefois i un espace très-étroit, mais, en général avec une tendance marquée à s'étendre en demi-cercle autour du tronc, et à répondre à une douleur dorsale (point spinal).
Le caractère ordinaire de cette douleur est ce qu'on entend par avoir mal à l'estomac : c'est tantôt une sensation de défaillance, un sentiment pénible de vacuité, tantôt une douleur plus aiguë, plus pénétrante, ou une sensation de brûlure. Elle s'accompagne souvent d'éructations, quelquefois d'aigreurs, ou du rejet de mucosités acides ou salées. Ces derniers cas se rapprochent de ceux que nous avons étudiés dan^la dyspepsie acide et dans la dyspepsie pituiteuse.
Il y a plusieurs remarques à faire au sujet de l'époque où apparaissent ces douleurs. C'est quelquefois le matin à jeun, ou bien dès que la digestion est terminée, et alors l'introduction des aliments les soulage. Il est à remarquer que, chez ces individus gastralgiques, la digestion s'opère quelquefois avec une rapidité toute particulière. D'autres fois ces douleurs se montrent après les repas, à des distances variables. Les malades remarquent souvent eux-mêmes que, malgré la présence de la douleur, la digestion n'est nullement troublée. Quelquefois il s'y joint de légers signes de dyspepsie. Ces douleurs surviennent souvent la nuit et troublent le sommeil. Je trouve noté ditns un bon nombre d'obiservations qu'elles surviennent d'une manière très-irrégùlière, avant ou après les repas, et sans MnuHO-FAtraL. n — 4
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qu'on puisse leur trouver de relation avec Tétat de vacuité et de repos, ou avec l'état de plénitude et de travail de l'estomac.
Sans doute de pareilles douleurs peuvent se manifester accidentellement. Mais eii général on y est sujet, et, le plus souvent, quelque temps après leur première apparition, on les voit se montrer journellement et plusieurs fois dans les vingt-quatre heures.
• Lorsqu'elles s'accompagnent de troubles formels de la digestion, ces douleurs^ expriment un état morbide complexe, et doivent être étudiées comme gastralgies dyspeptiques ou dyspepsies gastralgiques.
Ces gastralgies se rattachent beaucoup moins souvent que les précédentes auThumatisme. Elles se montrent en général chez des individus névrop^thiques, des femi^es leucorrhéiques ou anémiques, des jeunes filles ou des femmes chlorotiques.