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CHAPITRE IL

LEUCORRHÉE.

{fluburs blanches, catarrhe simple de la muqueuse utéro-vaginale.)

Il est des membranes muqueuses qui possèdent une disposition particulière à devenir le siège d'une production exagérée des sécrétions physiologiques qui leur appartiennent. Gela s'observe fréquemment sur la muqueuse de l'appareil respiratoire, mais d'une manière toute spéciale sur la muqueuse génitale de la femme, muqueuse vaginale, muqueuse tapissant la cavité du col ou du corps de l'utérus.

Les fonctions particulières auxquelles sont soumis les organes génitaux de la femme, le passage périodique du sang menstruel et le passage du produit de la conception, sans parler de Tacte de la copulation lui-même, exigeaient un développement spécial de l'appareil sécréteur destiné à en lubrifier les'surfaces. Or, il arrive très-facilement que, sous l'influence de causes immédiates, et surtout de causes éloignées dépendant de modalités particulières de l'organisme, les sécrétions normales de la membrane muqueuse qui tapisse le vagin et la face interne de l'utérus viennent à s'exagérer. Cette exagération peut se maintenir dans des limites physiologiques ; la transition qui l'amène à prendre un* caractère pathologique est insensible.

La plupart des maladies de l'utérus et du vagin sont accompagnées de sécrétions exagérées et anomales, qui sont le résultat d'une irritation ou d'une inflammation, aiguë ou chronique, de la membrane muqueuse qui tapisse ces organes. Ces hétérocriniès sont donc symptomatiques de l'irritation ou de l'inflammation de la muqueuse ou des tissus sous-mqqueux, et appartiennent à la métrite catarrhale ou à la vaginite dont l'histoire a été tracée plus haut. Ils étaient confondus autrefois, sous le nom de leucorrhée^ avec les sécrétions purement catarrhales dont il est question en ce moment. Le fait de l'écoulement muqueux, séro-muqueux ou mucopurulent par la vulve, était alors considéré comme un fait caractéristique, qui suffisait pour déterminer l'assemblage de toutes les circonstances dans lesquelles il pouvait se rencontrer. Mais de cet assemblage résultait une confusion que pouvait seule justifier l'ignorance où Ton était alors des conditions organiques auxquelles se rattachaient les écoulements réunis sous la dénomination de flueurs blanches ou leucorrhée.

Les auteurs d'un ouvrage estimable sur la leucorrhée (1) n'ont pu

(1) Blatin et Nivet, Traité des maladies des femmes qm déterminent des fluevrs bla$^ ches, 1842.

tto2 LEUCORBflɣ.

échapper à celte confusion, malgré les notions anatomico-pathologiques auxquelles ils ont essayé de se conformer, en prenant pour base de leur étude l'écoulement utéro-vaginal. C'est là un phénomène qui, quelquefois dominant, n'est le plus souvent qu'accessoire, et qui n'a de signification que par les circonstances auxquelles il se rattache

Cependant faut-il, comme l'ont voulu les auteurs du Compendium de médecine pratique, rayer la leucorrhée de la nosologie, et refuser de lui consacrer une mention spéciale? Non, sans doute. Comme l'a justement exprimé Valleix, il est une série d'écoulements utéro-vaginaux qui existent sans altération appréciable des organes génitaux, et auxquels il est permis d'attribuer légitimement la dénomination de leucorrhée, si Ton applique à cette dernière l'idée d'un catarrhe simple de la muqueuse vaginale ou utérine (1). Il ne s'agit ici, comme je l'ai fait déjà remarquer, que de l'exagération d'un phénomène physiologique, lequel devient pathologique moins par les caractères nouveaux qu'il peut revêtir que par les conséquences qui en peuvent résulter pour la santé générale.

Sémiologie de la leucorrhée.

Le caractère sémiologique unique de la leucorrhée est un écoulement plus ou moins abondant, par la vulve, des produits de sécrétion de la muqueuse qui tapisse le vagin et la face interne de Tutéruâ.

J'emprunte à Becquerel et Rodier la description des sécrétions, morbides suivant enx^ qui sont fournies par les diverses parties de la membrane muqueuse qui tapisse le vagin, l'intérieur et la surface du cdI utérin, et qui sont loin d'être toujours de la môme nature. Mais je dois faire remarquer que ces sécrétions ne sont pas toutes morbides par elles-mêmes, ou ne le deviennent que par leur quantité et non par leur qualité.

On peut admettre quatre variétés de sécrétions utéro-vaginalcs :

!• Mucus transparent;

2* Mucus opalin ;

3»Muco-pus;

li^ Mucus purulent.

Cette dernière sorte de sécrétion n'appartient pas à la leucorrhée : c'est une sécrétion essentiellement pathologique, et qui indique toujours un état inflammatoire, accompagné ou non d'ulcération. Suivant Becquerel, il en serait de même des sécrétions de la troisième sorte, le mucopus étant aussi a le produit d'une inflammation chronique de la muqueuse utérine du corps ou du col, accompagnée ou non de granulations ». Cependant, je ne pense pas que 'l'on puisse affirmer qu'une sécrétion de ce

(1) Monneret, Tt^Hé élémentaire de pathologie interne, 4865, t. Il, p. U7. - M. Monneret ne considère la leucorrhée que comme synonyme de l'hétirocrinie utérùie; mais Vfiétérocrinie vaginale rentre au même titre dans l'ensemble de faits auxquels peut s'appliquer la dénomination de leucorrhée.

SÉMIOLOGIE. &53

genre soît toujours le témoignage irrécusable d une inflammation. Les sécrétions des muqueuses saines peuvent contenir des globules tout semblables à ceux du pus, et la présence de quelques globules purulents ainsi que d'un excès de matières grasses ne suffira peut-être pas toujours pour faire refuser à un écoulement utéro-vaginal le caractère purement leucorrhéique. Aussi reproduirai-je la description des trois premières sortes d'écoulement, la quatrième, mucus purti/cn^ proprement dit, se rapportant exclusivement à la métrite et à la vaginite.

!• Mucus pur. — On observe par/ois à l'orifice libre du col utérin un mucus filant, visqueux, presque complètement transparent et qui déborde l'orifice du col de la cavité duquel il sort évidemment. Ce mucus est uniquement composé d'eau, de mucine et d'une très-petite quantité de sels alcalins. Le microscope y fait distinguer seulement un petit nombre de cellules épithéliales.

Ce fluide peut être produit par un utérus parfaitement sain; cependant tous les utérus sains n'en produisent pas nécessairement. On l'observe quelquefois chez des femmes ayant un peu d'engorgement du col. Mais ce mucus filant, visqueux et transparent semble être l'attribut de la sécrétion de la membrane muqueuse utérine saine.

2* Aîucus opalin. — Ce mucus est celui que l'on observe le plus fréquemment. Il est un peu moins visqueux que le précédent, en général beaucoup moins abondant, blanchâtre, laiteux et comme opalin, doué cependant d'une certaine transparence; il suinte évidemment de l'orifice utérin, mais presque toujours la muqueuse vaginale, surtout celle qui est située à la partie postérieure, produit une certaine quantité d'un liquide absolument semblable. Le microscope y fait découvrir un nombre considérable de cellules épithélial&s dont la présence donne au liquide son opalinité, sa lactescence. Il est formé d'eau, de mucine, de fragments d'épithélium et de sels alcalins, en particulier de chlorure de sodium.

Le mucus opalin est presque toujours le résultat d'un simple vice de sécrétion de la muqueuse utérine et de la muqueuse vaginale. C'est lui qui constitue l'écoulement leucorrhéique proprement dit, écoulement qui existe sans qu'on puisse constater aucune trace d'inflammation dans les membranes muqueuses utérine ou vaginale.

Ce mucus examiné frais est neutre ou alcalin (1); il file aux doigts. Traité par l'eau, il filtre à froid, et le liquide transparent qui passe ne contient aucune trace d'albumîne. Les matières grasses y sont en trèsfaible proportion.

3* Muco-pus. — Examiné frais, c'est un liquide épais, visqueux, filant, jaune ou jaune verdâtre, légèrement alcalin. Il contient de la mucine, des cellules épithéliales, de nombreux globules de pus, et une quantité de

(1) Suivant MM. Blatin ci Nivct, dans la phlegmotThée vaginale, le tagin renferme un nucns liquide, blanc, opalin, offrant la consistance du lait ou de la crème, toujours acide, jamais épais ou glaireux, ni alcalin, comme le mucus ntérin. {Traité des maladies des femmes qui déterminent des flueurs blanches^ 1842, p. 21A.)

&5& LEDCOEEHÉE.

matières grasses plus considérable que dans les deux autres espèces do mucus. Aussi ce mucus, porté au bout d'un fil de platine, desséché à la lampe à alcool et mis en contact avec la flamme, brûle avec une belle lumière, tandis que le mucus transparent et le mucus opalin, soumis à la même expérience, se carbonisent simplement. Ce muco-pus traité par l'eau, agité et filtré, ne donne pas d'albumine dans le liquide transparent qui passe. C'est là le caractère qui distingue le muco-pus simple du pus et du muco-pus mélangé de pus véritable (l).

Ce lîuco-pus se rencontre habituellement dans la métrite catarrhale et dans la vaginite. Mais il ne me paraît pas impossible qu'un liquide semblable, mais peu riche en matières grasses et en globules purulents, se montre aussi dans la leucorrhée proprement dite.

Il faut ajouter à ce qui précède un écoulement séro-muqueux, qui paraît provenir exclusivement du vagin et de la vulve, qui se distingue du mucus opalin par sa grande fluidité ; il varie beaucoup en proportion d'un jour à l'autre et se produit quelquefois en très-grande abondance, obligeant de se garnir comme pour l'écoulement des règles. Ne peut-on rapprocher physiologiquement cet écoulement du flux séreux, quelquefois excessif, qui, dans l'acte de la copulation, et quelquefois sous la simple influence des désirs vénériens, vient baigner les organes génitaux externes?

L'examen des organes génitaux ne laisse percevoir aucune lésion, au moins de laquelle dépende la leucorrhée. La muqueuse utéro-vaginale est plutôt pâle que rouge. Chez les femmes très-leucorrhéiques, les parois du vagin, la vulve, ofl'rent au toucher une sensation molle et flasque fort difl'érente de celle qui leur appartient dans les conditions normales. Les téguments voisins, le périnée surtout, la marge de l'anus, sont humides; mais la matière de l'écoulement qui les recouvre n'ofl're rien d'acre dans la leucorrhée simple, et ne produit pas d'irritations érythémateuses, comme il arrive si souvent dans les écoulements inflammatoires. Le linge en est taché, de taches irrégulières, empesées à difl'érents degrés, incolores ou faiblement colorées dans la simple leucorrhée. Du reste, point de douleurs du fait de la leucorrhée elle-même, point de symptômes utérins, qu'une lassitude dans les lombes, dans les cuisses, ou du moins plus prononcée là qu'ailleurs.

Les symptômes généraux que peuvent déterminer les écoulements leucorrhéiques n'ont pas toujours l'importance qu'on leur attribue. Comme ces écoulements existent le plus souvent chez des femmes afl^iblies, malingres ou cachectiques, on est souvent porté à leur rapporter ces témoignages d'une mauvaise constitution dont eux-mêmes ne sont précisément que Tun des effets.

Les femmes leucorrhéiques ne manquent jamais d'attribuer soit aux apparitions, soit aux recrudescences de l'écoulement, tous les malaises et tous les dérangements de santé qui coïncident avec elles. Elles se plaignent alors très-particulièrement de troubles des fonctions digeslives^ de dys-

(1) A. Becquerel et Rodier, Traité de chimie pathologique, 1854, p. 505.

MAHOHB, DURÉE. i!|55

pepsie avec tendance à la gastralgie ; ce sont stirtont des tiraillements, des fatigues d'estomac, une sensation de faim pénible, des digestions difScifes^ de la dyspepsie flatulente ou pituiteuse principalement. Elles accusent de la courbature, de la faiblesse, de la tristesse ; les traits sont tirés, les yeux cernés ; et si elles sont affectées de quelque maladie, organique ou fonc* tionnelle, elles en voient s'exaspérer les symptômes.

Mais ce sont souvent, au contraire, ces dérangements dans la santé, ces atteintes de gastralgie ou de dyspepsie, ces exacerbations d'un état mor* bide quelconque, qui occasionnent les redoublements de la leucorrhée. L'état leucorrhéique est, chez beaucoup de femmes, comme le thermomètre de la santé. Lorsqu'elles sont mal portantes, non-seulement l'écoulement augmente, mais quelquefois on en voit alors la matière s'épaissir, se colorer en jaune, ce que Ton reconnaît aux traces qu'elle laisse sur le linge. Il semble que du muco-pus vienne alors se mêler en certaine proportion au mucus pur ou au mucus opalin.

Cependant on ne peut nier que l'écoulement utéro-^vaginal, lorsqu'il atteint une certaine proportion, ne soit propre par lui-môme à occasionna quelques troubles sympathiques, surtout du côté de l'estomac qui subit si facilement le retentissement des phénomènes utérins^ et à entraîner de la langueur et de la faiblesse. Mais il y a entre tous ces phénomènes et entre tous ces organes une solidarité commune qui crée un cercle vicieux. Si la leucorrhée est l'effet ordinaire de toutes les formes de débilitation de l'organisme, elle vient y ajouter une cause très-efficace de langueur et de dépression. Si elle reçoit l'impression sympathique de tous les troubles qui peuvent survenir dans la santé, elle peut sympathiquement en provoquer autant par ses exacerbations. Il y a donc là matière à une observation attentive et qui exige beaucoup de discernement.

J'insiste sur ce sujet, parce que si l'on suit trop l'idée que, chez les femmes leucorrhéiques, les troubles partiels ou généraux de la santé sont sous la dépendance exclusive ou prédominante de la leucorrhée elle-» môme, on se laisse aller à adresser uniquement à cette dernière une médication qui, si elle s'applique à l'effet et non à la cause du mal, demeure nécessairement inefficace. On voit donc que la question des indications thérapeutiques est entièrement subordonnée aux considérations que je viens de présenter.

Marche, dorée.

La leucorrhée est toujours une maladie chronique. Elle peut ne se montrer que par intervalles. J'ai signalé précédemment les leucorrhées menstruelles, qui n'apparaissent qu'avant ou après les époques des règles. L'influence des moindres dérangements de santé sur la proportion de l'écoulement leucorrhéique, et même sur sa production, est extrêmement prononcée chez certaines femmes. Les fatigues physiques, les veilles, les chagrins, ramènent ou exagèrent immédiatement le flux utéro-vaginal.

AS6 LEUCORRHÉE.

Mais, dans le plus grand nombre des cas, la leucorrhée est continue ou au moins habituelle. Il en doit être ainsi, puisqu'elle dépend la plupart du temps de causes inhérentes à la constitution, et que Ton ne peut en général qu'atténuer, sans parvenir à les détruire. Chez beaucoup de femmes, la leucorrhée dure toute la vie, mais en général elle s'amoindrit ou disparaît graduellement, quelquefois lentement, après la ménopause.

La leucorrhée s'observe assez souvent avant la puberté, dès le jeune âge, et surtout chez les filles lymphatiques et scrofideuses. M. Brierre de Boismont ne l'aurait jamais constatée avant l'âge de huit ans. Il faut faire attention, du reste, que les écoulements génitaux des petites filles, alors plutôt vaginaux qu'utérins, et même plutôt vulvaires que vaginaux, tiennent presque toujours à de véritables vaginites ou vulvites (1).

iltiologie.

Dans la plupart des articles consacrés à la leucorrhée, le chapitre des des causes énumère un nombre infini de circonstances propres à déterminer médiatement ou immédiatement cette maladie. Mais la plupart des causes attribuées à la leucorrhée se rapportent à la vaginite ou à la métrite catarrhale, et la presque totalité des causes directes ou locales, ou des causes déterminantes, est dans ce cas. Je devrais peut-être dire la totalité, car je ne connais guère de causes locales auxquelles puisse se rapporter l'écoulement leucorrhéique tel qu'il est ici défini. Yalleix l'a entendu précisément ainsi. Aussi ne reconnaît-il qu'une seule cause occasionelle de la leucorrhée : c'est la menstruation.

Il est un assez grand nombre de femmes qui ne^voient apparaître d'écoulement leucorrhéique que pendant les jours qui précèdent ou qui suivent les règles. C'est la forme de leucorrhée la plus bénigne. Ce n'est guère en général qu'une simple incommodité. Il faut même dire qu'il est peu de femmes qui n'en présentent quelques traces. La matière de ces écoulements est assez claire, séro-muqueuse et rarement très-abondante. Il peut epcore arriver que cet > écoulement séro-muqueux remplace en tout ou éi; partie le fcix menstruel lui-même. Le sang paraît à peine, et pendant plusieurs jours a lieu un flux séro-muqueux abondant. Il y a mênie des femmes qui ne voient qu'ei^ blanc, selon leur expression. C'est là une de^ formes de la dysménorrhée. Elle ne s'observe que chez des femmes dont la santé est altérée en quelque chose, et en particulier des femmes chloro-anémiques. Mais ce n'est pas un phénomène qui offre de gravité par lui-même ; il importe surtout d'apprécier les circonstances desquelles il dépend.

M. Monn^ret range parmi les causes de la leucorrhée, qu'il considère seulement au point de vue de l'hétérocrinie utérine, la plupart des maladies de l'utérus. On peut voir de simples écoulements Icncorrhéiques

(1) Binbex et RiUiet; Traité clinique et pratique des maladies des enfants, 1853; t. 11, p.<H28.

ÉTIQLOGIE. &57

accompagner des iumeui^ fibreuses de Tutérus et même des polypes utérins. Il faut reconnaître à ce propos qu'il peut être difficile, dans bien des circonstances, de fixer la limite entre Técoulement purement catarrhal, ou hétérocrinique, ou leucorrhéique, et l'écoulement dû à une inflammation chronique de la membrane muqueuse utérine* ou vaginale. Mais ^considérer la leucorrhée comme dépendant d'une aphlegmasie aiguë ou chronique, soit primitive, soit consécutive de l'utérus, d'ulcérations de toute espèce de la membrane muqueuse utérine extra- ou intracavitaire (1)», c'est retomber dans la confusion qu'il est juste de reprocher aux anciennes pathologies, et méconnaître absolument le caractère nosologique qu'il convient d'attribuer à la leucorrhée.

On peut voir des femmes leucorrhéiques présenter tous les attributs d'une bonne santé et d'une constitution irréprochable. C'est là un cas rare. On peut le rapprocher jusqu'à un certain point de certains flux hémorrhoïdiaires, muqueux ou sanguins. Nous ne pouvons y voir qu'une anomalie de l'organisme dont la cause nous échappe. Mais dans l'immense majorité des cas, la leucorrhée se rattache à quelque état constitutionnel parfaitement reconnaissable, et plus ou moins défini, et dans lequel on retrouve presque toujours la scrofule ou le lymphatisme, l'anémie, une cachexie quelconque, ou simplement un de ces états de débilité absolue ou relative qu'engendrent toutes sortes de conditions hygiéniques, dépendant de l'hygiène générale ou de l'hygiène individuelle.

La cause la plus commune de la leucorrhée est la chloro-anémie, cette combinaison d'aglobulie du sang, de dyspepsie et de nervosisme, qui se rattache de si près à toutes les phases de l'évolution utérine, aux phénomènes de la puberté comme à ceux de la ménopause, aux anomalies de la fonction menstruelle comme à toutes les périodes de la puerpéralité. « L'hétérocrinie utérine (la leucorrhée utéro-vaginale), dit ftf . Monneret, peut-elle être le résultat d'une diminution des globules du sang, quelle qu'en soit la cause ? A cette ques^on il faut répondre par l'affirmative. La chloro-anémie détermine daûs l'organisme un état de débilité extrême, en vertu duquel la pliçart des sécrétions sont augmentées et viennent ajouter ,ainsi aux causes déjà existantes de débilitation. On voit se produire sous l'influence de cet état général des diarrhées, des flux broncïiiques, des flux leucorrhéiques (tj^s-spécialement), etc., sans altération superficielle des organes 'qui sont le siège de ces hypercrinies, par le seul fait de l'état général, de la débilité, en un mot, de l'inanitiation de l'organisme, diathésiquc ou non diathésique (scrofule, tuberculose, cancer, état puerpéral, cachexies diverses) (2). »

L'anatomie pathologique ne fournit que des résultats purement négatifs au sujet de la leucorrhée. On paraît avoir seulement constaté, dans quelques circonstances, une hypertrophie des follicules utérins (3). La des-

(1) Monneret, loc. cit., t. II, p. 1A7.

(2) Monneret, lœ, cit., t. II, p. 148.

(3) Blatin et Nivet, loc. cit.^ p. 251, 252

458 ;LEUCORaHÉE.

cription de l'appareil sécréteur de la muqueuse génitale de la femme me paraît pouvoir être rapprochée avec intérêt des faits que nous étudions en ce moment. Je l'emprunte à VAnatomie descriptive de M. Gruveilhier.

Le» glandes de l'utérus sont extrêmement nombreuses. Ce sont des utricules simples ou bifurques, qui ont beaucoup d'analogie avec le» glandes de Lieberkiihn de l'intestin. Elles s'ouvrent isolément, ou par groupes de deux ou trois, par un orifice de O^^jO? de diamètre, au fond des petites dépressions qu'on observe à la surface de la muqueuse utérine. Lorsque la muqueuse s'épaissit sous Tinfluence de la menstruation, les glandules prennent un développement relativement plus considérable encore.

Entre les plis des parois antérieure et postérieure du col utérin se voient une foule d'orifices arrondis ou ovalaires, de 0*",3 à 0"",4 de largeur, disposés en séries linéaires, et qui conduisent dans des cavités anfractueuses tapissées d'un épithélium cylindrique. Le diamètre de ces cavités, qui occupent toute l'épaisseur de la muqueuse, n'est guère plus considérable que celui de leur ouverture. Elles représentent des follicules rudimentaires, dans lesquels on rencontre cependant le mucus transparent et visqueux qui remplit habituellement la cavité du col.

On trouve souvent à la surface de la muqueuse utérine des vésicules sphériques transparentes, en nombre plus ou moins considérable, qui ont été prises pour des ovules par Nabolh [œufs de Naboth). Ces vésicules ne sont autre chose que des follicules mucipares, qui se rencontrent aussi bien dans la cavité du corps que dans celle du col, mais qui abondent surtout dans le col au voisinage de l'orifice. Quand elles sont d'un petit volume, et que leur diamètre ne dépasse pas 1 à 2 millimètres, elles restent enfoncées dans la muqueuse sans paraître au dehors. Elles ne deviennent apparentes que dans le cas oti le mucus s'accumule dans leur cavité en quantité notable par suite de l'oblitération de leur orifice. Leur développement, qui est parfois considérable, a fait croire dans certains casa des maladies plus graves. Elles sont formées d'une membrane d'enveloppe appartenant au tissu conjonclif et d'un épithélium cylindrique. Elles renferment un liquide transparent, vitreux ou colloïde. Les œufs de Naboth résultent probablement de l'oblitération accidentelle de l'orifice des follicules muqueux qui dès lors se laissent distendre par leur produit de sécrétion. Mais on les rencontre également sur leslè\Tes du col où ces glandules font défaut.

11 n'existe pas de glandules dans la muqueuse vaginale. Exceptionnellement on y trouve, suivant Henle, des follicules analogues aux follicules solitaires de l'intestin, particulièrement à sa partie supérieure et sur le col utérin (1).

(1) Gruveilhier et Marc Sée, Traité d*anatomie descriptive^ 1865, t. II, p. 484 et 498.

Diagnostic.

Le diagnostic de la leucorrhée s'établit sur l'absence de symptômes utérins proprement dits, de symptômes douloureux en particulier, et sur les caractères de Técoulement. La matière de l'écoulement n'est point acre et irritante. Bien qu'il ne faille pas se fier beaucoup aux caractères des taches laissées sur le linge, cependant on peut considérer les taches incolores ou peu colorées, empesant fortement le linge, très-étendues, comme appartenant à la leucorrhée simple, plutôt que les taches jaunes ou verdâtres, étroites, et se rapprochant de celles que laisserait un liquide purulent.

Je renvoie à la description que j'ai donnée précédemment des divers écoulements génitaux, pour ce qui est des caractères différentiels des écoulements purement muqueux et des écoulements purulents.

L'examen au spéculum, lorsqu'on jugera à propos d'y recourir, permettra de reconnaître l'absence de toute lésion, et aussi de reconnaître l'origine de l'écoulement. Dans la leucorrhée utérine, on voit toujours du mucus filant, visqueux, semblable à du blanc d'œuf, sortir du museau de tanche. Lorsqu'il ne procède que du col, il est en général assez facile de l'enlever avec un pinceau. Mais lorsqu'il provient du corps, il en reste toujours une certaine proportion que Ton voit sourdre du fond de l'orifice utérin, et qu'il est impossible d'en détacher. Il arrive, du reste, souvent qu'en écartant simplement les lèvres, on trouve, à l'orifice vulvaire, de ce mucus visqueux et filant dont l'origine utérine ne peut être méconnue.

Pronostio.

Si l'on prend la leucorrhée dans le sens restreint où nous avons dû la renfermer, son pronostic n'offre réellement pas beaucoup de gravité. 11 est un grand nombre de femmes chez lesquelles l'existence d'un flux leucorrhéique ne paraît exercer que fort peu d'influence sur la santé. Mais le pronostic de la leucorrhée est tout à fait subordonné aux circonstances pathologiques dont elle dépend. On devra tenir compte également des observations que j'ai présentées plus haut, et d'après lesquelles la leucorrhée ne serait pas, dans la plupart des cas au moins, la cause, mais TefTet des troubles locaux ou généraux de la santé qui l'accompagnent. Cependant il y a, dans le fait même de l'écoulement, une cause incontestable et continue d'affaiblissement, et en outre on peut croire que les femmes affectées de catarrhe simplement leucorrhéique de la muqueuse utéro-vaginale sont particulièrement exposées à voir se développer sur celte membrane des lésions inflammatoires.

Une des conséquences fâcheuses que peut entraîner la leucorrhée est d'amoindrir, chez les hommes, l'attrait pour les rapprochements sexuels avec les femmes qui en sont atteintes, et quelquefois d'affaiblir, chez les

Lioogle

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femmes elles-mêmes, l'aptitude aux sensations voluptueuses, ce qui n*e$t jamais loin d'amener de l'éloignement et du dégoût pour l'accomplissement de l'acte génésique.

11 est des leucorrhées qui tiennent à des modifications accidentelles et passagères de la santé générale ou de la constitution, et que l'on peut voir guérir. Mais en général les leucorrhées qui tiennent à une constitution originelle ne guérissent pas. On peut les atténuer, mais non les supprimer.

Le traitement de la leucorrhée se trouve entièrement compris dans celui de la métrite catarrhale, en faisant abstraction de tout ce qui peut être relatif à l'existence actuelle de phénomènes inflammatoires. 11 en est ainsi de toutes les membranes muqueuses, dans lesquelles on voit les catarrhes inflammatoires finir par se confondre absolument avec les catarrhes simples ou protopathiques, au moins au point de vue des indications thérapeutiques, soit locales, soit générales.

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