TUMEURS DE L'ENCÉPHALE
Je réunirai dans cette étude les tumeurs nées dans le cerveau (le cervelet et la protubérance) et les tumeurs nées sur les méninges, car elles ne sauraient être distinguées les unes des autres ni par les causes qui les déterminent, ni par le processus qui préside à leur développement, ni par les phénomènes auxquels elles donnent lieu pendant la vie, ni par le pronostic qui s'y attache.
Pour apporter la clarté nécessaire à cette exposition fort compliquée, je prendrai pour base de leur description anatomique leur nature, tumeurs cancéreuses, tuberculeuses, hydatiques, de nature diverse, et pour base de leur étude sémiologique leur siège particulier, suivant que, par leur implantation ou leur voisinage, elles intéressent les hémisphères cérébraux, la protubérance ou le cervelet. En effet, elles se montrent le plus souvent, môme lorsqu'elles sont multiples, limitées à quelqu'une des grandes divisions de l'encéphale.
AMATOMIE PATHOLOGIQUE. 547
Anatomie pathologique.
Tnmeun cancéreuses.
Il ne sera point nécessaire de séparer ici les tumeurs cancéreuses proprement dites, encéphaloïde et squirrhe, des tumeurs fibro-plastiques. La distinction des unes et des autres n'intéresse, dans cette région, que l'anatomie pathologique pure, et n'est d'ailleurs implicitement fournie que dans un nombre limité des observations qui ont été publiées sur les tumeurs encéphaliques. Les principaux caractères qui, d'après les observations de M. Lebert, paraissent appartenir spécialement aux tumeurs ftbro-plastiques, indépendamment de leurs caractères histologiques et de l'absence de suc lactescent, sont les suivants : elles montrent des connexions plus intimes avec les méninges, laissent souvent apercevoir un point d'implantation véritablement pédicule, se montrent surtout à la base du crâne, sont moins volumineuses, sont entourées d'une enveloppe flbrocelluleuse, vasculaire, enfin tendent à revêtir un caractère fibreux.
Les tumeurs cancéreuses de l'encéphale peuvent avoir leur point de départ dans les os(fongus de la dure-mère), ou dans les méninges, ou dans la substance nerveuse. Sur 79 observations de tumeurs cancéreuses uniques, rassemblées par M. Lebert, les os étaient seuls malades 3 fois, les méninges &0 fois, la substance cérébrale 36 fois, dont 21 les hémisphères, 8 la protubérance et la moelle allongée, 3 la glande pituitaire et h le cervelet (1).
Le cancer de l'encéphale proprement dit appartient le plus souvent au cancer mou ou encéphaloïde, le cancer des méninges au tissu flbro-plas- Uque. Le squirrhe s'y observe plus rarement^ et le cancer colloïde n'y a peut-être pas été observé. J'ai publié une observation de tumeur verdâtre foncée {cancer veri-pomme de M. Broca) chez un jeune homme de vingt ans, formant deux tumeurs assez volumineuses, l'une sur la convexité de l'hémisphère droit, l'autre à la base^ comme à cheval sur l'apophyse crista-galli, très-adhérente à cette apophyse, paraissant l'une et l'autre implantées sur la face interne de la dure-mère (2).
Ces tumeurs, ordinairement assez volumineuses, sont rarement plus petites qu'une cerise et peuvent atteindre la dimension du poing. Celles de la base n'oflrent pas souvent un volume considérable. Les plus petites se rencontrent dans la protubérance, les pédoncules, le cervelet. Tant qu'elles n'ofi'rent que des dimensions moyennes, elles sont généralement assez arrondies ; mais lorsqu'elles atteignent un volume considérable et cessent d'être comprises dans l'épaisseur de la substance nerveuse, elles s'aplatissent et recouvrent quelquefois une partie d'un hémisphère. Il en était ainsi d'une tumeur que j'ai trouvée chez une vieille femme,
(i) Lebert, Traité pratique des maladies cancéreuses, 1851^ p. 752.
(2) Durtnd*F«rdel, BuUetins de la Société anatomique, 1880^ t. XI, p. 188.
sus TUMEURS DE L*ENCÉPHALE.
laquelle, implantée dans rhémisphère droit par une sorte de pédicule épais, venait s'étaler, comme le chapeau d'un champignon, à la surface de rhémisphère dont elle recouvrait tout le lobe antérieur et une partie du lobe moyen. Elle semblait avoir perforé la pie-mère et le feuillet cérébral de l'arachnoïde, et avait contracté des adhérences avec le feuillet pariétal de cette dernière. Il est plus ordinaire de voir les tumeurs méningées plonger dans la substance cérébrale. On trouve alors les circonvolutions correspondantes aplaties ou atrophiées ; ou même elles ont complètement disparu, et la tumeur est alors en contact immédiat avec la substance blanche.
Je viens de parler des adhérences que cette tumeur, d'origine évidemment profonde, avait contractées avec le feuillet séreux de la dure-mère. Ces adhérences sont quelquefois assez intenses pour que la tumeur paraisse, au premier abord, provenir de cett« membrane : M. Cruveilhier a appelé l'attention sur cette cause d'erreur.
11 est à remarquer que, dans les cas de ce genre, la substance cérébrale comprimée par la tumeur ne paraît pas, le plus souvent, ou paraît à peine altérée. Si la compression a été légère, elle est simplement refoulée; si elle a été considérable, elle a disparu par résorption. Les tumeurs peu volumineuses semblent quelquefois avoir simplement écarté les fibres cérébrales.
Lors même que la tumeur a pris naissance dans la pulpe nerveuse, celle-ci peut n'être pas sensiblement altérée alentour, ou elle n'offre qu'un léger ramollissement, rougeâtre s'il est récent, le plus souvent sans changement de couleur. Les cas où des ramollissements formels et étendus, ou des infiltrations sanguines, ou des épanchements de sang, existent autour de la tumeur, ou à une certaine distance, sont de beaucoup les plus rares. 11 y a quelques exemples d'abcès enkystés accompagnant des tumeurs cancéreuses du cerveaU (Lebert).
Lorsque les tumeurs sont extérieures au cerveau; les méninges alentour sont ordinairement injectées, épaisses, adhérentes. On a quelquefois rencontré une méningite purulente. Le tissu cellulaire sous-arachnoïdien est souvent infiltré de sérosité. On trouve aussi la cavité de l'arachnoïde, mais surtout celle des ventricules, moyen ou latéraux, distendues par des épanchements* séreux.
Les tumeurs de la base, lorsqu'elles se rapprochent de l'isthme du cerveau, compriment d'une manière particulière la protubérance ou les pédoncules cérébraux et cérébelleux, les déjettent, les contournent de manières très-variées. On trouve assez souvent alors les pédoncules, cl surtout les parois du ventricule moyen, très-ramoUis et comme déliquescents.
Les rapports des tumeurs de la base avec les nerfs cérébraux sont trèsimportants à considérer, en vue des symptômes particuliers qui en résultent directement. Les trois premières paires et la cinquième sont le plus souvent intéressées. Quelquefois ces nerfs ne sont que légèrement comprimés, sans avoir souffert dans leur texture. Ou bien ils sont aplatis et
ANATOMiS PATHOLOGIQUE. SAQ
leurs filaments éparpilla, atrophiés ou même complètement détruits. On peut voir des filets nerveux traverser une masse cancéreuse sans altération apparente. M. Landouzy en a rapporté un exemple (1). J'ai vu également les nerfs de la troisième et de la cinquième paire traverser une tumeur cancéreuse aplatie, assise entre la pointe du rocher et la lame perpendiculaire du sphénoïde, à droite, et reparaître au delà, sans avoir subi la moindre altération de couleur ni de consistance. Le malade ne présentait aucune paralysie, non plus qu'aucune déviation des yeux.
Tumeurs tuberculeuses.
Les tumeurs tuberculeuses de l'encéphale se rencontrent principalement chez les enfants et chez des sujets encore jeunes, tandis que le cancer, dans le cerveau comme ailleurs, existe presque exclusivement chez les adultes et surtout chez les vieillards.
Les tubercules se rencontrent quelquefois à l'état d'infiltration dans la pulpe nerveuse ; mais le plus souvent sous forme de tumeurs entourées d'un tissu ramolli ou d'un tissu sain, et dont on les sépare assez facilement par énucléation, énucléation qui peut être facilitée par le ramollissement de la substance nerveuse environnante. M. Luys a trouvé une masse tuberculeuse enveloppée par une sorte de coque résistante, formée par des fibres celiuleuses (2), M. Martineau par une membrane lisse et d'une ténuité extrême (3). L'absence d'enveloppe isolable a été au contraire constatée d'autres fois. On voit quelquefois distinctement que la masse tuberculeuse était formée de la réunion de plusieurs tumeurs rapprochées et confondues à des degrés divers d'évolution (/i). Ces tumeurs naissent, du reste, dans les mémnges, comme dans la pulpe nerveuse, et pénètrent, comme celles qui ont été décrites précédemment, la surface des hémisphères, en produisant une simple dépression, ou en déterminant Tatrophie ou la résorption des points qu'elles compriment.
Bien que les tumeurs tuberculeuses puissent être uniques, on les trouve, beaucoup plus souvent que les cancéreuses, multiples, et quelquefois extrêmement nombreuses ; elles n'atteignent guère un volume aussi considérable que ces dernières. Elles ofi'rent une prédilection particulière pour le cervelet, et, suivant la remarque de M. Cruveilhier, y peuvent acquérir des dimensions remarquables, eu égard au volume de cette partie de l'encéphale. On trouve alors ou l'éminence vermiforme, ou l'un des lobes, ou le cervelet lui-môme occupé tout entier par une tumeur qu'environne une couche mince de substance cérébelleuse. Le môme auteur signale, dans les coupes des masses tuberculeuses de l'encéphale, une disposition fréquente par couches concentriques parfaitement dis-
(1) Landouzy, Bulletins de la Société anatomique, 1838, t. XIII, p. 3d0.
(2) Luys, Bulletins de la Société anatomique, 1856, t. XXXI, p. 3dl.
(3) Martineau, Bulletins de la Société anatomique, 1859, t. XXXIV, p. 2d8.
(4) Caresiiic, Bulletins de la Société anatomique, 4863, t. XXXVill, p. 359.
550 TUMBUBS DE L'eNGÉPHALB.
tinctes, à la manière des calculs urinaires ; quelquefois au centre une gécMle remplie d'une matière purulente. Les tumeurs tuberculeuses de la base du crâne peuvent comprimer les nerfs du cerveau ; mais elles 1^ envahissent très-rarement. M. Cruveilhier afQrme n'avoir jamais rencon* tré de tubercules dans l'épaisseur des cordons nerveux, à l'exception do nerf optique (1).
Toutes les altérations des méninges qui ont été signalées à propos du cancer de l'encéphale se retrouvent ici ; mais on observe plus souvent des méningites généralisées et purulentes, particulièrement chez les enfants.
Tumeurs vésiculaires.
On sait combien les vers vésiculaires, particulièrement le cœnure et le cysticerque, se rencontrent fréquemment chez les animaux. On n'observe chez l'homme que les hydatides et les cysticerques.
Les kystes hydatiques sont ordinairement solitaires. Ils peuvent acquérir un volume considérable. On en a vu contenant une livre et même deux livres et demie de liquide. La poche hydatique du cerveau, dit M. Davaine, autant qu'on en peut juger d'après des observations ordinairement très-incomplètes, est constituée par une dépression de la substance cérébrale qui est revêtue d'une lame mince de tissu cellulaire, laquelle peut être regardée comme un vrai kyste ; cependant il parait dans plusieurs cas que les hydatides se sont développées librement, soit dans la cavité de rarachno!de, soit dans celle des ventricules.
Les hydatides qui se développent dans la substance cérébrale môme paraissent aussi manquer d'une enveloppe de tissu cellulaire et être en rapport immédiat avec cette substance. Quant à celles qui ont eu pour siège primitif la pie-mère ou les plexus choroïdes, elles sont enveloppées d'un kyste plus ou moins complet.
Le kyste est toujours très-mince, très-peu consistant, plus épais dans sa portion libre que dans celle qui est enfermée dans la substance du cerveau. Les hydatides, en se développant, compriment et atrophient les parties du cerveau avoisinantes, qui finissent par être réduites quelquefois à une mince membrane.
Les nerfs qui, dans leur trajet, se trouvent en rapport avec le kyste, sont également amincis et atrophiés ; enfin on a vu, dans quelques cas, les parois du crâne éprouver l'action de l'accroissement du ver vésiculaire, et subir une dilatation partielle, un amoindrissement ou une résorption de la partie qui est en rapport avec la vésicule (2).
Le même auteur décrit ainsi les cysticerques de l'encéphale : « Les cysticerques du cerveau existent quelquefois en grand nombre, soit accumulés dans une seule région, soit, mais plus souvent, disséminés, too-
(1) Cruveilhier, Traité (Tanatomte paihoiogique générale, t. IV, p. 780.
(2) DavaUie, Traité des entoioaires, 1960, p. 646.
ANATOIIIX PATBOIéOGIQUB^ 551
jours d'un petit volume. Dans la plupart des cas^ les cysticerques sont logés dans la substance cérébrale, la pie-mère ou dans les plexus choroïdes, plus rarement dans la substance médullaire du cerveau et, dans ce dernier cas môme, souvent il en existe aussi dans les méninges. Gomme les hydatides, les oysticerques sont revêtus par une membrane mince de tissu cellulaire qui leur forme un kyste ; dans la substance du cerveau, le kyste est très-mince ou réduit à quelques tractus filamenteux. On trouve fréquemment les cysticerques du cerveau dénaturés ou ayant subi des altérations profondes, lesquelles sont en rapport avec Tanoienneté des cysticerques (1) ».
Tumeurs de nature diverse.
Les tumeurs cancéreuses, flbro-plastîques et tuberculeuses, comprennent la plupart des tumeurs encéphaliques. Cependant on en rencontre encore de nature différente ; et le nombre en augmentera peut-être, car il est probable que Ton a rapporté au cancer plus d'une altération que des notions approfondies sur leur véritable constitution permettront d'en dégager. Je me bornerai à en rapporter quelques exemples, en faisant remarquer que cette recherche intéresse à peu près exclusivement Tanatomie pathologique.
Tumeur épithéliale. — Tumeur d'une couleur jaunâtre, de consistance assez molle et paraissant développée aux dépens de la pie-mère, appliquée contre les nerfs optiques et les nerfs olfactifs. Cette tumeur était formée de fibres de tissu conjonctif, cellules fusiformes ; de cellules épîthéliales; de masses épithéliales, globes épithéliaux de M. Lebert (2).
Tumeur épithéliale. — Tumeur du volume d'un gros œuf de poule, directement implantée sur la couche optique dont elle tenait pour ainsi dire la place. Elle était composée à la périphérie d'un tissu blanchâtre et lardacé, formant environ les deux tiers de la tumeur ; espèce de noyau central de couleur rougeâtre, plus mollasse à là coupe que le tissu périphérique, et rappelant assez bien l'aspect de la chair de veau. L'élément anatomique essentiel, dans le tissu périphérique comme dans le tissu central de la tumeur, c'est une cellule dérivant évidemment de la cellule épithéliale diversement modifiée; tantôt allongée et fusiforme avec un ou deux noyaux, plus souvent un à son centre ; tantôt en un plus petit nombre que la précédente, ovalaire ou polygonale avec noyaux multiples. A Côté de ces cellules apparaissent très-rares quelques tubes nerveux fragmentés de quelques cellules déformées de substance grise cérébrale; mais on trouve en abondance dans chaque préparation des granulations moléculaires transparentes. L'élément histologique qui vient d'être signalé se retrouvait beaucoup plus rare dans la substance nerveuse environnante (3).
(1) Daraine, eod. ioc.j p. 656.
(2) Potaio, Bulletins de la Société anatomique, 1861, t XXXVI, p. AO.
(3) Laborde, Bulletins de la Société anatomique, 1860, t. XXXV, p. A09.
552 TUMEURS DE l'ehc£phalb.
Tumeur par kyperplasie conjonctive. — Tumeur aplatie, de peu d'épaisseur, étalée à la face antérieure de la protubérance et du bulbe, contournant le pédoncule cérébelleux moyen, n'intéressant pas la substance nerveuse. La surface de la tumeur, d'une couleur gris rosé, est formée de petits grains arrondis, assez bien détacbés les uns des autres, quelquesuns pédicules, comme des grains de raisin de fort petite dimension. On voit à la loupe un tissu composé de fibrilles très-déliées, entrecroisées dans tous les sens et trè&-humides. Le microscope montre que la tumeur est composée, dans toutes ses parties, de fibres ondulées du tissu conjonctif, de petits noyaux arrondis peu abondants, et, semées sur tout le champ, de granulations amorphes ; c'est une lésion de Tordre de celles que les Allemands ont désignées sous le nom d'hyperplasie conjonctive (1).
Tumeur par hypergenèse des éléments normaux. — Tumeurs multiples, petites, à la base de l'encéphale, comprenant le tissu de la protubérance et des circonvolutions voisines. L'examen microscopique montre en abondance des myélocytes et quelques corps fusiformes fibro-plastiques, ainsi que quelques fibres lamineuses ; c'est-à-dire en grande partie de l'hypergenèse d'éléments normaux. La nature de cette tumeur reste indécise (2). Si ces tumeurs eussent existé plus longtemps, l'élément fibro -plastique y fût peut-être devenu prédominant et caractéristique.
Tumeur fibreuse. — Tumeur du volume d'un petit œuf, remplissant tout le troisième veiitricule, ayant transformé en sa propre substance le chiasma, toute la portion antérieure du nerf optique droit, le tuber cinereum et les tubercules mamillaires. Elle est formée de deux parties, dont une, fondamentale, offre un aspect fibroïde, une couleur grise et une consistance dense, tandis que l'autre, extérieure et superposée à la précédente, présente une consistance plus molle, et une certaine translucidité qui la fait ressembler à de la chair d'anguille. L'examen microscopique a montré : 1^ que la masse intra-ventriculaire était du tissu fibreux pur (tissu fibreux proprement dit et non fibro-plastique) ; 2* que la masse surajoutée, couleur de chair d'anguille, était formée au contraire de tissu amorphe rempli de granulations moléculaires, et comme infiltrée dans les mailles du tissu cellulaire sous-arachnoïdien (3).
Tumeur osseuse. — On trouve dans le ventricule latéral droit une concrétion volumineuse (25 grammes), osseuse ou ossiforme, se prolongeant par un pédicule dans l'épaisseur de la substance cérébrale et recouverte par la membrane des ventricules. Cette tumeur présentait tous les éléments qui caractérisent le tissu osseux, c'est-à-dire : 1® une grande proportion de cavités étoilées, anastomosées entre elles par une multitude de radiations multiples ; 2"" une substance fondamentale intermédiaire, au sein de laquelle ces cellules sont creusées, et probablement constituée par
(i) Piedvache, Bulletins de la Société anatomigue, 4861, t. XXXVI, p. 245. (2) Nicaise, Bulletins de la Société anatomique^ 1863, t. XXXVIII, p. 3S2, (3; Pana, Bulletins de la Société anatomigue^ 1859, t. XXXIH, p. 279.
les mêmes éléments chimiques que Ton trouve dans les os; 3* une assez forte proportion de capillaires anastomosés irrégulièrement, dont les parois sont formées de couches concentriques creusées de séries de cavités osseuses ainsi disposées concentriquement, lesquelles apparaissent çà et là, de champ, représentant complètement Taspect des canalicules osseux (Luys) (i).
Tiameurs calcaires, — Dans le centre de chaque hémisphère, saillies nombreuses, donnant la sensation de langue de chat, constituées par des incrustations calcaires amoncelées et remarquablement volumineuses. Sur d'autres points, les capillaires eux-mêmes étaient incrustés (homme de cinquante-cinq ans, en démence). M. Campana a considéré ces incrustations comme constituées par du carbonate calcaire grossièrement cristallisé et se montrant sous forme de saillies globuleuses ou hexagonales. Ces concrétions avaient une base organique très-semblable aux corps amyloldes (2).
Tumewr cartilagineuse. — Cette tumeur, d'une couleur grisâtre, de Taspect et du volume d'une grosse framboise, était placée dans la goutr tière caverneuse du côté droit, et s'étendait depuis l'apophyse clinoïde postérieure jusqu'à la dépression du sommet du rocher, en dedans du ganglion de Casser, recouverte par la dure-mère dont la séparait une membrane celluleuse très-déliée. Cette tumeur, homogène par places, fibroïde dans d'autres points, montrait des corpuscules caractéristiques du cartilage, c'est-à-dire des cavités creusées dans la trame et contenant chacune une ou plusieurs cellules ayant toutes un noyau sphérique, point de vaisseaux. La présence dans le crâne d'une semblable tumeur, enchondrome, est très-exceptionnelle (3).
Symptômes.
Les tumeurs de l'encéphale se développent quelquefois d'une manière tout à fait latente. On peut trouver sur le cadavre des tumeurs d'un certain volume que rien n'avait pu faire soupçonner pendant la vie. D'autres fois, les accidents observés dataient d'une époque certainement trèspostérieure à la première formation de la tumeur. Dans certains cas, la présence d'une tumeur encéphalique n'a donné lieu, pendant un temps prolongé, qu'à des symptômes très-partiels et peu en rapport avec la nature d'une telle altération. L'époque à laquelle ces tumeurs se manifestent par des symptômes quelque peu caractéristiques varie donc beaucoup, et ceci indépendamment de leur siège, dans le cerveau, le cervelet ou la protubérance. Quant à leur point de départ, sur les méninges ou dans la substance nerveuse, elle ne parait, non plus que leur propre con-
(1) H. Bonnet, Bulletins de la Soeiéié anatomique, 1861, t. XXXVI, p. 505. *
(2) Mtrcé, Bulletins de la Société anatùmique^ 1863, t. XXXVIII, p. 468. (S) L. Bincbfeld, Comptes rendus de la Société de biologie^ 1851, p. 94.
SS& TUMEURS DB l'bNCÉPHALE.
stitulion^ exercer aucune iofluence appréciable sur Texpression symptomaiique de la maladie.
J'exposerai d'abord les symptômes des tumeurs qui intéressent les hémisphères cérébraux, en y comprenant les phénomènes communs aux tumeurs encéphaliques, indépendamment de leur siège. Je consacrerai ensuite un chapitre spécial aux tumeurs du cervelet et à celles de la protubérance.
Tumeurs du cerveau.
Les symptômes des tumeurs encéphaliques peuvent être distingués en symptômes de compression et en symptômes d'irritation, le* premiers comprenant les paralysies musculaires et sensoriales et raffaiblissemenl de rintelligence, les seconds la céphalalgie, les douleurs des membres, la contracture, les convulsions. Mais ces divers ordres de phénomènes se combinent ensemble et se prêtent difficilement à cette division systématique. Il faudrait d'ailleurs y ajouter certains troubles fonctionnels, tels que le défaut de coordination des mouvements, et des désordres dits sympathiques, mais qui ne sont pas sous une dépendance moins immé* diate de la lésion encéphalique, et que Ton observe particulièrement v^ les appareils de la digestion et de la respiration.
La céphalalgie est ordinairement un des premiers symptômes de ces tumeurs. Elle serait beaucoup plus souvent générale que localisée à un des côtés de la tête, d'après M. Lebert, ce qui n'est pas conforme avec mes propres recherches, car je l'ai presque toujours vue, dans les observations particulières, localisée à un des côtés de la tête ou à la région occipitale. Elle se montre longtemps par paroxysmes, ou avec des exacerbations prononcées, et ce n'est que tardivement qu'elle devient continue ou d'une égale intensité: Mais elle est presque toujours violente, excessive même, arrachant des cris aux malades. Il arrive souvent que certaines positions, certains modes de station, certains efforts, la développent vivement, ou même l'exaspèrent au plus haut point. Les vertiges s'observenl aussi très- souvent, soit indépendants de la céphalalgie, soit combinés avec elle. Ils entraînent souvent une incertitude dans la marche, qu'il ne faul pas confondre avec celle qui provient d'un trouble spécial dans la coordination des mouvements.
La paralysie se montre plus tard que la céphalalgie. Son début e^lle plus souvent lent et progressif; quelquefois cependant elle apparaît subitement, début apoplectiforme ; ou bien elle ne s'établit qu'après une série d'attaques semblables. Presque toujours hémiplégique, elle se borne trèsrarement à un seul membre, et elle se généralise souvent à une époque avancée de la maladie. On trouve la paraplégie indiquée dans quelques observations. Mais elle dépend presque toujours de la compression de la moelle allongée par une tumeur de la base, ou de l'existence d'une hydrocéphale, chez les tuberculeux. Cette paralysie n'est pas toujours fixe et définitive. Ainsi un malade devient hémiplégique d'une manière tente
STHPTÔMBS. 555
OU plus OU moins rapide; mais la paralysie partielle diminue et disparaît ensuite pour reparaître de nouveau après quelque temps ; puis, après plusieurs variations de ce genre, elle devient permanente et progressive, ce que M. Lebert désigne sous le nom de paralyiie oscillante {i). L'hémiplégie faciale accompagne souvent la paralysie des membres, soit du même côté, soit du côté opposé.
La paralysie a souvent été précédée de fourmillements, d'engourdissements, de faiblesse dans les membres. L'anesthésie complète n'est pas trèsrcommune, si ce n'est à une époque avancée ; elle accompagne moins souvent la perte du mouvement que dans les autres paralysies cérébrales. M. Andral a observé l'hyperesthésie cutanée, et un prurit insupportable (2). Il y a souvent des douleurs dans les membres. Ces douleurs précèdent et accompagnent l'hémiplégie, et restent en général limitées aux membres paralysés, parfois très-vives et suivant le trajet des principaux nerfs, ou offrant le caractère d'engourdissements douloureux. La paralysie graduelle est quelquefois accompagnée de secousses douloureuses, de soubresauts, ou bien de contractures, quelquefois aussi précédée par ces dernières, ou par quelques mouvements convulsifs isolés. Les convulsions sont un des accidents les plus caractéristiques des tumeurs encéphaliques. Elles ont presque toujours l'apparence épileptiforme. Ce sont des accès, de courte durée, se reproduisant par séries ou isolément, sans laisser de traces immédiates. Elles accompagnent la paralysie, qu'elles précèdent souvent, et se montrent dans les membres paralysés ou des deux côtés.
Les troubles de l'intelligence sont moins constants et plus tardifs que ceux de la motilité. Ils sont plus fréquents que ne l'a dit M. Andral (3). M. Calmeil les a observés dans la moitié des cas [U); mais je pense que cette évaluation est, à son tour, trop élevée, et elle tient peut-être au milieu où M. Calmeil a recueilli la plupart de ses observations. L'intelligence est ordinairement affaiblie, plus rarement exaltée, et pouvant offrir des formes diverses d'aliénation mentale. Les altérations de la parole se présentent assez souvent, sous des formes variées, dépendant soit d'embarras dans la motilité de la langue, soit de l'oubli des mots.
On observe souvent des troubles de la vision, qu'il faut presque toujours rapporter à des tumeurs de la base, intéressant les nerfs cérébraux. Ce sont des degrés divers d'amblyopie ou de diplopie, avec mouches volantes, hypereslhésie, photophobie, aboutissant à une cécité complète. Les pupilles sont généralement dilatées. On observe également la paralysie de la paupière supérieure et le strabisme. M. Lebert a rencontré quatre fois un trouble notable de l'olfaction (5).
(1) Lebert* loe. cit., p. 784.
(2) Andral, Clinique médicale, 1834, t. V, p. 640.
(3) Andral, loc. cit., p. 638.
(4) Calmeil, Dictionnaire de médecine, 1835, t. XI, p. 562.
(5) Lebert, loc. cit., p. 783.
556 TUMEURS 1NE l'bNCÉPHALE.
Les fonctions digestives sont généralement troublées chez les individus affectés de tumeurs encéphaliques. On a quelquefois observé de la boulimie, le plus souvent de la dyspepsie, sous des formes diverses, mais surtout des vomissements. Ce dernier phénomène est loin d'être constant; mais lorsqu'il existe, il a une signification importante, s'il se joint à certains troubles cérébraux. Ce sont des vomissements, soit muqueux, soit alimentaires, qui ne se montrent pas d'une manière continue, mais reviennent fréquemment, ou de temps en temps, sans cause accidentelle appréciable. La dyspnée, survenant par accès prolongés, plutôt comme sensation que comme résultant d'une gène effective de la respiration, sans le sifflement de l'asthme, et sans que l'on perçoive rien de particulier à l'auscultation, est un phénomène que je me borne à signaler et qui n'a peut-être pas suffisamment attiré l'attention.
Tumeurs du cerrdet.
Les tumeurs du cervelet sont le plus souvent tuberculeuses et se rencontrent par conséquent surtout chez les jeunes sujets. Les observations publiées ne permettent pas toujours de reconnaître de symptômes différents de ceux qui viennent d'être exposés, et propres par conséquent à fixer l'attention sur le cervelet. Quelques-unes cependant offrent sous ce rapport un intérêt particulier.
Un des phénomènes les plus remarquables que l'on ait observés, dans les tumeurs du cervelet, est le défaut de coordination des mouvements : il faut entendre par là le défaut de la coordination spéciale des mouvements de transmission ou de locomotion, fonction particulière qui parait dévolue au cervelet, d'après les expériences de Flourens. Les malades titubent comme des gçns ivres, ou ils marchent en sautant, et leurs chutes sont fréquentes. Du reste, les mouvements de préhension peuvent être aussi incertains et vacillants. Ce désordre dans les mouvements de locomotion ne s'était accompagné, chez un malade de M. Martineau, d'aucun autre trouble de la motilité, non plus que de la sensibilité ; on avait noté seulement de la céphalalgie^ de la difficulté pour avaler les liquides, et de plus, circonstance du reste tout exceptionnelle, une sorte de satyriasis (1). La tendance aux mouvements de rotation a été quelquefois signalée, mais d'une manière peu prononcée. M. Leven a fait remarquer que les mouvements de rotation et de recul, déterminés par les lésions expérimentales du cervelet, ne se reproduisent pas dans les lésions cérébelleuses qui se développent lentement (2). Cependant M. Legrand a publié une observation où l'on voit que la marche donnait lieu au vertige et à une tendance à tourner de droite à gauche (3), tendance assez prononcée pour que
(1) Martineau, BuUctins de la Société anatomique, 1859, t. XXXIY, p. 245.
(2) Leven, Bulletins de la Société anaiomique, 1865, t. XL, p. 117.
(3) Le^and, Bulletins de la Société anatomiqtte, 4861, t. XXXVI, p. 51.
Lioogle
SYMPTÔMJiS. 557
M. Vulpian ail cru pouvoir lui rapporter une déviation des yeux dans le même sens (1). La vue est assez souvent troublée ou amoindrie, ce qui peut être attribué à la compression des tubercules quadrijumeaux. Les vomissements ne se montrent pas plus souvent dans les tumeurs du cervelet que dans celles du cerveau.
La paralysie est ordinairement croisée dans les tumeurs du cervelet. M. Vulpian fait remarquer le désaccord qui existe à ce sujet entre les lésions expérimentales du cervelet, qui fournissent des hémiplégies directes, et la clinique^ qui montre, presque toujours au moins, des hémiplégies croisées. Cependant il parait croire que les lésions du cervelet ne déterminent point de paralysie par elles-mêmes, et que l'hémiplégie qui les accompagne souvent est due soit à une compression ou une altération de la moitié sous-jacente du bulbe et de la protubérance, soit à quelque autre cause plus ou moins médiate et saisissable (2). On sait que M. Andral considère l'hémiplégie (croisée) comme une conséquence directe des épanchements sanguins du cervelet (3). Mais ces sortes de lésions entraînent souvent des compressions à distance. Ce sont les tumeurs du cervelet qui déterminent te moins de désordres intellectuels, mais peut-être moins exceptionnellement que ne le dit le docteur Ladame {U).
Tumeurs de la protubérance.
On observe, dans les tumeurs de la protubérance, l'ensemble plus ou moins complet des symptômes que nous avons attribués aux tumeurs du cerveau lui-même, mais avec certaines particularités qui, lorsqu'elles se montrent d'une manière un peu précise, permettent d'en reconnaître l'existence avec quelque certitude.
La céphalalgie n'ofTre rien de particulier, si ce n'est que, comme dans les tumeurs du cer\'elet, elle est quelquefois occipitale. L'anesthésie se montre d'une manière plus formelle que dans les tumeurs des hémisphères cérébraux ; cependant M. Ladame ne l'a constatée que dans le tiers des cas. Les troubles de la motilité paraissent à peu près constants. Ils sont quelquefois partiels ou superficiels. La paralysie ou la faiblesse générale ne se montre que rarement avant les dernières périodes de la maladie. Mais ce qui est caractéristique, c'est la combinaison d'une hémiplégie croisée des membres avec une hémiplégie faciale directe (Gubler). Le mouvement circulaire ou de rotation, ainsi que Tincertitude des mouvements, n'ont été que très-rarement indiqués. Le docteur Ladame signale,
(1) Vulpian, Comptes rendus <k ia Société de biologie, 1861, p. 41.
(2) Vulpian, «x/. ioc.y p. 39.
(3) Andral, loc. cit., i. V, p. 678.
(4) Ladame, Des tumeurs de la prottibérance annulaire {Archives générales de méde^ cine, 6« série, 1865, l. VI, p. 283).
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avec Friedreich, l'ab»ence de cx)nvulsions épileptiformes (1). C'est là une circonstance très-importante. Des attaques épileptiformes se trouvent mentionnées dans une observation de M. Caresme, où une énorme tumeur tuberculeuse occupait la partie supérieure de la protubérance. C'est quatre ans avant la mort que ces attaques avaient eu lieu; mais elles avaient été caractérisées par une chute subite, avec perte de connaissance et un peu d'écume à la bouche, sans convulsions des membres (2]. Les organes des sens présentent presque constamment des troubles notables. On a vu le strabisme convergent, très-rarement divergent, le plus souvent une amaurose. Le docteur Ladame insiste sur la combinaison de ces troubles de la vue avec des altérations notables de Toule, du goût ou de lodorat (3). Comme pour les tumeurs du cerveau, on observe des désordres de l'intelligence dans la moitié des cas.
Marche, durée» tenxùnaiBon.
Il est difficile de tracer un tableau général de la marche et de la physionomie de la maladie, chez les individus affectés de tumeur de l'encéphale. On a vu précédemment que ces tumeurs pouvaient, quelle que fût leur nature propre, acquérir des dimensions notables sans déterminer aucun symptôme appréciable ; et que d'autres fois elles ne manifestaient leur présence qu'à une époque certainement très-éloignée de leur début. II est donc, même dans les cas les plus ordinaires^ fort malaisé de se rendre compte de l'époque précise de leur formation, et de rattacher à cette dernière tel ou tel ordre de phénomènes symptomatiques.
On sait que le cerveau est un organe susceptible d'une grande tolérance pour une compression lente et très-graduelle. Beaucoup de tumeun méningées n'exercent probablement aucune autre action sur lui. On sait encore qu'il peut subir, soit traumatiquement, soit par suite d'altération de tissu, des déperditions de substance notables, sans que ses fonctions en soient sensiblement troublées. Il faut en outre admettre que les tumeurs, môme développées dans le sein de l'encéphale, peuvent se borner à refouler, sans les détruire, les organes de transmission les plus essentiels. Il faut bien qu'il en soit ainsi de ces tumeurs, môme volumineuses, de la protubérance ou des pédoncules, qui n'interrompent la transmission ni du mouvement ni de la sensibilité. C'est ainsi que 1 on peut s'expliquer comment des altérations aussi considérables peuvent atteindre des organes aussi délicats et aussi essentiels, sans en troubler les fonctions d'une manière saisissable, ou autrement que d'une manière très- incomplète. QuanI aux altérations concomitantes, soit de la pulpe nerveuse, soit des méninges, il est très-rare que, hormis pour les accidents de la fin de la vie, elles
(i) Ladame, loc, cit.f p. 132.
(2) Gareame, Bulletins de la Société anatonUque, 1803, U XXXVUt, p* 369.
(3) Ladame, loc* ctï., t. II, p. 136*