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CHAPITRE III

MYÉLITE CHRONIQUE.

11 me parait impossible de déterminer encore avec quelque précision quelles sont les altérations de la moelle épinière auxquelles il convient d'attribuer la détermination de myélite chronique. Les auteurs ont géné« ralement admis sous ce nom, jusqu'ici, le ramollissement, l'induration, l'hypertrophie et l'atrophie de la moelle. La sclérose des cordons postérieurs a été détachée de cet ensemble de faits assez confus^ et considérée comme une forme particulière de la myélite, caractérisée par Tatrophie du tissa nerveux et la prolifération du tissu conjonctif de la moelle, et par un cortège tout particulier de manifestations symptomatiques. Il n'y a pas à douter que d'autres formes pathologiques ne soient déterminées par des observations ultérieures; mais nous ne possédons encore aujourd'hui que des éléments trop imparfaits de pareilles distinctions pour qu'il soit possible de les mettre à profit. Peut-être, du reste, la physiologie pathologique et la nosologie sont-elles plus directement intéressées à ce progrès que la clinique elle-même. Au moins ne ressort>il pas clairement de l'étude des faits multiples auxquels nous faisons allusion, que le pronostic et la thérapeutique aient beaucoup à gagner aune analyse pathologique mieux déterminée.

Le ramollissement et l'induration , telles sont les altérations de la moelle qui paraissent le résultat le plus formel de l'inflammation chronique de cet organe, que celle-ci ait succédé à une myélite aiguë, ou qu'elle ait suivi, ce qui parait le plus ordinaire, une marche lente et primitivement chronique.

Le ramollissement de la moelle se présente sous la forme d'un détritus mou, caséeux, encore un peu consistant et conservant sa forme après que les enveloppes de la moelle ont été enlevées, ou s'aplatissant dès qu'il est dépourvu de soutien, ou s'écoulant comme un fromage mou, on comme une boue liquide, ou comme une sérosité épaisse. La projection d'un courant d'eau pénètre les parties ramollies et les détache en général complètement. Ce ramollissement occupe ordinairement toute l'épaisseur du cordon médullaire ; mais il peut se trouver limité à l'un des segments altéraux ou antéro-postérieurs. On l'a vu également borné à la partie centrale de la moelle et, par suite de la résorption des parties ramollies, creuser les cordons latéraux d'une sorte de canal longitudinal représentant la substance grise disparue (Andral).

Ces ramollissements chroniques sont en général décolorés et tout à fait blancs. Quelquefois cependant ils offrent une teinte jaune ou grisâtre, et une apparence puriforme. On parait y avoir reconnu la présence du pus

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beaucoup plus souvent que dans les ramollissements (non Iraumaliques) du cerveau. MM. Béhier et Hardy «pensent que le ramollissement blanc serait plutôt la trace d'une inflammation aiguë ancienne que la lésion caractéristique d'une phlegmasie chronique. L'étude microscopique des parties de la moelle atteintes de ramollissement, suivant les mômes auteurs, a fait reconnaître le plus ordinairement une atrophie du tissu nerveux caractérisée par la diminution du nombre des tubes nerveux et par leur remplacement par du tissu conjonctif, au milieu duquel on retrouve une grande quantité de corpuscules amyloïdes (1). On a trouvé encore la substance médullaire disparue et remplacée par une trame celluleuse fine, infiltrée de sérosité, analogue à ce qui constitue l'infiltration celluleuse qui a été décrite précédemment dans le ramollissement cérébral. M. Cruveilhier a rapporté, sous la dénomination d'atrophie, qui ne me parait pas exacte, un cas de a destruction du tissu propre de la moelle que remplaçait une cellulosité infiltrée de liquide gélatineux ». Le tissu médullaire avait complètement disparu du niveau des trois ou quatre premières vertèbres dorsales; la moelle se trouvait réduite au névrilème ou membrane propre, constituant une poche remplie par une cellulosité lâche, infiltrée de matière gélatiniforme, transparente, au milieu de laquelle se voyaient des vaisseaux larges et flexueux. Quelques filaments blanchâtres de la moelle avaient échappé a la destruction. Il n'y avait disparition complète de la moelle qu'au centre de l'altération; à mesure qu'on s'éloignait de ce point central, la matière gélatiniforme diminuait et la substance médullaire augmentait. Les nerfs, qui procédaient de la portion de la moelle convertie en poche, étaient complètement atrophiés dans leurs racines (2).

Ollivier (d'Angers) a trouvé que le ramollissement était généralement plus prononcé dans la substance grise que dans la substance blanche, et qu'il se rencontrait surtout dans le renflement lombaire et dans le renflement cervical, deux points où il existe une plus grande proportion de substance grise qu'ailleurs (3). Mais sur 25 cas de ramollissement de la moelle rassemblés par M. Calmeil, 11 appartenaient à la région dorsale, 6 à la région cervicale, 5 à la région dorso-lombaire, et 2 seulement à la région lombaire (4).

L'induration de la moelle s'accompagne ordinairement d'atrophie, qu'il ne faut pas confondre avec la disparition du tissu médullaire consécutive au ramollissement, et quelquefois d'hypertrophie. M. Cruveilhier n'admet pas l'hypertrophie de la moelle épinière, plus que celle du cerveau. Il n'est pas anatomiquement démontré, dit-il, que les centres nerveux soient susceptibles d'hypertrophie proprement dite (5). Mais ceci doit s'entendre

ri) Béhier et Hardy, Traité élémentaire de pathologie interne^ 1864» t. II, p. 1145.

(2) Cruveilhier, Anatomie pathologique du corps humain^ xxxu* livraison, pi. I, fig. i.

(3) OUivier (d'Angers), Traité des maladies de la moelle épinièt^, 1837, t. II, p. 306.

(4) Cahneil, Dictionnaire de médecine^ 1839, t. XX, p. 120.

(5) Graveilhier, Traité (Tanatomie pathologique générale, 1856, t. 111, p. 94.

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sans doute de l'hypertrophie simple, sans changement apparent de structure.

Les parties indurées offrent la consistance du blanc d'œuf durci par rébuUition, ou une dureté beaucoup plus grande, et qui se rapproche de celle du tissu fibreux. La couleur de ces indurations est ordinairement blanche. La substancegrisequis'y trouve comprise est en partie ou entièrement décolorée. Niemeyer a vu de ces indurations a produites par une végétation du tissu conjonctif ofiFtir une coloration jaune, et quelque msemblance avec les plaques jaunes qui appartiennent à une des transformations du ramollissement cérébral périphérique (1). »

Les enveloppes de la moelle offrent ordinairement autour des altérations de la myélite, mais s'étendant aussi à distance, des traces d'inflammation chronique : épaississement et opacité de l'arachnoïde, infiltration séreuse de la pie-mère, adhérences entre les deux feuillets de l'arachnoïde.

Symptômes.

Les symptômes directs de la myélite chronique sont : la douleur rachidienne, la perversion et l'afTaiblissement de la motilité et de la sensibilité dans les régions du corps qui reçoivent leurs nerfs de la partie de la moelle sous-jacente au siège de la lésion. Il se joint à cela des troubles fonctionnels divers, également en rapport avec le siège particulier de la lésion spinale.

Cependant les 8ymptômes[douloureux sont généralement peu prononcés dans la région rachidienne, et peuvent même manquer absolument. Ils offrent quelquefois un caractère vague qui les fait attribuer à du rhumatisme; mais ils ne sont pas augmentés par les mouvements du tronc. La douleur rachidienne spontanée peut manquer ; mais la pression, ou la percussion, exercée sur la longueur de l'épine dorsale, développe uneaensibilité particulière, d'une intensité douloureuse très-variée, au niveau d'une ou de plusieurs apophyses épineuses. Des applications de glace on d'eau chaude manifestent également la sensibilité particulière du point rachidien douloureux. Les malades accusent une sensation de constriction autour du tronc, qu'ils comparent à la pression d'une corde enroulée. Un état douloureux vague se montre quelquefois aussi au commencement de la maladie, dans les membres inférieurs surtout, avec une sorte de sensibilité contusive à la pression, sans que les mouvements soient par eux-mêmes précisément douloureux.

Cependant, peu à peu apparaissent et se développent des troubles divers de la sensibilité et de la motilité, presque toujours associés à différents degrés, parce que, suivant la remarque de M. Jaccoud, la faible épaisseur, de la moelle épinière permet difficilement qu'une altération matérielle de sa texture demeure, longtemps au moins, limitée à l'une de

(1) Niemeyer, Éléments de pathologie interne et de thérapeutigWi i8M, t. U, p. Wt-

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ses portions spécialement affectée aux fonctions du mouvement ou du sentiment. Mais il est nécessaire, pour se rendre un compte exact de la valeur sémiotique de ces phénomènes, et de leur signification physiologique, de posséder des notions positives sur l'action réflexe de la moelle épiniôre. J'emprunterai à un remarquable travail de M. Jaccoud (1) un exposé succinct des principaux termes de cette étude, qui occupe une place considérable dans la pathologie de la moelle épinière.

La moelle épinière présente un système spinal intermédiaire^ qui permet aux sensations de réagir sur les mouvements, sans passer par l'encéphale. Ce système est constitué par des fibres antéro-postérieures qui prolongent les racines postérieures (nerfs du sentiment) jusqu'aux cellules d'où naissent les racines (motrices) des nerfs antérieurs (nerfs du mouvement)»

Les rapports des fibres réflexes avec les autres éléments de la moelle révèlent par eux-mômes le but et le mode fonctionnels de ce système intermédiaire. Appartenant aux racines postérieures, ces fibres conduisent des impressions centripètes, et, en raison de leur terminaison, apportent ces impressions aux cellules des cornes antérieures ; excitées de la sorte, ces cellules entrent en action, et, comme elles ne tiennent sous leur dépendance que des racines motrices, cette action se révèle par des contractions musculaires et des mouvements, à la production desquels la volonté est restée complètement étrangère; tout s'est passé dans la moelle.

Voilà en quelques mots tout le mécanisme, toute la théorie des mouve^ ments réflexes : une excitation impreuive est transformée dans la moelle en excitation motrice. On peut donc définir le mouvement réflexe : un mouvement involontaire déterminé par une excitation périphérique qui est propagée, à travers la substance grise de la moelle, jusqu'aux cellules motrices, par l'intermédiaire des fibres réflexes. Ces fibres méritent ainsi à tous égards le nom de fibres excito-motrices.

Les mouvements réflexes étant involontaires, il est facile de prévoir qu'ils se manifesteront d'autant mieux que l'innervation volontaire sera plus complètement annihilée. Ce n'est pas qu'il y ait précisément antagonisme entre l'action du cerveau et celle de la moelle. On peut comparer, ainsi que l'a fait Schroder, chaque cellule à une petite pile qui peut être chargée par deux voies différentes : par la fibre encéphalique qui lui apporte l'impulsion volontairci et par la fibre réflexe qui lui transmet l'excitation périphérique. Si l'on supprime l'une des voies d'excitation de la pile ou de la cellule, elle ne pourra plus être chargée que par la voie restée libre, et le mouvement qu'elle produira dans ce cas sera l'expression distincte ou isolée d'une seule espèce d'excitation. Si, par exemple, l'excitation volontaire est abolie (par une lésion cérébrale), le mouvement déterminé par la moelle n'est plus que le résultat de l'excitation réflexe,

(1) Jacooud, Etude de pathogénie et de eémiotiqve» Us paraplégies et fatamie du mouvement t 1860.

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laquelle apparaît alors dans tout son jour ou toute sa puissance, parce qu'dle est dégagée de l'influence avec laquelle elle est ordinairement combinée. Biais si l'appareil est intact, l'excitation réflexe a lieu aussi bien que dans le cas précédent; mais la manifestation de cette excitation fait défaut : elle ne peut se produire, parce que, à ce moment môme, la volonté a disposé les muscles pour un mouvement et pour un état différents.

Il suffit, pour que les mouvements réflexes se produisent, que la nM)elle soit intacte au point même où se fait la transmission. On peut se représenter la moelle comme formée d'une série de segments superposés, possédant chacun une indépendance fonctionnelle que LegaUois avait parfaitement reconnue. Il suffit qu'une seule racine sensible et une seule racine motrice soient intactes, pourvu que les ûbres transversales qui prolongent les filets radicaux jusqu'aux cellules le soient également.

L'action réflexe ne se transmet par les cordons postérieurs que de bas en haut, c'est-à-dire dans la direction cervico-dorsale, mais jamais dans le sens opposé; c'est-à-dire qu'elle est centripète et non centrifuge.

Le mouvement réflexe peut se produire alors même que l'impression est arrivée au sensorium ; ceci est prouvé par Téternument qui suit la titillation de la pituitaire, et par la perception du chatouillement.

Quelque limitée que soit l'excitation portée sur la périphérie, les mouvements réflexes qui en résultent ont toujours une étendue plus grande que celle qui correspondrait exactement à la transmission spinale. Ils comprennent alors un ordre de mouvements associés pour un but quelconque. C'est ainsi qu'une excitation circonscrite de la paume de la main fait contracter tous les muscles animés par le nerf médian, et la main se ferme. Ainsi, lors même que l'encéphale a perdu la faculté de la détermination volontaire, les mouvements réflexes produits par une excitation artificielle offrent une coordination nécessaire et constante.

Lorsque l'excitation réflexe est énergique ou prolongée, elle ne se contente pas d'occuper une série de muscles coordonnés par un mouvement d'ensemble déterminé. Les mouvements réflexes peuvent alors s'étendre à toute une moitié du corps, ou bien ils se propagent au côté opposé, et alors ils reproduisent exactement l'ensemble de mouvements directement provoqués, ou bien encore ils peuvent envahir la presque totalité du système musculaire.

Les mouvements réflexes se produisent plus ou moins facilement suivant le lieu d'application de l'excitation et suivant la nature de l'excitanL Les extrémités périphériques des nerfs sensibles sont beaucoup plus aptes à déterminer des mouvements réflexes que les troncs mêmes de ces nerfs, et, d'un autre côté, les nerfs sensibles ne présentent pas tous au même degré cette propriété. La paume de la main et la plante des pieds, ainsi que le creux de l'aisselle, sont les points dont l'excitation amène le plus facilement la réaction motrice ; parmi les muqueuses, la conjonctive oculaire, la pituitaire, la muqueuse de l'arrière-gorge et celle du larynx tiennent le premier rang. Quant à l'influence exercée par la nature de l'excitant, des observations très-curieuses ont été faites à ce sujet dans des

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expérieqces sur les animaux. Chez l'homme, on remarqueraqu'une forte pression exercée à plat sur la plante du pied ou dans le creux axillaire ne produit pas de mouvements réflexes, tandis que le léger contact qui résulte du chatouillement en détermine de très-marqués.

Il importe de remarquer encore que, comme toutes les activités vitales, TacUvité réflexe de la moelle est sujette à épuisement; cette propriété disparait momentanément, lorsqu'elle a été trop violemment ou trop longtemps mise en jeu ; aussi, lorsqu'on veut déterminer des mouvements réflexes chez l'homme, doit-on toujours commencer par les excitants les plus, faibles, et laisser quelques instants d'intervalle entre deux épreuves successives. C'est en raison de l'épuisement facile de l'excitabilité spéciale qu'il est profitable de ne pas employer l'électricité dans les études de ce genre; cet agent est assurément très-commode et très-propre à déterminer des mouvements réflexes, mais c'est h la condition qu'on n'emploie que des courants extrêmement faibles ; dans le cas contraire, on obtiendra une seule secousse violente, après quoi l'excitabilité réflexe sera complètement anéantie.

11 ne faut pas considérer seulement la nature ou l'intensité de Texcitation adressée à la propriété réflexe de la moelle, il faut encore tenir compte de la délicatesse, de la sensibilité du mécanisme lui-même ; il est clair que si, pour une cause quelconque, la force excito-motrice de la moelle est accrue, des mouvements réflexes très-intenses et très-étendus pourront succéder à une excitation qui serait restée impuissante dans d'autres cir- constances. Un certain nombre de substances, telles que la strychnine, l'opium, l'alcool, l'éther, etc., ont la propriété d'exercer, après leur absorption, une action spéciale sur l'excitabilité de la moelle, et d'en porter rapidement la puissance à son maximum. L'accroissement anormal de la force excito-motrice est observé, chez l'homme malade, pendant les premières périodes des phlegmasies de la moelle et de ses enveloppes. Et, dans ces conditions particulières, les mouvements réflexes, déterminés par l'accroissement anormal de la force excito-motrice de la moelle, ont la forme de crampes tétaniques, tandis que ceux qui sont produits simplement par l'excitation périphérique d'une fibre sensible ont la forme de mouvements associés et coordonnés, tels qu'ils ont été exposés précédemment, résultant de la contraction et du repos alternatifs de plusieurs groupes musculaires.

Je reprends la description des symptômes de la myélite chronique.

La sensibilité présente des troubles divers qui aboutissent en général à l'anesthésie complète. Ce sont des engourdissements, des fourmillements, des sensations de froid ou de chaleur, des élancements douloureux. Ceci se montre presque toujours d'abord dans les extrémités inférieures, puis dans les extrémités supérieures ; mais cet ordre peut être interverti. La disparition de la sensibilité est précédée par un retard remarquable dans la perception de l'excitation périphérique portée sur les membres affectés. L'anesthésie complète peut s'accompagner de douleurs spontanées,

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aneithéme dauloureuêe. On observe quelquefois, avant que la seus^nlité ait disparu, des hyperesthésies partielles ou une hjrperestbésie générale des membres dont la motilité commence à s'altérer. M. Jaccoud signale us phénomène particulier, et très-important, parce qu'il est un signe certain de paraplégie organique : c'est que le simple contact de Tun des membres inférieurs détermine des sensations douloureuses dans l'autre membre. Ce phénomène est de l'ordre de ceux qui ont été désignés sous le nom de tenêotioniouociées; il indique que la portion de la moelle à laquelle aboutissent les nerfis excités par le contact est le siège d'une excitabilité anormale, qui se traduit par des manifestations douloureuses excentriques dans le membre du côté opposé ; comme signe d'une altération matérielle de l'axe spinal, il a une valeur absolue ; il dit même plus, car il indique en môme temps que cette altération n'a pas encore désorganisée le tissu nerveux (!)•

Tandis que ces divers phénomènes commencent à se dessiner, il survient de la faiblesse musculaire ; l'exercice fatigue ; puis les forces manquent soudainement, les jambes fléchissent. Ceci se manifeste d'abord par intervalles; puis ces derniers se rapprochent. Souvent, suivant la remarque d'OUivier (d'Angers), les malades éprouvent plus d'engourdissement et de faiblesse en sortant du lit ; mais l'exercice leur rend leur activité (2).

Peu à peu les troubles du mouvement se caractérisent davantage. Les pieds ne traînent pas comme dans l'hémiplégie; il semble plutôt que leur poids soit augmenté ou qu'ils adhèrent au sol. Le malade fait effort pour les soulever, et pour cela le tronc se redresse et se porte en arrière, ce qui donne à la démarche une physionomie caractéristique. C'est tantôt la pointe du pied qui se relève la première, tantôt le talon, et le pied est agité d'un tremblement involontaire en se détachant du sol. OUivier (d'Angers) fait remarquer encore que, lorsque la marche et même la station debout sont devenues impossibles, le malade peut quelquefois progresser sur les genoux avec une certaine vitesse.

Bien que Takinésie et l'anesthésie marchent en général parallèlement, l'une ou l'autre domine, et il en résulte des combinaisons assez variées dans l'apparence symptomatique. Les malades croient marcher sur dt» orties, ou il leur semble qu'une surface étrangère sépare leurs pieds du sol où ils s'appuient. Si la sensibilité est spécialement abolie, la marche peut s'effectuer assez régulièrement, avec le secours de la vue. Mais elle devient impossible dans l'obscurité, ou dès que les malades cessent de surveiller leurs mouvements. Il en est exactement de même pour les mouvements des membres supérieurs. Peu à peu la paralysie fait des progrès et finit en général par devenir absolue.

Lorsque la paralysie commence à se déterminer, les mouvements réflexes deviennent de plus en plus intenses et étendus. Lorsque chas un

(1) Jacooud, ioc, ctï., p. A94«

(2) OUiTier (d'Angart), loo. cit., ISa?, i. IJ^ p. 487.

paraplégique, dit M. Jaccoud qui a parfaitement exposé le parti que le diagnostic peut tirer de ce mode d'analyse de l'activité spinale, des mouvements réflexes succèdent à l'excitation la plus légère des membres inférieurs, c'est-à-dire, lorsque ces mouvements sont facilement mis en jeu, lorsqu'ils sont en même temps plus énergiques et plus généralisés que chez les individus sains, il est certain que le segment de moelle auquel aboutissent les nerft excités à la périphérie est soustrait à rinfluence cérébrale, il est certain qu'une altération matérielle quelconque a interrompu la continuité des voies de communication entre le cerveau et cette portion de Taxe spinal. L'exagération bien constatée des mouvements réflexes chez un paraplégique est donc à elle seule un signe positif de paraplégie organique. Car dans toutes les paraplégies névrolytiques (paraplégies sans matière), la paralysie résultant de la diminution ou de l'anéantissement de l'excitabilité propre de la moelle, les mouvements réflexes se trouvent diminués ou nuls. Cependant l'excitabilité réflexe finit par dispar raltre également dans les paraplégies organiques, mais alors que l'altération de tissu a désorganisé complètement et les nerfs conducteurs et la substance grise foyer de cette excitabilité (1).

L'excitabilité électrique se conserve, dans les membres paralysés, tant que la moelle a conservé son intégrité au-dessous du segment altéré. Mais lorsqu'elle vient à diminuer ou à disparaître, c'est que la désorganisation a atteint le segment lombaire de la moelle ; circonstance qui s'observe beaucoup plus souvent dans les myélites aiguôs et rapidement progressives, que dans les myélites chroniques, toujours plus circonscrites.

L'appareil génito-urinaire présente des troubles fort caractéristiques dans la myélite. L'aff'aiblissement, puis l'extinction des facultés génésiques accompagnent à peu près constamment le développement de la paraplégie.

La paralysie de la vessie n'est pas un phénomène moins commun, a On sait, dit le professeur Longet, combien sont nombreuses les observations propres à démontrer que les lésions graves de la moelle s'accompagnent de la paralysie et de Tanesthésie du réservoir urinaire. Selon nous, les muscles du col sont sous la dépendance immédiate de la volonté et du système cérébro-spinal, tandis que le reste de la tunique musculeuse de la vessie est soumis au grand sympathique et hors de l'empire de la volonté; si, de prime abord, l'excrétion des urines semble être un acte tout volontaire, c'est que, pour l'accomplir, se contractent en effet des muscles volontaires, tels que le diaphragme, les muscles des parois abdominales et surtout le releveur de l'anus; mais, hors le col de la vessie, tout cet organe se contracte à la manière de l'intestin grôle. Quoique nous avancions que les mouvements involontaires du corps de la vessie sont influencés par le grand sympathique, nous ne les regardons pas moins comme étant sous la dépendance médiate de la moelle, dans laquelle ce nerf puise surtout

(1) Jaccoud, loc, cît.f p. 484.

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le principe de son action ; aussi peuvent-ils être paralysés comme ceux do col vésical, dans les lésions de Taxe nerveux racbidien. »

Le premier phénomène observé est, en général, la rétention d'urine. L'urine s'écoule par regorgement, ce qu'il ne faut pas confondre avec l'incontinence. L'exploration de la région hypogastrique par la percussion et par la palpation permet de reconnaître la réplétion et la distension de la vessie. Et comme la sensibilité vésicale est presque toujours conservée (Jaccoud), les malades accusent souvent les douleurs violentes de la^ rétention d'urine. Le cathétérisme vient, du reste, fournir la preuve facile de la distension de la vessie. La rétention d'urine finit toujours par faire place à l'incontinence, avec écoulement incessant d'urine.

L'urine est presque toujours alcaline alors, pas constamment cependant, comme a pu s'en assurer M. Jaccoud (1). Cette alcalinité est souvent le résultat d'une inflammation sourde ou manifeste de la muqueuse urinaire, comme la purulence des urines, que l'on observe fréquemment aussi ; mais elle peut être également attribuée au trouble profond subi par rinnwvation.

On a souvent noté la coïncidence de paraplégies, dont le caractère anatomique n'a été que rarement déterminé, avec des lésions profondes de l'appareil urinaire, de la vessie, de la prostate ou du rein. Il n'est pas toujours facile de saisir le caractère protopathique de la maladie spinale ou des altérations urinaires, ou de discerner le rôle pathogénique respectif qui peut leur appartenir.

On doit à M. Raoul Leroy (d'Étiolles) une étude intéressante des faits de ce genre, qui a conduit cet auteur à considérer celles-ci comme le point de départ fréquent de la paraplégie (2).

Les intestins sont également frappés de paralysie, dont la pneumatose et une constipation absolue fournissent le témoignage.

Tel est l'ensemble des symptômes qui appartiennent à la myélite chronique. Us peuvent pendant longtemps, pendant des années même, demeurer limités à des altérations profondes de la sensibilité et de la molilité, sans que les grandes fonctions organiques ou la nutrition en soient notablement troublées.

L'étendue, plutôt que le caractère des manifestations symptomatiques, dépend très-exactement du siège et de l'étendue de l'altération anatomique. Si celle-ci demeure limitée, l'appareil symptomatique reste immobile, et une akinésie, comme une anesthésie complète, peuvent occuper les membres inférieurs, sans que le reste de l'économie s'en ressente.

L'atteinte subie par les membres supérieurs n'annonce pas seulement que l'altération de la moelle occupe un siège plus élevé, mais elle témoigne ordinairement qu'elle occupe une plus grande étendue du con-

(1) Jaccoud, loc. cit.^ p. 504.

(2) Rnoul Leroy (d'Étiolles), Des paralysies des membres inférieurs ou ftaraplégies, i85({.

dait spinal. En outre, il arrive toujours, en pareil cas, que les voies urinaires et l'intestin se trouvent compris dans le cercle envahi par Takinésie et Tanesthésie. De là des troubles fonctionnels qui viennent compliquer l'appareil symptomatique et aggraver singulièrement le pronostic.

Le siège élevé de Taltération spinale peut entraîner encore certains troubles vers les organes thoraciques.

On a rapporté à la myélite chronique des palpitations et des dyspnées qui ne répondent à aucune altération appréciable du cœur ou des poumons. Mais de semblables phénomènes tiennent peu de place dans la symptomatologie de cette maladie.

A part cette participation des organes splanchniques aux désordres d'abord limités aux membres, la maladie marche ordinairement lentement, sans secousses, sans incidents inflammatoires ou fébriles, et en général, pendant de longues périodes, sans aggravation notable, une fois que la région médullaire atteinte a subi un certain degré de désorganisation, à moins cependant que l'on n'assiste à une extension graduelle de l'altération, laquelle présente, pour les points récemment atteints, la progression graduelle qui en avait marqué les premières manifestations.

Les fonctions encéphaliques conservent, au milieu de l'appareil symptomatique qui vient d'être décrit, une intégrité remarquable. Les facultés intellectuelles et affectives n'en reçoivent aucune atteinte, à moins, bien entendu, de complications remontant vers l'encéphale.

La myélite chronique suit presque toujours une telle marche d'emblée. Je pense qu'il est très-rare qu'elle ait présenté à son début des phénomènes d'acuité prononcée. Mais il peut arriver qu'une myélite aiguë, limitée et dépourvue de complications, se termine par une désorganisation circonscrite de la moelle. « Les parties qui reçoivent leurs nerfs au niveau ou au-dessous du point détruit, disent MM. Béhicr et Hardy, restent paralysées ; la santé générale se rétablit, mais les malades restent infirmes. Un assez grand nombre de paraplégiques qu'on voit si fréquemment dans les hôpitaux doivent ainsi leur infirmité à un ramollissement aigu, circonscrit de la moelle. Cette sorte de terminaison de la myélite aiguë par désorganisation du tissu médullaire, amenant une paralysie persistante, est la plus fréquente; on ne doit pas confondre cet état avec la myélite chronique, qui peut aussi succéder à la myélite aiguë. Dans ce dernier cas, au bout de quelques jours, l'acuité de la maladie paraît se ralentir; mais, après un arrêt ou même une amélioration momentanée, la paralysie augmente peu à peu, et devient plus ou moins complète au bout de quelques mois (1). x>

Il ne paraît pas probable que la myélite chronique puisse aboutir à la guérison, en ce sens que le tissu médullaire désorganisé puisse retrouver sa texture primitive. Mais elle peut cependant offrir une pseudoguérison, alors que, l'altération de tissu se trouvant absolument cir*

(1) Bëbicr et Hardy, Traité élémentaire de pathologie interne^ 1804> U H, p. 1139*

574 ATAXIE LOCOMOTRIC» PROGRESSIVE.

conscrite, la maladie ne semble plus susceptible de progrès ou d'extension ultérieure. '

Je renvoie, pour ce qui concerne le traitement de la myélite, au Traitement de lasetérose de In moelle (ataxie locomotrice progressive).

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