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HYSTÉRIE

Qu'est-ce que l'hystérie ? Par quel ensemble de phénomènes est-il pos- . sible, sinon de la définir, au moins de la caractériser? Il est difficile de répondre à une telle question d'une manière satisfaisante.

Sans doute l'hystérie est une névrose : mais c'est une névrose à laquelle n'échappe aucune partie du système nerveux, ni les nerfs de la vie de relation, ni les nerfs de la vie organique, qui occupe aussi bien les appareils de la sensibilité que ceux du mouvement, les organes viscéraux que les facultés afiectives et intellectuelles, qui se traduit par l'exagération de l'activité nerveuse, comme par son amoindrissement, comme par sa perversion. C'est la névrose la plus expansive à la fois, se traduisant par une série de phénomènes caractéristiques et d'une extrême évidence, et la plus concentrée, ne se manifestant que par des phénomènes presque imperceptibles et se laissant deviner plutôt qu'elle ne se montre au dehors.

L'hystérie n'est quelquefois qu'un accident, passager ou durable ; elle naît sous l'influence apparente de circonstances extérieures qu'on a vues

(1) Sée, loc. cit., p. 113 et suiv.

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naître comme elle^ et oa la voit disparaître alors qu'elles se sont écartées; ou bien elle a ses racines dans la constitution même de l'organisme, et n'abandonne jamais celui-ci, laissant son empreinte sur toute sa carrière physiologique ou pathologique.

Enfin, apanage tellement essentiel de la femme qu'elle a emprunté son nom à l'appareil organique qui est la marque de son sexe, on la retrouve encore chez l'homme, ou du moins on retrouve chez l'homme une partie des actes qui la caractérisent.

L'hystérie est donc aussi difficile à décrire qu'à concevoir, comme il est aussi difficile de la traiter que de la prévenir. On peut retracer les formes les plus saillantes qui lui appartiennent, mais il faut renoncer à donner une idée des apparences infinies qu'elle peut revêtir. C'est à ces dernières que se rapporte principalement l'expression d'hystéricisme, laquelle suppose un état constitutionnel, une sorte d'entité pathologique insaisissable, une manière d'être de l'organisme, dont la caractéristique nous échappe, et dont la détermination se jouera peut-être toujours des procédés artificiels de la nosologie.

L'hystérie s'attaque à tous les modes de l'innervation et à tous les systèmes de l'organisme. Les divisions qui me paraissent les plus propres à donner une idée de ses manifestations multipliées sont les suivantes: désordres du mouvement, hystérie convulsive et paralysie hystérique; désordres de la sensibilité, hjrperesthésie et anesthésie ; désordres vitraux; désordres intellectuels et affectifs. Mais ces différentes séries de déterminations se combinent presque toujours ensemble avec des degrés divers de prédominance, et leur séparation ne peut être qu'artificielle. Enfin, il faut étudier en outre l'ensemble de l'état constitutionnel qui préside à ces actes pathologiques multipliés, et que l'on a appelé hyttéricism, et qui peut exister en dehors de manifestations très-déterminées.

Symptômes.

Désordres du inouYemenU

Convulsions hystériques. — La forme convulsive de l'hystérie est la plus saisissante, sinon la plus commune. C'est ce qu'on pourrait appeler l'hystérie vulgaire. Ce sont des attaques convulsives, ayant un début trèsmarqué, en général soudain, et une terminaison rapide, sinon aussi soudaine. Elles sont presque toujours précédées de prodromes qui les annoncent quelques jours ou quelques heures à l'avance. C'est un état de malaise, d'inquiétude, d'agitation, d'excitation. Les malades deviennent tristes, moroses, ou au contraire d'une gaieté inusitée ; elles pleurent sans motif; le sommeil est agité; il survient des crampes dans les membres, des bâillements répétés, de la migraine ; de l'anxiété épigastrique, quelquefois un appétit exagéré ; de l'oppression ; de la pneumatose gastrointestinale.

STHRÔMBS. 6&9

Bnfln, l'accès suryient, presque toujours immédiatement précédé de la boule hystérique. C'est la sensation d'une boule partant de l'hypogastre ou de l'épigastre, et remontant le long de l'œsophage jusqu'au pharynx qui devient le siège d'une vive constriction, laquelle peut exister seule et sans ayoir été précédée de la boule. D'autres fois, c'est un point douloureux qui part de quelque endroit des membres ou du tronc, clou bystérique, et qui remonte au gosier.

L'attaque est soudaine; elle débute tantôt par des cris rauques et inarticulés et des convulsions instantanées, tantôt par un coUapsus profond : la malade reste immobile, les yeux fermés, à peine sensible aux excitations extérieures; et, au bout de quelques minutes^ d'une heure au plus, les convulsions éclatent.

Ces convulsions sont générales et occupent aussi bien le tronc que les membres, remarquables par leur violence et par leur étendue. Ce sont des convulsions cloniques et rapides, faisant place quelquefois à des convulsions toniques, tétaniformes, avec rigidité insurmontable des muscles, dans l'extension ou la flexion. La force des muscles ainsi contractures est extraordinaire et absolument invincible. Les membres exécutent de violents mouvements de flexion et d'extension; quelquefois ils se tordent en tous sens, avec des craquements bruyants. Les mains se joignent et les doigts s'enlacent d'une manière inextricable. Ou bien elles s'impriment violemment autour du cou ou sur la poitrine, déchirant les vêtements, se portant des coups violents, s'égratignant, pressant avec force les parois delà poitrine comme pour en arracher un poids qui les étoufferait* Le tronc est en proie aux convulsions les plus extrêmes et les plus bizarres. Le corps bondit et s'élance en tous sens. Les m&choires sont étroitement resserrées, les yeux convulsés sous les paupières closes; des sons inarticulés^ auxquels le spasme du larynx imprime une raucité particulière, des cris perçants, une respiration sifflante ou stertoreuse, une sueur abondante inondant le visage et le cou, complètent le tableau. Les traits sont moins altérés que dans l'épilepsie; cependant le visage est grimaçant, quelquefois congestionné et violacé, mais par moments seulement, les veines du cou se tuméfient. Il survient des rémissions : les membres convulsés se relâchent, la respiration devient plus paisible, le visage plus calme, les gémissements plus naturels, les paupières s'entr'ouvrent, quelques paroles sont articulées, — puis l'accès reprend avec une fureur nouvelle. La plupart des malades perdent complètement connaissance pendant la durée de l'attaque et n'en conservent aucun souvenir. M. Briquet a trouvé qu'un dixième avait conservé sa connaissance. Les malades éprouvent alors de vives souffrances, soit dans les membres paralysés, soit à l'épigastre, soit dans la tête.

Tel est l'aspect général d'une attaque d'hystérie. Bien qu'à des degrés divers, il est rare qu'elles n'offrent pas une certaine violence. Après une série de rémissions et d'exacerbations, elles se terminent graduellement, mais rapidement, et laissent après elle une grande courbature. Ces attaques durent en général plusieurs heures, quelquefois douze ou vingt-quatre

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beureg. Il y a mime de grandes attaques qui se prolongent davantage et ne sont interrompues que par de courtes rémissions. Elles se prodoueni après de longues périodes, ou se montrent très-rapprochées, toutes la semaines, tous les jours, quelquefois avec une certaine régularité.

Paralysie hystérique. — L'hystérie fournit le type le plus commun du paralysies nerveuses. La paralysie hystérique, dont il n'est pas nécesuin de reproduire tous les explications théoriques, serait, d'après plusieon pathologistes dont M. Jaccoud semble partager la manière de voir, la conséquence d'une déchéance de l'innervation cérébrale ou psychique; c'est ici l'impulsion motrice elle-même qui fait défaut (1). Le caractère de cette paralysie parait être de n'être point, je ne dis pas définitive, mais absolue. La paralysie hystérique la plus complète en apparence peut céder soudainement à une violente émotion affective. U n'y aurait dooc que suspension, et non suppression, de l'impulsion motrice. Lors même qu'il y aurait lieu, dans certains cas, d'admettre une congestion sanguine deU moelle, cela ne changerait pas le caractère général qu'il est permis d'ungner à la paralysie hystérique. Il serait d'ailleurs difficile d'admettre l'iafluence â'une telle cause dans les paralysies de longue durée.

Landouzy a noté kQ cas de paralysie sur 370 d*hystérie. Sur 4S0 hystériques observées par M. Briquet, il s'en est trouvé 130 chez lesquelles U propriété contractile des muscles avait subi une atteinte plus oo moins forte.

M. Briquet a exposé avec soin les caractères propres à ces sortes de paralysies. Il ne les a vues survenir après des attaques hystériques que cbes la moitié des malades, circonstance importante. Quelquefois la paralysie se borne au simple engourdissement qui rend les mrâibres lourds et moins mobiles que dans l'état normal ; à un degré plus élevé, elle détermine un simple affaiblissement dans la contractilité des muscles, duquel résulte une diminution dans la force et dans la régularité des mouv^ ments ; à un degré encore plus élevé, les malades conservent la facilité de mouvoir leurs membres, mais seulement quand ils ne sont chargés d'aucun poids : ainsi des femmes qui peuvent très-bien mouvoir daasle lit leurs membres inférieurs ne peuvent pas, quand elles sont debout, se tenir sur les jambes. Enfin, au degré le plus élevé, la perte de la cootnotilité est complète, les malades ne peuvent plus exécuter le moindre mouvement avec les membres paralysés, ce qui n'a lieu du reste que rar^ ment (2). La contracture ne s'observe aussi que rarement dans les membres atteints de paralysie. M. Briquet ne l'a constatée que cinq fois* M. RaouI Leroy (d'Etiolles) n'en a observé, sur 21 cas de paraplégie, que deux exemple, dans lesquels elle était survenue & la suite d'ac^ couvulsifs (3).

(1) Jaccoud, Les paraplégies et tataxie du mouvement, 1S6&, p. ddâ.

(2) Briqaet, Traité clinique et thérapeutique de P hystérie, 1859, p. dâS.

(3) Raoul Leroy (d'ÉUoUet), Des paralysies des membres inférieurs eu perepUf^t

lass^p.iii.

M. Briquet a trouvé, dans ses observations, que les muscles avaient été intéressés dans l'ordre suivant : la paralysie a frappé les muscles principaux du tronc et ceux des quatre membres, chez 6 malades; ceux des membres du côté gauche du corps, chez 46 ; ceux des membres du côté droit, chez 1/i ; ceux des deux membres supérieurs seulement, chez 5 ; ceux du membre supérieur gauche, chez 7 ; ceux du membre supérieur droit, chez 2; ceux des deux membres inférieurs, chez i8; ceux du membre inférieur gauche, chez h ; ceux des pieds et des mains, chez 2 ; ceux de la face, chez 6; ceux du larynx, chez 3 ; le diaphragme, chez 2.

L'hémiplégie hystérique se montre indifféremment à la suite ou en dehors d'attaques convulsives. M. Briquet Ta vue apparaître rapidement ou presque instantanément &2 fois, lentement au contraire et presque inaperçue au début, 32 fois. Elle est ordinairement plus prononcée dans le membre inférieur que dans le membre supérieur. M. Duchenne (de Boulogne) a établi que : dans la paralysie hystérique, les muscles ont conservé la contractilité électro-musculaire, c'est-à-dire la faculté de se contracter sous l'influence des courants électriques qui les traversent, tandis que la sensibilité électro- musculaire est, au contraire, diminuée ou même abolie (1). Mais il peut arriver, bien que rarement, que les muscles et même les os eux-mêmes soient atteints par l'anesthésie ; alors les malades ne sentent plus les pressions profondes ; et non-seulement ils ont perdu la conscience du passage des courants électriques, mais les muscles paralysés cessent de se contracter sous l'action de ces courants. On observe également, dans l'hémiplégie hystérique, une diminution notable de la vue, la perte complète de l'ouïe, de l'odorat et du goût du même côté que celui où se trouve la paralysie des membres (2).

La paralysie est rarement complète. La progression demeure le plus souvent possible dans une certaine mesure, soit que la faculté de marcher s'éteigne après quelques pas, comme par épuisement momentané de l'activité contractile, soit que la marche reste possible avec un soutien. On peut voir, dans les accès convulsifs, les muscles paralysés s'agiter avec autant d'énergie que les autres. La paralysie est souvent inégale dans les deux membres inférieurs, et elle présente des intermittences remarquables. Il est rare qu'elle s'accompagne de paralysie de la vessie ou du rectum. Comme dans l'hémiplégie, on voit l'anesthésie, ordinairement limitée à la superficie, s'étendre aux parties profondes (paralysie de la sensibilité musculaire). M. Raoul Leroy (d'Étiolles), qui a fait une très-intéressante étude sur ce sujet, a trouvé, chez 21 paraplégiques, 9 fois une altération de la vue, quelquefois une cécité assez complète pour simuler une amaurose (8), 7 fois une altération du goût, 5 fois une altération de l'odorat et 5 fois une altération de l'ouïe.

(4) Dachenne (de Boulogne), De NtecirUaHon localisée, i80i, p. 875.

(2) Briquet, lôc, cit., p. 463.

(3) La seule difTérence, c'est que les anneaux lumineux ou phosphènes de M. Sem (d'Uzès) (appariUon dans l'œil d'une image lumineuse annulaire, quand ce damier «st

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Désordres de la sensibilité.

Ifypereithéiie. —• Les hystériques sont très-sujettes à des exaltations singulières de la sensibilité qui siègent sur la peau, dans les muscles, les articulations, sans parler de névralgies fixées sur le trajet des nerfis ou sur les viscères. M. Briquet énumère ainsi les diverses hyperesthésies qui s'observent le plus fréquemment : dermatalgie, myosalgie, céphalalgie, épigastralgie, rachialgie, pleuralgie, cœlialgie, thoracalgie, myélosalgie, arthralgie.

La dermalgie se rencontre moins communément, d'après cet auteur, qu'on ne l'a souvent exprimé. Elle est très-rarement générale, mais au contraire bornée à des points circonscrits, tels que le dos, la mamelle, des espaces limités des membres ou du tronc. Les points hyperesthésiés ne peuvent supporter aucun contact ; si l'on passe légèrement la main i leur surface, les malades ressentent comme une multitude de piqûres d'aiguille. Le décubitus sur ces points et le contact des vêtements sont insupportables; l'agitation de l'air même est douloureuse. Les malades accusent une sensation de brûlure ou de froid. Il faut ajouter à cela les fourmillements, les engourdissements, le prurit, mais sur de grandes su^ faces. On doit signaler encore un prurit ou une sensibilité vulvaire trèsvifs, et nullement voluptueux.

L'hyperesthésie des muscles, ou myosalgie, est au contraire un phénomène presque constant chez les hystériques. M. Briquet ne l'a vu manquer qu'une vingtaine de fois sur plus de /iOO hystériques. Voici les principales remarques qu'il a faites sur ce sujet.

La douleur myosalgiqiie siège toujours dans des lieux occupés par la portion charnue des muscles, ou au niveau de leurs attaches aux parties osseuses. Elle intéresse le plus souvent les muscles superficiels. Une pression modérée ou une sorte de grattement exercé par le doigt sur le mosde hyperesthésié détermine une douleur extrêmement vive, qui fait jeter des cris, et quelquefois provoque une attaque convulsive. Le passage d'un courant galvanique d'une intensité moyenne, qui n'est que légèrement perçu par un muscle sain, provoque ici des douleurs intolérables. Tous les mouvements physiologiques des muscles hyperesthésiés sont douloureux. Enfin les douleurs de la myosalgie disparaissent très-facilement par la faradisation (1).

Les douleurs spéciales qu'accusent le plus souvent les hystériques sont ordinairement le résultat de la combinaison de la dermalgie et de la myosalgie, et il est possible que le tissu fibreux des tendons et des jointures

pressé à travers, les paupières par la pulpe du doigt, phénomène qui cesse de se prodsiff dans Tamaurose complète), continuent de se manifester dans rbystérie (Raoul Uni d'ÉtioUes),

(1) Briquet, loc, cit,, p. 208 et suiv.

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y prenne part également. Il en est ainsi de la céphalalgie, de Tépigastralgie, de la pleuralgie, de la rachialgie^ les plus communes de toutes. Une des plus remarquables et des plus constantes est la rachialgie. La douleur rachialgique, qui occupe presque toujours la moitié supérieure du rachis, au niveau d'une seule ou plus souvent de quatre ou cinq vertèbres consécutives, offre plus souvent le caractère d'une sensation inquiétante, c'est assez souvent une sensation de brûlure, que d'une douleur très-aigue. On la retrouve en passant les doigts le long des apophyses épineuses ou sur leurs parties latérales. La sensibilité est souvent ici extrêmement superficielle.

Les hystériques sont aussi sujettes à des douleurs articulaires (arthralgie) , soit profondes, soit superficielles et accompagnées de dermalgie, quelquefois limitées à un point circonscrit d'une jointure, fixes ou mobiles, pouvant constituer un état extrêmement douloureux et opiniâtre, et simuler une altération profonde de l'articulation.

Anesthéiie. — L'anesthésie ne s'observe guère moins, chez les hystériques, que l'hyperesthésie. Comme cette dernière, elle se montre souvent par places circonscrites; seulement elle peut alors n'être perçue que par hasard ou si elle est recherchée expressément. Mais beaucoup plus souvent que l'hyperesthésie, elle occupe de grandes surfaces, par exemple toute une moitié du corps, plus fréquemment à gauche, cessant brusquement à la ligne médiane. On ne l'observe pas seulement sur la peau, mais également sur les muqueuses, dans les muscles et même dans les os. C'est chez les hystériques surtout que l'on trouve l'occasion de distinguer les altérations des divers modes de la sensibilité sur lesquels Landry a fait d'intéressantes études, le tact, la douleur et la température (1). L'anesthésie peut se montrer brusquement, et suivre immédiatement une attaque convulsive. Elle est quelquefois consécutive à une hyperesthésie partielle. Elle peut être précédée ou accompagnée de sensations de picotement, d'engourdissement ou de froid. Il faut remarquer qu'elle n'atteint que l'extrémité périphérique des nerfs, et qu'on n'y voit jamais participer les rameaux nerveux eux-mêmes. Lorsqu'elle comprend tout un membre, elle entraîne des troubles notables dans les mouvements qui, en l'absence de la vue, perdent toute leur régularité de coordination. Quelle que soit son étendue, ajoute M. Briquet, l'anesthésie n'occupe jamais que les parties animées par les nerfs provenant de l'encéphale ou du prolongement rachidien; jamais elle n'affecte celles qui reçoivent leurs nerfs principaux du grand sympathique (2).

L'anesthésie des membranes muqueuses ne s'observe que dans les régions où elles se continuent avec la peau, sur les conjonctives, la pituitaire, la muqueuse buccale, celle qui revêt les parties génitales, plus rarement la muqueuse du rectum et du canal de l'urèthre ; on Ta vue cependant

(1) Landry, Recherches sur les sensations tactiles, in Archives générales de médecine, Jumet et août 1852.

(2) Brkpiet, loc. cit.^ p. 275,

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8*étendre jusqu'au pharynx. M. Briquet considère Tanesthésie de la conjonctive comme à peu près constante, à un degré quelconque, chex les hystériques. L'anesthésie partielle de la muqueuse buccale et de la pitoitaire accompagne Tanesthésie de la moitié du corps. La perte de la seimbilité spéciale accompagne souvent aussi l'insensibilité tactile. C'est ainsi que Ton voit le sens de l'odorat perdu dans une narine, le sens dn goût complètement émoussé dans un côté de la bouche et de la langue. On a également observé la surdité et des troubles divers de la vue, même l'amaurose (Landouzy, Briquet).

L'anesthésie des muscles se joint souvent à celle de la peau. On pent alors enfoncer profondément des épingles ou pincer fortement les chairs, sans que les malades en aient conscience. 11 y a également insensibilité aux courants électriques, bien que la contractilité électro-maaculairf reste intacte. On peut môme voir Tanesthésie des os s'ajouter à celle de la peau et des muscles, ce que l'on reconnaît en imprimant des mouvements énergiques aux extrémités articulaires ou en frappant violemment les os superficiels, alors que les malades ont les yeux bandés.

L'anesthésie des muscles entraîne la perte de ce que Gh. Bell a appelé le sens d'activité musculaire, M. Duchenne (de Boulogne) la conscience musculaire. Les mouvements cessent d'être coordonnés, si l'on supprime momentanément le concours des yeux, ou ils s'exercent en sens inverse de la volonté, ou ils sont entièrement supprimés. Il est possible, à l'aide de l'électricité, d'isoler l'anesthésie des muscles de celle de la peau. On doit à M. Duchenne (de Boulogne) une série d'observations très-curieuses sar ce sujet. Si, à l'aide de la faradisation de la peau des membres on y rétablit la sensibilité, ce qui se peut faire en quelques minutes, la vue reste toujours indispensable pour que le mouvement se produise. Mais si, laissint la peau anesthésiée, on rétablit la sensibilité des muscles en les foisant exclusivement traverser par le courant faradique, à l'instant môme la malade reprend toute sa puissance contractile, et elle exécute tous les mouvements qu'elle veut faire, aussi bien sans le secours des yeux que quand ceux-ci gouvernaient le mouvement. On est assuré qu'on a ramené la sensibilité, parce que la malade sent le courant électrique et qu'elle perçoit alors sur les muscles la sensation des pressions qu'on y exerce, ou des piqûres qu'on y fait. Au bout de quelques jours, soit par le fait de la pe^ sistance de l'hystérie, soit par celui de nouvelles attaques hystériques, l'anesthésie des muscles se reproduit, et la malade perd dans ce moment tout ce qu'elle venait de gagner (1).

Désordres viscéraux.

Les caractères des désordres viscéraux auxquels les hystériques soot sujets, vers l'appareil digestif ou l'appareil respiratoire, n'est point géo^

(1) Briquet, loc, cit., p. 302.

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ralement douloureux ; il consiste plutôt en une perversion des sensations et des actes physiologiques. Ainsi la gastro-entéralgie, ou la névrose douloureuse de l'estomac et de l'intestin, n'est assurément pas rare chez les hystériques ; mais elle n'ofi^e chez eux rien de caractéristique. Mais il est une série de perturbations, de perversions, de dépravations de l'activité gastro-intestinale, qui est très-particulièrement leur fait.

Ces phénomènes portent sur la contractibilité, sur les sécrétions et sur les sensibilités spéciales afférentes à l'acte digestif et à l'appareil de la digestion. Les principaux sont : le spasme de l'œsophage et du pharynx, les pneumatoses gastro-intestinales et les perversions du goût et de l'appétence.

J'ai parlé plus haut de la boule hystérique, phénomène initial presque constant des attaques convulsives. Quel que soit son point de départ, ce phénomène aboutit en définitive à un spasme de l'œsophage et du pharynx. On le retrouve, à toutes sortes de degrés, en dehors des attaques convulsives ; et, chez beaucoup d'hystériques, c'est là une sensation familière, qui se reproduit spontanément ou sous toutes sortes d'influences, affectives surtout. Les msdades accusent un resserrement, léger ou trèspénible, dans l'œsophage et le pharynx, c'est-à-dire dans le cou ou dans le fond de la gorge, comme si ces points étaient étroitement serrés entre les doigts. La déglutition est pénible et, dans les exacerbations de cette sensation, presque impossible. Celle-ci est quelquefois rappelée par toute espèce de mouvement de déglutition, ou seulement par le passage des liquides, ou des solides, ou d'une boisson ou d'un aliment en particulier. Toutes les variétés, toutes les bizarreries que les hystériques peuvent offrir dans leurs manifestations se rencontrent ici, comme sur tant d'autres sujets. Quelquefois le bol alimentaire s'arrête dans l'œsophage. Landouzy s'est même vu obligé de pratiquer en pareil cas le cathétérisme œsophagien. Les vomissements s'observent rarement chez les hystériques. Cependant M. Briquet rapporte un cas très-curieux où les matières introduites dans les lavements étaient vomies, par un renversement de l'action péristaltique des intestins.

La pneumatose gastro-intestinale est un des phénomènes les plus communs de l'hystérie. Tous les hystériques sont sujets aux flatuosités de l'estomac et de l'intestin. Il se produit, quelquefois instantanément, une véritable sécrétion de gaz inodores, en quantité inexprimable, et qui sortent bruyamment. La plupart des attaques convulsives sont accompagnées ou suivies de la production et de l'issue de flatuosités gastriques extraordinairement abondantes.

Les pneumatoses stomacales se résolvent en général aisément par l'issue des gaz. Il n'en est pas de même des pneumatoses intestinales. Non-seulement des borborygmes bruyants parcourent incessamment les intestins des hystériques, mais on voit souvent des gaz emprisonnés donner lieu à des tumeurs globuleuses, fixes ou mobiles, qui ont été plus d'une fois l'occasion d'erreurs assez grossières. Il faut signaler surtout des tympauites considérables et qui peuvent acquérir des proportions énormes et

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disparai tre par résorption, sans aucune évacuation de gaz. Ces tympanites peuvent se prolonger ainsi pendant des semaines ou des mois. J'ai observé une dame chez qui une semblable tympanite d'une opiniâtreté extraordinaire avait donné à l'abdomen l'apparence d'une grossesse avancée. Un des maîtres les plus illustres de la chirurgie avait cra à l'existence d'une péritonite chronique. Des vésicatoires multipliés qa'3 avait prescrits furent heureusement remplacés par la valériane et Tasa fœtida. La tympanite finit par disparaître, et des attaques hystériques qui n'avaient pas été avouées d'abord par la malade, et qui se reproduisirent sous les formes les plus violentes, vinrent fournir au diagnostic la confirmation la plus formelle.

La plupart des hystériques sont dyspeptiques à un degré quelconqne. On observe également chez elles les diverses formes de gastralgie qui ont été décrites dans cet ouvrage, particulièrement les gastralgies à point douloureux fixe et circonscrit, ce qu'il ne faut pas confondre avec i'épigastralgie que constitue l'hyperesthésie de la région cardiaque. Mais on observe surtout ici toutes sortes de perversions du goût et de l'appétence. L'appétit est généralement bizarre, irrégulier, quelquefois nul avec opiniâtreté, quelquefois excessif et boulimique. Les aliments revêtent des saveurs particulières, vives ou douceâtres (hallucinations du goût). Il se déclare des appétits passionnés pour des substances non alimentaires, comme de la terre, du plâtre, ou pour des matières dégoûtantes.

Les organes de la phonation et de la respiration présentent également des phénomènes variés et bizarres. Le spasme de la glotte donne lieu à des dyspnées laryngées avec sibilance de la respiration. Mais il résulte surtout, des troubles spasmodiques du larynx, les altérations les plus extraordinaires de la voix. Ce sont des sons inarticulés, des cris imitant ^aboi^ ment, le miaulement, des hurlements^ des glapissements. Ces imitations des cris d'animaux se reproduisent à de longs intervalles ou fréquemment, par accès ou d'une manière habituelle. Elles se répètent sous l'influence des attaques convulsives ou bien des vives émotions, ou sans cause apparente. Elles sont souvent précédées de la constriction pharyngée.

On a observé encore, mais plus rarement, des hoquets opiniâtres, de l'aphonie, qu'il ne faut pas confondre, dit M. Axenfeld, avec le mutisme, autre symptôme hystérique, qui ne dépend pas d'une paralysie laryngée, mais, selon toute probabilité, d'un état particulier de Tencéphale (1).

Les hystériques sont fort sujettes à une sorte d'oppression, à courtes respirations, alternant avec des soupirs prolongés, accompagnée d'anxiété cardiaque ; mais elles éprouvent rarement de violentes djrspnées.

La toux hystérique est un phénomène plus caractéristique. Elle a été bien étudiée par M. Lasègue (2) et par M. Trousseau (3). Toute convulsite

(i) Axenfeld, Éléments de pathologie médicale de Requin, 1863, t IT^ p. 629.

(2) Ltflègne, Mémoire sur la toux ^ hystérique^ in Archives générales de médecine,»^

(3) Trousseau, Clinique médicale de CHôtel^Dieu^ 1862, t. II, p. 171.

qu'elle soit, elle ne ressemble en rien aux autres toux convulsives, à la toux convulsive proprement dite des jeunes enfants, à celle de la coqueluche. Elle n'est jamais accompagnée, comme celle-ci, de ces spasmes violents qui causent des accès de suffocation, des menaces d'asphyxie. A quelque époque que ce soit de la maladie, la toux hystérique se continue sans être modifiée ni dans son rhythme, ni dans son timbre. Les secousses qui constituent l'accès sont quelquefois tellement répétées^ qu'il semble que celui-ci ne se compose qtie d'une seule quinte et non de plusieurs ; mais entre chaque accès il y a des intervalles de repos d'une parfaite régularité. La toux cesse absolument dans le sommeil, fait sur lequel M. Lasègue et M. Trousseau ont insisté, et qui la rapproche des symptômes choréiques. Les accès peuvent se répéter avec une certaine périodicité, et sont rappelés par les circonstances qui réveillent habituellement les symptômes hystériques. M. Lasègue l'a vue survenir à l'occasion d'une bronchite.

Les hystériques sont sujettes à des palpitations très-violentes, à des pulsations considérables de l'aorte abdominale ; le cœur et le pouls présentent de grandes inégalités dans leur force et leur rhythme ; chez quelques-unes, on remarque une tendance prononcée à la syncope. La calorification est généralement amoindrie chez les hystériques. Enfin tous les signes de la chloro-anémie se rencontrent très-communément.

Les femmes hystériques sont généralement dysménorrhéiques ; on observe également chez elles des aménorrhées persistantes. La part que l'on a attribuée au sens génital relativement à la prédisposition à l'hystérie ou à son développement est tout imaginaire, ce qui prorient d'une confusion très-commune entre des phénomènes d'ordre purement psychique, avec ceux qu'il est permis de rattacher directement à l'activité fonctionnelle de l'appareil génital.

Désordres intellectuels et affectifs.

Ce sujet est un des plus difficiles, et peut-être un des plus importants, parmi les problèmes que soulève l'histoire de l'hystérie ; et il y a lieu de s'étonner qu'il n'ait pas été mieux étudié par les pathologistes, et surtout plus approfondi par les pathologistes spéciaux.

Le caractère des troubles psychiques, chez les hystériques, soulève des questions nombreuses. Quelle part peuvent-ils prendre au diagnostic de l'hystérie ? Quel rôle peut-on attribuer à l'hystérie dans la production des -vésanies proprement dites ? Quelle limite établir entre celles-ci et les désordres affectifs et intellectuels plus superficiels que l'on observe chez les hystériques ? Quelles atteintes l'hystérie peut-elle apporter au libre arbitre ? Jusqu'à quel point les désordres psychiques de l'hystérie peuventils exister isolés des autres manifestations de cette maladie? Je n'ai pas la prétention de traiter et surtout de résoudre de pareilles questions : mais c'est encore faire l'histoire de l'hystérie que de les poser.

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On sait bien que les hystériques présentent des inégalités et des biiar* reries dans le oaractère, des irrégularités dans le jugement, de rexaliation daus les idées ; mais quand et & quel degré ees phénomènes présentent^ ils un caractère pathologique? On sait également que la plupart des jeunes filles trafersant à la puberté une période où s'obseryent certains troubles, marqués ou imperceptibles, dans les facultés affectives ou intellectuelles. Sont-elles des hystériques? 11 n'est pas moins commun de voir des individus de tout âge devenir, sous Tinfluence d'exacerbations dyspeptiques ou gastralgiques, fantasques, difficiles, inquiets, exagérés, irréguliers dans leurs jugements : sontr^ls des hypocbondriaque8?Ces deux expressions, en pareil cas, se présentent en quelque sorte d'elles* mêmes aux observateurs superficiels. E2t en réalité, qui tracera laligoe de démarcation entre ces fausses hystériques, ces faux bypocbondnaques, et les vraies hystériques et les vrais bypocbondriaques ? Est-il bien sûr môme que cette ligne existe dans la nature ? N'est-ce pas en vain qu'on cherche* rait également è l'établir entre le lympbatisme physiologique et sa transition insensible au lympbatisme pathologique?

M* Morel décrit ainsi les modifications qui s'opèrent dans les facultés iutellectuelles chez les hystériques ; de brusques revirements dans le caractère des jeunes hystériques, des tristesses sans motif, de subites transitions à une gaieté exagérée, sont les premiers symptômes qui (rai^ pent les parents ; mais l'inquiétude augmente lorsque l'on remarque, chez ces jeunes naalades, outre l'irritabilité spéciale qui les domine, l'apparition d'actes excentriques, ridicules, extravagants, souvent compliqués d'érotisme, et quelquefois de tendance au suicide. L'explosion soudaine de tous ces phénomènes maladifs, leur irrésistibitité, la perte ordinaiitment complète du souvenir de tous ces faits lorsque la crise est passée, ne sont pas les symptômes les moins importants d'une situation nouvelle qui désormais parcourra ses phases d'après les lois qui président aux transformations des névroses. Ce sont ces lois qui déterminent et la nature du délire qui va s'organise^, et celle des actes qui vont se produire. Cette situation maladive nouvelle est ce que j'appelle le délire hystérique, et ce que j'ai dit des transformations que subit l'bystérie peut également s'appliquer à l'hypochondrie et à Tépilepsie, Ces deux derniers états névropathiques ne sont pareillement regardés comme de simples névroses que lorsque, dans les intervalles des accès ou des crises, l'intelligence reste saine, et que les sentiments s'exercent dans la plénitude de leur action. Malheureusement, la durée prolongée de ces névroses et l'aggravatico de leurs symptômes ne tardent pas à amener dans la sphère des facultés intellectuelles et aOectives des troubles qui, eux aussi, ont un cachet spécial, en ce sens que la nature du délire et des actes reflète les caractères essentiels de la névrose principale (1)« Ce tableau nous indique très-bien les désordres psychiques qui accompagnent les accès d'hystérie, et quel quefois encore les constituent, et d'une autre part les troubles définitift

(1) Morel, Traité d&f maladiei mentaies, 1860, pé i35é

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qu'eDtrsUne la durée prolongée de la maladie. Mais il ne tient pas un compte suffisant des troubles légers, superficiels en apparence peut*ôtre plus qu'en réalité, qui peuvent accompagner la maladie dans toutes ses périodes, dès son début môme, et qui môme empruntent quelquefois un caractère particulièrement insidieux au peu de développement des autres manifestations de rbystérie,

l,e délire hystérique peut n'être qu'un accident des accès oonTOlsifs. Il est ordinairement en rapport avec le sujet habituel de préoceupatioui ou avec les incidents qui ont précédé la crise et qui souvent l'ont provo» quée. Il s'accompagne fréquemment d'hallucinations diverses, C*est ce que Griesinger appelle la fprme aiguë de la folie hystérique. Dans cette forme, dit-il, ce sont des accès aigus de délire et d'agitation allant quel-» quefois jusqu'à la manie ; elle se développe h la suite des attaques eonvul*sives ordinaires de l'hystérie ; mais, dans certains cas, ces attaques sont très-légères, quelquefois môme l'accès de folie semble remplacer l'attaque conyulsive qui manque complètement; la môme chose s'observe pour l'épilepsie. Les accès de manie s'observent parfois déjà chez de jeunes flUes ; elles crient, elles chantent, battent leurs compagnes, leur disent des ipjures. Quelquefois elles ont un délire furieux; elles font des tentatives de suicide ; elles ont une surexcitation nymphomaniaque, ou bien elles ont un délire religieux ou démoniaque, ou enfin elle^ se livrent à des actes extravagants, mais encore coléreux. Dans ces cas, les malades ne conservent qu'un faible souvenir de ce qu'elles ont fait pendant Taocès (1), Ce délire cesse le plus souvent avec l'attaque hystérique.

M?ûs ce qui offre encore plus d'intérêt^ c'est l'état intellectuel ou affectif qui domine dans les intervalles des attaques. Cet état varie beau* coup suivant le sujet. Les formes qu'il revêt dépendent surtout de son éducat'ion, des circonstances où il vit, du degré et de la tournure d^ l'imagination. Toutes les hystériques sont susceptibles, capricieuses, exagérées dans leurs impressions comme dans leurs jugements. Elles rient et pleurent ^ans motifs. Elles s'abandonnent à des sympathies comme à des diversions extrêmes. Leurs rêveries prennent, suivant les cas, une direction mystique ou erotique, par c'est là les sujets habituels sur lesquels les femmes se passionnent à l'état physiologique, et déraisonnent à l'état pathologique. Le passage de Tidée religieuse à des perceptions vésaniques, ^t de l'idée passionnelle à la vésanie erotique, ne se franchit ensuite que tFop aisément. Les malades parviennent souvent à concentrer ces impulsions désordonnées dont elles ont conscience sans pouvoir s'y soustraire, et à les garder secrète^. L^ délire qui accompagne les accès convulsifs les fait éclater d'abord ; plus tard des manifestations plus continues s'établiront.

Les désordres psychologiques des hystériques revêtent le plus souvent des formes partielles. Ainsi Ton observe des hallucinations isolées. Nous

(i) Griesinger, Traité des maladies mentaies, pathelo^tê et thérapeutique^ i865| p. 315.

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avons parlé déjà des illusions et des hallucinations de l'odorat et du goût, qui sont les plus communes et les moins graves. Il peut s'y ajouter des hallucinations de Touïe, et môme de la vue, plus menaçantes pour Tavenir. On observe encore des impulsions irrésistibles qui peuvent garder le caractère de troubles partiels, et sans trop de gravité. Les impulsions irrésistibles des hystériques, dit Marcé, sont loin d'avoir le caractère violent et dangereux des impulsions des épileptiques. Elles consistent plutôt en une tendance anxieuse et instinctive à commettre des actes extravagants et ridicules (1).

La folie chronique, dans l'hystérie, peut se présenter sous forme de mélancolie ou de manie (2) ; mais celle-ci est très-prédominante. H. Lachaux, qui a fait une bonne thèse sur ce sujet, en reconnaît deux formes caractérisées, la première par la présence, la seconde par l'absence de convulsions. Cet auteur a très-bien décrit le développement graduel de l'état vésanique : a La marche progressive vers l'aliénation est ordinairement la suivante : d'abord apparaissent des illusions. Ces malades prêtent, par exemple, aux objets de fausses couleurs, ou respirent avec délices des odeurs fétides, ou aiment à écouter des sons discordants, quelques-unes manifestent de l'éloignement pour les aliments ordinaires, mangent diverses substances non nutritives et qui répugnent dans l'état de santé, telles que de la terre, du plâtre, etc. La réflexion redresse ces erreurs ; mais il n'en est plus ainsi quand les accès se répètent très-fréquemment et que les illusions deviennent plus nombreuses. Des conceptions délirantes s'organisent, le rôle des sens s'e£face, les images se présentent spontanément et sans avoir été provoquées, puis les malade ajoutent foi à ces hallucinations. Dès ce moment, pour me servir de l'expression de M. Grisolle, le seuil de la folie est Aranchi (3). »

On peut reconnaître deux variétés principales dans la folie chronique des hystériques : l'une caractérisée par Texcitation, et que M. Lachaui appelle manie érotico-hystérique ; l'autre caractérisée par la dépression; c'est la mélancolie ou l'hypochondrie. M. Lachaux n'admet pas l'extase que Landouzy y avait signalée ; je pense que c'est à tort, car le délire extatique et démoniaque tient une place notable dans la folie hystérique.

Au nombre des caractères de la folie hystérique, il faut placer les rémissions qui, pendant longtemps du moins, interrompent le délire par des intervalles plus ou moins longs ; il faut mentionner aussi l'imitaticm qui exerce un empire considérable dans les réunions de filles on de femmes.

Comme toutes les formes de la folie, la folie hystérique finit par aboutir à la démence.

C'est à la folie hystérique, jointe aux accidents convulsifs, et anesthésiques en particulier de l'hystérie, que se rapportent ces phénomènes

(1) Marcé, Traité pratique des maladies mentales^ 1862, p» 567.

(2) Qriesioger, loc. cit.^ p. 215.

(3) Lachaux, De la manie hystérique, thèse de Paris, 1857, p. 13.

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étranges que des individus, des réunions, des populations tout entières, ont présentés dans des temps de misère et d'ignorance profonde^ et qui tiennent une si grande place dans l'histoire du moyen Age. M. Galmeil a publié sur ce sujet un ouvrage remarquable par son érudition et ses curieux enseignements (1). M. Michelet a fait ressortir dans son livre de la Screihrey plein, comme toutes les œuvres de ce genre dues à la plume de l'illustre écrivain, de vérités et d'erreurs, la part que l'anxiété, la misère» enfin les souffrances physiques et affectives, peuvent prendre à la production et à la propagation des phénomènes de ce genre.

Mais nous sommes loin des faits qui sont l'objet spécial de notre étude. L'hystérie épidémique et contagieuse (on pourrait peut-être dire endémique) de ces sombres époques ^touche peut-être moins à la médecine qu'aux grands problèmes de la société.

Le seul point que je veuille indiquer encore, et qui s'écarte delà pathologie proprement dite, pour entrer d'une part dans le domaine de la psychologie pure, et de l'autre dans celui de la médecine légale, est le suivant : l'organisme peut être livré aux désordres névropathiques de l'hystérie, sans que celle-ci se manifeste par ces grands appareils symptomatiques que j'ai décrits, c'est-à-dire d'une manière sourde et insidieuse, et qui demande en quelque sorte à être devinée ; de même l'intelligence peut subir, de la part de l'hystérie, de§ atteintes qui ne se révèlent ni par un délire aigu, ni par un délire chronique, c'est-à-dire un état formellement vésanique, mais qui n'en altèrent pas moins le jugement d'une façon grave, en général fort difficile à déterminer, et qui peut laisser une grande indécision touchant le degré relatif ou absolu qu'il est permis d'attribuer à la liberté morale et à la responsabilité des actes.

Maintenant que les grandes formes symptomatiques de l'hystérie ont été exposées, il me reste à signaler deux circonstances capitales dans l'histoire de cette maladie ; la première est que les désordres de la motilité, de la sensibilité et de l'intelligence qui viennent d'être décrits séparément, s'unissent dans la plupart des cas àjdes degrés divers, et que cette réunion constitue, d'après le phénomène le plus constant et le plus saisissant, l'hystérie convulsive ; la seconde est que ces grands désordres peuvent manquer ou ne se montrer que sous des apparences obscures, insidieuses, incomplètes, pour ne laisser place qu'aux symptômes vagues et mal déterminés que nous avons vus précéder ou séparer les explosions de l'hystérie convulsive : c'est ce qu'on appelle hystérie non convulsive, hystérie vaporeuse ou hystéricisme.

L'hystérie convulsive est en effet l'hystérie à grandes manifestations ; c'est à la suite des accès convulsifs qu'apparaissent, ou c'est avec eux que se confondent ces hyperesthésies et ces anesthésies singulières et profondes, ces paralysies, ces vésanies, qui représentent les déterminations

(I) Galmeil, De la fàlie considérée sous le point de vtw pathologique, philosophique^ historique et judiciaire, 1845.

si dÎTgrseé et si ootnmimes de Thystérie à ferme tloldttle, Ob ^timit ^ i forme expâtidlve.

Ces hyfctériefi à forme yiolente et expansive ne sont t>as tôujotit^ les plfls graves et les plus durables. Il ne faut pas toujours se les reptésetitêf oomme accompagnées de l'ensemble complet des phénomènes (}ui ontétt décritSi La détermination convulsive peut exister seule, ou au moihs be coïncider qU'avec des désordres lôgers.de la sensibilité^ des organes riscéraux et des facultés a£ngctiTes* La paralysie elle-même peut n'avoir qtl'dti caractère transitoire. Quant aux désordres considérables de rintélligence, ils annoncent^ lors môme qu'ils auront abouti à utie ^lution en appa^ence satisfaisante^ une atteinte profonde de l'organisme dont celui-ci ne t>ft^ vient plus à se dépouiller.

Bien que l'hystérie soit une maladie essentiellement chfotii(|tie, on i admis une hystérie algu6 : mais cette expression ne saurait s'appliquer, je pense^ qu'ft certaines manifestations de la maladie^ à des maiilfëstatioas violentes^ lesquelles peuvent n'avoir effectivement qu'une courte durée, et, dans dés circonstances heui*euses, ne pas Offrir lés récidives auxquelles il faut s'attendre en pareil cas. Mais je doute que, môme alors, il faille toujours considérer la maladie comme terminée, parce que Ton se trouvera débarrassé de ses détermitiations les plus gi'aves. Il reste, presque toujours au moins, dans les différents modes de.l'innervation, surtout dans Tordre delà sensibilité et dans l'ordre psychique, des témoignages saisissables de la névrosé assoupie, mais non éteinte.

C'est un état analogue qui caractérise l'hystérie non eonvulsitc, éul tague en général, impossible à définir, mais qui ti'en domine pas moins beaucoup d'existences féminines, et souvent d'une manière plus défitiitite que les hystéries les plus intenses en apparence et les plus riches en manifestations excentriques. La chloro-anémie et la dysménorrhée se combinent ordinairement avec ces hystéries vaporeuses, dans lesquelles d^ troubles psychiques limités^ mais constants, des troubles viscéraux, pal' pitations, gastro-entéralgies, pneumatoses, et des phénomènes spàsmodiques, tiennent la place des grandes perturbations que nous connalssooa. « Celui-là aurait une bien fausse idée de l'hystérie, disent MM. Trousseau et Pidoux, qui ne croirait à son existence qu'alors qu'elle éclaterait arec ses accidents les plus exagérés^ et qui aurait besoin, pour la reconnaître, des convulsions, de la suffocation, de la perte de connaissance^ etc. Comme la plupart des maladies sans matière, elle est vague, irrégulièrei affranchie du rhythme Calculable qui caractérise les affections inflamma^ toires et les pyrexies. Une chose bien importante à savoir, c'est qu'elle eil décompoiobU , o'est-iHiire (ju'elle peut apparaître tantôt avec tous tes symptômes, tantôt avec un seul, avec deux, avec trois, sans cesser d'Mre elle-même. Le bon observateur la devine à quelques bâillements suitisde sanglots et de soupirs entrecoupés et sans cause appréciable \ il la voit dans de simples palpitations de cœur pendant lesquelles la poitrine semble se gonfler chez les jeunes filles, dans une dysphagie passagère, dans un météorisme subit qui se déplace et semble vouloir s'échapper par la partie

Lioogle

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supérieure du tube digestif où il s'opàte une sorte d'étratigletneut ; dans un hoquet spasmodique, dans une jactitation (iomme involontaire acdompagnée d'impatiences et de soupirs profonds, en un mot daus c$es éléments yaporeus qui, réunis et portés & Un haut degré, constildetit l'attaqUè hystérique (1). » C'est dans ces sortes d'hysîtérie que leâ circonstaticés extérieures prennent une part considérable au< détermibations âympto*inatiques, et que Ton Toit apparaître les grandes tnanifdstfttions de la maladie, ou que Ton maintient celle-ci dans de moindres pl*oportidtiS, suivant que Ton a laissé intervenir ou que Ton a réussi à éeatl^r toutes sortes de circonstances que Ton rattache trop facilement à Tétiologië de l'hystérie^ et qui ne sont plutôt que des causes détenuluatitei de ses formes symptomatiques les plus caractéristiques<

M. Briquet admet six variétés dans les modes d'invasioii et de développement de rhystérie*

!• Invasion brusque signalée par la fièvre, développement successif, dans un court espa(3e de temps, de troubles tierveux plUs ou moins graves*

2* Ihvasioû égâlemetit rapide, marquée, outre la flèvt^e, pat des Symptômes qui simulent ceux des affedions àigties de TenCéphale (céphalsdgië violente, vomissements, délire, quelquefois coma, attaques cotivulsives hystériques ou éclamptiques, paralysie) ; à cet état succède une débilité qui persiste longtemps, si bien que l'ensemble des accidents aigus et de la convalescehce qtii suit â une durée de trois mois & six mois.

L'acuité qui existe dans ces deux modes d*invasion est tantôt primitive et tantôt secondaire, c'est-à-dire que l'hystérie peut affecter d*emblée la marche d'une maladie fébrile, ou ne ptend cette allure qu'après plusieurs mois ou plusieurs antiées de chronicité. Des affections morales vives ou un arrêt de la mehstruation sont les causes qui lui impriment le plus souvent un pareil changement.

3» Dans uti grand nombre de cas, la maladie reste statlonnaire, caractérisée par des douleurs habituelles et Un état d'extrême Impressionnabilité qui, à l'occasion des causes les plus légères, amène uti trouble considérable, parfois tuême le retour des accidents aigus ; les hystéries de cette sorte peuvent persister toute la vie ou tout au moins se prolonger jusqu'à un âge avancé.

4** D'autres fois, et ce cas est le plus fréquent, les phénomènes névropathiques vont graduellement croissant, et, au bout d'un temps variable, soit spontanélnent, soit sous l'influence d'une cause occasionnelle surajoutée, arrive une attaque de convulsions, de spasme, de léthargie, etc.

6° t)anS quelques cas peu nombreux, les accidents hystériques se bornent à des attaques de convulsions qui se reproduisent à des intervalles en général assez longs, et pendant les interinédiaires la santé paraît bonne;

(1) Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique et de matière médicale j ISÔl, t. II, p. 208*

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