‹ Traité pratique des maladies chroniquesChapitre 66 sur 86 · HT8T<RIE · texte numérisé non relu

HT8T<RIE

cependant un examen attentif permet encore de constater quelques traces d'anesthésie ou d'hyperesthésie, et surtout une grande disposition à avoir les fonctions troublées. Cette manière d'être s'est remarquée principalement chez les enfants qui ne sont pas exposés à autant de causes morales de troubles qu'on l'est à un âge un plus avancé; ces enfants n'avaient ea leurs attaques que de loin en loin, et dans quelques cas tous les deux ou trois ans. Il en est même qui n'avaient eu que quelques attaques dans leur enfance, et qui n'en avaient pas eu depuis.

6* Enfin, l'hystérie présente quelquefois des intermis^ons plus ou moins complètes, pouvant durer une ou plusieurs années, et dans quelques cas quinze ou vingt années, pendant lesquelles la santé est complète. Ce sont là, suivant M. Axenfeld^ de véritables guérisons, suivies de récidives.

En résumé, l'hystérie peut ne constituer qu'une maladie passagère, accident de l'évolution de la puberté, ou résultat d'excitations artificielles et exagérées de l'innervation, ou survenue sans causes saisissables. C'est ainsi que les accidents de la diathèse urique, de la chlorose, de la scrofule elle-môme, affections profondément inhérentes à l'organisme, dont l'origine remonte si souvent aux premiers temps de l'existence, et qui en accompag^nent jusqu'à la fin, fût-<>e d'une manière latente, les périodes successives, peuvent aussi ne se montrer qu'à titre d'épisode pathologique, souvent sous l'influence de circonstances étiologiques plus ou moins apparentes. Mais, dans l'immense majorité des cas, l'hystérie, sous ses formes graves et expansives, ou sous ses formes légères et concentrées, est en réalité une affection constitutionnelle qui devrait être placée en nosologie à côté de la chlorose, et qui, présente encore alors qu'elle parait avoir disparu de la scène, comme elle existait en général avant ses premières manifestations, laisse, comme fait la chlorose, une empreinte réelle sur les caractères physiologiques comme sur les caractères pathologiques des organismes dont elle s'est une fois emparée. Peut-être se confond-elle alors avec l'état nerveux, dépouillée qu'elle se trouve des déterminations si marquées qui donnent à ses grandes manifestations une apparence méconnaissable. Mais ce qu'il importe^ c'est de ne pas perdre de vue les traces qu'abandonnent dans l'organisme les violentes commotions ou les sourdes perturbations qu'elle laisse dans le système nerveux.

étiologle et pathogénie.

Rien n'est plus difficile que de retrouver l'étiologie réelle d'une maladie telle que l'hystérie. Sans doute, lorsque, à l'aide de la statistique, on a mis en saillie l'ensemble des conditions que présentent la majorité des hystériques, on a saisi la majorité des circonstances qui sont propres à favoriser au moins l'éclosion de cet état morbide : mais on a ajouté quelque chose à la physionomie de la maladie, plutôt qu'on n'a déterminé les causes réelles qui président à son développement.

Il faut surtout se garder de confondre les hystéries accidentelles et

PATH06ÉNIB ET ÉTIOLOGTE. 665

passagères avec les hystéries constitutionnelles, dont les accidents caractéristiques peuvent n'avoir également qu'une durée limitée, mais dont l'empreinte demeure profondément gravée dans l'organisme, et se retrouve dans toute son existence physiologique et pathologique. La grande majorité des hystériques portent en eux, quelque nom qu'on lui donne, prédisposition, constitution, diathèse, un état de l'organisme, une manière d'être, qui les destine à l'hystérie, comme d'autres à la goutte, comme d'autres à la scrofule. Chez quelques-uns, cette modalité de l'organisme, mère de l'hystérie, est trop déterminée pour qu'ils puissent y échapper : mais, chez beaucoup d'autres, la maladie n'éclate que si un ensemble de circonstances favorables à son développement et à son éclosion se sont rencontrées, tandis que les individus qui se seront au contraire trouvés entourés de circonstances plus heureuses parviendront à y échapper. Pour l'hystérie, comme pour tant d'autres états constitutionnels, c'est la combinaison, dans des termes infiniment variés, de la modalité organique et des circonstances extérieures qui décide et de l'existence et de l'activité de la maladie.

Je commencerai par exposer l'étiologie générale de l'hystérie, c'està-dire l'ensemble des circonstances parmi lesquelles on la voit le plus souvent éclater. Les recherches si consciencieuses de M. Briquet nous fourniront encore sur ce sujet d'excellents renseignements.

L'hystérie est l'apanage à peu près exclusif du sexe féminin. Cependant on l'observe aussi chez Thomme ; c'est-à-dire qu'on observe, chez certains hommes, des accidents nerveux dont la physionomie et le caractère constitutionnel, à défaut môme de signes pathognomoniques, car il ne faut pas concentrer exclusivement dans la constriction pharjmgée la caractéristique de l'hystérie, rappellent l'hystérie féminine, et ne peuvent être rapportés à aucune autre névrose, parmi celles auxquelles l'observation a permis d'assigner une individualité nosologique. Je ne crois pas nécessaire d'insister sur la légitimité de ces hystéries masculines, que la plupart des auteurs modernes admettent sans hésitation.

M. Briquet dit avoir rassemblé un millier de cas d'hystérie chez la femme contre une cinquantaine chez l'homme. Il ne faudrait pas assigner de caractère absolu à de telles proportions relatives, parce que celles-ci dépendent beaucoup des milieux où se sont exercées les observations, et aussi des idées des observateurs ; et en réalité leur exactitude importe peu, du moment que l'on a établi un écart aussi considérable que celui qui ressort de l'observation universelle. J'en dirai autant de l'observation suivante faite par M. Briquet, touchant la proportion absolue des hystériques : Le quart des fenmies prises en général, dit-il, est atteint d'hystérie, et un peu plus de la moitié d'entre elles est ou hystérique, ou très-impressionnable (1). M. Axenfeld a raison de trouver ces chiffres singulièrement exagérés ; et le rapprochement établi entre les femmes

(4) Briquet, ioc. cii,^ p. 37.

600 BTSTiRllk

hystérictoes et les fetnmes irèft-impredsiotitiftblOB û'Mt pâd titôitis comes^ table.

lies données relatives & Fâge sont plus pré<)ises« Le tableau suirant, comprenant les obserrations de Landonzy et celles de M. Briquet^ est trôs-signifleatif, grâoe à la oonoordance que pt^éseutefit les Unes et Im autres^ sauf pour ee qui douGeme les enfants :

Chiffiret ds Landaiiif. OhiiBrw de Ma Bri^MU

De 0 i 10 ans d 66

De 10 à l5 4g 98

De 15 à 20 105 Ud

De 580 â S» 80 7l

D6 fld ft B0<.. : 40 S4

De ao à S54 38 9

DeS6i40.i..» 15 9

De 40 à 4S... ...... <.<...!.. . 7 1

De 45 À 50. ..... 4 8 8

De 50 à 55 4 3

De 55 à 60 4 2

De 60 à 80 2 »

Georget avait reconnu que les femmes hystériques avaient presque toujours parmi leurs proches parents des hystériques^ des épileptiques^ des hypocbondriaques^ des aliénés^ des sourds ou des aveugles (l). L'hystérie ne saurait effectivement se soustraire à la loi qui transmet^ par génération directe ou indirecte, les dispositions morbides^ si ce n'est les états morbides eux-mémesi

L'hystérie apparaît ches des femmes de toute constitution^ vigoureuses ou débiles^ névropathiques ou indemnes de toute apparence semblable. Gela n'empêche pas que l'on ne rencontre souvent des états Constituiioonels dont les caractères semblent les destiner à l'hystérie^ et permettent de prédire presque à ooup sûr l'apparition de cette dernière. Il ne faudrait pas croire que les hystéries qui surviennent dans les conditions opposées fussent nécessairement des hystéries accidentelles et passagères. C'est ainsi que l'on voit la goutte apparaître et quelquefois s'installer ches des individus que leur apparence constitutionnelle semblait mettre le plus à l'abri d'une semblable affection^ ce qui n'empêche pas que ce^ taines constitutions, offrant les caractères de la constitution dite goutteuse, ne comportent effectivement l'imminence d'une goutte manifeste.

On a recherché quelle pouvait être l'influence sur la production de rhystérie de la position sociale, de l'éducation, de la disposition morale, des passions, etc^, et Ton a pu reconnaître dans mainte circonstance, même en dehors des résultats, peu significatifs en pareille matière de la

(1) Geopget, Dictionnaire de médecine^ 1837, t. XVI, p. 166.

PATHOGÉitifi m enotoGiB. 667

statistique, (|ue telle ou telle condition empruntée à Tiln de cm sujets avait pvi^ Une part apparente siu développement de la maladie. Mais il ne faut pas se tromper sui* le rôle effectif qui revient aux conditions les plus défavorables où ont pu se trouver les individus atteints de Ces grandes affections comme l'hystérie, et comme là phthisie pulmonaire, laquelle, malgré la différence du sujet, peut donner lieu à des considérations étio*logiques analogues. L'hérédité, l'innéité, oU des conditions constitution^ nellôs préparées de longue main, recèlent l*origine réelle de la maladie, et les circonstances écologiques les plus frappantes he viennent que comme un appoint concourir ft la détermination d'états pathologiques qu'elles auraient été à elles seules incapables d'engendrer.

Ceci s'applique également ft l'influence que doit exercer, sur lé déve-» loppement de l'hystérie, l'appareil utérin, considéré dans son activité physiologique et dans ses accidents pathologiques* On ne peut nier qUe, chez beaucoup d'hystériques, on ne rencontre des conditions particulières, afférentes à la tie utérine, et que la précocité ou la prédominance erotique, que la continence forcée ou les habitudes de libertinage, que les maladies utérines elles-mêmes né tiennent une place notable dans leurs antécédents. On ne saurait méconnaître non plus que la puberté, dont l'évolution est à peu près insensible chez rhomlne, ne représente chez la femme une époque véritablement critique. L'établissement de la menstruation lui assigne un caractère particulier, et se trouve souvent l'occasion directe de désordres effectifs, alors que l'organisme né s'y trouvait pas suffisamment préparé.

' Mais il ne faudrait pas se hâter d'attribuer à toutes ces circonstances un caractère, si je puis ainsi dire, spécifique. L'hystérie n'est autre chose qu'une forme de névrose propre à la femme, bien qu'elle ne lui appartienne pas exclusivement, et qui peut subir l'influence de tous les modes d'excitation ou de perversion du système nerveux, quel qu'en soit le point de départ. 11 est vraisemblable que la disposition à l'hystérie constitutionnelle est antérieure à la période d'activité utérine. Celle-ci n'est qu'une occasion, mais fréquente, parce que l'évolution de l'activité utérine se trouve elle-même soumise à une foule d'éventualités physiologiques ou pathologiques qui retentissent sur le reste de l'organisme.

Mais s'il est permis de douter que les diverses circonstances que je viens d'énumérer exercent sur la production de l'hystérie une action aussi formelle qu'on l'a souvent exprimé, il est incontestable qu'elles exercent une influence effective, et quelquefois immédiate, sur l'apparition des déterminations hystériques. Une émotion, une contrariété, une passion affective, réveillent presque i coup sûr chez les hystériques les manifestations symptomatiques, et le retour de pareilles circonstances permet en général de prévoir le retour immanquable des symptômes habituels. Mais il ne faut pas oublier que l'hystérie crée elle-même une susceptibilité, une impresslonnabilité, qui, si elles viennent à réagir sur elle, n'en sont pas moins le plus souvent l'effet le plus direct de la maladie elle*même- C'est ainsi que Ion a fait remarquer que^ si Tapparitiou ou les exaspérations de

Lioogle

668 HTSTiMB.

la chorée suivent souvent une frayeur, une émotion quelconque, c'est que rimminence de l'existence d'une chorée avait disposé le sujet à ressentir d'une manière particulière les circonstances de ce genre.

S'il est un sujet sur lequel on pourra discuter indéfiniment sans arriver à une solution quelconque, c'est bien celui de la nature de l'hystérie. Ici nous voyons le système nerveux atteint dans l'universalité de son empire. S'il est vrai que l'innervation cérébro-spinale est mise particulièrement en jeu, et très-spécialement l'innervation cérébrale (encéphalopathie de Georget), s'il est vrai que les désordres affectifs y prennent une part considérable (l'hystérie n*est qu'une névrose passionnelle, suivant M. Briquet), il faut reconnaître que ni le cerveau, ni la moelle épinière ne nous apparaissent comme le point de départ exclusif des manifestations hystériques, et que le système des nerfs de la vie organique est loin de demeurer à bon tour étranger à l'appareil symptomatique dont j'ai tracé le tableau.

Ce qui caractérise précisément l'hystérie, c'est cette universalité des désordres nerveux. Si l'hystérie passe pour une maladie convulsive, c'est parce que les symptômes convulsifs sont les plus saisissants ; mais ce n'est qu'un observateur vulgaire qui pourrait songer à identifier l'hystérie avec la convulsion, car les altérations de la sensibilité et les désordres psychiques ne tiennent pas une moindre place dans cet état morbide.

Une autre circonstance non moins importante est la suivante : qu'il est impossible d'assigner à la maladie aucun caractère emprunté, non-seulement au siège, comme nous venons de le voir, mais encore à la forme et à la nature des phénomènes morbides. Partout ici nous voyons, nonpas seulement alterner, mais encore s'associer l'excitation, la dépression et la perversion des expressions diverses de l'innervation : les convulsions avec la paralysie, l'anesthésie avec l'hyperesthésie, les sensations bizarres ou dépravées avec l'exaltation ou l'extinction des facultés, enfin les délires bruyants ou maniaques avec les aliénations silencieuses- ou lypémaniaques.

Nous ne voyons donc d'autres caractéristiques de l'hystérie que la généralisation des désordres qu'elle entraine dans la sphère tout entière de l'innervation, et la combinaison de toutes les expressions symptomatiques que peut fournir le système nerveux, indépendamment de toute modification organique appréciable.

Il n'est aucune névrose qui offre un tel ensemble de caractères. L'hystérie emprunte ses déterminations à toutes les sortes de névroses, convulsives, paralytiques, sensitives, viscéralgiques, vésaniques ; et, si l'on cherche bien, on trouvera que les hystéries les plus simples, les plus incomplètes en apparence dans leurs manifestations, présentent en réalité quelques vestiges au moins de la plupart de ces altérations fonctionnelles.

Sans doute, Vétat nerveux ou nervosisme se rapproche dans une ce^ taine mesure de ces hystéries vagues^ imparfaites, dont les caractères même semblent se cacher, à l'inverse de ces expressions expansives et bruyantes de l'hystérie manifeste. Mais le nervosisme représente un état

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de rorganisme qui empiète à peine sur la pathologie. Si je lui ai assigné une place dans le cadre des diathèses (1), c'est plutôt pour satisfaire à une utilité pratique que pour obéir à la nécessité de fournir à la nosologie un chapitre dont la légitimité pourrait être contestée.

Mais, je l'ai déjà fait remarquer, la nosologie n'est pas dans la nature. Quand nous déclarons qu'un ordre phénoménal est en deçà ou au delà de la pathologie, ou qu'il est en dedans ou en dehors de telle entité pathologique, nous ne faisons souvent qu'obéir à la nécessité de catégoriser les faits : mais la ligne qui sépare ceci et cela n'existe pas dans la réalité. Il en est du nervosisme comme du lymphatisme : tempérament, constitution, diathèse, fin de l'état physiologique, commencement de l'état pathologique, lymphatisme exagéré, scrofule légère, nervosisme exagéré, hystérie légère, qui se chargera de tracer une ligne de démarcation et d'imposer une frontière entre ces abstractions dans la considération pathologique, entre ces faits dans l'observation clinique?

Mais on ne saurait insister sur de pareils sujets sans tomber dans la spéculation pure. Revenons aux faits tranchés, à ceux qui sont du domaine incontestable de la pathologie, et empruntons à Beau une excellente exposition des caractères respectifs de l'état nerveux ou nervosisme et de l'hystérie, laquelle fournit une démonstration nouvelle de ce que je viens d'exprimer.

a Les symptômes réunis sous le nom de nervosisme sont-ils effectivement différents de l'hystérie? Cela dépend, comme on doit bien le penser, de l'idée que l'on se fait de l'hystérie, ou plutôt des caractères essentiels que l'on prête à cette maladie.

D Yoici quels seraient les principaux caractères de l'hystérie : névrose à symptômes bien définis et toujours les mêmes, accompagnés de la sensation d'une boule qui remonte à la gorge, se montrant sous forme d'attaques convulsives et apyrétiques, séparées par des intervalles notables, sans altération de la nutrition.

D Ces symptômes diffèrent notablement du nervosisme, qui est ainsi caractérisé par M. Bouchut dans son expression générale : névrose à symptômes tellement mobiles et variables qu'on trouve à peine deux malades qui se ressemblent ; dans laquelle il n'y a ni convulsions ni ascension de boule; qui est marquée ou par une marche continue ou par des accès rapprochés, souvent fébriles, et qui produit une détérioration profonde de l'organisme.

D On voit par ce qui précède que le nom A* hystérie n'est donné qu'à la forme convulsive de cette maladie, et que la réunion des symptômes non convulsifs, appelée jusqu'à présent kystéricisme, hystérie vaporeuse ou sensitive^néuropathieprotéiformeiCevise), qui dépend de l'hystérie, se trouve distraite de l'affection hystérique comme une névrose particulière, sous le nom de nervosisme.

» Cette séparation dans les formes vaporeuses et convulsives de l'hys-

(1) Voyex t. I, p. 330.

610 HYSTimi.

térie peut eertainement être proposée; il est môme fort possible qu'elle soit acceptée ; mais il me semble qu'une semblable scission aura loiyoun contre elle de grandes difficultés*

» En effet, la forme vaporeuse ou protéiforme de rhystérie existe certainement seule ; elle est même la plus fréquente des deux à l'état d'isolement; mais la forme oonvulsive se rencontre rarement sans être précédée ou accompagnée de la forme vaporeuse, c'est-à*dire que les phénomènes protéiformes ou vaporeux servent de prodromes éloignés aux attaques convulsives ou se montrent dans leurs intervalles. On voit par là que les deux manifestations, convulsive et vaporeuse, dénotent le même fond morbide, produisant les vapeurs ou le nervosisme quand la susceptibilité nerveuse est médiocre, et produisant le mouvement réflexe de l'attaque convulsive quand la susceptibilité nerveuse est intense ou que les causes occasionnelles sont violentes.

D Quant aux symptômes différentiels du nervosisme et de l'hystérie coU' vulsive, je trouve que leur opposition a été exagérée. Ainsi, on doit accorder certainement que la forme convulsive est plus tranchée, plus définie que la forme vaporeuse, mais cependant cette dernière n'est pas tellement protéiforme qu'on la trouve à peine semblable chei deux personnes. On observe assez souvent cbei les femmes vaporeuses la réunion des symptômes suivants : gonflement de la région épigastrique et des hypochondres, névralgie intercostale, palpitations, sentiment de dyspnée, quelquefois de boule, qui, partant de l'estomac, remonte jusqu'au milieu de la fégion sternale, et môme jusqu'à la gorge, sans être suivi de mou* vements convulsifs. On voit par là que la sensation de boule ascendante qui donnerait un cachet caractéristique à l'hystérie, c'est-à<dire à la forme convulsive, se trouve aussi, mais moins souvent, dans le nervosisme, c'està^-dire dans la forme vaporeuse. Lorsque celle^i vient à augmenter d'in* tensité par suite d'un surcroit dans l'intensité de la cause, la sensation de la boule s'exagérant finit par donner lieu aux mouvemens réflexes de l'attaque convulsive.

ib La nutrition serait conservée dans l'hystérie convulsive et très-dété^ riorée dans le nervosisme. Je regrette fort de ne pouvoir adopter cette opinion, car voici ce que j'ai remarqué : toutes les femmes affectées d'hystérie convulsive sont maigres absolument ou relativement. Bt, quand on a occasion d'observer de ces fempies qui passent de la forme vaporeuse à la forme convulsive, on constate facilement un surcroit de maigreur et de détérioration.

» Toutes ces raisons me semblent démontrer qu'on ne peut pas opérer une séparation radicale entre les formes convulsive et vaporeuse de VaSecr tion hystérique, c'est-à-dire entre l'hystérie et le nervosisme. Cette séparation est aussi arbitraire et aussi illégitime que celle que l'on voudrait tenter entre le vertige et l'attaque de la maladie épileptique : malgré leun dissemblances, on les regarde comme deux manifestations différentes du mal épileptique, parce qu'elles se rencontrent habituellement chez les mômes individus, et que souvent l'une sert de prodrome à l'autre^ comme

TRAÎTllIlîlT. 671

cela se fait eatre la forme vaporeuse de l'hystérie et la forme convulsive (1), »

Traitement.

Il faut distiaguer le traitement général de Thystérie, ou, si Ton veut, le le traitement des hystériques, de celui des principales déterminations de la maladie, traitement purement symptomatique, mais qui, s'il s'agit de certains symptômes isolés, tels que la paralysie, acquiert une importance dominante.

Le traitement général de l'hystérie est surtout un traitement d'indication. Il serait assez difficile de préciser un traitement de la névrose elle* môme. Si l'on en excepte l'hydrothérapie, il n'est guère de médication dont elle puisse devenir l'objet direct.

Les hystériques sont souvent anémiquesi et, en dehors des accès ou des exacerbations passagères, dans un état habituel de dépression et de nu* trition insuffisante. D'autres au contraire sont dans un état habituel d'excitation que peut accompagner une tonicité réelle, et même une certaine exubérance de forces. Dans le premier cas, des moyens toniques et reconstituants sont indiqués ; dans le second, des agents sédatifs et quelquefois même débilitants; c'est-à-dire tantôt le fer, le quinquina, une alimentation substantielle, des vins généreux, tantôt les bains sédatifs, un régime doux, quelquefois môme des émissions sanguines,

L'hygiène sera surveillée et dirigée avec une sollicitude toute particulière. Elle s'adressera principalement à l'organisation affective de l'in^ dividu. On comprend que, sur ce terrain, la direction à suivre est tout h fait relative 4 l'âge, à la condition sociale, au caractère du sujet, au milieu où il est placé, aux circonstances parmi lesquelles il vit. On a malheureusement sous ce rapport beaucoup moins de prise sur les femmes que sur le» hommesr II est beaucoup plus difficile de modifier leur genre de vie; les exercices violents, les distractions, on peut dire les révulsions intellectuelles, les voyages, les changements de résidence, ne sont à leur portée que dans des limites restreintes. Cependant la gymnastique méthodique peut être d'un grand secours. Mais en général l'intervention médicale, sous ces différents rapports, est trop timide; il faut reconnaître en même temps qu'elle serait souvent Impuissante à réaliser les prescriptions les plus rationnelles.

Une attention particulière sera naturellement portée vers l'appareil utérin. Mais il ne faut pas oublier que, si la dysménorrhée est une condition certainement propre à favoriser l'hystérie, elle n'est peut-être pas moins souvent elle-même une des conséquences de Thystérie, et qu'il ne faut pas beaucoup compter sur l'efficacité des moyens qui lui seraient directement adressés.

(1) Be^u, BuUetin de P Académie de médecine^ 1859^ t, XXIY, p* 750.

672 fiYSTÉElE.

Les eaux minérales offrent peu de secours dans le traitement de Thystérie. Cependant les hystériques très-excitables peuvent se bien trouver des bains sédatifs de Néris, de Bagnères-de-Bigorre, de Schiangenbad. Sans doute bien des eaux minérales, sulfureuses, chlorurées, ferrugineuses, les bains de mer aussi (1), ont pu être recommandés utilement à des hystériques. Mais ce n'est pas à Thystérie elle-même que ces médications pouvaient être adressées, mais seulement aux états constitutionnels qui l'accompagnent (2).

L'hydrothérapie offre des ressources beaucoup plus effectives. M. Briquet Ta beaucoup employée et a eu à s'en louer dans un grand nombre de circonstances. Il est rare, dit-il, que convenablement employée, et continuée avec une certaine persistance, on n'arrive pas, à l'aide de Tensemble des moyens hydrothérapiques, à amener une modification favorable dans l'état général, et qu'on ne se rende pas maître de l'agitation, de la fièvre et des souffrances qu'éprouvent les hystériques (3). Mais cet auteur n'a pas suffisamment signalé les contre-indications de l'hydrothérapie chez les hystériques, et les cas nombreux où cette médication se trouve difficile à leur faire tolérer. Car il est vrai de dire que l'hydrothérapie est presque toujours salutaire aux hystériques, alors qu'elle est bien tolérée, mais nuisible dans les cas contraires.

a Les femmes, dit encore M. Briquet, chez lesquelles le £roid réussit le mieux comme moyen général, sont celles qui sont brunes, irritables, modérément anémiées, et chez lesquelles le pouls a de la vivacité. > En effet, la première condition est que les malades soient susceptibles d'une réaction facile ; mais une des grandes difficultés de l'emploi de l'hydrothérapie chez les hystériques est de maintenir cette réaction dans des limites appréciables. Il n'y a pas tant en effet à se préoccuper chez elles de la réaction sanguine, ou congestive, que de la réaction nerveuse. En un mot, l'hydrothérapie est facilement plus excitante que sédative chez les hystériques. Aussi est-ce aux formes violentes de la maladie et i ses périodes d'exacerbation qu'elle est le moins applicable. Il est vrai que M. Fleury a vu l'administration de la douche froide mettre rapidement fin à une crise convulsive (6), et Ton ne doit pas s'étonner qu'un tel moyen perturbateur produise un tel résultat; mais je crains que ce ne soit pas toujours au bénéfice des malades. L'hydrothérapie me parait convenir surtout aux hystéries à manifestations éloignées, et doit être surtout employée pendant les périodes de calme relatif. Elle est particulièrement salutaire dans l'hystérie non convulsive, dans l'hystérie vaporeuse, enfin à titre de modificateur constitutionnel de l'hystéricisme. Il est évident que

(1) Gaudet, Recherches sur les effets hygiéniques et thérapeutiques des bains de n.er iSU.

(2) Durand-Fardel, Le Bret et Lefort, Dictionnaire général des eaux mnéraks et (thfdrohgie médicale, 1860, t. II, p. 1^2.

(3) Briquet, loc, cit., p. 650.

(4) L. Fleury, Traité thérapeutique et clinique d* hydrothérapie ^ 1866, p. 614,

TaAITESIENT. 673

les modes d'application devront être soigneusement appropriés aux circonstances. Je ne saurais trop insister, à ce sujet, sur les inconvénients de traitements hydrothérapiques trop prolongés. Il est rare que l'on puisse dépasser sans inconvénients cinq ou six semaines consécutives ; mais il n'importe pas moins de reprendre la médication après des intervalles suffisants.

Les attaques convulsives ne cèdent guère qu'à un moyen, l'inhalation de l'éther ou du chloroforme. A moins que l'excitation ne soit excessive, les convulsions ne tardent pas en général à se calmer et les malades à s'endormir. Les antispasmodiques restent sans effet, et je n'ai jamais rien obtenu, pour mon compte, des prescriptions variées que j'ai pu tenter, ne fût-ce que pour satisfaire l'entourage des malades. M. Cruveilhier a conseillé de faire avaler rapidement, au commencement de l'attaque, trois ou quatre grands verres d'eau froide. Cette pratique était autrefois assez suivie à la Salpêtrière, et je l'ai vue plus d'une fois faire évidemment avorter des accès ; mais elle n'est pas toujours d'une réali* sation facile.

Cependant, bien que les médicaments antispasmodiques soient à peu près dépourvus d'efficacité au sujet de l'hystérie elle-même, il ne faut pas leur refuser une efficacité réelle contre un grand nombre de symptômes qu'il importe du moins de soulager. Et peut-être ces actions thérapeutiques palliatives et momentanées ne sont-elles pas sans influence sur la marche de la maladie elle-même. On peut dire que, chez les hystériques, les symptômes appellent les symptômes, de sorte qu'une simple sédation obtenue au sujet d'un accident imminent peut avoir une portée beaucoup plus étendue. C'est surtout sur les accidents de l'hystérie vaporeuse que les antispasmodiques agissent, et quelquefois d'une manière très-active : ainsi les spasmes, les pneumatoses, les étouffements, les douleurs, les anxiétés précordiales ou cardiaques, même les troubles affectifs soudains auxquels les hystériques sont si sujettes. L'éther et la valériane sont sous ce rapport des médicaments tout à fait spéciaux. MM. Trousseau et Pidoux en ont parfaitement exprimé la portée d'action, en disant, à propos de la valériane en particulier, qu'elle réussit d'autant mieux à calmer les phénomènes hystériques, que ceux-ci s'éloignent davantage par leur forme et leur intensité des véritables accès d'hystérie (1).

Les hyperesthéçies cutanées et musculaires réclament quelquefois, chez les hystériques vigoureuses et sanguines, des émissions sanguines locales, ainsi des ventouses scarifiées. Mais une telle indication ne se présente que rarement. Les bains tièdes prolongés, les bains de tilleul, les soulagent quelquefois ; les applications calmantes et narcotiques également. Les bains de gaz carbonique, que je n'ai point essayés en pareille circonstance, seraient peut-être avantageux. M. Briquet recommande les révulsifs immédiats, tels que la chaleur sèche, le chloroforme et l'éther, plutôt stimu-

(1) Trousseau et Pidoux, Traité do thérapeutique et de matière médicale^ 1851, t. II, p. 202.

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