‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 2)Chapitre 10 sur 143 · RÉTINITE IDIOPATHIQUE · texte numérisé non relu

RÉTINITE IDIOPATHIQUE

Syn. — Ophllialmilis interna iiliopalliica propriè sic dicla, [iccr. Fig. Béer, Band. II. Tnf. I, fig. 5.

Il est facile de comprendre que les inflammations internes de l'œil, devant leur origine à des causes qui agissent très diversement sur cet I organe, peuvent se développer tantôt dans un tissu, tantôt dans un autre: tantôt ce sera la rétine qui sera d'abord atlectée; une autre fois la choroïde; dans un troisième cas, l'iris. L'inflammation néanmoins reste rarement bornée à la partie d'abord afl'ectée. Nous avons déjà vu comment l'inflammation, débutant dans l'iris, s'étend à la sclérotique et à la choroïde, et comment la choroïdite agit sur les parties situées au dedans et au dehors d'elle. De même, l'inflammation qui débute dans la réline se répandra vraisemblablement à l'intérieur, au corps vitré, à la capsule et au cristallin lui-même; à l'extérieur, à la choroïde et à l'iris, à la sclérotique, à la cornée et à la conjonctive. C'est ainsi qu'une inflammation de la totalité du globe de l'œil peut avoir une origine très limitée.

Bien que la rétine possède une vascularité considérable, le haut degré de fatigue qu'elle peut supporter sans en être ofl'ensée, démontre qu'elle n'est pas très susceptible d'inflammation. Elle est insensible à

[(1) Annales d'Ocnlislique, I. XXXII, p. Sa-î-.]

OPHTIIALMIKS.

tout auli'e excilanl que la lumière; c'est pourquoi elle ne délermine pas de douleur lorsqu'elle s'enllauime, si ce n'est lorsque l'iiiflammation s'est étendue à d'autres tissus de l'œil. Comme les ramifications de l'ai-tère centrale de la rétine sont situées près de la surface concave de cette membrane, l'exsudation qui succède à la période congestive de la rélinite se fait généralement entre la rétine et le corps vitré, et lors même qu'elle est peu étendue, elle délermine l'abolition de la vision. Quand de la lympbe ou du pus s'épanche sur la surface convexe de cette membrane, la pression qui en résulte détermine vraisemblablement de la photopsie. Si la choroïde et l'iris prennent part à l'inllammation, les nerfs ciliaires étant comprimés, une douleur plus ou moins aiguë se manifeste dans l'œil ou autour de lui.

L'anatomie pathologique montre distinctement que l'inflammation affecte la rétine de diverses façons. En effet, on la voit très injectée, ou ses deux surfaces recouvertes d'exsudation lymphatique et purulente; sa coloration change; elle adhère à la choroïde ou à l'hyaloïde; les couches qui la composent sont hypertrophiées et atrophiées, surchargées de matière calcaire, etc. (1).

[ M. Schauenburg a décrit (2) une rétinite bouchonneuse ou embolique, fondée sur les lésions de la rétine observées à l'autopsie. Des extravasations sanguines, pointillées, nombreuses, caractérisent une des terminaisons les plus fréquentes de la rétinite, surtout dans les cas à marche très aiguë et accompagnés de cécité permanente, comme on les observe chez les femmes en couches. Une seule extra vasation, même considérable, ne trouble en général que passagèrement et dans les cas intenses, la fonction de la rétine. La vision se rétablit promptement, dans ces cas, d'une manière partielle, et souvent même, par la suite, d'une manière complète. Un grand nombre d'extravasations, quelque petites qu'elles soient, du moment où elles sont éparpillées sur toute la surface de la rétine, mettent ces organes beaucoup plus promplement hors de service. Chez une personne de 20 ans, qui pendant les suites de ses couches avait perdu subitement la vue, l'autopsie fit découvrir sur chaque rétine 50 à 60 noyaux apoplectiques dont on aurait pu faire remonter l'origine à une époque plus reculée. Ils avaient détruit les tissus à tel point que, lorsqu'on sépara la rétine d'avec la choroïde, celle-ci parut également dégénérée et dépouillée de pigment. Les taches étaient toutes bornées à la rétine. Les points de la choroïde correspondants à ces taches olfraient une coloration d'un blanc pâle, analogue aux points dépouillés de pigment. Ces nombreuses taches hémorrhagiques, M. Schauenburg les a souvent obser-

(1) Voyoz WARonop's Morbid Anntomy of the Iliminn Eyc, vol. II, p. 153. London, 1818. AMMON'skiinisclie Dar,slellungen der Krankheiten des menschliclicn Auges, Ihl. I,laf. XIX, XX.

'^'^[\2"'scn!uJKNBiJRf.. Delà réiinile boiiclionneiise ou embolique. Annales d'Oculistiquc, t. XXX\ , p. 181.]

UKTINITK IDIOl'ATllIQlIK. 75

Yccs au moyen do roplillialmoscope , chez d'anciens amaurotinues' sans èlie pancnu à en conslaler d'une maiiièrc cvidenlc 1, .-n'ioaloirie el la nature. Il est disposé à penser que bon no.nbre d'onhlludniies métaslati(iues terminales sont produites par la lormalion de petits boudions (embolm) dans les vaisseaux de la rétine et de la

choroïde, T. W]- , . , , ,,. .,

I •» description que les auteurs donneiil des symptômes de la retiiute est RMuarquablemcnl contradictoire. Cela dépend (luchiuelois de ce nue des nlaladies qui dillèrent l'une de l'autre et ne se ressemblent ( n'en ce qu'elles se terminent promptement par la perle de la vision, ont été désii^nées sous le nom de rvtimle. Il y a lieu de croire que 1 iiitlammation de la réline s'accompagne aussi, dans quelques cas, de rhvperesthésie du nerf opli(|ue et de celui de la cinquième paire, taiidis (|uc généralement cette complication n'a pas heu. Lorsque rhvperesthésie de ces nerfs existe, le malade est tourmenté par la i)holophohie, la photopsie, une sensibilité extrême de l'œil au toucber, et des paroxysmes de douleur atroce , tous symptômes qui peuvent exisler sans qu'il y ait rétinite; tandis que, d'un autre côté, la vision peut être promptement éteinte par une inflammation de la rétine sans qu'il y ail aucune exaltation de la sensibilité.

La plupart des causes que l'on attribue généralement à la rétinite ont été plutôt indiquées par la théorie que démontrées par l'observation. La rétinite se montre beaucoup plus évidemment comme conséquence d'une variété particulière de la fièvre rémittente, ou de l'influence sympathique ou réflexe qu'un œil désorganisé par une blessure exerce sur l'autre, que comme conséquence de l'exposition de l'œil à une vive lumière, ou d'un excès d'exercice de l'organe. Dans l'un el l'autre cas, néanmoins, la rétinite n'est que le commencement d'une maladie qui finit par envahir tous les tissus de l'œil.

§ I. — Rétinite aiguë idiopathique.

Symptômes. — 1. Au commencement de la maladie, les signes extérieurs d'inflammation sont très peu prononcés. Il peut n'y avoir que peu ou pas de rougeur, ou un degré insignifiant d'injection zonulaire autour de la cornée. A mesure que la maladie marche, la rougeur qui entoure la cornée s'accroil et occupe le réseau de la conjonctive comme celui de la sclérotique.

i. Dans la rétinite aiguë, l'inflammation ne resle jamais longtemps bornée à la rétine ; elle s'étend promptement aux autres tissus vasculaires de l'intérieur de l'œil, à la choroïde et surtout à l'iris. L'iris change de couleur cl revêt le plus souvent une teinte verdàlre, tandis qu'il se forme un dépôt de pus entre son bord inférieur et la cornée. La nutrition du cristallin se trouvant entravée par suite de la part que 11. "t

OI'IITIIALMIES.

le corps ciliairc cl la zone de Zinn |)rcnnonl à la maladie, il eu lésulle une calaruele capsulo-leiiliciilaiie.

5. Le plus souvent, la pupille se eonlracle, mais quelquefois elle est dilatée. Ses mouvements s'accomplissent toujours lentement et imparfaitement, quelles que soient les variations de lumière auxquelles on la soumette. On a[)ereoit quehiuefois un réseau rougeâlrc dans la j)upillc. Une exsudation lympliati(iue la lixe à la ea])sule.

4. Si la pupille reste libre et le cristallin transparent, on aperçoit quelquefois au fond de l'œil un dépôt jaunâtre, fixe, et comme appliqué sur la rétine, ou mobile, et conune flottant dans le corps vitré.

5. Le globe de l'œil et surtout la cornée deviennent mous, et cèdent à la moindre pression du doigt, laissant ainsi voir manifestement que la quantité normale de l'humeur vitrée a diminué.

G. La vision s'aiï"ecte promptemcnt. Dans les cas aigus, elle est abolie en quelques heures. Lorsqu'un traitement convenable est employé, elle revient lentement, jamais soudainement.

7. Si la maladie est limitée à la rétine, il peut ne point y avoir de douleur dans l'œil. Le malade se plaint ordinairement d'éprouver une céphalalgie intense, et ce n'est que quand la choroïde et l'iris se prennent, qu'il survient une douleur circum-orbitaire.

8. Lorsque la vision est conservée, le malade est fort tourmenté de mouches volantes (muscœ voiitanles). A priori, on devrait croire plutôt à des mouches fixes; mais ces dernières s'observent rarement.

Diagnostic. — Non-seulement la rétinite ressemble, à beaucoup d'égards, à quelques-unes des autres ophthalmies, mais, ainsi que je l'ai dit dans les considérations que j'ai présentées plus haut, un certain degré de cette affection accompagne toujours l'inflammation de l'iris. Néanmoins, la maladie avec laquelle la rétinite a été le plus souvent confondue, est l'hyperesthésie du nerf optique et de celui de la cinquième paire, dans laquelle il existe une photophobie excessive, avec spasme de l'orbiculaire des paupières, douleur dans l'œil et à son pourtour, et grande sensibilité, au toucher, des paupières et du globe de l'œil. La vision est presque perdue dans cette aifection, parce que l'on ne peut se servir de l'organe. Cette maladie peut durer longtemps; la guérison est ordinairement soudaine et complète. Il est donc facile de distinguer la rétinite pure, de l'hyperesthésie oculaire. Il y a cependant lieu de croire, dans certains cas, que l'exaltation de la sensibilité du nerf de la cinquième paire est combinée avec une inflammation de la rétine, de sorte qu'alors les symptômes sont mixtes. Dans l'hyperesthésie oculaire simple, il n'y a point de rougeur de l'œil ; la pupille est claire, l'iris mobile, et la rétine parfailement sensible. Que la photophobie ne constitue point un symptôme d'inflammation de la rétine, c'est ce que démontre l'ophthalmie scrofuleuse, alïeetion dans laquelle ce symptôme est excessif, tandis que la dissection démontre

nÉTINlTK idi()1'.\tiiiqi;k. ' ,,uc la roline ny a point éprouvé la moindre au.nicnlation do vascu-

rii2". - La rélinilodoit quclquolbis son origine à des causes dont r-iclion est très limilée et transitoire. . , ,

n se montre quelquefois après l'application pro ongee de la vue su très petits objets, et à une lun.ière intense rellech.e dans 1 œd,

U t .ementparl'objet examiné, soit par un unnur, connue ,>ar vemplcdans les observations nHcrosc(,pi,,ues. Kn gênerai cependan [u a on pareil cas des causes p.'édisposantes qu. ne doivent pas échapper i l'observation , telles q.i'uu état de pléthore générale, ou une tendance aux congestions vers la tète. . > ■ ,^

La rétiuite est aussi quelquefois produite par des ecla.rs très .nteuses- on l'a vue souvent aussi amenée par la contemplation trop alu'ntive d'une éclvpse de soleil. Des prisonniers plongés pendant lono-temps dans des cachots obscurs ont été saisis d inllammation de la i^'tine pour avoir été brusquement amenés à la lumière du jour. Un vova-e à travers un pays couvert de neigea quelquelois produit le me^me eiïet. Saint- Yves cite le cas d'un homme qui devint aveugle pour s'être trop approché d'un feu ardent, en essayant d'attacher une corde à une volaille qui tournait à la broche , et celui d'un ouvrier de la Monnaie, qui perdit la vue par suite de la vive lueur à laquelle il se trouva exposé en versant du métal en fusion dans un creuset chauffe au rou'^e. Ces deux accidents doivent vraisemblablement être attribués a la rétinite. On cite plusieurs observations de cette affection chez des cuisiniers.

Il y a eu et il y a encore des contrées où l'abolition de la vue est un supplice usité. Pour cela, on oblige la victime à regarder un miroir concave d'acier poli, exposé directement aux rayons du soleil. Il en résulte une prompte infiammation de la rétine, qui se termine inévitablement par une insensibilité plus ou moins grande à la lumière. Il faut qu'on emploie encore de nos jours dans l'Inde quelque procédé de celte nature, car beaucoup de princes de ce pays, condamnés à la perle de la vue par la jalousie de leurs rivaux, mais qu'on laisse vivre en captivité, ne paraissent, dil-on, nullement aveugles lorsqu'on les regarde à peu de distance.

Pwnosiic. — Le pronostic de la rétinite n'est pas défavorable, si l'on peut commencer un traitement convenable avant que la pupille soit fortement contractée et la faculté visuelle grandement affaiblie. Lorsque la vision parait déjà oHeinte, le pronostic est extrêmement défavorable. Une fois la pupille fermée, même alors que la rétine ne parait point complètement insensible, il reste à peine espoir de conserver la vue ; car, quand même la pupille s'élargirait un peu par la

(1) Lankesbeck. De i-fliiiA, j). IG3. Gi)Uinga>, 1856.

OPiniIAI.MIES.

suite, comme elle le l'ail fjuehiiiel'ois l()rs<(uc les symplômcs inflammatoii-es diiniimenl, elle reste néanmoins petite et immobile, et la cécité persiste.

Traitement. — Le repos absolu des yeux et du reste du corps, l'obscurité, labstinence et des saignées abondantes, suivies de Tin- Iroduclion rapide du mercure dans le système, tels sont les moyens sur lesquels on doit compter dans la rétinite. Les saignées copieuses du bias doivent être suivies immédiatement de l'application de nombreuses sangsues autour de l'œil. Si les symptômes ne cèdent pas, il faut ouvrir la veine jugulaire ou l'artère temporale et soustraire une nouvelle quantité de sang.

Le calomel avec l'opium doit être prescrit à doses rapprochées jusqu'à ce que la bouche se prenne.

La belladone sera appliquée à la manière accoutumée.

S'il existe un peu de pus dans la chambre antérieure, il ne faut sous aucun prétexte se laisser aller à ouvrir la cornée ; il faut compter sur l'action absorbante du mercure et sur celle des vésicatoires appliqués derrière les oreilles ou à la nuque.

Le traitement de la rétinite est donc essentiellement le même que celui que nous avons déjà recommandé contre l'iritis. Il est probable que l'iodure de potassium sera ici également avantageux dans les cas où l'on sera obligé de suspendre l'administration du mercure. Pendant la convalescence, si l'étal de débilité du malade réclame les toniques, on aura recours aux préparations de quinquina.

g II. — Rétinite chronique idiopathique.

On observe assez fréquemment des cas de rétinite chronique caractérisés par la paresse de la pupille, des mouches volantes, des spectres oculaires, l'obscurcissement de la vision, la sécheresse des yeux et de la membrane de Schneider, suivie, au bout d'un certain temps de la flaccidité de la cornée. Il y a lieu de croire que la maladie se termine fréquemment par l'atrophie de la rétine et du nerf optique, et est une des causes les plus fréquentes de l'amaurose.

Les horlogers, les joailliers et les personnes qui lisent ou écrivent une grande partie du jour et de la nuit, les tailleurs, les modistes, les fabricants d'instruments de mathématiques, les imprimeurs, les graveurs, et les membres de beaucoup d'autres professions dans lesquelles les yeux éprouvent de grandes fatigues, les personnes qui abusent des hqueurs spiritueuses, ou qui contractent l'usage du tabac (1), sont aussi fréquemment affectés de rétinite chronique. •

[(1) M. Mackenzie cilc fréquemment l'usage du lahrtc comme cause des diverses oplilhalmics que nous venons (l'iiUuJicr ; c'est une opinion ii laquelle nous ne pouvons en vérité souscrire , car rexi)érience journalière y ilonne un démenti formel. En France el en Belgique, ceux qui

nÉTlNlTIC PRODUITE l'Ail IX LACTATION INTEMPESTIVE. 77

Les Esquimaux qui habilcnl la baie (riludson savent très bien que la vue continuelle d'un pays couvert de neige peut occasionner la perle de la vision. Aussi se servent-ils d'une sorte de conserves qu'ils appellent yeux pour la neige, et qui consistent en deux pièces de bois ou d'ivoire disposées de façon à s'accommoder aux yeux quelles recouvrent coniplétemenl. CluKiue pièce présente une lente étroite à travers laquelle on peut voir dislinclemoiit tous les objets (1). Cet appareil les pi-éserve de la cécité due à la neige (snoiv-blindness), ou à la rétlexion intense des rayons du soleil, et qui reconnaît probablement pour cause une innammation lente de la réline.

Traitement. — Les cas de rétinile cbronique sont parfois aggravés par les stimulants et les toniques, tandis que les déplétifs employés avec modération et fréquemment répétés sont souvent utiles, de même qu'un léger traitement mercuriel. Les révulsifs paraissent quelquefois nuisibles. Le malade doit ménager ses yeux, renoncer à ses mauvaises habitudes, et, s'il le peut, essayer les effets de l'air de la campagne et de l'exercice (2).

SECTION xxxin.

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