OPHTIIALMIES
qués el, dépend inconlcslaljleineiU d'un clnl parliculier de la conslilulion. Les oplilhalniies que nous venons d'examiner onl loules des rapports avec quelque cause appréciable ; mais Je dois avouer que la nature de ropluhalmie arthritique m'est tout à fait inconnue. Si c'esl réellement une inllammation goutteuse , c'est que la goutte est une maladie beaucoup plus fréquente que les praticiens de notre pays ne sont disposés à l'admettre, et qu'elle peut souvent se rencontrer chez les gens pauvres et mal nourris. Chez nous, la goutte, sous quelque forme qu'elle se présente, se rencontre très rarement chez d'autres
nuit. » On comballîl ces sj'mptômes à Taicle des Ioniques el d'un régime nourrissant ; mais la malade ayant pris froid, « la chambre antérieure devint légèrement nuageuse, par suite d'un travail morbide lent qui attaqua toute l'étendue de la mendirane de l'humeur aqueuse. Outre que cette membrane é()rouva un léger épaississement général, sa surface se recouvrit de petits tubercules fibrineux. La majeure partie de ces tubercules se forma sur la partie de celte membrane qui est en rapport avec la cornée ; quelques-uns se montrèrent sur la portion qui recouvre l'iris ; l'un d'eux, entre auli-es, placé dans ce point, acquit le volume d'un plomb à tirer les perdrix. » Apres trois mois de traitement à l'aide des ioniques, d'un régime généreux, el du mercure en petite quantité, la maladie disparut.
Le docteur Farre, dans une communication laite à M. Travers et insérée par celui-ci dans la première partie de VEssaisur ririlis, publié par lui et Sir Asiley Cooper, donne la description suivante d'un cas de cette espèce : « La malade était une femme délicate, âgée d'environ 2o ans, et que l'on avait fait abondamment saliver pour des éruptions cutanées, des nodus du tibia cl des ulcères aux amygdales ; lorsque l'action mereurielle diminua, l'œil senflamma et de la « lymphe se déposa sur l'iris els'y organisa. » Ceci la fil remettre à l'usage du mercure. On triompha de l'iritis; mais dès que l'action mereurielle cessa, » l'inflammation des Ioniques internes de l'œil revint avec une étendue et une durée peu communes. La désorganisation fut progressive, les chambres antérieure et postérieure se remplirent de lymphe, et la rétine perdit toute sensibilité. Une semaine après le début de cette nouvelle inflammation, la désorganisation de l'œil était complète. L'aspect général de la seléro.tique, le soulèvement distinct el en pointe qu'elle offrait en un endroit, l'excès de lymphe coagulablc qui se trouvait dans la chambre antérieure, me firent croire que, contrairement à ce que j'avais jusqu^alors observé, l'iritis s'était terminée par suppuration. On pratiqua une ouverture dans la chambre postérieure de l'humeur aqueuse, mais il ne s'échappa point de pus, et finalement l'œil fut détruit. C'était là, je pense, un cas de dépôt scrofuleux de l'iris, s'étendant au-dessous de la sclérotique ; la matière épanchée participe jdus de la nature du tubercule que de celle de la lymphe coagulable, et évidemment elle n'olTre aucun des caractères du pus. M. Travers, dans le même ouvrage, rapporte l'observation d'une nuire jeune femme, Agée de 2i ans, qui avait subi un traitement mercuriel pour des douleurs affectant la tète et les mollets, et qui eut ensuite des ulcérations de la gorge et « une tumeur sur le tibia » Peu de temps après, son œil fut atteint d'inflammation. « La pupille était contractée, irrégulière, cl une masse considérable de lymphe brune couvrit la moitié externe du diamètre de l'iris; celte masse se projetait en avant au point d'occuper plus du tiers de la chambre antérieure; la cornée el l'humeur aqueu.sc étaient troubles. La conjonctive .sclérolicale avait une couleur plombée, et le globe oculaire paraissait avoir perdu sa forme sphéroïdale, par suite de l'absor])tion interstitielle de l'humeur vitrée. A la suite de l'application de sangsues, de venloùses scarifiées et de l'administration du sublime corrosif avec la jusquiame poussée jusqu'au ]>tyalismc, (■ l'œil se rétablit d'une façon surprenante. » Bien que le gonnemcnt du libia sefiit terminé par suppuration, on conserva des doutes sur la nature syphilitique de 1 aiïeclion. Dans le livre de M. Saunders, Trcaiisc oh Discases oflhc Exje, on trouve une représentation fidèle de la saillie que fait la sclérotique par suite du dépùt qui s'établit au-dessous d'elle dans les cas d'inOanimation intense du globe oculaire ; elle ressemble beaucoup îi un abcès qui s élève en Doinic I\l Ilewson, dans ses Observations sur rophlhaimie véncnenne, donne la description ' uivante de la forme de maladie donl je m'occupe : .l'ai eu occasion de voir un petit nombre de cas datant de plusieurs années, et dans lescpiels, par suite de l'ignorance dans laquelle on était resté sur leur nature, aucun traitement convenable n'avait clé employé à aucune époque de In m'iladie: il n'existait aucune trace d'inflammation, ni aucun malaise ; 1 humeur aqueu.sc avait repris sa Iransparcncc naturelle ; l'on apercevait la pupille coniractée et adi.ercntc, la capsu e omniie el deux ou trois gros vaisseaux variqueux, semblables ù des veines, parcouraient la s li.s ancc de la sclérotique. Vers celle période, ou après que la maladie a existé un certain temps 1 s 'œ , el lorsque Ton n'a eu recours qu'à un Iraileinenl irrégulier el insuflisanl, .1 se forme ë quefo s dans les parties profon.les un abcès qui se termine généralemenl par la deslruetion
laiTlS AUTIIUITIQIIK
siiicls que les personnes opulentes cl adonnées aux plaisirs de la table; tandis que dans les pays du continent européen qui produisent le vin, et surtout en Autriche, où le vin est la boisson de toutes les classes de la société, la goutte, et surtout ce que nous appelons la goulle irrécjulière est très commune, même i)armi les gens les plus pauvres.
n'est certain que Tiritis arthritique s'observe rarement dans la. première période de la goutte, celle que Ton peut appeler /j^e/Aonçwe, alors que les facultés digestives du malade, s'exerçant encore bien, lui permettent de se livrer à son penchant pour l'abondance des aliments et des boissons. Elle se montre plus souvent dans la seconde période, ou période aslhénique, alors que de fréquentes attaques de la maladie ont amené 1 affaiblissement du corps et de l'esprit, la dyspepsie, les flatulences , la langueur et l'irrégularité des excrétions.
J'ai rarement rencontré cette maladie sur des constitutions régulièrement goutteuses. Les sujets que j'en ai trouvés atteints avaient, en général, plus de 50 ans ; ils avaient le teint maladif, et étaient, pour la plupart', sinon pas tous, de grands fumeurs et de grands buveurs
<le Tor-'ane Les premiers symptômes qui imliquent la lendanec vers celle terminaison (ainsi que cela s est manifesté dans le petit nombre de cas que j'ai observés) sont un certain degré d'œdeme et.ie L'onflementù la partie antérieure ou latérale du globe de l'œil, immédiatement dei-nere l'insertion ciliaire de l'iris. Il se forme bientôt en ce lieu une tumeur distinclc qui, au bout de quelques jours, s'élève en pointe, blanchit et se ramollit à son sommet: lorsqu'elle s'ouvre, la matière qu'elle contient ne s'écoule que lentement par l'orifice; elle est plus foncée en couleur, plus épaisse et plus tenace que le pus ordinaire. En môme temps que l'abcès s'ouvre ainsi à l'extérieur, on le voit aussi pointer vers la cbambre antérieure. La portion contiguë de l'iris est poussée cnavani, au point de venir presque se mettre en contact avec la cornée: bientôt la tumeur s'ouvre, et la môme matière tenace qui s'échappe par l'ouverlure exiérieure, se dépose en nouons dans la chambre antérieure ; mais on ne la mil ni s'enfoncer dans lliumeur aqueuse, ni se mélanger avec elle, comme dans l'hypopion ordinaire. L'iris et la cornée sont Ions deux promplement détruits par mortiliealion et ulcération ; l'humeur aqueuse, le cristallin et une portion de l'Iiuraenr vitrée s'écliappent au dehors ; la sclérotique se contracte sur le vide qui en résulte, et finalement la chambre antérieure se trouve oblitérée. »
On peut prétendre que la maladie décrite par les auteurs que je viens de ciler, est réellement sypliilitique, cl qu'il n'y a point de motifs suffisants pour soutenir qu'elle est de nature scrofulëusc; niais si l'on se rappelle qu'elle est nue conséquence inusitée de l'irilis syphilitique et qu'elle survient, au contraire, sur des sujets scrofuleux, n'ayant jamais eu d'affection de celte nature, l'objection perd de sa valeur. 11 est bon aussi de se rappeler qu'une infiammation qui commence par être syphilitique peut devenir scrofuleuse par suite de la prédominance de cette cachexie dans réconomie, ou être modifiée, dès son déhut, par la diatlièse scrofuleuse , de sorte que sa marche peut être ainsi iniluencée par deux maladies constitutionnelles. Il arrive mime parfois que, dans le traitement de l'innammation du globe de l'u'il, le médecin se trouve avoir à lutter tout à la fois contre rinnueiice de la syphilis, de la scrofule et du rhumatisme, ce qui constitue un cas hérissé de dillicultés.
J'ai si fréquemment rencontré, dans ma pratique, des cas semblables à ceux que je viens de rap|)orter, sur des personnes serofuleuses et même atteintes d'alTcetioiis glandulaires de cette nature, qnc je ne crois pas qu'il puisse exister de doute sur la nature de la maladie. Sur une dame non mariée, âgée d'environ 20 ans, tout l'oeil fut rempli par une niasse solide jauiiAtre préseiilanl toutes les apparences d'un tubercule scrofuleux, et sup))nraiit en plusieurs endroits, au point de me permettre de faire passer une sonde en diverses directions, presque d'un côté à l'autre. !,c contenu de l'œil se brisa en fragments ([ui s'échappèrent avec le |)us, laissant au fond de l'orbite une selérolicpie atTaissce et rétractée, tout autre symptôme morbide ayant si bien disparu que la malade put porter sans gène un œil artificiel, .l'ai mainlenanl devant moi le dessin de l'œil d'une jeune malaile de 8 Ji 10 ans, elle/, laquelle un tubercule jaune, de la dimension d'un petit pois, se forma sur l'iris pendant une innanimation, et vint s'ouvrir jjrès de la eireonférence de la pupille, laissant son euiitenii se projeter dans rhiimcur aqueuse, dans laquelle, toutefois, il ne se ré])aiidil point, mais resta à l'état solide jusqu'à ce (jne l'absorption vint s'en emparer. T. W.]
OPIITIIALMIES.
de whisky; ils avaienl souvent souflerl d aflcclions rlmmalismalcs, de céphalalgie, avaient les gencives et les dents en mauvais étal, des aigreurs, des flatulences et de l'abattement. Les autres irilis attaquent des tissus qui , jusque-là, étaient sains; mais j'ai souvent été conduit à penser que les particularités que l'on observe dans l'iritis arthritique étaient dues à ce qu'elle se développe dans des tissus où la circulation sanguine est déjà aHaiblie ou dérangée par les eiïels de l'âge ou d'autres causes. Me trouvant dans Timpossibililé de déterminer quelle est la diathèse qui prédispose à cette ophthalmie, je me sers du mol arthritique comme d'un terme de convention, mais sans y donner strictement le sens que l'on attache à celui de goutte.
Les Allemands regardent la congestion ou la pléthore abdominale comme la grande cause prédisposante de l'ophthalmie arthritique. Ils attribuent cet état pléthorique des viscères abdominaux aux mets indigestes, à une nourriture mal choisie, qui déterminent l'accumulation de la graisse , la constipation et les hémorrhoïdes. Il est fort possible que la diathèse d'où dépend l'oplithalmie arthritique soit le résultat d'un dérangement de la digestion. Les malades sujets à cette alTeclion sont le plus souvent obligés de recourir aux stimulants pour exciter l'appétit et provoquer les évacuations alvines. 11 y a apparence que leur estomac ne produit qu'un chyle de mauvaise nature et que celui-ci altérant le sang, la circulation se dérange; l'on voit ainsi survenir des maladies inflammatoires de mauvaise nature, et parmi elles l'ophthalmie.
L'iritis arthritique débute de deux façons : dans l'une, elle est primitive, et c'est la seule affection dont l'œil soit atteint; dans l'autre, une ophthalmie commune, comme la rhumatismale, la catarrho-rhumalismale , la syphilitique, ou la traumatique, chez un individu prédisposé, dégénère en ophthalmie arthritique. La même chose arrive quelquefois pour la production de l'iritis syphilitique. L'iritis arthritique débute plus fréquemment de cette dernière façon que de la première.
Symptômes. — Les symptômes généraux de l'iritis existent dans la variété arthritique; c'est-à-dire, la sclérotile zonulaire, le changement de coloration de l'iris, le trouble de la pupille, avec les altérations de forme, de dimension et de mobilité, l'aflaiblissement de la vision et la douleur dans l'œil et à son pourtour. Toutefois, ces symptômes sont liés à quelques particularités et modifiés de façon à permettre un diagnostic facile.
\. Rougeur. — La conjonctive est parcourue, ainsi que la sclérotique, par un grand nombre de vaisseaux dilatés. La rougeur a une teinte pourpre. Les artères visibles des yeux, qui émergent des muscles droits, ou plutôt peut-être les veines qui les accompagnent, manifestent dès le début une forte dis])Osition à devenir variqueuses.
miTIS AUTIIUITIQUE.
(F. fig. y 1 el 952 D. 1. 1, p. 650), cl finissent par être tellement dilatées, quellesconstituentuu dessymptômes caractéristiques de l'iritis arthritique. La sclérotique perd son aspect naturel et devient d'une couleur violet grisâtre et sale. La plupart de ces apparences, et surtout la coloration livide et la dilatation variqueuse des vaisseaux sanguins, sont considérés comme les indices d'une grande atonie, qui explique pourquoi le traitement antiphlogistique réussit moins bien contre cette variété d'iritis que contre les autres.
2. Sécrétion des paupières. — L'épiphora qui accompagne l'inflammation arthritique de l'iris oblige les malades à ouvrir et à fermer fréquemment les paupières. Ces mouvements déterminent l'expulsion d'une matière écumeuse blanchâtre qui s'attache à leurs bords libres, surtout vers les angles de l'œil, et qu'on peut aisément distinguer des sécrétions ordinaires fournies par la conjonctive ou les follicules de Méïbomius. Cette mousse ou cette écume paraît à première vue formée de globules aqueux extrêmement petits ; mais, en y regardant déplus près, ou voit qu'elle consiste en une substance épaisse de nature sébacée. On ne l'a point, que je sache, examinée chimiquement; mais on a supposé qu'elle pouvait contenir de l'urate de soude. M. Canton a remarqué qu'à mesure que l'urine se charge de sels, ce dépôt blanchâtre diminue proportionnellement dans les angles de l'œil; il dit que lorsque ce symptôme existe, on se trouve bien de prescrire les alcalis avec la teinture d'aconit et le vin de colchique (1).
5. Anneau arthritique. — Un des signes diagnostiques de l'iritis arthritique, sur lesquels on a le plus insisté, est l'existence d'un anneau d'un blanc bleuâtre qui entoure la circonférence delà cornée. Cet anneau ne se montre pas toujours, surtout au débutdumal, loutautourdc la cornée, mais seulement à ses côtés temporal et nasal, (fig. 92, B.t. I, p. 650) Cet anneau ne doit point être confondu avec Yarcus seniiis, formé par l'extrémité de la sclérotique qui empiète naturellement sur la cornée, et qui devient plus épais et plus opaque à mesure que l'âge avance. Dans l'iritis arthritique, il forme contraste, d'une part, avec la zone rouge scléroticale qui se termine brusquement, et, de l'autre, avec la cornée transparente. Son importance comme signe diagnostique de ro|)lilhalmie arthritique a clé exagérée; car on l'observe quelquefois dans l'iritis syphilitique ou rhumatismale, surtout lorsque ces alfeclions se déclarent sur des sujets avancés en âge (2).
4. Chaufjements dans r iris et la pupille. — Glaucome. — Amaurose. — Atrophie de l'œil. — Beer pense que les changements qui surviennent dans l'iris et la pupille se présenlenl sous deux aspects dilfércnls, suivant l'élal de la constitution des malades. J'ai néanmoins observé ces deux séries de symptômes chez le même individu. Un malade que
M) Meilical Times and Giizeile, April U, IS;)2, p. 428. 2) Voyez JoiNKs, Lonilon Médical Gazelle, vol. XIII, p. 817,
j ai traile oirril,lors de sa première allaque,)a conlraclion de la pupille droite, et dans une attaque subséquente la dilatation de la pupille gauche. J'estime que cette dillerence tenait à ce que la pupille avait conservé sa sensibilité dans le premier cas, tandis que dans le second il y avait amaurose. La pupille ne se contracte, dans lophthalmie arthritique, que lorsque la rétine a conservé sa sensibilité; quand elle l'a perdue, rinllammation ne fait point contracter cette ouverture.
Ainsi, chez quelques individus, la pu])ille se contracte, et comme elle est remplie de lymphe plastique, elle devient adhérente à la capsule, comme cela se voit généralement dans les autres espèces d'iritis. Le seul symptôme caractéristique en pareil cas, outre le cercle blanc qui entoure la cornée, c'est l'état variqueux des vaisseaux de l'iris, que l'on peut apercevoir, lorsque la maladie est complètement développée, se ramifiant sur la surface de l'iris, ou venant former un réseau sur les limites de la pupille contractée. Le pigment de l'iris paraît alors quelquefois absorbé. On en voit fréquemment des parcelles adhérentes à la capsule. Assez souvent la cornée est trouble, dépolie et inégale comme dans la cornéite. Dans un cas que j'ai observé, il se forma au centre de la cornée un ulcère qui pénétra si profondément, que la lame élastique postérieure ou membrane de Descemet se trouva mise à découvert, vint faire saillie en avant, et donna naissance à une hernie considérable de la cornée. Il fallut la retrancher d'un coup de ciseaux, et loucher l'ulcère avec le caustique lunaire pour obtenir la formation d'une cicatrice. Dans Tiritis arthritique avec contraction de la pupille, si l'on abandonne l'œil à lui-même, il ne suppure pas; mais son contenu s'absorbe peu à peu, et, à la fin, son volume diminue considérablement.
D'autres fois, la maladie attaque un œil qui est déjà amaurotique ; de sorte que l'on a la combinaison de l'amaurose avec l'inflammation arthritique. La pupille, en pareil cas, ne se dilate souvent que sur un ou deux points de sa circonférence, de sorte qu'elle afl'ecle une forme irrégulièrement ovale. La rougeur variqueuse de l'œil, la sécrétion écumeuse sur les paupières, l'anneau blanc autour de la cornée, et la douleur intense autour de l'orbite, tout cela existe; mais il n'y a point de lymphe épanchée. Le pigment forme souvent une sorte de frange au bord delà pupille; l'œil paraît dur comme une pierre. Le cristallin devient d'abord glaucomateux, puis cataracté. Les changemenis ultérieurs que lœil peut éprouver sont ceux dont je parlerai à l'article Glaucome.
Dans la première série de cas, ceux dans lesquels la |)upille se contracte, il y a lieu de supposer que parfois riuimeur vitrée est absorbée graduellement, et qu'il s'opère entre la choroïde et la rétine un épanchement aqueux par suite duquel la rétine est comprimée de manière à former une corde s'étendant de l'entrée du nerf optique à la partie
lUlTlS AUTIIUITIQIIIÎ.
posléi'ieure tlu cristallin (1). Cet étal s'accompagne ordinairement de l'ossification de la choroïde. L'ossification de la capsule du ci-istallin est aussi assez fréquente dans la période atrophi(iuc de l'iritis arthritique.
5. Douleur. — 11 arrive quelquefois qu'avant tout autre symptôme d'ophlhalmie arthritique, le malade éprouve dans les parties qui entourent l'œil, des mouvements douloureux, ou une sensation de fourmillement sur la peau de la face. L'œil et l'orhile deviennent hientôt le siège d'une douleur déchirante qui s'étend k la tempe et s'élance par accès dans les mâchoires. Pendant que se forment les altérations que nous avons décrites, il survient toujours des attaques de douleur intense , s'aggravant en général vers minuit, mais dans quelques cas s'apaisant à peine quelques instants dans les 24 heures. Le malade est prévenu de leur arrivée par une sensation de picotement autour de l'œil, suivie d'un flot de larmes; ensuite la douleur se fait sentir, et devient dans quelques cas si violente que le malade se tord et pousse les cris de désespoir les plus perçants. Une fièvre intense accompagne ces attaques de douleur.
Causes prédisposantes et excitantes. — Les malades atteints d'iritis arthritique ont été pendant longtemps sujets à diverses affections de l'estomac, telles que nausées, vomissements, flatulences, éructations acides et douleurs à l'épigastre. On observe fréquemment aussi chez eux de l'irrégularité dans les fonctions intestinales, des hémorrhoïdes, des douleurs et des crampes dans diverses parties du tronc et des membres, la déformation des petites articulations} de la céphalalgie, des vertiges, des éruptions de tubercules à la face, se terminant par suppuration, de l'abattement d'esprit. Un des cas les plus graves que j'aie observés est celui d'un aubergiste qui, quoique très sobre, avait été atteint pendant de longues années de gutta rosacea (couperose). Un mauvais régime, une vie sédentaire, l'abus des alcooliques et du tabac, ont en général agi depuis longtemps en détériorant la constitution chez ceux qui sont atteints de cette espèce d'iritis.
Les symptômes locaux que nous avons déjà détaillés fournissent des éléments sulïisants au diagnostic; mais on peut ajouter qu'à l'œil comme dans plusieurs autres parties du corps, l'inflammation arthritique apparaît sans cause appréciable, tandis qu'on peut presque toujours rapporter l'iritis rhumatismale à l'action du froid. L'iritis arthritique éclate quelquefois au milieu de la nuit, pendant que le malade est chaudement et tranquillement dans son lit; elle ne parait due à aucune cause excitante externe, mais bien à un étal général de la constitution, inllucncé i)eut-ètre par les organes digestifs. Le chagrin paraît quelquefois agir comme cause excilante.
(') Voyez une observnlion de C. D. avec disseclion, par Watson. Ediiiburgli Médical and SurgicaIJournal ; vol. XXXV. Edinburgli, 1851.
OIMITIIAI.MIES.
Pronostic. — Le pronostic est |)lu.s défavorable que dans toute autre espèce d'irilis. Une première attaque continue (luelquefois pendant des mois; et, bien qu'à la lin les symptômes puissent céder et un degré tolérable de vision être conservé, on a toujours à craindre un renouvellement de la maladie, ce qui est dû à l'extrême difficulté, pour ne pas dire à l'impossibilité, de faire disparaître la prédisposition artbritique. Une attaque intense qui survient une fois par an, ou même tous les deux ou trois ans, se termine à la (in par une cécité complète. J'ai vu des malades chez qui, pendant qu'un œil était en voie de se guérir, l'autre devenait malade. Outre son opiniâtreté, il y a une autre cause qui rend le pronostic de l'irilis arthritique particulièrement défavorable: je veux parler de la tendance marquée qu'a celle maladie à affecter la choroïde, la réline et les humeurs de l'œil; de sorte que, bien qu'elle puisse, pendant plusieurs attaques successives, rester bornée principalement à l'iris, le resle de l'œil finit par se prendre, et la vision par se détruire.
Traitement. — Les trois indications principales à suivre sont d'enlever l'inflammation, de calmer la douleur et de prévenir les récidives.
1. Bien que l inflammation, ainsi que le docteur Monleath l'a fait justement remarquer, soit dans celte espèce, aussi bien que dans la traumatique ou dans toute autre variété d'irilis, la cause prochaine de tout le mal, néanmoins, comme elle est de mauvaise nature et due à des causes particulières, on ne peut réussir à la détruire par le trailement anliphlogistique seul, avec quelque rigueur qu'il soit employé. L'opinion que la saignée générale est rarement utile dans l'irilis arthritique , qu'elle peut même en rendre les suites plus fâcheuses, et qu'il ne faut recourir aux sangsues ou aux ventouses scarifiées qu'avec précaution, a généralement prévalu. J'ai cependant observé d'excellents effets de la saignée dans cette alïeclion. Lorsque le pouls est plein et dur, la peau chaude et la langue chargée, il ne faut point hésiter à prescrire la saignée, les purgatifs et le colchique; j'ai prescrit avec beaucoup d'avantage la saignée et le mercure lors même que le pouls n'était point fort. Dans la plupart des cas, on se trouvera bien d'appliquer des sangsues à la tempe, au front el aux paupières.
On doit agir sur les inteslins au moyen d'une ou deux doses actives de calomel et de coloquinte, que l'on lait suivre, au bout de quelques heures, de l'administration de quelque sel purgatif avec le séné. Si la langue reste sale el la bouche ainèrc, une dose ordinaire d'ipécacuanha el de tartre éméti([ue sera avantageuse. On doit ensuite maintenir le ventre libre à l'aide des purgatifs, et favoriser l'action de la peau par quelque diaphorélique doux.
Après la saignée et les purgatifs, la teinture vineuse de bulbes de
lUlTIS AUTlIRlTlUir. iil
colcliique est utile pour coinballro rinllaninialion ar(hnl.i(|uc de l'œil. On en donne 2;i gouttes toutes les trois ou quatre heures (1).
L'administration du mereure à liaule dose ne convient pas plus dans ririlis arthritique que les saignées ahondantes. L'emploi de ce médicament comme altérant peut néanmoins rendre des services ; on peut en continuer l'usage pendant des semaines et des mois, conjointement avec d'autres remèdes appropriés, de façon à corriger l'état des or'^ancs digestifs. On a reconnu qu'il était impossible d'arrêter l'action morbide des capillaires et l'épanchement de lymphe, comme dans les autres espèces d'iritis, par l'introduction soudaine du mercure dans l'économie. Obtiendrait-on de meilleurs résultats de la térébenthine recommandée par M. Carmichael ? C'est ce que l'expérience pourra démontrer.
Je me suis quelquefois très bien trouvé de l'usage du carbonate de fer obtenu par précipitation, alors que la saignée et le mercure avaient été employés sans succès.
Le sulfate de quinine rend aussi des services ; je l'ai employé conjointement avec la liqueur de Fowler.
On a supposé que l'état arthritique était l'analogue de cet état de la constitution dans lequel l'urine laisse déposer de l'acide urique. Si cette opinion était exacte, elle expliquerait les avantages que la médication alcaline produit dans la goutte , et l'on pourrait l'essayer dans l'iritis arthritique.
La révulsion pratiquée à l'aide des vésicatoires et autrement est très utile. Beer recommande tout particulièrement de provoquer une éruption artificielle au moyen de la pommade émétisée. L'immersion des mains ou des pieds dans l'eau chaude, additionnée de farine de moutarde ou de poivre de Cayenne, peut rendre des services. Un gentleman souflrait depuis longtemps d'une inllammation arthritique de l'œil, qui s'accompagnait d'une céphalalgie intense. M. Wardrop lui prescrivit l'application d'un sinapisme à chaque pied. Comme c'était un homme de grand courage, il les conserva jusqu'à ce qu'il survint une inflammation si violente, qu'elle se termina par l'ulcération de la peau ; mais la douleur des yeux et de la tète disparut complètement. Quelques années après, M. Wardrop lui ayant demandé si rinflammation avait quelquefois reparu dans ses yeux, il répondit en souriant que les sina|)ismes l'avaient fait complètement changer de place (2). Les malades sujets à l'iritis arthritique doivent
[(1)M. Ilays (Inc. cit., p. Ml) (lilavoir employé nvcc'liciuicoiip de siieoi's, (tans riritisarlliriiiqiic, le colchique conihiiié avec les purRalifs, comme iliiiis la polinn de Sciidamore , i lavee addilion d'Iitiile (le l(;r('liciilliine. Voici sa formule : Sullale de iiiap;n('sje, ((nnli'e gi'os ; carbonate de inagn(;,sie. deux (,'ros ; vin de colchique, un fi deux gros ; huile de (('nilienlhine, un i\ deux (jros ; sirop (INieorces d'oranges, ou qiieUiiu- autre sirop agr(:'al)le, une oncc; eau, scpl onces: ù prendre une ou deux onces, deux, trois et quatre Cois par jour. T. \V.]
(2) WAiioiior's Lectures in tlic Lanecl, 51 août isôô, p. 715.
OPIITIIALMIES.
toujours porter un exutoire, tel qu'un cautère ou un selon à la nuque.
^ La chaleur sèche est presque la seule application que l'on puisse faire sans inconvénient, en tout leni|)s, sur l'organe enflammé. On l'applique, soit à l'aide d'une compresse de linge pliée en plusieurs doubles et chaufl*ée au feu, qu'on laisse pendre devant l'œil et qu'on renouvelle fréquemment; soit en recouvrant l'œil de coton cardé. Ces sortes d'applications sont utiles en empêchant l'accès de Tair et en favorisant la perspiration insensible. Les applications froides sont nuisibles; les fomentations chaudes elles-mêmes avec la décoction de tètes de pavots ou autres ne sont point sûres, surtout si les parties restent humides et découvertes après ces applications.
2. C'est un point très important que de pouvoir modérer ou faire disparaître aussi promptement que possible les accès de douleur périodique. Beer recommande sim|)lement dans ce but l'opium ramolli jusqu'à la consistance d'un linimcnt, et avec lequel on pratique des frictions autour de l'orbite. On peut employer dans le même but l'onguent mercuriel avec l'opium et l'extrait de belladone, le laudanum, la teinture de tabac ou le linimenl volatil. Les frictions se pratiquent k l'époque où le paroxysme du soir se montre d'habitude; on doit les répéter la nuit si la douleur n'a point été prévenue, ou à quelque époque du jour et de la nuit qu'elle revienne. On évitera autant que possible l'usage interne de l'opium tant que l'on n'aura pas corrigé l'état des organes digestifs. Si cependant la douleur est trop vive, on ne peut en différer l'emploi. On relire aussi de grands avantages de l'administration interne du slramonium, de la jusquiame, de la belladone, du colchique, et de l'acide prussique, aucun d'eux ne produisant sur le foie et les intestins les efl'ets fâcheux de l'opium. La solution vineuse de bi-chlorure de mercure avec la belladone m'a paru une préparation utile agissant comme sédative et altérante. On doit éviter avec soin les causes qui paraissent produire les accès de douleur; telles sont l'agitation d'esprit, les changements brusques de température, etc.
5. On doit se tenir en garde contre les rechutes et chercher à les prévenir, tant au moyen d'un traitement général qu'à l'aide de moyens locaux.
Les moyens généraux préventifs sont en partie médicaux, mais surtout diététiques. La santé générale doit être affermie par le rétablissement de l'action régulière des organes digestifs, des reins et de la peau. Une nourriture tempérée, la régularisation des selles par de doux laxatifs, le rétablissement de l'action des reins, déterminé par l'usage de la magnésie ou du soda ivaler, ou de quelque autre eau minérale douée de propriétés laxatives et diurétiques , seront très utiles. On se trouve bien, pour provoquer une abondante sécrétion de
miTIS AHTI1UITIQUE.
h peau d'anplicalions d'eau tiède faites chaque jour sur toute la surlace du corps avec une éponge, et que Ion fait suivre de frictions sèches. Le malade doit aller respirer l'air pur de la campagne, éviter soigneusement de s'échauffer et de se refroidir trop proinplement, et se livrer à des exercices variés et bien réglés. S'il est depuis longtemps habitué au vin, on lui permettra de couper son eau avec un peu d'alcool.
4près une attaque d'inflammation goutteuse du pied, nous voyons les parties rester longtemps le siège d'un gondemcnt, d'une faiblesse et d'une sensibilité morbides, et la cause accidentelle interne ou externe la plus insignifiante déterminer parfois une rechute. La même chose s'observe pour l'œil ; seulement, dans cet organe nous avons l'avantage de voir l'état de relâchement excessif et variqueux des vaisseaux, et la teinte livide des parties, qui nous indiquent combien elles sont loin d'avoir repris leur tonicité naturelle. Dès que l'on a
i arrêté une attaque d'iritis arthritique, on doit avoir recours à des applications locales toniques. Les Allemands emploient dans ce but des petits sacs contenant des plantes aromatiques sèches et qu'on suspend au-devant de l'œil. Ces sacs sont faits de vieux linge, et piqués, pour que les herbes restent également réparties. On suppose que l'arôme qui s'échappe continuelle'ment de ces herbes exerce une action stimulante sur les vaisseaux et les nerfs affaiblis. Les herbes employées sont des fleurs contuses de camomille, de sauge, de romarin, de marjolaine, etc., qu'on additionne ou non d'un peu de camphre en poudre. Si l'arôme exhalé reproduit la rougeur de l'œil ou la photophobie, cela indique que le temps des stimulants locaux n'est point encore arrivé, et l'on en suspend l'usage. Les frictions autour de l'orbite, pratiquées une ou deux fois par jour avec l'alcool, la teinture aromatique am-
imoniacale, etc., constituent un autre moyen local préventif, de
I quelque utilité. Les stimulants mêmes appliqués sur l'œil, tels que le vin d'opium ou la pommade au précipité rouge, en débutant par une
(préparation affaiblie dont on augmente graduellement la force, diminuent la sensibilité morbide de l'œil et le rendent ainsi moins disposé à ressentir les causes d'inflammation, tant internes qu'externes. Il ne faut cependant pas perdre de vue que les remèdes de cette nature, employés avant que l'on ait fait tomber l'inflammation aiguë, seraient nuisibles comme dans toutes les autres espèces d'iritis.
OPIITIIALMIES.
SECTION XXVIII
AQUO-CAPSULITE.
Syn. — Indammalio liinicae humoris aqtici. Ily-IroniciiingUis luberculosa. Ilasner. Kcralile
ponctuée, Sirhcl.
Fig. Wardrop, pl. VIII, fig. i el -2. lîeck, laf. I, flg. 2. Dalrymplc, pl. XVll, flg. 2, 5, 3 el 6. Siclicl, ni VI
flg. 1 et 3.
On enlencl par aquo-capsuUte, maladie décri le pour la première fois par M. Wardrop en 1808, l'inflammalion des parois des chambres de riuimeur aqueuse, et surtout celle de la membrane qui tapisse la surface postérieure de la cornée, et qui se continue en partie, sous la forme de fibres délicates, sur la face antérieure de Tiris. Cette membrane est connue sous le nom de membrane de Descemet, ou de lame élastique postérieure de la cornée. C est une couche uniforme, transparente, homogène, ayant à peine 1/2000 de pouce d'épaisseur, couverte à sa surface interne d'une seule série de cellules épithéliales, aplaties, nucléées, et qui constituent le seul épithélium vrai qui se trouve en contact avec l'humeur aqueuse. Il n'existe point d'épithélium sur la face antérieure de l'iris, ni sur celle de la capsule du cristallin. Bien qu'il soit donc inexact de dire que les chambres antérieure et postérieure sont tapissées par un sac sans ouverture ou membrane séreuse, ou que l'humeur aqueuse est renfermée dans une capsule propre, on peut néanmoins, après ces explications, conserver la dénomination diciquo-capsulite, pour désigner une maladie d'ailleurs très distincte (1).
On rencontre quelquefois cette ophthalmie à l'état aigu : elle s'accompagne alors d'une rougeur très considérable de la sclérotique et de la conjonctive ; mais on l'observe beaucoup plus souvent à l'étal chronique, alors qu'une espèce particulière d'opacité de la cornée en constitue un des symptômes les plus remarquables. Ceux qui en sont atteints sont le plus souvent des adolescents ou des enfants, quoique je l'aie observée chez des adultes et même chez des vieillards.
Symplàmes. — 1 . Dans sa forme aiguë, l'aquo-capsulite ressemble à une ophthalmie rhumatismale partielle, la rougeur consistant principalement en une zone scléroticale incomplète, quelquefois assez intense. Les vaisseaux de la conjonctive sont assez fréquemment dilatés.
2. La surface externe de la cornée est d'abord parfaitement transparente et brillante ; mais la membrane qui la tapisse à l'intérieur se
(1) Consullez sur les li.ssusqui coiislilnciil les clinnilirc.'; de riiiinioiir aqueuse, Bowman's Leclures,clc., p. 19. Londoii, 18/(9, [cl Annale s d'Oculislique, I. XXIX, p. SoO]. el.^ur leur palholopie. IlASNEirs linlwurf eiiicr anatomi.sehcn Begriindung der Augenkranklieilen. p. 105. Pr ig., 1847.
AQUO-CAPSULITE.
montre bientôt plus ou moins trouble ou opaque. La chambre antérieure parait aussi comme bourbeuse, et il semble parlois que l œil
trouvant rompu, ou à un épanchcnient de sérum fourni par les vaisseaux voisins. Dans les cas graves, la membrane qui tapisse la cornée secrète de la lymphe coagulable; etsi l'iris, comme cela se voit souvent, participe à rinllammalion, cet épanchement peut amener l'adhésion de celte membrane avec la cornée. Il arrive plus fréquemment, néanmoins, que l'iris s'attache à la capsule du cristallin, ce qui rend la pupille irrégulière.
Outre ce trouble diffus, on remarque souvent, surtout à 1 état chronique, un certain nombre de petits points circonscrits d'un blanc de lait situés sur la face profonde de la cornée, et que l'œil le moins exercé peut facilement distinguer des opacités superficielles de cette membrane. Ces points sont souvent très nombreux, occupent principalement la moitié inférieure de la cornée, et lui donnent un aspect ponctué qui constitue le caractère le plus remarquable de cette ophthalmie. M. Wardrop a décrit avec soin le point central plus opaque, entouré d'un disque, qu'ils présentent, et qui les fait ressembler à ce que l'on appelle l'œil d'un caillou. Il parait croire que l'opacité centrale appartient à la substance de la cornée, et le disque qui l'environne à la membrane qui la tapisse.
J'ai vu très nettement, dans beaucoup de cas, ces dépôts punctiformes de lymphe, qui sont souvent assez petits pour qu'on ne puisse les apercevoir qu'à l'aide du microscope oculaire. Chose remarquable, dans un cas ces points se montraient ou disparaissaient en partie, dans l'espace de quelques heures , de sorte que le malade voyait moins bien le matin, alors que les points étaient plus nombreux, tandis qu'il y voyait mieux vers le soir, le nombre des points qui existaient à la partie supérieure de la cornée diminuant alors considérablement. Dans ce cas, on observait le matin un trouble général , l'aspect de la chambre antérieure et celui des points en question ressemblaient beaucoup à celui qui se produirait si on laissait se déposer sur la surface interne de la cornée un grand nombre de petites gouttes d'huile ammoniacale mélangée avec l'humeur aqueuse. Cet état de la cornée était la conséquence d'une inflammation assez intense, survenue, neuf mois auparavant, chez un malade aflecté dei)uis longtemps de rhumatisme.
Hasner considère les dépôts en question comme tuberculeux et situés dans l'épithélium. La membrane de Descemet ne lui a jamais offert d'opacité à la dissection.
5. Pendant la durée des symptômes inflammatoires, il existe un tel trouble général dans toute la chambre antérieure, qu'on ne peut
OPHTIIALMIKS,
apercevoir dislinclemenl aucune portion de lymphe épanchée, à moins quelle ne soit assez volumineuse; mais lorsque ce trouble disparait, on peut apercevoir des flocons de lymphe, tandis que d'autres fois toute la surface de la membrane enflammée reste couverte d'une couche mince de cette substance. Dans quelques cas, la lymphe épanchée flotte dans la chambre antérieure sous la forme d'un nuage épais; d'autres fois , elle se dépose sous forme de stries, de façon à offrir un aspect réticulé; parfois enfin, elle ressemble à un fluide purulent. Si la lymphe épanchée n'est pas absorbée, elle peut s'organiser, et l'on peut voir assez souvent des vaisseaux sanguins se ramifier dans son épaisseur, ou le long de la surface interne de la cornée, ou sur l'iris et dans la pupille.
4. Gierl et Von Ammou (1) ont fait observer que, dans cette maladie, l'opacité de la surface externe de la cornée est souvent un effet sympathique de l'inflammation de la membrane interne. Lorsqu'un point de lymphe épanchée devient visible sur la surface interne de la cornée, on aperçoit plus tard des vaisseaux rouges qui parcourent la surface externe de la cornée dans le point correspondant, et donnent lieu, en cet endroit, à un dépôt opaque.
5. L'iris change de couleur presque dès le début. Des points blanchâtres , semblables à ceux que l'on voit à la face interne de la cornée, se déposent sur sa surface, ainsi que sur celle de la capsule du cristallin. Quelquefois l'hydropisie de la chambre de l'humeur aqueuse est telle que l'iris est refoulé en arrière sous forme d'entonnoir. Quelquefois il y a du larmoiement ; mais, en général, la lumière n'incommode point beaucoup le malade. Ce que l'on trouve à noter plus particulièrement, c'est une sensation de distension et de plénitude dans l'œil, qui s'accompagne d'une douleur sourde gravative, occupant généralement le front, mais quelquefois aussi la partie postérieure de la tête, symptômes que, suivant M. Wardrop, on fait disparaître instantanément et d'une manière permanente en évacuant l'humeur aqueuse. Dans quelques cas, la douleur est intense, pulsative, circum-orbitaire et nocturne.
6. L'intensité des symptômes généraux varie beaucoup. Quelquefois le pouls est fréquent et dur, la peau chaude et sèche, la langue chargée, et les fonctions du canal alimentaire troublées. D'autres fois, la maladie revêt, presque dès le début, une forme chronique, et au bout d'un certain temps se trouve modifiée en raison de la constitution du malade. La scrofule est de toutes les influences constitutionnelles , celle qui s'observe le plus fréquemment.
Diagnostic. — Le trouble de l'humeur aqueuse et l'altération de la transparence de la membrane qui tapisse la cornée et de la cap-
(1) Grakfe und WALTiiEirs Journal Jcr Cliirurgie und Augeiiliciikundc, vol. XIII, p. 114. Berlin, 1829.
AQUO-CAPSIMTR.
suie (lu crisiallin rendent obscures les deux images profondes, qui redeviennent distinctes à mcsui e que la maladie diminue. On confond quelquefois l'aquo-capsulitc avec Taniaurose; niais, en examinant 1 œil à travers une lentille d'un court foyer, ou le microscope oi)litlialinique de Gulz, ou au moyen de l'cpreuvc caloplriquc, le diagnostic devient facile.
Causes. — L'excès d'exercice des yeux et la suppression de la transpiration sont les deux causes que j'ai reconnues à cette aiïection. On l'a vue produite par de légers coups sur l'œil et l'exposition au froid. Dans un cas soumis à mon observation, elle parut occasionnée par l'irritation résultant d'une dent gâtée. La maladie disparut rapidement après l'extraction de la dent.
Traitement. — J'ai trouvé que, à l'état aigu, le traitement de l'irilis réussissait parfaitement, c'est-à-dire la saignée, le mercure et la belladone.
Les émétiques, les nauséeux, les purgatifs et les révulsifs ont été recommandés, et l'on a quelquefois obtenu des guérisons par ces moyens, sans l'emploi du mercure (1).
Cette maladie se rencontre beaucoup plus fréquemment à l'état chronique qu'à l'état aigu, et chez des sujets incapables de supporter de fortes saignées. L'emploi combiné des toniques et des altérants convient mieux en pareil cas; une blue pill, de deux soirs l'un, par exemple, avec la rhubarbe et le sulfate de quinine deux ou trois fois par jour. Le sulfate de quinine mélangé à une petite quantité de calomel, et pris pendant tout le jour en diverses doses, jusqu'à ce que les gencives s'affectent, convient parfaitement.
Le vin d'opium, pur ou dilué, est l'une des meilleures applications locales à laquelle on puisse recourir lorsque la maladie a un peu diminué. L'exposition de l'œil, pendant quelques minutes chaque jour, à la vapeur d'acide hydrocyanique aide à débarrasser la cornée des dépôts opaques qui s'y sont formés.
Dans les cas rapportés par M. Wardrop, dans le 4" volume des Meclico-Chirurgical Transactions, on paraît s'être bien trouvé des ventouses scarifiées aux tempes , des purgatifs, des fomentations, et de l'application des stimulants, tels que le muriate et le nitrate de mercure en solution, la pommade au précipité rouge et l'éther sulfurique. M. Wardrop a, néanmoins, surtout confiance dans l'évacuation de l'humeur aqueuse : il dit qu'il n'existe pas d'autre inflammation de l'œil dans laquelle cette opération réussisse mieux que dans l'inflammation de la lame interne de la cornée. Jamais il ne l'a vue manquer de soulage]^ immédiatement la douleur de tète et de rétablir instantanément la transparence de la chambre antérieure.
(i) PiiAKL, dans Arainon's Zcilsclinflfur die Ophlhalmologic, vol. 111, ]>. 42. Dresdeii, 1855.
OPIITIIALMIES.
On se. trouve Irès hien de quiller l'air renfermé des villes pour aile respirer celui de la campagne (1).
[Quelquefois tous ces moyens échouenl; les albugo ou leucomcs inlei-nes envahissent alors la portion de la cornée qui correspond à I espace pupdlaire, ou menacent, si c'est dans ce lieu qu'ils sont nés de s'étendre à toute la cornée. C'est alors que M. Guépin a recours aux cautères comme moyen de modifier et de transformer la maladie Voici comment il décrit son procédé (2) :
Mon crayon de nitrate d'argent est très aigu et je cautérise, je pourrais dire je pique, assez fortement un point ou deux. Je place mon cautère ou mes cautères dans une partie de la cornée correspondante à la tache, à l'albugo interne, mais le plus loin possible de la pupille, à moins que je ne juge indispensable d'en sacrifier le centre et de procéder plus lard à une pupille artificielle.
Habituellement, ces cautères occasionnent une vive douleur et surexcitent l'inflammation qui devient très violente. Je remédie à la douleur par des cataplasmes arrosés d'eau blanche appliqués sur l'œil, par des frictions narcotiques sur le front et la tcjiipe, par la diète, par des potions calmantes, et je combats l'inflammation proprement dite par une forte application de sangsues derrière l'oreille, en ayant bien soin, au moment où elles tombent, d'empêcher toute fluxion vers la téle par des révulsions sur les extrémités inférieures et surtout des sinapismes.
En général, le surlendemain de l'opération, la modification désirée commence; les cautères deviennent, visiblement à l'œil et plus visiblement à la loupe, le centre d'un travail dérivateur. Sur eux se concentre toute la fluxion qui ulcérait la cornée à sa partie interne, fluxion qui a été très réduite par mon application de sangsues et que je réduirais encore s'il en était besoin par une seconde application ou par l'emploi, une ou deux fois le jour, d'une pommade astringente dont le sulfate de zinc et le camphre sont les éléments actifs. Sous l'influence de ce traitement, les taches s'éclaircissent et diminuent; bien souvent elles passent en se cicatrisant, car ce sont de véritables ulcères à l'état d'albugo ou de leucomcs internes que je crois indélébiles, mais les progrès du mal sont arrêtés et la vision est sauvée.
Obs. 393. — M"<= Boju, gninde, élancée, très-belle femme, âgée de 17 ans, a grandi très-vile, et, de plus, est exposée à l'.iicessante action de l'Iuiniidilé. Malgré le traitement externe et le trailement interne lial)iluel, marche de la périphérie vers le centre de la cornée gauche un ulcère de la face postérieure, qui étend au loin le trouble précurseur de l'opacité. Raconter ici ma lutte de trois mois avec la maladie serait inutile. Un jour, les cautères me paraissent indispensables; j'en préviens le père et j'y recours. J'en pratique deux au bord de la cornée dans une partie déjà complètement opaque, quoiqu'elle ne fût
(!) Consullez siir roquo-capsulile : Wi;ni;MEYi:ii. Latiiïcnbfck's Nciie Bibliolliek fûrdicChiriiri;ie iind Opbllialmologio, vol. IV, p. GG. IIamvovku. 1823. l!i:i)i'onn. Guy"s Hospilal Roporls, vol. Vil, p. 3ii9. Londoii, I8i2. Watson. iMliiiburgli Jlciiical and Surgioal Journal, July 1845. p. 98.
[(2) Annales d'Ociilisliqiic, t. X.\XIi, p. 251.]
CIIOROÏDITE.
DIS 11 plus malade. Une vive innaniinatioii survient; mon ami le docteur Écorcliard, nli'dec-in liabituel de la malade, la combat avec énergie par une vigoureuse application de ~ in^sues derrière l'oreille et tous les moyens secondaires api)ropriés. Au bout de quatre à ciniriours la malade revient ù ma consullation : lescautt'res ont déjà produit le résultai désiré Au' bout de quinze jours, il ne reste plus que deux taches blanches dans les points où les cautères ont été pratiqués : la grande tache est remplacée iiar un léger nuage. Quinze jours plus tard, les cicatrices des cautères, grandes comme des o (petit texte), restent seules en témoignage de la maladie et de son traitement.
Ofo.394. — MadameN...(maisonCbaurand), femmed'un capitaine aulong cours, quitte Nantes pendant qu'elle était soumise au même traitement que la petite Chenest. Arrivée au Havre, elle tombe malade, et là, d'habiles confrères jugent son œil perdu. Elle revient à Nantes; je lui pratique un caulère qui produit une violente inflammation. Je combats les accidents par des cala|)lasmes, 20 sangsues, des i)édiluves dérivatifs, la diète et des lavements salés. Je lais reprendre ensuite le traitement interne et le traitement externe. Trois semaines se passent, et la malade lit en ma présence; cependant il reste chez elle deux nuages de forme circulaire, assez rapprocliés de la pupille, sur laquelle ils empiètent quand elle est dilatée. T. W.]
SECTION XXIX
CHOROÏDITE.
Syn. — Ophllialmilis arihrilica. Rosas. Glaucome aigu. Irillammalion arthritique des liiniqiies iiiternes, Laivrcncc. Réliiiile el tiliuicoine, Tyrrell. 0|ililhaliiiie arlhrilique posiérieure iii- U-rne, Jones. Amaurosis giauconiiilosa.
Fig. Jones, pl. Il, lig. 3.
Presque tout le saug rouge de Toeil est concentré dans la choroïde et dans l'iris. Il n'y en a que peu dans la sclérotique et dans la rétine (1), et point du tout dans la cornée, le cristallin et le corps vitré. La transparence des parties réfringentes de l'œil s'oppose à ce qu'elles soient traversées par des vaisseaux rouges; et s'il y en existait (le volumineux et en grand nombre dans la rétine, sa sensibilité s'en trouverait altérée. Pour rendre l'iris et la choroïde opaques et assurer ainsi l'entrée de la lumière dans l'œil par la pupille seule, aussi bien que pour empêcher la réflexion une fois qu'elle y a pénétré el qu'elle a frappé la rétine, l'iris et la choroïde sont doués de la faculté d'extraire du sang rouge, dont ils sont si richement fournis, le pigment qui s'infiltre tout à la fois dans leur épaisseur et se dépose si abondamment dans leur épithélium. Ajoutez «à cela que le corps ciliaire dépendant de la choroïde est chargé, par l'intermédiaire de la zonule de Zinn , de la nutrition du corps vitré et de celle du cristallin. La .seule partie de la choroïde qui soit pourvue de nerfs est le muscle choroïdien, ou orbiculus ciliaris. Les nerfs ciliaires qui sont couchés
[ (1) Ceci n'est exact que relativemciU. Assurémciil la rétine nVsl point aussi bien fournie de snngque la eliuroïde el l'iris ; mais elle est parcourue par un réseau .sanguin très-marqué, et c'est encore, à tout prendre, un organe fort vascuhiire, plus, par exemple, (lue lu conjonctive bulbaire. T. W. ]
OI'IITIIALMIES.
le long de la face inlernc de la sdérolique, se rendent au muscle choroidien el de là à l'iris. C'est à la grande vascularité cl à la i?rande irritabdile nerveuse de l'iris que nous devons attribuer sa propension marquée a s enflammer, tandis que la choroïde, (jui est extrêmement vasculaire, mais à peine sensible, ne s'enflamme que rarement.
Bien que la choroïdite soit heureusement une aflection rare, elle n'en est pas moins très grave, et les efl"cts en sont faciles à comprendre. Lorsque ses vaisseaux se congestionnent, la choroïde se gonfle et vient naturellement comprimer, de dedans en dehors, les nerfs ciliaires et la sclérotique si résistante, d'où résulte une douleur intense dans l'œil. La choroïde tuméfiée comprime aussi en dedans la réline el y détermine le même efl'et, mais à un degré plus marqué et plus continu que celui que l'on détermine en exerçant à l'extérieur une pression avec le doigt sur le globe de l'œil, c'esl-à-dire des éclairs el des spectres flamboyants. La compression continue de la réline peut finir j)ar la rendre insensible aux impressions lumineuses venues du dehors.
Tels sont évidemment les efl'els primitifs de la choroïdite. A mesure que la maladie marche, à l'accumulation et à la stagnation du sang rouge dans les vaisseaux de cette membrane, viennent s'ajouter l'exsudation qui se fait sur ses deux surfaces , mais surtout à sa surface interne où se trouvent distribués les capillaires; l'épanchement de sérum, qui vient encore augmenter l'état de tension produit par la turgescence de la membrane; l'exhalation de la fibrine, qui unit entre eux ses deux feuillets ou qui les soude aux tissus voisins, et la formation d'un pus qui détruit les éléments les plus délicats de la rétine, si intimement unis à l'épithélium choroïdien. Le corps ciliaire peut aussi déterminer une exsudalion dans la membrane hyaloïde, troublant ainsi la nutrition de cette partie el altérant la transparence et la constitution du cristallin.
§ I. — Choroïdite aiguë.
Symptômes. — La choroïdile aiguë débute généralement par l'apparition soudaine d'une douleur intense, pulsative et lancinante, dans le globe de l'œil et la moitié correspondante de la tête, douleur qui revient ))ar accès et s'accroît beaucoup la nuit. L'œil parait raide au malade; il y éprouve une sensation de plénitude et de distension qui s'accompagne d'une sensibilité si excessive, que le malade ne peut le toucher et encore moins permettre qu'on y touche. Il accuse de fréquents éclairs d'une lumière très claire, rougeàlre ou orangée, même lorsqu'il est complètement garanti contre l'arrivée de toute lumière extérieure, ou bien un point lumineux situé dans l'axe de la vision, et qui est accru par tout ce qui peut accélérer la circulation, comme l'action de manger ou de se livrer au moindre exercice. L'œil est baigné de larmes et la pholophobie extrême.
CHOROÏDITE,
Si Ton réussit à voir iœil, ou trouve ortlinaircmeut que la rougeur de SCS tuuiqucs cxlerues est bieu moius cousidérable que u"auraienl pu le l'aire supposer les soufl'rances du malade. Le blanc de lœil est d'un jaune sale. L'injection réticulaire et zonulairc des réseaux conjonctival et sous-conjonctival varie beaucoup ; elle n'est jamais excessive, et souvent elle est légère. Bientôt les gros vaisseaux externes de l'œil prennent un aspect variqueux très remarquable; on les voit se ramifier sur la sclérotique et venir s'anastomoser autour de la cornée, (t. L fig. 91 et 92 D, p. 650.) La teinte en est livide, et ils sont évidemment dans un état de congestion passive.
La circonférence de la cornée présente l'anneau blanc-bleuàtrc, dû à l'empiétement de la sclérotique. La cornée est généralement plus ou moins trouble, et parait souvent légèrement inégale. D'abord la pupille est contractée, mais sans exsudation lymphatique. L'iris prend une couleur ardoisée, et la pupille, frangée de pigment, se dilate, se déforme, devient souvent oblongue, se déplace et reste privée de mouvement.
J'ai vu une attaque de choroïdite aiguë survenir brusquement pendant la nuit et détruire complètement en quelques heures la sensibilité de la rétine. La vision revient rarement en pareil cas, même lorsqu'on a fait disparaître la rougeur et la douleur de l'œil. D'autres fois, la vision est d'abord obtuse et s'exerce comme à travers un brouillard; ce brouillard va rapidement en s'accroissant, et au bout de quelques jours, l'œil reste complètement amaurotique.
Les malades atteints de cette affection ont généralement passé l'âge moyen de la vie, et appartiennent plus souvent au sexe féminin qu'au sexe masculin ; ils ont le teint brun et le tempérament sanguin , et plus souvent les yeux foncés que d'une teinte claire. Ils sont assez fréquemment myopes, et présentent souvent l'état dichromatique du cristallin, que l'on appelle ylaucôme, et dans lequel cet organe réfléchit la lumière incidente avec une teinte verdâtre. A mesure que la maladie fait des progrès, la dégénérescence glaucomateuse s'accroît; le cristallin est poussé en avant dans la pupille dilatée, et après un certain temps devient cataracté. Lorsque l'on appuie le doigt sur un œil dans cet état, il semble aussi dur qu'un caillou ; ce qui indique qu'il s'est effectué au milieu du corps vitré un épanchement séreux qui a augmenté de beaucoup la quantité des humeurs de l'œil.
Cet état ne permet plus d'espérer la guérison. La douleur peut bien disparaître et l'œil ne plus tourmenter le malade ; mais alors cet organe s'atrophie , ou bien la maladie continue de marchei' jusqu'à ce que se manifestent toutes les altérations du glaucome chroni(iue. J'ai constaté, en disséquant un œil qui s'était atrophié à la suite d'une choroïdite, qu'on ne retrouvait presque plus de traces de la structure normale de cet organe; la sclérotique et la choroïde adhéraient ensemble; des II. 6
OI'IITIIALMIKS.
dépôls abondants de fibrine organisée recouvraient la surface interne de la choroïde, et la rétine n'était plus rcconnaissable.
Dans quelques cas, les désordres internes sont dûs bien plus à des épanchements séreux qua des dépôts fibrineux. Alors la choroïde et la sclérotique, soudées ensemble, incapables de résister à l'action du contenu de l'œil, s'étendent, s'amincissent et forment une ou plusieurs tumeurs staphylomatcuses.
Il y a lieu de croire que, dans quelques cas très aigus, toute l'étendue de la choroïde est enllammée. Ces cas s'accompagnent des symptômes les plus graves et de l'abolition soudaine et complète de la vision. La maladie peut être bornée à la partie postérieure de la choroïde , et, dans ce cas, la photopsie et la perte de la vision sont les symptômes les plus apparents. C'est alors que l'on aperçoit quelquefois un changement de coloration du fond de l'œil, dû à un dépôt de fibrine entre la choroïde et la sclérotique, la partie antérieure restant compal'ativement saine, et le cristallin ayant ainsi peu à souflrir de la maladie.
La choroïdite aiguë s'accompagne de symptômes généraux graves. Le malade est dans un état continuel d'agitation et redoute extrêmement de perdre complètement la vue ; la douleur le prive de tout sommeil; la tête est si endolorie, qu'il ne peut la poser sur l'oreiller ; la l'ace est injectée; il y a des nausées; la langue est sale, la bouche sèche et la soif vive; le pouls est vite et dur. J'ai vu la douleur et l'insomnie prolongées user en quelque sorte le malade et le conduire à la mort.
Quelquefois la choroïdite n'existe qu'à un seul œil. D'autres fois, les yeux sont successivement atteints; très rarement ils sont pris tous deux à la fois. J'ai vu un malade ayant un œil atteint de choroïdite être pris, un an après, d'amaurose à l'autre œil, avec la pupille irrégulièrement dilatée, mais sans douleur et sans rougeur de l'œil.
Causes. — 1, L'exposition à un courant d'air pendant que l'on est en sueur. 2. L'abus de la vue exercée sur de petits objets. 3. Les inquiétudes, le chagrin et le manque de sommeil. 4. La suppression brusque de quelque écoulement habituel, comme les hémorrhoïdes.
Telles sont les causes auxquelles on peut le plus souvent rapporter la maladie. Sur une de mes malades, elle survint après la fièvre typhoïde sans autre cause appréciable.
Traitement. — 1. On doit pratiquer la saignée du bras ou de l'artère temporale, puis appliquer des ventouses scarifiées et des sangsues. On réglera, d'après les effets obtenus et la constitution du malade, la quantité de sang à tirer et la manière dont on devra l'extraire.
2. On prescrira, au moment du coucher, une dose de calomel suivie d'un purgatif le lendemain matin. On peut être obligé de recourir plus
CIIOROÏDlTi: .
, (riine fois à ce moyen, après remploi diKiiicl on ani'a recours à un trailement mercurièl doux. Ce médicameni, ne doil pas èlre poussé trop loin ; il n a pas contre la choroïdite la même ellicacité que contre ririlis, et les malades ncn peuvent non plus supporter aussi bien l'action dépressive.
I 5. Il faut condjattre la douleur par les opiacés administrés à l'intérieur et à l'extérieur.
I 4.. On ne négligera point les révulsifs habituels.
I 5. On doil maintenir la libre formation des sécrétions, surtout
î celles du foie, des reins et de la peau.
j 6. On se trouvera bien, pour calmer le système, de l'emploi de la I salsepareille, qu'on fera suivre de celui des toniques amers.
7. La paracentèse de la cornée ou de la sclérotique allège beaucoup la douleur. L'atrophie de l'œil succède parfois à la ponction de la sclérotique; si la vision est déjà éteinte, c'est une terminaison à désirer.
§ II. — Choroïdite chronique.
Au lieu de débuter brusquement par des douleurs intenses, et parfois par la cécité complète, les symptômes, dans la forme chronique, se succèdent lentement et d'une manière insidieuse. La vision irisée et la sensation de cercles lumineux ondulants ou tournoyants viennent s'ajouter à la détérioration graduelle ou même à l'abolition de la vision. La douleur se fait sentir dans l'œil, au-dessus de cet organe, et dans le front et la tempe. Des vaisseaux variqueux d'une teinte I livide se montrent sur la face de la sclérotique et de l'iris, tandis que ' le glaucome commence sa marche désorganisatrice lente, mais cer- I taine, et s'accompagne de la dilatation irrégulière ou de la déformation i de la pupille. Le globe de l'œil est dur; ce qui est exactement l'inverse de ce qui survient dans la rétinite, dans laquelle la cornée et la sclérotique sont flexibles. La photopsie continue souvent longtemps après que toute perception de la lumière extérieure est éteinte.
Revenant à l'anatomie de la choroïde, je dirai que, tandis que sa surface interne forme en avant le cercle plissé noir que l'on appelle corps ou procès ciliaires, et adhère à la zonule de Zinn, constituée par l'hyaloïde, elle présente, d'un autre côté, à sa surface externe, un anneau blanchâtre appelé cercle ou ligament ciliaire, dont on admet maintenant généralement la structure musculaire, et dont le bord i antérieur sert à unir la choroïde à la sclérotique. Que le corps ciliaire et le muscle choroïdien souIVrenl tous deux dans la choroïdite, c'est ce dont on ne saurait douter. Il y a même quelque raison de croire que tantôt l'une, tantôt l'autre de ces parties peut s'enflammer isolément et indépendamment du reste de la choroïde. L'inflammation du
OPimiALMlES.
cercle cihaire en paniciilicr a clé décrite par le docleur Von Aminon(l) <|ii' la represenle comme s'accompagnanl d'un soulèvement vasculairê ne la conjonctive au niveau de la jonction de la sclérotique avec la cornée, et comme étant frériuemmcnt unie aux symptômes de laquocapsulite, et déterminant quelquefois le sLapliylôme de la sclérotique. Il n est nullement probable que l'inllammation des procès ciliaires donne heu aux mêmes symptômes que celle du ligament ciliaire, et pour montrer jusqu a quel point la connaissance de ces inflammations partielles de la choroïde est encore peu avancée, il me suflira de dire que le docteur Ilasner (2) a loué la description donnée par le docteur Von Ammon comme étant celle de l'inllammation du corps ciliaire, tandis qu'elle ne se rapporte qu'à celle du cercle ciliaire.
Les malades atteints de choroïdite chronique, comme ceux sujets à l'iritis arthritique, sont souvent affectés des symptômes de la goutte irrégulière. Leur santé générale est souvent affaiblie. Ils ont le pouls (aible, l'appétit peu développé, et sont affligés de nausées, de flatulences et d'autres signes de dérangement gastrique.
La saignée est rarement indiquée chez de pareils sujets. De doux altérants et les toniques longtemps continués paraissent très utiles. L'usage régulier de pédihives chauds, avec de la moutarde ou une infusion de poivre de Cayenne, peut rendre des services (5).
[sCLÉROTICO-CnOROÏDITE POSTÉRIEURE,
Le docteur Graefe a décrit , dans ces derniers temps (4), sous le nom de sdérotico-choroïdite postérieure, une affection qui est, d'après lui, le point de départ le plus ordinaire des altérations qu'on rencontre dans les yeux amaurotiques, puisqu'elle y a été observée 420 fois sur mille cas.
Le diagnostic n'en est guère possible qu'au moyen de l'ophthalmoscope, qui fait découvrir les symptômes ci-après : On observe une image blanche, conliguë au bord externe de la papille du nerf optique; celte figure, dans un degré peu avancé, a la forme d'une faulx, dont le bord concave est, en quelque sorte, confondu avec l'insertion du nerf optique, tandis que le bord convexe en est dirigé vers le pôle postérieur
(1) Rust's Magazin fur die gcsammlc Heilluinilc, vol. XXX, p. 240. Berlin, 1850. Zeilsclirifl fur (lie Oj)lillialinolo£,'ie, vol. Il, p. lOi. Dresden, 1852.
(2) Eiilwurf eiiieraiiatomisi'hc Bcgriitiduiig dei' Aiii;c'nkranklieileii, p. 18;!. Prag., 1847.
[(5) Consnilez .sur la clioro'idile : Jacob. Dublin Médical Press, 12 juilicl 1848. Fallût. Quelques mois sur la elioroïdile. Annales (rOeulislique, t. XX, p. 155. Ryha. Sur une forme parlieiiliére de la elioroïdile parlielle. Vierleljalirscliriri f. d. praki. II. Praij;., 1852, et Annales d'Oculisliqne, l. XXX, p. 200. Ro.sicti. Apliorisines sur la doeirincde la elioroïdile. Areliiv fiir pliysiologisclie Ileilkiinde. XI, 2'' cali., I8;i2, et Annales d'Oculislique, I. XXXV, p. 135.]
[ (4) Arcliiv fiir oplilhulmolugie. B. I, Ab. I, p. 390. Annales d'Oculislique, l. XXXIII, p. 140. ]
SCLÉUOTICO-CIIOROÏDITE POSTÉUIKIRE.
lie l'œil. Plus tard, celte surface blauclie auguiculc de plus en plus, de façon que son bord externe s'éloigne de l'inserlion du nerf o|)li(iuc et que l'ensemble de l'image n'a plus son as|)ecl falciforme qui est modiiié de diverses manières. La lumière, rclléelue par celle plaque blanchâtre, est remarquable par son intensité : clic esl Ijien plus intense que ccUeque réiléchil le nerf optique, de sorte que celui-ci parail moins bien éclairé et presque rougeàlre.
Un phénomène d'une très haule signification esl la disparition du pigment : dans le développemcnl peu prononcé de la plaque blanche, il manque presque complètement sur toute la surface qu'elle occupe; il est, au contraire, plus abondant au bord externe de la faulx que dans les autres parties du fond de l'œil. La rétine ne présente, d'ordinaire, rien d'anormal. La choroïde, au contraire, même dans les parties environnantes, n'est jamais à l'état physiologique, et l'on peut y observer tout au moins une différence qui n'est pas naturelle dans l'éclal lumineux des canaux vasculaires ou des espaces inler-vasculaires.Les premiers, en effel, paraissent d'un rouge vif; les seconds sont d'une teinte foncée bleuàlre ou même violette; parfois aussi, on remarque à travers celle membrane un certain reflet d'une lumière vive, phénomènes divers qu'on doit rapporter à la macération du pigment..
Voici quelles sont les complications que présente ultérieurement la maladie :
1° Opacités du corps vitré, dans la moitié des cas environ, existant assez constamment dans le degré élevé de Taffeclion, et qui, par le déplacement qu'elles subissent, indiquent le ramollissement du corps vitré ;
2" Hydropisie sous-rétinienne (relativement rare);
3° Opacité au pôle postérieur du cristallin, qu'on reconnaît dans l'examen ophlhalmoscopique par une opacité tachetée qui parait dépendre, dans les mouvements de l'œil, de la réflexion de la cornée.
Indiquons maintenant en peu de mots les altérations que l'auteur a eu occasion d'observer dans deux yeux, au moyen du miroir oculaire: Il existait des deux côtés, dans le corps vitré, de nombreuses opacités déliées, floconneuses, et le cristallin opaque était, avec la capsule, enfoncé dans ce corps ; de sorte que ce n'est qu'avec peine qu'on le voyait remonter ou descendre dans la partie la plus inférieure. Une image blanche, développée seulement en dehors, mais pourtant bien circonscrite, se rattachait au nerf optique du côté droit, qui était moins affecté : sur celle image, on voyait quelques vaisseaux rétiniens, naturellement très pâles, faire saillie, tandis que de l'autre côté l'image entourait le nerf optique.
Déjà l'examen fait extérieurement indiquait une grande modification de la forme des yeux : ceux-ci, le gauche plus (|ue le droit, étaient notablement allongés d'avant en arrière, et dans un grand état
OPIITIIALMIES.
d'expansion dans leur hémisphère postérieure, i)rincipalcment dans la région du pôle postérieur du globe. La sclérotique avait éprouvé un degré d'amincissement semblable à celui qu'on rencontre dans les ectasies de la partie antérieure du bulbe; la coloration bleuâtre de la portion qui avait éprouvé cette expansion, ne dépendait pas de celle que lui aurait communi(|uée la choroïde, mais d'une demi-transparence de la sclérotique, placée devant cet espace de couleur sombre. En ouvrant l'œil, on trouva le corps vitré entièrement liquide et sans coloration. La rétine était intacte sur la plaque blanche : elle était un peu opaque, par suite de l'edet cadavérique; de sorte qu'après qu'elle eut été enlevée, la plaque blanche n'avait plus la même netteté, mais elle avait pris plus d'éclat.
Dans la plus grande partie de la plaque blanche, la choroïde manquait complètement. L'image, fortement éclairée par le miroir oculaire, indiquait que la lumière arrivait directement à travers la rétine sur la sclérotique, qui se montrait alors douée de sa puissance de réflexion.
Il est possible que, dans ce cas, la complication de l'affection rétinienne déjà indiquée avait été la cause de la perte de la vue. La sclérotique était très amincie dans sa partie postérieure,
La sclérotico-choroïdite quelque peu développée produit toujours une modification de l'œil semblable à celle quon observe dans la mijopie: on rencontre neuf fois sur dix les symptômes de cette maladie chez les individus très myopes.
L'amblyopie produite par la sclérotico-choroïdite n'est pas une de celles dont le pronostic est le plus fâcheux. En effet, un traitement convenable , et surtout antiphlogistique pour combattre l'hypérémie interne, peut en arrêter les progrès, et même amener une certaine amélioration.
La cause principale qui la fait empirer est certainement l'état trop prolongé de l'accommodalion pour les objets peu distants, et, à ce sujet, on doit faire mention de l'emploi exagéré des verres concaves.
Vessence du mal réside, selon toute probabilité , dans un processus inflammatoire chronique de la choroïde; et comme les modifications morbides existent dans la partie postérieure de cette membrane, en même temps que dans celle de la sclérotique, c'est pour cela qu'on a cru devoir lui donner, et dans un but pratique, le nom de scléroticochoroïdite postérieure .
La myopie qu'on observe dans cette maladie dépend certainement de l'allongement du globe dans la direction de l'axe visuel.
On pourrait d'ailleurs diagnostiquer la maladie avec assez de certitude, et sans avoir recours au miroir oculaire, en faisant regarder le malade fortement en dedans et en constatant ainsi l'allongement du globe, et tout au moins en tâchant de reconnaître le reflet bleuâtre qui existe dans l'hémisphère postérieure. T. W ]
CYCLITE.
SECÏIOiN XXXI.
[ CYCLITE.
Divers auteurs ont décrit sous le nom de cyclite une affection dont le siège aualoniique n'a pas suiïisamnient été précisé par eux. Ils ont bien tous indiqué qu'elle occupe le pourtour de la cornée, à une ligne de distance environ de celle dernière et concentriqiiement à sa circonférence; mais ils sont loin d'être d'accord sur la question de savoir si c'est la sclérotique, la choroïde, le muscle ciliaire ou les procès ciliaires qui y sont affectés. Cette divergence explique du reste, d'une part, les différences que l'on regrette de trouver dans les descriptions qu'ils en ont données; de l'autre, l'absence de toute mention de cette affection dans plusieurs ouvrages dont les auteurs l'ont sans doute comprise, soit dans la sclérotite, soit dans la choroïdile, sans avoir cru devoir en faire une entité spéciale.
Nous avons observé, pour notre part, un certain nombre de cas d'une maladie qui a été parfaitement décrite par M. Wilde sous le nom inflammation du corps ciliaire; nous convenons que les signes extérieurs nous en ont paru, au premier abord, avoir beaucoup d'affinité avec ceux de la sclérotite scrofuleuse de M. Mackenzie et de la choroïdile antérieure d'autres auteurs; mais nous avons, d'un autre côté, trouvé dans l'ensemble des symptômes subjectifs une si notable différence, surtout au point de vue de leur gravité relativement moindre, de leur marche et de la terminaison toujours heureuse de la maladie, que nous n'avons pas hésité à reproduire la description donnée par M. Wilde, et qui est d'ailleurs parfaitement d'accord avec nos observations, sans pouvoir, toutefois, indiquer avec quelque certitude le siège précis de l'affection. Nous dirons seulement qu'il est parfaitement marqué par la place qu'occupe le muscle ciliaire.
« Cette maladie se montre surtout chez des personnes jeunes ou d'un âge moyen, de 15 à 40 ans le plus souvent, chez les femmes plutôt que chez les hommes, et surtout chez celles qui ont de beaux cheveux et la teinte rousse. On aperçoit d'abord une injection partielle sous forme de zone, située profondèmenl, d'une couleur rouge striée, qui occupe d'abord le quart ou le sixième de la circonférence de la cornée, s'accompagnant de quelques-uns des caractères généraux des congestions profondes. Comme il n'existe ni douleur, ni photophobie, ni larmoiement, ni diminution de la vision, le malade a rarement son attention éveillée. Au bout de quelques jours, il survient de la rougeur et du gonflement; la sclérotique fait une saillie manifeste en dcliors , saillie dont la circonférence égale en volume l'cxtièmilé du petit doigl.
OPIITII.VLMIES.
Le tissu cellulaire sous-conjonclival s'infilire, el la conjonclive ellemême rougil et se luniélic. L'aspect alors ressemble fort l celui de ces lormes de roplitlialniie pustuleuse dans lesquelles on voit de larges vésicules se développera l'union de la cornée avec la sclérotique, formes qui n'ont point encore été décrites, excepté par feu Dalrymple, dont l'ouvrage contient plusieurs planches que je lui ai fournies (1). Mais il en difi'ère en ce qu'il ne se produit jamais ni vésicule, ni pustule, ni perte de substance, quoiqu'il survienne quelquefois une saillie ondulée qui empiète sur le bord de la cornée. La teinte rouge de la partie saillante est aussi plus sombre que dans les cas d'ophlhalmie externe circonscrite, comme si elle recouvrait quelque arrière-partie noire. Au bout de quinze jours à trois semaines, la maladie commence à s'étendre, et l'on voit une nouvelle portion, de l'étendue d'un quart à un demi-pouce anglais, sur le point où siège le corps ciliaire, revêtir l'aspect que nous venons de décrire, tandis que le reste de l'œil, dans tous ses tissus, conjonctive, sclérotique, cornée, iris, se conserve intact, et qu'il ne survient ni douleur, ni diminution de la vision. La rougeur et le gonflement occupent rarement plus d'un tiers de la cornée à la fois, excepté dans les cas graves ou dans ceux qui se sont compliqués d'iritis ou de conjonctivite, résultat d'un affaiblissement de la constitution, ou bien dans ceux qui se présentent à la suite d'un traitement médical peu judicieux, tel que l'application d'une forte solution de nitrate d'argent ou de vin d'opium, etc. La maladie n'ofl"re pas en largeur, à partir du bord de la cornée, plus de trois huitièmes de pouce anglais; mais à mesure qu'elle marche, on voit de gros vaisseaux d'un rouge sombre, des veines principalement, aller d'arrière en avant, s'anastomoser entre eux en traversant le globe de l'œil, et former des arcades vasculaires interrompues comme celles que l'on voit dans certaines affections de la choroïde.
« A mesure que la maladie s'étend, les parties primitivement envahies reprennent leur niveau; mais en même temps que le gonflement et l'injection disparaissent, on voit survenir de nouveaux symptômes. La sclérotique dans ce point présente une teinte sombre olivâtre et mélangée d'un reflet bleuâtre; cela est probablement dû à un léger amincissement de la sclérotique, dont l'absorption a été provoquée par la pression exercée au-dessous d'elle par le corps ciliaire gonflé dans la première période de l'aifection. Néanmoins, la partie primitivement affectée ne perd que rarement toute trace de vascularisation, à moins qu'il n'y ait deux ou trois semaines que tout travail morbide actif a disparu. J'ai remarqué que la maladie ne reparait jamais dans un point qu'elle a déjà occupé, bien que l'inflammation envahisse quelquefois des points qui n'ont aucune continuité avec la première
[(1) DALRYMPLii. Palliology of tlic Iluman Kyc]
portion où la maladie a ôclalc; néanmoins cela se voit i-ai-emenl. Je n'ai jamais vu la saillie de la ciioroïde (slapliyloma racemosum) succéder à cette alVection.
« Après quelques semaines de durée, la cornée s obscui'cil dans un ou deux points, comme s'il s'y opérait un dépôt interstitiel; elle parait comme épaissie et macérée, et cela toujours vis-à-vis des parties de la sclérotique qui sont les plus malades; ces opacités ne s'élendenl jamais vers le centre de la cornée et ne gênent en rien la vision, d'autant plus que c'est en haut qu'elles se rencontrent le plus souvent, la sclérotique étant ordinairement adcctce vis-à-vis de ce point.
« La surface de la cornée ne perd point son poli comme dans la cornéite; on ne voit point, même à la loupe, de vaisseaux sanguins se rendre à l'opacité, ou en parcourir la surface comme dans le pannus ou certaines formes d'ophthalmie pustuleuse. Cette opacité m'a toujours paru le résultat d'une compression exercée sur les vaisseaux chargés de nourrir le tissu lamellé de la cornée; elle revêt souvent la teinte sombre d'un gris opaque qu'on voit prendre à cette membrane lorsqu'on comprime entre les doigts un œil enlevé sur le cadavre. Dans quelques cas intenses, la ligne de démarcation bien arrêtée qui sépare la cornée de la sclérotique semble efTacée comme si cette dernière membrane avait crû d'une manière irrégulière en empiétant sur l'autre.
« Le bord de cette opacité qui entoure d'ordinaire circulairement la cornée, n'est point aigu et limité comme celui d'une cicatrice, il ne se perd pas non plus en un brouillard qui va en se dégradant progressivement, mais il semble se fondre brusquement dans les parties transparentes voisines. Ces opacités ne sont jamais persistantes, elles disparaissent à mesure que l'affection de la sclérotique va en s'amendant. La rougeur persiste plus longtemps sur la portion de la sclérotique qui reste à découvert lorsque les paupières sont ouvertes, parlicu- Hèrement à la partie externe ; les taches noires qui restent sur cette membrane se remarquent surtout autour du tiers supérieur de la cornée.
« La durée delà maladie est toujours de plusieurs semaines, quelquefois de plusieurs mois. Dans certains cas, ou voit survenir une rémission, et quelque point paraît échapper; mais tôt ou tard celle partie est atteinte et passe par toutes les phases que nous avons décrites. Il importe de prévenir le malade de la marche si ennuyeuse de cette affection, sans cela il se décourage et perd toute confiance , non-seulement en son médecin, mais ce qui est pis, en l'emploi de tout remède. 11 y a quelques années, un gentleman vint me consulter pendant le mois d'octobre; son anèction était dans la première période. Je lui annonçai qu'il ne serait pas guéri avant trois mois, parce que la maladie qu'il avait, devait, comme une fièvre ou une maladie éruplive, parcourir toutes ses périodes. Il me quitta rempli d'indignation, mais je le vis revenir en février suivant : tout l'œil était pris, le Irailemenl qu'on
" OPIITUALMIES.
avait m.s en usngo jus.iue-là élaiu d'une i.alui-o fort slimulanle, avait probablement entretenu rinllannnation au delà de sa durée ordi.u.ire uuand un œil a été pris, l'autre se prend égaleinenl lût ou lard, bien <fu il puisse s écouler un grand intervalle de temps, quelquefois deux ou trois ans, entre les deux alta(iues. I^n commençant ce travail, j espérais encore pouvoir citer comme exception à cette règle le cas d une dame chez laquelle un seul œil avait été malade, mais aujourd'hui , après quatre ans d intervalle, son second œil vient d'être alleclé.
« Pendant la durée de celte aflection, tous les tissus de l'œil qui avoisinent la partie malade ou qui se trouvent en rapport avec elle peuvent se prendre; mais les complications les plus Iréquentes sont • la conjonctivile, l'iritis et l'inllammation de la membrane de l'humeur aqueuse. Je n'ai jamais rencontré un cas où la choroïde soit devenue malade conséculivemeni, et cependant on aurait bien dû s'attendre à voir ici survenir le slaphylôme.
« Celte maladie peut se distinguer de l'iritis non-seulement parce que Ion voit l'iris rester intact, mais encore à cause des interruptions que présente la zone vasculaire qui entoure la cornée. Ces mêmes particularités empêchent de la confondre avec la choroïdite. Quand une fois rattention a été appelée sur elle, il me paraît, en vérité, impossible de confondre cette afTectiou avec aucune autre. Peut-être au début un examen inattenlif pourrait-il la faire confondre avec un dépôt de matière tuberculeuse enlre la sclérotique et la choroïde ; mais la saillie scléroticale et l'injection qu'on observe alors occupent une tout autre situation que dans le cas présent.
« Le traitement qui m'a i)aru le plus elllicace est le dérivatif accompagné de l'administration à l'intérieur, à dose altérante, du mercure uni à un Ionique, et je ne connais pas de medieure préparation que cet excellent et vieux remède, le deuto-chlorure de mercure uni au quinquina, de telle sorte qu'on puisse administrer le sel trois fois par jour à la dose d'un douzième à un huitième de grain. On doit continuer ce remède à doses croissantes ou décroissanles sous forme solide ou liquide, suivant les cas, pendant toute la durée delà maladie, à moins que le développement d'une iritis ne vienne obliger à recourir à une préparation mercurielle plus active. Vers la fin, on retirera des avantages des préparations d'iode et de potasse. La dérivation, pratiquée sur la tempe voisine, doit être continuée jusqu'à la disparition du mal ; il sera bon aussi de maintenir la pupille dilatée à l'aide de la belladone ou de l'atropine pour prévenir tout inconvénient en cas qu'il survienne une iritis; car malgré l'opinion d'un de mes amis dont j'apprécie au plus haut point le mérite professionnel, je considère comme une erreur coupable la non-prescription de la belladone dans tous les cas où Ton peut craindre une iritis. Quelquefois l'œil revêt de telles apparences qu'on doit recourir à l'emploi d'une préparation mei-curielle
RÉTINITE IDIOPATIIIQCE. /l
I plus aclivc, aux sangsues ou aux vcnlouscs scarifiées ; mais ce sont là des exceptions à la règle générale, et rexpérience seule peut indi-
I quer au chirurgien quand il doit y recourir.
« On doit employer tout ce (|iii peut améliorer la santé générale : le
H'é''ime doit être nourrissant mais non excitant; on peut, user modérément du porter, mais il faut proscrire le vin, excepté chez les lemmes
I affaiblies. On doit déconseiller les acides, les salaisons, les fruits acides, les légumes surannés ou mal pi'éparés ; ce qui convient le mieux, c'est un mélange judicieux de nourriture animale et de végétaux irais. J'ai remarqué qu'il n'est pas hon, pour les personnes de haut rang surtout, d'aller en société; mais l'exercice en plein air vers le milieu du jour est convenable. Il est indispensable de se vêtir chaudement, et les bains chauds, quand on peut s'en procurer, sont utiles. Les malades se trouvent toujours soulagés par l'usage d'une large visière empêchant l'arrivée d'une lumière trop vive, bien que, ainsi que nous
, l'avoiîs déjà dit, il n'existe dans cette affection ni douleur, ni pho-
i tophobie(i). » T. W.]
SECTION XXXII