CHAPITRE XV
ADAPTATION d'uN AllTlFICIEL.
Syn. — l'i'olla'se oculiiirc
II parait (I) qu aiilrcrois, (luaiid laMl el les paupiorcs avnionl été (loli'iiils ou onlovospai- une opcralion, on plaçait au-devant (le 1 orbite une image j)einle de ees diverses parties, (|ue Ton niaiulenait en place ■1 laitle d'un ressort en aeier se ])orlant,en eonlournant la tempe, jus- (|uau côté opposé de la tète ; mais, de nos jours, on entend |)ar œil arlilieiel une demi-ellipseouune demi-sphère creuse d'émail, simulantia partie antérieure d"un œil naturel et s'inlroduisant dei'rièi'C les paupières. On s'estservi pendant un certain temps de pla(|ues d'or énuiillé, mais aujourd'hui les yeux arliliciels sont tous laits d'émail.
Un œil artificiel doit être parraitemenl ])oli, de forme el de dimension telles, (pi'il puisse recevoir dans sa concavité les restes de 1 œil atrophié sans les comprimer ou les irriter. La lace interne de la portion moyenne, (|ui représente la cornée, doit être concave, ou tout au moins aplatie, et jamais convexe, celle l'orme devant déterminer nécessairemenl la compression de l'œil, à moins que celui-ci ne soit fort all'aissé. C'est à l'omission de ces détails qu'on doit souvent attrihuer la douleur que ressentent les malades lors de l'introduction d'un œil ariiliciel, et qui les fait renoncer à en continuer l'usage.
Les yeux artiliciels ont généralement la forme semi-elliptique, ou celle d'une moitié d'œnif coupé suivant son grand diamètre; maison leur adonné dansées derniers temps une formemoins cxcavée,se rapl)r()elianl de la forme hémisphérique, parce qu'elle expose moins à pincer le bulbe sur lequel la coque est adaptée, à irriter la conjonclive, à occasionner une a])parenee de strabisme ou à empêcher les mouvements de l'œMl artificiel (2).
(I) Oliuvrcs (rAnibi'ciise l'nrc ; liv. XXIIl, clifip. I.
[(2) Les pruiîi'i's opérés par In |irotlièie oculaii-c ont complélcniL'nl niélamorplio^é les formes pi'iiiiilives et lixes qu'avait (l'aboi'd revêtues l'œil arlifieiel. Aiijoiird'liiii ce dernier n'a plus lu l'orme de lu moilié d'un œiirou eclle d'une deini-splièi'e, mais une eonllsuralion variant à l'infini selon les individus et les modifiealions subies par lu cavilc de l'orhitc el par son conlenii. Grùec aux i)erfeciioiinenienls apportés à cette j)artie si importante de lu prothèse lininaine, el dont les principales sont dues aux rcelierclies el aux Ira vaux de iM. Boissonncau, péri', de l>ui'is, le poil il'un œil arlilieiel n'éveille plus la moindre sonfl'rance : dès le premier jour, il est fueilenieni suppiii-lé, et il L'sl rare que les nuilades soient oldiiiés d'en suspendre l'usage, quant il a élé bien laliri(|ué el a|)proprié ù la nnlnre de lu difl'ormilé qu'il est desliné ù déguiser.
Les mcidilical ions siieeessivcsupporlées h l'œil arlilieiel par y\. Roissonnoau se résnmeni, d'après lui, dans les pai'lietilarités SLiivaLiles : limaux oITrant une plus grande résisluncc? à l'aelion de l'iiuinidilélDiit en eonduisaiil. par leur mnlléubililé pari ieu Hère, à une meilleure imilalioii de lu naliiri;. — Pour répond ri? aux diflérenls degrés de l'élrécissenienl orbilaire, l'ieil arlilieiel, de cou forma lion orijjiuiiire, pris pour point de dépai'l, subit une réduclion graduée de ses diverses sections — ilivisiiin g('oniélri((ue du globe de l'a-il formant la base d'un sysièmc d'appropriation prolhésique spéciale pour elnniue individu. — Kcbancruge de lu section nasulc respeclunt la caroncule
*2'24 ADAPTATION o'ilN OEIL AnTIlMCIEL.
La minocur el la IcgcTclé soûl des ((ualiU'S iiidis|)(;nsabl('s à im (l'il arlilicicl, Oiiaiid l'œil à recouvi'ir esl volLiiiiiiicux, si la co(iuc iTesl pas milice, les paupières sont troj) comprimées el ne peuveiil |)liis exéeiilei' leurs mouveiiieiils ordinaires.
(.)n a proposé, lors([ue le moignon aune forme irrégulière, de modeler sur celui-ci l'œil à ajuster, dans la crainte qu'il n'en vienne comprimer inégalement (;l douloureusement (luehjue partie. Lorsque l'une ou l'autre paupière, par exemple, adhère au moignon, si l'on ne peut l'aire disparaitrc cette adhérence, le diamètre de l'œil artiliciel doit cire plus court de haut en bus, ou même oll'rir sur sa circonlerence une échancrure dans la partie ([ui est en regard de la bride.
On copie sur l'œil sain la teinte particulière du blanc de l'o'il, l'aspect des vaisseaux qui le parcourent, la dimension et la coloration
lacrymale-. — Réiliiclion de la section palpcbrale supérieure cl dévialioii du |)oiiil iiilcriir de celle partie |)ernicllaiil les niouvemcnls ascensionnels; dès lors, se Irouvanl ainsi loealisi', le inénie œil arliliciel ne pcul plus servir indislinclenienl pour l'un ou Taulrc eolc — Les niuuvemenls oscillatoiri-s sonl évités par une disposition sinueuse de la section palpclu ale iiilencui'c répondanlà celle du repli conjonctival eorrespundanl. — Suppression des opérations eliirurgicales prcparaloires par des écliancrures profondes el nudliples clievaueliaul les adhérences parliellcs oculo-palpébrales. — Appendices servant de retenues dans les cas de s\ nililépliaroii considérable cl compliqué. — Une nouvelle conformation liénnspliéroidalc répondant au diamètre el à la sphéricité des moignons bulbaires volumineux évite rain|)Utatioii (le cet organe tout en conduisant à de meilleures restaurations. — Le pourtour de lœil artiliciel reçoit une coupe sinueuse évitant les compressions partielles sur le repli conjonctival. — Son contour légèrement évasé ne pince plus la mu(|ueusc sclérolicalc. — Le strabisme du moignon oculaire esl coajbatlu par un développement proportionné de la section eurrespondante. — Le dernier point d'attache de l émail durant sa eontcction, rceevanl par la fusion un poli parlait, la rugosité qu'il laissait sur l'un de ses bords disparaît. - Une coïncidence parlaite des courbes interiies de la pièce détruisant raction mécanique sur le moignon oculaire, l irriialion, la gène deviennent impossibles. — L'innocuité est complète. — Perforation irrégulière s" ajustant à la base des tumeurs dures de la sclérotique. — Surélévation sclérolicalc évitant le contact du corps étranger sur ces mêmes accidents. - Par une cavité partielle du centre interne établissant un espace libre entre l'organe el le corps étranger, l œil artiliciel devient applicable sur les moi!;nuus qui onl conservé quelques parties transparentes de la membrane cornéennc. Celle méine disposition permet de réduire les staphylèmes opaques peu proéminents par voie de comi)res-ion. — Des paupières en émail sont jnodelées sur la cai)sule protliesique puiu- lu restauration arlilicielle de rablépharou. — Dans les cas de ré.luelions considérables du i;lobe de l œil entraînanl le rélrécissemcnt des paupières cl celui de la cavité orbilaire, les pièces comprimées qui leur sont propres reçoivent une application méthodique évitant riullanmialioii, tout en eoiuluisaiit à russouplissemcnt el à la dilatation des parties organiques. — Par une disposition générale des confornuilions relatives aux moignons oculaires d'un certain volume, toute compression sous les angles palpébraux est supprimée; la pièce, devenue moins grande, prend d elle-méme son équilibre hori/onlal ; le mouvement cl la similitude se perfectionnent, el le cul-de-,sac conjonctival se conserve sans jamais subir de modiliealions anormales. — On sait (pie, par nu arrêt de développement, la perle de l'œil, chez les enlaiils, détermii.c insensiblement la (Icformalion de la face. Une anse placée à la section inlérieure de 1 émail rend eelui-ci facilement applicable sur les jeunes sujets, et prévient ce déplorable iuconvéïuent - Lue éeliaiicrurc ou une perforation de la section inférieure évitant l'accumuhilioii du lupiide dans cavité de l'œil artiliciel en reportant ceux-ci vers rorifice du « anal lacrymal, dont elles labli^sent les fonctions ab.-iorbanles , les mucosités, C(m.séquence de la décomposition (l(s qui y séjournaient, ne peuvent jdus saeeumuler. — Une disposition particulière de
la
ri'
larmes
■il artiliciel le rend applicable sur les moignons oculaires léj;èremcnt exophlhalmiqiies. irdage de la seetum inférieure de l'œil artiliciel, évitant l'aelion incisive sur le point correspondant du repli conjoncliviil. . .,.,,.„ On eom. rend d'après cela que, pour rendre l'usage d un œil artiliciel facilement snpport.d.k, il doit être fabri(|iié pour chaque malade sur des données et des mesures spéciales. Les cofiues de paclille, faites sur des types lixcs, ne s..nt propres qu'à discréditer un moyen qui. bien compris, rend d'inappréciables services. T. \V.]
ADAPTATION d'iùN OKU, AUTIF ICIEL.
,1e rii'is- loiuclois, CCS points soiil l)cancoii|) moins iinporlaiils (|uc ,,„K,|ui'onl n.ppoi-l. à la dimension cl à la lormc cl qui sonl indisnon^ahlos pour ([uc Tœil arlilicicl puisse bien sadaplci' La pupdlc Iloii cire reprcseulée en élal de dilalalion moyenne, et 1 apparence ,1-uuo chambre anlcrieurc doit être ligurce. L'iris parait toujours plus l,„icc quand l'œil est introduit dci'rièrc les paupières, (|uc lorscpi on l'examine en le tenant dans la main.
La fabrication des yeux arliliciels est très simple (1). La parlic qui unité la sclérotique est composée d email blanc mélangé d'une teinte ,1,. jaune. On donne à la lamelle postérieure de la partie ceiilrale la ,„|oralion et l'aspect slrié de l'iris, et au milieu de cette lamelle une plaque circulaire d'émail noir imite la pupille; la lamelle la i)lus superliciellc est de verre Irausparenl. On applique à la surface, pour imiter les vaisseaux sanguins, de petits lils d'émail rouge, que l'on y lait fondre à l'aide du chalumeau.
Si l'œil que l'on désire cacher n'ofl're point un volume plus considéi-ible qu'à l'ordinaire, on peut le couvrir d'un œil arlilicicl sans opéralion chirurgicale préparatoire. Mais s'il existe un staphylôme total de l'iris cl delà cornée, il faut l'enlever au préalable. Il faut dans tous les cas attendre que toute trace de rinflammation ou de la plaie qui a donné lieu à la dilï'ormilé ail disparu, cl même surseoir, trois ou quatre mois après la guérison, à l'introduction de la coque artificielle. On ne doit pas oublier que, dans quelques cas, l'excessive irritabilité du malade, qui se traduit par une douleur vive et un épiphora que rien ne jieut aiTcler, ou bien la nature même de l'afTection, cause première de tous les accidents, oblige parfois à renoncer aux moyens de prothèse oculaire, dans la crainte qu'ils ne donnent lieu au développemenl de (luelqu'allection maligne.
Une hernie de l'iris ou le staphyloma raccmosam en rendent parfois l'usage impossible, à cause de la douleur qu'ils déterminent tant (|u'on ne les a pas fait disparaître par une opération. Lorsqu'il exisle un staphylôme partiel saillant de la parlic supérieure ou de la partie inférieure de la cornée, la coque ovale ordinaire oll're cet inconvénient ([ue son extrémité nasale se porte en bas cl son extrémité temporale en haut. Il vaut mieux en pareil cas employer un œil hémisphérique.
Lorsqu'il y a un ectropion, il faut le guérir (2), de même que le symblépharon. Si l'on a dû extirper tout le globe de l'œil, les sinus de la conjonctive sont fort oblitérés et il ne reste point de place sur laquelle l œil artificiel puisse prendre un point d'appui.
(1) Voyez sur la fabrication des yt'ux arliliciels Bi.AXcounT, Arl du verrier ; Iraduil en Anglais, p. ôJiô ; Loiiduii, 1099.
(2) Voyez une observation de |)lacenienl d'un œil arlilieiel, dans un cas où une plaie des lo^junients de la joue avait produit un ectropion, eoniliiiu; avec lu perte du globe de 1 uiil ; par \V\i.ï()M ; .Médical ïinies and Gazette ; Jauuai y -29, 18^5, p. 1 17.
AI).\PT.VT1(3N d'un OKIL AUTlllClliL.
L()i'.s(|iril n'cxisie ni iiilliiiuiiiulion, ni excroissance fongueuse du liilohe (le Pœil ou des panpières, ni irrilalion ni douleur, on peut essayer ra|)plicalion d'un œil arliliciel. Pour Tinlroduire, on le saisii, après lavoir hunieelé, par son boi-d inlerieur entre le pouce el l'index de la main droite; le pouce delà main gauche soulève la |)aupière supérieure, au-dessous de la(|uelle on introduit le bord supérieur de VivW ai'tiliciel, en le poussant dans le sinus de la conjoiicti\e, jusqu'à ce que sa partie la |)lus saillante se trouve cachée ; puis on ■ laisse descendre la paupière sur elle. On maintient la co(iue avec le pouce droit, tandis que l'index de la main gauche attire en bas la paupière inl'érieure, ce qui permet à l'œil de glisser dans le sinus inlérieur de la conjonctive. Si son bord ne descend pas dans le sinus et reste appliqué sur le tarse, c'est qu'il est trop grand, et il faut en choisir un plus petit.
Les premiers jours, on ne doit le porter que pendant (|uel(|ues heures. On le retire à l'aide d'une sonde en or ou en argent, de l'épaisseur d'une aiguille à tricoter, et dont l'extrémité est arrondie et rejjliée en forme de crochet. On abaisse la paupière inférieure avec l index de la main gauche, alin de permettre l'introduction du crochet derrière le bord inférieur de la pièce artilieielle, que l'on soulève jus(|u'à ce qu'elle ne soit plus retenue par la paupière inférieure; elle s'échappe alors immédiatement de dessous la paupière supérieure et on la saisit de la main gauche. On la débai'rasse sur-le-champ du mucus qui y adhère en la frottant légèrement avec un chifron doux et on la met de côté jusqu'au lendemain. On ne doit point la plonger dans l'eau froide, de peur de la faire éclater. Les yeux artificiels qui n'ont pas été convenablement soumis à l'action de la chaleur, |)euvent éclater rien que par les changements de température auxquels ils sont exposés, lorsqu'on les retire le soir pour les replacer le matin.
Le malade apprend vite à ôler et à replacer lui-même son œil. Lorsqu'il l'enlève, il doit se pencher au-dessus d'un lit ou d'une table recouverte d'une serviette, afin que s'il tombe, il ne se brise point.
[M. Boissonneau prescrit de faire cette manœuvre de la manière suivante :
« Admettant que le patient soit assis à une table garnie d'un tapis ou d'une serviette à moitié dépliée, il s'inclinera sur cette garniture et relèvera la paupière supérieure du doigt majeur delà main gauche; celle-ci sera placée sur le front, de manière à ce que le pouce, dirige vers le sommet de la téte, puisse y prendre un point d'appui. La paupière sera saisie au centre et tout près du bord ciliaire, pour être relevée perpendiculairement , ce à quoi l'on parvient en donnant à la main une direction verticale de haut en bas : cette position ne se i)rend facilement qu'en élevant le coude le plus haut possible.
Pour faciliter cette opération, le regard doit être complètement
ADAPTATION d'uN OEIL AUTiriCIEL.
(liri"c en biis; de cette manière, le moignon oeuliiire s'éloigne du parcours (le l'œil artificiel et facilite le passage de celui-ci sans en subir le moindre frotlemcnl.
Après avoir été plonge dans l'eau, tan! jxiur en faciliter l'introduction (pie pour le débarrasser des cor|)uscules poussiéreux (jui |)ourl'iiient s'y trouver allacliés, l'œil ariiliciel sera saisi Iraiisversalemcnl du pouce et de l'iiulex de la main droite, cl de manière à (;e (jue sa cavité, se trouvant en avant, sa s(;clion temporale soil pr('scnt('c la première, et r('gularisaiit sa direclion en rapi)uyaiil sur la joue, il sera introduit verticalemenl jus(|u'au fond de l'orbite, en glissant sous la paupière sui)érieurc qu'il relève en même temps.
Le doigt Fnajcur de la main gaucbe, (|ui, sans quitter le front, abandonne la paupière, s'empare de r(eil ariiliciel, en le saisissant parla section caronculaire, que l'on dirige vers le nez par un mouvement de rotation sur son axe. Puis, sans làclier prise de la main gauche, on élève les yeux en fixant le plafond de l'apjjartcment, et, de ce moment, l'index de la main droite abaissant la paupière inférieure, la pièce s'engage et prend d'elle-même la position qui lui est propre. Elle s'introduira et se mettra en place avec la plus grande facilité, si, pendant la mand'uvre que je viens d'expliquer, on a soin d'ouvrir les yeux très grands; en agissant autrement, on pourrait se faire mal, jiarce que, si au lieu de faciliter son passage on se crispait les paupières, son introduction serait difficile et douloureuse.
Si quelques brides accidentelles, liant entre eux le moignon et les paupières (sijmblephm'on), se présentaient, on se bornerait à enchevêtrer les échancrures de l'œil ariiliciel sur les adhérences qui en auraient nécessité l'cxéculion, et à relever ou abaisser de la main droite la paupière opposée, suivant qu'elles engageraient l'une ou l'autre de ces membranes.
Quand il s'agira d'une réduction bulbaire considérable, Fœil sera de suite présenté transversalement.
L'extraction est également devenue fort simple depuis la diminution considérable que les derniers perfectionnements ont fait subir à l'étendue delà section palpébrale supérieure de la capsule d'émail. Abaissant, de l'index de la main gauche, la paupière inférieure tout en regardant en haut, dans le but de relever la section correspondante, on engage sous elle la téle d'un petit passe-lacet que l'on tient de la main droite et que, par un mouvement de bascule, l'on abaisse sur la joue tout en l'introduisant dans la cavité de l'œil artificiel; puis on soulève celui-ci en le reportant en avant. Si dans ce moment l'on a soin d'ouvrir les yeux très grands, la puissance de retenue qu'exerce la paupière supérieure disparaît, et l'émail, se dégageant subitement, tombe dans la main gauche que l'on a lendue pour le recevoir.
L'introduction et l'extraction de l'œil ariiliciel s'en'ectuent, on le
ADAPTATION d'uN OEIL AHTlllClEL.
voil, p;u' soi-môine, truiic manière aussi simple (iiie facile. Bieiiiùi, comprenanl la théorie, l'habilude de celle pelile mananivre donne à la main une dexlérilé qui pei-mel de la praliquer deboul, inslanlanénieiii cl sans la moindre précaution.
Chez les cnlanls, ce n'est (jue i)ar une ruse de i)raliquc que l'extraction est |)ossible, sans recourir à la lutte : un iil i)assé dans un |)erluis pratiqué ad hoc à la section pal|)éhrale inférieure de l'œil artiliciel, pend d'un centimètre environ sur la joue. L'enfant s'en amuse et, ' tirant le (il lui-même, la pièce lui tombe dans la main et il se la laisse volontiers introduire de nouveau, pour le seul plaisir de la retirer encore. Bientôt, s'en faisant un jeu, tout ell'roi dis|>arait, et l'on supprime cet auxiliaire au bout de quehjues semaines, pour procéder par les moyens ordinaires, soins dont les mères s'ac(| ni lient très bien. .. T. W.]
Si le globe de l'œil a été réduit à un petit volume, les paupières pcrdenllepointd'appui etrélasticilé(iui leur sont nécessaires pour Faccomplissemcnt de leurs mouvemenls; il en résulte qu'elles deviennent bientôt complètement immobiles cl qu'elles s'enfoncent dans l'orbile, tandis que leurs cils se renversent en dedans et que les tissus de la conjonclive qui, à l'état naturel, s'étendent entre l'œil et les paupières, se contractent graduellement et finissent par presque disparaître. L'excès des larmes et du mucus ne peut non plus être convenablement évacué; n'étant plus poussé en avant par la convexité de l'œil, il se rassemble derrière les paupières et adhère à leurs bords libres et à leurs angles, tandis que la narine du côlé correspondant resle sèche. Ces symptômes disparaissent ordinairement, en grande partie, ])ar l'emploi d'un œil artiliciel, qui fournit aux paupières un nouveau point d'api)ui, leur rend l'élasticité nécessaire pour l'exercice de leurs mouvements, et maintient élargis les replis de la conjonclive; d'un autre côté, le rétablissement de l'action des paupières sert à diriger les larmes et le mucus vers les points lacrymaux, comme dans l'état de santé. Il est quelquefois indispensable, en pareil cas, de commencer par un petit œil arliiiciel et d'en employer de plus volumineux à mesure que l'élargissement des replis de la conjonctive le permet. 11 ne faut pas se laisser arrêter par la crainte de voir un œil trop petit s échapper de derrière les paupières ; car celles-ci jie s'ouvrent qu'en proportion du volume de l'œil placé derrière elles.
On peut, au début, faire usaged'un petit œil simple, c'est-à-dire sur lequel on n'a point figuré l'iris. L'oculiste doit êlre pourvu d'une série d'yeux semblables, dont il se sert jusqu'à ce que le malade soit accoutumé à les porter. Au premier abord, les paupières ne se meuvent pas aisément au-devant de l'œil artiliciel ; aussi reste-t-il exposé à l'action des corps étrangers qui ilollent dans l'atmosphère; par suite de cellc cause et des tentatives mal dirigées du malade pour l'enlever et le
ADAPTATION d'uN OKIL AIITIFICIEI,.
irplrtccr, il se raie cl perd promplemonl l'aspecl qu'on lui avait doimé. Tous les doux ou trois jours on doit introduire un œil plus volumineux, jusqu'à ee qu'enfin les paupières paraissent avoir repris leur ,|(>^i'é naturel d'expansion (1).
L'iris et la pupille de l'œil que l'on veut garder définitivement doi- M'iil correspondre, sous le rapport de la direction, avec ceux de l'œil s;iin; placés plus près de l'un ou de l'autre des angles oculaires, ils lôni 'loucher le malade. Quelques yeux artificiels sont préparés pour i(> côté droit ou le côté gauclic seul: ils présentent plus de sclérotique ;iik1cssus qu'au dessous de l'iris ; d'autres sont destinés à être placés iiidilTéremmenl des deux côtés, et l'iris est juste au centre. Dans tous les yeux artificiels il y a plus de sclérotique au côté temporal qu'au , ôté nasal de l'iris (2).
Un œil artificiel bien adapté exécute les mêmes mouvements que l'œil sain, surtout si le moignon oculaire sur lequel il est placé est considérable, et si les muscles droits le font mouvoir avec facilité. Les mouvements de l'œil artificiel ne sont cependant pas dûs cxclusiveiiiont à cette cause, ils sont aussi sous la dépendance des mouvements lie la conjonctive et de ses replis dans lesquels il est enchâssé, cl qui sont les mêmes que ceux du globe de l'œil et des paupières. C'est poui' ( ola que, si l'œil arlificiel est d'un volume convenable, s'il n'est ni assez petit pour échapper à l'action de la conjonctive, ni trop volumineux |)our la paralyser, on le voit exécuter tous les mouvements d'un œil 01 dinaire, même lorsque le moignon qu'il recouvre est très petit.
Le frottement des paupières et l'action du mucus et des larmes altèlent l'œil artificiel, de sorte que le verre venant à perdre son poli, la cornée en paraît troublée. On a supposé que c'était la sécrétion méïhomienne qui y produisait le plus de dommage. Le poli ne se conserve jamais pendant plus de trois à quatre mois , et ordinairement au bout (le six, toute la surface de l'œil est trouble et légèrement rugueuse. Les lils rouges qui imitent les vaisseaux sanguins se dissolvent parfois (omplétemenletlaissent des sillons avant que la cornée oula sclérotique >'allèrenl. La rapidité avec laquelle cette détérioration s'efTectue varie ; elle dépend des qualités particulières des sécrétions suivant les indi- ^idus. La promptitude aveclaquelle ils se détruisent et leur prix extravagant les mettent hors de la portée des personnes qui n'appartiennent pas aux classes aisées ; néanmoins, beaucoup de personnes des classes indigentes à qui la perle d'un œil empêche de trouver un emploi, sont désireuses de s'en procurer. Elles sont souvent obligées de se résigner
[(1) Ces précautions sont imililcs qunnil le malade s'est procui'é une coque fabriquée pour lui ' I répouilant aux diverses indications lournics par les par ties, telles qu'un ouvrier habile sait les ' iiinprenilre. T W.]
[(2) Tous ces inconvénients, dénotant rcnfance de Part, disparaissent quand on a soin de ne liure porter aux malades que des coques faites spcnialcmenl pour chacun d'eux. Ï.W.] II- 20
230 ADAPTATION d'iIN OKII; AUTIIMCIEL
n cachci" leur dill'onnilo à l'aide d'un verre coloré, ou, lorsqu'elle est>i! trop prononcée, à la recouvrir d'un écran creux. Elles ne doivent ce-' pendant jamais la recouvrir licrniétiquement à l'aide d'un emplâtre quh écliaulVe les pai'ties, les enllamme et les reiul œdémateuses (1).
Les yeux en émail qui ont perdu leur poli sont nuisibles; leurs inéga-iJ litcs déterminent rinilammation de la conjonctive, des excoriations et'l la i)roduclion d'excroissances fongueuses. Lors donc qu'on s'apei'çoiljj qu'un œil artiliciel se trouble, il faut l'enlever, calmer l'irritation quW a déterminée, et lorsque toute douleur et toute inllanunation ont cessé, en replacer un nouveau, ou l'ancien après (pi'il a été repoli.
Lorsque l'on veut avoir un œ^il ai'tidciel lait spécialement ponrun malade, il faut envoyer à l'émailleur un dessin représentant soigneuse-'ment la couleur et les autres particularités de l'iris, et un modèle eni cire ou en plomb indiquant les dimensions et la forme à doiuier àlai pièce. On modèle la convexité sur celle de l'œil sain et l'on manjue* la place et la dimension de l'iris et de la pupille, ainsi que l'étendue de( la sclérotique qui reste à découvert lorsque l'œil est modérément ouvert. L'émailleurdoitconserver le modèle et le dessin, afin de pouvoir fournin sans devoir recourir à de nouvelles indications, des yeux semblables : chaque fois qu'on lui en demande (2).
Il faut, lorsque l'on porte un œil artificiel, observer les soins de pro-»prêté les plus minutieux. On doit l'enlever toutes les douze beures, et-l le débarrasser du mucus qui y adbére et s'accumule dans sa cavité. Oni baigne en même temps les paupières avec de l'eau tiède, et s'il exislec quelque relâchement notable des parties, ou quelque tendance à une* inflammation puro-muqueuse, on fait usage d'un collyre légèrementil astringent, et l'on enduit le bord libre des paupières avec un peu de- l pommade au précipité rouge. Si la conjonctive est gonflée ou fongueuse, il est bon de la toucher avec une solution de caustique lunaire. Il faut parfois retrancher avec les ciseaux des plis durs et fongueux de la conjonctive, ce qui ne doit se faire qu'avec précaution, dans la crainte
\n) Nous sommes heureux de pouvoir con.sla 1er qu'en Belgique au moins (et dans beaucoup d'autres pays, si nos renseigne.neuls sont exacts), les Indigents ne sont pas déshérites des bienfaits de l'œil arlifici.d. M. Boissonneau a mis à notre disposition des colleclions complètes de coques destinées à être livrées aux nécessiteux, gratis, sur la simple présentation d un certifient d'indigence. Nous croyons savoir que des services semblables, pour les pauvres ont ete elabh^ par M Boissonneau, avec le concours des gouvernements étrangers, dans plusieurs autre-
^'"r!^'', M Boissonneau a considérablement réduit ces exigences au moyen d'un questionnaire , aunnel il suim de répondre. Les seuls renseignements dont il ait besoin pour toutes leseven-- U al tés sont les suivants : Noms, profession, demeure et âge du sujet. - Temps qui s est écoule t. lenuis la perte de lœil. - L'œil perdu sera le droit ou le gauche. - ^a reduelion sera nulle : ïn quart'de moitié ou de trois quarts. - L'œil sain sera de saillie ordinaire, proeminen. o, enfoncé. - Puis, on dira : si le blanc de l'œil est pur, gr.sàlrc roussùtre ou bistre , - s. 1 ris es no r marron, ^afé , verdàlre obscur , bleuàlre, gris-ardo.sé, gns-roiissaire, e si chacun ■ "le ces couleurs est claire, demi-ton ou foncée.- Les diamètres de Uns on de la p,i, ■ seront indinu 's par un trai â la plume sur la lettre de eommande.-Dire aussi s. le pcl, ccrci ^uittoter pupille est rouss'àire ou brun-grisiMre. - Les personnes déjà initiées devront envoyer une ancienne pièce pour modèle. 1 . W.]
cOHNKK i:o.Mgui:.
. les tissus no dovicniiciil. Irop pclils pour contenir Tœil artificiel, iTqu'il ne s établisse des adlicrenccs entre les paupières et li; ulobe (le l'œil.