La sclérotique distendue revêt une teinte bleue foncée
0. Faiblesse de la vue, bientôt suivie d'amaurose complète, de sorte (|ue toute sensibilité à la lumière se trouve abolie.
G. Les mouvements de l'œil sont plus promplement gênés que dans riiydropisie des cbambres de l'humeur aqueuse. ]ls finissent par se perdre complètement.
7. Dès le début, il existe dans l'œil une douleur qui augmente tous les jours en intensité et s'étend à tout le côté correspondant de la tête, aux dents, au cou. A la fin, le malade devient presque fou de douleur l'i fait appeler le chirurgien pour qu'il évacue le contenu de son œil. Heer a vu un homme qui se l'était ouvert lui-même avec un canif.
8. Alors même que la douleur esl relativement modérée, le malade l'sl entièrement privé de sommeil et d'appétit.
Causes. — A part les causes Iraumatiques, elles sont aussi obscures i|ue celles de l'bydropisie des chambres de l'humeur aqueuse. On en a nccusé les cachexies scrofuleuse et syphilitique.
Traitemenl. — On peut diriger l'emploi de moyens généraux contre la cause spéciale que l'on soupçonne avoir produit la maladie; mais ce qui soulage le plus, c'est la réduction de la quantité de l'humeur vitrée. Dans un cas, suite de lésion traumatique, et dans lequel le crislallin était opaque et déplacé, j'ai réussi à obtenir la guérison de I hydropisie de riuiineur vitrée au moyen de la paracentèse pratiquée fréquemment à travers la cornée. Néanmoins, c'est ordinairement à I l'avers la sclérotique qu'il faut pénétrer, comme dans les cas d'hydropisiesous-choroïdienne. La ponction faite, l'humeur vitrée peut, comme dans le slaphylôme de la choroïde, s'infiltrer dans le tissu cellulaire .sous-conjonctival et y déterminer un goiilleinenl qui cache parlois tout à l'ail la cornée. Chez un des mes opérés sur kniuel cet accident arriva, il survint une douleur très intense; mais l'iiydropisie fut miérie par une pression continue exercée pendant dix à douze jours
250 AlUJMl'.NïATlON DU V()l.i;iMK DU (;i,OIlK I)K l'WM., KTC.
sur la coque oculaire vide, par le lluidc ('panclic sous la conjoudive. • Les pondions répélées de la sclérol/Kitic pi'oduisenl une innanini.itioii (le rinlérieiir de WvW cl, la perle de la raeiillé séeréloire. L'iMniiiiniialion esl, parfois plus intense el délerniine des adliérenees de Tii is ce» Topacilé de la cornée. L'œil s'alrophic, devienl mou el insensible.
Si la paracenlèse fréqueniinenL renouvelée échoue, il laul employer r le moyen recommandé par lieer, c'esl-à-dire l'incision de la cornée, connue dans l'opéralion de la calaracle, el l'exlraclion du crisliillin iivecM une partie ou la totalité de l'humeur vitrée; après quoi les luni(iuesde v l'œil s'affaissent graduellemenl.
[M. Chavanne a proposé contre l'hydroplithalmie une médication spéciale fondée sur l'anatomic patllolo^^ique de cette alTcction (1). Pour r ce ])ralicien, l'hydrophlbalmic hyaloïdienne n'est pas constituée par u» h surcroit de sécrétion de l'humeur vitrée, qui, au contraire, disj)araU t tout à fait, mais dans la présence d'un liquide nouveau, patholoi^icpjc, . qui n'est autre chose que de la sérosité, el dans le(|uel on rclrouve la i membrane liyaloïdc flollant ratatinée. C'esl donc une hydroj)isie de t l'œil, comparable aux autres épanchcmcnls séreux, tels, ])ar exemple, que l'hydrocèle. En effet, M. Chavanne prouve que le liquide épanché ;■ n'a aucun des caractères chimiques el physiques de l'humeur ^ilrée. Il est ordinairement roussàtre, ffuide, cl s'écoule sans dillicullé parlât canule d'un petit Irocarl n'ayant que trois millimètres de diamètre. . Or, il n'eu est pas de même pour le corps vitré qui, comme on le sait, . ne s'écoule pas dans ces conditions, parce que, indépendamment de sa i viscosité (qui peut être diminuée dans l'étal pathologique), ce liquide siège au milieu des mailles ou cellules innombrables de sa membrane propre et y est emprisonné à la façon de l'eau dans une éponge. Le liquide épanché est fortement albuinineux, landis que l'humeur hyaloïdienne ne renferme pas la moindre trace d'albumine.
C'esl sur l'analogie qu'il constate entre l'hydranose de l'œ-il cl celle de la tunique vaginale, que M. Chavanne fait reposer le traitement qu'il conseille contre la première, à savoir la ponction évacualrice de la poche, suivie de l'injection iodée. M. Bonnet a lenlé deux fois la cure radicale de l'hydrophlbalmic par ce moyen: une première fois sans succès en février 18o4,mais aussi sans accidents notables; une seconde fois au commencement de 18.3o,avec le succès le plus complet, comme on le verra dans l'observation suivante :
Obs. 442. — Hydrophtlialmie. — Injection iodée. — Guérison eomlalée cinq mois après'. — André Mercier, ouvrier mineur de SaiiU-Seriiin-des-Bois (Saôiie-el-Loire). âgé de 34 ans, l)ien conslilué, ayant toujours joui d'une bonne saulé, entre à l'Hôlel-Dieu de Lyon (salie Sainl-Pliilippe, u" 2t), le 14 janvier i85S, pour une maladie déjà ancieniic de l'œil gauche. Voici l'état où nous trouvons cet organe : Le globe de l'œil a presqin' le double du volume ordinaire; il fait une saillie assez uniforme dans tous les sens; la
[(1) GazcUc miiilicale de Lyon, 31 oclobre 1855 ; p. 572.]
llYDUOI'IITIIAI.MIi: Ol; Il YDIIOPISIE UK l/oEIL. 2oi
.n^. L-sl un pot. pi oôininciiU!. Los i)aui)iorus dilnléos à la longue peuvcnit encore le vp r ! ■! conioiiclivo csl génonilcmcnl injectée; au travers de cette uu'nil.rane plus '"'^'i!!! • soe on voit la sclérotique lileuàtn," et noirâtre par i)laces. Une cicatrice d'un demi- '!«Hmi re ^'v remarque en lias et eu dedans; aux environs de ce point, cette membrane fa a plus amincie. La cornée a perdu en grande partie sa transparence et ne pern.elde S ? u' i.coniplélement Tiris repoussé en avant et la |.u|.ille reirucie. L'iiumeur a.iueuse to'rèn.'nt trouble eni|.ècl.e aussi de juger des parties profondes de l'œil. Le globe ocSaiie encore mobile, mais la vue est coinplélemenl abolie. Douleurs peu considérnhles actuellement. • • n .
Voici ce que nous apprenons sur le début du mal et la marclic (|u'il a suivie : Il > a cpnt 'ow Mercier reçut à l'œil gaucbe un éclat de paille de 1er; le même accident lui elail M 'irrivé plusieurs' fois sans suites lâcheuses. Mais, cette fois, quoi(ine l'extraction du
ëoros étranwr fût laite de bonne heure, il se déclara une opblhalmie violente, a la suite fie lanuelle on vit se développer en bas et en dedans, au point où nous trouvons aujour- ■l'hui une cicatrice, une petite tumeur bleuâtre qni n'était autre chose qu'un staphylome de la sclérotique. On vida plusieurs fois ce slapbylôme en le ponctionnant avec la lancette et il se reprodiiisil toujours. Cependant il avait un peu diminué et restait slaliounaire. Trois ans plus tard, le malade s'aperçut que son œil augmentait de voinnu.' et que sa vue diminuait d'autant. Des douleurs vives ne se lirenl sentir que loiigicmps après (il y a (rois mois), et on peut les attriliuer, ù en juger par le récit du malade, à une ophthalmie violente survenue à cette époque. Nous avons dit qu'aujourd'hui les douleurs sont moins vives
La'maladie se présentant exempte, autant qu'il se peut, de complication notable, M. Donnet résolut de traiter cet œil bydropique par la ponction suivie d'une injection iodée. Le 8 janvier, ou procéda à l'opération. Le malade n'est pas étbérisé. Un ])etit trocart est plongé dans l'œil à un centimètre en deliors de la cornée et au-dessous de la ligne moyenne horizontale. Le liquide qui en sort sans difllcullé est de couleur rouge jaunâtre (chocolat clair), la quantité en est de deux cuillerées environ. L'œil s'affaisse aussitôt, la cornée se ride. On pousse immédiatement une injection iodée (teint, d'iode et eau, parties égales, avec un peu d'iodure de potassium) en quantité égale à celle du liquide évacué. L'œil reprend son volume; la cornée se tend et présente des alternatives assez singulières d'opacité et de transparence : ou dirait d'une lame d'acier poli sur laquelle onasounié à plusieurs reprises (nous nous sommes expliqué plus haut sur ce phénomène). L'iris est fortement repoussé dans la chambre antérieure et touche la face interne de la cornée. Sa couleur est d'un rouge bleuâtre. On laisse écouler la plus grande partie du liquide injecté. Le malade accuse des douleurs assez vives mais supportables. Elles étaient plus fortes le lendemain; le malade les compare à celles qu'il avait éprouvées dans les ophtbalmies aiguës survenues pendant le développement de la maladie. Il est impossible de rien apercevoir à travers la cornée, soit à cause de son peu de transparence, soit à cause du trouble plus manifeste de l'humeur aqueuse. La conjonctive est partout enflammée.
Les choses se passèrent ensuite très simplement. L'ophthalmie aiguë s'éteignit peu à peu, ainsi que les douleurs; l'œil commença à diminuer de volume, et quand le malade partit, le % février suivant (cinq semaines après l'opération), le volume primillf était réduit d'un tiers.
Le 18 juin, cinq mois après, on apprit que tous les accidents étaient dissipés. L'œil opéré avait beaucoup diminué de volume et n'avait plus que la grosseur d'une petite I noisette; toute trace d'inllammation avait disparu; la cornée était complétenieni opaque, et l'individu ne se plaignait plus que de quelques élancements qu'il ressentait à des intervalles plus ou moins éloignés, du côté de la tempe et de l'arcade orbitaire.
« Il n'est pas besoin, dit M. Chavanne, de faire ressortir les heureux résultats de celle opération. Le malade a guéri sans passer par les risques de la suppuration, sans délabrement anatomiquc considé- ' rable, et avec le moins de dinormité possible, avantages qui ne sont à dédaigner dans aucun cas et dans celui-ci en particulier. On dira sans doule : C'est là un l'ail unicpie; pcul-il à lui seul servir de base à un
lài AUGMENTAITON DU VOLIIMK DU Cl.OBE Dii LOKIL, V.XK,
iioiiveiui mode do Iraileniciil? Nous iT|)ondi-oiis (luc oc fait, (ivioi([U(.|, oiiiprmilo à la inôUiodo oiuployoo un oaraoloro do j^i'iioi'uliU'U inconloslahlo. Jl ronlre dans la grande rainillo dos guôrisoiis d liydro-j |)isies par rinjeclioii iodée. Il n'a en eiïoL i-ion (roinpiri(ino, rien d'inim! prévu. Il esl né, non d'un remède nouveau, mais de l'applioalion nou-a voile d'une grande molliodo lliorapeulicpui légilimée par la j)lus sovèrer» analogie. Dans tous les oas, il osl au moins oncouragoanl, ol nous no» douions pas (pie, rallonlion des chirurgiens élanl appelée sur ce point J d'autres cas de ce genre ne viennent bientôt se joindre à celui-ci. »
Des considérations et laits qui précèdent, l'auteur tire les coiiclu-i; siens suivantes :
« I. Conlraircmenl à l'opinion générale, l'Iiydroplillialmie dite pos-s térieurc ou hyaloïdienne ne consiste point en une liyjjersécrétion dov l'humeur vitrée. Cette humeur linit au contraire par disparaître ami totalité.
II. L'hydrophlhalmie est un véritable épanchement séreux conipa- ■ rable aux autres hydropisies, sous le double rapport analomo-palllo-^ logique de la membrane productrice et du liquide produit.
III. Les traitements employés jusqu'à ce jour contre cette maladie irebelle sont ou insulïisants ou dangereux. I
IV. L'œil réellement bydropique se trouvant transformé en grande i: partie en une cavité close, en un kyste Hbro-séreux, le traitement re- s connu et vanté à juste litre comme le plus ellicace contre ce genre de r' maladie lui est dès lors applicable.
V. Le raisonnement légitime la nouvelle application de la méthode .' des injections iodées à la cure radicale de l'hydranose oculaire.
VI. Enfin, l'expérience a montré que ce mode de traitement esl effi- ■! cace contre l'hydrophlbalmie, et autorise son introduction dans la lliérapeulique de cette aflcelion. » T. W.]
§ 6. Hydrophthalmie générale.
Fig. Demotirs, pl. I.XII, lig. 2- Von Ammon, llil. III, taf. 111, fig. 0 el 7, laf. V, «g. Il, 13,
laf. XV, ng. 2. Dali ymple, pl. XXXIl, llg. 3. j
L'humeur aqueuse el l'humeur vitrée peuvent avoir augmenté eu , même temps de quantité: on a donné à cetélat le nom de buphlhalmos, I à cause de sa ressemblance avec l'œil du bœuf.
Celte maladie oifre les symptômes combinés de la seconde el de la i|| cinquième variété d'hydrophthalmie, au moins ceux qui peuvoni exister concurremment. Lorsque celle all'eclion est congéniale, on l'appelle megalophlhalmos, et elle s'accompagne souvent {roi)acilo de la cornée. Tous les tissus de l'œ^l paraissent également augmentés do volume : non seulemenl la cornée esl plus grande el plus saillanle, el les •) chambres de l'humeur aqueuse plus étendues, mais l'iris est plus déve-
ÉP.VNCIIEMKNT SANGIMN A l'iNIKHIKUU UlC l'oKII.. 2;i5
loppé qua rordiiiairc. Dans quelques cas congéniaux, l'œil eslsivolu- ,,'iiileux (|ue les paupières ne [)euveut se leriuei' sans dillicullé. Lorsque n,v(|ioplUlu»luiie générale se développe après la naissance et que la marclie en esl rapide, elle s'accompagne d'une douleur excessive ; l'œil nord ses mouvemenls et le malade le sommeil el l'appélil; il fiiiil piir londK'r dans le délire el, si le cas esl négligé, on pcul voir survenir l;i ,.;irio de rorbile el la morl.
Bcci- n'a renconlré celle aiïeclion que chez des sujels allcints d'un , lai de cachexie exlrémemenl avancé, cl principalemenl chez des scro- I (lieux el des scorbutiques.
Los cas congéniaux se guérisscnl parfois sans Irailcment (1) : la (ornéc s'éclaircil, l'œil se réli'aele et, s'il ne reprend pas son yoUiuk! normal, au moins ccsse-l-il de s'aceroilre (2). D'aulres l'ois, le mal irsle slalionnaire jusqu'à l'époque de la puherlé : alors l'œil augmente liiusquement de volume; la pupille, largement dilatée, contracte des adhérences avec la capsule qui devient opaque; l'iris se déchire par suite de l'allongement auquel il esl soumis ; la rétine perd sa sensibilité el, au bout d'un ccrlain temps, l'œil se ramollit el s'atrophie.
On a recommandé le mercure, la squine, la digitale et les révulsifs; mais j'aurais plus de confiance dans les toniques. L'iodure de potassium el l'huile de foie de morue méritent d'être essayés. Lorsque les autres moyens échouent, il faut évacuer le contenu de l'œil comme tiaus l'hydropisie de l'humeur vitrée.
SECTION in.
ÉPANCHEMENT SANGUIN A l'iNTÉRIEUU DE l'oEIL. Syn. — Haemophlhalmos, hypaernia, apoplexia oculi. DasBlulauge, AU.
Fig. Von Ammon, Ihl. I, taf. 11, flg. 16 cM 7; taf. IX, lig. 20; laf. XV, fip. 17; taf. III, 11g. 5; laf. XV, flg. 21; laf. XVll, lig. i, llil. Il, laf. 1, lig. 1, M, 16, 17, 20 — 24.
Pour traiter complètement el méthodiquement de l'épanchement du sang à l'intérieur de l'œil, il y aurait à établir de nombreuses distinctions. Ainsi, l'épanchement peut avoir une origine traumalique ou survenir spontanément; s'effectuer dans un œil sain ou dans un œil déjà plus ou moins désorganisé; le sujet peut être d'une bonne constitution, affecté de scorbut, de purpura ou de tout autre maladie; enfin, l'hémorrhagie peut occuper la cornée, les chambres de l'humeur aqueuse, le corps vitré ou la réline.
J'ai déjà traité (t. I, pp. 454, 615) derépanchemontdesangconséculif aux blessures de l'iris, el aux coups sur l'œil ; j'aurai occasion d'ex-
(1) WAni;, Op cil., p. 28a.
(2) VoN Ammom a donné des figures qui rpprcsenlenl réeluircissemenl progressif de la cornée en pareil cas, dans son Darstcllungcn , ïlicii IIL laf. VII.