‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 2)Chapitre 3 sur 143 · OPHTHALMIES · texte numérisé non relu

OPHTHALMIES

moyenne intensité. Il faut débuter par la saignée générale, et y revenir jusqu'à ce que les symptômes généraux et locaux de l'inflammation soient amendés. Dans aucune autre maladie de l'œil, la saignée ne produit des ellets aussi soudains et aussi remarquables que dans l'iritis. Le malade qui, avant la saignée, ne distinguait la figure d'une personne placée devantlui que comme une masse confuse, s'écrie souvent, lorsqu'elle est terminée, qu'il y voit distinctement. C'est surtout dans l'iritis syphilitique que j'ai fait celte remarque. Le sang est très couenneux, particulièrement dans l'iritis rhumatismale et dans l'iritis syphilitique. On ne doit pas remplacer la saignée par les ventouses scarifiées qui, comparativement, ne produisent que peu d'elTet. Après la saignée, on peut appliquer des sangsues largement autour de l'œil, et y revenir tous les jours ou tous les deux jours , jusqu'à ce que l'on soit maître de l'inflammation. Les scarifications de la conjonctive sont généralement inutiles, ou même nuisibles dans cette affection.

2. Purgatifs, etc. — Les cathartiques, les diurétiques, un régime ténu et rafraîchissant, le soin de garder la chambre, le repos de tout le corps, la précaution d'empêcher la lumière d'arriver jusqu'aux yeux, constituent des auxiliaires puissants. Souvent j'ai vu le mercure ne rien produire d'avantageux tant qu'il ne purgeait pas, ou jusqu'à ce que l'on eût administré conjointement des purgatifs.

3. L'antimoine et les autres nauséeux agissent favorablement de deux façons : ils modèrent la circulation et rendent le système plus susceptible d'être influencé par le mercure.

4. Les opiacés sont impérieusement réclamés dans l'iritis, tant par l'intensité de la douleur nocturne circum-orbitaire, que pour calmer celle que le malade ressent dans l'œil lui-même.

5. Le mercure, administré de façon à affecter la constitution, est un remède très précieux dans l'iritis. En calmant rinllammation, il prévient, ainsi que le professeur Béer l'a fait ressortir le premier, l'épanchement de lymphe coagulable, et en favorise puissamment la résorption quand déjà il existe. Il est évident que dans l'iritis il faut administrer cet agent de façon à le faire agir plus promptement que dans la syphilis primitive, à raison du danger qu'il y a de voir survenir la contraction et l'adhérence de la pupille. On doit en même temps éviter de produire une salivation brusque et intense, dans la crainte de devoir interrompre ti'op tôt l'usage du mercure et de se trouver contraint à laisser marcher la maladie jusqu'au point de détruire la vision avant de pouvoir y revenir. La meilleure préparation mercurielle dans l'iritis est le calomel avec l'opium, donné à petites doses fréquemment répétées. Nichet (1) le donne à la dose de 10 à 12 grains par jour, avec ou sans opium, suivant les circonstances. Il pense qu'il importe

(1) Gazelle médicale de Paris, ôi décembre 1836.

IRITIS EN GÉNKRAL.

de déterminer proinplement la salivalion, qu il oblicnl ainsi en cinq jonrs, quelquefois même en deux.

[Quand il est utile, et cela se voit souvent, de continuer l'emploi des antiphlogistiques, en même temps que l'on veut mercurialiser le sujet, M. Ilays a recours avec avantage au calomcl combiiuî avec le nitrate de potasse et le tartre émélique. Voici la formule ordinaire : R. Calomcl gr. viij— x; potass. nilrat. dr. j; antim. lart. gr. j. M. Div. in dos. n" viij; à prendre un paquet toutes les quatre heures (1) T.W.] [La pommade de Cyrillo (sublimé, un gros; axonge, une once) appliquée en frictions aux pieds, est vivement recommandée par le docteur Al. Quadri, de Naples. Voici comment il en décrit le mode d'emploi (2) : « On commence par faire pendant deux jours une friction avec dix grains de cette pommade, et l'on augmente d'un grain après quatre onctions jusqu'à en user vingt grains à chacune d'elles. Tous les deux jours on suspend la friction pendant un jour et l'on administre un bain entier à 26 degrés Réaumur. Après huit à dix onctions, l'iritis est enrayée; après quarante, le traitement est fini et l'iritis est radicalement guérie, presque sans le secours des émissions sanguines. Ces dernières, répétées et surtout générales, donnent lieu ordinairement à des atteintes plus ou moins profondes sur la rétine, jusqu'à produire l'amaurose. Cette manière de traiter l'iritis, instituée par mon père, est spécifique chez nous, et nous nous en servons même dans les iritis non syphilitiques. J'ai été à même, cette année, de faire des observations bien significatives à cet égard ; j'ai traité des malades atteints d'iritis, qui souffraient des autres manifestations générales de la syphilis, contre lesquelles ils faisaient usage du deuto-chlorure de mercure à l'intérieur; eh bien! l'iritis ne s'est calmée que lorsque j'ai fait suspendre la liqueur de Van Swielen et recouru à la pommade de Cyrillo. Dans d'autres cas, au contraire, où, après une dixaine de frictions, l'iritis s'était calmée, j'ai voulu retourner à l'usage du sublimé à l'intérieur comme moins dangereux dans la saison chaude ; l'iritis a reparu et n'a cédé que lorsque je suis revenu aux frictions. Estce à cause de la dose plus forte que l'on peut donner par celte voie?»

Nous avons essayé ce traitement, à l'Institut ophthalmiquc du Brabant, sur quelques malades. Chez tous il a semblé enrayer la maladie, sans l'avoir fait disparaître chez aucun. Nous continuerons ces essais qui jusqu'ici ne sont pas concluants. T. W.]

G. L'iodiire de potassiuin possède une action très mai'quée sur l'iritis. Je ne m'y fie cependant jamais au début; mais j'y recours volontiers lorsque je suis force d'intei-rompre l'usage du mercure.

7. La térébenthine a été recommandée comme un médicament qui,

f (I) IIays, ctlilioii nméricniiic ilc Lnwn-noe, p. 428. ] [ ('2) Annalos d'Ociilisliquc, i, XXXVI, p. 3(). ]

OPIITllALMIlîS.

administré à rintériciir, dans les cas d'irilis, agit d'une manière analogue au mercure (1).

8. Le sulfate de quinine est souvent très utile, non-seulement dans les cas d'iritis scrofuleuse, mais encore dans ceux d'iritis syphilitique.

9. Les vésicatoires derrière les oreilles ou à la nuque, rendent de grands services lorsque les émissions sanguines ont été suflisanles ; mais avant cela ils sont nuisibles.

10. La belladone dilate promptement la pupille pendant la première période de Tiritis ; plus tard elle ne produit aucun effet apparent, tant que Tinflammation n'a pas été considérablement amoindrie par la saignée et le mercure. On doit y avoir recours dans tous les cas et à toutes les périodes de la maladie. On l'emploie le plus habituellement sous la forme d'extrait, qu'on humecte jusqu'à lui donner une consistance crémeuse, et qu'on étend abondamment, matin et soir, sur les sourcils et les paupières. Comme c'est pendant la nuit que la maladie parait faire le plus de progrès, et qu'il existe pendant le sommeil une diminution naturelle de l'ouverture pupillaire, tendant à favoriser la contraction permanente de cette ouverture, qui a tant de propension à survenir dans l'iritis, c'est évidemment le soir qu'il faut appliquer la belladone, si on ne l'emploie qu'une fois dans les 24 heures (2). Comme cet extrait cesse d'agir dès qu'il est desséché, on doit fréquemment humecter, à l'aide du doigt ou d'un pinceau trempé dans l'eau, les parties qui en sont recouvertes.

La belladone agit beaucoup plus puissamment sur la pupille après la saignée du bras. Un gentleman étant venu un matin me consulter pour une iritis, je lui prescrivis des applications de belladone et quelques pilules mercurielles. Ayant été appelé le même soir auprès de lui, je trouvai la pupille irrégulière, mais non dilatée. Je lui pratiquai une saignée du bras, et deux heures après, je trouvai la pupille dilatée, bien que l'application de la belladone n'eût point été renouvelée.

En général, aussitôt que l'inflammation diminue sensiblement, les fibres de l'iris semblent comme débarrassées de la lymphe épanchée, et la pupille commence à se dilater; dans les cas négligés eux-mêmes, lorsqu'on l'a laissée s'oblitérer presque complètement, l'usage continu de la belladone s'accompagne parfois d'une dilatation graduelle de la pupille, d'un allongement des filaments qui l'unissent à la capsule du cristallin, et d'une amélioration correspondante de la vision. Après la disparition de rinllammation aiguë, on peut instiller matin et soir dans l'œil quelques gouttes d'une solution aqueuse filtrée d'extrait de belladone, ou d'une solution de sulfate d'atropine. Ainsi mise en

(I) Obscrvaliiins on Edicnry of 'Piii-ponlinn in llic Vcnoroal ami otlier (leepsealcd Inflamnialions of llie Kyo ; by llicii Caiimiciiaki,. hubliii, I8i!). (•2) Loiuloii Médical uiul l'iiysical Journal ; vol. LIV, liv ., p. 115 London, 1825.

miTIS IDIOPATIIIQUE OU RHUMATISMALE. H

contact avec la conjonctive, labelladone agit plus cfiicaccmcnl qu appliquée sur la peau, et réussit quelquefois à déchirer des adhérences qui avaient résisté aux enibrocations sur la surface externe des paupières.

La belladone détermine quelquefois un elïct qui pourrait faire conseiller de s'abstenir de son emploi pendant la période aigue de l'iritis • nous voulons parler de l'action qu'elle exerce sur l'iris en forçant sa substance propre à se contracter, tandis que le pigmentum nicjrum, ou uvée, reste appliqué sur la capsule du cristallin, dont on ne peut plus ensuite la séparer. Que la belladone produise ainsi quel- quefoisla séparation de l'iris d'avec Tuvée, c'est un fait qu'on ne saurait contester, mais qui est rare, surtout lorsque Ion a adopté des moyens convenables de diminuer rinflammation. Il est plus sujet à se montrer dans les cas qui ont été traités par le mercure à l'exclusion de la saignée, ainsi que quelques auteurs l'ont recommandé. Après les émissions sanguines, je n'hésite jamais à prescrire l'application de la belladone.

Le docteur Robertson mentionne (1) un cas dans lequel la belladone produisit un effet extraordinaire : la pupille étant venue à se dilater sous l'influence de ce moyen, contracta des adhérences dans cet état, ce qui donna à l'œil une apparence amaurotique. Le docteur Robertson croit que ce résultat a été dû à ce que de la lymphe plastique étant venue à s'épancher aura soudé entre elles les fibres de l'iris pendant que cette membrane était sous l'influence de la belladone.

Les moyens que nous venons de mentionner conviennent plus ou moins à toute espèce d'iritis ; mais ils devront subir certaines modifications selon les causes productrices de la maladie. Le traitement variera suivant que l'irilis sera syphilitique, scrofuleuse ou arthritique, et suivant les symptômes différents que ces espèces diverses pourront présenter dans chaque cas particulier.

Les applications stimulantes sur la conjonctive sont en général inutiles ou même dangereuses dans l'iritis; dans tous les cas, il ne faut à nucun nrix y recourir dans la période d'acuité.

SECTION XXII

miTIS miOPATHIQUK ou niIU.MATlSMALE.

Fig. Bcer, laf. 1, ng. G.; laf. H, lig. I. DBlrymp'lc, pl. XVIII, Og. 1.

Nous avons déjà dit qu'un certain degré d'iritis accompagne presque toujours les opiithalmies rhumatismale et calarrho-rhumatismale. Il y a d'autres cas qui, comme ces deux ophtbalmies,se manifestent surtout

(1) Eilinbiirgh Mcdical ami Surgicnl Joiiriiul ; vol. XXXII, p. 201 . Ediiibiirj,'!). 182!).

OPIITIIALMIES.

par suite de Texposilion aux changemcnls almospliériques, de la suppression de la iranspiraliou, de l'usage abusif des yeux, et dans lesquels l'iris est la partie de l'œil qui est la plus allectée ; l'invasion de la maladie est brusque, ee qui la fait ressembler aux autres maladies dues à des inlluences externes, et diflérer de celles qui sont entièrement dues à des causes constitutionnelles ou internes, à marche lente et insidieuse. Dans cette iritis idiopathique ou rhumatismale, les deux yeux sont quelquefois afleclés simultanément et à un degré d'intensité presque égale. D'autres fois, un seul œil est enflammé, ou l'un d'eux Test beaucoup plus que l'autre.

Symplomes locaux. — L'obscurcissement de la vue est le premier symptôme qui se manifeste. Les lettres d'un livre semblent pâles, et l'œil est promplement fatigué. Cet état peut persister pendant quelques jours avec très peu de rougeur de l'œil. Plus lard, tous les objets paraissent comme vus à travers un brouillard épais, probablement par suite du dépôt d'une mince couche de lymphe au-devant de la capsule du cristallin. A ces symptômes subjectifs viennent bientôt s'ajouter d'autres phénomènes objectifs qui indiquent le siège spécial de la maladie. Ces changements commencent au pourtour de l'ouverture pupillaire, d'où ils s'étendent graduellement vers la circonférence ciliaire de l'iris. On voit la pupille contractée, les mouvements de l'iris entravés, et l'ouverture pupillaire privée de cette coloration d'un noir brillant qui lui est naturelle. La couleur de l'iris change ensuite d'abord au niveau de son petit cercle, qui devient d'une teinte sombre, et ensuite au niveau du grand cercle qui revêt une teinte verte, si l'iris était gris ou bleu, et une teinte rougeâtre, s'il était brun. Ce changement de coloration de l'iris est un indice certain que sa substance est enflammée; il est sujet à persister après que tous les autres symptômes de l'iritis se sont calmés. Aussitôt que ce changement de coloration est devenu bien marqué au niveau du grand cercle, l'iris se gonfle et fait saillie vers la cornée, tandis que la circonférence pupillaire, perdant son bord tranchant et nettement limité, semble un peu épaissie et dirigée en arrière vers la circonférence du cristallin.

La rougeur qui accompagne ces changements n'est pas considérable: elle est d'abord bornée à la sclérotique, dans laquelle on aperçoit un grand nombre de petits vaisseaux d'un rose-rouge, qui se portent vers la cornée. Petit à petit, la rougeur s'accroit, et Ton voit que cet accroissement est dû en partie au développement de vaisseaux sur la conjonctive. L'injection est plus marquée au pourlour de la cornée el va en diminuant à mesure qu'elle se rapproche des replis de la conjonctive.

Le malade accuse dans l'œil une douleur qui est souvent intense et pulsative, et qui s'accroît lors des mouvements de l'organe; il y a de la (louleurau-dessous du sourcil, plus la douleur nocturne circum-orbitaire semblable à celle que l'on observe dans la sclérolite rhumatismale.

lUITlS IDIOPATIIIQUE OU RHUMATISMALE,

Si Ton irarrtHc poiiil la maladie, la pupille perd sa forme circulaire et devienl irrégulière, quelquefois presque Iriangulaire, en même temps quelle prend un aspect grisâtre. Lorsqu'on examine 1 état des parties à laide d un verre grossissant d'un court foyer, ou simplement en concentrant sur la pupille les rayons lumineux au moyen d'une lentille bi-convexe,on reconnaît que cet aspect grisâtre est dû à un mince flocon (le lymphe coagulable. Les saillies ou dentelures que présente le bord pupillaire de l'iris devenu irrégulier semblent partir de ce llocon, et plus tard on trouve fréquemment des adhérences en ces points entre l'iris et la capsule. C'est k cause de ces adhérences partielles que le malade, qui jusqu'alors avait une vision partout également confuse, se trouve ne plus pouvoir distinguer qu'un côté ou qu'une partie d'un objet. Pendant un certain temps, il peut n'y avoir qu'une ou deux brides qui déterminent l'adhérence; de sorte que le reste de la pupille étant libre, lorsqu'on applique la belladone, cette ouverture prend une forme très irrégulière. (Fis. 1.) Un de mes malades avait cinq brides, de sorte que la pupille avait la forme d'une feuille de chêne. Plusieurs de ces brides, ou la totalité d'entre elles, peuvent se rompre sous l'influence de la belladone, surtout lorsqu'on applique celle-ci sur la conjonctive et que l'on en favorise l'action par l'emploi de la saignée et du mercure. La fîg. 2 représente une des deux brides de la fîg. 1, qui s'est déchirée. Après que ces brides ont ainsi cédé, on découvre parfois de petits points blanchâtres dans le lieu où existaient les adhérences.

Si la maladie continue sa marche, répanchement de lymphe dans la pupille augmente. Il a également lieu derrière l'iris, de sorte qu'il se forme des adhérences entre ru\ée et la capsule du cristallin. La lymphe s'organise, et l'on voit des vaisseaux s'y porter en partant de l'iris.

Dans les cas négligés, la pupille reste souvent fortement contractée, bridée cl anguleuse ; l'iris est verdâtre ou ardoisé, privé de l'aspect strié et du lustre qui lui sont naturels. Le cristallin devient quelquefois opaque et se désorganise.

Pendantce temps, la photophobie qui existait au début de la maladie diminue; et, tant à cause de la part que la rétine prend à l'alVection que par suite de l'état tle la pupille, la vision diminue graduellement, et finit par ne plus consister que dans la simple pei'ceplion de la lumière. Assez souvent, le malade se plaint d'éprouver la sensation d'une tache noire, semblable à une mouche, ou de plusieurs points noirs ou troubles, qui se trouveraient comme placés à une certaine distance devant son œil cl intercepteraient partiellement la vue des objets.

A mesure que la maladie marclie, la cornée perd quelque chose de son brillant particulier, et il s'opère quelquefois des changements

OPIITIIALMIIÎS.

remarquables sur la surface anléricure de l'iris. De pelils dépôts de lyuiphe s'y forment; d'autres fois, la lymphe j)araît se déposer dans la substance de l'iris, car, en même tcm|)s qu'il fait saillie en avant vers la cornée, ses fibres se rassemblent en faisceaux, ce qui donne à cette membrane un aspect plissé tout particulier. Dans quebjues cas très rares, on voit se former sur la face antérieure de l'iris, le plus souvent à l'union de son grand et de son petit cercle, une ou plusieurs élévations d'un jaune rougeàtre, d'abord petites, puis plus volumineuses, faisant saillie vers la cornée, et qui ne sont autre chose que des kystes contenant du pus, qui, venant à s'épancher dans la chambre antérieure, donne naissance à un faux hypopion. Quelquefois, en même temps, un peu de sang s'épanche dans la chambre antérieure.

Telle est la marche générale d'une iritis rhumatismale négligée. Sans doute cette aiTeclion peut offrir des degrés variés d'intensité ; les suites aussi, telles que nous les avons exposées dans la section précédente, en sont diverses et entravent plus ou moins la vision. L'inflammation finit enfin par s'arrêter, même lorsque l'on n'emploie aucune espèce de remèdes; mais en pareil cas la vision est presque toujours détruite.

Symptômes constitulionneh . — Comme la sclérotite rhumatismale, l'iritis rhumatismale peut attaquer un individu qui n'a jamais été atteint de rhumatisme dans aucune autre partie du corps. Assez souvent, elle survient chez des sujets qui ont longtemps souffert de rhumatisme, bien que l'iritis soit dans tous les cas, si je m'en rapporte à ce que j'ai vu, provoquée par une nouvelle exposition au froid ou par quelque autre cause semblable, mais jamais par une métastase. Dans l'iritis rhumatismale, le malade est altéré ; il a la langue blanche et le pouls accéléré, souvent de la constipation, et parfois des dispositions aux nausées.

Causes. — Ce sont les mêmes que celles que nous avons déjà énumérées à l'occasion de l'ophthalmie rhumatismale. Quelques malades en proie au vice rhumatismal souffrent chaque année d'une ou plusieurs attaques de celte maladie, dont chacune laisse l'œil dans un état plus fâcheux qu'auparavant, jusqu'à ce qu'enfin la vision soit complète i n e n t dé truite.

L'iritis survient fréquemment pendant ou après l'usage du mercure, parce que ce médicament prédispose fortement tout le corps a <;édcr à l'influence des causes qui déterminent l'inflammation rhumatismale. J'ai vu cette maladie déterminée par la lecture prolongée chez une personne qu'un rhume avait obligée de garder la chambre penolant plusieurs jours. On l'a vue aussi causée par l'irritation déterminée par une dent gâtée, irritation transmise au cerveau par le nerf de la cin(|uième paire, et de là par action réflexe à l'œil.

Traitemenl. — \. 5a/r/»(:c.— L'intensité de la fièvre qui accompagne

lUlTlS IDIOI'ATIIIQUE OU RHUMATISMALE.

l'iritis iluimalisinalc indique à quelle espèce de saignée il faut recourir et jusqu'à quel point on doit la porter. La saignée du bras, répétée, est presque toujours nécessaire, et doit être suivie de l'application de nombreuses sangsues autour de Tdoil.

2. Mercure. — A peine la bouche est-elle prise par l'usage du mercure, que l'on observe une diminution des plus marquées des symptômes. Dans les cas aigus, on peut administrer toutes les heures deux grains de calomel et un tiers de grain d'opium; les doses seront moins rapprochées dans les cas chroniques, et l'on prendra garde que la bouche ne se prenne trop tôt.

Il n'en est pas moins vrai que si le malade ne s'attache pas à éviter soigneusement l'action du froid , le traitement mercuriel lui sera souvent très nuisible. Il doit donc abandonner ses occupations, rester confiné chez lui, et, si le cas est grave, garder le lit. Sans cela, il est exposé à voir la maladie se reproduire avec un redoublement d'intensité, sous l'influence des causes les plus légères, telles qu'un changement de coifFure, par exemple, ou le passage d'un appartement à un autre, etc. Reste à savoir si, lorsque le malade est pauvre, mal logé et incomplètement vêtu, on doit lui prescrire le mercure, à moins qu'il ne puisse être admis dans un hôpital. Si l'on s'en abstient, on est presque sûr que l'œil sera perdu; si on le prescrit, on compromet la santé générale du sujet. L'accès de la lumière doit être diminué dans la chambre du malade qui, en hiver, doit être modérément chauffée.

5. Uiodure de potassium à la dose de 4 à 5 grains trois fois par jour, peut être prescrit lorsque quelque cause oblige à interrompre l'usage du mercure.

4. La térébenthine, employée comme l'a conseillé M. Carmichael dans l'iritis syphilitique, peut être essayée ici avec quelque chance de succès.

5. Le repos, et un régime antiphlogistique sévère doivent être prescrits. Le malade renoncera à toute nourriture animale et aux liqueurs fermentées.

6. Opiacés. — Lorsque nous donnons le calomel, nous le combinons à l'opium. Si l'on s'abstient du mercure, il faut prescrire chaque soir un opiacé puissant pour calmer la douleur. On doit aussi frictionner la tête avec du laudanum chaud, ou de l'onguent mercuriel contenant de l'opium. Si ce moyen, ainsi que l'opium administré à l'intérieur, neréussit point à prévenir l'attaquededouleur nocturne dontlesiége estdans l'œil et autour de l'orbite, on peut obtenir un soulagement considérable en lomcntant les paupières et les parties avoisinanles avec des llanelles trempées dans une décoction chaude de tètes de pavots, ou de feuilles de belladone, en ayant soin de sécher soigneusenu'ut les parties dès ([ue l'on cesse les fomenlations, et de les couvrir avec une compresse, de linge préalablement chauffée.

OPIITII.VLMIF.S.

7. Purgatifs. — On prescrira chaque malin une quanlilé suriisanle d'huile de ricin ou de suliale de magnésie pour maintenir le ventre lihre.

8. Diuréliques. — De petites doses de nitre et de crème de tartre, administrées toutes les deux ou trois heures, sont utiles.

y. Les diaplioréliques peuvent être utiles, mais ils sont passibles des mêmes objections que le mercure. Si le malade ne peut se garantir eilllcacement contre le froid, il faut y renoncer.

10. Le quinquina, esl sans contredit un remède d'une grande utilité dans le traitement de l'irilis rhumatismale. Je suis cependant tout aussi opposé à l'idée de son emploi exclusif qu'à celle de s'en fier entièrement aux propriétés antiphlogistiques du mercure et à sa faculté de provoquer la résorption, à l'exclusion de la saignée et des autres moyens déplétifs. Dans une inflanunalion d'une nature aussi dangereuse que l'irilis, on doit savoir se servir de tous les remèdes, et ne jamais se laisser entraîner à une pratique mauvaise sous prétexte de simplicité.

H. Les vésicatoires derrière l'oreille, à la tempe et à la nuque, rendent plus de services dans l'irilis rhumatismale que dans toute aulre espèce d'iritis. Lorsque l'on veut obtenir une révulsion plus modérée, on peut mélanger partie égale de teinture de canlharides au laudanum avec lequel on pratique des frictions sur la téte, lorsque les menaces de douleur nocturne se font sentir.

12. La belladone doit être largement appliquée matin et soir sur les paupières et le sourcil. Habituellement, elle ne produit que peu d'eflél apparent tant que l'inflammation n'a point été considérablement amoindrie parla saignée et le calomel. On s'en sert souvent pendant huit jours et plus sans en obtenir une dilatation marquée de la pupille. Lorsqu'à la suite d'une nouvelle émission sanguine, ou d'un commencement d'irritation des gencives, la dilalion de la pupille survient brusquement , elle esl toujours d'un favorable augure.

13. Le vin d'opium est utile au déclin de la maladie. Toute application faite directement sur l'œil lui-même sous forme de collyre ou de pommade, est plus qu'inutile dans la période aiguë.

Prophylaxie. — Les personnes sujettes à l'irilis rhumatismale doivent éviter soigneusement toutes les causes qui peuvent la produire, et particulièrement les transitions brusques du chaud au froid, les exercices violents, les assemblées nondjreuses, les veilles prolongées, les jeux de cartes, la lecture ou récriture trop prolongées, les excès dans le boire et le manger, etc. Les bains de mer, l'été, préviennent (|uel(iuefois les récidives. J'ai vu employer avec succès dans le même but la salsepareille pendant un long espace de temps. L'habilalion d'un climat méridional pendant l'hiver peut garantir un malade de l'attaque à laquelle il est habiluellement exposé.

IRITIS SYPlIlLITigUE.

SECTION XX ni.

iniTlS SYPHILITIQUE.

Fi[.'. Dcer laf. II, lig. l- nnlryniplc, pl. XVIII, llg. 3 elO ; pl. XIX, ng. t. Siclicl, pl. XI, lig. 6 ;

pl. XIII, ng. 2, Ict C.

Comme les autres affections syphilitiques secondaires, roplitlialmie syphilitique offre à son déhut une marche insidieuse; mais, au bout d'un certain temps, son intensité s'accroît rapidement et cause les ravages les plus profonds. Si on l'abandonne à elle-même, elle désorganise presque tous les tissus de l'œil, à commencer par l'iris, puis de là étend son influence destructive à la fehoroïde et à la rétine, à l'humeur vitrée, et même à la cornée et à la sclérotique.

Symptômes locaux. — Les symptômes caractéristiques del'iritis, tels que nous les avons énumérés (page 2 et suiv.), sont en général bien marqués dans l'irilis syphilitique; mais il importe de remarquer qu'ils sont quelquefois très peu prononcés au début. Cette affection diffère, à cet égard, de l'iritis rhumatismale qui, par suite des symptômes extérieurs dans lesquels elle se manifeste et de l'action soudaine de la cause qui y donne naissance, est généralement caractérisée tout d'abord par des symptômes qu'on ne peut guère laisser passer inaperçus ou méconnaître. De plus, dans l'iritis syphilitique, la rougeur est quelquefois pendant longtemps éparpillée, et plutôt fasciculaire que zonulaire; les changements dans l'aspect de l'iris et de la pupille sont aussi très légers. Ceci démontre la nécessité qu'il y a d'examiner dans Tes cas suspects, peut-être devrais-je dire dans tous les cas d'iritis, l'état de la gorge et de la peau du malade avec le plus grand soin, et de s'enquérir de l'état antérieur de sa santé. Lorsque l'iritis est syphilitique, on trouve presque toujours les restes d'une éruption syphilitique, ou des ulcérations dans la gorge; assez souvent même cette ophthalmie coexiste avec des symptômes secondaires à l'état aigu dans divers tissus de l'économie; quelquefois, bien que rarement, avec des symptômes primitifs : dans tous les cas, l'histoire de la santé antérieure du malade aidera à prévenir les conséquences les plus désastreuses.

Il est inutile de donner ici de nouveau la description de la rougeur zonulaire, du changement de coloration de l'iris, de la coniraelion, de l'irrégularité et de l'inmiobilité de la pupille, de l'épanchement de lymphe plastique, et des autres symptômes généraux de l'iritis, car ils sont les mêmes dans l'iritis syphiliti(|ue. Aucun de ces symptômes, ni l'obscurcissement de la vision, ni la douleur qui les accompagne, ne peut fournir de signe différentiel, bien (|ue quelques auteurs se soient imaginés y avoir découvert des particularités (jui pernuUtraient

Page 1