AFFECTIONS MALIGNES DU GLOBE DE L OEIL
Le globe de l'œil est sujet à trois affections malignes, au moins; cet sont ; le squirrhe, la lumciir encéplialoïde mélanose. iSous décri- : rons ces alfeclions isolément, mais il est important de savoir qu elles > peuvent être réunies.
Laissant actuellement de côté la dernière de ces trois afl'eetions pourr m'occuper exclusivement des deux autres, je dois dire que, d'après ce* que j'ai vu, la première (le squirrhe) a une marche lente et ne so< lermine jamais par la formation d'une tuiueur volumineuse, et que lorsqu'on en pratique l'extirpation, loin de la trouver semhlahle ii un fongus ou à la substance médullaire, elle oflre une dureté cxircme et une texture fibreuse et striée qui lui mérite tout à lait la dénomination de squirrhe. Je n'ai jamais rencontré cette forme de dégénérescence de l'œil que chez d(;s personnes âgées, et plus fréquemment chezles femmes que chez les homiues.
Dans la seconde de ces trois formes de la maladie (l'encéplialoïde), la tumeur, après avoir perforé la partie antérieure de l'œil, marche i avec une grande rapidité et atteint souvent des dimensions énormes; elle olfre une texture spongieuse ou fongueuse , s'accompagne à la fin d'hémorrhagies eiïrayantes, et présente à la disseclion une sidtslance d'un blanc brunâtre, presque conq)lélemenl dépourvue de libres, et que l'on peut comparer au cerveau sous le rapport de la consistance et de l'aspect général. J'ai rencontré cette espèce de tumeur chez les enfanls et chez les adultes, mais beaucoup plus fré(iuenuuent chez les premiers.
Dans la première de ces aflections, l'extirpation de l'œil est quel-
sgummiK m gloiif. dk lokii.. 275
oqefois suivie d'un succès coniplcl, bien qu ou doive encore redouter devoir le s(|uirrlie iUliMiuer conséculiveuu'ul les i);ui|)ière.s, l;i substaiH'c cellulaire de Torbile, ou les muscles de l'œil. Dans hi seconde, dans les cas nombreux que j'ai observés sur des cnlanls, jamais l'exlirpalion n'a élé suivie d'un succès permanent; une excroissance fongueuse provenanl du nerropli(|ue a, dans tous ces cas, latalemenl reproduit la maladie, et la plupart du temps dans l'espace de quelques mois.
SQUIURHE DU GLODE DE l/oEU..
Fig. rtalryniple, pl. XXXV.
Le squirrlie du globe de l'œil est toujours précédé d'une inllammaliou oculaire de longue durée, qui souvent doit son origine au IVoid, survient chez les femmes à l'époque de la cessation des règles, s'aecosmpagne de douleurs atroces dans l'œil el la tète, cl est bientôt suivie d'obscurcissement de la vision, puis de la cécité complète de l'a^ii affecté. A ces symptômes viennent, s'ajouter la déformation el la dureté de l'œil; la cornée est devenue opaque, déformée el ratatinée, la sclérotique esl d'un jaune sale, et irrégulièremenl proémincnlc; lesYaisseaux extérieurs sont variqueux el la conjonctive quelquefois épaissie ou même tuberculeuse. L'œil est le siège de démangeaisons, d'une sensation de clialeur brûlante el de douleurs lancinantes; il s'inonde de larmes pour peu qu'on l'ouvre et ne peut supporter le moindre contact. Une bémicrànie intense, qui s'aggrave pendant la nuit, empécbe complélenient le sommeil, prive le malade de tout appétit el le rend impropre à toute occupation qui exige quelque aclion du corps ou de l'esprit. Un des traits les plus caractéristiques de la maladie, c'est la longueur du temps qu'elle peut durer sans airecler les parties voisines et sans déterminer d'ulcération. A la lin, néanmoins, les paupières el le tissu aréolaire de l'orbite sont envahis par l'inllammation carcinomaleuse; les paupières se tuméfient, rougissent et s'indurenl; l'œil ne peut plus se mouvoir; les ganglions lymphatiques de la face el du cou s'engorgent cl deviennent douloureux; la conjonctive commence à s'ulcérer el laisse échapper une matière acre et ténue ; l'ulcère s'étend el devient profond ; les parties se détruisent les unes après les autres, comme dans le cancer des paupières, et le malade est graduellement usé par la fièvre et la douleur.
Si l'on extirpe l'œil avant que la maladie ail marché aussi loin, on trouve la sclérotique, surtout près du nerf optique, fortement épaissie, dure, presque cartilagineuse el, lorsqu'on l'incise, elle présente des
276 AITECÏIONS MALIGNES DU GLOIIE DE LOEII,.
hiliulos hliincliàlirs (lue l'oii cotisidère conime ciinu'IorisrKuics duii s(iuirrlR' ; les iniisclcs de Tceil sonl alleelés de la nièiiie l'aeoii; Im, globe oeiilaii-e esl délonné : tanlôl il esl revenu sur lui-même, lantôlo augmenté de volume; son eoulenu normal esl absorbé, ou, s'il en resiei, (iuel(|ue porlion, elle esl presque méeonnaissable ; une substance blau-ii ebàUe ou jaunâtre, d'une consistance moins ferme (jne la selérolique^ malade, mais divisée comme elle par des cloisons membraneuses, s occupe la |)lace de riuimeur vitrée (1).
Pronosiic el tndternenl. — Aucun médicament interne, aucune appli-l, cation externe, n'ont le pouvoir d'arrêter les progrès de cette aireclioii.iii l<:ile résiste à tout traitement, mais, à cause de la lenteur de sa niarchc.t^ elle peut durer des années avant d'entraîner la morl.
Dans la première période, c'est-à-dire tant (pie la maladie esl boriK-eiau globe de l'œil et (jue celui-ci reste mobile dans l'orbite, on doit eu-, pratiquer l'extirpation, comme ofl'ranl des chances de succès. Si la con-u jonctive, les paupières ou les tissus qui remplissent l'orbite sonln alléclés à un degré quelconque, on ne peut conseiller l'extirpation avecn autant de conliance, à raison de la tendance qu'a le mal à récidiver.r; On doit toutelois recourir à l'opération, à moins que, par suite de l'im-ii mobilité complète de l'œil, on ait de fortes raisons de supposer que lesi muscles, la capsule oculaire el tout le tissu aréolaire de l'orbile-tj el peut-être même le périoste, sont envahis par la dégéuérescenœ squirrbeuse.
Si le malade se refuse à l'extirpation de l'œil, ou si, d'après léliii général dans lequel se trouve le sujet, ou la période avancée de la m;ibulie, le chirurgien pense que toute opération est contre-indiquée, i faut recourir aux palliatifs pour calmer la douleur et diminueriez troubles généraux. On obtiendra beaucoup sous ce rapport en veillaiii atlentivemenl à ce que les intestins ex{'>culenl bien leurs fonctions, ci recommandant au malade un régime doux el nourrissant el l'absleii lion de tout ce qui peut fatiguer le corps ou surexciter l'esprit. Il laui employer les narcotiques, à l'extérieur d'abord, au moyen de iomenla-. lions ou sous d'autres formes, el si ces moyens échouent, admimslrei. l'opium en lavement ou par la bouche. Dans les cas avancés de cancei. de l'œil ulcéré, il esl indispensable de prescrire de fortes doses d opiuir pour adoucir les souHrances du malade.
loiv ; vol. 11, p. 297; l.on.U.n, I8r,5. [el Uma.T. Physiologie pall.ologuiue, l. Il, p. 2'« Va\-\i 18/(.ii. - 10. Uu cancer et îles cunci'oïilcs. Pans, 18a2.]
FONGUS II^MATODE OU TUMEUn ENCÉPHAI.OÏDE DU GLOBE DE l'OEIL. '277
FONGUS IlÉMATODE OU TUMEUR ENCÉIMIALOÏDE DU GLOBE DE l'oEIL. Fig. Von Amraon, M. I, .af. XXI, XXII. D..Irympl.N ,.1. XXXIIl, XXXIV, XXXVI, 11g. I.
La maladie décrite par le professeur Burns (1) sous la dénomiua- \on\ïinflammation spongoïde, puis par M. Ilcy (2) sous celle de
ngvs hématode, et qui est aussi connue sous celle de cancer mou, dii .arcôme médullaire (3) et de tumeur encéphaloïde, attaque assez Iré- Micmincnl le globe de l'œil. Un cas de cette nature a été disséqué par Paw (4) en 1597. La tumeur oculaire égalait le volume des deux poings et s'accompagnait d'une autre tumeur située sur la partie lalévî\\e de la tète. Paw compare au cerveau la substance qui composait les lumeurs. Ou a publié en 17G7 un cas de celle aflcction dans lequel l œil t'utoxiirpé par Hunier (5). M. Ware, en 1800, considérant l'afleclion comme carcinomateuse (6), a publié une observation dans laquelle le mal occupait les deux yeux d'un enfant. M. Iley a exprimé 1 opinion que le fongus bémalode attaquait assez fréquemment l'œil, déierniinail une augmentation du volume de cet organe et détruisait l'organisation de ses parties internes ; que si l'on n'extirpait point l'œil, la sclérotique se décbirait ; qu'il s'écoulait une matière semblable à de lu sanie sanguinolente et que le malade était emporté par celte afleciion (7). M. Wardrop (8) a démontré par de nombreuses dissections la parfaite exactitude de l'opinion de M. Iley.
Symptômes. — Le fongus bémalode, ou tumeur encéphaloïde, lors-
(1) Dissertations on Inflammation ; vol. Il, p. 502 ; Glasgow, 1800.
(2) Praclical Observations In Surgery ; p. 255 ; Lonilon. 1805.
(5) AnERNETiiY'sSurgieal Observations, contaiiiing a Classification of Tumours, etc., ]). 51, Loiidon, 1804.
(4)Pucrulo trienniaperui caput. Ilic aliqiiol mensibus ingenti laborabat tumorecxoeulosinisti o, adeo quidcm ut iiitegcrbulbusocularis cura musciilis omnibus foras protuberaret, in lantaniqueaccrevissct molein ut duos pugnos protuberanlia eeqiiarel. Iluic dnabus anle morlom scptiniaiiisaiius tumor orlus fuerat prope muîculum temporalera sinislrum, quem, ablala cutc, vidiiniis peculiari (eaque cj'assa salis) racmbrana obduetuni intra cutem, craniumque liaîrcre. Craniuni cxiguum liabebat foraminulum, per quod maleriam ejecerat naiura. Ablalo cranio, vidimus ocularis lumoris maleriam intra cranium et duram inatrein coUectam universam inlegro plane et illa;so cercbro. Aperto utroque tumore, vidimus eos subslaiilia cerebro plane simili replelos, pci'mixto sanguine concrcto, liaud aliter ac si molœ subslantiam vidisses. » Pétri Pawii obscrvalioiicsaiiatomicfB ; p. 58 ; Ilafniœ, 1656.
Nicolaus Larcheus, dans une lellrc à Marc Aurèle Séverin, a décrit et figuré un cas mortel de ce qui paraît avoir élé un fongus hématliodc survenu sur un enfant ùgé de cinq ans. 11 décrit ci ltc tumeur comme ayant pris naissance sous l'œil. Voyez Severinus. De recondila abscessuuni iialura, p 150 ; rrancofurli ad Mœiiuni, 1645.
Ob.servatiou (raffcclion morbide de Ireil, par M. HAVES,lue le 26aoiU 1763; Médical Observalioiisand liiquiries; vol. 111, p. 120; London, 17G7 : Descriptive Catalogue of llie Patbological Spccimcns in llie Muséum of tlie Royal Collège of Surgeons of Englaiid ; vol. IV, p, 167; Lou- 'lon, 18i9.
(C) Cliirurgical Observations relative lo the Epiphora, etc., p. 49 ; London, 1800
(7) Op. cit„ p. 285.
(8) Obscrvaiioiiâon Fungus llacmalodi's : p. 0 ; Edinburgh, 1809.