‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 2)Chapitre 44 sur 143 · I.'aIM'AUKIL, (.niSTALl.INlKN · texte numérisé non relu

I.'aIM'AUKIL, (.niSTALl.INlKN

ANATOMIK PATllOl.OCMQl K D K

, ..ihM-ouoho nous n'en dirons rien, atloiidu quclos parlies supurlicielics du crislallin ■luropdinu-iics à séparer nellenionl parla dissection pour qu'on puisse les mesurer

exacloinont, et que des ■,/;g„;;n;,s pour d'aussi polîtes dimensions nous piiraisscnt absolument sans valeur, (^ulre les Lieux formes de libres nuoiéées si exactement déoritesparM.Robin.nous 011 avons représenté iiiie troisième (lis.60,«).

les noyaux ici ne sont iii arrondis niovalaircs, mais bien quadrilatères, ot, au lieu d'être éloignés les uns des autres, ils se loucbent presque et paraissent à peine ['''S-

séparés par une ligne Vnriélés de fibres à noyau provenant d'un crislallin coagule par Kcau

olairc. Celle forme est b»^'^^-»^<^-

moins fréquente que les deux autres : quelquefois elle se remarque presque exclusivement sur certains cristallins; d'autres fois, quelques rares libres de celle espèce se montrent au milieu des deux autres formes.

Bien que ces libres puissent se voir sur les cristallins frais de beaucoup de vertébrés, on les voit bien plus netlementlorsqu'on les étudie surdes cristallins qui ont macéré dans l'eau alumineuse, ôu mieux, qui ont été plongés dans l'eau bouillante. On réussit quelquefois alors à fracturer ces fibres de façon à démontrer que les corpuscules y sont contenus comme dans une sorte de canal, car sur certaines préparations la fracture s'opère au niveau de l'un de ces corpuscules : on voit celui-ci rester en partie engagé dans le canal de la fibre formant une saillie arrondie à l'extrémité de la fibre brisée.

Sur des cristallins provenant de trois vieillards, âgés de 73 à 82 ans, nous avons observé un aspect particulier de ces fibres, que nous avons fait représenter (fig. 61). r,es fibres sont d'abord près de moitié plus étroites qu'à l'ordinaire et, de plus, les noyaux, outre qu'ils sont plus petits, sont irrégulièrement dispersés au milieu des fibres. La forme en esl irrégulière; ils ressemblaient non à des noyaux, mais à des trous sans forme bien arrêtée,

, . /.Il . . r 1 !.. Aspect particulier des fibres nu-

perforanl ces fibres de part en pari. Le hasard avait ciéées chez les vieillards.

voulu que nous examinassions les yeux de ces trois vieil- crisiauincs paraissant

' moins larges que de coutume.

lards presque dans le môme temps, de sorte que nous «««. Noyaux irréguiicrs et dé-

, ., . , . . formés occupant ces fibres. (Gross.

nous voyions presque conduits a donner cet état comme sm diam.) propre au crislallin des individus avancés en âge, d'autant plus que ceux-ci provenaient de personnes qui pendant la vie n'avaient accusé aucune altération de la vue. Mais nous avons ensuite examiné un grand nombre d'autres cristallins de vieillards sans y observer rien de semblable.

S» Couche des fibres rubane'es. — Elle est située immédiatement au-dessous des fibres nucléées et avanl les fibres dentelées; elles ont la même largeur et la même dis-

CATARACTE

[Fig. 62.]

Fibres rubanées.

o. Vue a plai, on y aperçoit encore en 6 la trace d'un corpuscule.

c. Vue de champ.

position que les fibres nucléées dont elles sont la continuation immédiate. On peut voir à l'une des extrémités de celles que nous avons représentées, la trace d'un corpusculece qui prouve qu'elles se continuent sans ligne de démarcation avec les lihres nucléées : elles n'en diffèrent qu'en ce que les noyaux contenus dans les autres ont ici complètement disparu. La même figure démontre qu'elles sont superposées les unes aux autres et aplaties comme des rubans; c'est pourquoi nous leur avons donné, pour les distinguer, le nom de rubanées.

Elles n'ont été décrites par personne; elles ne sont cependant pas difficiles à voir, surtout lorsqu'on les étudie sur des cristallins coagulés par l'alun ou par l'eau bouillante.

6" Couche des fibres dentelées. — Ces fibres forment la totalité du noyau. Découvertes par sir David Brewsler dans le cristallin de la morue, où elles sont très marquées, on n'a pas lardé à voir qu'elles existent dans le noyau du cristallin de tous les vertébrés, chez lesquels les dentelures paraissent d'autant plus prononcées que l'animal dont on examine le cristallin occupe un degré moins élevé dans l'échelle. C'est chez l'homme qu'elles sont le moins prononcées et que les dentelures sont le plus fines et le plus rapprochées; elles ne sont cependant point difficiles à voir, surtout à un grossissement de 330 diamètres, et sur des cristallins préparés comme nous l'avonsdéjà indiqué. Kœlliker dit que ces fibres sontdes tubes hexagonaux qui s'articulent par leurs bordsd'une certaine façon dontil donne la figure schématique. Tous les auteurs qui les ont décrites depuis ont admis son opinion; voici entre autres ce qu'en dit M. Bowman, un de ceux qui ont le mieux décrit le cristallin : <c On ne peut doncpas dire que près des plans les fibresaienl des bordsbien nets et limités; mais dans leurs portions intermédiaires leurs bords sont doublement coupés en équerre, de sorte que chacun d'eux est uni à ceux de deux autres fibres, l'une située un peu au-dessus, l'autre un peu au-dessous; et si l'on veut considérer chacune des sections comme un côté distinct, on trouvera que chaque fibre a six pans. Mais chacun de ces pans est plus ou moins dentelé, et ses saillies et les échancrures qui en résultent s'engrènent avec celles des fibres voisines. Ainsi, chaque fibre par ses bords dentelés est intimement unie à quatre autres, et par ses surfaces aplaties elleest en rapport avec deux autres, l'une au-dessus, l'autre au-dessous. »

Nous regrettons de nous trouver en opposition avec des autorités aussi respectables: mais ce que nous avons vu n'est point en rapport avec cette description. Toutes les fibres cristallines, aussi bien les fibres dentelées que les autres, nous ont toujours paru parallèlement placées les unes à côté des autres, de sorte que chaque fibre se trouve en contact, par chacun de ses bords, avec une autre fibre : elles représentent des bandelettes plus ou moins aplaties et juxtaposées. Les dbves dentelées sont moitié moins larges que les fibres nucléées et n<&a«ee5;elles paraissent aussi moins aplaties et un peu bombées sur l'une et l'autre face; comme les autres, elles contiennent à leur intérieur une substance qui se coagule sous l'influence de la chaleur et des réactifs déjà indiqués. Bien que le noyau soit manifestement plus dense que la couche corticale, chaque fibre prise isolément ne paraît pas plus résistante que celles qui composent la couche corticale. Les unes et les autres se résolvent facilement en une matière grenue amorphe lorsque l'on comprime la petite plaque de verre qui recouvre la préparation placée sous le microscope.

\TOMIE PATHOLOGIQUE DE l/APPAnEII. CRISTALLINIEN . 54-1

2» État pathologique.

Pour donner l'analomic pathologique coniplèlo du cristallin, il faudrait décrire les aliénions propres aux diverses espèces de la cataracte spontanée, c'est-à-dire à celles survenues sans aucune autre altération appréciable du reste de l'œil , celles proi)res aux pacités du cristallin suite d'oplitlialmie interne ou d'altérations graves des Iiunieurs et des ssus internes de l'œil, celles qui sont la conséquence des lésions traumatlques, etenlin 'èiles qui sont particulières ù cet étal du cristallin que M. Mackenzie ap|)elle glaucomafux. Nous n'avons pas eu l'occasion d'étudier celle dernière altération , cl nous n'avons rien trouvé dans les auteurs que nous puissions ajoulerà ce qu'en a dit M. Mackenzie: nous nous bornons donc à renvoyer le lecteur ù l'article Glaucome de cette traduction. Quant aux deux autres altérations, la mieux étudiée est celle qui constitue la cataracte ordinaire ou cataractelenticulaire. Nous avonseu h notre disposition un trèsgrand nombre do cristallins cataractés, provenant d'hommes el de femmes de toutàge. L'âge des hommes variait de 23 à 88 ans; celui des femmes de 21 à 82. Les cataractes dataient de trois mois et demi à 12 ans. L'âge de beaucoup le plus commun a été de SO à 60 ans, et la durée la plus ordinaire de la maladie, au moment de l'examen, d'un à deux ans. Cecis'applique sur. loulaux trois formes de cataractes les plus fréquentes, c'est-à-dire ù la cataracte molle, ui est surtout caractérisée, lorsqu'elle est encore en place dans l'œil, par la teinte bianc- Icuâtreet un peu pommelée de l'opacité ; à la cataracte demi-molle, ou corticale, ou déhisl'oiile, caractérisée par des stries opaques se portant plus ou moins régulièrement delà l'irconférence vers le centre du cristallin el communiquant à la lentille une teinte grisblanchàlre qui n'est jamais uniforme; et enfin à la cataracte dile dure, caractérisée par la teinte jaunâtre, semblable à du papier brouillard huilé, et qu'on pourrait appeieruniforme. si, lorsque la pupille est largement dilatée, on ne constatait pas que, vu sa moindre épaisseur, la circonférence du cristallin a une teinte moins foncée que sa partie centrale. Nous indiquerons les altérations que nous avons observées, et qui sont presque identiquement les mêmes dans ces trois variétés fondamentales de la cataracte, dans le même ordre que celui que nous avons suivi pour faire connaître le cristallin à l'état normal.

Coloration. — On sait que, dans toute cataracte, l'altération la plus frappante pour tout le monde, consiste dans le changement de coloration qu'a subi le cristallin. Ce changement n'est pas le même pour la couche corticale que pour le noyau : pour la première de ces parties, il consiste dans une teinte gris-blanchâlre constamment la même, quelle que soil la coloration du noyau. C'est surtout dans ce cas que l'on peut distinguer les couches corticales de celles qui constituent le noyau, car celui-ci revêl toujours une autre teinte que la blanche. Quelque peu avancée que soit la maladie de cette partie, la teinte du noyau est toujours au moins d'un jaune ambré : cette teinle jaune va toujours en augmentant (l'intensité et passe d'abord à la couleur acajou clair, puis à l'acajou foncé. 11 n'existe aucun rapport constant entre l'âge du malade, la date de la maladie, ni même l'espèce de cataracte et l'intensité de coloration du noyau. Cependant, jamais nous n'avons rencontré une coloration très foncée du noyau quand la cataracte ne datait pas d'un an iiu moins. Quelque peu intense qu'ait élé la teinte ambrée du noyau, elle a toujours été plus prononcée que celle observée par nous sur le cristallin normal du vieillard le plus âgé (92 ans) dont nous ayons examiné les yeux..

Par où débute l'altération de coloration du cristallin? Pour notre part, jamais nous n'avons observé de changement dans le noyau quand les couches corticales n'en avaient pas déjà subi un beaucoup plus considérable ; nous avons rencontré, au contraire, onze cristallins sur lesquels il n'y avait d'altération que dans la couche corticale. Ces cristallins provenaient de personnes âgées qui n'avaient jamais accusé de trouble dans la vision; l'altération formait une zone grisâtre, striée, large d'une demi-ligne et occupant toute la circonférence de la lentille. Sur quelques-uns, les stries s'avançaient çà cl là plus ou moins vers le centre, et n'auraient probablement pas tardé à se montrer dans le champ delà

CATAIUCTE.

pupille, pour peu que les sujets d'où ils provenaient eussent encore vécu quelque temps. ■ Un travail morbide aussi peu avancé n'avait encore amené aucun changement dans lacon-f sistance de la lentille qui, dans tous ses autres points, avait conservé une transparence^^ parfaite. Aussi nous a-l-il été impossible, bien que nous eussions les cristallins sur notreu table et la facilité de les examiner à la loupe et au microscope, de décider si l'opacUéi» siégeait à la face antérieure ou à la face postérieure. La transparence était telle que,de»^ quelque côté que l'on tournât la lentille, l'opacité paraissait toujours siéger du côté que* l'on examinait. 11 faut que les choses se passent autrement quand le cristallin est en place> dans l'œil vivant; sans cela, tant d'opbtlialmologues distingués n'auraient pas énuméré les!; signes auxquels on reconnaît que les opacités siègent à la face antérieure ou à la faeesi postérieure du cristallin.

Quoiqu'il en soit, il résulte de ce que nous avons vu que la cataracte débute toujoursi> par la couche corticale et que le noyau n'est jamais malade sans que la portion qui l'en- H veloppe ne le soit encore plus que lui ; enfin, que le travail morbide commence toujours au niveau de la circonférence du cristallin. Nous lirons cette conclusion des faits observés par nous ; mais il est bien entendu que nous n'avons pas la prétention de l'appliquer à ceux observés par d'autres.

Pendant longtemps, on le sait, on crut que toutes les cataractes débutaient par le centre ■« ou noyau du cristallin. En 1837, M. Sichel (1) avait déjà mentionné les cataractes lenticu- h laires débutant par les couches superficielles du cristallin, et avait donné à cette espèce de « cataracte le nom spécial de corticale. Néanmoins, c'est la lettre de M. Malgaigne (2). dont ii l'effet a été général quoique si divers parmi les ophlhalmologistes, qui a surtout appelé e l'attention sur ce point d'anatomie pathologique. Il y dit : « Je n'ai jamais vu la cataracte * débuter par le noyau central du cristallin... toujours l'opacité commence par les coucbes ■s molles qui avoisinent la capsule et, d'ordinaire, vers la grande circonférence du cristallin; : dans le plus grand nombre des cas, l'opacité étant complète à la face antérieure et à la i face postérieure, le noyau demeure parfaitement clair... »

Il se peut bien qu'il y ait de l'exagération dans ces conclusions qui concordent si bien, j d'ailleurs, avec nos propres observations : il est certain, par exemple, que toutes les cata- i racles ne déijutent pas par la circonférence; ainsi les cataractes disséminées (Sichel) ou a slralifiées (Graëfe). Néanmoins, il faut avouer qu'on ne trouve dans les publications scientifiques que peu d'observations exactes servant à démontrer que l'opacité du cristallin peut débuter par le noyau ; et nous ne faisons à cet égard aucune réserve pourla cataracte dite dure, car il résulte de nos recherches que, toutes les fois que les couches corticales du cristallin sont opaques, le noyau, lors même que sa transparence n'est point troublée d'une manière appréciable, offre une dureté plus considérable qu'à l'état normal. Nous nu connaissons, au reste, comme présentant un caractère suffisant d'exactitude, que ce qu'a dit Vogel (3) :

« Pour trouver le siège de l'opacité (il s'agit du cristallin opaque de l'œil droit d'un i vieillard), on prit des tranches fines du cristallin au moyen du couteau double, tranches s dont la direction était parallèle à l'axe et allait de la surface antérieure à la surface posté- rieure. Les fibres prismatiques étaient incolores et transparentes, mais vers le milieu elles étaient de plus en plus opaques...

« L'examen microscopique de plusieurs autres cristallins, examinés immédiatement i après l'extraction, a fourni des résultats analogues. L'opacité existait toujours dans les fibres elles-mêmes et était surtout prononcée au ceîitre et bien moins à la circonférence.»

On voit, du reste, par cette citation que, tout en élablissant d'une manière irrécusable • que l'opacité était plus considérable au centre qu'à la circonférence, Vogel (4) laisse dans

[{{) De roplilhalmie,elc., p. 496 el BOG.]

[(2) Laiicelte françiii.sc, i8/(.|, ii" 26.]

[(3) Physiologie pathologique. Lebeiit, tome XI, p. 215.]

[(4) Vogel. Icônes liislologica; palliologiea;. Lipsiex', l84o,p. 123-26, lab. XXVI, fi::. 8 J

ANATOMIE l'ATIlOLOGIQlJE DE l'aI'PAUEIL CUISTALLINIEN . 543

10 (louie la question de savoir si les fibres profondes du noyau élaienl plus opaques que Ils liiJi-es superlicieiles ou corticales.

CoHsislance — La consistance du cristallin dans la cataracte n'est pas moins altérée ,1,0 s'i coloration. Ainsi, la couche ou plutôt les couches corticales se séparent très l iciicment du noyau; c'est même dans cet étal (voyez lig. SI) qu'on saisit bien la distinclion L'iablie par les anatomistes entre ces deux parties. La couche corticale, au lieu d'être ,nollc visqueuse et facile à écraser, comme h l'état normal, est devenue plus seclie; au lieu de se réduire en pulpe, elle se laisse facilement fragmenter et séparer par petites écailles, de sorle que. s'il est permis de s'exprimer ainsi, elle est devenue i)lus dure, plus coiisislante et néanmoins beaucoup plus fragile. Cet état est celui de la couche corticale jans les variétés dites dures, demi-molles, corticales, et ne présente point de différences notables, que l'opacité soit uniforme ou striée. Mais dans les cas de cataractes offrant la leiiitt! blanc-bleuâtre pommelée, la couche corticale est moins consistante : elle forme alors line pulpe blanchâtre, semblable à de l'amidon peu cuit, qui abandonne facilement le noyau pendant sa sortie à travers la pupille, ou plus souvent à travers la plaie faite à la cornée.

Quant au noyau, nous l'avons toujours trouvé, sans exception aucune, notablement plus dur et plus résistant qu'ù l'état normal ; dans les cas où cet état était le moins prononcé, la consislance de cet organe était encore beaucoup plus ferme que celle des cristallins les plus âgés que nous ayons examinés. Celte augmentation va souvent jusqu'à exiger une pression très forte avec le doigt sur le dos du couteau ù cataracte que l'on emploie pour ooupcr la lentille en travers. Malgré cette dureté, ou peut-être à cause d'elle, le noyau se laisse beaucoup plus facilement séparer en feuillets qu'à l'état normal; l'aiguille, en grattant, le réduit aussi plus aisément en petits fragments. Ces particularités sont les mêmes, à peu de chose près, quels que soient l'âge du malade, la forme et l'époque de la cataracte. La dureté plus considérable que l'on attribue généralementàlacataractedes vieillards, ne nous paraît point évidente: on en a tiré le précepte de ne point employer cliez eux la disci.sion.

Altérations de la couche épitliéliale (1). — Elles consistent surtout dans l'aspect poinlillé et grenu que revêtent ces cellules qui ressemblent alors tout à fait à celles dont le liquide interne a été coagulé par un procédé quelconque. Les figures 30 et 31 qui représentent des portions de capsules saines, mais qui ont macéré dans une solution de sulfate de fer, en donnent une bonne idée. Évidemment, cet aspect est aussi dû ici à la coagulation du liquide de l'intérieur des cellules; mais il y a en plus une infiltration de petits granules dégraisse, ainsi que le démontre l'action de l'élher. Quand on a affaire à une cataracte commençante et qu'on détache avec précaution un lambeau de la capsule qui correspond à la fois à une portion transparente et à une portion opaque du cristallin, on aperçoit très nettement le contraste entre les cellules saines et les cellules malades. Celles-ci sont exclusivement bornées aux points de la capsule qui se trouvent en regard de l'opacité. L'adliérence des cellules à la capsule ne paraît point diminuée. Parmi tous les cristallins extraits de l'œil, un seul est venu recouvert de sa couche épitliéliale : il provenait d'une femme. Au moment de l'opération, bien que la capsule fût très évidemment incisée, le cristallin ne voulut pas sortir. Après avoir fait toutes les tentatives qu'autorisait la prudence, on renvoya la femme au lit; il survint une inflammation assez vive de la plaie de la cornée qui ne se réunit point par première intention. Au bout de huit jours, le cristallin sortit spontanément; en l'examinant au microscope, nous reconnûmes qu'il était recouvert par la couche des cellules épithéliales offrant l'altération que nous venons de décrire. Y avait-il dans ce cas adhérence plus grande que de coutume entre le cristallin et sa capsule? Cette cause peut-elle expliquer pourquoi, dans certains cas où l'ouverture de la

[(1) Il est bien entendu que l'on ne peut voir, sur un seul et même cristallin cataracliS, toulesles oitéralions que nous allons déci ii-c, que quand il cslcomplot, c'csl-à-<lire. encore renferme! dans sa capsule. On peul bien réussir quelquefois à les voir sur un erislalliu extrait de l'œil par une opératidu, mais cela n'est point consiani, et dépend du plus ou moins de pression subie par la Icnlille eu iraversaul la pupille et la plaie faite ù la cornée.]

CATAIUCTE.

[Fig. 63.]

Coiichegranuleuse qu'on renconlre à la surface des cristallins caiaraciés. (Gross. ôaO.)

corn(^e osl siinisiinle o,l la capsule évidemment ouverte, le cristallin ne sort pas? Nous sonimos très portés à le penser.

Outre cette altération, nous avons encore vu les • cellules en subir une autre : elles augmentent considérablement de volume, de manière à devenir deux ou trois fois plus grandes ; le noyau, lu) n'augmente pas et même diminue et tend à disparaître. N'ayant rencontré cette altération que dans des cas de cataracte, nous croyions qu'elle était propre à cette affection ; mais M. Cliarles Robin a démontré que c'était une transformation normale des cellules épitbéliales cliez les vieillards (1). Les cataractes commençantes que nous avons examinées et sur lesquelles nous avons constaté cet état des cellules, provenaient eflectivemeni toutes de personnes âgées; mais nous devons ajouter que nous n'avons jamais vu cet état des cellules sur les cristallins des vieillards non cataractés. Au reste, M. Charles Robin a reconnu que cet élat des cellules épithéliales peut aussi être morbide.

Immédiatement au-dessous de la couche épllhéiiale, entre elle et la couche des cellules de Morgagni, on trouve une couche grenue ((ig. 63) qui enveloppe tout le cristallin; elle est d'un gris-jaunâtre et formée par l'accumulation de granules dont le volume varie de O,"">0009 à 0,'<^'^Qm. Ils ne siègent dans aucun des éléments connus du cristallin, mais forment, comme nous l'avons dit, une couche con-

tinue, étendue à toute la surface de la lentille. Elle est constituée en grande partie par de la graisse, car lorsqu'on la traite par de l'éther, elle se dissout et met à nu (Og. 64) la couche des corpuscules de Morgagni altérés : il se forme des gouttelelles de graisse liquide, des cristaux aciculaires qui sont probablement de la stéarine; enfin, des granules isolés, également insolubles dans la potasse caustique et l'acide acétique. D'autres fois, au lieu de rester isolés, ils sont réunis par petites masses de 0,"""09 à 0,™'"0S, ayant quelquefois une forme arrondie, ce qui leur donne une ressemblance éloignée gvec les globules inflammatoires; mais le plus souvent leur forme est très irrcgulière (fig. 65).

Mémepréparalion Cfiie ci-dessus; elle a été Irailce par l'adilition de quelques goulles d'éllier qui en ont dissous la plus grande pariie et mis à nu d'abord des corpuscules de Morgagni ddrormés; aa, des goulleleltes dégraisse, bO, des aiguilles aciculaires de sléarine probablement.

[(1) SicHEi, Iconographie Ophthalmologiqiic, p. 296.]

l'aIM'AUEIL CRISTALLINIEN.

ANATOMIK PATIlOLOGlglJE DlC

Nnn. ivons dit quc CCS granules forment une couche continue ù la surface du crislallin, ...ril n'arrive que rarement que l'on puisse les voir sous cette forme lorsqu'on examine "ircrislallins cataractes obtenus à la suite de ropùralioii de l'oxtraclion. La pression qu'ils subissent presque toujours pendant qu'ils s'écliapponl à travers l'ouverture de la cornée, brise plus ou moins la continuité do cotte couche. C'est alors que ces granules se divisent en fragments divers, mélangés aux autres éléments du cristallin malade, et surtout aux corpuscules de Morgagni, comme on icvoitflg. 63 et 66 en b.

Anémiions de la couche des corpuscules de Morgagni.— Ces corpuscules se trouvent toujours plus ou moins altérés dans la cataracte : au lieu ,1e former une couche continue, ils se présentent conslamment plus ou moins dissociés et flottant dans le liquide de la préparation. 11 est rare d'en trouver qui soient complètement intacts; presque loujours, quand ils ne sont pas déformés, la coloration en est au moins fort changée : elle est devenue jaunâtre, ne laissant passer qu'incomplètement la lumière, ou la réfractant fortement, de sorte qu'ils ressemblent à de grosses gouttes d'huile. Mais, de plus, le volume de ces corps est presque loujours augmenté; ils acquièrent souvent jusqu'à 0™»,037 : ils changent aussi de forme ; ils s'allonsent, deviennent irrégulièrement ovalaires, ou même affectent une disposition tout à fait irrégulière, et leur enveloppe laisse apercevoir un double contour (fig. 66). Lorsqu'on parvient à les écraser, on voit qu'ils contiennent à leur intérieur (fig. 65) une substance 6 „

grenue qui n'est évidemment que le liquide albumineux qu'ils contiennent à l'étal normal, et qui se trouve coagulé par l aclion morbide inconnue qui préside à la formation de la cataracte. On voit, la plupart du temps, flotter parmi les corpuscules de Morgagni altérés, des gouttelettes de graisse plus ou moins volumineuses et parfaitement reconnaissablés.

AUéralions de la couche des corpuscules et des fibres embryonnaires. —

La seule altération de ces parties consiste dans la teinte jauniître que revêtent les corpuscules qui, devenant ainsi moins transparents, sont aperçus beaucoup plus distinctement. C'est surtout sur des cristallins ainsi altérés que l'on peut voir que ces corpuscules forment une couche distincte. Il en est de même des fibres embryonnaires qui, à peine visibles sur un cristallin sain qui n'a subi aucune préparation, deviennent ici extrêmement marquées. Ou les voit alors former des faisceaux qui ont beaucoup d'analogie avec la figure donnée par M. Charles Robin (1) comme un exemple d'altération des fibres nucléées. Nous avons souvent vu l'altération qu'elle représente, mais nous l'avons interprétée autrement que lui nous pensons qu'elle appartient à la couche dont nous nous occupons.

[Fig 65.]

a. Goutleletles dégraisse.

6. Amas de granules el de goullelellcs de graisse de la surface du crislallin cataraclé.

c. Corpuscule de Morgagni déchiré en rf, où l'on voit s'échapper son contenu granuleux.

o. Corpuscules de Morgapini altérés et flollant avec des granules à la surface des cristallins calarnclés.

6. .^mas plus ou moins régulier de granules tels qu'on les voit & la surface du cristallin.

[(I) SiciiFa. Iconographie Ophlbalmologiqiie, p 289, et pl. LXIII, fig. 5 ]

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