‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 2)Chapitre 45 sur 143 · C.ATAHACTK · texte numérisé non relu

C.ATAHACTK

Les goullelcllos d'iispeel liuilcux, doiil le voIuiik; viiric de 5 à 3i) inillièiiiL's de iniliiniè-. Ire, qui cil rcnferineiil, (l'niiliTs diiiis leur (!|)aisseur, lesquelles en emhoileiit encore succès-^

Corpuscules de Morgagni allérés.

a. f^orpnscule alléré laissant, voir un double contour. ' h. Petit amas de srannies delà surface du cristallin, et qu'on trouve aussi di?«nmin.i ,innc i- •„ ■ . :

cr.stall.n, soit qu'ils y existent naturellement, soit qu'on l'es y ait;;n;s^ï;ais;„^r^^^^^^

slvemcnt plusieurs, décrues par M. Ro- ' bin (l), soiU éviilemmenl nos corpus-J, cules embryonnaires. Il se peul que leti nom et le rôle que nous leur allrihuonsi] ne soient pas ceux qui leur conviennent ! en réalité, mais à coup sûr ce ne sont point des produits morbides. Ils se rencontrent dans tous les cristallins; i seulement, ainsi que nous l'avons déjà dit, ils deviennent plus visibles dans la cataracte.

Altérations de la couche des Inilkel des fibres bulbaires. — '!ious n'avons rencontré qu'une seule fois, sur un cris- ■•' lallin cataracte, des débris reconnaissablés de celle couche; ils étaient surtout remarquables par les granulations •» qu'ils contenaient à leur intérieur, eU rappelaient plusieurs des formes que • nous avons représentées, fig. 59, p. 338. Au reste, cette couche est extrèmemcni mince et superlicielle, et n'existe, très ; probablement, qu'à la face postérieure: ■ il est donc très possible qu'elle est plu- -I tôt détruite par les manœuvres néces- -' saires pour extraire le cristallin que par r la maladie.

Altérations de la couche des fibres ■ nucléées. — La plus remarquable, cl

Portion su perDciel le d'u n cristallin affecte de cataracte .

nao. Fibres nucléées dont les noyaux ont disparu. On vol t q u cn certains points elles commencent à se confondre par leurs bor ds.

bbb Corpuscules dcMorgagni altérés.

ecc. Parties des mêmes fibres infiltrées de granules.

[(I) SiciiEi,. Iconographie, pl. LXII,fig. 7, d, b. c, fig. 5, c, d et pl. LMII, fig. 9. f, f.]

ANATOMIK

PATHOLOGIQUE DE LAI'PAUEII. CRISTALLINIEN.

PC, M Cliarlos Robin qui l'a sig.uilée le premier, consislc dans L d ilio" "oyaux. Qu'on exan.i..e la lig. 68, elle reirés te une porlion si superlicielle des libres du cns aU n, ïut y voil e. .core adhérentes en bb queU,ues-unes des cellules 3e Moiisni. Ces libres, si elles étaient saines, devraient laisser voirà leur intérieur des noyaux semblables à ceux que contiennent les fibres représentées lig. 60. On voit qu'ici il n'y en a plus la moindre trace. Cependant, cet état ne s'étend pas toujours a toute l'épaisseur de la couche, et il n'est pas rare de retrouver -^ un certain nombre de libres olïranl encore des noyaux.

l'état normal. Outre ce

Fibres (U'nleloesd'un crisillin affeclé île calaracte: on aperçoit les fines dcnlcla

fibres ne sont altérés: elles coniien-

d et là

mais plus difficiles à apercevoir qu a changement déjà si prononcé, M. Ciiarles i\obin pense que ces fibres en subissent encore un autre, en vertu duquel elles se rétrécissent de façon qu'aprfss avoir été les plus larges de toutes celiesqui composent le cristallin, elles en deviendraient les plus étroites et formeraient des faisceaux qui ressembleraient presque ù ceux formés par les fibres du tissu librillaire ou cellulaire. Nous avons déjà dit comment, suivant nous, il fallait interpréter l'existence de ces faisceaux qui est incontestable.

Ces fihrcs, et les altérations que nous allons décrire s'appliauent également à la couche des libres rubanées, présentent une i„

^uuii» o TYAni/JH ( y ^iperi-uu lus unes ui'ii

opacité générale grisâtre, légèrement grenue, 1res eviuemniLui i,,^^^. ^^.^ ^^ volume et due à la coagulation de leur liquide Interne, car l'aspect est tout ^Xait'ér " à fait le même quand on examine des fibres saines coagulées par nent de nombreux granules l'action de la chaleur. Outre ces granules, si petits qu'on ne peut les mesurer, l'intérieur des libres en contient d'autres semblables à ceux de la couche superficielle déjà décrite, et dont le volume varie depuis 0,0009 jusqu'à 0,003. De ces granules, les uns offrent tous les caractères de la graisse : ils disparaissent par l'action de l'éther ; les autres ne sont détruits ni par ce réactif, ni par la potasse caustique, ni par 1 les acides (lig. 68).

Ces fibres présentent encore une autre altération : on les voit se fondre ensemble par leurs bords, et finir par constituer des plaques plus ou moins étendues et irrégulières sur lesquelles on ne distingue plus de traces, non-seulement du noyau, mais encore de la forme des fibres. Elles ressemblent assez, ainsi, à des cristaux de cholestérine déformés ; mais on les en dislingue en ce que la potasse caustique ne les dissout pas. M. Marcel (1), qui les a décrites le premier, les considère comme une substance particulière déposée entre les fibres cristallines; quant à nous, nous avons trop souvent observé la dégradation successive par laquelle passent les fibres nucléées avant d'arriver à cet état, pour pouvoir partager son opinion.

Altemtions de la couche des fibres dentelées. — tes nbres offrent une opacité générale qui, au lieu bi»" i^s nues dentelures, la ligne «laire d'être grisâtre comme celle de la couche corticale, est ^rrrCt ''1^?^,!=' n lo voiu„,e d'un jaune plus ou moins foncé, suivant la teinte que altérés: ii est probable que eeia

' ' v,u^ a ele produit par la pression de la lame de

[(1) Iconogrujihie Ophllialmologiquc, pl. LU, passim.] îa pr%araUon"

Aspect le plus fréquent que présentent les libres dentelées altérées ; on y voit Irés

CATAUACTE.

préscnliiil le noyau d'où elles provionnenl. Celte oiuicilé csl raremeiil égnie parloul; leii plus souvent elle est notablement plus prononcée vers les parties superliciolies, et va en i (liminuanl ù mesure qu'on se rapproche du centre du noyau. 1511e est aussi duc à la coa-i gulation du liquide interne; ce liquide, en se coagulant, semble avoir pris du retrait ets'être écarté des parois de la libre pour se masser au centre du canal dont chacune d'ellesparaît fournie. Cette masse coagulée offre successivement des parties plus larges et d'au-i 1res plus rétrécies (lig. 70); l'espace qui existe entre elle et la paroi interne de la fibre de- ' meure en général plus transparent que le reste, tandis que l'extrême bord de la hbre esn accusé par une ligne bien noire, ce qui permet de reconnaître les dentelures beaucoup piusi facilement qu'ù l'état normal. Ces fibres ainsi altérées rappellent un peu l'aspect des libresi du tissu nerveux, alors que l'animal dont elles proviennent est mori depuis plusieurs heures! et que la préparation a été en contact avec de l'eau; c'est-à-dire qu'elles olTrenl commei une sorte de double contour et un contenu contracté sur lui-même et présentant des! alternatives de dilatation et de resserrement. 11 y a cependant cette différence que. dansi les libres nerveuses, toutes ces particularités sont nettement accusées et comme dessinées au crayon, tandis que, dans les fibres cristallines cataractées, elles sont un peu vagues et comme dessinées à l'estompe.

Outre cette altération déjà bien remarquable, les fibres dentelées peuvent être, comme les autres, infiltrées des granules dont nous avons déjà parlé à diverses reprises, et dont les uns (graisseux) se dissolvent dans l'éther, tandis que les autres résistent à tous les réactifs. Une partie de ces granules sont bien évidemment contenus dans les fibres, mais il en est d'autres qui constituent de petites plaques grenues, opaques, qui paraissent disséminées entre les différentes couches défibres. Quand on examine à un faible grossissement, à l'objectif n» 1 par exemple, une tranche de cristallin cataraeté comprenant toute l'étendue de la lentille, on constate que l'opacité, qui est grisâtre à la circonférence où elle correspond à la couche corticale, et jaunâtre plus profondément, là où elle correspond au noyau, va en diminuant de la superficie au centre ; il n'est pas rare même de trouver le noyau presque intact dans des cas où l'altération de la couche corticale est très i)rononcée. i Outre cette opacité générale, due à la coagulation du liquide interne et au dépôt, à 'i| l'intérieur des fibres, de granules graisseux ou autres, on aperçoit des opacités partielles. ■ Les unes sont constituées par des taches grisâtres irrégulières, plus foncées au centre et i dont la teinte s'efface graduellement; les autres sont formées par des lignes irrégulières, ponctuées, qui ressemblent à de la poussière qui, d'abord tenue en suspension dans un liquide, s'en serait précipitée par le repos. Si l'on examine ensuite les choses à un grossis- - i sèment suffisant, on reconnaît que les lignes ponctuées sont produites par les extrémités s; des fibres cristallines qui ont été coupées à des niveaux difi"érenls et laissent voir la matière ? opaque qu'elles contiennent; leurs dentelures étant aussi très apparentes, elles ressemblent r alors en miniature à des stalactytes suspendues à une voûte. Les taches grisâtres sont dues à des amas de la matière granuleuse que nous avons déjà décrite; cette matière, . suivant quelques observateurs, existerait là également dans le cristallin entier. Nous ne ' partageons pas cet avis : nous croyons que c'est le couteau qui, en pratiquant la section, a entraîné la matière granuleuse des parties superficielles vers les parties profondes, ou . même qui l'a fabriquée sur place, car il suffit d'écraser une fibre cristalline malade pour • obtenir une plaque semblable à celles-ci.

Dans la plupart des cas, lorsque l'on a fait la préparation avec soin, on trouve que les î| libres dentelées n'ont subi aucun changement ni dans leur disposition, ni dans leur forme, ni dans leur volume (fig. 69). Quelquefois, cependant, elles paraissent élargies, augmentées de volume, plus convexes sur leurs deux faces qu'elles ne le sont de coutume (fig. 70), ce qui, joint aux élargissements et aux rétrécissements alternatifs de la substance coagulée au centre de leur canal, leur donne un aspect que M. Davaisne a comparé à la surface d'une lime. Ceci s'applique surtout aux fibres qui sont restées intactes, car si l'on veut s'arrêter à celles dont les fragments flottent dans le liquide, on peut décrire toute espèce de

ANATOMIIÎ l'ATlIOLOGlQl'E DE l'aI'PAREIL CRISTALLIMEN.

(léfonnntions; mais c'est In un résultat iirliliciol iiioiliill par l'actidii des aiguilles. La gi-aiido larijeur que présentent certaines libres de la (ig. 70, pourrait hien être due à celle cause, comme aussi à la pression de la petite lame de verre qui recouvre la j)réparation.

Tous les observateurs signalent, en plus des altérations que nous venons de décrire, l'existence de nombreux cristaux de cliolestérine situés entre les lamelles du cristallin malade. Par un hasard singulier, nous n'en avons pas rencontré une seule lois, et il n'est pas à supposer que cette ])articularité nous ail écliappé, car les cristaux de cliolestérine sont de tous les éléments microscopi(|ues, celui qu'il est le plus facile de reconnaître. 11 est vrai nut^ Pi^s observateurs ne disent pas si c'est sans préparation aucune qu'ils ont aperçu ces cristaux, ou après l'emploi de l'étber. Dans ce dernier cas, nous nous rapproclierions loulù fait d'eux. Chaque l'ois, en elTet, que nous avons fait macérer un cristallin calaracté dans l'élhcr, et fait ensuite évaporer ce liquide sur une plaque de verre, nous avons vu se déposer non-seulement des cristaux de cholestérine en abondance, mais, de plus, des goutleleltes de graisse liquide plus ou moins jaunâtre, et ciitin des cristaux de stéarine presque aussi beaux que ceux de la (ig. 5 de la planche XIJ du magnifique allas de MM. Charles Robin et Verdeil. La cliolestérine el la graisse liquide se déposaient dans tous les cas, mais les cristaux de stéarine manquaient assez souvent.

En résumé, nouscroyons que l'on peut conclure des faits que nous venons d'exposer que, dans les trois espèces de cataractes que nous avons décrites et qui constituent les quatrevingt-dix-neuf centièmes des cataractes :

•1» La maladie débute toujours par la superficie du cristallin, très probablement par la couche des cellules épitliéliales, et commence au niveau de la circonférence de la lentille, tantôt parla face antérieure, tantôt par la postérieure, le plus souvent, peut-être, par les "eux faces.

Aucune autopsie soignée ne démontre que la cataracte des vieillards puisse débuter par le noyau, les couches superficielles delà lentille restant d'abord intactes.

2° Elle est caractérisée, à la simple inspection à l'œil nu et au toucher, par un changement notable dans la transparence, qui est plus ou moins complètement perdue; dans la coloration, qui devient gris-blanchâtre pour la couche corticale, d'un jaune-brun qui passe par toutes les nuances, depuis la couleur de l'ambre jusqu'à celle de l'acajou foncé pour le noyau; dans la consistance: de glulineuse qu'elle est à l'élal normal, lasubslance corticale devient sèche et cassante, moins facile à réduire en pulpe, excepté cependant dans la variété molle, et a une grande tendance à se séparer du noyau sous la forme d'unecroùle d'un mllliraètreà un millimètreet demi; quaiitau noyau, ladurelé en est beaucoup augmentée, et néanmoins les couches s'en séparent aussi par écailles el se laissent réduire en fragments pins facilement qu'à l'état normal.

3° Le microscope fait voir que l'opacité est surtout due : a, à la coagulation du fluide Ibumineux contenu dans les divers éléments du crlslallin ; h, à un dépôt de matières grasses qui se présentent sous la forme de gouttelettes plus ou moins volumineuses, de cristaux de cholestérine ou de granules solubles dans l'éther; c, à la présence de petits ranules insensibles à l'action de tous les réactifs employés d'ordinaire. Ces deux éléments orment d'abord une couclie continue à la surface du cristallin, immédiatement au-dessous de la couche épithéliale ; ils se rencontrent, de plus, dispersés à l'intérieur de tous les éléents constitutifs de la lentille. Ceux-ci paraissent n'avoir éprouvé que peu ou pas de éformation, à part les corpuscules de Morgagni et les fibres nucléées. 4» Les altérations subies par le cristallin, el surtout par les couches superficielles oii réidenl les éléments de formation, sont trop compliquées et d'une nature trop fâcheuse Sr'"" P"'^^*^ avantageusement au moyen d'un Irailement

Oulre ces formes de calaracle, le crislallin présente encore d'autres altérations inlinientplus rares el que nous allons exposer brièvement.

CaUirucle liquide ou de Muniarjui. N'ayant point eu l'occasion d'étudier celle forme

CATARACTE

de calaraclc, nous en cniprunlcrons la description au travail déjà cité de M. i'Awu Iloijin.

« Lorsque, par extraclion ou après la mort, on enlève un crislaiiin atteint de celte l(' sion, encore contenu dans sa cai)sule, on trouve un liquide opalin dcnii-transparent, o d'un blanc laiteux plus ou moins opaipie, qui permet de déprimer et de déplisser u peu la capsule, et qui, en mouvant celle-ci, laisse apercevoir on sentir une portion dm du cristallin mohile et llottante dans ce li(|uide. Ce noyau peut avoir la consistance ordj naire; quelquefois il est devenu un peu plus dur, ou au contraire il est un peu ramoii Généralement il est jaunâtre, de teinte cornée, moins transparent qu'à l'ordinaire, et ran ment hlancliâtre, opaque ou à peu près. »

Quant au liquide, il offre la constitution suivante :

K 1" 11 se compose d'un fluide tenant en suspension un nomlire considérable de flnei granulations grisâtres, d'un diamètre à peine comnumsuralile et douées d'un mouvemene brownien plus ou moins vif.

« 2» Ce liquide tient, en outre, en suspension un nombre considérable de petites goulle* ou granulations pâles, à contour net, réfractant peu la lumière et larges de 1 à o millièmet de millimètre. Leur faible pouvoir réfringent, leur solubilité dans l'ammoniaque, corarai celle dont il est question ci-dessous, portent à croire que les unes et les autres sont dii même espèce et ne diffèrent que par leur volume. Ces gouttelettes sont souvent si abon-4 dantes, qu'elles se touchent par places dans le champ du microscope. I

<< 3° On y remarque, en outre, une proportion considérable de gouttes parfaitement sp)ié-i. j riaues, d'une homogénéité parfaite, à bords extrêmement pâles et très réguliers, réfraclan lamiemeni la minière et offrant une légère teinte rosée, quelquefois à peine prononcée

« 4" Toutes les fois que la surface du cristallin flottant dans le liquide est elle-mênu ■ ramollie, presque diffluente et plus ou moins opaque, on trouve, en outre, dans ce liquide: a, soit des gouttes plus foncées, à contours sinueux, à stries concentriques; Z^, soit dccorpuscules solides homogènes; c, soit des corps granuleux spéciaux. »

Ces trois éléments sont considérés par M. Robin comme des productions morbides de nouvelle formation, et n'existant point dans le cristallin normal; ils se rencontrenl aussi dans les autres espèces de cataractes. En l'absence de toute ligure, il n'est pas toujours; facile desuivrela description donnée par cet auteur ; mais, ainsi que nous l'avons déjà dit, nous pensons que le premier de ces éléments est constitué par nos corpuscules embryoïi-i naires, le second par les corpuscules de Morgagni altérés; le troisième enfin serait tout, spécial à la cataracte: il correspond aux amas plus ou moins arrondis de granulations que h nous avons représentés llg. 66 b.

« S" Quelquefois, mais rarement, on trouve des cristaux de choleslérine en suspension:dans le liquide de la cataracte morgagnienne.

« L'analomie pathologique, sans rien indiquer de positif sur la cause de cette altération de la couche superficielle du cristallin, fait connaître au moins d'une manière exacte quellei est la partie de la lentille qui est le siège de cette altération, et démontre qu'elle consisteen une liquéfaction et une réduction en gouttelettes de la substance des cellules et des' tubes à noyaux de la couche molle superficielle de l'organe. »

Cataracte traumalique et cataracte pierreuse. Nous rapprochons ces deux variétés de cataracte parce qu'elles sont toutes deux caractérisées par la présence d'une grande quantité de sels calcaires (phosphate et carbonate de chaux). L'analyse chimique (1) démontre qu'il y a augmentation de sels dans toutes les cataractes, mais ces sels ne se déposent r point sous forme reconnaissable au microscope. Lorsque la capsule a été ouverte par une lésion traumatique, il forme immédiatement une opacité due à l'action de rhumeur aqueuse qui coagule l'albumine contenue à l'intérieur des éléments du cristallin; effet tout i à fait semblable à celui qui se produit et que l'on peut observer lorsqu'on met sous le microscope une préparation du cristallin en contact avec de l'eau. Si le crislaiiin n'est -

[(t) WunzEn et LASSAIC^•E, Chiinic aniniiilc, par Simon, vol. Il, p.iiO.]

AN.VTOMIF. PATHOLOGIQUE DE LAPPAKEIL CUISTALLINIEN .

.nn.nlLHoinenl absorbé, cl si l'iiuineur aqueuse coiUinue .farriver au conlacl (les éléments ,a leniiile, lessels eaieaires se déposenl à leur intérieur sous des formes semblables à celles que nous avons décrites à i)ro|)os des altéralions de la capsule.

La lis- "1 représenlo une portion d'un cristallin ayant été soumis à une lésion trauiiiatiqne et qui dut ensuite être extrait. On voit en certains points (en /') un amas confus de corpuscules jaunâtres à centre clair et à contour noiret net, se dissolvant sans elTerveseence dans l'acide ciilorliydrique et ne laissant qu'un résidu grenu.

En c, au contraire, on voit très nettement que ce pliosphate de chaux est à l'intérieur des libres cristallines.

L'accumulation des sels de cliaux est plusou moins considérable, et la consistance varie en conséquence : tantôt elle est à peine altérée comme dans le cas que nous avons figuré; tantôt il présente une couche plus ou moins épaisse ayant la consistance dure et la fragilitéd'unecoquilled'œur;au centre, ce qui reste du cristallin a quelquefois la consistance du plâtre mouillé, comme l'indique M. Robin. Quelquefois enfin, bien qu'ayant conservé sa forme, le cristallin a une dureté tout à fait pierreuse; on ne peut le couper, il faut le briser ou l'écraser. Si l'on en porte alors un fragment sous le microscope, on n'aperçoit qu'une masse opaque qui se dissout dans les acides avec une effervescence plus ou moins marquée et ne laisse le plus souvent qu'un résidu à peine appréciable. D'autres fois, cependant, même dans ces cas, M. Robin a pu retrouver encore la trame distincte du cristallin et reconnaître manifestement les fibres dentelées. La plupart de ces cristallins pierreux ne se trouvent que dans des yeux plus ou moins fortement désorganisés; nous en avons extrait plusieurs sur des cadavres d'individus dont les yeux étaient depuis longtemps en partie atrophiés. D'autres étaient des cristallins luxés et ayant séjourné plus ou moins longtemps, en partie dépouillés de leur capsule, dans l'humeur aqueuse. En pareil cas, celte membrane était aussi encroûtée de sels calcaires. Cet état du cristallin a élé longtemps désigné sous le nom d'ossification, bien qu'il en diffère de tous points. Dans ces derniers temps néanmoins, on a constaté de la manière la moins irrécusable l'ossification véritable du cristallin. Cette transformation osseuse est infiniment rare jusqu'à présent, tandis que la transformation pierreuse par dépôts calcaires est relativement très commune et a été rencontrée par presque tous les ophtlialmologistes modernes. Voici tout ce que nous avons pu trouver sur l'ossification vraie de la lentille cristalline :

Obs. 489. — John Kirk (1) décrit ainsi l'état de l'œil gauche d'un homme de 50 ans, entaché de vice scrofulcux et syphilitique et qui avait perdu cet œil 30 ans auparavant à la suite d'une lésion traumatique.

a. Fibres cristallines à peu près inlacles. h: Amas confus de sels de chaux imparfailcmcnt cristallisés. c. Fibres cristallines contenant à leur iniéricur des cristaux imparfaits de sels de chaux. (Gross. 330 diam.)

[(1) Monllily Journal of Médical Science, Oclober ISiio; Edinburgli.]

CATAIIACTE.

I.orgaiio, (le forme irrogulière,a coiisidcraljlcmenldimiiiué do volume; la cornée com liloleiiieiil opaque porte les Iraces de iioiiibreuses eiealrices. Le nerf optique a diiiiiiiuéX' volume. La S(!lei'oti(iue n'est point altérée, mais la choroïde adhère à une coque osseuso (lui occupe la i)lacede la membrane liyaloïde. A l'intérieur, cette corpie est mince- mais de sa partie interne part une sorte de tube (\m se continue en arrière avec l'artère ceii-t traie de la rétine, tandis (|u'antérieurcment il vient s'ouvrir contre la capsule du cristallin~ii Les parois de ce tube sont très denses, surtout en arrière; il est tapisséà l'intérieur par diiii tissu llbreux.

Il existe, entre cette sorte de pilier central et la coque externe, de nombreuses aiguiHesn osseuses au milieu desqu(!lles on rencontre des masses de cholesiérine. •

A l'examen microscopiqu(!, on trouve dans les parties les plu-sdenses des lacunes (cor-* puscules osseux) enfouies dans une substance libreuse distincte. Les aiguilles conlienncnl aussi de nombreuses lacunes bien formées avec les canalicules qui en partent en diver-' géant.

La capsule du cristallin ne contient aucun dé])ôt calcaire, bien (pi'elle soit considérablement épaissie en avant et en arrière. Le cristallin, plus petit que de coutume, est comprimé d'avant en arrière : il est très dur dans la plus grande partie de son étendue, niaisi plusieurs i)oints de sa circonférence sont restés mous. En pratiquant une coupe passant par la circonférence et le centre du cristallin, et en l'examinant au microscope, on trouve (iuele tissu externe consiste en libres distinctes et parallèles. Leur structure est uniforme et l'acide acétique n'y détermine point l'apparition de noyaux. 11 existe entre ces libres un certain nombre de corpuscules minéraux arrondis, d'autant plus nombreux et plus volumineux qu'on se rapproche davantage du centre, où beaucoup ont jusf|u'à l/'io» de millimètre de diamètre. Ils constituent en se toucliant une couche minérale homogène.

Ces masses sont évidemment de nature cristalline, et l'on voit dispersés ou groupés parmi elles de nombreux cristaux rhomboïdaux bien formés. Ils consistent tous en phosphate et en carbonate de chaux. La portion centrale dure du cristallin offre dans sji substance des lacunes osseuses souvent symétriquement- arrangées autour de canaux de llavers offrant jusqu'à un quart de millimètre de diamètre et en partie remplis par dei petites masses calcaires. »

A cette observation se trouvent jointes des figures sur bois représentant les canaux de Havers et les lacunes osseuses, qui présentent absolument le même aspect que sur une t portion d'os normal.

Nous empruntons notre seconde citation à Lolimeyer (1) : " Wagner (de Gœttingue) tlécril une cataracte de cette nature (osseuse), formée par un cristallin plat, orbiculaire. dur comme delà pierre, composé de vraie substance osseuse avec des corpuscules osseuv à plusieurs rayons de la plus grande beauté et des canaux médullaires de Havers ; le toul sans trace de la substance primitive du cristallin. »

Le docteur Taylor ("2) a présenté à la Palhological Society of London un échantillon «d'ossification du cristallin, dans lequel on voyait aisément à l'aide du microscope les canaux de llavers et les canalicules osseux. Ce cristallin provenait de l'œil d"un homme, mort à l'iige de4S ans. Il s'élèva à ce sujet une discussion à la suite de laquelle l'examen de la pièce pathologique fut renvoyé à une commission spéciale. Celle-ci conclut qu'il s'agissait bien d'une véritable ossification, quoiqu'on n'y découvrît aucune trace de vasrularisation, et que par conséquent les canaux de Havers n'eussent point ici rempfi les fonctions qui leur sont dévolues dans les os normaux, fonctions qui consistent à laisser passer les vaisseaux sanguins.

CalaracLe noire. Nous n'avons eu occasion d'étudier qu'un seul cristallin dont l'alléralion put se rapporter à cette vaiiété de cataracte; en voici l'observation :

Obs. 490. — Il provenait d'une jeune lille, affectée de cataracte trauniatique depuis dix

[(]) Conlribulions à l'histologie cl à l'oliologie de la cataraele, Zeitschrift fur ralioniiollc Mediciii. Noiiv. sur., l. V, fali. 1-2, ISSi, p. 3()-iC0, et Annales d"Oeulisliquc, t. XXXVF, p. 219, Bruxelles, ISoO.]

[(2) Association Médical Journal, January 3 ; London, 1833.]

AiNATOMlE PAT1I0L0GIQI;E DE l'APPAUEIL CUISTALLINIEN .

,c nvec svnechio poslériciuro, cl opérée par M.Vaii Hoosbroock par le procède dc^\ eiizell. î!.'.-tfillin vinloiilier. On remarqua, lorsqu'on voulut l'inciser, que le noyau |)rcsenlait une Ik anco claslique analogue à celle du caoulcliouc. Lorsqu'il lut partagéen deux moitiés.

résista l'i!'^ on

consist tout pâli

microscope, aiors qu eue ciuii ii.iiciii;, un lui .u.i ...^ v.

.licouvrail plus de traces, remplacées par de grandes cellules amorphes, telles qu'elles sont représentées lig. 7-2. De ces cellules, les unes ne paraissaient contenir qu'un liquide

[Fis- 72.]

a. Coupe verticale su ivanl rcpaisseiir du cristal Un.

Ou y remarque : 1" que la circonférence ou couche corticale est d'une teinte blanchâtre ; 2" que la moitié ou noyau a une leinle tout à fait noire. 6. Altération de nature inconnue, trouvée au centre du noyail. (Gross. 550 diani.)

légèrement jaunâtre; les autres étaient remplies d'ujie matière grenue noire-rouge, ou d'un rouge plus clair, offrant une grande ressemblance avec la matière colorante du sang. Aucun des réactifs essayés, étlier, potasse caustique, acide clilorliydrique,^c., ne produisit d'effet appréciable. Frappé de cet aspect, nous recomnicnciimes, à un grand nombre de reprises, l'examen de cette substance qui offrit toujours le même aspect, de sorte que 10US pouvons anirmer qu'elle composait toute la partie noire du cristallin. Quant à sa naure, elle nous est tout à fait inconnue.

M. Charles Robin n'a pu examiner aussi qu'un seul cas de cataracte noire. Le cri.slallin n'offrait plus de trace de la couche des cellules, par suite des contacts qu'il avait *ubis sans doute. Il avait presque la consistance des cataractes dures. La couche des

CATAIIACTK

liil)cs cxistilil,; coux-i'.i avaioiil Ions pordii leur iioynu. Ils éliiiciit, à INMal de bandeletui coiiiiiie cellos déjà docrilos prcmlumiiio'iil. Kilos étaieiil plus leriiios qu'à rordinairu avaienl des contours plus foncés, rélraclaienl plus rorlemenl la lumière en lui donnanl un loinlc d'un jaune brun inaccouluniéc, très prononcée surtout dans les faisceaux défibre* linlre ces faisceaux, et çà et là dans le champ du niicrosco|ie, existaient des gouttes graia seuses à contours sinueux et ù stries concenli'iques. Les fibres dentelées du noyau olîraleiii une disposition identique avec celle (jui a été décrite à propos de la cataracte dure. »

Ce cas, on le voit, diffère coniplélcnient du nôtre; mais quelle conclusion tirer rf deux cas? L'anatonile pathologique de la cataracte noire peut donc être considérée comn» à faire.

Nous croyons, en terminant, devoir rapporter ici deux altérations particulières du cris* tallin que nous ne saurions guère où classer :

1. Sur un cristallin enlevé par extraction, nous avons trouvé le noyau dur, d'unbrur jaunâtre, parsemé de petits corpuscules blanchâtres arrondis, visibles à l'œil, mcsuran.. d'un tiers à un quart de millimètre, résistant à la pression, et donnant, lorsqu'oii essayait de les écraser avec la pointe d'une aiguille, la sensation d'une dureté pierreuse- En examinant au microscope des parcelles de ce cristallin, nous avons constaté d'aborc les altérations propres à la couche des libres dentelées dans lu cataracte dure (il n'existiaucune trace de la couche corticale qui s'est, sans aucun doute, séparée du noyau lors d.

A. Corpuscules de nalure inconnue rencontrés dans un crislaUin calaracté. (Gross. GO diam.)

B. Même coi puseule n'ayant subi l'action d''aucun rcaclif.

C. Même corpuscule ayant subi l'action de l'acide ciilorbydrique. 11 s'est amolli et, par une pression sur la plaque de verre, il a eommeiicé ù se rompre de façon à montrer qu'il est composé de couches concentrique^

l'extraction), puis la présence, à toutes les profondeurs dans le noyau, de corpuscules ^ régulièrement arrondis, interceptant complètement le passage de la lumière, paraissant < noirs par transmission, et blanchâtres par réflexion, et offrant le volume el les autres • caractères déjà décrits, et l'aspect représenté (lig. 73, A, B.)- Soumis à l'action des alcalis el des acides, ils n'éprouvent aucun cliangemenl bien apiiréciable à la vue. Néanmoins, l'acide chlorhydrique les éclaircil un peu et, bien qu'il ne donne lieu à aucun dégagement de gaz, il les ramollit complètement. Avant son action, la pression sur la

AiNATOMlE PATlIOLOCilQUE Dlî L'Al'PAUli IL CUISTALLIMKN . 555

.«mPlIe de verre qui recouvre la préparalion, ne délerminail aucun cliangemenl; a|)rès, Zs le même elïorl, on voit le cori)uscule sétaler, se séparer en lamelles concenlruiues 'rPiiues lii" 73 C), el enlin se réduire en un magma grenu dans lequel les plus forts ffîossiWils ne font reconnaître aucune trace d'organisation. Il est plus que probable nuei'Miureté de ces corpuscules déi)endail de la présence du phosphate de chaux ; mais nu'clle élait la nature de ces corpuscules? Il nous est impossible de présenter à cet égard .aucune conjecture fondée. Disons seulement que c'est le seul exemple que nous en ayons rencontré.

2 Le 10 mai 1856, M. André Uytterhoeven, aujourd'hui chirurgien en clief de l'hôpital d'Anvers, nous envoie l'œil d'un nommé K..., guillotiné le 9 mai. Cet œil présente les particularités suivantes :

la cornée est un peu moins étendue que de coutume; l'un de ses diamètres l'emporte beaucoup sur l'autre, de sorte qu'au lieu d'être circulaire elle a une forme ovalaire; elle a toute sa transparence normale. La coloration de l'iris est châtain clair; la pupille, assez dilatée, quoique régulière, est occupée par une opacité blanchâtre, comme saillante, quoique paraissant assez éloignée de l'iris. Celte opacité occupe toute la pupille, mais il semble qu'elle soit percée i\ son centre d'une ouverture de forme irrégulière.

L'œil ouvert, on constate que l'iris, la choroïde, la rétine cl l'humeur vitrée ne présentent rien à noter; le cristallin, dont les attaches sont bien conservées, est un peu plus petit qu'à l'ordinaire; sa circonférence, au lieu d'offrir un cercle non interrompu, présente, en regard l'une de l'autre, deux échancrures (fig. 74 a a) qui lui donnent l'air d'être formé de deux moitiés dont chacune aurait la forme d'un petit haricot et se a,, regarderait du côté du bile. Cette échancrure se prolonge évidemment sur la face antérieure de la lentille. Celte face, au lieu d'offrirunesurface hémisphérique, est aplatie à sa circonférence; on voit à son centre l'opacité blanchâtre et comme percée d'un trou, que nous avons déjà décrite. II y a là évidemment un creux; l'aiguille qu'on y

porte se trouve là à un niveau inférieur à ««■ Éclianerures qui inlerrompent la circonférence

la circonférence du cristallin. Au reste, en "^"craix' qu-offie le cmn-e du cristallin, regardant à contre-jour, on aperçoit un ^jJ:^Procès ciiiaires s-inséram au pourtour du criscreux très manifeste de la grandeur d'une <petite lentille environ.

En ouvrant la lentille avec précaution, on reconnaît : l" que cette membrane n'a rien perdu de sa transparence : ses cellules épilhéliales présentent les altérations déjà décrites à propos des autres cataractes; 2° que la portion de cristallin opaque offre aussi les altérations déjà décrites; que celle opacité ne s'étend point jusqu'à la circonférence, qu'elle n'occupe que les deux tiers de l'épaisseur du cristallin, de sorte que le tiers postérieur environ de la substance de la lenlille à conservé sa transparence naturelle; que, vers le centre, la substance opaque manque et que ce sont les portions postérieures transparentes, aperçues à travers celle sorte de perte de substance, qui donnaient à la lentille, vue dans l'œil, l'apparence d"êlre percée d'un trou ; 3" enfin, les libres nucléées de la portion postérieure de la lentille resiée transparente offraient la particularité suivante: des noyaux arrondis ou ovalaires contenaient de quatre à six petits nucléoles clairs et transparents à contours noirs; puis les corpuscules allaient en s'allongeaiit el en s'elTilant, de sorte qu'au lieu d'occuper toute la largeur de la fibre, ils n'en occupaient plus que le tiers ou le quart;

CATARACTE

mais ils avuicnl gagné en longueur ce qu'ils avaient pordu en largeur, de sorlc que leur diamètre vertical était devenu trois ou quatre fois plus long; les petits nucléoles dont nous avons parlé se voyaient à la lile les uns des autres, occupant la longueur du noyau. Lu d'autres termes, il seinlilail que les noyaux arrondis qui occu|)ent d'ordinaire ces libres eussent été soumis ù une pression latérale qui les avait écartés des parois des libres, en même temps qu'elles les avait rétrécis et allongés. C'était la |)remière fois que nous rencontrions celle i)articularlté qui pourrait cependant bien être normale, car, nous le répétons, la portion du cristallin où nous l'avons observée était trans|)arente.

Aucun enseignement n'a pu être recueilli sur les causes de l'altération de cet œil, ni sur la manière dont il fonctionnait pendant la vie. Nous conjecturons qu'il s'agissait' ici d'un étal congénial, et que, vu l'étal d'intégrité parfaite de toutes les autres parties de l'œil et la transparence de la portion centrale du cristallin, la vue devait s'exercer à un degré quelconque. T. W.]

SECTION m.

DIAGNOSTIC, SYMPTÔMES, CAL'SES, PRONOSTIC DE LA CATARACTE, EXAME.N DES MALADES ATTEINTS DE CETTE AFFECTION.

Diagnostic. — Il est d une grande imporlance de pouvoir distinguer une cataracte commençante d une amaurose au début. Quand ces deux affections sont complètement développées, il n'est guère possible de les confondre, lorsqu'on a la moindre connaissance des maladies des yeux; mais, dans leurs premières périodes, une pareille méprise est très possible et peut avoir des conséquences sérieuses. Si, par exemple, un malade, atteint d'une amaurose commençante, se présente à un praticien qui la prend pour une cataracte au début, le conseil qu'il donnera sera d'attendre patiemment que celle-ci soit devenue complète , puis de se soumettre à une opération. Mais si le malade revient quelques mois après avec une amaurose complète, le praticien aura le regret de reconnaître que, par son ignorance ou son inattention, il a laissé écbapper le seul moment où l'on aurait pu traiter avec quelque chance de succès une afl'ection amaurotique. La méprise contraire le conduirait probablement à employer la saignée, le mercure, les révulsifs ; ce qui pourrait bien altérer la santé de son malade, mais n'exercerait aucun ell'et sur l'opacité du cristallin.

Les symptômes de la cataracte et de l'amaurose, comme, au reste, ceux de toutes les maladies, sont subjectifs ou objectifs; c'est-à-dire qu'ils consistent en certaines sensations que le malade éprouve, tels que la diminution de la vue, la céphalalgie, l'étourdissemenl, etc., ou en certains changements que l'observateur, perçoit dims la forme, la couleur, la texture, la consistance, la vascularité et la mobilité des différentes parties qui composent l'organe de la vision. Dans les cas

(1) Dublin Médical Press, May 4, 1842, p. 274.

DIAGNOSTIC, SYMPïÔMliS, CAl'SES, l'RONOSTIC, ETC. 557

(louteiix, il l'aiU étudioi' avec soin rmi et, l'aiUro de ces deux ordi'cs de sYmpiônies.

Sigiica suhjccU'fs ou pliijsiolofjiques. — I. Au déijut de ces deux •iffeclioiis, 1:» vue esl all'aihlie el le malade ne dislingue plus nellenieni, les objels. Dans la ealaracle, ce symptôme augnienle leiKcmenl pendant un ceilain temps; on l'a comparé à un In-ouillard, à un léger jjyajre, à une gaze inlei'|)osée entre l'œil et les objets, el (pii va gradiiellenienl en s'épaississant, au point de Unir pai' les masquer complètement- Dans l'amaurose, l'attaque est souvent brusque et, comme le trouble de la vue est partiel, on le compare à une ou plusieurs tacbes noires n'occupant qne certaines parties du cbamp de la vision , mais la rendant néanmoins si confuse que le malade ne distingue ])lus les petits objets. La cataracte et l'amaurose n'ont aucune connexion avec les mouches volantes. Les taches noires que l'on aperçoit dans l'amaurose s'appellent mouches fixes, el quand les yeux sont fermés et à l'abri (le la lumière, elles sont généralement remplacées par des spectres lumineux. 11 est bors de doute, cependant, el c'est là un fait qui déi^nlre de la façon la plus frappante la difficulté qu'on peut rencontrer à distinguer, au début, la cataracte de l'amaurose , ({ue cette dernière alïeclion commence assez souvent par ime sorte de gaze, de brouillard qui va lentement en s'épaississant et finit par priver complètement le malade de la vue. On n'observe jamais une cécité aussi absolue dans la cataracte ; mais cela importe peu, car il s'agit de distinguer ces affections au début et non quand elles sont confirmées.

2. Dans la cataracte, c'est surtout lorsque le malade regarde droit devant lui, qu'il aperçoit un brouillard; il voit beaucoup mieux lorsqu'il regarde de côté. 11 semblerait que cette particularité dût fournir un bon signe différentiel de la ealaracle el de l'amaurose au début ; mais il a été constaté que souvent, dans celle affection, lorsque la sensibilité de la réline commence à diminuer, les malades distinguent aussi mieux les objets placés de côté que ceux placés directement devant eux; quelques-uns, même à une période avancée de l'amaurose, continuent à ne pouvoir apercevoir que les objets situés en dedans ou en dehors, tandis que, dans toute autre direction, ils ne les voient que confusément ou pas du tout (1).

3. Les différences d'intensité de lumière auxfjuelles les personnes affectées de cataracte et d'amaurose voient le mieux, méritent de fixer ratlention. Dans les cas où l'affaiblissemenl de la vue est dû à un comniencemcnt de diminution de la sensibilité du nerf optique, le malade

' recbei'cbe la lumière ; quand il lit à la chandelle, il place son livre tout \ contre elle, et c'est vers le milieu du jour, au moment où les corps ' sont le plus fortement éclairés par le soleil, que la vision est la

t) Voyez Ili;v, Mcdicul Obsorvalions iinci liiquirics : vol. V, p. 27 ; l.oiiiloii. 177(;.

CATARACTE

plus disliiiclc. C'est, au coiUrairo , colle à la(|iicllc le calaraclé voit le moins bien. Une hiinièi-e vive, obligeant la |)upille à se conlracler, celle-ci laisse jiéncti-ei' dans l'aîil moins de rayons lumineux, ce qui rend la vision obscure; mais, au crépuscule, la ))U|)illc se r dilatant admet plus de rayons, et le malade trouve alors sa vue anié-'liorcc. Pour l'cconnaitrc les ell'els produits par les dilTérences (riiiteiisité de la lumière, il n'y a qu'à |)rier le malade de se placer d'abord !• devant la l'eiicti'c, puis d'y tourner le dos. Dans la ))remière position, il n'apercevra ))eut-être presque rien; mais, aussitôt qu'il tournera Ict, dos à la lumière, il verra de suite plus ou moins nettement tous les objets qui l'entourent. On ne peut cependant se lier comj)lélcment à. cette épreuve , car il y a des amaurotiqucs pour qui une vive lumière' est très-désagréable, et qui voient mieux à un jour modéré.

k. Au début de Tamaurose, la flamme d'une bougie parait générale ment brisée et confuse, irisée et éparpillée en rayons. Dans la cala- -ij racte commençante, les bougies ou les lampes des rues ressemblent ii un gros globe lumineux d'une faible intensité; cbaeune d'elles, pour / me servir de l'expression d'un de mes compatriotes au Eye Infirmai^ i j de Glascow, parait aussi grosse qu'un crible ou tamis à blé.

o. Quelquefois, au début de la cataracte, le malade, en regardani avecim seul œil, voit les objets multiples. S'il regarde la lune, par exemple, il en aperçoit trois ou quatre. Ceci ne se remarque jamais, que je sache, au début de Tamaurose, bien que la diplopie soit commune dans cette aflection lorsqu'on regarde avec les deux yeux.

6. Presque toujours l'amaurose s'accompagne , au début, d'autre^ symptômes que la diminution de la vue, particulièrement de céphalalgie, de vertiges et de dérangements de la digestion. La cataracte, au contraire, est rarement accompagnée de ces accidents.

Signes objectifs ou anatomiques. — 1. L'aspect et la démarche du li malade diflcrent dans l'amaurose et dans la cataracte. Celui qui est J atteint de cataracte s'avance en ombrageant ses yeux à l'aide de la main, dirige la tête en bas et d'un seul côté, comme pour dilater sa pupille i et voir au delà de l'opacité. L'autre marche avec une physionomie sans ^ expression et regardant en avant et en haut (1). Il y a bien peu de cas >

[(I) On comprend très bien, dit M. Dumont (a) que ce soit pour reclicrclier la lumière que l'individu atteint d'amaurose incomplèle marclie la tête haute et les yenx lournés vers le ciel, puisqu'il y trouve le moyen d'exciter plus vivement la rétine. Mais est-ce la même raison qui fait prendre cetle atlilude à l'amaurotique ne distinguant pas même le jour de la nuit? Celui-là n'a-t-il pas reconnu promptement son impuissance à trouver la lumière? Une cause plus pui-isanle y concourt : c'est la maladresse inévitable chez l'homme qui vient d'èire privé du sens qui le mettait plus spécialement en rapport avec les choses extérieures, c'est la craiuie instinctive (le se heurter la lète. Et ce qui prouve bien qu'il en est ainsi, c'est que j"ai vu des individus devenus récemment aveugles par une autre cause que lamaurose donnera leur lète, dans les premiers temps de la cécité, cette attitude particulière qui, en général, disparaît avec le temps. T.W.]

(u) DcMOisT. Rcclierclies slalistiques sur les causes et les cffcls de la cccilé, p. 63.

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