Elle sort du Syphilicôme. T.W
SECTION XXIV
lUITlS PSEUDO-SYPHII.ITIQUE.
Sijn. — Irilis syphiloïdea.
On admet généralciiicnl qu'il existe diverses maladies, provenant d'un coït impur, ou survenant sans aucun rapport sexuel suspect, qui présentent une série de phénomènes morbides moins intenses ctayanl ordinairement une marche plus rapide, mais ressemblant néanmoins sous beaucoup de rapports à ceux de la syphilis. Jusqti'à ce que Ton arrive à donner une description plus exacte de ces maladies, il est, je crois, permis de les appeler sypliiloïdes ou pscuxlo-sypliililiqucs.
L'éruption dont parle Bateman, sous le nom d'cclhumacachccfktm, parait être une de ces maladies que l'on peut confondi-e avec la syphilis ; et il n'est pas douteux qu'elle n'alVecle quelquefois l'iris d'une façon qui ressemble beaucoup à la maladie que nous venons de décrire.
Cette maladie survient, dit le docteur IJateman, lorsqu'il existe un état de cachexie qui semble indiquer l'action d'un poison morbide.
OPIITIIALMIES.
Elle ressemble beaucoup aux symplômes secondaires de la sypbilis, cl on lui applique souvent le Irailement de celle afleclion, bien (ju elle semble devoir souvenl, sinon toujours, son origine à un dérangcmenl de la sanlé générale, indépendant de toute infection vénérienne.
Elle débute ordinairement par un paroxysme fébrile quelquefois très intense. Dans Tespace de deux à trois jours, on voit apparaître, éparpillées sur la poitrine et les membres, de nombreuses pustules à base dure et enflammée ; leur nombre augmente tous les jours par l'éruption successive de pustules semblables, qui continuent à s'élever et à se flétrir pendant plusieurs semaines, jusqu'à ce que la peau soil criblée de pustules à toutes les phases de leur développement. Le; pustules naissantes offrent à leur base une teinte d'un rouge brillant, qui, au déclin de l'inflammation, passe au rouge pourpre ou même à 1; teinte chocolat, et de petites croûtes lamellées se forment à leur sommet. Lorsque celles-ci tombent, il reste sur la peau une tache sombn dans le point qu'occupait la pustule. L'éruption est quelquefois bornée aux membres, mais elle s'étend aussi fréquemment au tronc, à la face, et au cuir chevelu.
Les symptômes fébriles diminuent, mais ne disparaissent pas complètement, lors de l'apparition de l'éruption, car pendant toute la durée de la maladie, il existe une fièvre hectique continue. Elle s'accompagne d'une grande langueur, d'un affaiblissement marqué des forces intellectuelles et musculaires, de céphalalgie, de douleurs dans les membres, d'insomnie, de mauvaises digestions et d'irrégularités dans les fonctions intestinales. Il y a ordinairement un certain degré de conjonctivite ; l'arrière-gorge est le siège d'une inflammation lente qui s'accompagne d'ulcérations superficielles.
Celte maladie dure, suivant Bateman, de deux à quatre mois ; dans cet espace de temps, avec l'aide des toniques végétaux tels que le quinquina, la salsepareille, la serpentaire, etc., des antimoniaux, et des bains chauds, la constitution se débarrasse de la cause de l'intoxication. Il ajoute que l'administration du mercure n'est point nécessaire et qu'elle ne paraît point accélérer la guérison (I).
Le docteur Monteath rapporle que l'iritis déterminée par cette affection ressemble tellement à celle produite par la syphilis, que pendant plusieurs années, croyant ces cas syphilitiques, il les a traités par l'usage du mercui-e, et non sans succès. « Le petit cercle de l'iris et le bord de la pupille, ajoute-t-il, sont souvent parsemés de ces petites papules ou pustules d'un jaune rougeâtre, qui sont si caractéristiques de l'iritis syphilitique. Ce n'est qu'après que plusieurs malades se furent présentés à moi avec la maladie évidemment à son déclin, et avec la pupille en train de s'éclaircir, la maladie ayant duré deux ou
(1) Praclicnl Synopsis of Ciilancous Piscases, p. 187. London, 1819.
IRITIS GONOUnilÉlQlIE.
trois semaines sans que les malades eussent pris un seul grain de mercure, et quelquefois sans qu'ils eussent l'ait aucun Iraitemenl de quelque valeur, que je reconnus mon erreur et que je fus convaincu que le mal n'était point syphilitique (1). »
Bien que celte iritis puisse guérir sans mercure, et qu elle empire même quelquefois (2) lorsqu'on essaie de mercurialiser le système, il ne faut cependant jamais omettre d'administrer ce médicament comme altérant dans cette afteclion, ainsi que dans toutes les autres variétés d'iritis sypliiloïde. Elles cèdent ordinairement à l'usage de ce médicament ainsi employé, aidé par la salsepareille, les saignées locales, les vésicatoires derrière les oreilles, l'application de la belladone, un régime doux, le repos général du corps, et celui de la partie enflammée. La térébenthine, recommandée par M. Carmichael contre l'iritis syphilitique, mérite d'être essayée dans les cas dont il s'agit.
IRITIS G ONOURIIÉIQUE,
Ce fait, que l'écoulement de la gonorrhée peut, en infectant la constitution, provoquer la synovite et l'iritis, a toujours paru si difficile à justifier, qu'il a fallu aux praticiens des faits nombreux pour les décider à l'accepter (3).
L'inflammation des synoviales, qui se déclare pendant le cours d'une gonorrhée, se produit rarement avant que l'écoulement de l'urélhre soit sur son déclin. Elle affecte les grandes articulations, et spécialement les genoux, s'accompagne d'un épanchement abondant dans les cavités synoviales et d'un degré correspondant de gonflement, et est connue sous le nom de rhumatisme gonorrhéique . La douleur et la
(1) Glasgow Médical Journal ; vol. II, p. 138. Glasgow, 182!).
(2) Voyez un cas de la |)ralir|uc de M. ArnoU, rapporté dans le Quarlcrly Journal of Forciga Medicinc and Snrgcry; vol. I, |). 78. Lonilon, 1819.
(5) L'écoulenicnl urélhral dans la gonorrliée agit comme un virus (jui infeclc le sang. Tant que récoulemcnUonliiMie et, à plus forte rai,son, chaque fois qu'il .survient une nouvelle infeelion, le malade est exposé à des allaques de synovilc et d'irilis. M. Uieord {Lettres sur la syphilis, p. 30. Pariii, 18ijl)ne veut pas admettre la nioindrc ressemblance entre ce (]u"il appelle arihropathie. blennorrhafjiqicc ou le rliuinalismc gonoi-rliéiiiue, cl les sym|)lôines proiluils par la syphilis dans le système os.seu.x. Sans aucun doute, Tarthrile hlennorrhaijicine et la périostose on l'o.voslose syphiliti(]ucs dilTèrcnt. l/une est une inllairniKition d'une membrane synoviale, produite par une gonorrhée qui agit sur la constitution comme un poison morbide ; l'aulrc, une inflammation des tissus fibreux et osseux, cxeilée par un autre poison morbide, la syphilis.
Le pus de la gonorrhée, pris sur une surface muqueuse non ulcérée, ne produit point, par I inoculation, les mêmes effets que ceux développés par le pus sypliilili(|ue. Néanmoins, il déternnne, en agissant .Mir la constilulion, des eonséipienees Irés-sérieuses II amène non-seulemenl la synovite et l'irilis, mais aussi, dans qmdques cas, Pinllammation d'autres membranes séreu.ses. Sur un de mes malades, il parut occasionner une iiéritonite chronique, cl chez un autre une synovite qui lut suivie de rinlliimmation de loulcs les séreuses inleruos, avec dépôt de tubercules. Ces deux cas se lerniiuèrent par la mort.
o6 OIMITIIALMIIÎS.
fièvre sonl géncralemcnl intenses, cl la guérison longue à se produire (1).
Symptômes. — L'irilis qui doit son origine à une gonorrhée peut èlrc précédée ou non par une synovite. L'inflammation oculaire est ordinairement très intense. Elle commence souvent par la rougeur de la conjonctive et de la sclérotique, et par un trouble marqué de la membrane qui tapisse en arrière la cornée. L'inflammation aflecte promptement la surface antérieure de l'iris, qui perd sa coloration naturelle. Pendant quelques jours, la maladie semble être une aquocapsulite. Elle passe ensuite à l'état d'iritis séreuse. La pupille se contracte et la vision s'obscurcit. Il survient à cette époque un épanchement abondant de lympbe plastique, qui remplit promptement la pupille, cette matière a quelquefois un aspect caillebolé, et se précipite en masses considérables dans la chambre antérieure, qui en est ((uelquefois presque complètement remplie. Ce symptôme n'existe à un aussi haut degré dans aucune autre espèce d'iritis. Il y a, en général, douleur violente dans l'œil et autour de lui. J'ai vu un chémosis considérable, ouœdèmeconjonctival, accompagner l'iritisgonorrhéique; mais la conjonctive ne fournit pas d'écoulement purulent. Il n'existe point de tubercules ou d'abcès sur la surface de l'iris, comme dans l'iritis syphilitique. Si le mal est abandonné à lui même, la pupille reste contractée et adhérente à la capsule opaque; la rétine est beaucoup plus sensible, l'iris moins changé dans sa structure, et l'ensemble de l'œil a subi une altération moindre que dans l'iritis syphilitique, mais il y a une grande tendance à la récidive.
Les malades atteints de synovite et d'iritis suite de gonorrhée, sont, en général, des jeunes gens d'une constitution scrofuleuse, menant une vie rude, et s'exposant sans précaution à l'action du froid. Chaque fois que le malade contracte une gonorrhée, il est pris d'une attaque de synovite et d'iritis, ou de l'une d'abord, puis de l'autre ensuite. Dans quelques cas néanmoins, il survient, sans nouvelle gonorrhée, une seconde ou une troisième attaque d'inflammation des articulations de l'œil. Un excès d'exercice des yeux a quelquefois détermine une nouvelle attaque intense d'iritis gonorrhéique. Généralement un seul œil est alleclé; quelquefois le même œd l'est à diverses reprises. D'autres fois, un œU est d'abord atteint, puis l autre 1 est à une nouvelle attaque. 11 est rare que les deux yeux soient malades a
la fois. . , , , , ,,. ...
Le malade est ordinairement allccté de blennorrhee lorsque lirilis survient. Parfois l'iritis alterne avec la synovite cl la gonorrhée de sorte que lorsque l'une des trois existe, les autres manquent. Il est rare que toutes les trois sévissent en même temps. Souvent les malades
(l) SwED.Atin. Trealisc upo„ ll.c Symploms, Conscquonces, Nalure a.ul Trealme.U of Ve.umil 01- Syphilitic Oiseuses, vol. I,p So^. Loiulon, 181!».
iniTIS GONOURHÉIQUE.
sont accables pendant des années par la succession de ces trois allcctions, et restent à la fin dans un grand élat de débilité, ayant la vue allaiblic, et plusieurs articulations incapables de se mouvoir. Une éruption (eclhyma cacheclicuni ?) couvre cbez quelques-uns le cuir chevelu et les membres, et les ongles des doigts et des orteils sont détruits.
Pronostic. — L'iritis gonorrhéique est Tune des variétés les plus rapides dans sa marche et les plus intenses et les plus formidables par la violence des symplômes, mais elle cède i)lus promplement el plus complètement que les autres à un traitement actif, et l'on voit des exemples de guérison parfaite, alors même que les chambres de l'humeur aqueuse étaient remplies de lymphe. Dans aucune variété de l'iritis, la guérison n'est aussi remarquable ni aussi complète. Une première ou une seconde attaque, traitée énergiquement , cède facilement, et la résorption marche rapidement, de sorte qu'il est rare qu'en pareil cas il reste des adhérences entre l'iris el la capsule. Le malade conserve souvent une vision parfaite bien qu'il ait eu à supporter plusieurs atteintes graves. Ce n'est qu'alors que les récidives ont été très nombreuses et le traitement dès le début mal dirigé, que la pupille reste irrégulière et contractée, et la vision altérée d'une manière permanente.
Après que la lymphe qui se trouvait dans la chambre antérieure et dans le champ de la pupille a été résorbée, on aperçoit quelquefois une sorte de gâteau formé par la même substance et appliqué sur le centre de la capsule, et qui finit aussi par disparaître. Bien qu'il existe une plus grande disposition à l'épanchement de lymphe plastique dans cette iritis, la tendance à l'organisation de la lymphe épanchée y est beaucoup moindre que dans les autres variétés.
Traitement. — Des saignées copieuses et répétées , des sangsues autour de l'œil, le calomel avec l'opium à doses rapprochées, de façon à affecter promptement le système, et l'application de la belladone forment le fond du traitement.
Si le calomel purge d'abord, son action n'en est que plus favorable ; s'il n'agit point de celle façon, il faut administrer de temps en temps |)cndant la durée du traitement une dose d'huile de ricin. J'ai employé avec beaucoup de succès les frictions mcrcuriclles, après avoir largement pratiqué la saignée.
Il ne faut se lier dans le Iraitenienl de l'iritis à aucune préparation d'iode, bien que la synovite, à laquelle elle succède ordinairement el avec laquelle elle alterne souvenl, soit avantageusement modifiée par riodure de potassium à la dose de 8 grains Irois fois par jour, ou par le proto-iodiire de mercure à la dose d'un grain trois fois par Jour, et dont on fait des pilules avec la réglisse, ou avec le cachou s'il agit sur les intestins.