GLAUCOME FÎT OEIL DE CIUT
et niènic celle de Rufus (I); cl, si cola était nécessaire, nous pourrions suivre cotte oi)iiijoii dans les écrits d'Oribasc, de Taulus, d'Acluarius, et d'une foule d'autres jusqu'au temps de Brisseau. Maître-lau lui-même à qui nous sommes en grande partie redevables d'avoir démontré par la dissection que la cataracte consiste en général dans une opacité du cristallin, et non dans le dépôt d'une substance membraneuse entre ce corps et l'iris, soutenait encore que le glaucome est une maladie du crislallin — « une . altération toute particulière du cristallin par laquelle il sedessèclio, diminue de volume, change de couleur et perd sa transparence, en conservant sa ligure naturelle et devenant plus solide qu'il ne doit être naturellement ('2). »
Brisseau (3) précédé par Lasiiier, Uoilink, Borel, et autres dans la découverte que l'espèce la jjlus fréquente de cataracte siège dans la lentille cristalline (découverte qu'il confirma néanmoins par Ijcaucoup d'oliscrvalions précieuses), Brisseau, disons-nous, paraît avoir été le premier qui ait proclamé l'opinion, qui depuis lui jusqu'à nos jours paraît avoir été universellement adoptée, que, tandis que la cataracte ou ÙTrdyuixa était une opacité du cristallin, le y\at.ùx.u>ixa était une affection analogue de riuinieur vitrée, une opacité profondément située dans l'œil, offrant souvent une couleur iileuàtre ou verdâtre, et visible à travers le cristallin transparent. 11 fut surtout amené à cette opinion par ce qu'il avait découvert en disséquant les yeux de Bourdelot, médecin de Louis XIV, qui, ayant été atteint d'une maladie que l'on avait déclarée être la cataracte, laissa des ordres pour que ses yeux pussent être examinés après sa mort, afin d'éclaircir, si cela était possible, la question alors fort controversée de savoir si la cataracte était une membrane occupant la chambre postérieure, ou une affection du cristallin. La dissection fui faite par Maréchal. Le cristallin de l'œil droit, qui depuis plusieurs années permettait à peine au malade de distinguer la lumière de l'obscurité, fut trouvé complélemenl opaque; les lamelles externes en étaient moins fermes que les internes et formaient comme une membrane blanchâtre, d'une demi-ligne d'épaisseur environ, qui renfermait un noyau de consistance plus ferme et de couleur jaunâtre. Immédiatement derrière la fossette oii est logé le crislallin, l'humeur vitrée était également opaque jusqu'à la profondeur de plus d'une ligne, et teinte en jaune, mais pas partout au même degré. L'œil gauche, avec lequel Bourdelot avait continué à voir assez distinctement, avait commencé à s'affecter de la même façon; le cristallin avait déjà perdu beaucoup de sa transparence naturelle, et l'humeur vitrée qui se trouvait en contact avec lui, offrait une légère teinte jaune. Brisseau lira de celle dissection la conclusion qu'en pareil cas la complication de cette aiTection rendrait inutile toute lenlative de rétablir la vision par une opération; que, lors même qu'on abaisserait le crislallin, l'opacité de l'humeur vitrée persisterait et sulïirail pour empêcher l'arrivée des rayons lumineux jusqu'à la réline. Il se crut aussi en droit de réclamer pour celte opacité de l'humeur vitrée le nom de glaucome (3).
Brisseau, de plus, ayant démontré d'une façon qui lui paraissait pleinement concluante, que la cataracte consistait en une opacité du" crislallin, fut naturellement conduit à cette opinion que le corps vitré était susceptible d'une affection semblable, par ce fait bien établi que la perte de la vue occasionnée par le glaucome n'était point curable par une opération ; ce qui n'aurait point dii être si elle avait consisté, comme on le prétendait généralement, en une momification et un changement de coloration du cristallin. Voici son raisonnement : Si le glaucome avait eu son siège dans le cristallin, il aurait pu être guéri par l'opération de l'abaissement; mais il était reconnu que celte opération ne guérissait point la cécité qui accompagne le glaucom^e : donc la maladie dans ce cas devait siéger ail-
a[J.eTp05 Tûû j^pucîTaXXoEtooùç ûypoû. Galenus De Usu l'arlium ; Lib. i.x. Opéra, vol. I, p. -t/ô ; Basilefe, 1558.
(1) Oribasius, citant Rufus, dit : « Glaucnma cl sufrusionem vcteres uniim eumdemque morbum esse existimarunl : poski'iori-s vcro glaucomala humons glacialis, qui ex proprio colore iii glauoum eoiiverlaUir et iiuilalur, niorbum esse putaveruiU : sullusionem verô esse efrusionem
'humorum inler uveam cl cryslalloïdcni tunicam coucrcscenlium : cœlerum glaucomala omnia, curalionem non recipiunl ; sulîusiones vero rccipiuul, sed non omiies. » — Oribasii Syuopscos lib. VIII, cap. XLVll, Rasarïo iulcrprete; Basileaî, \t>'ô1.
(2) Trailc des maladies de l'œil, p. 223; Troyes, 1711. (5) Trailc de la calaracle el du glaucome ; Paris, 1709,
(4) Ueister, de calaracla, glaucomate, el amaurosi, p. 46; Altorfi, 1713.
GLAUCOME
iB.iis nue dan^ le crislallin. Il en lixa le siège dans l'iiiinieur vilnie cl fnl amené sans doule r 'l'iLe conclusion par la disseclion de Maréchal, que nous avons rapportée ci-dessus, nrissoau ne se donla point que la principale cause de la perte de la vision, dans le glauon e no siège ni dans le cristallin ni .lans le corps vitré, mais dans la relme.
•1 <loctrine que le glaucome est une alTeclion du corps vitre a ele admise sans hésitation „a la majorité des auteurs modernes. Ils en parlent comme d'une o|)acilé de la membrane Kiloïde ou dunuide qu'elle contient, et quelques-uns d'entre eux comme d'un epaissisement de celte dernière, ainsi que le démontrent les citations suivantes :
Ouaiulo s'intorbida ai.cliè l'iimor vilreo nel glaucoma, malaltia gravissima dell' occhio,
sDCsso I -iride o non si niuove più, o api.ena si innove Nel glaucoma, se tulto I unior
îilreo divenne opaco, perché i raggi non passano più, l'iridc non si muove punto,o poco, se pochi raggi vi possano passare. » — Foiilann (1). ,' SaMieiuimcro nimis s|)issum, lenax et obscurum est hoc corpus vitreum, et jam paril
nUmcoma. » — VoU{%.
„ Glaucoma obscurationem humoris vitrei et membrana; hyaloidsc exhibel. » -
fiibini (3). ,
« Dans quelques cas, l'humeur vitrée devient d'un vert sombre, accompagne d insensibilité de la réline; espèce d'amaurose qu'on a généralement appelée çilancome. » —
Wardrop (4). .
Le professeur Jùngken dil {^) que le glaucome est un obscurcissement du corps vitré, occasionné par une exsudation, produit d'une inflammalion chronique de la membrane byaloïde. Il dit que la réline soull're toujours en même temps que le corps vitré; d'où l'apparence aniaurolique qui se joint constamment au glaucome. Il ajoute que le glaucome est généralement caractérisé par un nuage d'un gris-verdàtre, couleur de mer, situé au foncî de Tœil, éloigné de la pupille, et paraissant concave. 11 n'indique qu'une seule varièlé de cette alTeclion, el ne mentionne comme son siège aucune autre partie que le corps vitré.
Le professeur Rosas, dans son dernier ouvrage (6) sur les maladies de l'œil, distingue trois espèces de glaucome : un qui siège dans l'hyaloïde, un aulre dans la rétine, et le troisième dans la choroïde. 11 ne fait aucune mention du crislallin qui, bien qu'il soil vrai que les autres tissus sont compris dans la maladie, n'en est pas moins toujours le siège de l'altération qui donne lieu à la coloration verdâlre située derrière la pupille.
Disiinctions. — J ai déjà eu occasion (pp. 47, 65, 62) de mentionner l'exislence du glaucome dans les cas d'irilis arlhi'ilique el de choroïdile aiguë el chronique, tous cas dans lesquels il y a lieu de croire que le crislallin a déjà subi le changemenl particulier qui constitue le glaucome, avant que raltenlion ail été attirée sur Tétai des humeurs de l'œil el de la vision, jusqu'à ce que survienne l'une ou l'autre de ces affections. Comme dans la choroïdite aiguë le malade devient brusquement aveugle, et que l'œil présente derrière la pupille une coloration verdâlre, on y a quelquefois appliqué l'appellation de glaucome aigu. La maladie dont nous allons traiter a été par opposition désignée sous le nom de glaucome chronique. Comme assez fréquemment elle ne s'accompagne au début d'aucun des signes extérieurs de l'inflammation, que les changements qu'elle détermine dans l'aspect des milieux dioptriques de l'œil suivent une marche lente, el
(1) Dfl molli (loir Iri.lo, pp. 15, Ifi ; Lucca, 17(iii.
(2) ComtiKMiliilioexliibcns ociililuiniaiii aiialotiiiam cl palliologiam, p. Î-O ; NorimbergCE, 1810.
(3) Dodrina de niorbis oimiIoimiiii, § ^.(iO ; PoiMliiiii, 18iïl .
[i) Kssays on llic Morbid Aiiiiloiny ol'llie lliiiiian Kyc, vol. Il, p. 127 ; Londoii, 1818. (li) Lclirc von dcn Aiigcnkrunkliciien, p. LiGîi ; licrliii, t83G. ((i) Id., p. 526 ; Wicii, 1834.
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