GLAUCOME ET OEII, DE CHAT
inaléi'icl à la vision. Dans la seconde période, il arrive souvenl que la i coloration ambrée s'élende insensiblenienl vers la surlace du cristallin, et que d'année en année la vision devienne moins pai laile, sans que les autres tissus de l'œil se prennent. On a probablement dit au malade ((u'une cataracte est en voie de l'orniation et que bientôt il se trouvera y dans des conditions qui permettront de la guérir par une opération; mais le malade et le chirurgien se trouvent souvent fort surpris, quand au lieu de quelques mois sur lesquels ils comptaient, ils voient s ecouler cinq, six ou même dix ou douze ans, sans qu'il survienne de changement apparent dans l'opacité, la vision continuant de décliner dans une progression presque impercei)tible.
Dans la première et la seconde périodes, le glaucome est généralement une maladie du cristallin seul. Je dis (/e/iera/emenï, car quelquefois l'amaurose accompagne le glaucome dès le début, ou même précède les changements apparents qui surviennent dans les milieux dioplriques de l'œil. J ai vu la maladie débuter par des accès de vision irisée, suivis d'insensibilité de la rétine, et après un certain temps par le diplochromatisme du cristallin. Dans ses périodes plus avancées, le glaucome présente des symptômes qui dépendent de certaines conditions morbides de presque chaque tissu de l'œil en particulier. Les éléments qui constituent le glaucome, lorsque l'évolution en est fort avancée, résident dans le cristallin, l'humeur vitrée, la rétine, la choroïde, l'iris, la sclérotique, les vaisseaux sanguins de l'œil, et même dans la cornée et la conjonctive. L'ordre dans lequel ces diverses parties s aflectent n'est pas toujours le même, pas plus que la proportion dans laquelle elles prennent part à cette maladie complexe.
Les apparences anormales que l'on rencontre aussi parfois dans le glaucome sont nombreuses. L'une d elles a rapport à l'état dans lequel se trouve l'épiderme de la cornée devenu semi-opaque; l'épithélium en est détaché par un fluide et s'élève sous la forme d'une vésicule irrégulière. Ce liquide peut être poussé d un point à l'autre de la cornée, sous la membrane détachée (F. p. 242). Un phénomène très curieux que j'ai aperçu une fois, ce sont des vaisseaux sanguins venant de l'intérieur de la pupille, puis se recourbant en dehors et venant se ramifier sur la face interne de la cornée,
Diacjnoslk. — Tout dans l'aspect que présente Tœil dans les premières périodes du glaucome semble disposé pour faire croire à I observateur qu'il aperçoit, à travers le cristallin transparent, l'humeur vitrée opaque. L œii a un aspect sale ou nuageux, mais le malade éprouve de la difficulté à préciser le siège du mal. L apparence opaque est plus sensible lorsqu'on regarde la pupille directement ; elle disparait quand on l'examine obliquement : elle est sous ce rapport l opposé d'un phénomène optique que j'ai vu embarrasser beaucoup les observateurs : je veux pailer de ce qui arrive lorsque la lumière, tom-
GLAUCOME
banl obliquenienl sur l'œil, est conccntrcc par la cornée et réllécliie ensuite de la surface du cristallin derrière l'un ou l'autre i)or(l de la pupille. L'opacité, dans le glaucome, parait située plus pi-ofondément que le cristallin; il en est toutefois beaucoup plus souvent ainsi iiu début de la maladie que lorsqu'elle s'est prolongée un cerlain temps. Dans la premici-e |)ériode, en edel, le rellct verdâtrc semble venir du fond même de l'œil. A mesure que la maladie marche, l'opacité apparente, qui est toujours verdàlre el souvent d'un vert de mer, semble occuper le centre de l'humeur vitrée, et enfin elle paraît située immédiatement derrièi'c le cristallin ou même dans sa moitié ])ostérieure.
Si la pupille d'un œil glaucomatcux est petite, les symptômes qu'il présente sont faits pour tromper un praticien inexpérimenté et lui faire croire à une cataracte. Toutefois, la couleur de l'œil glaucomateux sullit pour démontrer qu'en tout cas il ne s'agit pas d'une cataracte lenticulaire simple. La cataracte verte est toujours accompagnée de glaucome. Lorsqu'on dilate la pupille par le moyen de la belladone, l'apparence verdàtre qu'ofl're le glaucome simple semble se retirer à une plus grande profondeur derrière l'iris et devenir plus circonscrite. Quant aux autres symptômes diagnostiques, je les ai examinés complètement à la page 511. J'ai aussi indiqué là les signes caloptriques du glaucome au début.
Il y a une affection traumatique de l'œil qui ressemble beaucoup au glaucome (1). Les lésions qui la déterminent sont généralement graves; telles, par exemple, une plaie pénétrante de la cornée ou un coup de poing. Il survient une iritis et en quelques jours la pupille devient d'une belle couleur vert-de-mer. Je suppose que cet état dépend d"un dépôt lymphatique ou purulent immédiatement derrière le cristallin.
Anatomie pathologique. — C'est une chose remarquable que le petit nombre et l'imperfection des données fondées sur la dissection d'yeux glaucomatcux, recueillies et publiées, soit avant, soit après Brisseau. Le lecteur aura vite reconnu combien la dissection des yeux de Bourdelot, faite par Maréchal, est peu concluanle. Un seul fait, quelque remarquable et quelque authentique qu'il soit ne peut suffire pour établir une conclusion générale. Il n'estméme pas démontré que les yeux de Bourdelot aient jamais présenté, à aucune période de sa vie, les symptômes du glaucome; de sorte que, si Brisseau n'avait point eu d'autres données, il est probable qu'il n'aurait rien pu conclure d'un fait isolé et incomplet.
Je désirais depuis longtemps m'assurer, par la dissection, des altérations que l'œil éprouve dans le glaucome; ayant eu la chance d'obtenir, il y a quelque temps, plusieurs yeux atteints de cette maladie, je les ai examinés soigneusement et voici les particularités que j y ai observées dans le plus grand nombre des cas :
(1) Amniou's Zcilsclirijl fur die Oplitliulmologu; ; vol. V, p 62; Ueidelhcrg. 1853.