ANOMALIES ET ALTÉUATJOINS DIVERSES DE LA VISION
SECTIOIS I".
MYOPIE
Syn — Myopie, de [>-ôui,jc ferme, et l'œil; le (xucoij^, ou individu affecté de. myopie, ayant riiiibitude de fermer les yeux à demi lorsqu'il ess.iie d';ipercevoir les objets éloignes. Sliortsiglilediiess. Near-siglileduess. Over-i'cIVaelion, Awjl. Vue basse, Fr.
Pourvoir les objels le mieux possible, il faul qu'ils soient situés à une certaine distance de l'œil, qui est \q point delà vision distincte. Ce point varie pour les dillérenls individus et parfois même pour les deux yeux de la même personne. Il est en moyenne situé à une dislance de quinze à vingt pouces anglais de l'œil, et la limite extrême pour les yeux ordinaires ne descend pas en dessous de sept à huit pouces. Les personnes qui ne peuvent voir distinctement les objets qu'à la condition de les tenir plus près de l'œil qu'à celte dernière distance sont dites myopes. Celles, au contraire, qui sont obligées, pour bien les voir, d'éloigner les objels au delà de la distance ordinaire, sont dites presbytes. Chez les unes comme chez les autres, on peut dire qu'il y a dérangement du foyer.
On attribue généralement ces deux imperfections de l'œil à quelque particularité des milieux transparents de l'organe. On suppose que, dans l'œil myope, ou bien les rayons lumineux éprouvent une réfraction trop forte, de façon à se réunir en foyer au-devant de la rétine ; ou que l'axe de l'œil est plus long qu'à l'ordinaire, de sorte que la rétine, reportée trop en arrière, ne peut recevoir les impressions avec la perfection nécessaire à la vision distincte. On admet que l'œil presbyte oflre des conditions opposées. Ainsi, ou l'axe en est trop court, ou le pouvoir réfracteur en est trop faible ; de sorte que les rayons qui parlent des objels pour pénétrer dans l'œil, tendent à se réunir en foyer, non sur la réline, comme il le faudrait, mais derrière elle. La vision parfaite ne peut, en eiïet, s'exercer qu'avec le degré de réfraction ou uncformcde l'œil qui permettcntaux rayons lumineux, émanant des corps placés à la distance ordinaire de l'observateur, d'être rassemblés en foyer sur des points correspondants ou presque cori-espondants de la réline. Que l'image tombe au devant ou au delà de cette
ANOMAI.IKS ET ALTlUUTIONS DIVKUSKS I)K LA VISION.
moinhnuu', elle sera diiïusc dans l'un el rautre cas, cl il n'en résultera (|iriine impression iniparfaile. Pour obvier à ces inconvcnienls, la personne alVeelécde myopie amène rol»jel à la dislance convenable pour que l'image puisse en cire i)orlée jusqu'à la réline, tandis que
Fig. 140.
occupera l'espace ss, el sera par conséquenl forl diffuse
le presbyte, en éloignant l'objet à une certaine distance de son œil, en amène l'image au-devant de cette membrane ou sur elle.
Symptômes. — 1. Sym,ptômes objectifs. - Les yeux des myopes sont fréquemment proéminents et leurs cornées offrent une convexité exao-érée- il y a en eux quelque chose qui se rapproche de l'hydroph^ lhalmie, la chambre antérieure étant plus profonde que d'ordinaire; la pupille est généralement large sans être très vive ; le globe de I œil est résistant, et les paupières souvent douloureuses.
2 Symptômes subjectifs. — Comme l'œil myope a, ainsi que 1 œil parfait, son point de vision distincte, les personnes atteintes de celle affection au plus haut degré amènent tous les objets quelles désirent voir distinctement, à la distance de deux ou trois pouces, ou même d'un pouce de leur œil ; celles qui l'ont à un degré moins prononce peuvent jouir d'une bonne vision à la distance de six ou même de neuf pouces. On peut considérer comme myope tout œil qui ne voit rien distinctement au delà de dix pouces. Une personne qui se troivve dans ce cas ne peut masquer son infirmité lorsqu elle sa de h e ou d'examiner attenlivenient de petits objets Lorsqu elle dirige son attention vers des objets placés à une grande distance i devi^^^^^^^^^^^ dent ou que ceux-ci ne produisent aucune impression sur la retme ou
u s'ils y en produisent une, elle est obscure et mal définie. Elle n pëiU listiLier la physionomie des acteurs sur la scène, m le suje Kltux placés quelques pieds au-dessus de ^^^^^^^ li,e ni les avis, ni les enseignes places sur les portes ou le mais^ , ni reconnaître les personnes d'un côté à l'autre de la rue; si elle entie
M Y 0 Pli:.
cliiiis un grand apparlomcnl, où se Iroiivcnl, plusieurs personnes, elle no peut t\icilenienl dislinguer celles qu elle connail.
On a remarqué que les myopes ne regardent pas les personnes avec qui ils conversent, parce que, ne pouvant distinguer les mouvements des yeux et de la physionomie, ils se bornent à écouter atlenlivemcnt; qu'en lisant, ils tiennent le livre obliquement près de leurs yeux, ce qui les aide à mieux voir, probablement parce que la lumière éclaire alors mieux les pages; qu'ils voient plus distinctement et un peu plus loin à une forte lumière qu'à une lumière faible, parce que la contraction de la pupille, qui se produit alors, empêche l'entrée des rayons les plus directs, et conséquemmcnl diminue la confusion apparente; qu'en vertu du même principe, lorsqu'ils essaient de voir distinctement un objet éloigné, ils ferment presque complètement leurs paupières, et qu'à travers une carte percée d'un trou d'épingle, les objets leur paraissent plus clairs et mieux définis qu'à l'œil nu.
Les myopes ont une écriture petite et fine, et préfèrent lire de petits caractères, parce que l'agrandissement de l'angle visuel, dû à la proximité de l'objet, le leur permet.
Lorsque la lumière est peu intense, ils voient communément mieux que les personnes dont la vue est normale ; la cause en est due à la grande dimension de leur pupille. Les myopes voient sans effort les objets rapprochés, tandis que les personnes qui ont une vue ordinaire sont obligées pour cela de contracter les paupières et la pupille , et reçoivent par conséquent moins de lumière lorsque l'éclairage est d'intensité moyenne et que l'objet est rapproché.
Les personnes myopes attribuent d'ordinaire une plus grande dimension aux objets éloignés que celles qui ont une vue ordinaire. La raison en est que, tandis que dans un œil normal les images distinctes se forment à l'intersection des rayons lumineux qui partent de l'objet, dans un œil myope, au contraire, la rétine ne reçoit ces rayons qu'après leur intersection, et conséquemment dans un point qui occupe une plus grande étendue.
La vue d'un myope s'améliore beaucoup lorsqu'il regarde à travers un petit trou, comme celui fait à travers une carte au moyen d'une épingle. Un œil myope aperçoit distinctement les objets rapprochés, parce que les foyers des rayons réfractés sont sur la rétine. Il ne voit qu'indistinctement les objets éloignés, parce que, la rétine étant au delà des foyers, l'image de chaque point s'étale sur elle, sous la forme d'un halo circulaire; et comme les images des points voisins empiètent les unes sur les autres, il en résulte nécessairement une vision confuse. L'aire du halo formé par chaque point dépend du diamètre de la pupille; plus le diamètre de celle-ci est grand, plus l'autre est étendue. D'où il suit évidemment qu'en dimiruiant l'ouverture à travers laquelle la lumière est admise, le halo aura moins d'étendue, et les images des
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points voisins seront plus (lislinclcs, on, en d'antres termes, la vision sera plus nette (1).
Lorsqu'un myope regarde la llamme d'une bougie placée à un yard ou deux de distance, elle lui parait trouble et agrandie, et le nombre lui en semble doublé, triplé ou quadruplé. Cette multiplication ' dans l'œil myope regardant des objets éloignés, doit provenir de ce que chaque surface des milieux dioptriques donne successivement lieu à la formation d'une image. Les yeux ordinaires voient aussi ces imagos multipliées, lorsqu'en regardant un objet éloigné, ils sont adaptés par un effort volontaire à la vision rapprocbée. Ainsi, lorsqu'une personne qui a une vue ordinaire adapte ses yeux pour voir à 10 pouces, et qu'elle regarde la flamme d'une bougie placée à la distance de six pieds, elle aperçoit plusieurs images qui empiètent en partie l'une sur l'autre. Ceci semble indiquer que, dans l'adaptation de l'œil aux distances, il s'effectue un changement dans les courbures relatives des milieux dioptriques. Si l'on admettait la théorie qui ne veut pas que l'œil possède la faculté de s'accommoder aux distances, on ne devrait voir en pareil cas qu'une seule image mal limitée el agrandie.
Une question qui se présente tout naturellement lorsque Ton s'occupe de la myopie, c'est celle de savoir si cette maladie consiste seulement dans un excès de la puissance réfractive, et si elle n'est pas compliquée aussi d'un défaut dans la puissance d'accommodation de l'œil aux distances. Le docteur Smith est d'avis que l'œil myope conserve encore la faculté de faire varier la puissance réfringente. « Si les personnes qui ont la vue courte, dit-il, peuvent lire distinctement un petit caractère à deux dislances différentes, dont la plus éloignée est double de l'autre, et je crois que la plupart d'entre elles le peuvent, il s'ensuit qu'il s'opère dans leurs yeux d'aussi grandes altérations de forme qu'il en survient dans les yeux parfaits pour voir à toutes les distances intermédiaires entre l'infini et la plus grande des deux distances que nous avons supposées. Et c'est pour cette raison qu'un myope peut voir distinctement à toutes les distances avec un seul verre concave de forme convenable ; sans quoi il lui aurait fallu des verres diflërents pour des distances différentes. La cause de la myopie ne dépend donc pas de l'absence de la faculté de faire varier la forme de l'œil et sa puissance réfringente, mais de ce que cette puissance de réfraction est toujours trop grande pour la distance qui existe entre la rétine et la cornée (2). »
Il est rare que deux yeux, alors même qu'ils appartiennent a un seul individu, jouissent d'un égal pouvoir réfringent. Le gauche, peut-
(I) On Vision tlirough a pin-holc ; voyez Physiology of Vision par Mackenzie, p. 153; Lon-
don,18/i.1. „ ^ ... ,„o
(-2) Complète System ofOplics, vol. Il, p. 2; Cambmige, l/aS.
MYOI'IK.
être en vertu de celte propension générale à la faiblesse et à la maladie qu adeclc ce côté du corps, est Créciueninienl un peu niyoi)e. Peu de personnes connaissent Tinégalilé qui existe entre leurs yeux, tant qu'une circonstance accidentelle ne les a pas amenés à en Caire un essai comparatif, et il n'est pas rare de rencontrer des gens qui, en faisant celle épreuve , s'aperçoivent qu'un de leurs yeux est beaucoup j)lus faible (jue l'autre, ou même complètement |)riYé de la vue. M. Wardrop (1), fait remarquer que le plus souvent c'est l'œil droit qui est le meilleur, et que fréquemment aussi une personne semble regarderies objets des deux yeux, alors qu'un seul, le meilleur des deux (ordinairement le droil), est seul dirigé sur l'objet.
Pour s'assurer du fait, l'observateur n'a qu'à couvrir avec le bout d'un de ses doigts un point situé à quelques yards de distance, et essayer de le regarder des deux yeux à la fois. S'il ferme l'œil dont la vue est la plus courte, et que nous pouvons supposer être le gauche, le doigt continuera à couvrir le point donné et conservera la même position par rapport à lui que lorsque les deux yeux étaient ouverts; mais s'il ferme l'œil droit et qu'il ouvre le gauche, la situation du point par rapport au doigt se trouvera changée : ce point ne sera plus couvert, ce qui prouve qu'en dirigeant le doigt pour couvrir le point, l'œil droit seul avait été employé. M. Wardrop a rencontré plus fréquemment la myopie à gauche qu'à droite; M. Ware, d'un autre côté, dit que la plupart des personnes myopes avec lesquelles il a eu occasion de s'entretenir de cette question, avaient l'œil droit plus affecté que le gauche, et il pense que l'on peut avec vraisemblance attribuer ce fait à l'habitude que l'on a de se servir d'un seul verre concave monté en lorgnon, que l'on applique d'ordinaire devant l'œil droit, ce qui contribue à le rendre plus myope que l'autre (2).
Causes efjfîcientes. — On a attribué la myopie à diverses causes efficientes dont plusieurs peuvent exister ensemble.
1" Convexité trop grande de la cornée. — Comme c'est avant d'atteindre le cristallin que les rayons lumineux éprouvent leur plus grande réfraction , il est évident qu'une cornée plus convexe qu'à l'état normal les réunira en foyer avant qu'ils arrivent à la rétine. Dans quelques cas de myopie grave, la cornée, bien qu'olfrant un' diamètre normal, forme une saillie plus considérable que de coutume; mais celle saillie u'est point constante, et elle n'est pas même fréquente dans celle maladie. Lorsqu'elle existe, elle s'accompagne évidemment d'une surabondance de l'humeur aqueuse, et quelquefois l'iris est refoulé en arrière, de façon à présenter une concavité en avant au lieu detre plane.
2° L'épaisseur trop considérable de la cornée tend cerlainement à
(1) Morbid Analomy of Ihc Iluman Eye ; vol. II, p. 229 ; Loiiiloii, 1818.
(2) Philosophical Transnttioiis, vol. Clll,p. ôl; Londuii, 1813.
ANOMALIES Kï ALTlî HATIONS DI YEUSES DE LA VISION.
faire converger les rayons plus qu'ils ne le devraient; mais il n'est pas probable que la cornée ait jamais, dans Toeil adulte, une épaisseur assez considérable pour être à elle seule cause de myopie. 11 est vrai qu'à la naissance, la coi-née est très épaisse proportionnellement au volume de l'œil; et c'est à cette particularité que Petit a attribué en partie la conl'usion de la vision chez les très jeunes enfants (1).
5° L'excès de convexité du crislallin produit incontestablement la myopie, que cet excès de convexité occupe l'une des faces seulement de cette lentille ou toutes les deux. Une semblable conformation a été regardée comme constituant une des causes les i)lus fréquentes de la myopie; et, malgré le témoignage de Percy et de Réveillé-Parise (2), qui affirment avoir examiné un grand nombre de cristallins provenant d'yeux myopes sans y avoir jamais découvert d'excès de convexité, on doit admettre non-seulement la possiUilité de cette cause, mais même la probabilité de sa fréquence.
J'ai déjà mentionné l'inégalité de puissance des yeux chez la plupart des hommes. Je ne puis m'empêcher de croire qu'elle dépend de diflërences dans la puissance réfringente des cristallins, surtout si l'on lient compte de ce fait, établi par Meckel, que les cristallins provenant des yeux d'une même personne ont quelquefois une forme très différente (3).
4" L'excès de densité d'un ou de tous les milieux transparents de l'œil produit infailliblement la myopie, et doit se présenter quelquefois. J'ai observé que les yeux myopes, même chez les jeunes gens, sont beaucoup plus durs au toucher que les yeux normaux. Ceux qui supposent que l'adaptation de l'œil pour la vision rapprochée s'accomplit au moyen d'une pression que subit le cristallin, par suite de laquelle la convexité de ses surfaces varie, sont portés à croire que cette pression fréquemment exercée, par suite de l'habitude d'examiner souvent et longtemps de petits objets, rend le cristallin plus dense que d'ordinaire à son centre, et que la myopie en est la conséquence. Telle est l'opinion de M. Smith (4) qui croit que la capsule est musculaire, ce qui est complètement inexact. Toutefois, le résultat pourrait être le même, si, comme le pense le professeur Forbes, la forme ducnstalhn se trouvait changée, par suite de l'action que les muscles extérieurs exercent sur la masse entière du globe oculaire, pression transmise au crislallin par l'intermédiaire des humeurs (5).
5. V allongement anormal du globe de l'œil, d'où résulte une pkis grande distance entre la cornée et la rétine, détermine la myopie;
(1) Mémoires de l'Académie Roynifi tics Sciences, pour 1727, p. 546 ; Amsterdam, 1732.
rgi RFVFitiÉ-PAïusi;. ilvRiènc oculaire, p. 52; Paris, 181(i. , , ,
(3) SrJr.a Manuel d ana^ générale, descriptive et palhologique. traduit par Jourdan cl Breschet, I. III. p. 2a ; Paris, 182j.
(4) Philosophicai Magazine, .Uily, 1853, p. 12. ri;„i.nr..l, Ki9
(5) Transactions of the Royal Society of Edinburgli, vol. XVl, p. G; Ldu.burgli, 1849.
MYOPIE
octlc cause tic la maladie a même clé considcrce comme la seule admissible. On a supposé que, dans certains cas, celle l'orme de l'œil était congéniale, que dans d'autres elle élail la conséquence du fréquent exercice de la vue sur de petits objets. Lorsqu'elle est conj^éniale, on l'a attribuée au raccourcissement naturel des muscles droits, et lorsqu'elle est acquise, à la contraction anormale de ces mêmes muscles et des muscles obliques.
[C'est par le lait de cet allongement que les personnes alleinles de sclérotico-choroïdilc postérieure sont toujours plus ou moins myopes. Dans cette allcction, le diamètre antéro-postérieur du globe de l'œil est allongé, parce que le segment postérieur, cédant à l'action des muscles par la résistance moindre que son étal de maladie y oppose, prend une forme plus convexe en arrière, jusqu a revêtir celle qui constitue le staphylôme postérieur. (F. pp. xxxv et G^t.) T. W.]
6. L'excès de la puissance inhérente à U œil de s'accommoder à la vision des objets rapprochés, peut être considéré comme une cause de myopie. On ne saurait révoquer eu doute l'existence de cette faculté dans l'œil; mais par quel mécanisme l'adaptation s'opère-l-elle? c'est là une question sur laquelle règne une grande diversité d'opinion (1). D'après ce qu'a calculé Olbers, si la distance du cristallin à la rétine pouvait varier d'une ligne, cette faculté suffirait pour nous mettre à même d'apercevoir les objets avec la même netteté à la distance de quatre pouces qu'à la distance la plus éloignée à laquelle porte la vue humaine. Il suffirait, pour obtenir le même eflet, que la lentille pût se déplacer d'une demi-ligne, pourvu que le rayon de la cornée pùt lui-même varier de deux cinquièmes de ligne. Si donc nous supposons qu'il existe une suractivité dans les organes à l'aide desquels ces changements ou d'autres s'opèrent dans les milieux dioptriques, suractivité déterminée par l'application trop fréquente des yeux sur des objets rapprochés, et dégénérant en habitude, nous aurons trouvé une cause possible de myopie, qui est rendue probable par le succès qui accompagne certains essais méthodiques et continus pour corriger et vaincre cette habitude (2).
7. La grandeur de la pupille, qui accompagne presque toujours la myopie, a généralement été placée parmi les causes de cette affection, tandis qu'elle n'en est vraisemblablement que l'effet. Lorsque la vue est parfaite, et à plus forte raison lorsqu'elle est presbyte, la pupille a fréquemment l'occasion de se contracter pour aider à voir plus distinctement les objets rapprochés: c'est ainsi que peut se produire un certain degré habituel de myopie. Mais il n'en est point ainsi chez les personnes qui ont la vue courte, car elles voient nettement les objets
(1) Sur l'adaptalion de l'œil aux dislances, voyez la physiologie de la vision par Mackenzie, chap. XI.
(2) Bëiitmold. London Médical Gazelle, Augusl 28, 1840, p. 867.
ANOMALIIÎS ET ALTÉIIATIONS DIVIÎUSES DE LA VISION.
rapprochés cl ne doivent |)()inl pour cela conlracler la pupille; c'est probablement pour cette raison que celte ouverture se maintient dans un étal habituel de dilatation.
Lorsqu'on concenli'c les faisceaux lumineux destinés à aller frapper la rétine, comme on le fait en regardant à travers un trou d'é|)ingle, lœil myope voit plus distinclcmenl les objets éloignés, parce que ce moyen équivaut à un allongement de son foyer. Le même résultat serait produit par toute cause susceptible de provoquer la contraction de la pupille de l'œil myope, telle que l'inlroduclion d'une goutte de vin d'opium entre les paupières, des frictions sur le sourcil avec la teinture concentrée de gingembre ou de poivre, faits dont se prévalent les charlatans qui ont la prétention de guérir la myopie.
Prédispositions. l.Age. — Les jeunes gens s'aperçoivent rarement avanl l'âge de la puberté que leur vue est courte. Lorsque la myopie se déclare tout à coup, on peut la confondre avec quelque aiîection plus sérieuse.
Obs. 543. — Une jeune personne, âgée de 16 ans, devint loul à coup myope, après s'êlre appliquée, dans une pension d'Edimbourg, à la peinture des fleurs et à la l)roderie. L'effort qu'elle faisait pour voir à la dislance ordinaire, et même pour lire, provoquait de la douleur dans ses yeux. Les pupilles offraient la lenteur de mouvements qui accompagne fréquemment la myopie. On consulta un médecin distingué, qui diagnostiqua une amanrose. 11 lit appliquer des sangsues, administra le mercure, et conseilla un vomitif et des vésicatoires. Lorsque la malade me l'ut amenée, je reconnus qu'elle voyait parfaitement bien à travers un verre concave de 48 pouces de foyer, et j'appris que plusieurs de ses proches parents étaient affectés de myopie.
Beaucoup de personnes arrivent à l'âge de trente à quarante ans, sans savoir qu'elles ont la vue courte; elles s'en aperçoivent seulement lorsque, regardant par hasard à travers les verres concaves portés par une autre pei^sonne, elles reconnaissent avec autant de plaisir que de surprise qu'elles aperçoivent les objets éloignés avec une netteté et une finesse de contour dont jusque-là elles n'avaient jamais eu l'idée. Elles avaient bien remarqué que, d'un côté à l'autre de la rue, ou bien au théâtre, elles n'y voyaient pas aussi bien que les autres; mais, comme elles lisaient les petits caractères aussi bien que qui que ce fût, elles ne s'imaginaient point qu'elles eussent quelque imperfection de la vision, ni que celle-ci pùt être améliorée à l'aide de verres d'aucune sorte.
Bien qu'en général la myopie suive une marche croissante à partir de la puberté jusqu'à l'âge de vingt à vingt-cinq ans, on observe néanmoins des cas où elle existe chez des enfants, ou survient brusquement chez des adultes qui jusque-là avaient vu distinctement à la dislance ordinaire (1). Lorsque des enfants, vers l'époque où on les envoie à l'école, sont supposés myopes, on doit examiner soigneusement l'aspect que présente la pupille, car très souvent alors (F. page 491) on
(1) Voyez Henry, Memoirs of llie Litcrary and Philosophical Society of Manchester, vol. IH, p. 182 ; Warriugton, 1790.
MYOPIR.
trouve qu'il existe une calaraete centrale. Le raccourcissement brusque de la vue chez des adultes qui jusque-là avaient joui d'une bonne vue, doit porter à soupçonner la conicilé de la cornée, l'Iiydropisie de Tliunieur atpieuse, ou même quelque an'eclion de la rétine ou du cerveau.
Le vulgaire croit géiu'raleuienl à tort que, par l'âge, les yeux myopes deviennent plus susceptibles de distinguer les objets éloignés. Cette erreur jiarait dépendre de ce que ceux ((ui, étant jeunes, avaient une Mie ordinaire, deviennent presbytes par les progrès de l'âge qui amène raplalissemenl de la cornée ou d'autres cbangcmeiits dans la structure de l'œil. On en a conclu que la myopie, par suite de cbangemenls analogues, devait se cori iger avec le temps. Il n'en est rien. La myopie, bien loin de diminuer tend ordinairement à s'accroître par les progrès de l'âge; et si elle vient à se compliquer d'un étal glaucomateux du cristallin, la personne qui en est atteinte se trouve obligée d'amener très près de ses yeux tout ce qu'elle veut voir distinctement.
[Il y a cependant des exceptions. Ainsi, M. Ilays (1) cite le cas de feu le colonel Pickering de Boston, qui, ayant éléalïecté d'une myopie très prononcée pendant la plus grande partie de sa vie, put, quelques années avant sa mort qui survint à un âge avancé, renoncer à l'usage des lunettes; il voyait et lisait parfaitement sans le secours d'aucuns verres. T. W.]
2. Position sociale et profession. — La myopie est beaucoup plus commune dans les rangs élevés de la société que dans les rangs inférieurs et parmi les personnes que leurs occupations obligent à examiner attentivement de petits objets que parmi celles qui n'essaient presque jamais délire, d'écrire, ou de se livrer à des occupations analogues. M. Ware fait remarquer que les personnes d'un rang inférieur ont rarement recours à des moyens artificiels pour remédier à ce défaut de la vision lorsqu'il est léger et que vraisemblablement chez elles la maladie est assez souvent guérie par l'accroissement des efforts que fait l'œil pour arriver à distinguer les objets éloignés. Les personnes d'un rang élevé, au contraire, lorsqu'elles s'aperçoivent qu'elles distinguent moins promptement et moins correctement que d'autres les objets distants , s'empressent , plutôt par mode que par nécessité, de recourir à l'emploi des verres concaves; il en résulte qu'en peu de temps leur myopie est tellement confirmée qu'il devient difficile de la faire disparaître.
Quant à la proportion des myopes dans les rangs de la société, M. Ware a réuni à cet égard des renseignements puisés dans des catégories d'individus appartenant à la même position sociale. Ainsi il a pris des informations près des cbirurgicns des trois régiments des gardes à pied, dont l'ellectif est d'environ dix mille hommes et il a
(1) Édition américaine de Lawrence, etc., p. GÎ57.
ANOMAMF.S KT AI.TKR.VTIONS DIVERSES DE L.V VISION.
appris que la myo|)ie est presque inconnue parmi eux et que, dans le cours de près de vingt années, six homin<!S seulcinenl avaient été réformés et six recrues refusées, à cause de cette aiïection. A TEcolc militaire de Clielsea, où se trouvent treize cents enfanls, aucun ne s éUiii jamais plaint de myopie avant que M. Ware eût apj)clé ratlenlion sur cette all'ection ; alors même on ne découvrit que trois enfants qui en étaient atteints, et encore à un degré peu prononcé. 11 fit la même enquête dans plusieurs des collèges d'Oxford et de Cambridge, et trouva la myopie très commune dans ces diverses institutions. Dans un collège d'Oxford, sur cent vingt-sept étudiants^ trente-deux portaient des lunettes ou faisaient usage d'un lorgnon, quelques-uns sans doute pour seconformer à la mode. M. Ware pense néanmoins que le nombre de ceux-ci n'était pas considérable, comparé à celui des élèves que les lunettes aidaient réellement, bien qu'ils eussent pu s'en passer aisément, sans l'habitude qu'ils en avaient contractée (1).
Causes prédisposantes et excitantes. — ] . Rarement congéniale, mais ayant souvent une tendance héréditaire, la myopie reconnaît pour principale cause prédisposante ou excitante, l'habitude de trop exercer pendant l'enfance, la vue sur des objets petits et rapprochés. Ilenke attribue la myopie à l'horizon trop étroit que présentent à la vue les salles où l'on élève les enfants (2).
2. L'usage des verres concaves produit ou accroît si notoirement la myopie, qu'en France on les a souvent employés pour se rendre impropre au service militaire et échapper ainsi à la conscription. Il parait que l'on commençait par se servir de verres un peu concaves, puis qu'on en employait successivement d'autres qui l'étaient de plus en plus, jusqu'à ce qu'enfin la vue devenait assez courte pour n'être plus propre qu'à distinguer les objets rapprochés (5).
Traitement général. — Il est rare que le praticien soit appelé à donner des conseils à des personnes chez qui la myopie n'est point encore confirmée, et puisse par conséquent prescrire le traitement propre à faire disparaître les symptômes commençants de celle très grave imperfection de la vision. S'il est vrai que, dans le plus grand nombre des cas, elle est engendrée par l'application trop prolongée des yeux sur de petits objets, (lecture, écriture, coulure, peinture en miniature, gravure et autres occupations semblables), on en obtiendra probablement la guérison en s'abstenant pendant un certain temps de ce genre de travail, en n'employant pas les verres concaves, et en exerçant principalement' sa vue sur des objets volumineux et éloignés. Il est probable que la méthode consistant à éloigner graduellement le
m Pliilosopliical Transaclions, vol. CIII, p. 51 : l.ondon, 1815. , , , ,
(2) Handbuftli dei- KimlcrkraiiKluMU'n, cite dans !■ vanson it .Maunsell: on Uie .Management ami Diseases of Chiklrcii, p. 02; Dublin, \U-2.
(3) UuvAL. Traite de laumurose, p. 117, Pans, ISal.
MYOI'IK.
livre jusqirù ce que l'on puisse lire à la dislance ordinaire, ou à faire lire -x travers des verres convexes, ou d'autres exercices du mcnie genre nroiluiront moins d'ellet que l'exercice en plein air, les promenades à pied ou à cheval dans la campagne, et les voyages qui présentent sans cesse à la vue de nouveaux cl intéressants tableaux.
Si au lieu de suivre la conduite que nous venons d'indiquer, on a recours à l'usage des verres concaves ; si Ton persiste dans les occupalions qui exigent rapi)lication fréquente cl longtemps commuée de la vue sur des objets rapprochés, non-seulcinenl la maladie se conhrme, mais s'aggrave même parfois sensiblement.
« Les cnfanls, dit Sir Cliurlcs Blagden, nés avec des yeux capables de s'adapter à la vision dos objets les plus éloignés, perdent sraduellemenl cette lacullé des qu ils com- Dieucenl à lire et à écrire. Les plus studieux sont ceux qui deviennent le plus promplement nivopes; cl si l'on ne prend aucune précaution pour s'opposer a cette liabiludc vicieuse, Ifurs yeuxliiiissenl par perdre sans retour la faculté de faire converger les rayons parallèles. J'en suis moi-même un exemple.
. Lorsque j'appris à lire, à l'âge ordinaire de 4 ou 5 ans, je pouvais lire très dislinclement d'un coté à l'autre d'une vaste église, un tableau sur lequel se trouvait peints, en iollres assez grandes, la prière du Seigneur et le Credo. Au bout de quelques années, c eslà-dire, vers râge de 9 à 10 ans, après m'être beaucoup adonné à la lecture, je ne pouvais plus li're ce qui était écrit sur ce tableau; mais ma myopie était si peu prononcée qu'un . verre de montre qui, ainsi qu'un ménisque,.fail peu diverger les rayons, me suffisait pour pouvoir lire le tableau comme auparavant. Un an ou deux après, le verre de montre ne suffisait plus; mais, comme on me dissuada de l'usage des verres concaves, comme propres à me gâter la vue, je continuai à supporter les inconvénienls d'un léger degré de myopie, jusque passé l'âge de 30 ans. Ces inconvénienls, toutefois, allant en s'accroissanl, lenlemenl il est vrai, finirent par devenir assez marqués pour qu'à l'âge de 32 à 33 ans je me décidasse à essayer d'un verre concave. Je trouvai que les n»» 2 et 3 me convenaient, d'après les phénomènes si bien décrits par M. Ware; c'esl-à-dire que j'apercevais assez bien les objets éloignés avec le premier de ces numéros, et encore mieux avec le second. Après m'étre contenté un certain temps du n° 2, je l'abandonnai complètement pour le n» 3; et, dans l'espace de quelques années, j'en arrivai au n" 8, point auquel ma vue est restée slalionnaire pendant 15 à 20 ans. Si j'avais eu recours plus tôt aux verres concaves, ma myopie aurait beaucoup augmenté, peut-être ma vue serait-elle descendue beaucoup plus tôt au point où elle en est actuellement. Si mes amis m'avaient persuadé de lire et d'écrire en tenant mon livre ou mon papier aussi loin que possible, ou si j'avais interrompu mes éludes de temps en temps, el que je fusse allé me distraire à la campagne, ou si je m'étais consacré à des occupations qui m'eussent forcé à examiner des objets éloignés, il est très probable que j'aurais pu ne pas devenir myope du tout ( l). »
Exercice méthodique des yeux. — Comme la myopie peut, jusqu'à un certain point, êlre considérée comme une habitude due à l'application trop fréquente et trop continue des yeux sur des objets rapprochés, et comme le premier venu, en exerçant sa vue de celle façon, peut devenir myope, il est très logique de supposer que l'on peut beaucoup pour corriger ce défaut de la vision, en l'exerçant méthodiquement et avec persévérance d'une façon tout opposée. Le professeur Berlhold recommande dans ce but l'emploi d'un pupitre correcteur, qu'il appelle myopodiorthoticon, dont le myope doit se servir chaque fois
(1) Piiilosopliical Traiisaclions, vol. CIll, p. UO.
ANOMALIES ET ALTl'lRATlONS DIVF.USES DE I.A VISION.
qu'il vcul lire ou écrire. De la partie postérieure du pupitre s'élèvent verticalement deux montants, un de chaque côlé. Ces montants traversent cl supportent une barre transversale, (jue l'on peut l'aire monter à l'aide de deux ccrous situés au-dessous, et descendre ou nuiintenir fixe à l'aide de deux écrous [)lacés au-dessus. Vers le milieu de la barre transversale se trouve un appui gradué destiné à supporter le Iront; cet appui qui i)eul se mouvoir horizontalement d'un côlé à l'autre, est aussi maintenu par un écrou. Par suite de la mobilité de la barre transversale sur les montants, et de celle de ra|)pui sur la barre transversale, on peut disposer la tète, relativement au livre que l'on doit lire ou au papier sur lequel on doit écrire, dans la position la mieux appropiée à la puissance visuelle. Parallèlement aux deux montants, se trouvent deux échelles verticales, divisées en dixièmes de pouce, et qui en haut traversent la barre horizontale. A l'aide de ces échelles, on adapte l'appareil à la grandeur des caractères du livre que l'on doit lire, et à l'extension graduelle de la vision à mesure que la cure marche.
Lorsqu'on a recours à cet appareil, il faut le disposer de façon à ce que la personne qui s'en sert puisse lire facilement les grandes lettres lorsqu'elle pose le front à partir de la racine du nez sur l'appui horizontal. Tous les deux, trois, ou quatre jours, on élève la barre verticale en tournant les écrous sur les vis horizontales, de façon à augmenter la distance entre l'appui sur lequel repose le front et le livre, par conséquent celle de la vision distincte, d'un vingtième à un dixième de pouce mesuré aux échelles ; distance qui ne doit jamais dépasser un point qui ne permette plus de lire avec facilité. On doit surtout éviter toute augmentation rapide de la distance, car la faculté d'adapter l'œil à la vision des objets éloignés ne s'acquiert que lentement. Pour lire avec cet appareil, on choisira, autant que possible, un livre dont les caractères soient nets et grands, et partout de même dimension. Comme on doit lire le même caractère pendant longtemps, il faut choisir un ouvrage en plusieurs volumes. Pour écrire, la distance des yeux au papier peut être un peu plus considérable que pour lire, surtout si l'individu a soin d'écrire en grandes lettres.
L'appareil du professeur Berthold est conçu sur un principe simple et exact; son emploi n'exige, de la part de ceux qui y ont recours, que de la patience et de la persévérance. La durée de son emploi est proportionnée au degré de la myopie: dans le jeune âge, on peut espérer une guérison plus rapide que dans l'âge avancé. La condition principale du succès consiste à ne faire varier que lentement mais progressivement, surtout au début du traitement, la distance à laquelle s'exerce la vision (1).
(1) BERTtioLD. Das Myopodiorllioticoii, odcr fier Apparnl, die Kurzsichligkcit zu hcile.i ;
MYOPIE
y erres concaves. — Si les limelles à verres eoinexes n'ont pas été invenlées par Roger IJacon, elles étaient du moins bien eonnues vers
I "époque de sa mort, en 1294- ; mais pas longtemps avant cette épo(in(' .
II est probable (|ue l'usage des veri'os concaves |)our les myopes succéda proniptcmenl à ooluidos verres convexes; néanmoins, on ne ti'ouvc dans riiistoire de ropti(iue aucune trace indi(iuant rcpo(|uc de leur apparition. Maurolicus , dans son traité Z)c' luniine et uniOra, ùcvh en 1554, considère le cristallin comme le principal instrument de la vision et comme transmettant au nerf optique l'image des objets ; il expli(|uc, par le plus ou moins de convexité des surfaces du cristallin, pourquoi cerlaincs personnes ont la vue longue et d'autres courte; démontrant que, dans le premier cas, les rayons ne sont pas encore rassemblés en loyer lorsqu'ils parviennent à la i-étine, tandis que dans le second, ils ont déjà convergé avant d'y arriver. Il explique aussi comment la convergence peut être avancée cliez ceux qui ont la vue longue, par l'emploi d'un vei-re convexe, et relardée, chez ceux qui ont la vue courte, par l'usage d'un verre concave. Ces observations de Maurolicus n'étaient point connues de Kepler lorsque son patron Dietricbstein lui proposa comme question à résoudre, celle de savoir de quelle façon les lunettes favorisaient la vision. La première réponse qu'il lit, ainsi qu'il le dit dans son Ad VitelUonem Paralipomena, publié en 1604-, c'est que les verres convexes agissent en grandissant les objets. Mais son patron lui lit observer que, si les objets ne paraissaient plus distincts que parce qu'ils étaient grossis, personne n'aurait la vue améliorée par les verres concaves eux, qui diminuent les objets. La ressemblance frappante qui existe entre les expériences de la chambre obscure et la manière dont la vision s'accomplit dans l'œil, avait déjà été signalée par Baptisla Porta, dans sa 3ragia Naturaiis, publiée en 1560, et dans laquelle il compare la pupille au trou pratiqué dans le volet, mais où il commet l'erreur d'assigner pour office au cristallin la réception des images, comme le fait la muraille ou l'écran dans la chambre obscure. Kepler, dans l'ouvrage que nous venons de citer, fit voir le premier que c'est la rétine qui a pour olïïce de recevoir l'image des objets extérieurs. Il donna alors cette explication claire de l'action des lentilles, tant de celles qui existent dans l'œil que de celles qui lui sont extérieures, qu'elles ont pour eflet de faire diverger ou converger les faisceaux lumineux; il expliqua que les verres convexes favorisent la vision chez les presbytes, en changeant la direction des rayons lumineux qui partent en divergeant d'un objet rapproché, de telle sorte qu'ils viennent tomber sur l'œil comme s'ils provenaient d'un objet plus éloigné et que les verres concaves rendent le même service aux yeux myopes, en produisant un eflet contraire sur les rayons divergents qui partent
Giillingen, 1840; Vn\r/., I.oiuloii Médical GuzcUe, Augiisl28, 1810, p. 8t)6 ; Deccnibcr II, 1840, p. U-2.