RÉFRACTION IRRÉGULIÈRE
Pour que la vision pût être parfaite, il faudrait que les milieux dioptriques de l'œil conservassent leurs courbures, leur densité et leur
(1) Kdinburgh Médical and Siirgical Journal, January im, p. 124.
(2) riiilosopliical Transactions, vol. Clll, !>. 48 ; London, 181d.
nÉFRACTlON IRUlUiUI.IKUE.
posilion normales. Il est probable, loulefois, que les lentilles de laMl, et |)arlii'nlièrenient la eoi'née el le erislallin, sont sous ee rapport beaucoup i)Ius IVéqueniinent aiïeclées d'irrégularilé qu'on ne le suppose généralement, el que peu d'yeux sont eomplétemenl exempts de ces sortes de déransieineiils. Lors(|u'iI s'agit d'une irréiijularité léi^ère, il en résulte que les objets, surtout ceux cpii ()ceu|)ent une position telle que leurs rayons ne se réunissent pas en un foyer sur la réline, el i)arrois aussi ceux placés à la distance de la vision la plus distincte, sonl vus mulli|)liés; symptôme auquel on a donné le nom de diplopie uni-oculaire. Mais, dans les cas graves, la vision est excessivemenl dérangée; et comme les rayons qui proviennent d'un point lumineux el tombent sur toute la surface de la pupille ne peuvent se trouver réunis à l'intérieur de l'œil en un point unique, mais convergenl à diiïércnles distances, de manière à Ibrmer deux images linéaires qui se coupent à angle droil, l'imperfection visuelle qui en résulte a reçu le nom d'aslif/matisme. Lorsque ces irrégularités de courbure sonl très considérables, el surtout lorsqu'elles affeclenl la cornée, l'observateur peut parfois les découvrir en promenant la flamme d'une bougie au devant de l'œil du malade el en examinant l'aspect des trois images réflécbies. Le malade peut découvrir ces irrégularités en fermant un œil et en dirigeant l'autre vers un objet lumineux très étroit, bien limité, el pas trop brillant (le croissant de la lune lorsqu'il ne date que de deux ou trois jours), el en dirigeant la téle dans diverses directions. 11 apercevra alors une ligne multiple ou diversement contournée, el un examen attentif des aspects divers qu'elle offrira, suivant les circonstances, conduira parfois le malade à la connaissance de la conformation s])éciale des surfaces réfringentes qui déterminent ces apparences el lui suggérera le remède à y apporter.
§ I. — Diplopie uni-oculaire.
Une couche de mucus étendue, comme un solide mou, sur la surface de la cornée, el qui ne lui est point parallèle, peut déterminer la multiplication des images, exactement comme si l'œil l'cgardaità travers un verre piano-convexe taillé à facettes. Le clignotement entraîne en pareil cas le mucus, et la diplopie disparaît.
Un effet analogue se produit quand les surfaces de la cornée ou celles du cristallin ne sonl point parfaitement régulières. S'il existe quelque dérangement dans la position des diverses surfaces des milieux dioptriques, depuis la cornée jusqu'aux parties les plus profondes, ou si la pupille est remplie d'un réseau de lilaments, résultant d'un épanchemenl librineux, les rayons lumineux qui pénètrent dans l'œil, au lieu de se réunir en un foyer unique, forment sur la réline deux foyers et même davantage. Un œil myope aperçoit toujours plusieurs images
G50 ANOM.VLIICS niVEUSES DE LA VISION.
sui)crposôcs (le la llammc (ruiie bougie, lorsfjue celle-ci est placée beaucoup au delà de la portée de sa vision dislincle; l'œil presbyte éprouve le ménie phénomène lors(|ue la bougie est jjlacée près de lui. En s'en approcbanl dans le premier cas, cl en s'en éloignant dans le second, on lait disparaître les fausses images; on obtient le même résultat en se servant d'un verre concave pour l'œil myojie et d'un verre convexe pour le presbyte, ou, dans l'un et l'autre cas, en regardant à travers un trou du diamètre d'une épingle, ou à ti'avers les mailbîs d'un lin tissu métallique (1).
Il est rare, sinon sans exemple, qu'un malade se plaigne de diplo|)ie uni-oculaire, sans que l'œil qui n'est pas en cause soit assez ad'aibli pour être presque inutile. C'est alors que la diplopie devient gênante. Les deux centres de réfraction sont dans ces cas généralement plus ou moins obliques l'un par rapport à l'autre. Que l'œil soit myope ou presbyte, à mesure que le malade s'éloigne de l'objet qu'il regarde, la fausse image, qui est plus pâle et moins nettement dessinée que la vraie, s'en sépare de plus en plus dans une direction oblique en baul ou en bas, jusqu'à ce que, dans quelques cas, elle s'évanouisse et disparaisse. Lorsque la fausse image se montre en debors et en bas, on peut en induire que la cause de la diplopie réside dans la partie supérieure et interne de l'œil.
La diplopie uni-oculaire est quelquefois un symptôme précurseur de la cataracte.
On n'a aucune notion positive sur la cause de la diplopie uni-oculaire. On a dit que, par suite d'un vice de conformation ou d'une maladie, les sommets de la cornée et du cristallin ont perdu leurs rapports normaux, ou que les pôles du cristallin ne sont plus sur une même ligne droite ; mais ce sont là de pures conjectures.
M. Prévost, à l'âge de 81 ans (2), a publié son observation de diplopie uni-oculaire ; il pensait que celte altération de la vue pouvait être due à une fracture, une contusion, ou un aplatissement partiel du cristallin, ou à la séparation de ses lamelles. M. Prévost correspondait avec M. Babbage qui était affecté de diplopie de cbaque œil; ce à quoi il remédiait, toutefois, en regardant à travers un petit trou pratiqué dans une carte, ou à travers un verre concave.
Tout ce que l'on peut faire pour remédier à la diplopie uni-oculaire, c'est de recourir, comme moyen palliatif, à l'emploi d un verre concave ou convexe, suivant que l'œil malade est myope ou presbyte (5).
(1) CnASMonE. Philoso|>liical Magazine, Junc 1830, p. i8a.
(2) Annales rie Chimie el de Physique, l. LI, p. 210 ; Paris, 1852.
3 Consuliez sur la .liplopie uni-oculaire : II.vFEi.nER, Ammon s Zeitsclir.fi fur <l.c Oph ha^ moio-ic vol. IV, p. 189; l.eip/i|î, 185/.. : Ste.fewsa^d, Graefe und Wall her s .lournal der Z^^liJla^ù^^^\.i\M, voï XXIII, p. 80 ; Berlin, 18Ô3 : S.ok.lsk, de a d-ploi-e un.oculaire; Paris, 1859. [Discussion à propos .le celle disserlalion entre MM. D.:gm..i...i. SzoKALSKi. Ann. .l'Ocul., l. III, pp. 27, 150, 107.]
UÉFRACTION inUÉGULIllur, .
g II. — Astigmatisme.
De a privulif, cl ŒTti'.u.a, point.
On a i'a[)i)o:'lc de nombreux cas dans lesquels, par suile de quelque altéralion de la rélraclion, les rayons lumineux lombanl sur l'œil sont plus vile réunis en loyer dans le plan vertical (|ue dans le plan horizontal; de sorte que Tœil, considéré comme instrument d'optique, n'est point symétrique autour de son axe. On rencontre beaucoup d'yeux qui sont dans un état tel que, si une ligne droite, tracée en noir sur une l'euille de papier, leur est présentée dans le sens vertical, elle leur apparaît double, tandis qu elle parait simple dès Tinstant où on la place dans le sens horizontal.
Le docteur Young (1) nous dit que « son œil, dans le regard vague, rassemble en un foyer sur la rétine les rayons qui divergent verticalement d'un objet placé à dix pouces de sa cornée et ceux qui divergent horizontalement d'un objet placé à sept pouces de distance. » C'est ce qui devrait arriver si la cornée, au lieu d'être une surface de révolution, dans laquelle la courbure de toutes les sections passant par l'axe est égale, avait une autre forme dans laquelle la courbure du plan vertical lut supérieure à celle du plan horizontal. Toutefois, le docteur Young pensait que la cause de l'altération visuelle qui existait chez lui était due à une obliquité de la cornée et du cristallin par rapport à l'axe visuel. Le même edet pourrait se produire si l'une ou les deux surfaces du cristallin étaient cylindriques, ou si la variation de sa densité n'était point symétrique.
Le professeur Fischer, de Berlin, remarqua que, lorsqu'il plaçait devant lui un certain nombre de lignes minces et parallèles, il pouvait aisément les compter à la distance de quinze à vingt pouces, tant qu'elles étaient dans une position horizontale, mais que, dès qu'il y donnait une position verticale, il ne pouvait plus les distinguer, à moins de les rapprocher de son œil à la distance de six à huit pouces. Lorsqu'il regardait les barres d'une fenêtre en maintenant la tête dans une position verticale, la barre transversale lui paraissait plus longue qu'elle u'aurait dû être; mais, lorsqu'il inclinait la tête vers son épaule, c'était la barre verticale qui lui paraissait allongée (2).
M. Airy, astronome royal, a rapporté un semblable cas de réfraction irrégulière existant dans l'un de ses yeux.
Obs. .544. - M. Airy dérouvrit qu'en lisant il ne se servait pas liabiluollemenl de son œil gauche qui lui olail coniplétemenl inutile pour regarder les ohjels rapprochés; l'image qui se formait dans cet œil n'élail point pei'çue, à moins que ralleiition ne fut particulièrement dirigée sur i^lle. Supposant que cela'n'étail dû qu'à une habitude vicieuse dont il pourrait se corriger en se servant autant que possible de l'œil gauche, il essaya de lire, l'œil droit fermé ou recouvert d'un bandeau; mais il s'aper^^ut (pie, à quelque distance
(1) On tlie Mechanism of tlic Dyc : Pliilosophical Transactions, for 1801.
(2) Gkiisoti. De forma corncœ, p. 17 ; GotliiigcD, 1810.
ANOMALIIÎS DIVEUSIÎS DE LA VISION.
(ju'il pli'içâl son livro, il iic pouviiil (lislingiicr iiik; seule lettre, au moins lorsque l'inipressioii était petite. Quelque temps après, il remaripia «pie l'image lormée dans sou oeil gauelie par un point brillant, eouimc une lampe éloignée ou une étoile, n'était point circulaire comme colle perçue par un œil n'ayant d'autre défaut (pie celui d'être myope mais elliiitique, le plus grand axe de l'ellipse l'ormant un angle d'environ 35" avec la verticale, et son extrémité la plus élevée étant incliné(! à droite. En mettant des lunettes à verres concaves, qui lui permettaient d'apercevoir distinctement de l'œil droit les objets éloignés, il trouva que, i)our son œil gauche, un point lumineux éloigné avait l'apparence d'une ligne bien délimitée, correspondant exactement pour la direction et presque pour la longueur au grand axe do l'ellipse dont nous avons déjà |)arlé. Il reconnut aussi qu'en traçant sur le papier deux lignes noires se croisant à angle droit, et en plawinl le papier dans une position convenable et à une certaine dislance de son œil, l'une de ces lignes était vue très distinctement, tandis que l'autre était à peine perçue. En rapprociiant au contraire le papier de son œil, la ligne vue distinctement dis])ariiissait, et l'autre devenait bien distincte. Tous ces phénomènes indiquaient que la réiraclion de l'œil était plus grande dans le plan presque vertical que dans celui qui l'orme avec lui un angle droit, et. par conséquent, qu'il n'était pas possible de rendre la vision distincte au moyen de verres à surfaces sphériques. M. Airy reconnut en effet qu'en tenant le verre concave obliquement, ou en regardant directement à travers une partie située près du bord, il voyait les objets sans confusion ; mais la distorsion produite dans chacun de ces cas était telle, qu'il ne pouvait espérer de se servir de son œil a moins qu'il ne trouvât quebiue chose de plus eHicace.
Le but de M. Mry fut alors de trouver une lentille (lui réfractât plus |)uissamment les rayons lumineux suivant un plan que suivant un autre formant un angle droit avec le premier; sa première idée fut d'employer un verre à surlaces cylindriques et concaves, les axes des cylindres se croisant à angle droit, et leurs rayons différant. Pour démontrer que cette construction atteindrait le but, il sulTit de se hgurer une pareille lentille divisée en deux lentilles par un plan perpendiculaire à son axe : il est facile de voir que la réfraclion de l'une ne serait pas sensiblement altérée par la réfraction de l'autre, et que la réfraction déhnilive serait une combinaison des deux autres. Les rayons, dans l'un des plans, seraient rendus complètement divergents par l'une des lentilles, et ceux de l'autre plan par l'autre lentille. Cette conslruction était donc suffisante; mais, afin de faciliter l'émoulage et de diminuer les courbures, on crut convenable de faire l'une des surfaces cylindrique, et l'autre sphérique, mais toutes deux concaves.
Pour découvrir les données nécessaires à la formation de celte lentille, M. A. pratiqua avec la pointe d'une aiguille un très petit trou à travers une carte noircie, qu'il fil glisser sur une échelle graduée; éclairant alors fortement une feuille de papier, et tenant la carte entre elle et son œil, il eut un point lumineux sur lequel il put faire ses observalions avec facilité et exactitude. Appuyant l'extrémité de l'échelle sur l'os de la pommette, el faisant glisser la carte sur l'échelle, il trouva que ce qu'il apercevait comme un point lorsque la carte était contre son œil, apparaissait, lorsqu'elle était à la dislance de 6 pouces, comme une ligne bien limitée, inclinée de 3S degrés environ par rapport à la verticale, et sous-lendant approximativement un angle de 2 degrés. A la distance de trois pouces et demi, apparaissait une ligne droite bien définie formant un angle droit avec la première et ayant la même longueur apparente. Il fallait donc que la lentille à construire pût, lorsque l'un de ses plans faisait diverger les rayons parallèles à la distance de trois pouces et demi, les faire diverger par l'autre plan à la distance de six pouces.
M. Airy s'étant procuré une lentille sphérico-cylindrique dont le rayon de la surface sphérique mesurait 3 pouces et demi, et celui de la surface cylindrique un pouce déplus trouva qu'il pouvait lire le plus petit texte à une distance considérable, avec l'œil gauche aussi bien qu'avec l'œil droit. Il remarqua que la vision était plus distincte lorsque la surface cylindrique n'était point dirigée du côté de l'ecil; el comme, lorsque là lentille s'en trouvait écartée, elle altérait la figure des objets en réfraclanl diversement les rayons suivant ses différents plans, il fit construire la monture de ses lunettes de façon à maintenir le verre assez rapproché de l'œil. A l'aide de ces précautions, il reconnut que l'œil qu'il avait d'abord craint devoir lui être inutile, pouvait, sous tous les rapports, lui rendre presque autant de services que l'autre.
« Je crois qu'il est généralement reconnu, dit M. Airy, que là où la direction de l'axe de l'œil est déviée, la vue de l'œil est troublée, mais non perdue. La déviation est allribuéc par beaucoup d'auteurs au manque d'exercice de l'œil; conséquence du trouble visuel dont
RÉFRACTION IRUÉGULIÈRE. 0o3
il esl le siège. Si l'on reconiiuissait que le cléraiigenieiil île lu vision est semblable à celui nue j'ai décrit, on pourrait parfaitement le corriger. La reclierciie du défaut visuel, à l'aide du moyen que j'ai indiqué eu détail, est très lacile; et il sullit de décrire evactement l'aspect nue présente le point brillant à des dislances dillércntcis, pour (lue l'opticien, à l'aide de données théoriques, puisse construire un verre qui rende distincte la vision de l'œil •illeclé Si le trouble résulte d'une insensibilité du nerf optique ou d'une opacilé des bunieurs, il n'y peut rien; mais il a le pouvoir de corriger tous les défauts qui proviennent d'une altération des surfaces réfringentes (1). »
Ayant eu occasion, vingt ans après la première communication (ju'il avait laite a lu Cambridge Pliilosophical Socicly rclativemenl au vice de eoiiforinulion de son œil gauche, d'cxjiliiiuer qu'un changement était survenu dans l'état do cet œil, M. Airy en profila pour dire (jue, comme le résultat de ce vice de confornialion était d'enipeelier les ravons provenant d'un ])oiiit lumineux et tonibaiil sur toute la surface de la |)upille, de converger en un point unique k l'intérieur de l'œil et de les faire converger de façon a les faire passer par deux lignes se coupant à angle droit, le Rév. docteur Wbewell avait donné à ce phénomène le nom crastiqmalisme. M. Airy ajouta que de 1825 à 1846, tandis que la myopie de son œil gauche avait diminue, l'allération qui produisait l'astigmatisme n'avait subi que peu ou pas de changement.
« En examinant l'œil droit de la même façon, dit M. Airy, je n'y trouve aucune altéralion perceptible. L'image d'un petit trou est un point lumineux très nettement dessiné. La dislance à laquelle se maintient la netteté est presque aussi exactement (|ue possible 4,7 pouces, la même que la dislance la plus rapprochée à laquelle l'œil gauche perçoit, sous forme d'une ligne bien limitée, l'image d'un point. Il semblerait donc que la conformation normale des deux yeux fût la même et que l'altération qui existe dans l'œil gauche ressembicàtà cellequi serait produite par une réfraction à travers nn milieu dense cylinririco-concave, ou à travers un milieu rare cylindrico-convexe, surajouté à la réfraction normale (2). »
La publication du cas de M. Airy ayant attiré l'attention sur les troubles de la vision dus à des vices de conformation des lentilles de l'œil, on a recueilli divers exemples remarquables de semblables altérations. Lœil droit du docteur Goode constitue Tun de ces cas (5); un second a été observé dans les deux yeux d'un malade du docteur Hamilton (4) , et un troisième dans les deux yeux d'un ecclésiastique de Philadelphie, dont l'observation, recueillie par lui-même, a été publiée par le docteur Hays (5). Chez le docteur (ioode, l'affection parait avoir été héréditaire, sa, mère ayant dans chacun de ses deux yeux un dérangement visuel dé semblable nature. Le malade du docteur Hamilton, outre qu'il était myope et astigmatique, était de plus héméralope. Lorsqu'il regardait une horloge, il ne pouvait reconnaitre l'heure lorsque les aiguilles étaient verticales; mais il le faisait facilement lorsqu'elles occupaient une position horizontale (6). Dans chacun de «les trois cas, on remédia au dérangement visuel à l'aide de lentilles planes
(1) Transaclionsof llic Cambridge Pliilosopliical Society, vol. II, p. 267 ; Cambridge, 1827.
(2) Ibi.l., vol. VIII, p. 5()1 ; Cambridge, IS/i-D.
(3) Ihid., p. 493, aiul Jlonlhly Journal of Médical Science, April, 1848, p. 711.
(4) Ibld.,June, 1847, p. 891.
LAwnKPiCE. On Discases of llic Eye, cdilcd by IIays, p. Gf)9 ; Pbihulelpliia, 18!i4. [(6) M. W., qui m'a consulté le 3 août 18aS, voit dislinclemont les lelires disposées verticalemcnl el conlusémenl celles qui sonl liorizonlales. Dos brins de paille places liori/onlalemeni sur le pavé le fallgucnl. il esl un peu myope. Un verre eoneave diminue Paslygmalisme donl il esiailcint. Il Irouve que son affcclion esl plus prononcée lorsqu'il a l'esloniac dérangé. (Noie de AI. Mackcnzic.)]
ANOMALIES UIVIÎUSHS l)K I,A VISION.
d'un côté el concavo-cyliiidciqiips de raiilio. Lorsque Ton a trouvé une lentille d'une l'orce conven;d)le, ellecori it^c l'aherration visuelle à toutes les distances; ce qui prouve qu'elle est indépeiuhinte de l'état des organes d'adaptation. Lors(iu'une personne aU'ecléc d'astiginalisine est en même temps presbyte ou myope, la courbure nécessaire pour cor- , riger rastigmatisme })eul être coiid)inée avec celle ([ue réclame l'état de myopie ou de presbytie de TolmI. Une lentille cylindri(|ue ne détermine ni convergence ni divergence des rayons parallèles qui tombent dans le })lan de son axe; tandis qu'elle fait converger ou diverger les rayons qui tombent sur un plan rencontrant son axe à angle droit, comme le ferait une surface sphérique d'égale courbure. Si donc on réunit une surface cylindrique à une surface spliérique, le foyer de la surface sphérique n'éprouvera aucun changement dans l'un de ses plans, mais dans l'autre il se trouvera transformé en celui que donne une lentille sphérique, ajoutée à une surface sphérique de courbure égale à celle du cylindre (1).
La courbure à donner à la surface cylindrique doit être calculée au moyen des distances auxquelles la carte se trouve de l'œil au moment où se forment les deux lignes focales; mais on éprouve quelquefois de la difficulté à empêcher l'œil de changer son état d'adaptation pendant (jue l'on mesure les distances. Le professeur Stokes, de Cambridge, pour obvier à cet inconvénient, a construit un instrument propre à déterminer la nature de la lentille dont ou a besoin ; il en a donné la description à la réunion de 1849 de la Britisli AssociaLion for ihe Advancement of Science (2).
PHOTOPSIE.
Syn. — Pliolopsie, de <pwç, lumière, cl ovI^k;, vision. Mapfiapuyïi ; HIppocrales. Vistis lucidus.
Il est évident que, dans l'état de santé, nous ne devons percevoir ni impression de sensations visuelles, ni éclairs lumineux par suite de changements internes survenus dans l'œil, ni fausse perception d'aucun genre; que nous devons voiries objets avec leurs couleurs naturelles, et non revêtus de teintes qui leur soient complètement étrangères, ou dont ils sont généralement exempts , et que nous ne devons avoir l'impression des objets extérieurs, que lorsque ces objets sont présents, el agissant actuellement sur les organes de la vision. Telle est néanmoins
(1) Herscmei,. Encyclopcedia Melropoiitaiia , aiMiclc fJghl, p. 598, § ô;I9 : Airy et Goooe, Ol) cil • liRKWSTER, Ediiihurgli Journal oC Science, OcliduT, I8'27,p ôSî).
(2) Notices orComnniMicalioMS lo llie lirilisli Association, 1819, p. 10; London, 1850 : Cooper. Ou Near-Sighl, etc., p. 219; Loiidoii, ISiiô.
PllOTOl'SlE.
la conslilulion de l'appareil optique que, par suite des déraiigenienls divers dont il est passible, il peut l'aire éprouver beaueoup de sensations qui ne sont point la production de prototypes aetuelleineiit devant nous. Un simple aiïaiblissenienl de cet appareil donne Iroqueninient naissance à ces pliénoniènes.
Dans cette section, ainsi que dans les suivantes, nous aurons à noter de lausses sensations visuelles des plus remai-quables. La première est ce qu'on appelle la photopsie.
C'est un lait vulgairement connu que des sensations lumineuses ])euvenl être excitées,'indcpendamment des imi)ressions ordinaires produites parles objets extérieurs. L'éclair, produit par l'action d'éternuer, par une légère pression, par un coup brusque sur l'œil, par le |)assage d'un courant galvanique à travers diverses parties de la face, comme dans la simple expérience qui consiste à appliquer sur la langue un morceau de zinc et une pièce d'argent, et à les mettre ensuite en contact, sulVit pour démontrer que la rétine peut être affectée de façon à donner des sensations lumineuses indépendantes de la présence de la lumière. Dans les trois derniers cas que nous venons de citer, l'effet se produit, que les yeux soient ouverts ou fermés, et que l'expérience se fasse au jour ou dans l'obscurité.
L'exempie le plus simple que l'on puisse citer de la photopsie, aussi bien que d'une autre fausse sensation appelée dirupsie ou vision colorée, est indiqué par Newton en ces termes dans la question 16, à la fin de son Optique : — « Lorsqu'une personne, plongée dans l'obscurité, comprime avec le doigt l'un ou l'autre coin de son œil et qu'il dirige cet organe dans un sens opposé à la pression, il aperçoit un cercle de couleurs semblables à celles des plumes de la queue d'un paon. Si l'œil et le doigt restent en repos, ces couleurs s'évanouissent en un instant; mais si l'on retire le doigt en y imprimant un mouvement de Iremblottement, elles reparaissent de nouveau.» Cette expérience fournit à la fois un exemple de photopsie et de chrupsie, produites par une pression artificielle sur la surface convexe de la rétine (1).
(I) La prodiirtion il'iin spcclrc lumineux et colore, que nous avons mentionnée dans le texte, a été appelée /)/io.v/)/t(?»u' ( île tpWi;, lumière, cl tpatvw, je lais paraître) par M. Serres d'U/.ès, qui (a) a recomniaiKlc la compression bi'usqiie du glolie de I cuil conjrae un moyen propre à faire (listinj;uer les malailics de la rétine et du nerf optique de celles du cristallin, de 1 iris et des aulrcs parlies siiuées au devant de la rétine. Dans l'amaurosc, le glaucon)e,cl les autres alleelioiis des parlies nei vcuses, les spectres s'allaiblissent en proporlion de Talléralioii de la puissance nerveuse, et ils manquent coniplclenient lorsque toute sensibililé visuelle (!St perdue. Au contraire, dans les nombreuses aU'ections oculaires dans lesquelles les rayons lumineux ne viennent plus former d'images sur la réline, à cause de Topacilé des parties qu'ils ont à traverser, les speelres sont aussi lu'illanls que jamais. Ceci ne se rapporte qu'aux spectres produits par la pression sur le globe de l œil ; car, ainsi que l'élablit MiiUer (l'iemenls of Pbysiology , traduits par |{aly,vol. Il, p. 1072; l.ondon, 1842), des spectres lumineux peuvent se produire dans l'amaurosc C(mii)lèle, ou même après l'extirpation du globe de l'icil, par suite de causes internes afl'eelant le cerveau. [V. lecliapiire spécial sur la réiinoseopie pliospliéniennc. T. W.]
(d) Annnlcs (lOcnlisliqiic, l. XIX, p. 7(i; I. XXIV, pp. 31, UiO, 217 ; I. XXV, p. 120; Bruxelles, 1818, I8;j(), 1851 ; liullctin (jénerul do lliéiupeullque, t. XLVl, p. 190, Puris, 18ti4.
ANOMAI.II'S DIVIiUSF.S DR LA VISION.
Il y a aussi des sonsalioiis lumineuses qui sont le résullal de maladies de Tappai'eil optique. Des éclairs lumineux, des cloiUis hrillanles, un scinlillemeni, seml)lal)le à celui produit |)ar d'innond)ral)les pointes d'aiguilles, ou les arêtes de nombreux prismes, et une nmllitude d'autres spectres lumineux, accompagnent la choroïdile {V. p. 60) cl se . montrent au début des diverses variétés d'amaurose congestive. Dans quelques cas spéciaux et très douloureux d'Iiypereslhésie oculaire, le malade est tourmenté par une sensation send)lal)le à celle qu'il éprouverait si ses yeux étaient dii'igés vers des globes lumineux nageant et tournoyant devant lui, ou s'il regardait une mer d'or fondu.
Les tourments éprouvés par les malades alï'ectés de ces fausses sensations varient beaucoup en intensité ; mais, en tout cas, ces spectres lumineux sont moins faciles à supporter que les spectres noirs ou semitransparents, fixes ou llotlants, que l'on rencontre fréquemment, et (jue l'on a appelés mouches.
La pbolopsie peut être le résultat d'une irritation de toute portion de l'appareil optique nerveux, depuis sa terminaison périphérique à la rétine jusqu'à son origine centrale dans les corps quadrijumeaux. De même que la maladie du pont de Varole ou des ganglions de Casser détermine une névralgie de la cinquième paire, de môme le malade peut être troublé par des éclairs et des étincelles, lorsque le nerf optique, ou le point du cerveau d'où il tire son origine, est aflecté de maladie.
Toute cause qui agit en produisant une compression légère de l'une ou l'autre surface de la rétine, détermine une sensation lumineuse; si l'on augmente beaucoup la pression, la membrane devient complètement insensible pendant un certain temps.
Lorsqu'on regarde fixement pendant quelques minutes un ciel clair, on commence à voir une multitude de petits points lumineux s'élançant dans toutes les directions dans le champ de la vision. Le mouvement qui anime ces points est réel et complètement indépendant de tout mouvement du globe de l'œil, et ressemble si exactement au mouvement de la circulation, tel qu'on le voit au microscope dans la membrane inter-digilale de la grenouille, que l'on ne peut guère douter que ces points ne soient dus au passage du sang à travers les vaisseaux soit de la rétine, soit de la choroïde.
La perception de ce spect7^e circulatoire, pendant l'exercice ordinaire de la vision, et lorsqu'on ne cherche point à le produire en regardant fixement le ciel, est, dans quelques cas, l'un des premiers symptômes del'amaurose; il dégénère graduellement en rayons lumineux, en étincelles de feu et en lueurs colorées. Au bout d'un certain temps, la compression de la rétine persistant et s'accroissanl, ces apparences se transforment en d'autres d'un caractère tout opposé, que Ton connaît sous le nom de mouches fixes.
PHOTOPSIIÎ
Les personnes qui onl soiiHerl d'oplillialmios internes sonl souvent troublées par des sensations telles que eelles d'un anneau lumineux tournoyant devant elles; eelles prédisposées à l'apoplexie, lorsqu'elles relèvent la tète après s'être baissées, voient une pluie de sj)cclres hrillanls: des éelairs lumineux sonl souvent les précurseurs d'atliuiues convulsives comme Tépilepsie. Des sensations semblables surviennent chez les sujets soumis aux inbalations d'étliei' ou de chlorororme, au moment où rinsensibililé va se produire. L'inhalation du gaz oxyde nilreux produit aussi des spectres lumineux. Le plirénilis s'accompagne défausses impressions de la même nature, qui persistent souvent longtemps après que les autres symptômes ont disparu. Dans l'hypertrophie et la dilatation du cœur, les malades accusent l'réquemnicnl des éblouisscmcnls, aussi bien qu'une céphalalgie obstinée et d'autres symptômes cérébraux. Dans quehiues cas, la photopsie n'est qu'un edel sympathique de quelque dérangement de l'estomac ou de l'ingestion de quelque substance vénéneuse. La digitale est bien connue pour produire cet eflet. J'ai vu accuser de produire la photopsie le thé pris au déjeuner, et que l'on soupçonnait contenir les feuilles de quelque plante vénéneuse; le sujet éprouvait la sensation de lignes argentées décrivant des zigzags devant ses yeux, un obscurcissement de la vue, et le visiis interruptvs; de sorte que par moments il ne voyait ni le mot ni la lettre qu'il regardait; symptômes qui disparaissaient au bout d'une heure ou deux. Après les lièvres ou tout autre maladie qui oblige le malade à conserver longtemps la position horizontale, on voit souvent survenir la photopsie ; mais elle disparait en général promptement dès que le malade peut se tenir debout.
Il est d'une grande importance de pouvoir, dans chaque cas, reconnaître la vraie cause de la photopsie et de la distinguer soigneusement de la photophobie. (V. t. I, p. 249, 792.) Cette dernière aflection simule souvent la première, surtout chez les malades scrofuleux, hypochondriaques ou hystériques. La cause de la photopsie une fois découverte, on ne peut guère se méprendre sur la nature du traitement à y opposer. Sir David Brewster (1) rapporte le cas d'un malade qui éprouvait constamment la sensation d'un cercle lumineux placé devant lui, par suite d'une excroissance située à la l'ace interne de la paupière, et qui produisait une pression continue sur le globe de l'œil. Lorsque la photopsie est due à une congestion cérébrale, la saignée est nécessaire; quand c'est la dyspepsie qui en est la cause, les éméliques et les purgatifs, suivis de l'usage des toniques, sonl indiqués.
Le cas suivant de photopsie, plein d'intérêt, est rapporté par M. Ware, qui reproduit les termes mêmes employés par le malade, qui était médecin :
(I) Pliiloso|)lii(;al Mnga/.iuc, Aiigusl, 1832, p. !)0.
ANOMALIES DIVKHSKS UE LA VISION
Obs. riiîl. — Il y;i t'iivil'oii dix ;iiis, j'iiv;iis iilors 'iHiiiis, (iiio j'iii éprouvé lu proiiiière alliKiiK! do la iiialadio ([uc je iiio propose d(! décrire; elle s'est de|)iiis ce iiioiiieiit jiis(|u'aujoiird'liiii roproduile h des intervalles irrésuliers. Le premier i)liéiio)iiène (|ui annonce le début de l'attaque est une seiisatioii spéciale et indescriplihie qui se niainfcsle au fond de l'œil; elle ne constitue point une douleui', et (ille est si léi^ère que je ne saurais en délerniiner l'existence, si mon atlciitidn ne se lixail particulièi'enient sur elle. Au Ijout de (pielques secondes, les objets deviennent, dans un petit point situé presque au centre du champ de la vision, indistincts, et peu après invisibles.
Quebpies secondes plus tard, c'est-à-dire environ une demi-minute après le début de ratta(|ue, le |)oint (|ui était invisible devient lumineux; il ressemble à un point circulaire, d'un liuitième de pouce de diamètre environ, et dans lc(iuel une llamme jaune semble onduler du centre à la circonlerence avec une rapidité égale à son éclat. Ce point s'accroil par l'cxlensioii de la flamme ondulante jusqu'à acquérir un diamètre d'environ trois quarts de pouce, ce qui arrive en général au bout de six à huit minutes. Le voile igné qui cachait les objets s'amincit au centre, et les objets deviennent visibles au travers de lui. La vi.sion s'accroît jusqu'à ce qu'enlin il ne reste plus qu'un anneau lumineux qui semble se perdre en s'étendant au delà du champ de la vision. Les retours de l'attaque ont été très irréguliers. Quelquefois elle est revenue journellement pendant huit à dix jours de suite; d'autres fois il s'est écoulé plus d'un mois sans qu'elle reparût. Pendant une matinée, I attaque revint presque à chaque heure ; dans ces derniers temps, les intervalles ont été beaucoup plus éloignés, et il y a maintenant plus de trois mois que j'en suis exempt. Il n'existait d'abord point de douleur; mais, pendant les douze derniers mois, un léger malaise siégeant sous le Iront et du côté opposé à l'œil affecté, s'est généralement manileslé pendant et après l'attaque. L'affection est commune aux deux yeux, bien qu'elle ne se manifesle jamais dans tous deux à la fois. Ma vue n'est point altérée, bien que la sensibilité de la rétine paraisse accrue d'une façon morbide; car un objet fortement éclairé produit une image plus brillante qu'il ne le l'aisail auparavant. Il y a six semaines environ que j'eus le déplaisir d'apercevoir un petit point circulaire noir qui, changeant de place à chaque mouvement de l'œil, me fil trouver parfaitement approprié le nom de musca volUans qu'on lui a donné. Je fus naturellement alarmé par l'idée que ce pouvait être un commencement de paralysie partielle, suite de l'augmentation morbide d'action qui s'était si fréquemment montrée dans la réline ; mais, six semaines s'élant maintenant écoulées sans que ce symptôme ail reparu, je me suis rassuré à cet égard. La cause immédiate de mon affection me paraît avoir été un accroissement irrégulier d'action de la rétine, et les causes éloignées un excès d'exercice de riiitelligence, joint à l'emploi trop prolongé des yeux et à un état de dérangement de l'estomac et des intestins.
Quant au traitement, quelque reproclie que j'avoue mériter à cet égard, je dois dire que je n'en ai pendant longtemps employé aucun. Il y a trois ans environ, ayant été fatigué par la répétition à de courts intervalles, et quelquefois deux ou trois fois par jour, des attaques que j'ai décrites ci- dessus, je vins vous consulter, et sur voire conseil je pris cinq grains de calomel. A la suite de l'emploi de ce moyen, le spectre ne reparut plus pendant plusieurs mois; lorsque je le vis de nouveau, il céda à la répétition du même remède. L'année d'ensuite, ayant voyagé deux jours sans me reposer et pris une nourriture qui ne me convenaitpas, le malin du troisième jour les attaques se répétèrent si fréquemnient, que je ne pus qu'avec difficulté continuer mon chemin. Je m'arrêtai donc, et pris ma dose de calomel; après quoi le spectre disparut immédiatement et fut plusieurs mois sans revenir. Les points noirs disparaissaient, tout comme les points lumineux, sous l'influence du médicament, et il y a maintenant longtemps que je suis exempt des uns et des autres (1). »
(1) Mcdico-Cliiriirgiciil Traiisiiclioiis , vol. V, p. 274; London, 1814. Voyez le cas de M. Savigny, Archives générales de médecine, Août 1838, p. 493.
CIIRL'PSIE.
ciiuupsiii:.
Syn. — Chrupsie, (lexpi^») couleur, cl o'^hî, vinion. Yisus coloraliis. Vision irisée.
Les malades allcinls d'amaiirose incoinplèlc se plaigiicnl assez fréqueninieul que les objets lumineux, tels (|u'une bougie allumée, leur apparaissent culoui'és des couleurs de rarc-eii-eiel. Ce symptôme, que Ion ajjpelle chrupsie, peut dépendre de quelcjuc dérangement des lentilles de l'œil, d'où résulte un trouble dans leurs propriétés achromatiques, ou de qucl([ue irritation, par pression ou par toute autre cause, de la surlace convexe de la rétine ou de quelque porlion du nerf optique. Il existe donc deux variétés de chrupsie, l'une dwplrique et l'autre nerveuse.
On peut produire à volonté la chrupsie dioptrique en Taisant arriver hors de sa distance focale sur la rétine l'image d'un objet extérieur. Si l'on place devant les yeux un objet blanc sur un fond noir, ou un noir sur un fond blanc, et qu'on le tienne plus rapproché ou plus éloigné que la distance pour laquelle les yeux sont accommodés dans ce moment, l'objet parait double, confus et entouré de fi'anges colorées. Ces franges peuvent constituer le symptôme d'une affection de l'appareil d'adaptation, sans que la réline ait éprouvé aucun changement. Millier (1) indique comme un exemple de ce phénomène le bord rouge qui environne les lettres d'un livre, lorsque la faculté d'adaptation est paralysée par la colère, une grande contention d'esprit, ou le besoin de dormir. La chrupsie dioptrique survient aussi lorsque nous suspendons la faculté d'adaptation et que nous dilatons la pupille au moyen de la belladone.
On peut mentionner comme une variété de chrupsie dioptrique la teinte jaune dont on voit les objets revêtus dans certains cas de jaunisse. Ordinairement, les malades atteints de cette aiïection n'aperçoivent aucun changement de couleur dans les objets qui les environnent; mais, lorsque les humeurs de Tœil et la cornée sont teintes profondément par la bile, alors tous les objets paraissent teints en jaune. Le docteur Mason Good a observé ce phénomène sur lui-même (2).
Un de mes malades, affecté d'un prolapsus de la portion nasale de l'iris à travers une plaie de la cornée, voit tous les objets revêtus d'une teinte verdàtre.
La chrupsie nerveuse présente aussi des variétés suivant qu'elle dépend d'une affection de la rétine ou du cerveau, ou suivant qu'elle
(1) Klomcnls of ['liysioloiiy, lr;i(liiils pur lialy, vol. II, |). MGl ; Lomion, 1842.
(2) Sliidy ol Mcdiciiic, vol. I, p.WO; l.on.loii, 1829.
GGO
ANOMALIKS DIVKUSKS DK I.A VISION.
comimmiquc aux ohjcis une leinic non nalurelle mais uniforme, ou qu'elle les lail voir bordés par les couleurs du |)risme.
Une jeune dame (|ue je soigriais |)our une sclérolile scrol'uleuse, voyait des teintes brillâmes de bleu, de vert et de rouge, volligeanl sur les objets qu elle legardait, lels (|uc la figure d'une personne . assise devant elle, ou le moucboir blanc (lu'elle tenait à la main. Je pensai que ce pliénomène était dû à une compression de la rétine.
Boyle (1) mentionne la vision irisée parmi les pi'cmiers symptômes accusés par les personnes inl'ectées par la |)esle. Ce j)bénomène persistait pendant un jour et était babituellement enlevé par un vomitil'. Il rapporte aussi un cas de vision irisée, due à une chute sur la tète près de l'œil; cesym|)lôme persista pendant cinq à six semaines
Patouillat(û) rapporte l'observation de neuf personnes empoisonnées par des racines de jusquiame que l'on avait prises ])our des panais. Traitées les unes par l'émétique, les autres par la tliéi iaciue, elles se rétablirent; mais pendant le premier jour de leur empoisonnement elles virent double, et pendant le second jour tous les objets leur parurent aussi rouges que de l'écarlate.
[La famille d'un teinturier, composée du père, de la mère et de plusieurs enfants adultes, prit une quantité assez forte de semeiicontrà, arrivé depuis peu et remarquable par sa belle couleur verte. Outre l'évacuation de nombreux vers intestinaux, ce remède produisit le phénomène de changer, pour chaque membre de celle famille, le rouge en orange et le bleu en vert; ell'et qui cessa dès le lendemain (4).
Le docteurde Brenner raconte que, ayant faitprendre de la sanloninc à une jeune fille, à la dose de deux grains, de deux en deux heures, elle se plaignit, quand elle en eut pris dix grains, que tous les objets lui paraissaient jaunes. Le lendemain, ce phénomène avait disparu (b). T.^^'.]
Un malade du docteur Conolly lui dit que, pendant un certain temps après une attaque de paralysie, tout lui paraissait teint en vert (G).
Le docteur Parry (7) rapporte quatre cas dans lequels les malades voyaient les objets d'une autre couleur que celle qui leur était propie. L'un d'eux, un vieux général, voyait le soir, un peu avant le moment où l'on allume les lumières, et pendant une heure le matin ens'éveillant, tous les objets blancs de couleur orange foncé, approchant de l'écarlate. Im autre, qui était une dame, voyait souvent les objets blancs d'un bleu brillant.
Obs. 546. — Dans le mois de juillet, une dame d'un âge avancé se rendit de Londres
(1) Expcrimenls and Considci-alions loucliing Colours, p. li ; London, IG70.
(2) Ibid., p. 17.
(3) Pliilosopliical Transactions, vol. XL, p. M ; London, {7M. [{/t.) WiTTCKE. Jlcd. Zoilun!,' f. d. H. in Preusse, 1832, ii" 7.]
[(îi) OEsterrei<diisclie ZciiscliriCt fiir praktisclie Heilkundc, I8SS, n" 55, p. 300.] (G) Inquiry eoncerning llie Indications of Insanily, p. 238; London, 1830. (7) Collections from llic nnpublishcd Médical Wrilings ol' C. W. Parry, iM. D., vol. I, p. KCO, 568 cl 569; London, 1825.
IIYPEUESTUÉSIE OCULAIRE.
sur In côte orientale du Comté de Kent, où elle se logea dans une maison ayant vue immédlalenioiil sur la mer, et fort exposée, par conséquent, aux rayonnements du soleil du malin.
Les rideaux de son lit et de ses fenêtres étaient blancs, de sorte que son appartement était très clair. Après y avoir séjourné dix jours, un soir, au soleil coucliant, les proniièrcs franges dos nuages lui apparurent rouges, et bientôt après cette nicnie couleur se réj)an(lil sur tous les objets environnants. Ce pliénonièiie devenait surtout apparent lors(nrclle regardait quelque chose de blanc, comme une fouille de papier, un jeu de cartes, ou une robe de femme. Il dura toute la nuit. Le lendemain matin , la vue était parfaitement rétablie. Mais, à mesure que le soir approchait, les mêmes phénomènes se reproduisirent, et ils continuèrent de revenir régulièrement tous les soirs, la vue redevenant naturelle le matin, tant qu'elle prolongea son séjour dans cet endroit, où elle resta trois semaines à partir du début de l'affection. Six jours après qu'elle eut quitté la côte, le docteur Heberden la vit à Londres encore en proie à cette affection qui persista encore pendant une quinzaine de jours, puis disparut d'elle-même, brusquement et complètement. Pendant l'attaque, la vue de la malade ne paraissait souffrir d'autre affaiblissement que le degré de confusion naturellement produite par cette teinte anormale répandue sur tous les objets (1).
11 y a tout lieu de supposer que l'affection de cette dame a été produite par son exposition à une lumière plus vive que celle à laquelle elle était habituée; et l'on peut se demander si elle n'appartenait pas autant au spectre oculaire qu'aux affections que l'on a classées sous le nom de chrupsie.
Dans les cas de chrupsie supposée, soit dioptrique, soit nerveuse, il convient de se mettre en garde contre l'erreur que peuvent entraîner, dune part, les causes susceptibles de décomposer les rayons lumineux par inflexion, comme par exemple lorsque l'on rapproche les paupières assez près l'une de l'autre; d'autre part, les causes capables de produire le spectre oculaire.