HYPERESTHÉSIE OCULAIRE
L'état morbide très remarquable que je propose de désigner sous le nom à'hyperesthésie , parait surtout consister dans un accroissement très notable de la sensibilité du nerf optique et de la branche ophlhalmique de la cinquième paire. Le symptôme le plus caractéristique de cette affection est une photophobie intense, à laquelle viennent se joindre, à un degré plus ou moins marqué, de la photopsie, de la chrupsie, de la douleur dans l'œil et la téte, une augmentation de la sensibilité tactile du globe de l'œil et des paupières, et une contraction spasmodique de l'orbiculaire des paupières. Quant à la part que la cinquième paire et la portion dure de la septième prennent à h» maladie, elle paraît être la conséquence d'une action réflexe provoquée par l'état d'excitation dans lequel se trouvent la rétine et le nerf optique.
Cette maladie se rencontre à l'état aigu et à l'état chronique. La première forme se déclare d'ordinaire brusquement à la suite de quelque cause extérieure évidente; elle atteint en quelques heures son
(1) Médical Transactions oftheCullegcofPhysIciaiis, vol. IV, p. .W ; Loiidon, ISl.ï. " S6
ANOMALIES Dl YEUSES DE LA VISION.
plus haul degré d'intensité, et, après quelques jours de durée, cède promplement aux moyens ein|)loyés ou disparaît d'elle-même. La seconde, qu'on peut rarement l'aire remonter à quelque irritation particulière de l'organe de la vision, semble plutôt dé|)endre de l'état de la constitution ; sa violence va croissant pendant un certain nombre de • jours ou de semaines. Elle persiste parfois pendant des mois avec intensité sans que le traitement semble à peine avoir prise sur elle; elle peut par sa longue durée compromettre la santé générale du malade et dégénérer en un état que nous serions tenté d'appeler hypochondrie oculaire, mais elle finit par disparaître complètement et presque spontanément.
Dans la variété aiguë, un seul œil est en général affecté, mais bientôt le second se prend également. J'ai néanmoins parfois vu la maladie, qui avait débuté par les deux yeux, se concentrer promptement sur un seul. L'attaque débute par une douleur si atroce dans l'œil, qu'elle fait pousser au malade des cris aigus, et que parfois il tombe brusquement sur le sol. Il lui est de toute impossibilité de supporter l'accès de la lumière sur l'œil; aussi cherche-t-il à s'en garantir en restant dans le lieu le plus obscur qu'il peut trouver, en comprimant ses yeux avec les mains, ou en se les cachant dans l'oreiller quand il est au lit. Le spasme de l'orbiculaire des paupières est tel, qu'il est presque impossible de parvenir à examiner l'œil même pendant le plus court instant. Le pouls est plein et vite et la tête chaude. Les symptômes sont si intenses, que le malade croit sa vue perdue et que le médecin, s'il n'est pas au courant de ces sortes de cas, partage parfois la même opinion et déclare que la maladie est une rétinite aiguë.
L'observation suivante indique bien les causes, aussi bien que la marche de Thyperesthésie oculaire aiguë :
Obs. 547. — Un soldat, d'un tempérament sanguin, exposé pendant les exercices militaires ù la chaleur d'un soleil de juillet, tomba Ijrusquement à terre, puis courut en criant vers sa tente, où il cherclia à se garantir complètement de la lumière. Comme il était connu pour un assez mauvais serviteur, son sergent crut qu'il jouait la comédie et l'envoya à la salle de police. 11 conLinua à y chercher le coin le plus obscur et à pousser les cris les plus aigus chaque fois qu'on essayait d'écarter ses mains de dessus ses yeux. On l'envoya à l'hôpital du camp de Beverloo, dans le service de Cunier, le 1" juillet 1838. Il était couché sur le ventre, la tête entre les mains, dans le coin le plus obscur de la salle des ophlhalmiques, poussant de profonds gémissements. Cunier chercha à lui ouvrir les paupières, mais leur spasme était si violent qu'il ne put y parvenir. Il réussit cependant une fois à les écarter un peu, mais le malade se rejeta brusquement en arrière et un nol de larmes s'échappa de ses deux yeux. On lui pratiqua une saignée de vingt onces et des onctions avec l'onguent mercuriel belladone; on prescrivit un pédiluve sinapisé, et on le maintint dans une chambre obscure. Légère amélioration à la visite du soir. On renouvelle le pédiluve —2 juillet. Le malade est dans le même état que la veille au soir. Quatre drachmes d'onguent mercuriel belladoné à emi)loyer dans le jour. Trente grains de lartre slibié divisés en six doses, à prendre une toutes les deux heures. Pédiluve sina- D-é - Dans la soirée, dimiiiulion du spasme palpébral. Cunier peut ouvrirles paupitres U\èun L'œil n'est que légèrement cnHammé, et la pupille fortement contractée. rjuilleL On Liunuc'l'usale des mêmes remèdes et l'on applique des vés.caloires aux
HYPIÎRESTIIÉSIE OCULAIRE.
tempes La maladie conliniie d'aller en diminuant jusqu'au G, époque à laquelle le malade demande h pouvoir sortir de la chambre, l.a pliotoplioliie rovicnl et s'accompagne de pliolODSie constanle. On prescrit cinq grains de tartre cm.Hi(iuo en (piatre doses, une toutes les deux Heures; six draclimos d'onguent merciiriel helladoné; pédiluvc sinapise; pansement des vésicatoircs avec une pommade irritante. — 7 juillet. Il y a à peine de la nhotopliobie; point de pliolopsie; on continue les révulsifs. - 9 juillet. Le malade commence a se servir de ses yeux, la réline devenant de moins en moins irritable. - 15 juillet. Guérison complète (i). ^
Obs r>'i8 - M G. était occupé, le vendredi 29 mars 1844, à disséquer les nerfs d'une langue d'homme placée sous un puissant microscope; il se trouvait dans un lien expose au plein soleil, qui, bien que parfois obscurci, se montrait de temps en temps dans tout son éclat. Les nerfs soigneusement nettoyés étaient d'une blancheur éblouissante endanl qu'il était occupé à les regarder allentivcment ù travers le microscope, le soleil tomba brusquement sur eux dans toute sa puissance. Une douleur se fit immédiatement sentir dans tout le globe de l'œil, si intense que M. G. se rejeta brusquement en arrière en poussant un cri. Il cessa son travail ; mais, pendant quelque temps, il lui fut impossible de rien voir de cet œil : le spectre solaire continuait de briller devant lui, soit qu'il le maintint ouvert ou fermé. Xu bout de vingt minutes toutefois, ce phénomène ainsi que la douleur s'était suffisamment apaisé pour qu'il pût reprendre son travail avec l'autre œil ; mais tout malaise ne disparut point avant le soir.
Le lendemain, cet œil n'était plus douloureux, et M. G. eut Timprudence de s en servir pour compléter sa dissection : les mêmes circonstances que la veille, c'esl-à-dire, la vive réflexion des rayons solaires sur la rétine, se reproduisirent. L'impression fui des plus vives; une douleur profonde envahit tout le globe oculaire, s'accompagnanl d'une pliolophobie intense, et le spectre solaire tourmenta le malade au plus haut point. Cet étal persista pendant toute la soirée et la nuit qui suivit. Le jour suivant, les souffrances s'accrurent, accompagnées d'une sensation de plénitude et de douleur dons le globe de l'œil, et d'une photophobie extrême. Les fomentations ne procurèrent aucun soulagement. Le lundi, lorsque le malade consulta M. Wbite Cooper, les symptômes étaient les suivants : douleur vive profondément située dans l'œil; sensibilité extrême, surtout dans la moitié supérieure du globe oculaire; pbotopbobie intense; larmoiement abondant; loule tentative pour exercer la vision détermine des spectres lumineux; pupille contractée; iris naturel; la conjonctive ne présente qu'une injection légère; pouls faible et nerveux; le malade accuse de la faiblesse et un affaiblissement de l'intelligence. On l'envoie se coucher dans une chambre obscure; on lui prescrit l'application de douze sangsues autour de l'œil, des fomentalions et un purgatif. Le mercure, à ce qu'il dit, lui ayant toujours mal réussi, ne fut employé qu'avec ménagement.
Le lendemain il était un peu mieux : frictions avec l'onguent mercuriel opiacé sur le sourcil et la tempe; bhiepill, avec la ciguë le soir; potion saline etantinionialepar intervalles.
Le jour suivant, tous les symptômes s'étaient apaisés. On supprima l'antimoine ; mais on continua l'usage des mercuriaux. Le mardi, l'amélioration était encore plus manifeste: l'œil était parfaitement exempt de douleur, excepté lorsqu'on l'ex|)osait à la lumière; il existait toutefois une grande faiblesse et un épuisement général. On prescrivit un demigrain de quinine deux fois par jour, un régime modéré et la continuation des frictions mercurielles. On continua strictement et avec avantage ce traitement pendant une semaine, en y joignant l'usage des révulsifs derrière les oreilles et d'un collyre légèrement astringent; toutefois, le moindre exercice de l'œil déterminait immédiatement la production de spectres lumineux. Le reste du traitement n'olîril rien de remarquable; l'œil se rétablit rapidement el complètement (2).
Lorsqu'on est appelé près d'un malade alleinl d'hypcreslliésie ocu-
(1) Annales d'Ocnlisliquc, 1" vol. Siipp's p. ; Bruxelles, 18/|.2.
(2) Lancct, .Iiily 6, ISU, p. /i87. Voyez une observalion d'iiypereslliésic oculaire, par Tayloi», Mcdieal Times aiid Ga/.ctle, June îj, I8S2, p. Uîi'J : Ob.servations de cas suites d "éclairs, par .Mayo, Médical Gazelle, vol. Il, p. 58 : par Lawrence, Trcalise on Ihe Diseases of Ihe Eyc, p. 4t+l ; London, 1841.
ANOMALIES DIVERSES DE LA VISIOlt.
lairc chronique, on esl presque toujours introduit dans une chambre aussi obscure qu'il a été possible de la rendre, dont on a bouché toutes les lentes susceptibles de laisser passer la lumière, et où un large écran empêche le jour de pénétrer par la porte lorsqu'on l'ouvre. C'est là que l'on trouve le malade tantôt levé, d'autres fois couché, les yeux ' couverts, et la tète entourée d'un voile épais ou d'un chàle. On apprend ((uelquefois qu'il est ainsi depuis des mois. Aucun argument en pareil cas ne parvient à persuader le malade qu'il pourrait supporter la lumière pendant les quelques instants nécessaires pour s'assurer de l'élat de ses yeux; ou bien, s'il consent à laisser enlever les appareils qui les recouvrent, il éprouve une telle terreur qu'on le touche du doigt, qu'il n'est pas possible de les examiner d'une façon satisfaisante. L'exagération de la sensibilité de la cinquième paire n'est guère moins prononcée que la photophobie, qui est excessive. Le moindre attouchement auprès de l'œil détermine une douleur qui continue d'être perçue pendant longtemps.
Il existe en général, dans l'hypereslhésie oculaire tant aiguë que chronique, une combinaison du blépharospasme, de la photopsie, et souvent aussi de la chrupsie, telle que je l'ai déjà décrite (pp. 249, 654, 659). Il est cependant remarquable qu'il peut n'exister ni photopsie, ni chrupsie, ni spasme des paupières. J'ai observé des cas dans lesquels, bien que le malade restât dans l'obscurité la plus complète, les yeux recouverts, dans la crainte que le moindre rayon lumineux n'y arrivât par hasard, il pouvait néanmoins ouvrir ces organes et n'éprouvait ni spasme de l'orbiculaire, ni sensations lumineuses.
Quoique les cas aigus s'accompagnent toujours d'une vive douleur, il y a sous ce rapport de grandes variétés dans les cas chroniques. Dans quelques-uns, elle est assez vive, concentrée dans le globe de l'œil, ou étendue au front et aux tempes. Dans d'autres, les malades accusent à peine de la douleur.
J'ai connu des malades chez qui l'hyperesthésie oculaire chronique durait depuis plusieurs mois, et dont la vue très perçante n'avait été aucunement affaiblie par le long temps qu'ils avaient passé dans l'obscurité. Parfois même il semblait qu elle fût devenue beaucoup plus perçante qu'à l'ordinaire, car, dans l'obscurité la plus profonde, ils voyaient suffisamment pour prendre leurs repas, et reconnaître promptement les meubles de leur appartement et les personnes qui les entouraient. La dilatation de la pupille est bien en partie la cause de cet état qui se rapproche de Voxyopie ; mais il peut être aussi attribué en partie au repos forcé de la rétine, qui, au bout d'un certain temps, la rend propre à percevoir des sensations qui autrement auraient été trop faibles pour l'impressionner.
Diagnostic. — On différencie l'hyperesthésie oculaire de la pho-
HYPEUESTIIÉSIE OCUI.AinE.
tophobie scrofiilcusc, et de celle qui dépend de toute autre oplitlialmie, par l'âge du sujet et l'absence de rougeur des yeux. On la dislingue de la rélinile par la douleur excessive et la |)liolopliobie, symptômes qui n'accompagnent point l'inllammation de la rétine, et par la restitution complète et soudaine de la vision, qui dans la rétinile est toujours lente et incerlainc. Après la guérison de rbyperestbésie, il n'existe aucune preuve que la nutrition de la rétine ou celle d'aucun des tissus de l'œil ait eu à souiïrir; la rétinite laisse, en général, la texture et la nutrition tant du nerf optique que des autres tissus, sérieusement compromises.
Sujets prédisposés. — Les sujets prédisposés à l'hyperestliésie oculaire sont le plus souvent des adultes encore jeunes. Je l'ai néanmoins rencontrée chez des personnes avancées en âge. Elle affecte plutôt les femmes que les hommes. Elle ne parait pas nécessairement en rapport avec un état de pléthore ou d'anémie. Les yeux des personnes affectées sont généralement d'une construction normale, quoique la maladie se montre parfois dans des yeux myopes ou atteints d'oscillation.
Causes. — On peut mentionner comme cause de la variété aiguë : i. l'exposition à une lumière et à une chaleur intenses; 2. l'abus des yeux, comme dans les observations microscopiques ; 5. l'action des éclairs; i. les affections fébriles dans lesquelles le cei'veau souffre beaucoup. Ces causes manquent souvent dans la variété chronique, et alors l'origine du mal est obscure. Chez les femmes, elle parait souvent constituer une affection hystérique, ou dépendre d'une irrégularité des menstrues.
[Le docteur Hays (1), dans une communication faite par lui au Collège of Physicians of Philadelphia, April 5, 1849, a rapporté plusieurs observations démontrant que la photophobie peut parfois être la conséquence de l'exaltation de la sensibilité de la branche sensitive de la cinquième paire qui se rend à l'œil, exaltation produite par une irritation de la branche sensitive du même nerf qui se rend aux dents. Nous croyons devoir analyser ici ces observations, afin de démontrer l'influence que les maladies des dents peuvent réellement avoir dans certains cas sur les yeux, influence qu'on avait d'abord singulièrement exagérée, et qu'on avait fini par nier..
Ob$. 549. — Le Col. A., lors du grand incendie qui eut lieu en 1842 à Wiimington, Caroline du Nord, s'élail exposé à de grandes faligiics pour sauver les propriétés et les effets d'une L)anque dont il était le caissier; il s'était ensuite beaucoup fatigué la vue à mettre en ordre les papiers et les documents échappés aux llammes. Peu de temps après, il fut pris de photophobie avec conjonctivite. Le Lrailemenl mis en usage triompha de la conjonctivite, mais la piiotopliohie persista. Il se transporta successivement dans plusieurs villes pour y prendre des avis médicaux, mais son mal ne lit qu'aller en s'aggravant, au point que la moindre exposition à la lumière devenait pour lui une véritable torture. Il
[(1) F.dilion nmérlcaiiic de LAwnp.NCE's Trcalisc on ihe Diseascs of Ute Eye, p. 651 cl suiv. Philadelphie, iSU.]
ANOMALIES DIVERSES DE LA VISION
l'allut, pour que ses amis pussent me l'amener, que, d'ajjrès mon conseil, on lui recouvrît les yeux d'une sorte de masque formé de soie noire pliée en double et rembourrée d'ouate.
Lorsque j'allai le voir à son arrivée h Philadelphie (août 1843), je le trouvai dans un apparlemenl tellement oliseur, que je n'y pouvais rien apercevoir; et cependant le malade ne pouvait supporter la lumière rélléchie par ses propres mains, et celle renvoyée par le (levant de sa chemise occasionnait des douleurs si vives, qu'on était obligé de la maintenir eonstaninient couverte. La garde, femme de couleur qu'il avait amenée avec lui, étant entrée dans l'appartement avec un tablier blanc, la lumière renvoyée par celui-ci occasionna au malade une douleur atroce. La sensibilité de la rétine était si exaltée, que dans cette chambre si obscure où je ne pouvais voir ma main que je tenais levée devant moi, le malade dislinguait tous les objets qui l'entouraient et jusqu'aux dessins du tapis. Il se détermina cnlin à se laisser examiner les yeux, examen qu'il supporta avec un grand courage. Je trouvai ces organes complètement exempts d'inllammalion ou de toute autre maladie apparente. L'estomac du malade ne fonctionnait pas bien. Ayant remédié à cet état de choses, et la pholophobie n'ayant point diminué, il me fallut rechercher quelque autre cause d'irritation. Après un examen attentif du malade, je fus conduit à soupçonner que la cause du mal pouvait résider dans les dents dont plusieurs manquaient, mais dont aucune n'était douloureuse. D'après mon conseil, un dentiste en arracha deux, mais sans amener aucune diminution de la photophobie. Au bout de huit à dix jours, j'examinai moi-même la bouche du malade, et ayant frappé avec une clef l'incisive latérale supérieure correspondant à l'œil le plus affecté, le malade témoigna de la douleur et déclara que déjà à plusieurs reprises il avait ressenti une sensation désagréable partant de cette dent et se propageant jusqu'à l'œiL Celte dent fut extraite, et avec elle disparut une sensation des plus désagréables « de morsure et de pincement de la partie postérieure de l'œil, » qui depuis longtemps tourmentait le malade. Un trouva à la racine de la dent un vaste abcès et un épaississement du périoste alvéolaire. A partir de cette époque, la sensibilité morbide des yeux diminua rapidement, et le malade fut bientôt suffisamment rétabli pour pouvoir retourner chez lui.
Obs. 850. — L'auteur vit en consultation avec le docteur Ashmead un Espagnol qui, deuxans auparavant, avait eu une légère attaque d'iritis. Lorsque cette affection fut guérie, il éprouva, chaque fois qu'il essayait de lire, un malaise particulier dans les yeux. Un grand nombre de moyens avaient été essayés sans succès. Lorsque l'auteur examina les yeux, il les trouva exempts de toute trace d'inflammation ou d'aucune affection quelconque; néanmoins le malade éprouvait toujours le plus grand malaise chaque fois qu'il essayait de lire. « Me rappelant les particularités de ma première observation, je soupçonnai que la même cause pourrait bien exister; j'examinai les dents du malade, bien qu'il affirmât n'en avoir jamais souffert. Quelques-unes étant malades, je les fis enlever. Après la première extraction, le courage manqua au malade qui ne laissa pas continuer; aussi ne survint-il aucun amendement. Quelque temps après, il se laissa enlever une nouvelle dent à la racine de laquelle existait un abcès. Le malaise oculaire, qui depuis si longtemps empêchait le malade de lire, disparut, et depuis tout a été parfaitement bien. »
Obs. 551. — Dans un troisième cas, il s'agissait d'une dame qui éprouvait une photophobie aussi intense que celle de notre premier malade, et chez laquelle j'avais tout sujet de croire que la sensibilité morbide de la rétine avait été produite par une irritation des rameaux dentaires de la cinquième paire. En explorant la bouche, on trouva plusieurs dents malades. Cinq furent extraites; il existait des abcès à la racine de trois d'entre elles. Le-s gencives restèrent malades pendant un certain temps; mais la photophobie diminua considérablement. J'ai appris du médecin qui a continué le traitementauprès de celte dame, qu'elle s'est entièrement rétablie sans l'emploi d'aucun autre moyen que le bain de pluie et le soin de couvrir les yeux avec une compresse trempée dans l'eau fraîche.
Obs. 552. — Un monsieur d'environ 30 ans, qui s'occupait beaucoup de chimie, fut pris d'une photophobie extrême qu'il attribua à ce qu'il s'était pendant longtemps livre à une série d'analyses chimiques qui avaient exigé l'emploi d'un feu vif de charbon de bois. Son affection oculaire devint assez intense pour l'obliger à renoncer à ses occupations. Il ne
UYPEUESTIIÉSIE OCULAIRE.
pouvait plus supporter la lueur de son feu, ni lire ou écrire sans éprouver une vive souffraiiee. 11 ressentit en mémo temps des douleurs névralgiques dans la face et l'orbite. L'examen de sa bouelie me lit découvrir un grand nombre de dents gâtées; les frictions avec l'aconit diminuèrent les douleurs névralgiques. 11 se lit extraire, sur mon conseil, plusieurs de ses dents malades, ce qui amena un soulagement considérable. 11 fut obligé de se rendre à Baltimore pour ses allaires, et ù son retour ses yeux étaient aussi malades qu'auparavant. Je supposai qu'il les avait beaucoup fatigués, mais il m'assura que non; il ajouta, toutefois, que plusieurs de ses dents étaient devenues malades : j'en conseillai l'extraction qui cette fois encore fit disparaître la photopliobie. Les dents de ce monsieur continuèrent à s'altérer rapidement, et diaque fois que de nouvelles devenaient malades, la pbolophobie reparaissait, mais cliaque fois l'extraction la faisait disparaître, ' inalenieiu, il s'en fil arracber un grand nombre qu'il remplaça par une pièce artificielle. La guérison fut radicale.
Obs. 553. — Le docteur Smith (1) a donné des soins h une jeune dame qui souffrait d'une pbotopbobie intense, accompagnée de douleurs névralgiques sus-orbitaires et traversant le globe de l'œil; ce qui, conjointement avec d'autres symptômes caractéristiques, lui faisait craindre une tendance à l'amaurose. Après avoir lu les observations du docteur Hays, il pensa que la maladie de celle jeune dame pouvait être due à la présence de quelque dent gâtée. 11 fit donc examiner sa bouclie par un dentiste capable, qui, après un examen attentif, trouva toutes les dents saines. Le docteur S. provoqua un second examen, et en pressant soigneusement sur cbaque dent, découvrit une certaine sensibilité au, niveau de l'une des bicuspidées correspondant à l'œil le plus affecté. On arracha celle dent, et l'on trouva un abcès à sa racine. Après l'extraction de la dent, la pbolophobie et la douleur cessèrent, et elles n'ont pas reparu depuis, bien que celle dame ail eu à supporter de grandes afQictions de famille.
Obs. 554. — Le docteur Emmerich (2) a rapporté le cas suivant : Un homme le consulta pour une affection douloureuse de l'un de ses yeux, qui durait depuis quatorze ans, et lui avait occasionné de grandes souffrances. La conjonctive et la sclérotique étaient très vascularisées, surtout autour de la cornée qui elle-même était un peu opaque et tachetée. Il y avait un larmoiement continuel, avec douleur et pbolophobie. Tous ces symptômes s'aggravaient au moindre écart de régime, surtout par l'usage des stimulants; il suffisait pour cela d'un seul verre de vin. On avait à diverses reprises essayé tous les remèdes sans succès, et l'affection paraissait incurable. En examinant la mâchoire supérieure, le docleur Emmerich trouva une molaire cariée du côté correspondant à l'œil affecté; la portion de mâchoire qui entourait cette dent était douloureuse et très sensible à la pression. On enleva la dent, et presque aussitôt les symptômes oculaires commencèrent à diminuer, pour disparaître bientôt complètement. T. W.]
Pronostic. — Quelle que soit l'intensité des symptômes, de la variété aiguë ou chronique, on peut promettre une guérison complète. Dans la variété aiguë, le rétablissement est le plus souvent soudain ; dans la variété chronique, il est graduel, mais quelquefois immédiat et complet. La longue durée de Taffection agit parfois défavorablement sur la nutrition et la force générale du sujet ; de sorte qu'il reste aifaibli après la disparition complète des symptômes oculaires.
Traitement. — Les cas aigus, à cause de l'intensité de la douleur qui les accompagne, ont été généralement traités par des moyens déplélifs, tels que la saignée et les sangsues, suivies du calomel avec l'opium, et, après un certain temps, du sulfate de quinine. J'ai vu une guérison complète obtenue à l'aide de ces moyens. Dans un cas très intense
[(I) QiiarlerlySiinimaryof Ihe Ti-ans. of Ihc Col. ofPliysiciaiis of Pliiladelphia, vol. II, p. 461.] 1(2) l'Ieufer's Zuilsclirifl.]