INHABILETÉ A DISTINGUER CERTAINES COULEURS
Sun — Dysclii uiniilopsic, de Suc, «rer iU(p<-nUé, 7,p(ôp.a, cmdmr, cl o-l/i;, vixion. Coloni- I bliiiiluess, BrawnUr. [Acnl..cliroiUi.cy, Uixuu [o).] .Maiigol an F arliciisiuii, AU. ;
On a relaté de nombreux exemples de personnes qui commettaient, I à l'endroit de la couleur des objets, les méprises les plus étranges, ou qui même étaient incapables de percevoir certaines couleurs. Quelquesunes de ces personnes paraissent avoir été myopes; mais les yeux de la plupart d'entre elles sont décrits comme ne présentant ni atrection morbide, ni anomalie, et comme exécutant parfaitement leurs fonctions, lorsqu'il s'agit de faire connaître la forme , la dimension et la distance des objets, d'après la connaissance qu'en donnent la lumière el | l'ombre. '
(1) On Nenr Siglit, etc., |i. 100; Ltiiulon, i8;iô [(2) Voyez i)iiae 'MO.]
[(3) J. Uixon.'a Guitic 10 llie Priiclical SUuly, elc, p. liil- Ldn.lon, ISjd.] !
IMlAlllLETÉ A DISTINGUr.U CF.nTAI.NF.S COUI.El'nS. 675
M. lluddarl nippoi'lo le ciistrim c(Miiiiii Mari is, coi-doiiiiicr à Afiii-yport, dans le Ciiinberlaiid, (jui ne dislingiiail (|iic le noir cl lo hlaiic, el avait deux IVèi'cs dont la vue élail presque aussi déleelueuse que la sienne: l'un d'eux confondait toujours la teinte orangée avec le vert. Ilarris s'aperçut, à l'âge de quatre ans, de ce défaut de la vision. Ayant trouvé dans la rue un bas d'enfanl, il le |)orla à une maison voisine pour s'informer à qui il apparlenait; il remar(|ua (pie les autres l'ajjpelaicnt un bas rouge, tandis que lui ne comprenait pas pourquoi on lui donnait cette dénomination, trouvant l'objet suirisammenl indiqué par "le mot bas. Cette circonstance resta gravée dans sa mémoire cl, jointe à d'autres observations subséquentes, l'amena à reconnaître le défaut visuel dont il était alfecté. Il remarqua, par exemple, que les autres enfanls distinguaient les cerises qui se trouvaient sur un arbre par une prétendue dilférence de couleur, tandis que lui ne les reconnaissait d'avec les feuilles qu'à leur dimension et à leur forme (1).
On rapporte aussi le cas d'un M. Scott, à qui le rouge et le vert paraissaient identiques, tandis qu'il distinguait parfaitement le jaune du bleu foncé. Le père de M. Scolt, son oncle malernel, une de ses sœurs et ses deux lîls, étaient aussi atteints de la même imperfection visuelle (2).
Dalton, le célèbre chimiste, ne pouvait, à la lumière du jour, distinguer le rouge du bleu, dans le spectre solaire ; le rouge était à peine visible pour lui et le reste du spectre ne lui paraissait consister qu'en deux couleurs, le jaune et le bleu. Il semble être resté longtemps sans reconnaître la défectuosité visuelle dont il était atleinl; il avait été amené à penser, non qu'il existait chez lui une incapacité pour reconnaître les couleurs, mais plutôt que la nomenclature de celles-ci présentait quelque indécision (5).
Ceux qui voudraient connaître toutes les particularités des autres cas de celle espèce peuvent consulter les ouvrages que nous citons en note (4). Ils verront que le plus souvent les personnes atteintes de ce défaut visuel confondent le rouge écarlate avec le vert, et le rouge foncé avec le bleu, ou, en d'autres termes, qu'elles confondent les couleurs rouge-clair, dans lesquelles le rouge n'entre que comme un
(1) Pliilosopliicnl Transactions, vol. LXVII, p. 260 ; Lonilon, 1777.
(2) Uiid., vol. lAVIII, p. Gll ; London, 1779.
(3) .Mernoirs of llie l.ilci'iwy aiid l'Iiilosophical Society of Mancliesler; Isl Scrics, vol V, p. 28, Manelieslcr, I7!)8.
(4) Niciioi.i.. .ML'(li< o-Cliii-urf;ical Trnnsaclions, vol. VII. p. 4-77 ; vol IX, p. 5o9 : et Aniiai.*; oC Pliiloso|)liy, Nfw Séries, vol. III, p. I2S : |5uTri:ii. Transaclioiis of Uic I'lirc'tioloi;ioal Socicly, p. 209 : CoMiii;. Il)i(l., p. 222 : IIauvkv. Transaclioiis of (lie Royal Socicly of i:ilinbiir};li, vol .X, p. 2:;.) ; cl i;(linliiiri,'li Journal of Science, vol. V, p. I |/<. : liiii:w.STi:n. K<linl)nrf;li Journal of Science, vol. IV, p H.'i : l'lireiioloi;ical Jourinil, vol. III, p. 2(i!î ; cl, vol. VII, p. I;)2 : Coi.yiinoi N. GlasiîDW Médical Jotirnal, vol. Il, p. 12 : Griifc unil Walllicr's Joni •nal der ('.iiirMri;ic nnil Anîîcnliciiktnidc, Band V, p. 10 ; Berlin, 1825 : r.Ani.i;. American Journal ofilie Médical Sciences April, 184;), p. Mi) : D lloMniirs-riiiMAs. Comptes rcndns des st'anccs de l'Acadéniic des Sciences, l.D Aoiil, 18i9, p. I7;i.
ANOMAMF.S KT ALTlilWTIONS DIVICUSES DK l.A VISION.
coiiipdsé iivcc sa coiilcui' iiccidciilclle le verl. Le rouge ne leur (tarail (lu'uiie couleur sombre., el leVcrl qu'une ombre foncée, lilles ne (iislingiieiil(|ue lirs (liriicilcincnl rorange, le pourpre el le brun. Les seules couleurs qu'elles rccoiniaisscnl, raeilciiuîiil sont le jaune el le hleu, (|ui leur paraisseiil rop|)osé Tune de Taulre, comme le noir el le Itlanc, lieaucoup dislinguenl imparl'aileinenl le bleu du rouge. Chez loules, c'est la perception du jaune qui est la plus pai Caile. A la lumière du gaz ou d'une bougie, la dillcrencc, qui à la lumière naturelle élail à peine saisie, entre le rouge et le vert, devient le plus souvent bien marquée. Sir John llerschel, ayant soigneusement examiné M. Troughloii, trouva que les seules teintes (ju'il pût bien apprécier étaient le bleu cl le jaune, et ces appellations dans sa nomenclature correspondaient, dans la plupart des cas, aux rayons plus ou moins réfrangibles , les plus réfrangibles excitant tous indîiïéremmcnt la sensation du bleu, et ceux qui l'étaient le moins celle du jaune (1). On a rap])orté l'histoire d'individus qui, voyant bien sous tous les autres ra|)porls, élaieiil complètement dépourvus de la faculté de distinguer les couleurs, et ne divisaient les teintes qu'en claires et en sombres; mais ces cas doivent être exlrémement rares.
A la demande du docteur INicholl, un de ses malades fit celle observation curieuse que, lorsqu'il s'était fatigué la vue à regarder des points rouges ou verts placés sur un fond blanc, ses yeux éprouvaient un malaise douloureux, mais qu'il n'apercevait aucune couleur accidentelle.
On ne pouvait guère supposer que l'impossibilité de distinguer certaines couleurs pût avoir des avantages; il parait cependant qu'il en est ainsi sous un certain rapport. Dans un cas rapporté par Tuberville, le sujet pouvait lire à une lumière très faible (2). « Je dislingue les objets, disait une personne atteinte de ce défaut visuel, à une plus grande distance et beaucoup plus nettement pendant l'obscurité que je ne l'ai vu faire à personne; j'avais constaté celle particularité plusieurs années avant que j'eusse découvert que je me trompais sur les couleurs (5). » Un aulre fait sur ce point l'observation suivante : «Tous les objets, lorsqu'on les considère à une certaine dislance, perdent leur couleur propre et se revêtent plus ou moins d'une teinte bleu-pâle ou azurée, à laquelle les peintres donnent le nom de couleur de l'air, parce qu'elle est due à l'interposition de ce fluide entre le spectateur et l'objet éloigné. Pour moi aucune couleur ne me parait contraster davantage avec le noir que ce bleu d'azur; or, comme l'ombre de tous les objets est composée de noir, les formes des objets qui, par suite de l'éloignement , ont revêtu plus ou moins la teinte bleue
(1) Arlicle lAqhl, (liiiis iMicyclopaîilia Mclropolilnna, p. liTiVi, % ;)07.
(2) Piiilosophieal Ti'iuisdclions, ii" 1(U : ou l,o\vlliorp"s Al>ri<li;inrni, Vol. III, Tari. l.p.'iO.
(3) Medico-Chirui'jiifiil Traiisiiclioiis, vol. iX. |). 5(il ; l.oiidoii, 1818.
iNiiABiLF.Ti: A distingl-i:r certaines couleurs.
(Icvieniionl pour moi ncUomeul dolinics, cl pourvues d'ouibres marquées, que je irapcroois pas sur les objets lorlcmeiil colorés qui se (rouvenl sur le preuiier plan; aussi ceux-ci me |)araissenl-ils companiliveinenl des masses confuses et, amor|)hes de couleurs. Ce phénomène esl si prononcé chez moi, lors(iue je rciçarde un ohjel éloigné, (pie rellel de la perspeclivc s'en trouve détruit, et l'ombre, dans la forme et les vêlements des êtres humains placés à une cei'tainc distance de mon œil, esl souvent si prédominante, qu'elle annulle i'en'et de la diminution de la dimension : ainsi, bien (pie j'aperçoive l'objet on ne peut plus distinctement, je ne saurais dire s'il s'agit d'un enfant placé près de moi, ou d'un adulte situé à une distance considérable (1). » Un graveur, atteint de dyschromatopsie, en parlant de son défaut visuel au docteur Wilson, dit que cet état lui est jusqu'à un certain point utile et lîivorable. «Lorsque je regarde une peinture, dit-il, je ne \ois que du blanc et du noir, ou de la lumière et de l'ombre; tout défaut d harmonie dans la coloration d'un tableau devient immédiatement manifeste pour moi, par un désaccord semblable entre l'arrangement de sa lumière et de ses ombres, ou, comme les artistes disent, par VeffeL Je vois quelquefois beaucoup de mes confrères graveurs embarrassés pour savoir de quelle façon rendre certaines couleurs d'une peinture, tandis que je n'éprouve à cet égard ni le moindre doute, ni la moindre difficulté (2). »
Un grave inconvénient de la dyschromatopsie, sur lequel le docteur Wilson a appelé l'attention, est celui qui se rapporte à l'emploi des signaux colorés sur les chemins de fer ou en mer. Comme une distance de quelques verges ou même de quelques pieds fait disparaître chez les sujets atteints de cette défectuosité de la vue, la faculté de distinguer le rouge du vert, les signaux de cette couleur employés pour indiquer le danger ne sont d'aucune utilité pour ces personnes dont le nombre est beaucoup plus grand qu'on ne le suppose généralement (o). Dalton avait recueilli vingt cas de personnes dont la vue ressemblait à la sienne. Parmi vingt-cinq élèves auxquels il expliquait un jour ce sujet, deux se trouvèrent colour-blind, et dans une autre occasion semblable, il s'en trouva encore un dans le même cas. Prévost estime que, sur vingt personnes rassemblées au hazard, une est colour-blind (4).
La portion du mémoire du docteur Wilson, dans laquelle il traite la question de la fréquence de la colour-bliiulness, n'a point encore paru au momentoùje suis obligé d'envoyer celte partiede mon travail à l'impression; mais l'auteur m'a fait la faveur de m'adresser les renseignements suivants :
(1) Glnsgow Jlcdical Journal, vol. II, p. U. ; GlasgDW, 1829.
(2) Monllily Juiiriiiil of Médical Sciciiri;, l)('ccnil)iT, ISijô. p. id'i.
(3) Uiid., Novciiilicr, ISIiô. p. 502.
('i) W\inM,vM.v Mémoires de; la Sociolé de pliysuiuc cl d'Iiisioii-o iialiircllc do Genève, t. XII, p. l'JGi GcucNu, m\).
ANOMALIUS ICT ALTllUATIONS DIVKIISICS 1)K LA VISION.
« Quand à lu sliilisU(ni{i dos colovr-bliiid, j(! rcpoiisso mirliiiiicniciil los cliiffres de Pnivosl, en liiiil qu'ils s'appliriiKjniicnl à des cas s(!nil)liil)l(;s à celui de Dallon. Mais sMI a coniplé lous les cas dans les(|uels il existe un peu de conlusion ou d'incerlilude relalivenienl aux couleurs, cl surlouleu coiiui concerne la distinclion eiilre le ideu cl le vert, ses nonilircs pcuvciil cire exacts; mais il serait lacile de démontrer que la cécité, la surdité, la claudication sont aussi coniniunes.
Voici, après avoir examiné 1,154 personnes à l''diml)ourg, (luellessonUncs conclusions ' rehitivenient aux trois espèces de conlusion que l'on peut faire des couleurs :
Confondait le rouge avecle vert. ... 4 sur 55. Id. le brun avec le verl. ... 1 sur fiO. Id. le bleu avec le vert. ... 1 sur 40.
Les deux premières confusions sont des degrés de la même affection : lous ceux de la première catégorie peuvent être rangés dans la seconde, et plusieurs de ceux de la seconde pourraient figurer dans la première; mais aucun d'eux n'a été compté plus d'une fois. Ceux qui confondaient le bleu avec le vert se sont révélés d'eux-mêmes, et sans qu'on fil d'eux une recliercije spéciale. »
La colour-biindness s est présentée beaucoup plus souvent chez les femmes. Elle se perpétue dans certaines familles ; mais, lorsqu'il eu est ainsi, elle saute parfois une ou plusieurs générations. Elle se propage plus facilement par les descendants du sexe féminin que par ceux du sexe masculin. Parmi les cas nondjreux qui ontété publiés jusqu'ici, je ne me rappelle pas qu'il s'en soit oflert dans lesquels un œil lut seul allecté.
Il n'existe de la colour-biindness aucun signe subjectif suffisamment constant pour que l'on puisse compter sur lui. L'iris est fréquemment d'un bleu clair, parsemé de taches jaunes près du bord pupillaire, et l'on a remarqué, dans beaucoup de cas, mais non dans tous, une dépression au niveau de la partie moyenne des sourcils; ce f[ui indiquerait, suivant les phrénologistes, l'absence de l'organe des couleurs.
J'ai considéré cette affeclion comme étant toujours congéniale, jusqu'au jour où j'ai été consulté par un homme chez qui elle était survenue graduellement. Il exerçait la profession de peintre en ornements, et avait pu à une certaine époque de sa vie juger ])arfaitement des couleurs. Lorsqu'il vint me consulter, sou œil droit était aiïeclé de mydriase, et il existait aux deUx yeux une amaurose incomplète, de sorte qu'il ne pouvait plus lire les caractères ordinaires. En essayant sa vue, je m'aperçus qu'il confondait le rouge et le vert. L'usage des spiritueux et du tabac avait probablement été la cause excilanle de l'aflection oculaire chez cet individu. On a vu la commotion cérébrale (1) et d'autres maladies du cerveau donner naissance à une colour-biindness temporaire ou permanente (2). Les cas congéniaux paraissent n'éprouver aucun changement, ni en bien, ni en mal, pendant toute la durée de l'existence. Lorsque le dérangement visuel
(1) TAVLon'sSricnlKic Slnnoirs, vol. IV, p. ISIi; l.oiiilon, 184G.
(2) WiLSON. 0|). cit., Dccoinbcr, p. jOG.