‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 2)Chapitre 92 sur 143 · INHABILETÉ A DISTINGUEU CERTAINES COULEURS · texte numérisé non relu

INHABILETÉ A DISTINGUEU CERTAINES COULEURS

reconiiail pour oaiise une maladie du cerveau, on l'a vu guérir. Esquirol rapporte le cas d'une dame, âgée de 08 ans, à qui, pendant une aUa(|ue de con-'-eslion cérébrale dont la durée lui. d'environ une heure, tous les objets ^paraissaient noirs, même les personnes (|ui lui parlaient et dont elle reconnaissait la voix. Une ai)plication de sangsues au cou fit disparaître immédiatement l'attaque (1). Chez Mary JJisbop, dont l'observation est rapportée par le docteur Ilays, la saignée et les purgatifs lirent disparaître les symptômes de la congestion cérébrale et rétablirent la l'acuité de distinguer les couleurs (2).

Causes. Voici quelques-unes des suppositions que l'on a faites relativement à la cause elliciente de l'insensibilité pour les couleurs :

1. Dalton pensait que dans ces cas la lumière rouge était absorbée par l'humeur vitrée, qu'il supposait pouvoir être dune teinte bleue; supposition qui, pour ne pas dire plus, n'est pas heureuse, et qu'une expérience bien simple, celle qui consiste à l egarder à travers des lunettes vertes ou bleues, suffit pour réfuter. Dans cette expérience, on reconnaît encore très bien les couleurs primitives des corps; ils paraissent seulement entourés d'une ombre dont la teinte est verte ou bleue. Si donc les rayons lumineux passaient à travers une humeur vitrée bleue, il ne s'ensuivrait nullement que les objets dussent nous apparaître bleus, ni qu'il nous fût impossible de distinguer la lumière rouge ou toute autre couleur. Dans la vieillesse, nous voyons tous les objets à travers un cristallin couleur d'ambre ; néanmoins nous les voyons avec leurs teintes naturelles.

2. Dans la supposition que la choroïde est essentielle à la vision, on a dit que la perte de la faculté d'apprécier les rayons rouges peut être due à ce que la rétine a elle-même une teinte bleue ; de sorte que, la lumière qui parvient à la choroïde se trouvant privée des rayons rouges par l'action absorbante de la rétine bleue, l'impression que la choroïde renvoie à la rétine ne contient plus de lumière rouge (5). Conformément aux ordres de Dalton, l'examen de ses yeux fut fait après sa mort par M. Ransome. Le cristallin était de couleur ambrée comme celui des personnes âgées, mais ni l'humeur vitrée, ni la rétine n'étaient bleues ; ce qui réfute les deux hypothèses que nous venons de rapporter (4).

5. Le docteur Young, adoptant apparemment l'opinion de Darwin, que la rétine est active et non passive dans la vision, regarde comme l'explication la plus simple que l'on puisse donner de ce défaut visuel, la supposition que les fibres de la rétine destinées à percevoir le rouge, manquent ou sont paralysées (5).

(1) Pcs maladies mcnlalcs, t. Il, p. 2G ; Paris, 1858.

(2) American .loiirnal of llie Médical Sciences, Augiist, 184.0, p. 277. (5) Ivliiibm'gli .lonrnal (if Science, vol. IV, p. 80.

(i) l.oncliin Médical (la/.clle, Mardi 21, IRiîi, p 810.

(■■>) Lcclures on Natural l'Iiilosopliy, vol. II, ]i. 31!) ; London, 1807.

A.NOMALIIÎS lîT ALTl';il.\TIOiNS DlVKItSI'S I)K LA VISION.

4. Sir Dilvid Hrcwslcr pense que l'œil, dans ce cas, est insensible nuv couleiii s (|ui l'ornienl rexlrémilé du sixiclre solaire, exaeleinenl eoniine certaines personnes, ainsi (jue l'a dénionlré le docteur Wollaslon, ont Toreille insensible aux sons (jui Coi-nient rcixlréinité de réciiellc des notes musicales, bien ((u'elle soit parfaitement sensible à tous les autres (1). Le docteur Wilson l'ait observer toutel'ois ([uc l'impuissance à reconnaître la couleur rouge est précisément l'inverse de l'inaptitude à entendre les sons aigus. « Conlormément à la théorie des ondulations, dit-il, l'onde lormée par les l'ayons rouges est plus lente dans ses vibrations que les autres ondes colorées, ^i^lle correspond donc aux ondulations sonores les plus lentes, (jui produisent des tons bas. La cécité pour le rouge est donc analogue à la surdité pour les sons graves et non pour les sons aigus (2). »

5. Les partisans de Gall et de Spurzheim soutiennent que la faculté de distinguer les couleurs ne dépend pas de l'œil, mais d'une portion spéciale du cerveau, à laquelle ils donnent le nom à' organe des couleurs; et que chez ceux qui se trompent en jugeant des couleurs, le défaut ne réside pas dans l'œil dont la construction mécanique et les elVets optiques sont parfaits, mais bien dans le cerveau. Cette manière de voir semble partagée par Sir John îlerschel. « Nous avons examiné avec quelque attention, dit-il, un opticien éminent, dont les yeux (ou plutôt l'œil, car il en a perdu un par accident) présentent cette particularité curieuse, et nous nous sommes assurés, contrairement à l'opinion reçue, que tous les rayons du prisme ont le pouvoir d'y produire une excitation et d'y déterminer la sensation de lumière et les ell'ets de la vision distincte ; de sorte que le vice ne consiste point en une insensibilité de la rétine pour les rayons réfractés d'une certaine façon, ni dans l'existence de quelque matière colorante dans les humeurs de l'œil, qui empêcherait certains rayons d'atteindre la réline (comme on l'a ingénieusement supposé), mais dans quelque défectuosité du seusorium commune, par suite de laquelle il se trouve dans l'impossibilité d'apprécier entre les rayons lumineux les dillérences d'où dépend leur couleur (5). »

Les phrénologisles trouvent chez les personnes affectées de colourblindness, aussi bien que chez celles qui sont inhabiles à percevoir l'harmonie des couleurs, une dépression située immédiatement audessus de la partie moyenne du sourcil; ce qui indique, suivant eux, le manque de développement d'une circonvolution spéciale du cerveau, dans laquelle ils placent l'organe des couleurs. Ils disent que la petitesse de cet organe est remarquable dans le buste de Dalton modelé par Cardwell ; et M. Ransome, qui n'est point phrénologiste, avance

(1) KdiiibiirKli Journal of Science, vol. IV, p. 8G : Pliilosophical Magazine, Angusl, ISU.p. I5i. ('2) Op. cil., April, IS.'iA, p. 31;;.

(3) Op. cil., p. 454, § 507.

INHABILETÉ A DlSTINGllEll CERTAINES COULELIIS.

coniine un l'ail reconnu dans laulopsic de Dalloii, « (|u'il exislail un dolaul marqué de dévcloppeinenl, des eirconvoliilions cérébrales situées au-dessus des voùlcs orbilaires, là où Ton a placé le siège de l'organe

des couleurs (1). »

Quelle (pie soit la cause dont dépende riiisensibililé (|)arlielle ou complèle) pour les couleurs, c est un étal de la vision pour lecpiel il ne parait exister aucun remède. Deux faits, loulelois, noiés par Seebeck, Tainé (2), ont conduit à faire |)roposer un remède palliatif. Ces faits sont, que les individus alleints coUmr blindness peuvent, i\ la lumière artilicielle, reconnaitre la dillérence de certaines couleurs qu ils confondent à la lumière nalurelle, et (|ue la même cliosc se présente lorsqu'ils regardent à travers des verres colorés d'une cerlaine façon. On ne sait pas quelle était la couleur des verres employés par SceJjeck; mais Wartmanu parle de l'elTct surprenant que l'on obtient lorsqu'on fait regarder une personne altcinle ik. colour-blinclness à travers un milieu rouge pour lui faire distinguer le rouge d'avec le vert. Je conservais de grands doules sur ce point ; M. Wilson à qui je m'étais adressé, me répondit qu'il avait constaté que les lentilles rouges ou vertes ne facilitaient en aucune façon, pour les personnes coloiir-blind, la distinction entre les objets rouges et veris, qu'elles ont rbabilude de confondre, mais qu'il en était tout autrement des lentilles jaunes qui rendaient des services à une certaine catégorie de coloiirblind. Comme la lumière artificielle difl'ère surtout de celle du jour, ainsi qu'on le croit, par l'excès de rayons jaunes que contient la première, il fut frappé de cette idée que, si les personnes qui pouvaient à la lumière jaune d'une cbandelle ou du gaz distinguer le rouge du vert, se servaient pendant le jour de Icnlilles jaunes, elles communiqueraient à la lumière du soleil les qualités de la lumière artificielle, et verraient aussi bien avec l'une qu'avec l'autre. En conséquence, le docteur W. distribua à quelques-uns de ses amis colour-biind, des verres jaunes , ou plutôt orange pâle. Plusieurs n'en retirèrent aucun avantage , et tous se plaignirent (ju'ils occasionnaient une perte considérable de lumière; mais deux d'entre eux se trouvèrent par leur moyen dans la possibilité de distinguer aussi bien à la lumière du jour, qu'ils le faisaient à la lumière artificielle, le rouge d'avecle verl. Quel(iue temps après avoir fait ces essais, et avoir conseillé publiquement l'usage de verres jaunes comme un palliatif contre la colourblindiiess, le docteur W. reconnut que Sir David Brewster (5) avait déjà recommandé l'usage de cette espèce de verres comme propres, dans beaucoup de cas d'imperfection de la vision, à exciter la rétine engourdie, se fondant sur ce fait que la lumière jaune produit sur

(1) riircnologiciil .loiirnal, vol. XIX, p. 2r)2; F.dinhiii-gli, IH/>(J.

(2) PoiigcudorlTs Aniinlen, Hniid XLII, pp. 2I(!, 218; Leipzig, 1857. (ô) Pliilosopliical Mii^azine, Aiigii.sl, I8W, (). 159.

ANOMALIES ET AI/n':UATIOISS DIVEllSES DE LA VISION.

celle meiiihi'atic une impression liiiniiieuse plus puissante (pie la lumière hlanehe pure, dans laquelle le jaune n'enlre que pour une parlie. 11 seinlile, loulel'ois, (|ue les \erres jaunes doivenl èlre uliles aux œlour-hihul., non pas tanl parée (jiKî la lumière jiniin; siii'exeile la sensibililé générale de la réline, (pie parée qu'ils agissenl eliroinali(pic- ment en reduisanl la lumière du jour aux qualités de la lumière artificielle, cl en coniinuni(piant aux objets les teintes que les yeux colour-blind ai)prccienl le mieux.

MYODÉSOPIE.

S(/)i. — Myoïlcsopia, de [luTa, mouche, etôoç, forme, el ô'y!f, npparcncc ou vue. Visiis muscaruiii. Visio pliaiilasnialiim. Miisea; volilanles. Moiielies volailles; liiiaginalioiis perpétuelles. Fr. Die l'ieckeii vor (leu Augen ; Uas Flockcnsclien ; Uas .Miiekonschcn,

Fig. Dcmours, pl. LXV, Weller, lab. V.

La vision d'objets sur la surface ou dans Tintérieur de l'œil a attiré rattenlion à cause de son analogie avec un sympl(jme auquel on a donné le nom de ■mouches volantes. Ou appelle mouche volante tout spectre ou toute apparition visuelle de nature à en imposer au malade cl à lui faire croire qu'une moucbe s'agite devant lui, que ce phénomène soit dû à une impression produite sut- la réline par un objet situé sur ou dans l'œil, ou à une perle de la sensibililé de cette membrane. La vision de mouches volantes a vww le nom de myodésopie , alleclion qui, bien qu'elle soit quelquefois uniquement le résultat d'un simple défaut de sensibilité de quelques parties de la rétine, est due beaucoup plus souvent à la perception réelle d'objets situés sur l'œil ou à son intérieur; d'où la division en myodésopie sensitive et non scnsilive.

En général, c'est seulement lorsque la perception des diverses espèces de spectres dont l'œil est susceptible devient exagérée, que l'on peut dire que l'aflection appehîe myodésopie existe. On peut, à l'aide de méthodes simples que j'ai décrites ailleurs (1) en détail, percevoir et examiner avec son œil, à l'état normal, les divers spectres qui produisent la myodésopie sensitive, aussi bien que certains spectres qui imitent au moins les sensations qui constituent la variété insensible de la maladie.

La myodésopie sensitive comprend les sensations qui sont ducs :

(\) Edinburgli Médical and SiirKical Journal, .Inly, ISiH, p. ô8. Pour les mélhndcs d'examiner les speelres. voyez l'IILsloire de l'Aeadéiiiie royale des Seiciiees, pour I7(;0. p. 1)7 ; Paris, 177(î : Kateh, à la fin de (iullirie : on cxlraelion of a Calarael : Loiidon, 183i : Yaco. Londou Médical Gazelle, May 9 et li>. IWà : Aitia. Areliives d'OplillialmoIoi^ie, l. I, p. A9; Paris, ISjô.

MYODÉtiOI'IE.

1 . à la couche de mucus cl tic larmes silucc à la surface de la cornée ; ^. aux corpuscules situés entre la surface externe de la cornée et le t'entre focal de l'œil; 3. aux corpuscules situés entre le centre focal de l'œil et la couche sensitive de la rétine.

Li\ myodésopie imeusilive (i^^nUm à certaines conditions morbides: I . de la rétine; 2. de la choroïde.

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