ANOM.VMES ET ALTÉRATIONS DIVERSES DE LA VISION
naires s'occupant de musique, de peinture, de broderie, et d'autres travaux qui exigent un emploi continu de la vue. Lorsfjue la myopie se déclare brusquement cbez ces sujets, on la prend quelquefois pour l'amaurose, mais elle est plus souvent conloiidue avec l'astliénopio. L'emploi de verres concaves l'ail découvrir sur-le-cliamp la véritable nature de la maladie.
5. Presbytie. — Les personnes devenues presbytes ne peuvent en aucun temps voir distinclemcnt les objets rapprochés, si ce n'est à l'aide de verres convexes. Dans l'astbénopie, le malade voit d'abord distinctement pendant un certain temps les objets rapprochés, puis ils deviennent obscurs et confus. Il n'est pas étonnant que l'on confonde parfois ces deux états de la vision. C'est ce qui arrive surtout lorsque la presbytie se déclare cbez des enfants, de façon à ce qu'ils ne puissent plus lire à la dislance ordinaire, si ce n'est avec des verres convexes (F. p. 648). Le soulagement que cette espèce de verre procure dans l'astbénopie est une circonstance bien propre à faire confondre ces deux maladies. Le diagnostic est cependant facile, si l'on se rappelle que, dans l'astbénopie, un court intervalle de repos suffit pour restituer la faculté de distinguer les objets rapprochés, tandis que, dans la presbytie, le repos ne produit aucun efl'et.
4. Nyctalopie. —Les attaques périodiques de cécité nocturne et la restauration de la vision avec la réapparition du jour, suffisent pour faire distinguer cette maladie de l'astliénopie.
î). Amblyopie ou amaurose incomplète. — Comme il est de règle, en classification, qu'une différence dans l'intensité ne saurait fournir de caractère spécifique (1), si l'aslbénopie n'était qu'un degré moindre de l'amblyopie, on ne pourrait les considérer avec justesse comme des maladies distinctes. La difiérence qui existe entre l'amblyopie et l'amaurose ne consistant que dans le degré d'intensité, elles ne forment qu'une seule espèce; mais il y a lieu de croire qu'il existe une diiTérence spécifique entre l'amblyopie ou amaurose incomplète et l'astbénopie, et qu'elles occupent des parties dilTérentes de l'organe de la vision. ^
Dans l'amblyopie, il existe constamment de la confusion dans l'exercice de la vision, confusion qui s'étend à tous les objets, grands ou petits; dans l'astbénopie, la vue ne s'obscurcit qu'après qu'on l'a exercée sur des objets rapprochés. Dans l'amblyopie, le malade voit généralement mieux lorsqu'il fixe ses yeux, ou qu'il les attache solidement, ainsi qu'il s'exprime souvent, pendant un certain temps sur les objets; dans l'aslbénopie, c'est alors au contraire qu'il commence à mal voir.
On a souvent traité l'astbénopie comme une amaurose commençante ; mais il n'y a aucune connexion nécessaire entre ces deux maladies, et l'une ne mène pas à l'autre.
(I) LiHW«i Philosophia bolanica, § 260, p. 206; Yiennaî. 1785.
ASTIll'.NOPIE.
Complications. — L'aslhôiinpic pure n'est point rare. Elle ne parait rôsuilcM* alors ni d'une luiiiadie anlcccdoule dos yeux, ni d'aueun désordre consliUilionnel aiïcctaiil ces organes. D'un autre côté, il n'est nullement rare de trouver l'aslhônopie conipliquc-e de quehjue autre maladie des yeux, ou de quehiue all'ection générale des systèmes nerveux ou circulatoire.
Ainsi, par exemple, on rencontre fréquemment l'asthénopieaiïectanl des yeux qui présentent encore des traces de quelque oplitlialmie, et surtout des taches de la cornée. J'ai trouvé, dans un cas, l'inllammalion de la capsule cristalline antérieure combinée avec l'aslhénopie. Quelques malades étaient m) opes, d'autres presbytes avant le temps. L'aslhénopie est souvent beaucoup plus prononcée à la lumière artilîcielle ; elle va même quelquefois jusqu'à la cécité nocturne tant elle s'exaspère le soir, et tant la vision est alors imparfaite. Elle s'accompagne souvent de mouches volantes, et quelquefois de névralgie oculaire, ou d'oscillation des yeux, et assez sou\ent de strabisme.
L'aslhénopie aflecle d'ordinaire assez également les deux yeux. S'il n'y a qu'un œil alïecté et que l'autre soit bon, la maladie peut passer inaperçue. Lorsqu'un œil est complètement amaurotique, ou désorganisé à la suite de lésions traumaliques ou d'autres causes, l'autre est assez fréquemment atteint d'aslhénopie. Il arrive parfois qu'un œil est complètement amaurotique tandis que l'autre n'est qu'aslhénopique. Ordinairement, l'œ'il incomplètement amaurotique est exempt du symptôme caraclèrislique de l'asthénopie ; mais quelquefois lamblyopie ou amaurose incomplète se complique d'aslhénopie. Quand il en est ainsi, la vue de tous les objets est toujours plus ou moins confuse; mais toute tentative pour lire ou coudre est promplement suivie d'un nouveau degré de confusion, et de rimpossibilité de continuer, impossibilité qu'un peu de repos fait diminuer. Les malades ainsi affeclés se plaignent souvent de photopsie, de mouches volantes ou fixes, et leurs pupilles n'ont que des mouvements lenls et limités.
D'ordinairelaconsistance des yeux asthènopiquesestnormale; mais, dans quelques cas, elle est trop ferme, tandis que, dans d'autres, la cornée et la sclérotique sont trop flexibles; symptômes qui dénotent le premier une surabondance, et le second, un défaut dans la quantité de rhumeur vilrée.
L'asthénopie s'accompagne souvent d'une débilité générale et d'un affaissement de la vigueur de l'esprit aussi bien que de celle du corps. En pareil cas, le pouls est fréquent, petit et compressible; le malade est apathique et affecté de frissons Chez quelques-uns, les symptômes (lènolenl un commencement d'anémie; chez beaucoup, la diathèse scrofuleuse est manifeste.
Causes éloignées. — Lorsque nous nous sommes assurés par l'examen des symptômes, qu'il s'agit d'un cas d'aslhénopie, que nous avons
ANOMVLIF.S ET ALTÉIWTIONS DIVERSES DR LA VISIOrt.
conslalé le dogrc de la maladie, 1 époque de la \ie à laquelle elle a commencé cl rélal, général de la santé du sujet, il nous reste à rechercher les causes éloignées ; point de la plus haute importance, puis(|ne c'est dans la connaissance de ces causes (|u'on peut puiser quehiues-unes des principales indications thérapeutiques. -
1 . Dans heaucoup de cas l'asthénopie parait être une maladie idiopathique, résultant cnlièremenl d'un excès d'exercice de la vue. Le commémoralil" apprend que, avant que les malades appliquasscnl leurs yeux sur de petits ohjels sans interrompre sullisamnient celle application, ces organes étaient l'orts et sains, n'avaient jamais été atteints d'aucune ophlhalmie, ou du moins étaient parlaitemcnl guéris de celles qu'ils auraient, pu avoir, et que, le malade n'ayant eu aucun dérangement chronique de la santé générale, il n'y a aucune raison de regarder la faiblesse de la vue comme un symptôme de quelque altéralion des systèmes nerveux ou circulatoire.
Déjeunes garçons engagés comme commis ou teneurs de livres, ou comme apprentis tailleurs, horlogers, dessinateurs d'échantillons, composileurs d'imprimerie , ou graveurs , et les jeunes femmes employées comme tailleuses ou comme couturières, offrent de fréquents exemples d'asthénopie due exclusivement à l'abus de la vue. Les étudiants et les lilléraleurs, qui passent les jours et une grande partie des nuits à lire et à écrire, réduisent parfois leur vue à un tel élat de faiblesse qu'il leur devient impossible de soutenir la moindre application à de nouveaux objets. Des personnes qui ne sont point oblisées d'abuser de leurs yeux pour travailler, qui mènent un genre de vie sobre et chaste, et qui observent scrupuleusement les règles d'hygiène relatives à la santé générale, sacrilient assez souvent leur vue à leur goût prononcé pour la lilléralure, la science, ou les beaux-arts.
Diverses circonstances accidentelles semblent aider à l'influence que l'excès d'usage des yeux exerce sur la production de l'impuissance qui constitue le symptôme caractéristique de la maladie; telles sonfle travail à la lumière artificielle, le manque de sommeil sufllsant et l'abus des facultés intellectuelles.
Pour des raisons diverses, il est toujours plus nuisible pour les yeux I de les exercer sur de petits objets à la lumière artificielle qu'à la lumière du jour. Ce sujet a été soigneusement traité par feu le dnctcur James Hunier, dont on consultera l'ouvrage avec avantage (1). 11 attribue surtout les effets nuisibles de la lumière artificielle aux quatre
causes suivantes :
1 . La composition défectueuse de la couleur des rayons de la lumière artificielle.
(n On llic Iiiniicnccof Arlificial Light in cnusing Impaircd Vision ; Edinbiirgli.
ASTIIÈNOPIE,
2. La propriété qu'ont ces rayons de produire plus de chaleur que do lumière.
3. La l'ormalion et le dégagement, pendant la combustion, d'acide carbonique qui, étant absorbé par les poumons, occasionne de la cé|)balalgie et agit d'une l'açon nuisible tout à la lois sur les yeux et sur le cerveau et les nerfs en général.
4. L'instabilité et la position, ainsi que la direction désavantageuse que Ion donne généralement à la lumière artificielle employée.
Le défaut de sojnmeil et partant tout travail de rmit, et surtout les éludes nocturnes sont parfois le principal agent de la maladie. Quand ils iiesonlpas la cause principale, ilsaugnicntentàun haut degré l'action des autres. Le sommeil, en suspendant les facultés motrices et sensitives d« l'œil, en répare la vigueur. La substance éjjuisée du cei veau, des nerfs et des muscles est renouvelée pendant le sommeil par le travail d'assimilation. Si on lui refuse ce repos et cette rénovation, la force de l'œil va inévitablement saU'aiblissanl. Le manque de sommeil, même dans l'obscurité, nuit aux yeux; mais il leur nuit encore bien plus quand, au milieu des lueurs d'une lumière artificielle, ces organes sont obligés de fonctionner, en dépit de la fatigue qu'ils ressentent. Un sculpteur en bois, âgé de 22 ans, vint me consulter pour une astbénopie, le 15 juillet 1843. Sa maladie était due à ce que, l'hiver précédent, il avait souvent été obligé de travailler la nuit comme le jour. Les éludes microscopiques prolongées à la lumière artificielle sont très propres à produire î'asihénopie, lorsqu'elles n'occasionnent pas des elTets encore plus sérieux, tels qu'une congestion ou une inflammation de la choroïde et de la rétine, et finalement l'amaurose.
L'éducation moderne, que l'on pourrait appeler une éducation en serre-chaude, est unesource féconde d'asthénopie.Rien n'est plus nuisible à la vue que la fatigue extrême des yeux et de l'esprit à laquelle les jeunes gens, les jeunesfilles surtout, sont soumises à l'époquedela puberté. Un jeune garçon affecté d'aslhénopie me fut envoyé par ses parents. Il me dit qu'il était en classe depuis neuf heures du malin jusqu'à quatre heures du soir avec une demi-heure de récréation seulement. Il passait toutes ses soirées à lire les volumes de Cliambers's Edinburgh Journal, ouvrage imprimé en pelit texte. La maladie s'était accrue rapidement pendant les trois semaines qui avaient précédé l'époque à laquelle il était venu me consulter. Quant aux filles, tout le long de la journée on leur enseigne quelque chose, une langue ou une autre, l'arithmétique, le dessin, les ouvrages à l'aiguille, la musique, etc. L'astliénopie parait fréquemment la conséquence de longues études au piano, surtout à la lumière artificielle. Si l'on refuse aux yeux, ainsi qu'au reste du corps et à l'esprit, la distraction en plein air, et si une jeune personne est condamnée, précisément à l'époque où sa croissance marche le plus rapidement, à une succession perpétuelle d'occupations sédentaires et
ANOMALIES ET ALTÉRATIONS DIVEllSES DE LA VISION.
ennuyeuses, y a-l-il lieu de s'élonncr de voir survenir raslhénopic, la pâleur , la faiblesse el ramaigrisseinenl? Le doveloppemenl naltirel du système se trouve entravé, il survient un étal de congestion du cerveau, el le pauvre martyr, dont on estropie tout à la l'ois le corps et l'esprit, ne tombe que trop souvent dans un état de débilité incurable.
J'ai surtout constaté comme cause d'astbénopie l'exercice intempestif de la vision, pendant la convalescence de quelipie maladie générale et Sii"\}'é telle que rinlluenza, la lièvre, etc., ou même de quelque maladie locale qui, soit par elle-même, soit par le trailemenl qu'elle a nécessité, a produit une débilité générale considérable; et surtout la lecture trop prolongée pendant cet état.
2. On constate souvent que l'asthénopie est due à quelqu'une des ophlbalmies dont le malade a pu être atteint à une époque antérieure de son existence.
On envoie à l'école un enfant de six s. sept ans ; mais on s'aperçoit qu'il ne peut apprendre à lire, et on le morigène pendant un mois ou deux, parce que, bien qu'il voie parfaitement lorsqu'il est hors de l'école, et également bien lorsqu'il commence à regarder son livre, il ditnep'ouvoir cependant continuer de lire au delà de quelques minutes. Lorsqu'on l'amène au médecin, celui-ci reconnaît que ces symptômes sont évidemment ceux de l'asthénopie. En interrogeant les parents, on apprend que l'enfant, lorsqu'il n'avait que quelques jours, a été atteint d'une ophthalmie purulente d'abord négligée, et dont on n'a pu triompher qu'au bout d'une couple de mois; ou bien qu'à l'âge d'un an ou deux, il est resté pendant des semaines ou des mois, affecté de maux d'yeux, couché sur la face parce qu'il ne pouvait supporter la lumière. L'aslhénoi)ie est une suite assez fréquente de l'une ou l'autre de ces circonstances, bien qu'on ne la découvre parfois que plusieurs années après la cessation de l'ophtlialmie. „ , , , •
L'ophthalmie que nous avons citée en premier lieu, ou 1 ophthalmie des nouveau-nés, étend souvent son inlluence jusqu'aux parties internes de l'œil. C'est ce qui arrive fréquemment, si on laméglige pendant plusieurs semaines, ou si, par suite d'un traitement insuOisant, on la .laisse passer à l'état chronique. Elle laisse chez quelques sujets une opacité partielle du cristallin et de sa capsule, et dans d autres, une aiïection de la choroïde et de la rétine. On ne découvre souvent ces suites que lorsque l'enfant est envoyé à l'école. Dans le premier cas, les yeux sont myopes; dans le second, ils sont ou presbytes ou amblyopiques. Dans l'un et l'autre, ils peuvent de plus étreasthenopiques. L'inllammation oculaire peut aussi se guérir, sans laisser aucune altération des milieux transparents et sans autre suite que l asthenopie.
Les inflammations scrofuleuses des yeux, et spécialement la conjonctivite phlycténulaire, sont aussi des causes d'astbénopie. On sait quil s'opère, dans celle maladie, non-seulement des altérations graves des
ASTIII^XOPtR.
lissus tlol œil, nuiis (|ue, de plus, iiiio uclioii irllcxo Ursopininlre sepnt- (liiil sur rorbicuLiirc tlos p;uipièi'cs lors de l'arrivée de la lumière sur les nerfs seusiliis (|ui soul dans un élat d'ii-rilalion. L'aslhénopie qui succède à de Iréquenles alkupies d'oplulialinie |)hlycl(''nulaire , peut (Mre aUribuée en partie aux cliangenienis ([ne rinllainnialion détermine dans les tissus internes de l'œil , cl en ijrande partie peut-être à la longue compression ([ue le malade exerce sur ses yeux, lorsqu'il reslii couché la face sur les mains, aidée par racliondes paupières rerméesj)ar un spasme violent. J'ai déjà mentionné un exemple (t. I. p. 794) dans lequel, la pholo|)liobie excitée par une oplillialmie scrofuleuse venant à céder, on découvi'il que l'enlant qui était allecté de cette maladie était amaurolique; — résultat que je suis porté à alti'ibuer à la pression exercée sur les yeux pendant un temps si long. C'est à la même cause que l'on peut, dans une certaine mesure, attribuer l'arrêt d'accroissement des yeux, qui accompagne les attaques de longue durée, aussi bien que les changements de texture qui laissent dans certains cas le malade tantôt amblyopique, tantôt asthénopique. On m'amena une jeune fille, qui avait sur chaque cornée une petite tache, résultant d'une ophthalmie scrofuleuse survenue pendant son enfance. Elle avait maintenant seize ans et était atteinte d'un tel degré d'asthénopie, que, bien qu'elle pùt voir les plus petits objets, elle n'avait jamais pu apprendre à lire. Dans les cas de cette espèce il n'y a parfois qu'un œil affecté, mais fréquemment tous deux le sont. La possibilité de voir survenir ces graves altérations, montre combien il est important de guérir l'ophthalmie phlycténulaire aussi promptement et aussi complètement que possible.
Les ophthalraies de l'enfance ne sont pas seules à pouvoir donner naissance à l'asthénopie; elle peut être le résultat de toutes les inflammations oculaires.
Si le malade rapporte que l'affaiblissement de la vue a été précédé de fréquents éclairs dans les yeux, de photophobie et d'épiphora, d'une douleur profondément située dans les globes oculaires, et s'élendant de là jusqu'à l'occiput, et que ces symptômes s'accroissent lorsqu'il se baisse ou se livre à quelque exercice violent, ou si cette faiblesse de la vue s'accompagne, outre ces symptômes, de mouches volantes, d'irrégularité des pupilles et de dureté des yeux, il y a lieu de conclure qu'il a existé une congestion ou une inflammation de la choroïde, ou que cet état persiste à l'état chronique.
Si de semblables symptômes se sont accompagnés du ti-ansporl de la pupille d'un seul côté, en même lem|)s que d'un épaississement évident de la sclérotique, auquel succède l'amincissement, l'asthénopie est le résultat de la sclérotite scrofuleuse.
Si la pupille est contractée, imparfaitement mobile et bordée de lymphe ou de particules saillantes de pigment, l'iris changé de couleur
722 ANOMALIES ET ALTÉRATIONS DIVEnSF.S DE LA VISION.
ol poi'lc en avant vers la cornée, c'est l'iritis ou la rétinile qui a été la cause de la maladie.
Si, en explorant la pupille à l'aide d'une loupe à court foyer, on voit des vaisseaux rouges se ramifier sur la capsule antérieure du cristallin, l'astliénopie a été produite par une cryslallinite.
Si le malade est myope, la cornée trouble et l'œil liydropbtlialini(iue, c'est une cornéite qui a été la cause du mal.
Les noms de cornéite, d'iritis, etc., indiquent le siège principal ou foyer de certaines ophtbalmies, lesquelles alVeclent plus ou moins tous les tissus tant internes qu'externes de l'œil, et dont cbacun peut être la cause de l'asthénopie.
5. Les lésions traumatiques de l'œil, et plus spécialement celles des brancbes de la cinquième paire qui environnent l'orbite, sont sujettes à produire l'astbénopie. Un grand nombre de malades qui sont venus me consulter pour cette aiïection, avaient des cicatrices sur le sourcil ou sur la peau du front, et plusieurs d'enire eux ont pu affirmer que leur vue avait été forte jusqu'au jour où ils avaient reçu la blessure dont on voyait la cicatrice. On peut supposer qu'en pareil cas l'irritation ou l'inflammation de l'œil blessé, ou de la branche lésée de la cinquième paire, se propage le long du nerf optique ou du tronc de la cinquième paire jusqu'au cerveau, et qu'il se produit une affection réflexe, qui comprend le nerf de la troisième paire, ou le nerf optique, ou enfin l'un et l'autre.
4. On peut parfois faire remonter l'asthénopie à des affections de
l'encéphale.
L'irritation du cerveau, qui, chez les enfants qui font des dents, produit si fréquemment des convulsions, parait être dans beaucoup de cas la cause de l'asthénopie. On m'amena un garçon, âgé de 13 ans, et affecté d'asthénopie et de presbytie. A l'âge de six ans, il avaitétealteinl d'une rougeole grave et était resté plusieurs jours sans connaissance. C'était là l'origine de la maladie oculaire. Un autre malade faisait remonter l'origine de l'affaiblissement de sa vue h une inflammation du cerveau dont il avait été atteint à l'âge de dix-neuf ans. Un autre la rapportait à un état nerveux, déterminé chez lui par une frayeur Un individu, âgé de soixante ans, et que je traitais pour une hémiplégie léeère, se trouva asthénopique lorsque celle-ci diminua. Il aperce^alt très distinctement les figures de petites gravures pendues autour de sa chambre et tous les autres objets éloignés. A l'aide d'un verre convexe il lisait environ uneligne, mais pas plus. Les lettres commençaient alors à trembler et à se mêler de telle sorte qu'il était oblige de s<arr
Plusieurs des personnes asthénopiques qui m ont consulte ava e U des tètes qui accusaient l'hydrocéphalie; ^"^^'nues-imcs el^ajen t un volume s'élevant beaucoup au-dessus de la moyenne L aflection tubc.^ culeuse du cerveau est encore une cause probable d asthenopie. J a. nu
ASTIIÉNOPIE.
le ti/phns fcvcr cl le choléra malin devenir, en attaquant le cerveau , causes d aslliénopie.
y. Si Tasllicnopie s'accompagne de pesanteur et d'enfoncement des yeux; si ceux-ci sont entourés d'un cercle sombre, et cluiuds au toucher; si à un fond de mélancolie le malade joint un air d'égarement et (le timidité ; s'il ne répond au\(|ueslions qu'avec hésitation ; s'il accuse de la douleur et de la l'aiblessc dans le dos et les memhies, et s'il se trouve dans l'impossibilité de supporter les l'aligucs corporelles ordinaires, il y a de fortes présomptions que tous ces symptômes dépendent de quelque usage abusif ou de quelque désordre du système générateur, tels que le coït poussé à l'excès, la masturbation ou la sj)crmatorrhée. Il est bon, en pareil cas, de dire au malade que son atlection peut être en rapport avec l'état des organes de la génération. Cela l'amènera peut-être à déclarer qu'il n'a jamais éprouvé aucune espèce d'aHection vénérienne, mais à avouer en même temps qu'il croit s'être conduit de façon à déterminer quelque affaiblissement des organes de la génération, et qu'il soupçonne déjà depuis quelque temps que telle est la cause de son mal.
J'ai souvent reconnu que, chez les jeunes hommes, l'asthénopie est le résultat du coït poussé à l'excès, mais beaucoup plus fréquemment encore de la masturbation ou d'émissions involontaires du sperme. Je ne doute nullement que la masturbation ne soit une cause fréquente de la même affection chez les femmes (1).
Pauli (2) rapporte le cas de deux sœurs, l'une âgée de 18 ans, l'autre de 25, chez qui la masturbation avait déterminé une asthénopie, en même temps qu'une mélancolie accompagnée d'une grande débilité. Parmi d'autres symptômes, il mentionne l'habitude de se mordre continuellement les ongles, qui est très commune chez les masturbateurs, et la répugnance pour le mariage, qui en est aussi un trait caractéristique. Les femmes affectées d'asthénopie sont souvent en proie à la leucorrhée; et celle-ci, ainsi que la stérilité, est dans beaucoup de cas la conséquence de l'abus des organes de la génération.
Je n'insisterai pas sur d'autres causes qui paraissent parfois donner naissance à l'asthénopie. J'indiquerai seulement les suivantes comme méritant l'attention : — l'imperfection congéniale des organes de la vision, la position penchée du corps pendant le travail, la dyspepsie, la constipation, l'agitation, le chagrin, l'usage de l'alcool, de l'opium, ou du tabac — poisons qui amortissent nos facultés sensitives et motrices. Les inlluences débilitantes de toute nature peuvent aggraver, sinon produire l'asthénopie. Une jeune dame par laquelle j'ai été con-
(1) « Les femmes sont éRalcmenl enclines ù ces mauvaises liabitiidcs. » Brhton, Trailé |)ratiquc (les maladies des enfaiils, p. 8(10; l'aris, \Wi.'2. « Celle niallieureusc passion amène exuclemenl les mêmes résultais dans Pauire sexe à tous les Ages. » Lai.lëmak'o, Des perles sémiimlcs involontaires, l. Hl, p. iOJ : l'aris, ISW.
(2) Amnion's Jlonalsclirift fiir iMedicin, Band I, p. 592; Leipzig, 1838.
ANOM.Vl.lF.S RT ALTIîHATIONS DIVEUSES DK LA VISION.
suite, se trouvait beaucoup moins bien après avoir souiïcrt du mai de mer, qui avait amené cbez elle une violente attaque d'iiématémèse.
Cause prochaine. — Comme lanaloniie patbologi(|ue n'a encore jeté aucune lumière sur le siège ou la nature de laslliènopie, nous ne pouvons que nous livrer à des conjectui'es sur sa cause procliaine (1),
Le fait que la faculté visuelle n'est point aiïaiblie d'une manière ))ermanenle démontre manifestement qu'il n'exisie ni cbangemeiit considérable de structure, ni atrophie de la rétine, comme se l'imaginait Saint-Yves (2). Les plus petits objets sont vus pendant un certain temps aussi nettement que dans l'état normal de r(cil.
Que la rétine soit le siège unique ou même principal de l'astliénopie, c'est peu probable; mais on ne peut guère douter qu'elle y soit pour quelque chose. Dans l'action de lire, d'écrire, et dans les autres occupations semblables pendant lesquelles celte maladie se produit, les objets à voir sont petits, les yeux activement employés; les pupilles convergent vers le même point, et les images des objets sont leçues sur les sommets mêmes des rétines. Il s'ensuit que la portion mince située en dedans de la tache jaune, est la portion de la rétine qui se trouve malade dans l'asthénopie. Lorsqu'on regarde des objets éloignés, on emploie une plus grande étendue de la rétine; elle est impressionnée par une variété de formes, et soulagée plutôt qu'épuisée par la variété des couleurs et les contrastes de la lumière et de l'ombre. Quand la lumière agit ainsi sur l'œil, on ne voit jamais survenir d'attaque d'asthénopie.
Un fait qui démontre que l'asthénopie ne consiste point uniquement dans une aiïcction de l'appareil qui sert à accommoder l'œil aux courtes distances, mais qu'elle réside aussi en partie dans la rétine, c'est que, lorsque l'œil est fatigué, dans cette maladie, le sujet ne voit ni plus distinctement, ni plus aisément en regardant à travers une petite ouverture, et enfin qu'elle se rencontre également combinée avec la myopie et la presbytie. Si elle ne consistait que dans une maladie de l'appareil d'accommodation, il suffirait de regarder par une petite ouverture pour rendre cet appareil inutile pendant un certain temps et procurer une vision distincte (o). Dans la myopie, la forme des parties réfringentes de l'œil fait qu'il est adapté d'une façon permanente pour la vision des objets rapprochés ; néanmoins les myopes
sont aussi sujets à l'asthénopie. Les personnes alTeclées de presbytie
en même temps que d'asthénopie rendent inutile, à l'aide de verres
(1) n est vraiseml)lal)le que fancmie de In clioroïdc et île la rctiiic iloi( figurer an nombre des causes de l'aslhénopic. Bnder a, dans des cas de eelte nature, reconnu à l'aide de roplillialmoscope l'anémie de la choroïde. Ces malades se plaignaient que leur vue se faliguail pi'omp";.ment quand ils fcsaicnt usage de leurs yeux, (liriliscli Forcign Uléd.-Chir. Ueview. Aprd, lb.)o, p. 312). {Nule de M. Mackcnzic.) [U est à rcgretler que l'auteur u-ail pas décnl les symptômes ophtlialraoscopiqucs d'où il a cru pouvoir conclure a Vancinic de la choroïde. T. W.]
(2) Nouveau traité des maladies des yeux, p. 5ô.i : Paris, 1722.
(5) ronTEiuMiiLD'sTreulisc ou thc Eye, vol. I, p. ô'Ju ; Edinhurgh, 1739.
ASTIIÉNOPIE.
convexes, raction de lapparcil dadaplalion ; néaiinioins, elles ne sont pas exemples, même loi'S(|irelles portent leurs verres, d'attaques d'aslhénopie.
Dire que l'asthénopie consiste dans une fatigue de la i-étinc, c'est ne rien dire, à moins qu'on ne soit préparc à donner l'explication physiologique de la l'atigue et du cliangcmonl anatoniiquc que subit un iierl' scnsilii" lorsqu'il a été trop longlem|)S mis en action ou surexcité. On sait très bien qu'un nerf dans cet état devient incapable d'être convenablement impressionné, ou de transporter exactement les impressions au sensorium; mais ce que l'on ne peut dire, c'est comment survient cet état d'impotence. Est-ce la circulation du sang à travers les tissus nerveux qui est en défaut? l'agent impondérable de la puissance nerveuse est-il épuisé? ou les vibrations des éléments nerveux s'arrclent-ils? c'est ce que l'on ne saurait dire, car on ignore également quelle est la nature de l'action nerveuse dans l'état de santé, et quelle altération elle subit sous l'influence de l'aflaiblissemeut ou de la fatigue.
L'œil possède, à l'étal normal, une facullé d'adaptation par suite de laquelle il peut amener au foyer sur la rétine les rayons divergents provenant des objets rapprochés, aussi bien que les rayons parallèles émanant des objets distants. Dans quelque lieu que s'opère le changement par suite duquel la réfraction de l'œil est augmentée et sa distance focale raccourcie, l'organe se trouve adapté à la vision des objets rapprochés. Il est évident que l'œil asthénopique n'est point complètement privé de la faculté d'elîectuer ce changement; car lorsque le malade commence à regarder des objets rapprochés, il les voit parfaitement bien, et continue à les voir ainsi jusqu'à ce que l'attaque survienne. Il perd ensuite la vue des objets rapprochés et devient presbyte. Il continue à bien voir les objets éloignés ; mais son œil se refuse à continuer l'elTort nécessaire pour rassembler en foyer sur la réline les rayons lumineux émanant d'objets situés à une certaine dislance. L'organe ou les organes de l'adaptation sont donc affectés dans celte maladie, ils en sont probablement môme le siège principal.
J'ai proposé une hypothèse au sujet de l'adaptation : c'est l'antagonisme de l'iris et des procès ciliaires ; de sorte que, quand la pupille se contracte, ce qu'elle fait toujours lorsque nous dirigeons les yeux vers un objet rapproché, le cercle ciliaire, sous l'influence de son muscle, s'élargit, et que lorsque nous regardons des objets éloignés, la pupille s'agrandit et le cercle ciliaire se contracte autour du cristallin (1). Lorsque le cercle ciliaire s'élargit, le cristallin s'avance vers la pupille, de façon à raccourcir la longueur focale de l'œil; lorsqu'il se contracte, le cristallin se reporte vers la rétine. Ces changements
(1) Médical Gazelle, vol. XUI, p. G3I ; LonJoii, 183i : Pliysiology of Vision, p. 18S ; LoiiJon, 1841.
ANOMALllîS UT ALTÉUATIONS DIVKUSES DE LA VISION.
peuvent s'accoiiipagnci' d'une alléralion de la forme du cristallin, son axe s'allongeant lorsqu'il s'avance dans l'œil et se raccourcissant lors- (ju'il se retire. Il est probable aussi rpie la contraction des muscles droits et obliques, en même temps (prdle tend à allonger l'axe de l'œil et à raccourcir le rayon de courbure de la cornée, favorise le dépla- ' cernent en avant du cristallin.
Les mouvements du muscle ciliaire etdel'iris, aussi bien que ceux des muscles droits et obliques, sont sous l'inllucnce de la troisième paire. Lorsque ces muscles sont privés, par une cause (|uelcon(iue, de leur stimulus nerveux habituel, leurs mouvementsdoiventsetrouverempècliés, etla fonction de l'adaptation ne s'accomplit qu'imparfaitement. C'est ce qui se passe dans l'asthénopie. Lorsqu'on expose un œil asthénopicpie à divers degrés de lumière, les mouvements de la pupille sont aussi prompts et aussi étendus que ceux d'un œil sain. Lorsque l'œil vient d'être dirigé vers un objet rapproché, on peut aussi voir au début la pupille se contracter; mais si Ton surveille l'œil sérieusement appliqué d'une manière continue à la contemplation d'un objet rapproché, comme dans l'action de lire, on verra généralement la pupille tomber dans l'état de dilatation moyenne et ne pas persister dans son état de contraction, comme le ferait la pupille d'un œil sain dans les mêmes circonstances. Il est probable que le cercle ciliaire se trouve aussi dans un état de dilatation moyenne. On peut admettre que cet état des parties suffit pour produire la presque totalité des symptômes. L'effort nécessaire pour l'adaptation ne peut être maintenu; la longueur focale de l'œil ne peut plus être raccourcie comme cela serait indispensable; les lettres du livre s'évanouissent, et une sensation de fatigue envahit l'œil. Il est probable que la cause de cette faiblesse réside non-seulement dans les nerfs ciliaires ou dans les parties auxquelles ils se distribuent, mais aussi dans toute la troisième paire et dans tous les autres nerfs musculaires de l'œil en général. La contraction des droits et des obliques, si nécessaire alors pour maintenir l'œil en état d'équilibre, pour le diriger le long des lignes de la page, pour faire converger les yeux vers le même point, et peut-être pour comprimer le globe de l'œil de façon à maintenir une augmentation de distance entre la réline et la cornée, doit céder graduellement par suite de l'effort qu'elle exige; de sorte que ces muscles retombent au minimum de leur contraction. Il en résulte que la paupière supérieure finit par s'abaisser et que le malade est forcé de céder à ce besoin de repos, propre, ainsi que l'expérience le lui a appris, à renouveler ses facultés visuelles épuisées.
Pronostic— pronostic de l'asthénopie est en définitive défavorable. Si la maladie a plusieurs années de durée, et surtout si, de plus, elle doit son origine h une ancienne ophthalmie, à la lésion de l'une des branches de la cinquième paire ou à quelque affection de rencéphale, il est rare qu'elle soit améliorée par aucune espèce de traitement.
ASTIlÉiNOPlK.
Diiiis les cas récents, quand le pi-alicieii peut découvrir la cause éloignée, et le malade se soustraire à son inllucnce, il y a beaucoup à espérer. Ceci a trait surtout à la |)reniière et à la cinciuiènic des causes éloignées que nous avons déjà mentionnées.
D'après mon expérience personnelle, je puis dire (pie lasthénopie na que très peu de tendance à se guérir d'elle-même. Lorsque la maladie dépend d'une |)létliore ou d'une congestion locale, le pronostic est meilleur; il est, au contraire, très défavorable si le malade est Ibrl débilité ou d'une constitution scrolulcuse. Lorsqu'un certain degré d'astbénopie, plus ou moins prononcé suivant les sujets, a persisté pendant plusieurs années, de façon à ce que la maladie i)uisse être considérée comme confirmée, elle empire rarement et ne passe presque jamais à l'état d'amblyopic ou d'amaiirose. Les avertissements que le médecin donne au malade, si celui-ci y a égard, contribuent, sans aucun doute, à empêcher la maladie de s'aggraver et de se transformer en amaurose. Nous pouvons répondre hardiment par la négative à la question que l'on nous pose si souvent, si cette affection peut se terminer par la cécité; et je considère que ce n'est pas peu de chose que de pouvoir appuyer cette réponse sur une base solide. C'est un point très important et qui dépend entièrement du soin avec lequel on aura su diagnostiquer l'asthénopie d'avec l'amaurose commençante ou incomplète. Une dame vint me consulter pour ses yeux asthénopiques. Après que je lui eus expliqué la nécessité de laisser reposer ses yeux, et assuré que sa maladie, quoique probablement incurable, ne se terminerait point par la perte de la vue, elle m'apprit qu'elle était revenue des Indes à cause de son affection oculaire , que son médecin ordinaire lui avait déclaré être une amaurose, et qu'elle se croyait sur le point de devenir aveugle. Elle se trouva fort rassurée lorsque je lui eus expliqué que sa maladie n'était point une amaurose, et conseillé de retourner aux Indes près de sa famille ; ce qu'elle fit, comme je l'appris par la suite.
Il est souvent de notre devoir de déclarer au malade et à ses amis que la maladie est incurable et que tout ce qu'il y a à faire , c'est d'éviter, autant que possible, d'exercer la vue sur des objets rapprochés. S'il s'agit d'un jeune garçon qui a entrepris l'apprentissage d'un métier sédentaire, et que, d'après la durée et le mode d'origine de la maladie, il ne paraisse pas probable qu'elle puisse céder au traitement, il faut conseiller au malade de changer sa profession pour prendre celle de boutiquier, de se consacrer aux travaux des champs , ou de se faire marin : s'il s'agit d'une femme, constamment occupée à coudre, il faut l'engager à s'occuper des affaires du ménage ou de quelque autre besogne active. J'ai conseillé à plus d'un malheureux d'abandonner son nuUier sédentaire pour se faire charretier; quant à ceux qui se trouvaient dans une situation i)écuniaire moins fâcheuse
AN0M\L1KS ET ALTÉIUTIONS DIVIÎUSES DE l.A VISION.
el pas trop âgés, je leur ai recommandé leinigralion, eu leur disant que, bien qu'ils ne dussent plus espérer de jamais se servir avantageusement de leurs yeux pour beaucoup lire ou écrire, ils pourraient cependant voir suriisammenl pour se livrer aux occupations pastorales d'un colon australien.
Il n'ari'ive que trop souvent qu'un pareil avis ne peut être suivi, le malade se trouvant dans une situation telle, qu'il lui l'aut absolument continuer ses occupations sédentaires, ou mourir de l'aim. Il est néanmoins de la plus grande importance pour lui de dimiimer son travail, car il n'y a sans cela aucun espoir de guérison. Tous les remèdes sont inutiles lorsqu'on ne peut laisser reposer les yeux.
Prophylaxie. — Quant à la propbylaxie de l'asthénopie, on peut dire d'une manière générale qu'il faut éviter soigneusement toutes les causes éloignées capables de la produire. Ceux qui ont pu jusqu'alors braver avec impunité l'une ou l'autre des causes de cette adection, doivent être particulièrement prévenus de ne point s'exposer à l'influence nuisible des autres. Ainsi, les enfants qui ont été atteints d'opbtlialmie scrofuleuse seront très disposés à devenir asthénopiques, si on leur fait suivre une profession qui exige une grande application de la vue.
Il est impossible de limiter le temps pendant lequel des yeux sains peuvent être employés avec sécurité sur de petits objets, car il existe de grandes différences dans la facilité avec laquelle ces organes supportent la fatigue. La vue peut être considérée comme fatiguée : cbaque fois qu'une personne s'aperçoit qu'elle est obligée de porter les objets plus près de ses yeux que de coutume; que les objets paraissent confus; que le globe de l'œil ou les paupières rougissent, ou que les yeux deviennent lourds , cbauds ou adectés de picotements qui s'accompagnent d'un flot de larmes. Dès qu'une personne ressent ces symptômes, elle doit abandonner son travail, soulager ses yeux eu les portant vers des objets éloignés, les baigner avec de l'eau froide el, si elle le peut, les exposer à l'air du dehors.
C'est rendre un grand service aux yeux et contribuer beaucoup a les empêcher de s'aflaiblir, que de leur donner de temps en temps quelques minutes de repos, surtout lorsqu'on se livre à des occupations fatigantes, telles que la lecture, l'écriture, le dessin, la gravure, la couture, etc. On peut mentionner, comme précautions importantes pour ménager la vue, le soin de passer d'une occupation fatigante a une autre qui exige une moindre application des yeux ; de tourner le dos à la lumière, si elle est brillante , ou de fermer les yeux pendant quelques minutes ; celle de changer la position courbée du corps pour la position droite, et de marcher de temps en temps, au lieu de rester toujours assis à la même place; d'éviter toute cause de compression autour du corps, telle que cravates trop serrées, corsets ou chaussures trop étroites, alin de permettre au sang de circuler librement el également.
ASTllKNOl'IE.
On lie doit jamais obliger les yeux à un Iravail continu. 11 importe de ne jamais l'aligner ceux des cnl'anls ; on ne doit point leur permettre de lire des livres imprimés en |)elits caractères.
Traitement. — 1. Ecarler les causes prédisposâmes. — Comme principe général, le malade doit renoncer à tout ce (|ui peut alViiiblir le système nerveux ou épuiser l'organe de la vision. S'il ne peut complètement renoncer à l'emploi de ses yeux sur de petits objets, il doit au moins accorder à ces organes des intervalles de repos nécessaires, et. s'il le peut, cboisir pour distractions celles qui ont pour ])ut la jouissance des vues étendues et de la vcrdui'c ralVaicliissanle de la campagne. Si la vie sédentaire occasionne le mal, il laut l'abandonner pour quelque profession active, renoncer à toute habitude vicieuse et s'elTorccr, partons les moyens possibles, de fortilicr sa constitution. On substituera aux obligations monotones de la vie des exercices continus à la campagne, et aux énervantes pratiques du luxe et de l'oisiveté un lit dur et l'habitude de se lever tôt.
2. Repos des yeux. — Le malade ne travaillera jamais longtemps sans permettre à ses yeux de se reposer, et il évitera autant que possible de les Gxer sur de petits objets.
« Supposons, dit M. Tyrrell, qu'un malade puisse travailler une heure, mais pas plus, sans que sa vue se trouble, on doit lui conseiller de travailler une demi-heure de suite, puis de se reposer un quart d'heure : en agissant ainsi, il peut consacrer au travail les deux tiers du temps accoutumé et marcher vers la guérison. Le temps consacré au travail doit toujours être calculé de façon à ce que le trouble de la vision n'en soit pas la conséquence , et celui réservé au repos ne sera jamais moindre qu'un quart d'heure. Si l'afTaiblissement se manifeste une demi-heure ou même moins après l'exercice des yeux, il vaut mieux que le malade renonce au travail pendant une semaine ou deux, jusqu'à ce que son aiîection se soit mitigée (1). »
Bien que l'abstension de tout travail, exigeant pendant un temps un peu considérable l'application des yeux sur de petits objets, soit dans l asthénopie une des indications les plus évidentes, et sans laquelle tout autre moyen de traitement est inutile, je crains bien cependant que l'espoir d'obtenir la guérison par le repos seul ne soit souvent trompé, à moins qu'il ne s'agisse de cas commençants et dus seulement à l'abus de la vision. Il faut aussi prendre garde de s'abuser soi-même sur l'efficacité des autres remèdes que l'on emploie pendant que les yeux restent en repos, les bons eiïets qu'ils paraissent produire n'étant souvent que l'amélioration qui survient toujours naturellement à la suite du repos. On reconnaîtra ce qui en est, la première fois que l'on appliquera les yeux à de petits objets.
(I) Praclical Work on Ihc Diseascs ofilie Ej e, vol. ôO ; Lomioii, 1810.
ANOMALIES KT AI.TKUATIONS DIVr.USKS DE LA VISU».
3. Déplétton. — Il csl rarement indiqué dans raslliénopic de diminuer l'aclion du syslènie cii-culaloiro au moyen de la saignée générale ou des sangsues; l'on ne doit y avoir reeours (|ne lorscjue le malade est robuste et que la maladie s'aeeom[)agne de signes de eongeslion locale.
4. Purgatifs. — La constipation accompagne fré(iuemmcnt l'astliénopie; elle est de nature à aggraver raiïeetion oculaire. Une série de purgatifs produit souvent une aniélioralion rcmar(|ual)le, et l'on doit l'aire usage des laxatifs administrés régulièrement et d'une manièie continue à dose modérée.
5. Altérants. — Si les purgatifs ordinaires ne remédient pas au dérangement des organes digestifs, et à la sécrétion vicieuse du foie, on devra administrer de petites doses d'une préparation mercuriclle douce.
6. Toniques. — L'idée que l'astliénopie est une débilité a fait prévaloir l'usage des toniques dans son traitement; on a recours surtout au quinquina et au fer. Le sulfate de quinine et la solution d'oxysulfate de fer sont au nombre des préparations les plus efficaces. Je les ai vues amener une grande amélioration. Le sulfale de zinc, d'après l'influence qu'il exerce sur le système nerveux, influence que quelques-uns croient être la même que celle que le fer exerce sur le sang, semble devoir rendre de grands services dans l'aslbénopie. J'ai vu riiuile de foie de morue déterminer une guérison complète. A mesure que les forces du malade s'accroissent et que l'action du système nerveux s'améliore, la vue reprend de la force. Le changement dair et de scène, par la satisfaction qu'il procure, constitue souvent le meilleur tonique.
7. Régime. — La qualité et la quantité de la nourriture du malade demandent en général à être augmentées. On lui donnera une alimentation animale fortifiante et de facile digestion. Il boira de l'eau autant qu'il le voudra, mais ne prendra d'alcool sous aucune forme, à moins qu'on ne le lui ordonne comme médicament.
8. Bains tiècles ou froids. — Je considère les bains froids, et surtout une saison passée aux bains de mer, comme un des moyens les plus efficaces. Il n'est cependant pas prudent de commencer tout d'abord par un moyen aussi énergique : il vaut mieux débuter par faire éponger le corps avec de l'eau tiède ou froide ; h la suite de quoi on se fait frictionner soigneusement avant de se plonger dans l'eau froide, soit
douce, soit salée.
9. Sédatifs. — Le seul remède interne de celte espèce que jaie essayé est la belladone. Je l'ai souvent employée sous forme de teinture. Elle diminue d'une façon remarquable la disposition des yeux à se'fatiguer, et diminue aussi la tendance aux pertes séminales. La dose est de cinq cà quinze gouttes trois fois par jour. L'aconit, qui
ASTIIÉNOPIF..
af'itsi favorabloinenldansla céplialali^ic nerveuse mérite d'êlre essayée (l^iis raslliéiiopic. On ne doil recourir à ces agents que lorsqu'il y a de la douleur cl de l'irritalion.
10. Stimnlanls. — La Iciiilurcdc noix vomique est le seul médicament de celle classe qui m ail paru utile; ou ne doil ladminislrer qu'alors qu'il n existe aucun signe de congestion.
11. lotions froides et chaudes. — On soulage momentanémenl en baignant les paupières avec de l'eau froide, de l'eau acidulée avec du vinaigre, un mélange d'une petite quantité d'étlier sullurique ou d'esprit de nitre doux avec de l'eau, ou d'autres lolions de même ualure. La soustraction de calorique qui est la conséquence de ces applications diminue beaucoup la sensation de fatigue des yeux. On peut aussi, lorsque le temps est froid, fomenter les paupières avec de l'eau chaude, du thé de camomille, une décoction de pavots, et d'autres liquides chauds. Ces moyens procurent un soulagement temporaire.
12. Douche froide. — Beer avait inventé une fontaine pour l'œil, au moyen de laquelle on faisait tomber un pelil jet d'eau froide sur les paiipières fermées; manœuvre qu'il conseillait de renouveler fréquemment dans la journée. Jûngken emploie de la même façon de l'eau chargée d'acide carbonique. Romberg a fait arriver sur l'œil avec avantage un courant de gaz acide carbonique pur.
15. Vapeurs spiritueuses et aromatiques. — On se trouve quelquefois bien d'exposer les yeux à l'action de vapeurs stimulantes, comme l'ammoniaque liquide, Véther sulfurique, ou un mélange de ces deux agents. On verse le liquide que l'on a choisi dans une petite coupe que l'on a préalablement chauffée en la plongeant dans l'eau bouillante, puis on tient celte coupe sous l'œil afin que la vapeur vienne se mettre en contact avec la conjonctive. On continue cette manœuvre jusqu'à ce que les yeux rougissent et commencent à pleurer, et on la renouvelle deux ou trois fois par jour. Wenzel s'élève contre l'usage des vapeurs ammoniacales et autres semblables; il leur préfère les fumigations aromatiques que l'on obtient en faisant tomber de la résine sur des charbons ardents.
14. Révulsion. — Dans les cas cérébraux, et dans ceux qui sont compliqués de congestion de la choroïde, on se trouve bien de l'application de vésicaloires derrière les oreilles, aux tempes et à la nuque.
15. Cautérisation de l'urèthre. — Lorsque l'asthénopie dépend d'une spermatorrhée opiniâtre, ou de la masturbation, on peut retirer des avantages de l'application du caustique lunaire sur la partie de l'urèthre où viennent s'ouvrir les conduits éjaculateurs (1). La spermatorrhée paraît entretenue par une inflammation chronique de cette portion de l'urèthre, et le caustique la guérit. Ce même remède rend
(1) Laliemawd, Op. cit., l. UI, p. 392: Phillips, Mc-dical Gozcltc, vol. XXX, p. 387; London, 18.{3.
ANOMALUÎS lîT AI/IlhlATlONS DIVEIISES l)lî LA VISION.
la masiurbalion douloiireusc, empêche par consé(|ueiil le malade de s'y livrer el rom|tl, pour ainsi dire celle hahilude.
On mesure avec un calliéler la longueur de l'ui-èllire, puis à laide du porle-causliquc de Lallemand on a))pli([ue pour un court instant le nitrate d'argent fondu sur la surface du veriimontanum, au-devant de la portion prostatique de l'urèthre, et l'on retire immédiatement l'instrument. On prescrit ensuite au malade la diète, des boissons délayantes, et des bains de siège. L'inllammation occasionnée par le caustique s'apaise au bout d'une dizaine de jours, et c'est alors que l'on constate l'amélioration. Les évacuations de sperme étant devenues plus rares, le malade reprend des forces ; et parmi d'autres signes favorables, il s'aperçoit que sa vue a repris la faculté de supporter la fatigue comme à l'état normal.
IG. Verres convexes. — Il est peu de malades aflectés depuis lonatemps d'asthénopie , même parmi les enfants, qui n'aient eu recoui s aux verres convexes. Une des meilleures preuves que le siège de la maladie doit être, en partie du moins, dans l'appareil de l'accommod:!tion, c'est que l'usage de ces verres soulage presque aussi complètement que dans la presbytie. Le seul danger, c'est que le malade débute par des verres d'un foyer trop court; de sorte que, en avançant en âge, il s'aperçoit qu'il a escompté les avantages que ces verres auraient pu lui offrir contre la presbytie croissante. J'ai souvent été consulté par des individus, âgés de 20 ans, et qui, par suite d'asthénopie, faisaient usage de verres convexes de huit ou même de six pouces de foyer.
Un enfant, affecté d'asthénopie, se plaint, en apprenant sa leçon, qu'il ne peut pas voir; il renouvelle si fréquemment ses plaintes, surtout lorsqu'il lit à la chandelle, que son père ou son grand-père finit par lui dire: « Essaie mes lunettes. » L'enfant voit alors parfaitement bien, et chaque soir il réclame les lunettes, afin de pouvoir faire ses devoirs. Il aurait beaucoup mieux valu que l'on eût choisi pour lui des lunettes spéciales d'un foyer beaucoup plus long, ou plutôt on aurait dû l'envoyer au lit, et lui faire remettre sa leçon au lendemain et au grand jour.
Lorsque nous sommes consultés à temps sur l'emploi des verres convexes, la seule chose à recommander, c'est de choisir ceux du plus long foyer possible , pourvu qu'ils permettent de voir. Ils ne constituent qu'un palliatif, mais un palliatif de la plus grande importance pour ceux à qui ils permettent de gagner leur pain. Ils ne paraissent contribuer en rien à la disparition de la maladie, pas plus qu'à son aggravation, pourvu qu'on en ait fait un choix convenable. Toutefois, un jeune homme exerçant la profession d'homme de loi, ayant, d'après l'avis d'un oculiste éminent, eu recours aux verres convexes dans celle maladie, m'a assuré qu'il s'était aperçu que sa vue faiblissait de plus
CÉCITÉ NOCTURNE
cil plus, jusqu'à ce qu'il cul mis de côté ses lunettes ; après quoi, sans avoir rien l'ail d'autre, il éprouva une amélioration considérable.
Si:CTIOiN XII.
CÉCITÉ NOCTURNE. (nIGHT-IÎLINDNESS.)
Syn. — Amaurose noflurnc. I\Ioon-bliii(lncss. Nyrlalopio de qiielqiics-iins, ol licm^i'iilopie des aulrcs; dt-nominalions qu'il vaudrai!, mioiix abaiidoiiiicr. Lu nwl mjcUdopk , iiUis spéciulemcnl, a été employé loiit ù la l'ois pour dcsigucr l'action devoir la nuil cl la cvcité nocturne. Quelquefois le niùnie auteur se serl do ce mot dans les deux sens opposés. On ne saurait dire s'il est composé de vù^ et w^/ simplement, ou de vûÇ, d'à privaiif, cl de Le même doute existe relativement au mot liéniéralopie.
Obs. 538. — Le domcslique d'un meunier étant un soir, vers le couclier du soleil, occupé à raccommoder des sacs, se senlil tout à coup privé de l'usage de ses membres el de la vue. A l'époque où il fut pris de celle élrange affection, non-seulemenl il ne ressentait aucune douleur dans la téteel les membres, mais il éprouvait au conlraire une seiisalion de bien-èlre el de plaisir; il se Irouvait, ainsi qu'il le dit lui-même, comme dans un étal d'assoupissement agréable, loul en conservant toute son intelligence. On le porta immédiatemenl dans son lit oîi on le veilla jusqu'à minuit. Vers ce moment, il invita les personnes qui étaient restées près de lui à le laisser, attendu qu'il n'était point malade et ne souffrait pas. Il resta aveugle toute la nuit el ne dormit pas une seconde. Lorsque le jour revint, sa vue se rétablit graduellement, et lorsque le soleil eut reparu, elle était aussi parfaite que jamais. Lorsqu'il quitta le Ht, ses membres avaient repris leur force et leurs mouvements accoutumés, et il était en parfaite santé. Le soir du même jour, vers le coucher du soleil, il commença à ne voir que confusément, sa vue se perdit graduellement, et il redevint aussi aveugle que la nuit précédente; toutefois, il n'éprouva plus rien du côté de ses membres. Le lendemain, sa vue reparut avec le soleil, et pendant deux mois les choses se passèrent de même tous les jours.
Les symptômes qui, à partir de la seconde nuit, précédèrent constamment la cécité, furent une légère douleur au-dessus des yeux el du bruit dans la tête. On reconnaissait qu'il était chaque nuit complètement aveugle, lorsque ces symptômes survenaient, à ce qu'il ne pouvait voir la lumière d'une chandelle, même lorsqu'on la tenait contre ses yeux, et l'on constatait le retour de la vision avec celui du soleil, à ce qu'il pouvait lire le plus petit texte et enfiler la plus fine aiguille.
Le premier jour que le docteur Pye vit ce malade, il trouva les yeux parfaitement naturels; mais quelque temps après, pendant un des paroxysmes nocturnes, il trouva les pupilles plus dilatées d'un tiers qu'à l'état normal. Au bout de deux mois de durée continue, la maladie eut des retours moins réguliers ; le malade voyait pendant une nuit, quelquefois pendant plusieurs nuits de suite, puis la cécité revenait. Le docteur Pye le mit en dernier lieu à l'usage du quinquina et pensa qu'il avait triomphé de la maladie. Il est bon de faire remarquer, toutefois, que pendant qu'il prenait le quinquina, le malade était en proie à une diarrhée spontanée, par suite de laquelle il s'affaiblit tous les jours. Dès le premier jour qu'il prit ce médicament, la vue resta intacte ; mais dix jours plus lard, il fut pris de délire et de surdité, et expira cinq jours après (I).
J'ai rapporté cette observation comme un bon exemple de cécité nocturne, maladie qui, bien que rare dans ce pays, ne Test nullement dans les climats chauds, el à laquelle les marins paraissent surtout exposés.
Symptômes. — La première attaque de la maladie éveille généralc-
(1) Médical Observations and Inquirics, vol. I, p. 111 , London, 17Gô.
75/l AMOMAMUS F.T AI.Tl'llATlONS IMVF.USKS DK LA VISION.
ment, de grandes alarmes. yVu milieu de son travail ou des joies de la famille, le malade s'apereoil loui à eoup (|ue sa vue baisse, et à mesure (juc la soirée s'avance, il devient complètement aveugle. On envoie immédialement chercher le médecin, qui souvent n'est ni moins étonné ni moins alarmé que le malade. Il trouve ordinairement les pupilles dilatées, mais sans vertiges, ni douleurs, ni aucun autre signe indiquant une aiïection grave de la tète. Jl pratique prohahlemenl une saignée, prescrit des purgalil's, et prononce un pronostic très délavorable. A la grande satisfaction de tout le monde, le malade se réveille le lendemain avec la vue parfaitement rétablie.
Mais lorsque le soir revient, les symptômes de cécité reparaissent. Les objets se montrent comme couverts d'un brouillard bleuâtre ou irrisâtre, et, dans l'espace de quelques minutes, le malade est obligé de chercher son chemin comme un homme complélement aveugle. On apporte des lumières. S'il les aperçoit, elles lui semblent briller comme à travers un brouillard, et il est rare qu'elles lui permettent de voir distinctement. La lumière artificielle, toutefois, ne i)roduit pas toujours le même effet dans cette adection. Quelquefois le malade essaie, mais sans succès, de voir à l'aide de diverses espèces de verres.
Toutes les nuits, la cécité revient et devient de plus en plus complète. Pendant un certain temps, .la vue revient à un degré assez sensible, lorsque le jour reparaît, mais, à la fin, la vision est faible le jour aussi bien que la nuit. Le malade éprouve de la photophobie et devient myope; sa vue s'aflaiblit de plus en plus, et si la maladie est négligée ou maltraitée, elle dégénère en une amaurose incurable.
Il arrive parfois, dans des cas de cécité nocturne commençante, que le malade, bien qu'incapable de distinguer les plus gros objets après le coucher du soleil, même à la lueur de la lune, récupère une assez bonne vision lorsqu'on allume les chandelles; mais, dans les cas confirmés, la lumière artificielle la plus intense ne peut affecter la sensibilité affaiblie de la rétine.
L'aspect des yeux varie dans les différents cas. Souvent ils diffèrent à peine de ce qu'ils sont à l'état naturel. Le plus souvent, néanmoins, les pupilles sont dilatées pendant l'attaque, et ne se contractent point en exposant les yeux à la lueur d'une chandelle ou de la lune. Chez d'autres, les pupilles restent dilatées même pendant le jour; chez d'autres encore, elles restent contractées, et trahissent une sensibdilé douloureuse lorsqu'on les expose à une forte lumière. S'il arrive au malade de regarder directement les rayons du soleil, surtout de celui des tropiques, ou la réflexion de ces rayons par une surface étincelante, comme celle de la mer, il éprouve de la douleur et se trouve pris d une cécité temporaire, dont il se rétablit en fermant les yeux et en se retirant à l'ombre. .
La cécité nocturne ne s'accompagne pas nécessairement de symp-
CÉCITÉ NOCTURNE
lûmes généraux. 11 csl dénionli'é par le cas que nous avons rapporté que ces symptômes existent |)arrois, et l'exainen des causes i)iédisposiintes permet de penser qu'il doit, dans certains cas, s'en montrer d'autres.
Épidémie. — La cécité noclurne se nioiUra épidéiiiiiiuo dans doux lialailloiis du ■19'= récimcnt de ligne iinission cimlonnés il Elirenhrcilsiciii cl h l'failendorf, en jiiillel cl août 4834; elle alln(|ua en loul 138 soldais. Lorsque la maladie éclala, on crul d'ahord à une siipciTlicrie ; mais un examen alleiilir cl l'exlension ulléricure de la maladie dénionirèrenl l'inexaclilude de celle opinion. Les soldais alleinls ne |)()uvaienl plus rclrouver leurs fusils lorsqu'une fois ils les avaienl laissés un inslanl hors de leurs mains la nuil; cl ils éprouvaienl lanl de dillicullé ù disliuguer dans les lénèbres même les ohjels les plus rapprochés, que ceux que l'on posail en seiUinelle n'osaienl se promener dans la crainlc de ne pouvoir rclrouver leurguérile. Lorsqu'on les faisail marcher ou cxéculer la nuil quelque évolulion niililairc, ils hrouchaienl à chaque inslanl el se heurlaienl l'un conlrc l'autre. Chez aucun d'eux la sanlé générale ni la vision neparaissaienl auparavant altérées. L;i seule chose donl ils se plaiguissenl élail l'ohscurcissemenl de leur vue dès l'apparition du crépuscule, obscurcissemenl qui s'accroissait à mesure que la nuil avançail. Les malades comparaient ce qu'ils éprouvaienl à la sensation d'une mince pellicule étendue sur leurs veux.
Hiibner fil une enquête sur celle épidémie, el l'allribua aux causes suivantes : — 1. .\ la chaleur excessive de l'élé. 2. A la fatigue que faisail éprouver aux soldais l'ascension fréquente des liauleurs d'Ehrenbreilslein el de Pfaffendorrf; fatigue ressentie d'autant plus vivement que tous ees soldats étaient nés dans le grand-duché de Posen, pays loul à fait plat. 3. A la fréquence des exercices el des parades, qui avaienl lieu sur un sol non abrité el recouvert d'un sable élincelanl, cl où ils étaient de plus exposés à l'action des rayons solaires rélléchis par le Rhin. 4. A l'obscurité extrême des chambres qu'ils habilaienl el qui rendait leurs yeux plus sensibles à l'action de la lumière lorsqu'ils en sortaient. La seconde et la quatrième causes étaient probablement celles qui avaienl le plus agi; car deux autres compagnies de ces mômes bataillons, cantonnées dans la vallée voisine d'Ehrenbreilslein, écliappèrenl entièrement à la maladie. Leurs baraques élaienl spacieuses el bien éclairées, comparativement aux appartements petits el sombres situés dans les fortifications qu'occupaient les compagnies affectées.
Le Iraitemenl fui Irès simple: il consista à envoyer les malades à un hôpital éloigné, dans lequel ils furent soustraits à l'aclion des causes excitantes, el dans l'applicalioii de calmants généraux el locaux, destinés à diminuer la congestion: ils consislèrenl dans les lotions froides fréquemment renouvelées, un régime ténu el le repos. Il n'y eut point de récidives; ce que l'on attribua à la diminution, pendant le mois de septembre, de l'intensité des causes excitantes (1).
Fleury et Fréchier onl décrit une épidémie de cécité nocturne qui se montra dans le district de Maussane. Les femmes enceintes furent surtout affectées; néanmoins la maladie n'éjiargna aucun sexe ni aucun âge. Le degré de la cécité varia beaucoup suivant les individus. Elle ne consistait chez quelques-uns qu'en un affaiblissement de la vue après le coucher du soleil; chez d'autres, la cécité était presque complète lorsque la nuil venait, bien que leur vue fût parfaitement bonne pendant le jour. Dans un petit nombre de cas, les yeux restaient faibles même pendant le jour (2).
(1) Kxtraii du Medicinische Zeilung, dans Dublin Journal of Médical and Chemical Science, vol. Vin, p. 123.
(2) Extrait du nullclin de thérapeutique, dans Johnson's Mcdico-Cliirurgical Review , July, 1842, p. 193. [Le Journal de niédocine niililairc de Lisbonne (0 Esclioliasic niedico), du 31 septembre 18ofi, coniient un rapport sur une épidémie d'iiéméralopie qui a régné dans la {garnison de Lisbonne pondant celle même année. N'ayant rien découvert dans les condilious lopoi^raphiques ou hy|,'iéui(|ues où se Iroiivaient les soldais, qui piil élre considéré comme élan! la cause plausii)le de son nppariliou, les aulctirs du rapport sont leiilés de l'atiribuer il l'élal d'hiimidilé almospliériquc qui a régné pcudniil l'élé, à l'irrégularilé el aux lirusipu's variations de tcmpéralurc remarquées laut le jour que la nuil pendant le priulemps, à la longueur et i\ la rigueur insolites de l'hiver, ciilin ù une constitution médicale inconnue dans son essence.
ANOMALIIÎS ET AI.Tl'UATIONS DIVERSES DE LA VISION.
Pronostic. — On a trouvé que la durée de la maladie abandonnée à elle-même variait d'une nuit à neuf mois. La durée la plus générale parait en être de deux, à trois mois. Elle se montre parfois sous forme ('hroni(|uc et dure alors pendant des années, ou toute la vie.
M. liamplield (1) dit que, sur plus de cent cas de cécité nocturne . idiopathique et deux cents cas symptomaliques qu'il a rencontrés dans sa pratique, dans did'érentes pai'ties du globe, mais surtout aux Indes orientales, tous se sont rétablis. D'où il conclut que, lors({ue le traitement est convenable, le pronostic est toujours favorable.
Les Européens qui ont été attaqués de cécité nocturne aux Indes orientales ou occidentales, sont constamment exposés au retour de la . maladie, aussi longtemps qu'ils habitent un climat tropical. Ceux qui ont déjà eu cette maladie à une époque antérieure, sont sujets à être attaqués d'obscurcissement de la vue plusieurs nuits de suite pendant de courts intervalles, ou simplement de cécité nocturne momentanée.
Cause 'prochaine. — Cette amaurose périodique dépend probablement de quelque état particulier de la rétine, rendant l'œil insensible, si ce n'est à une lumière d'une certaine intensité; mais il nous est impossible de fonder la moindre hypothèse rationnelle sur la nature de cet étal particulier. En disséquant l'œil d'un sourd-muet, atteint d'une cécité nocturne congéniale, j'ai vu sur la rétine de nombreuses taches noires, ressemblant à la mélanose de la rétine décrite par Langenbeck (2) et figurée par Von Ammon(5). Dans certains cas, il y a heu de soupçonner que la cause prochaine n'affecte pas l'œil, mais le cerveau.
Causes prédisposantes. — 1 . La cécité nocturne incomplète est assez souvent congéniale. (F. p. 538.) ^
2. Scarpa pense que cette maladie est fréquemment unie à quelque dérangement de l'estomac. Lorsqu'il en est ainsi, la langue est sale, l'haleine fétide et l'appétit faible.
5. On a mentionné comme cause probable la suppression de la transpiration, due à l'air froid de la nuit.
4. Même dans notre pays, on a vu l'exposition à une lumière trop vive amener la cécité nocturne. Celle cause influe souvent sur sa pro-
Depuis le 22 avril jusqu'au 20 octobre, le nombre des héméralopiques admis à l'iiôpilal a élé de 18. La durée de la maladie a varié de 15 jours à un mois. Elle a été Irès-bénigne de sa nature. Le rapport étant destiné à l'autorité mililaife ne parle pas du traitement. Comme moyens prophylactiques du ressort de l'administration, on y recommande d augîmentcr dans la ration alimentaire la proportion de nourriture animale, de faire prendre de fréquents bains de mer, et de réi^ler le service, pour autant que possible, de manière à soustraire les soldats aux influences des émanations humides, surtout la nuit, cl particulièrement sur les bords du Tage, enfin, de donner aux héméralopiques sortant des hôpitaux nue exemption de service de 20 jours
au moins. T. W.]
(1) Medico-Chirurcîical Transactions, vol. V, p. 47 ; London, mi.
(2) Deretinaobservationesaualomieo-palhologica;, p. lo8;Gollingîç,18.)r).
(5) Darslellungen der Krankhciten des mcnschlichen Auges, lluil I, laf lig. J-IU;
llcrlin, 1858.
CÉCITÉ NOCTURNE
ductiou dans les climats chauds. La Caliguc et le manque de sommeil paraissent agir comme causes chez les paysans russes, dans la saison où leurs yeux sont exposés avec une courte inlermission à l'action constante de la lumière, le soleil à la lin de juin. et pendant le mois de juillet (époque de la récolte du loin) ne s'ahaissant (jue très peu audessous de riiorizon, et encore pour un court espace de temps. On a ])rincipalement signalé comme causes, l'insolation, et surtout l'action de dormir la face ou la tète exi)osée aux rayons du soleil, ou à une très forte lumière. De Scrvières (1) rapporte un cas dans lequel le malade, après avoir regardé fixement le soleil levant, fut pris d'une attaque de cécité nocturne qui dura un mois et disparut ensuite graduellement sans l'emploi d'aucun remède.
5. Le séjour à hord d'un vaisseau paraît suffire pour amener la maladie (2). Presque tous les cas que j'ai vus se rapportaient à de jeunes matelots qui revenaient de voyages aux climats tropicaux. On accuse l'hahilude de dormir sur le pont.
6. Quelques auteurs ont considéré la cécité nocturne comme un symptôme du scorhut ou comme le précurseur de l'apparition de cette maladie. Il se peut que la nourriture du bord favorise l'apparition de l'une, comme elle détermine certainement la production de l'autre.
7. C'est une opinion populaire aux Indes orientales, que l'habitude de manger du riz chaud amène la cécité nocturne.
8. 31. Crâne (o) a rapporté des cas qui tendent à prouver que cette maladie peut être occasionnée par l'onanisme, la spermatorrhée et les excès vénériens.
Traitement. — 1 . S'il existe des symptômes de dérangement des fonctions digestives, un émétique est certainement indiqué; ensuite on videra les intestins à l'aide de lavements laxatifs ou de l'usage des purgatifs.
2. On dit que les paysans russes guérissent cette maladie en une semaine, ou quatorze jours au plus, en faisant prendre une décoction ou une infusion de centaurea cyamis, sans sucre. Les autres infusions araères conviendraient probablement tout aussi bien.
5. M. Bampficld a fortement recommandé l'application successive de vésicaloires à la tempe, assez près du canthus externe. 11 dit que, sous l'influence de ce moyen, la rétine parait récupérer graduellement sa sensibilité de la même façon qu'elle l'a perdue ; que d'ordinaire le premier vésicatoire permet au malade de voir confusémentà lalueur de la chandelle et d'apercevoir les objets sans pouvoir les distinguer; que, dans quelques cas légers, ce premier vésicatoire suffit pour amener la guérison; que le second met le malade dans la' possibilité de voir dis-
(1) RosiKR. Obsorviilinns sur la pliysiqiio, t. IX, p. 579 ; l'nris. 1777.
(2) Voyez une oliservalinri de llobcnleii, duiis ses Coiiiiiieiiliirii do inorboruni liisloria, cap. (il!, (ô) Dul)liii Journal ol' .Médical Seieiiee, Novenibi r, 1810, p. IG9.
ANOMALll'S liT ALTl;: HATIONS UlVEUSl'S UH LA VISIOM.
linclcmciit à la chandelle, quel(|uel'ois aussi ù un brillant clair de lune, ou niènie une dcnii-lieure après le coucher du soleil ; (juelquelois même la maladie ne se montre (ju'à de courts intervalles pendant la nuit; souvent ce second vésicatoire suiïlt pour amener une cure complète. Lorsqu'il n'en est pas ainsi, on doit en appliquer un troisième, un quatrième ou un cinquième, et si la maladie persiste à un degré assez sensible, on doit établir sur chaque tempe un vésicatoire que l'on entretient jusqu'à la guérison complète : celle-ci survient en général au bout d'une quinzaine de jours.
4. Si la cécité nocturne est accompagnée de symptômes du scorbut, on suspendra l'usage des vésicatoires, jusqu'à ce que l'on ait triomphé de la disposition scorbutique, par un régime alimentaire et une médication convenables, non-seulement parce que l'on aurait à craindre la formation d'ulcères scorbutiques aux tempes, mais aussi parce que la cécité nocturne disparaît souvent à mesure que se guérit le scorbut. M. Bampfîeld, toutefois, estime que, chez les scorbutiques, le tiers environ des cas de cécité nocturne résistent au régime et aux médicaments anti-scorbutiques, et demandent finalement à être traités comme les cas idiopathiques.
5. On doit porter pendant le traitement, et un certain temps après la guérison, une visière au-dessus des yeux, pour les défendre de l'irritation douloureuse qu'occasionnent les objets brillants. On a quelquefois obtenu la guérison en laissant les yeux dans un repos complet pendant deux ou trois jours, et en restant pendant tout ce temps dans un appartement obscur (1).
6. On baigne les yeux à l'eau froide, deux ou trois fois par jour.
7. S'il n'existe aucun symptôme qui porte à soupçonner que la maladie s'accompagne d'une disposition aux congestions sanguines vers la tête, et que les autres remèdes aient échoué, on peut essayer le quinquina comme anti-périodique. Labébeérine m'a réussi en pareil cas.
8. On a quelquefois employé avec succès l'électricité comme stmiulant topique. Il en est de même des vapeurs ammoniacales, auxquelles on expose l'œil toutes les trois ou quatre heures.
9. Dans les cas apoplectiques, les saignées générales et locales prendront naturellement le pas sur tous les autres moyens.
10. M. Kidd recommande fortement (2) l'usage de la térébenthine à l'intérieur, comme M. Carmichael la donne dans ririlis. (F. p. 2o.)
H Dans les cas opiniâtres qu'on rencontre à bord des vaisseaux ou dans les climats chauds, on doit prescrire un séjour à terre ou le retour en Europe. Ce sont là aussi les seuls moyens de prévenir les récidives chez ceux qui ont eu de fréquentes attaques de cecite nocturne.
(1) Voyez, des cas par WHAnror.. Amerrc. Journ. of Mcd. Science. Mai 18'.0, p. 95.
(2) Oublia Médical l'rcss. Mai 10, 1843, p. 292.
CÉCITÉ DIUUNE.
SECTION XIII
CÉCITÉ DllIUNE (DAY-ni.INDNESS).
5y„. Aluaul'OSC diurne. Voyez lu synonymie au cuiuuicnceuienl de lu derni6rc section.
Bien que tous les ailleurs cle trailés syslémaliqucs sur les maladies de rœil aieni, éiuimcré la cécité diurne, on a ccpcndanL à son sujet rapporté peu de chose qui soit le résultat de l'observation directe. La pholophobie de l'oplithalinie scroluleuse, celle des albinos, ou la cécité dos captifs de Denis, qui, après avoir été longtemps renfermés dans d'obscurs cachots, furent brusquement amenés à la lueur du jour (1), ne doivent pas être confondues avec une amaurosc périodique, qui est la contre-partie de celle que nous venons de décrire. La cécité diurne est mentionnée comme un symptôme tout à la fois de la mydriase et du myosis. Dans la première de ces affections, la pupille laisse passer trop de lumière pour permetln^ au malade de voir avant le coucher du soleil. Dans la seconde, on suppose que la contraction de la pupille se relâche pendant l'obscurité de la nuit, et que la vision se trouve ainsi améliorée. C'est de la même façon que les malades affectés de cataracte commençante ne voient que peu pendant la grande clarté du jour, tandis que leur Vue s'améliore par la dilatation de la pupille qui survient dans la soirée.
Parmi le petit nombre d'observations originales qui tendent à établir qu'il existe une maladie consistant en une amaurose périodique, dont l'attaque a lieu le jour et disparaît le soir, on peut citer la suivante de Ramazzini :
« .J'ai plusieurs fois observé, dit-il, parmi nos paysans, et surloufr chez les enfants, une chose assez étrange. En mars, vers l'équinoxe, des enfants d'environ dix ans se trouvaient affectés d'une grande faiblesse de la vue, au point que, pendant tout le jour, ils ne voyaientque peu ou pas du tout et erraient dans les champs comme des aveugles; mais, lorsque la nuit survenait, ils y voyaient distinctement. Cette affection cessait sans l'emploi d'aucun remède, et vers le milieu d'avril la vue des malades se trouvait complètement rétablie. J'ai fréquemment observé les yeux de ces garçons, et j'ai trouvé leurs pupilles fort dilatées (2). »
Un gentleman rapporta au docteur Gulhrie qu'il avait été témoin de l'exemple suivant de cécité diurne : Pendant qu'il était en garnison à Landau en Alsace, dans l'été de 1772, deux cents hommes du régiment de Picardie furent pris d'une espèce de cécité qui se manifestait vers
(I) r>,\i.Ernis, (le iisii i);irliiiin, Mil. X, ciip. Ilf.
(i) De morbis iirlilicum, cup. .WXVIll, Oihtu, p. 565 , Londini, 1718.
ANOMALII'S KT ALTKUATIONS DIVKUSKS DIC LA VISION.
le milieu du jour peiulanl la splcndcui' du soleil. Tant que cel aslrc n'élail pas eouché, ils ne pouvaieul voii- leur eheniin, el si, pciidaiii un jour eouverl, ils allaienl se promener dans les champs, cl (jue les nuages venaul à se dissiper, déeouvraienl le soleil, leurs canuirades élaient obligés de les conduire jusqu'à ce qu'un nuage vinl le couvrir de nouveau el leur permeUre de conlinucr leur marche (1).
Ces exemples ressemhlenl à une céeilé diurne endémi(iue ou épidémique; mais ils sonl cvidemmeul Irop vagues pour qu'on puisse en lirer des conclusions générales,
Larrcy rapporle un cas de cécilé diurne sporadiquc, survenue chez un vieillard, esclave sur les galères à Bresl, cl qui avail été enfermé pendanl trenle-lrois ans dans un donjon soulerrain. Son long séjour dans l'obscurilé avail produil un lel efl'el sur les organes de la vision, qu'il ne pouvait voir qu'à l'ombre de la nuil, el qu'il élait complélemenl aveugle pendanl le jour (2).-
Isbell rapporle un aulre cas qui paraissait en rapport avec une certaine cachexie vénérienne, et qui guérit par des frictions mercurielles (3).
Obs. 559. — Chez un tisseur à la main, âgé de 58 ans, habitant à Auchlermuchty, Fifeshire, admis au Edmburgh Eye /n/irmftry dans le service de MM.Hamiilon elBeli, et dont l'œil droit avail élé déiruit pendant son enfance par la variole, la vision de l'œil gauche avait toujours élé bonne, jusque vers le 21 février 4850, époque a laquelle, sans douleur et sans malaise aucun, la vision l'abandonna brusquemenl. Mais, bien que complètement aveugle pendant le jour, il voyait presque aussi bien qu'auparavant a la lueur delà luneoudeséloiles. Il ne pouvait marcher de jour sans broncher; aussi avait-il besoin d'un guide; mais la nuil il pouvait aller seul. Pendant le jour, il ne voyait pas a trois pieds de dislance; la nuit il apercevait une maison située à deux cents yards. La nuit, en rerardanl le ciel, il distinguait parfaitement les étoiles, la lune, el les nuages passant sur celle-ci; le jour, il ne voyait rien: un ciel nuageux ou serein élait pour lui également
of lui prescrivit un vésicatoire à maintenir ouvert derrière l'oreille, l'application de deux sangsues deux fois par semaine à la paupière inférieure, et une blm pdl avec de la rhubarbe à prendre de deux soirs l'un. Dans l'espace de huit à neuf semaines, ces moyens furent suivis d'une amélioration lente, mais persistante; sa sanle ayant toutefois paru s'altérer, on discontinua les remèdes, et on y substitua une diète lactée e des infusions amères Sous l'inQuence de ce traitement, la vision s'améliora graduellement; mais, chaque fois qu'il essayait de se servir de son œil, il se trouvait fort tourmente par la preence d'un oljet qui voltigeait devant lui. Cel objet olîrit d'abord diverses couleurs ma^ devint ensuite complélemenl noir. Un séjour de plusieurs semaines au bord de la mer, ou il prit régulièrement des bains, améliora beaucoup sa santé générale et la vision de on œil - les spectres oculaires ou mouches disparurent graduellement pendant l ele et I automne En octobre, il se trouva en état de reprendre ses occupations et de rester a son métier sans inlerruplion, sa vue se trouvant aussi parfaite et aussi forte quel le eut jamais été La faculté qu'il avait de voir la nuil, pendant toute la durée de sa maladie, ne se trouva point diminuée lorsqu'il eut récupéré la faculté de voir pendant le jour (4).
(1) Dnncan's Médical Commenlarics, vol. XIX, p. 290 ; Edinburgli, 1793.
f21 Mémoires de chirurgie mililaire, l I, p. 6 ; Pans, 1812.
3 Ernburgh Médical and Surgieal Journal, vol. IX p. 209; M.nburs^m.
(4) Monlhly Journal of Médical Science, vol. XII, p. 59o ; Ldmburgh, 18.1.
IIÉMIOPIE.
HÉMIOI'IE.
Syn. — Hémiopic, iicVi\n<s^<i,demi, cioiiî, visiun. Visus (iiinidialus.
DisposUion des nerfs optiques. — On admet généralement qu'il s'opère une décnssalion partielle des libres primitives des deux neris optiques dans le chiasma; (jue cette déeussation en alTecle principalement les libres centrales et profondes, et qu'enllii les libres latérales et superlicielles ne s'entrecroisent pas. Celles-ci, conséquemment, proviennent, dans chaque nerf, du côté correspondant du cerveau, tandis que les profondes viennent du côté opposé de cet organe. C'est ù M. Mayo que nous devons cette liypothôse.
Chaque iractus oplicus est supposé composé de trois bandes de libres ou tubes nerveux, — une externe, une moyenne et une interne. Chaque nerf optique se compose aussi de trois séries de tubes nerveux, une externe, une moyenne et une interne. La série interne de chaque nerf sert à la commissure. La bandelette interne de l'un des Iraclus optiques se recourbe pour s'unir à son congénère, constituant le bord postérieur du chiasma {commissura arciiata posterior, Hannover), et réunissant l'origine des deux nerfs. La bandelette interne de l'un des nerfs optiques se fond aussi de la même manière avec celle de son congénère, formant le bord antérieur du chiasma {commissiira arcuala anterior) et unil les deux rétines. Des deux bandes qui restent, la moyenne croise sa congénère {commissiira crnciala),el, formant la bandelette moyenne du nerf optique du côté opposé, peut être présumée se distribuer surtout à celte portion de la moitié interne de la rétine, quatre neuvièmes environ de son étendue totale, qui prend naissance du côté nasal du nerf optique. La bande externe de chaque Iractus optique (fasciculus dexler et sinisler) devient la bande externe du nerf optique du côté correspondant, et l'on suppose qu'elle se distribue au côté temporal de la réline, qui comprend son sommet ou l'axe optique, et constitue plus des cinq neuvièmes de l'étendue totale de celte mem.brane.
Les deux yeux, quelque position qu'ils prennent, convergent chez l'homme vers un axe visuel commun. Les surfaces rétiniennes peuvent être divisées en deux classes, celles qui sont susceptibles d'être dirigées vers un axe visuel commun et celles qui ne le sont pas. C'est à la première de ces deux classes qu'appartient la portion de la rétine humaine qui est située au côté temporal de la terminaison du nerf optique dans le globe de l'œil. Le reste de la rétine humaipe appartient à la seconde classe. Il en est de même de !a totalité de celte membrane chez les animaux dans lesquels les nerfs optiques éprouvent une déeussation complète, la totalité du nerf optique droit se portant à l'œil gauche, et vice-versa, comme dans la morue. La portion de'surface rétinienne susceptible d'être dirigée vers un axe visuel commun est fournie par le nerf optique du même côté; celle qui n'est point susceptible d'être ainsi dirigée est fournie par le nerf du côté opposé. La première disposition se rencontrerait dans les cinq neuvièmes externes de la rétine humaine: et la seconde dans ses quatre neuvièmes internes, ainsi que dans la totalité de la rétine des animaux chez lesquels la déeussation est complète (morue).
Chez les poissons osseux, chaque nerf optique ne sert qu'à la vision d'un seul côté; le droit sert pour le côté gauche, et le gauche pour le côté droit. De même cliez l'homme, par analogie, le nerf optique droit ne devrait servir qu'à faire voir du côté gauche. Pour pouvoir déterminer s'il en est ainsi, il importe de considérer de quelle façon les surfaces rétiniennes sont dirigées dans les deux yeux. La position qu'il convient de faire prendre aux yeux pour cet examen, est celle qu'ils prennent lorsqu'on regarde un petit objet placé immédiatement au-devant de la face, au niveau des yeux, et au point le plus rapproché auquel puisse s'exercer la vision distincte. Dans cette position, la presque totalité de la portion de la rétine droite située au côté externe du point d'entrée du nerf optique est dirigée vers la gauche; la portion opposée, complémentaire ou interne de la rétine gauche, est également dirigée vers la gauche. Donc, d'après l'analogie, le trnclus optique droit doit fournir des filaments aux portions que nous venons de désigner des rétines droite et gauche; et cela paraît anatomiquenient démontré si l'on considère que la partie externe
7/l-2 ANOMALIKS ET ALTÉRATIONS DIVERSES DE LA VISION.
(lu nerf optique droit cl lii |)iirtie interne du gauche sont toutes deux formées par des liiauicnls qui provicmuiiit du Iractus o|)li(iuc droit. Si l'on dcnionlrait que la relation anatoniique, niiiducsi probalilc entre les poi lions des nerfs opliiiiies et les surfaces rétiniennes, est bien réelle, l'exi)ression simple des faits serait (pie, die/ les animaux vertébrés, le nerf optique droit sert à l'aire voir à gauche, et le gauche à droite, ou ciiez ceux qui jouissent de la vision simple avec les deux yeux, le nerf optique droit sert à la vision des , objets silués à la gauche de l'axe visuel commun, et le gauche à la vision de ce qui est situé ù droite de cet axe (i).
On donne le nom (riiémiopie à une cécilé parlielle dans laquelle la moitié du ehamp de la vision est devenue obseure. Ordinairement c'est la moitié droite ou la moitiégaucliede tous lesobjets qui parait ob.scure, soit qu'on les regarde avec un seul œil ou avec les deux yeux. D'autres fois, un seul œil est an'eclc. Il est nécessaire aussi de faire observer que la moitié supérieure ou la moitié inférieure du cbamp delà vision peut être obscurcie, ou que le malade peut voir passablement bien eu regardant directement en avant et selon un certain angle, mais qu'il n'aperçoit rien de l'un ou de l'autre côté. Ces variétés d'bémiopie sont moins communes que celles dans lesquelles la moitié droite ou la moitié gauche de chaque rétine se montre insensible à la lumière, mais elles ne sont pas moins dignes d'attention .
11 paraîtrait, d'après l'histoire des cas d'bémiopie que l'on a publiés, que c'est une affection soudaine dans ses attaques, et pouvant reparaître à des intervalles considérables.
Le docteur Wollaston, peu d'années avant sa mort, attira vivement l'attention sur celte maladie, dans son travail intitulé : On Semi- Decussation of the Oplic Ncrvcs , publié dans les Philosopliical Transactions. Il avait été attaqué deux fois d'bémiopie et avait eu l'occasion d'observer cette afléclion chez d'autres personnes.
« 11 y a maintenant plus de vingt ans, dit-il, que j'ai été, pour la première fois, attaqué de l'état particulier de la vision auquel je fais allusion, et cela à la suite d'un exercice violent auquel je m'étais livré deux ou trois heures auparavant. Je reconnus tout a coup que ie n'anercevais que la moitié de la ligure d'un homme que je rencontrai, et qu il en était de môme pour tous les objets. En essayant de lire le nom de Johnson écrit au-dessus d'une porte, je ne voyais que son, le commencement du nom se trouvant comple lemenl effacé Dans ce cas, c'était la moitié gauche de ma vue qui était perdue, et le résultat était le même, que je regardasse avec un œil ou avec l'autre. La cécilé n'était point assez complète pou a 1er jusqu'à une obscurité absolue ; c'était une ombre foncée sans con our déS La m ladie fut de courte durée et, au bout d'un quart d'heure, on put dire qu elle avait complètement cesse; elle disparut progressivement par un mouvemen graduel se Torta' "du centre de la vision obliquement en Haut et vers la gauche. Celte altération de K sion étant due à un excès de fatigue, cause commune à plusieurs affec lions nerveuse., e Te S aucune raison pour en appréhender le retour; elle se dissipa sans l'emploi d.u.cun remède et sans que j'en pusse tirer aucune explication ultérieure, m aucune donnée
"^'f II V a quinze mois qu'une affection semblable m'est revenue, sans que je fusse capable d'v a i^ner aîcune eau e, ou de la rattacher à aucune indisposition antécédente ou su , equenîe.l encore celle cécilé en regardant la figure d'une personne que je ren-
(1) Médical Gazelle ; vol. XXIX, pp. 229 , 277; London, ISil.