II KM 10 PI F
ronlrai, et cloiil l'œil gauche était complLHeineiit dérobé à ma vue. Cette fois, ma cécité fiait l'inverse de la proeoduiite : elle était à ma droilc (au lieu d'être à ma yauclie) par rapjiort au point vers lequel je dirigeais mes yeux ; de sorte que je n'ai aucune raison du supl)oser ([u'elle eût le moindre rajiport avec ma première atlaiiue.
« Le nouveau imiicliiin cœciDH se trouvait également situé dans chacun des deux yeux, et à un angle d'environ trois degrés du centre; car, lors(|ue je regardais un objet situé à lu distance de cinq verges, le point que je ne voyais |)as était à environ dix pouces de dislance du point que j'étais en train de regarder. Celte fois, l'aU'ection, après s'être iiiainlenue presque sans changement i)eiidant près de vingt minutes, disparut brusquenient et entièiement juir l'excitation produite par d'agréables nouvelles m'apprenanl riieureux retour d'un ami engagé dans une entrejjrise très hasardeuse (Ij. »
Eu iTllocliissant à ces allaqucs d'hémiopic, le tlocleur AVollaslon fut amené à adoplcr Thypollièse suivanle rclalivemeiil à rarraiigeinenl des iierl's oi)litiues, hypothèse qui, en réaHlé, est celle de Sir Isaac ^■ewton (2) :
« Puisque les points correspondants des deux yeux, dit-il, sympathisent dans l'état de maladie, celle sympathie dépend évidemment de leur structure, et non exclusivement de l'habitude de sentir ensemble, comme on pourrait le supposer, si l'on n'avait égard qu'à la réception des impressions ordinaires seules. Deux points correspondants quelconques doivent être fournis par deux filaments provenant du même nerf, et le siège d'une maladie dans laquelle des parties similaires des deux yeux sont afl'eclées, doit être considéré comme situé ii une dislance des yeux dans quelque point du trajet des nerfs dans lequel ses filaments sont encore unis, et probablement dans l'une ou l'autre des couches des nerfs optiques {thalamus nervorum opticonim). 11 est évident que le cordon qui finit par se rendre aux yeux sous le nom de nerf optique, doit être considéré comme formé de deux portions, l'une provenant de la couche optique droite, et l'autre de la couche optique gauche (3).
D'après celle hypothèse, la décussalion ne s'opère qu'entre les moitiés adjacentes des deux nerfs. La portion du nerf qui se rend du thalamus droit au côté droit de l'œil droit, se porte à sa deslinalion sans éprouver d'entre-croisement; de même le thalamus gauche fournit une portion de ses fibres au côté gauche de l'œil gauche, tandis que les deux moitiés restantes des nerfs, en se rendant chacune à l'œil du côté opposé, doivent subir son eiilre-croisement avec ou sans mélange de leurs fibres.
« Maintenant, si nous apprécions bien les faits que l'anatomie comparée a découverts chez les poissons, nous verrons que cette particularité i:iue chez eux chaque nerf se rend en entier à l'œil du côté opposé, est en conformité parfaite avec notre manière de considérer l'arrangement des nerfs optiques chez l'homme. La position relative des yeux chez l eslurgeon est telle, l'un par rapport à l'autre, que leurs parties postérieures se correspondent exactement de chaque côté de la tête, de sorte qu'ils ne peuvent guère apercevoir ensemble le même objet : ils ne peuvent avoir de points recevant généralement les mêmes impressions, comme chez nous; il n'existe chez eux aucuns points correspondants de vision demandant h être animés par des fibres provenant du même nerf. L'œil qui voit à gauche a sa réline située seulement du côté droit, et celle-ci est fournie par un nerf optique qui provient complètement du thalamus droit; tandis que le thalamus gauche envoie entièrement ses fibres au côté gauche de l'œil droit pour la perception des objets situés à droite. On peut croire que, chez cet animal, une lésion du thalamus gauche occasionnerait la cécité complète de l'œil droit seul et détruirait la perception des objets placés de ce côté. Chez nous, une semblable lésion occasionnerait l'impossibilité de voir tous les
(1) Philosopliical Transactions, for 1824 ; Pari. I, p. 224.
(2) Qiicry 15 lli., à lu lin des Oplicks.
(.ï) Bien que le Irneiiis opiiciis devienne d'abord apparent ù la parlie infcrii nrc de la conelie opli([iic correspondante, on a reconnu, de nos jours, que l'origine des nerfs opti(|ues n'est ])oint dans les parties ap|)elées thalami nervorum uplicunm, connue le pensait le docteur NVollaslon, mais dans les rorpora quudrigemina, parties analogues aux lobes optiques des oiseaux, des reptiles et des poissons.
ANOMALIES ET ALTÉRATIONS DIVF.nSF.S DR U VISION.
objets Situés ù noire droite, ce qui serait Aù ù l'inseiisil)ilil6 de la moitié gauclie de la rétine des deux yeux. »
Après avoir ainsi exposé son hypothèse, le docteur Wollaslon continue en rapportant {observation additionnelle suivante d'hémiopie :
Une maladie, dit-il, qui :1 ma connaissance est survenue étiez un de mes amis, semble confirmer pleinement ce raisonnement, tout autant que l'on puisse faire fond sur un seul exemple. Après qu'il cul éprouvé pendant quelques jours une violeiilc céphalalgie vers la tempe gauche et la partie postérieure de l'œil gauche, sa vision s'affaiblit considérablement et il survint d'autres symptômes annonçant une légère compression du cerveau.
« Ce ne fut qu'après trois ou quatre semaines que je le vis, et je trouvai que, outre d'autres symptômes inutiles à énumérer, il avait un dérangement de la vue semblable à celui que j'avais éprouvé, mais plus étendu et malheureusement beaucoup plus persistant. La cécité, dans ce cas, existait et existe encore pour tous les objets situés à droite du centre de la vision. Heureusement, le champ visuel qui lui reste sulFil pour lui permettre d'écrire parfaitement bien. Il voil ce qu'il écrit el la plume dont il se sert, mais non la main qui la fait mouvoir. Celle affection, autant qu'on peut l'observer, est la même dans les deux yeux el consiste dans l'insensibilité de la portion gauche de la rétine de chaque œil. 11 semble très probable "que quelque épanchement s'est formé à l'époque où la douleur s'est d'abord fait sentir de ce côlé de la lèle el que la couche optique gauche est resiée comprimée d'une façon permanente. Celle cécité partielle a maintenant persisté si longtemps sans amélioration sensible, qu'il est douteux que mon ami puisse récupérer la faculté d'apercevoir les objets situés à sa droite. »
Vers la fin de son mémoire, le docteur Wollaslon ajoute l'observation suivante d un autre cas de cette maladie :
« Un de mes amis, dit-il, y est sujet depuis seize ou dix-sept ans, cbaque fois qu'il a l'estomac un peu dérangé. La cécité a toujours existé chez lui à droite de son centre visuel el par suite d'un examen inallentif, avait été prise pour une insensibilité temporaire de l'œ'il droit; mais il est maintenant convaincu que les choses ne se passent pas amsi et que les deux yeux sont également affectés d'une demi-cécilé. Ce symptôme, qui annonce chez lui une mauvaise digestion, dure environ un quarl d'heure ou vingt minutes, puis disparaît sans laisser aucun trouble de la vision. »
Le docteur Wollaston mourut quatre ans environ après la publication du mémoire auquel nous venons de faille ces emprunts. Je ne sais s'il eut une troisième attaque d'hémiopie ; mais, dans la notice que l'on a publiée sur les altérations trouvées à son autopsie, nous trouvons que la couche optique droite était beaucoup plus volumineuse qu'a l'ordinaire, et qu'en l'incisant on n'y trouva que peu ou pas de traces de la substance qui la constitue normalement, à l'exception duiie couche de substance médullaire située sur sa partie supérieure. Elle avait été convertie en une tumeur du volume d'un œuf de poule de moyenne grosseur, était de couleur grisâtre vers sa circonlérence, plus dure que le cerveau, d'une consistance un peu caséeuse, et a son centre d'une couleur brune, molle, et dans un état de demi-dissolution. Celle altération de structure n'était point bornée à la couche optique, mais s'étendait à la portion avoisinante du corps strié. Le neri optique droit dans le point où il passe le long du côté externe de la cou-
IllvMIOPIE.
clic opliiiuc, clail brun, plus claie cl plus mou qu'à l'ordinairc (1).
Lclccicui' rcmai-qucra facilement quc,cnli'c cet clal du cei-veau el les symptômes antérieurs d'Iiémiopie, il peut y avoir eu ou n'y avoir pas eu de rapport. En cHet, il y a eu deux alla(|ues distinctes, séparées par un intervalle de vingt années, et cha(|uc attaque s'est dissipée complètement au bout de quinze à vingt minutes: dans la première, ce sont les objets situés à gaucbc qui n'étaient plus perçus, et dans la seconde, ceux situés à droite. C'est un fait connu que les altérations de la substance cérébrale déterminent souvent des maladies périodiques, que cerlaines causes d'excitation venant à agir sur un cerveau malade, l'une ou l'autre des fonctions de l'organe se trouve entravée pour un certain temps, et que, lorsque ces causes viennent à cesser d'agir, l'individu se trouve de nouveau dans l'état de santé apparente dont il jouissait.
La réllexion m'a suggéré les remarques suivantes sur le mémoire du docteur Woilaston :
1. La notion de l'existence de la semi-décussation des nerfs optiques avait non-seulement été adoptée par plusieurs auteurs distingués (2) avant le docteur Woilaston, mais avait en quelque sorte été démontrée par la dissection (5). L'idée même que les deux portions dont on peut regarder comme formé chaque nerf optique, restent distinctes après la constitution de la rétine, paraît appartenir à Sir Isaac Newton. Toutefois, le docteur Woilaston l'appuie d'un argument nouveau, mais probablement peu fondé; c'est-à-dire que tous les points correspondants des deux rétines doivent être fournis par des filaments provenant exclusivement soit du nerf optique droit, soit du gauche, et que c'est de celte disposition que dépend leur correspondance. Le docteur Woilaston me parait avoir négligé ce fait que, comme le nerf optique traverse la sclérotique et la choroïde beaucoup plus près de la ligne médiane du corps que le centre de chaque globe oculaire, les sommets des deux rétines ou les deux axes optiques qui, si deux points méritent d'être considérés comme tels, sont deux des points correspondants, ne «ont point formés par des filaments provenant du même nerf, mais bien de deux nerfs opposés. Il m'a toujours paru plus probable que les diverses portions qui composent chaque nerf optique mêlent d'abord leurs fibres, puis s'étalent dans la rétine ; de sorte que, dans chaque œil, cette membrane peut être considérée comme un plexus dont chaque point contient des fibres provenant des deux côtés du cerveau, tandis que les fibres les plus essentielles à la vision proviennent
(1) Médical Gazctic, vol. III. p. 2!)3 ; l.ondon, 1829.
(2) Newton, Valer, AcKennami, Vicq-d'A/yr, Caldaiii, Cuvier, etc.
(3) JosKPiius et Carolus Wênzei,, de ncnillori structura eerebri, pp. 109, 353, Tab. VI, fie. 1 : Tubiiiga;, 1812.