AFFECTIONS MALIGNES DES TISSUS CELLULAIRE ET FIBREUX
DE l'orbite.
SECTION
SQUIRUHE DE l'iNTÉRIELR DE LOUBITE.
Les tissus cellulaire et fibreux de l'orbite peuvent devenir le siège du squirrbe,de rencépbaloïde et delà mélanose. Sujets, comme le sont ces tissus, à tant d'alîections morbides déjà décrites, le fait qu'ils peuvent aussi être envahis par désaffections malignes déformes si diverses, ajoute encore à la difficulté de porter un diagnostic certain sur les maladies de l'orbite.
En général, l'orbite ne renferme qu'une seule forme de ces affections malignes à la fois ; quelquefois, cependant, on y en rencontre deux ensemble, ou conjointement avec des tumeurs enkystées. Les tumeurs encéphaloïdes reposent quelquefois sur une base squirrheuse et la mélanose complique assez souvent les tumeurs encéphaloïdes.
Il est à remarquer que l'on voit parfois les muscles de l'œil et la glande lacrymale aflectés en même temps que les tissus cellulaire et fibreux et, tandis que l'œil s'affaisse simplement sous l'action compressive des tumeurs, son tissu peut rester exempt de toute dégénérescence.
Le tissu cellulaire de la partie antérieure de l'orbite devient quelquefois dur, tuberculeux et squirrheux. On trouve parfois celui situé derrière le globe de l'œil altéré de la même façon. La totalité des tissus cellulaire et fibreux qui existe entre les parois de l'orbite et l'œil peut s'infiltrer de matière squirrheuse ; cet organe se trouve alors comprimé el chassé hors de l'orbite.
Obs. 290. — Un morceau de pierre à chaux étant venu frapper l'angle cxlorne de I orbite, produisit en ce point une plaie déchirée peu étendue, qui guérit promplemenl. Une petite tumeur dure qui s'était l)ienlôt formée sur l'endroit de la iilaie, fui extirpée, el I on trouva qu'elle conlcniiil un petit fragment de pierre à chaux. Quelques mois après, on vit reparaître dans le môme point une autre petite tumeur, en rapport avec une seconde
AlFECTIONS MAMONI'.S DIÎS TISSUS CELLULAIRE, ETC.
qui iulliérail si forlcineiU au conlour do i'orijile, qu'on la prit pour une exoslose. Au boul lie quelques semaines, on découvril le long du contour inl'érieur de l'orhile une Iroisième tumeur circonscrite, plus mobile que la dernière i|ue nous venons de mentionner, mais aussi dure au touciier qu'un morceau de cartilage. Le malade était traité par M. Samuel Clarke, à qui je servis d'aide lorsqu'il enleva les tumeurs. Les deux qui ressemblaient, au i toucher, à des exostoses, étaient en partie situées dans l'orbite et adhéraient fortement à son périoste. Elles olïraient à l'incision la texture blanche striée du squirrlie. L'extirjiation se ht à l'aide d'une incision semi-lunaire parallèle aux bords externe et inférieur de l'orbite, et Ton enleva soigneusement toutes les parcelles du tissu induré. Plus d'un an i après l'opération, aucune récidive n'avait encore eu lieu.
Obs. 291. — William Cullen, âgé de Mans, entra le 31 juillet 1833 au Glasgoiv Eye Infinnary pour une inflammation calarrlio-scrofuleuse de l'œil gauche, dont une grande • partie de la cornée était inégale et opaque. 11 continua de venir jusqu'au lo novembre, époque à laquelle l'œil s'était amélioré par l'usage des sangsues à la tempe, d'un vésicatoire derrière l'oreille, des pilules de Plummer, du collyre au deuto-chlorure de mercure, . et de la pommade au précipité rouge; néanmoins, la cornée était toujours nébuleuse. Le ■ 29 juillet 1841, six ans après sa première visite à l'hôpital, il revint ayant l'orbite gauche ■ rempli par une tumeur YOlumineuse et dure qui faisait proéminer le globe de l'œil et les • paupières, et qui paraissait adhérer au périoste de tout le pourtour de l'orbite. Les pau- pières étaient fortement distendues, tant verticalement qu'horizontalement; elles étaient I parcourues à leur face externe par des vaisseaux variqueux, et si étroitement appliquées ; sur la tumeur, qu'on pouvait à peine mettre à découvert une portion de leur face interne. . La conjonctive, surtout vers l'angle interne, était gonflée et lobuleuse, la cornée à peine visible, et le globe de l'œil paraissait en grande partie désorganisé. On jugea que la i tumeur qui remplissait l'orbite était le globe de l'œil augmenté de volume, mais l'événe- ■ ment démontra que c'était une erreur. Ce que l'on croyait être l'œil tuméfié était une tumeur excessivement dure et faisant hors de l'orbite une saillie d'un demi-pouce au i moins. Sa surface était très irrégulière et ses mouvements très limités. La vision était presque complètement abolie; néanmoins le malade pouvait encore, même lorsque les ■ paupières étaient closes, distinguer la lumière d'avec l'obscurité. La paupière inférieure paraissait carcinomateuse vers son extrémité interne, et il existait au-dessous de l'apo- • physe orbitaire interne une portion de la tumeur encore plus dure que le reste et adhérant plus fortement au périoste. Le malade rapportait que la tumeur avait commencé à se montrer plusieurs années auparavant, entre l'œil et le nez; qu'il y avait eu une excroissance sur le blanc de l'œil et que celui-ci avait diminué de volume avant l'apparition de la tumeur. Il ne semblait pas souffrir beaucoup d'ordinaire, mais il prétendait ressentir souvent dans l'œil une douleur semblable à celle produite par la suppuration. Pouls à 72. Santé générale bonne. — 2 août. On divise la commissure externe des paupières et l'on traverse le globe de l'œil au moyen d'une aiguille courbe armée d'un hl solide. On sépare alors les paupières de l'œil par la dissection ; puis après avoir divisé verticalement la paupière supérieure à l'union de ses deux tiers externes avec son tiers interne, on détache et l'on extrait la tumeur comprenant l'œil. Son union avec le périoste de l'orbite paraissait entièrement formée par une substance ferme complètement carcinomateuse. En essayant d'enlever ce qui restait attaché aux parois de l'orbite, on ouvrit l'artère ophthalmique qui saigna très abondamment, et le malade s'évanouit. Les paupières, dans presque toute leur étendue, étaient atteintes par la dégénérescence carcinomateuse; on les enleva. On hourra l'orbite 'avec de la charpie sèche, qu'on recouvrit avec une compresse maintenue solidement au moyen d'une bande. Lorsque l'on examina la partie extirpée, on trouva la sclérotique saine, ainsi que les parties qu'elle renfermait. Le cristallin était transparent, la réline intacte; mais le globe de l'œil avait été réduit aux deux tiers de son volume normal par la compression que lui avaient fait subir les parties malades. Le tissu cellulaire de l'orbite et la conjonctive étaient convertis en une substance de consistance cartilagmeuse, traversée par des bandes blanches; les muscles étaient fortement indurés et confondus dans la masse cancéreuse. Les restes des paupières se rapprochèrent promptemcnt, et le malade sortit le 7 septembre (1).
(1) Voyczunciis seniblul.lc par Roux. Reviio mcdicalt-, t. IV, p. 598, Paris. 1832.
FOÎSGUS lIÉiMATODE DE l/lNTÉHlEl'H DE I, OIUUTE
SECTION 11
KON(iUS HÉMATODE DE l/lNTÉRlEUU DE I. OUItITE.
M. Travers dit que le tissu adipeux situé derrière l'œil est le siège fréquent du fongus hématode, ou, comme il l'appelle, du cauecr médullaire. « Il se forme, dit-il, autour du globe de l'œil une luineur extraordinaire, globuleuse, dont la cornée moi'tiliée forme le centre. Elle fait saillie en avant, écartant et disleiulant tellement les paupières que celles-ci finissent par l'entourer et par en serrer étroitement la base. J'ai vu des enfants en proie à cette allection. La tumeur est quelquefois bornée à la partie supérieure ou frontale de l'orbite. La paupière supérieure est alors allongée et si étroitement tendue sur le globe de l'œil qu'il est difficile, sinon tout à fait impossible, d'examiner celui-ci. La matière médullaire est granuleuse et de la consistance du riz ; elle envabit et détruit les muscles, le périoste et finalement les os de l'orbite. J'en ai vu pratiquer l'extraction , mais la récidive en a été presque immédiate et promptement suivie de mort (1).
On a quelquefois vu le fongus bématode siéger dans le nerf optique, le globe de l œil restant sain (2); on l'a même vu occuper la gaine que ce nerf reçoit de la dure-mère sans que la substance du nerf lui-même fût affectée (5). Les productions de cette espèce, lorsqu'elles sont dans un état avancé, remplissent non-seulement la partie postérieure de l'orbite, mais viennent aussi faire saillie à côté de l'œil déplacé, donnant naissance aux symptômes décrits par M. Travers.
De même que les tissus cellulaire et fibreux de l'orbite sont quelquefois infiltrés de matière squirrbeuse , ils peuvent l'être aussi de matière encéphaloïde. Le docteur Robertson en rapporte l'exemple suivant :
Obs. 292. — M" Walker, âgée de 62 ans, avait eu l'œil gauclie faible depuis son enfance; il avait été le siège de fréquentes attaques d'inflammation qui avaient toujours cédé à l'emploi des remèdes usuels. Après sa dernière attaque, el trois ans environ avant qu'on ne lui extirpât le contenu de l'orbite, il s'était formé autour de la cornée un cercle charnu élevé qui était resté slalionnaire pendant près d'un an et demi. Au bout de ce temps, il commença à s'accroître lentement, en dépit des sangsues, des vésicatoires, des
(1) Medico-Chirurgical Transactions, vol. XV, p. 238. London, 1829. ^ (2) WisiiART. Edinburgli Médical and Surgical .lourrial. vol. XI , p. 274. Edinliurgli, 1833. SciioTT rapporte, (Conirovcrsc ûber die Nerven des Nabel.slrangs ; averlisseniciU ;\ 1» fin; Franklurt am Main. tSôG) qu'il a extirpé l'œil dans un cas où un fongus liémalode formait dans le nerf o[)tiqiic nnc tumeur aussi grosse qu'uu œuf de poule, f» partir du trou optique ju.squ'à un pouce du globe de l'œil. Il enleva en 1829 loul ce que conlcnail l'orbilc, el en 1856 le malade conlinuail d'aller bien. Comme le nerf opiiquc, du Irou optique à a scléroliquc, n'a qu'un pouce et quart, il avait fallu qu'il eût éprouvé sur un poini limité, un degré d'élongation extraordinaire, pour qu'une pareille tumeur ait pu se développer dans son intérieur.
(5) Pakizza. Aunolazioni analomico-cliirurgicbc sul fuugo midollare delP oecliio, pp. 106, 107.Tav. lll,fig. l.Pavia, 1821.
Al I F.CTIONS MALKJNliS UES TISSUS ClîLLULAmi:, ETC.
luercuriaux el tics lotions de toute espèce. La tumeur s'était étendue de la circonférenc» de la cornée en arrière, et avait graduellement chassé l'œil hors de l'orhite. l'endantdeu» ans, la malade avait éprouvé de vives douleurs lancinantes qui se portaient de l'œil à li tempe et à l'occiput. La transparence de la cornée et les fonctions de la réline rcstèreni intactes jusque trois mois avant l'opération. A celte époque, la vision disparut, la corné étant devenue opaque par suite, prohahlement, de l'inflammation provoquée parl'exposU lion constante de l'œil à l'air el à la lumière, les paupières n'ayant plus la faculté desfermer au-devant de l'organe. Les douleurs incessantes et le manque de sommeil avaien» beaucoup alTaibli la santé et les forces de la malade. Elle se rétahlit prompteraent aprèi que l'on eut enlevé le contenu de l'orbite. Elle mourut d'affaiblissement sénile, douze an» après l'opération, sans aucune maladie marquée. Une section transversale faite sur l'œn enlevé, démontra que ses membranes et leur contenu étaient sains. Autour de la scléro» tique et au-dessous de la conjonctive, l'œil était entouré par une masse dense de sareorai médullaire (1).
C'est quelquefois dans le périosle de l'orbite que le cancer cncépha» loïde prend naissance; en pareil cas, les os sont sujets à être envahis par le mal. La tumeur qui remplit l'orbite nail parfois de quelqm cavité avoisinante, ce dont on peut ne s'apercevoir que lors duiK tentative d'extirpation .
SECTION m.
MÉLANOSE DE l'iNTÉIUEUR DE l'oRBITE.
Obs. 293. — M. Choniel (2) a rapporté un cas mortel de mélanose du foie chez um personne dont le tissu cellulaire de l'orbite était atteint de la même affection. L'œil droi était enllammé et faisait une saillie remarquable hors de l'orbite. 11 existait un abcès dan; le tiers inférieur de la cornée, et le malade voyait très confusément de cet œil, dcrrièn lequel on trouva, à la dissection, une masse ronde mélanique, d'environ un pouce dt diamètre. Elle paraissait formée aux dépens du tissu cellulaire du fond de l'orbite el aval déplacé le nerf optique sans en altérer la texture.
Obs. 294. — Un fermier, âgé de 51 ans, s'était plaint, vingt-cinq ans auparavant, di la perte de la vision el d'une légère saillie en avant d'un de ses yeux; ces symptôme.avaient cédé à l'usage de l'iode. Depuis lors, l'œil était redevenu proéminent à deux reprise.diflërenles ; mais il avait repris sa place sous l'influence des mêmes remèdes. Actuellement il faisait depuis deux ans saillie hors de l'orbite, et malgré tous les efforts tentes poui réduire la tumeur, l'œil continuait à sortir de cette cavité. Lorsque M. J. B. Fife exUrpt le contenu de l'orbite, l'œil était .:hassé au delà des paupières par une tumeur fongueust élastique qui, recouverte par la conjonctive épaissie el congestionnée, enlourail l'orgaiu de telle sorte qu'on n'apercevait plus que la cornée. La douleur ne s'était éveillée qu. quelques mois avant l'opération. On enleva sans difficulté tout le contenu de l orbite. L'hémorrhagie fut très abondante, mais s'arrêta promplemenl par le tamponnement. L. tumeur remplissait complètement l'orbite, et lorsqu'on l'eut incisée, on la trouva ausa noire que du charbon ; elle était recouverte d'une enveloppe celluleuse qui se prolongeai! dans son iiUérieur el la séparait en lobules; elle était molle, el consistait en tissu cellulaire infiltré de pigment qu'entraînait facilemenl le lavage. La matière «' '^ examinée au mieroscope, laissait voir de nombreux granules organiques d un noir brun,
(1) Northern Journal of M.dicinc, noccn^ber mL pi VI. (Ig. if; ^'"//'l'-^^f Isg'S eas »iu- Velpfau AnnaU-s ,rOculisli<i..e, vol. .supplcnienlniiv, p. 11.. Bruxelles, TuirHas de M%U.so«^™v.; Ibid./p. 19- Un cas ,rar J.co». Dublin Med.ca! Press, Decen,-.
ber2[j, 1850, p. m. .
(2) Nouveau .lournal de médecine, l. lU, p. 41. l'ans, 181».
ANKVUYSME DK l'aUTÈHIÎ OIMITIIAI.MIQIJK . 487
i.nl.-.s OU ivunis ontro eux, de ninnièrc à lonuer des cellules granuleuses Irès variables nns le nnport de la dimension et de la forme, avec de nombreux globules buiieux ayant
Hpscoiilours peu marqués cl contenant dans leur intérieur de petits granules brillants et u,arfois d'autres cellules plus petites, quoique semblables entre elles. On y voyait aussi des .ïeilules de dimension variable, avec des parois épaisses, d'un noir brun, très peu transparentes et contenant dans leur intérieur de nombreux granules noirs, et i)arlois des
novaux Ces dernières i)araissaicnt n'être que les cellules incolores transfornu-es par la .croissance et la formation de |)igment en cellules propres ù la mélanos.;. Trois mois après
l'opération, le malade se disait parfaitement bien (1).
Quant à la question do. savoir s'il convient tropérei- dans les cas daffeelions malignes des tissu cellulaire et fibreux de lorbile, nous idevons dire que, bien qu'il existe un petit nombre de cas oîi le succès )a suivi l'opération, ce n'est cependant pas une pratique à recommanider. Ce n'est que cbez les adultes, et dans des cas très rares, que irexliri)ation de tumeurs malignes de l'orbite a été suivie d'une guérison 1 soutenue. On a publié dans le numéro du 6 novembre 1852 du Médical Timas and Gazette un cas de cancer médullaire de l'orbite extirpé «avec succès chez une enfant, par M. Lloyd; mais dans le numéro du i16 juillet 1855 du même journal, on rapporte que la récidive était survenue avant mémo que l'enfant eût quitté l'hôpital. Un mois après la rentrée de l'opérée chez elle, elle était prise de symptômes cérébraux lel mourait. Il s'était développé dans le cerveau une masse cancéreuse 1 molle (2).