CHAPITRE XI
MALADIES DES MUSCLES DE l'œIL.
SECTION I"
ADNORMITÉS CONGÉNITALES DES MUSCLES DE l'oEIL.
L'histoire du strabisme de naissance ne saurait cire séparée de celle du strabisme acquis, dans l'état actuel de la science.
Le nystagme congénital est incurable, sauf les cas où il est dù à une insertion anormale des muscles, dont une opération peut faire raison.
Quand la niclitalion date de la naissance, elle est aussi incurable. On a, au reste, noté l'absence des muscles oblique supérieur, oblique inférieur, droit externe, droit interne et droit supérieur, la duplicité du grand oblique, du droit externe et de l'interne; une insertion anormale du droit externe et de l'interne ; un état aponévroti(iue des droits externe et interne, une longueur exagérée du droit externe alors que le droit interne était plus court et plus mince qu'à l'elal normal. On a vu l'oblique supérieur soudé à sa poulie, ou adhérent au droit interne, l'oblique inférieur au droit externe et le droit supérieur à l'élévateur de la paupière. Le muscle sourcilier présente assez souvent un faisceau séparé du reste du muscle, qui naît auprès de la poulie du grand oblique; de son bord supérieur se détache un faisceau assez distinct dans certains cas. Quelquefois un des faisceaux musculaires du muscle pathétique est très mince et ne pénètre pas dans la poulie, mais se perd dans l'enveloppe tendineuse de la portion réfléchie antérieure de son tendon : c'était là le musculus qracilissimus d'Albinus. Molinetti a aussi décrit un mnsculus recm quintus, et Caldani un muscle détracteur de la paupière prieure. Un fait intéressant, c'est la possibilité de la présence du globe de
LÉSIONS TR.VI:MATIQI KS DES MUSCLES l)K l'oKIL. .')0,')
l'œil avec inaïKiiu' de tous ses muscles; mais il esl bien plus remar- ,|ual)lo eiK'ore (jue le cas inverse ail été observé. — Il va d'ailleurs sans dire que dans Icnuméralion ci-dessus j'ai complélemeul laissé de ctUé les abnormilés observées aux muscles moteurs de l'œil dans les cas de microplulialmes, cydopes, microcéphales, elc.
8ECTJ0i\ II.
LÉSIONS TUAUiM.VTlQUES DES MUSCLES DE l'oEIL.
Les lésions lraumali(|ues des muscles de l'œil sont exli'émemenl •i( rares. Dans beaucoup de cas de plaies qui pénètrent dans l'orbite, la /i laxité du tissu cellulaire de celle région est une cause de salut pour •I l'œil et pour ses muscles. Les muscles droits sont, de plus, protégés I» par leur situation derrière le globe de l'œil, tandis que les branches ' de la troisième et de la sixième paires, qui les animent, entrent dans leur substance au niveau de leur partie moyenne, de façon à se trouver aussi éloignées que possible des agenls vulnérants. Il doit cependant arriver (comme, par exemple, dans les plaies qui ont été décrites dans la troisième section du chapitre L' ) que les muscles éprouvent une lésion plus ou moins étendue : il en résulte alors un certain empêchement dans les mouvements du globe de l'œ^l.
Le gonflement et l'inflammation qui éclatent presque immédiatement après les plaies pénétrantes de l'orbite, et la profondeur à laquelle se trouvent les parties lésées, ne permettent pas, en général, de déterminer l'étendue ou même l'existence de la lésion éprouvée par les muscles. Au reste, cela n'a pas grande importance, au point de vue pratique, car le traitement doit consister, dans tous les cas, dans le lepos de la partie, des applications émollienles et l'emploi des antiphlogistiques.
Beer (1) rapporte le cas d'un étudiant en médecine chez qui l'abducteur de l'œil (droit externe) paraît avoir été lacéré par l'inti'oduction violente d'un tuyau de pipe dans l'orbite.
Obs. 30(3. — J'ai vu, au Glasfioiv Eije Infinnary, un homme qui, en lonii)iinl sur le hord d'un poêlon en fer, s'élail divisé la paupière supérieure et le muscle droil interne. I.e ■Mobc derœil était proéminent et dirigé en haut, de sorte que la pupille se trouvait derrière le hord de la paupière supérieure. Il ne pouvait pas diriger la pupille vers le nez. Il existait entre le globe de l'œil et la paupière supérieure un symhlépharon partiel que je divisai ; après quoi les mouvements de l'organe s'améliorùrenl graduellement.
(1) Lchre von den Augenkraiddicilcn, vol. !, p. Wien 1813.
î)OG
M.\I-Al)Ii:s DKS MUSCLKS Dlî L ()!■ II..
SECTION III
Dlh VUT DK t;OUUl-,Sl>OM)A!SCr. DANS I.\\LT1()N UF.S MLSCLES DKS YEUX.
g I. — Dîplopïe.
De SmTvôoç, double, cl o'|/i;, vision.
Dans le strabisme, bien qu'il n'y ait pas de paralysie, il existe un défaut évident de correspondance dans l'action des muscles des yeux, et au début de l'affection, la vision est double ; mais la diplopie peut I aussi résulter d'un degré de distorsion des yeux et d'une gène de leurs < mouvements , si légères f|u'on peut à peine les reconnaître. La vision i double dont je parle ici est binoculaire et doit son origine , au moins • dans quelques cas, à un excès d'exercice des yeux, ou de l'un d'eux à l'exclusion de l'autre. Il est bon d'être prévenu de l'existence de cas de cette espèce, soit qu'on les attribue à la perte de l'excitabilité, au spasme, ou à toute autre condition morbide des fibres musculaires produite par la fatigue , car il ne faut pas les confondre avec les cas dans lesquels le défaut de correspondance dans l'action des muscles et la vision double qui en est la conséquence, sont dus à la paralysie.
Sir Everard Home qui , le premier, a fait ressortir l'importance pratique de celte distinction, a publié deux cas propres à faire connaître les symptômes et le traitement de la diplopie dont nous parlons. Ces faits sont intéressants sous plus d'un rapport , bien qu'ils ne fournissent pas la preuve évidente que les symptômes dépendent simplement d'une aîîection des muscles, et non de l'état de l'encépbale.
Obs. 307. — Un lieulenitnl-colonel du génie, qui jouissait d'une santé parfaite, cliassanl au marais, fui Irès surpris, dans la soirée d'un jour où cet exercice Tavail beaucoup fatigué, d'apercevoir tous les ol)jels douljles; son l'usil, son ciieval, la roule, loul lui paraissait double. Ce phénomène le troubla excessivement, au point de lui l'aire craindre de ne pouvoir trouver la roule pour retourner chez lui; ce à quoi il réussit néanmoins, en lâchant la bride à son cheval. Après le repos de la nuit, la diplopie était moins prononcée, et deux ou trois jours après, il retourna chasser au marais; mais son affection reparut avec plus de violence encore. Il alla à Édimbourg pour consulter un médecin. On considéra la maladie comme siégeant dans i'œil lui-même, et on la traita, en conséquence, par des applications de vésicatoires et des sangsues sur la tète préalalilemenl rasée, par un traitement mercuriel complet et une diète sévère. Ce traitement ayant aggravé les symptômes, le malade retourna chez lui désespéré et se claquemura dans sa maison. 11 renonça petit à petit à tout traitement et reprit son genre de vie ordinaire. Sa vue pendant tout ce temps élait parfaitement nette, el les objets rapprochés lui paraissaient simples ; mais, à la distance de trois yanls, ils devenaient doul)les, el plus la distance augmentait, plus les deux images paraissaient éloignées l'une de l'autre. Lorsqu'il regardait lixement un objet, il élait facile de reconnaître (|ue ses deux yeux n'étaient pas égaicmen dirigés vers lui. Cet étal était plus prononcé le matin el s'améliorait après le dîner lorsqu i avait pris quelques verres de vin. Il persista pendant près d'une année, l'uis disparut graduellemenl.
DKI AL'T DE COUUKSPONDANCE DANS l'aCTION DKS MLSCLES DUS YEUX. y07
Qlig 308. - Un peinlre en Imliiiienls, qui iiviiil l)C!Uicoii|) iiiiiiiio la céruse, ciilra à ^I-Georgcs llospitai \)Ouv \\m {\c\r(i iiccomiiagiioe il'iiii viok'iit de lèle. Lorsqu'il fui rcHiibii cic sa lièvre, il fui forl allligé de voir lous les ol)juts douilles. Connue sa lièvre (■lait onlièrenient suério, on l'envoya dans le servieo de Sir Everard pour son afl'eclion oculaire. En rinterroseanl sur co qu'il éprouvail, Sir Everard trouva (|ue les symptômes tMaienl exactement mix du premier cas, et les traita comme dépendants d'une alTeclion des muscles. Il lui banda un œil et laissa l'autre lil)re. Le malade voyait alors les objets siinplos, mais il en ressentait bientôt de la eèplialaljiie ; ce qui (it voir h Sir Everard qu'il avait bandé l'œil sain : il cliangea le bandage de côté et le malade put alors regarder les objets sans douleur ni malaise. On lui niainliiil ainsi un œil couvert pendant une semaine, au bout de laquelle on supprima le bandage. La maladie avait alors complètement disparu ; i'ile ne reparut plus. Le repos avait suffi pour rendre aux muscles leur énergie et amener la guérison.
Sir Everard termine en faisant observer que, lorsque les muscles son! alVaiblis par un excès de fatigue, le premier soin à prendre est (le les mettre dans une position où ils soient à l'aise et de les laisser au repos. Cette pratique est aussi bien applicable aux muscles de l'œil qu'à ceux de tout autre partie du corps (1). Le docteur Young (2) lait remarquer, à propos de ce précepte, que lorsqu'un œil est malade, il ne faut pas se borner à le couvrir seul pour mettre ses muscles au repos, attendu que ceux-ci se contractent inévitablement pour suivre les mouvements de l'œil sain.
§ II. — Monoblepsie.
De [J-ôvo;, un seul, et pXéil'iç, vue.
Obs. 309. — J'ai été consulté il y a quelque temps par un gentleman qui, après avoir passé tout une nuit à écrire, avait éprouvé les symptômes suivants : il voyait parfaitement bien avec chaque œil employé isolément, mais il ne pouvait se servir des deux yeux à la fois sans que la vision devînt double ; symptôme auquel on a donné le nom de monoblepsie. Lorsqu'il regardait en bas avec les deux yeux, il ne voyait plus les objets qui se trouvaient devant lui, quoiqu'il vit assez bien lorsqu'il regardait en haut. 11 accusait des vertiges, mais point de céphalalgie. Ces symptômes se dissipèrent lentement après le repos des yeux et l'usage de la saignée, des vésicatoires, des purgatifs et du mercure. Ils ne reparurent point, bien que, quelque temps après, ce malade fût pris de symptômes graves annonçant une affection du cerveau.
' Le cas suivant parait être de la même nature que celui que nous venons de rapporter.
Obs. 310. — John Frosl, voiturier, âgé de 18 ans, d'une constitution robuste et d'un tempérament assez pléthorique, fut pris, à son retour du marché d'Exeter, d'un tel trouble delà vue qu'il cessa de pouvoir distinguer les objets à la distance de quelques yards, et qu'il ne put se maintenir sur la route sans se tenir à l'cxlrémité de son chariot, bien qu'il ne fût que trois heures de l'après-midi et que le jour fùl parfaitement clair cl beau. 11 reconnut toutefois, avant d'èlre arrivé chez lui, qu'en couvrant l'un ou l'autre de ses yeux, il y voyait suffisamment bien. M. Recd fui appelé le lendemain matin. Il constata que le malade pouvait ù peine distinguer les lignes d'un livre quand il se servait de ses deu.x
(11 l'Iiilosopiiical Transactions for 1797, part. I, p. 7.
(2) Inlrodiiction to Médical Litlcraturc. p. 99. Loiulon, 1825.
•^^^^ . MALADIES DES ML'SCLES DE LOEIL.
youx fin iiuniK! temps, lundis qu'en fernianl l'un ou l'autre d'entre eux, il pouvait lire dis < linctenionl chaque mot. Ces symptômes (Haieiit accompagnr"s d'une ci'plialalgie rrontalè' eonsideraideetd'uii pouls plein, vite et assez dur. M. Ueed pratiqua une saignée du liras ^ purgea le malade avee des pilules decalomeletdecol()quinle,elluiappli(iua un vésicatoin' a la nuque; le tout sans que l'étal de la vision eliangeàl. La céplialalgieavail disparu mais Il était encore dans l'ohiigaliou de se bander l'œil, sans quoi il ne pouvait voir même pour nuircher. L'application d'erriiins ou celle d'un peu d'étiier sulfurique sur les yeux' lui procurait toujours un soulageineiil nioimmtaué. Il n'y avait pas la moindre alléraiion . dans la forme ou la mohililé de la pupille ; les liumcuirs étaient parfailemenl transparentes • •■t l'on n'apercevait aucune Irace d'inflammalion (1). '
[Obs. 311. — J'ai observé sur un médecin de mes amis le cas inléressanl qui va suivre ■ de vision double. Je ne pus découvrir la moindre altération dans le parallélisme de ses yeuxel, chose singulière, lorsqu'il regardait une ligne horizontale, un bàlon, pur exemi)le les ■ deux lignes ne lui paraissaient point parallèles, mais plus éloignées à l'une de leurs extrémités qu'à l'aulre. Lorsque le malade tenait la tête droite et (ixe, à une certaine élévation, il voyait le bâton simple; mais lorsqu'on l'élevail ou qu'on l'abaissait au delà de ce point, le bâlon paraissait doul)le, et les deux images semblaient d'autant plus éloignées que le bâton était tenu plus haut ou plus bas que le point où la vision était simple. Un point très curieux de cette observation, c'est qu'en inclinant la tète à gauche, la divergence entre les deux images diminuait, quelquefois au point qu'elle Unissait par coïncider et que la vision double cessait (2). Nous laissons parler le malade lui-même :
« Pendant les mois de juin et de Juillet 1845. je me trouvai fort épuisé par les chaleurs excessives; ce qui, joint à des occupations continuelles et fatiguantes, me fit perdre entièrement l'appétit, et m'occasionna une grande agitation nerveuse accompagnée parfois de céphalalgie. J'avais de la constipation dont je ne triomphais qu'a l'aide de lavements ou de laxatifs; mon urine était trouble, fortement colorée, el contenait une grande quantité de mucus. Vers le milieu du mois de juillet, jemerendisà5c/ioo/e?/'i- oùjefis beaucoup d'exercice à pied età cheval ; mais celle course ne fll qu'accroître ma prostration el mon insomnie. — Le 29 août, après mon diner, je m'aperçus pour la première fois, en essayant de lire, que ma vue était affectée ; les lettres me paraissaient confuses el doubles au point que je fus obligé d'abandonner mon livre. Mes deux pupilles étaient cependant dans l'état normal el je n'apercevais aucune trace de strabisme. Quand je regardais dans la campagne, tous lesobjets me paraissaient doubles; la terre sur .laquelle jemarchaisseniblail atteinte d'une ondulation qui gênait beaucoup ma marche el me donnait le vertige. Je m'assurai cependant bientôt qu'en fermant un œil je voyais parfaitement de l'autre; ce qui m'engagea à porter un écran vert alternativement sur chaque œil. A l'aide de ce moyen, je pus facilement voir el marcher. Ce qui me parut le plus singulier, c'est que les objets placés directement devant moi ou à ma droite, ou au niveau de l'axe de la vision, me paraissaient simples; tandis que lorsque je regardais à gauche, en bas ou en iiaut tout me semblait double. Ainsi , en regardant le ciel, j'apercevais deux lunes, elen regardant ma montre tenue en position ordinaire, je voyais deux mains et deux montres. De nombreuses expériences me démontrèrent que je voyais mieux en inclinunt un peu la tète vers l'épaule gauche, el tel était le soulagement que celte position me faisait éprouver, que je contractai enfln l'habitude de tenir toujours ma tête de celle façon. La lumière intense m'était quelquefois douloureuse, et m'obligeait à contracler le sourcil; il en était de même de l'action de lire ou d'examiner de petits objets. Au début de mon mal, j'étais disposé à l'attribuer à une forte infusion de houblon que j'avais prise el à ses propriétés toniques et sédatives. Je fus cependant bientôt convaincu qu'il était purement sympathique d'un trouble du système nerveux en rapport avec des symptômes dyspeptiques dont je souffrais. Mon pouls, lorsque j'étais couché, tombait à 50, et au moindre exercice s'élevait à 83 ou 90. J'éprouvais aussi de l'engourdissement dans les bras et les jambes, des contractions involontaires des sourcils et des paupières, et des bourdonnemenls d'oreilles; ma langue restait chargée, et ma constipation persistait; mon urine restait lou-
(I) Lancet for 1831-52, vol. 1, p. 167.
[ (2) On ppuL inférer de là qu'il devaily avoir quelque alléradon de l'un des muscles oblique? de l'œil gauche. T W. ]
DKFAn' DE COHUESPONDANCE DANS l-ACTION DES MUSCLES DES YEL'X. oO'.)
jours trouble el forlemeiil colorée. Mais les résultats du traiteiiienl que j'entrepris me convaiii(|uireiil eiicoro hien plus (pi'uiie prostration nerveuse était la cause de l'iilTeclioii spéciale de ma vue. Je pris d'abord un purgatif, dans la pensée qu'il pouvait y avoir quelque congestion à la basedu cerveau ; je m'ai)Stiiis aussi de nourriture, ot je me fis soustraire quelques onces de sang à l'aide de ventouses scariliées appliquées à la nuque. Mais ce traitement augmenta tous les accidents. Lors(|ue je revins de ma petite excursion d'été
(quarante-huit heures après le début de l'attaque), je me trouvai exlreincment épuise par le voyage; les vertiges et le (rouble de la vision avaient considérablement augmenté, de sorte que je me trouvai amené ù prendre environ une once d'eau-de-vic dans de l'eau. Je I m'aperçus aussitôt, avec autant d'étoiinement que de salisfaction, (luc tous les symptômes 1 désagré'ablcs avaient disparu et que ma vue était momentanément redevenuc bonne. Dès ce moment je restai convaincu que le régime sévère que j'avais suivi cl l'exercice auquel je
I m'étais livré pendant l'été, n'avaient fait qu'accroilre el confirmer mon indisposition. Les symptômes persistèrent sans grand changement jusqu'au commencement de novembre. Je dois cependant mentionner que, quoique je n'éprouvasse aucune douleur locale soit dans la tête, soit dans le ventre (excepté parfois une sensation de plénitude el de malaise au niveau delà valvule iléo-cœcale), j'étais sans cesse en proie à des sensations de malaise inexprimable. Mon appétit et ma force s'étaient décidément améliorés, bien que la vision eiit éprouvé peu de changement. Le traitement auquel je me soumis consista surtout en petites doses de bine pill suivies de six grains de poudre de rliubarbe et de gingembre, ou delà même dose de rhubarbe combinée avec quelques grains d'extrait de gentiane. J'essayai aussi les diverses préparations defer, mais elles produisirentde l'irritation gastrique ; el je dus les discontinuer. Je relirai quelque avantage de petites doses de quinine avec la teinture de gentiane composée, 3 grains de l'un et 1 gros de l'autre, trois fois par jour. Je me fis fréquemment appliquer des ventouses sèches le long de l'épine du dos, el j'entretins d'une façon plus ou moins permanente une révulsion à la nuque. Je fis usage chaque soir d'un pédiluvesynapisé chaud, et je pris de temps en temps, en me couchant, 5 grains il'extrail de jusquiame pour amener le sommeil. Mon régime consista à faire trois repas légers à la viande par jour; je fis quelques exercices passifs modérés, et j'évitai soigneusement la fatigue. Vers le l^'mars, je me trouvai en état de reprendre l'exercice de ma profession, mais je souffrais encore de constipation, d'insomnies accidentelles, el de quelque trouble de la vision, surtout quand j'étais fatigué. Je fis alors usage du bain de pluie, que je faisais suivre de frictions avec la brosse; moyen que je continuai jusqu'aujourcriiui,
II juillet 1846. Ma sanlé s'est notablement améliorée,el ma vue est parfaitement rétablie depuis deux mois. Je puis maintenant prendre toute espèce de nourriture. »
Nous ajouterons seulement à ces lignes de notre ami que jusqu'aujourd'hui, novembre i8o3, il est resté débarrassé de celle désagréable affection (1). T. W.]
Si la diplopie ou la monoblepsie ne cédaient pas sous l'influence du repos et des autres reiuèdes, on pourrait recourir, comme moyen palliatif, à l'usage des lentilles prismatiques, telles qu'on les a, dans ces derniers temps, recommandées contre le strabisme. En changeant Mir l'une des rétines ou sur toutes deux la place où se produit l'image, on peut arriver à faire voir les objets simples.
[M. A. Guépin, de Nantes, nous fait parvenir les observations suivantes, intéressantes comme faits, et que nous insérons ici sous toutes réserves.
En même temps qu'un mal de tète, qui varie depuis la migraine la plus légère, quoique persistante, jusqu'à la congestion cérébrale la plus voisine de l'apoplexie, on voit souvent se'produirc dans les mouvements de l'œil un étal de désordre qui présente des caractères
1(1) Havs. lidilion américaine de LAwnExcE. Dlseascs of Ihc Eve, p. 80G-8C8. Philadcll'Iiic, 1854.]
MALADIFS DKS MUSCLES DR l'oEIL.
variables en apparence, mais, eu réalilé, assez conslanls dans leurs • formes, que Ton peul ainsi dépeindre :
^1. Douleui's de (èle, ou souvenir de douleurs passées. L'un des >l yeux a de la peine à se porter en dehors, les inouveiïienls externes en i sont difliciles ou impossibles; il y a diploi)ie sans que le malade puisse ; toujours se rendre compte de la position nette de la fausse imai^e. L'œil, gêné dans ses mouvements, est généralement un peu plus myope qu'autrefois, il voit moins bien aussi que par le passé; peu à peu cet élat ou se guérit de lui-même , ou augmente : alors il y a trouble, vertige, i (^uand le malade regarde avec les deux yeux; mais, le mauvais œil cou- | vert, le malade voit très bien. Plus tard, le mauvais œil sera amauro- i tique et pourra même devenir insensible à la lumière du soleil. — Cet état , dont les variétés sont nombreuses et se présentent souvent à j ' l'observation, guérit presque immédiatement, dix-neuf fois sur vingt, ! quand on coupe le droit interne, c'est-à-dire le muscle qui fait oppo- ) sition aux mouvements. Mais après cette opération, pour que la cure * soit complète, il faut mettre un bandeau sur l'œil non opéré, exercer i l'autre à regarder en dehors et, au besoin, appliquer quelques ven- 1 touses sèches ou scarifiées sur le cou, et avoir soin de tenir le ventre ti libre. ,
B. L'état complètement inverse est à peu près huit fois moins fréquent, et guérit de la même manière; mais alors, au lieu de couper il le droit interne, c'est le droit externe qu'il faut détacher du globe oculaire. — Dans cette seconde forme de la diplopie, l'œil malade a plus ou moins de peine à se porter en dedans. Cet œil est généralement presbyte et non plus myope. Il est, du reste, moins voyant que l'autre,
et cet état peut varier depuis la faiblesse la plus légère jusqu'à l'amaurose complète. — L'usage des deux yeux entraîne souvent des maux de tête et surtout des élourdissements , des vertiges ; la fausse image est généralement en arrière et en dehors , mais cela varie et les malades ne s'en rendent compte qu'assez mal.
C. Maux de tête ou congestion cérébrale, antérieure ou concomitante, chute de la paupière supérieure, strabisme plus ou moins prononcé en dedans, pupille peu ou pas mobile. La paupière soulevée, l'œil malade voit peu ou pas ; si les deux yeux fonctionnent en même temps, il y a diplopie et vertiges. L'œil malade parait plutôt myope ([ue presbyte, mais il est difficile de s'en assurer. Si le malade a subi des émissions sanguines, la section du droit interne suffit à la guérison; • dans le cas contraire, après l'opération, ayez recours à une ventouse scarifiée sur le cou, et n'oubliez pas de soumettre l'œil opéré à l'exercice qui lui est nécessaire. C'est d'ailleurs le moyen d'avoir une cicatrice convenable.
D. L'état inverse se présente aussi. On rencontre la chute de la | paupière supérieure avec le strabisme en dehors, l'immobilité de Tœd,
KKAI T DK COUUF.SPONDANCK DANS l'aCTION DES MliSCl-ES DES YEi;X. 'il 1
peu ou pas tic vision, de la tliplopie cl des vertiges, (luand les deux yeux lonclionnenl eu inèuie lenips. Le traileinenl esl le même ; seulement, c'est le droit externe qu'il faut couper.
E. Strabisme en dedans et en haut, diplopie très étendue, faiblesse visuelle de l'œil qui louclic ; il l)eul même èire amaurotiquc. (Jramle gène quand les deux yeux fonclioniient ensemble. — J.a scçtiori du droit interne et les moyens anti-congestifs sulliscnt, au moins je le pense. J'ai vu, du reste, tout strabisme et toute diplopie céder à la section du droit interne et du grand oblique.
F. Le même état peut concomiler avec un strabisme convergent de l'autre œil. Généralement, alors, le malade est un peu myope de l'œil sain et très myope de l'autre.
Passons aux faits :
Obs. 313. — Voici un meunier qui, d'un œil, voit très peu. L'un de mes anciens élèves, M. Colombe, croyant à une amaurose congesUve, le saigne el me l'adresse. La saignée n'a pas produit d'amélioration sensible; je le trouve dans l'élal suivant : l'œil malade ouvert, il ne voit pas à se conduire, il voit double, éprouve des vertiges, et ne peut se rendre compte de la fausse image. Cet œil fermé, il voit bien de l'autre. Il a eu des douleurs de lêle que la saignée a guéries. Mais l'œil malade éprouve de la difflcullé à se porter en dehors. — Je coupe le droit interne, el aussitôt la guérison est complète.
Obs. 314. — Voici deux autres malades, meuniers comme le premier; comme lui, ils ont été saignés inutilement par les médecins du pays; comme lui ils sont meuniers de moulins à venl, me fait observer dans sa lettre d'envoi le confrère et ami qui me les adresse. Je coupe le droit interne : la vision s'améliore immédiatement, la diplopie diminue, mais la guérison n'a été absolue qu'au boni de quinze jours, ils avaient été saignés, puis purgés; l'un d'eux avait un vésicaloire au cou. Je me suis borné chez tous deux à mettre un bandeau sur l'œil non opéré, et je les ai renvoyés après l'opération.
Obs. 3'IS. — Un quatrième meunier de moulin à venl, que j"avais opéré pour un cas pareil, est pris de l'autre œil quelques années plus lardel vient se faire Irailcr à Nantes. Les purgatifs, les mercuriaux, les révulsifs les plus violents n'ayant pas réussi, il revient me trouver el me confesse qu'il a horriblement peur d'une seconde opération ; il me supplie d'essayer d'abord d'autres moyens. Quinze jours de traitement par les ventouses scariliées el non scariliées sur le cou, par des vésicalions ammoniacales sur le cuir chevelu, ont amélioré son élal. II m'est revenu de temps à autre, el cependant, au boni de six mois la guérison n'élail pas absolue, comme elle l'avait été pour l'aulre œil au bout de quelques jours.
Obs. 316. — Mademoiselle Plouzin de Varades m'est amenée un jour avec sa mère par feu M. Robineau de Bougon, alors député d'Angers. Elle a subi inutilement divers Irailemenls; deux hommes irès-baliiles, MM. Miraull, d'Angers, elBrelonneau, de Tours, ont élé consultés sans résultai. — Voici sa siluulion : l'œil droit esl sain ; l'œil gauche, quoi(iue sa pupille soit sensible à la lumière, ne dislingue ni l'ombre d'une main, ni celle d'un chapeau. Couvrez l'œil droit, sa pupille se dilate el n'est plus mobile. Cet œil éprouve quoique dilïlculléà se porter en dehors. En regardant à gauche, mademoiselle Plouzin louche un peu. C'élail le premier cas de ce genre que j'observais ; j'hésilai beaucoup. Recommencer la série des irailenienls inutilement employés par les médecins de Varades, par M. Miraull el par M. l?relonneau?niais ce n'élail pas rationnel. Je proposai la section du droit interne. La mère hésita beaucoup. M. Robineau de Bougon la décida, el je pratiquai ceUe opération. Elle ne donna nncun résuUal immédiat; mais le surlendemain, mademoiselle Plouzin voyait passer l'ombre d'une main. L'œil cependant n'avait rien gagné dans ses mouvemonls. Au bout de trois semaines, le succès élail complet; il s'est parfaitemenl maintenu.
MALADIES DES MUSCLES DE l'oEIL.
Voilà Tôlal cxU'ème. Qucltiuefois , au conlrairc, il uy a on ire la faculté visuelle des deux yeux qu'une très légère dinérence; elle n devient sensible que par l'examen le plus sévère. On reconnaît alors, en élisant lire de très pelils caractères, ([ue l'un des yeux voit moin bien, et généralement de plus près (pie l'autre, et (jue cela correspon à un léger trouble du mouvement externe ; mais il y a diplopie aussitô que le malade regarde avec les deux yeux. — Pour lire, pour travailler, il faut fermer un œil, sans cela il y a des vertiges. La section d droit interne, précédée ou suivie de la saignée ou d'une ventouse sca rifiée , amène la guérison. Cet état me parait se confondre avec le monoOlepsis. Nous le retrouverons ailleurs sous une forme diflë ' rente.
Nous voici aux diplopies.
Obs. 317. — Mademoiselle N., religieuse, occupée d'enseignemenl à Cliallans (Vendée),? présente l'état suivant qu'elle a llribue à des fatigues oculaires : — Elle n'a pas demaux de tête sensibles; son œil gauche est dévié en dehors ; la faculté visuelle de cet œil a diminué; il est devenu (la déviation en dedans produit généralement un peu ou beaucoup de myopie). La malade a peineà regarder en dedans et il y a alors diplopie, mais ell peut mettre la main sur son bon œil et lire avec le mauvais; son état, inverse des précé-^ dents, se confond passablement avec le monoblcpsis. Je coupe le droit externe, je mets ua bandeau sur l'œil non opéré, je soumets l'œil opéré à une gymnastique régulière. Il y avait eu une petite hémorrhagie qui m'a fait retarder l'application d'une ventouse scarl fiée; au bout de 8 jours, la guérison était complète sans que j'y eusse eu recours.
Obs. 318. — Étant à Paris en février 1836, je reçois la visite de M. Degros, menuisier à- Joinville-le-Port, chez M. Laudun, entrepreneur. M. Degros a eu des maux de lêle qui ont cédé. L'un de ses yeux est dévié en dehors, mais exécute librement tous ses mouveraenls.- Le bon œil fermé, je constate que l'autre voit moins, qu'il y a amblyopie et presbytie très prononcées; les deux yeux ouverts, tout travail d'application est accompagné de vertiges. 11 ne peut plus travailler de son état, il est désespéré. Je lui propose la section du droit externe et il l'accepte. Aidé de mes anciens élèves, MM. Cossé et Durant, je la pratique. Aussitôt après l'opération, je constate l'étal suivant: la presbytie a complètement disparu ; la vision est très améliorée, l'espace angulaire dans lequel a lieu la diplopie a diminué de moitié; les deux yeux peuvent regarder lixement un objet sans que les vertiges soient les mêmes, mais il n'y a que peu d'amélioration dans les mouvements de l'œil.— Je conseille comme traitement complémentaire le repos, la gymnastique oculaire, quelques autres moyens de peu de valeur, et surtout des ventouses sur le cou. A la seconde ventouse, la guérison a été à peu près complète, et M. Degros a repris son travail habituel. Cependant lia encore eu besoin de deux autres ventouses.
Obs. 319.— M. Templier, négociant à Macliecou, près Nantes, est atteint d'une très forte congestion cérébrale; son médecin le saigne, le purge, mais l'œil droit est en mauvais état, et il m'adresse son malade. Je constate l'impossibilité des mouvements en dehors, en haut et en bas, la chute de la paupière, l'immobilité ou le très peu de mobilité delà pupille, la réduction visuelle de l'œil malade, son amblyopie et une diplopieavec vertiges chaque fois que, la paupière soulevée, le malade regarde un objet avec les deux yeux. — Je propose la section du droit interne. L'un de mes confrères, présent à l'opération, me prend à part et me fait de graves objections. J'y réponds par ces mois : je crois a Pot>servation et à V expérience avant tout. Je coupe le droit interne; la guérison esl ininudlate et complète, excepté pour la paupière supérieure. M. Templier, enchanté, repart le jour même. Plusieurs années s'écoulent; même accident préalable, même état a 1 autre œil, même opération, même succès Immédiat, excepté pour la paupière supérieure dont les mouvements ne sont revenus qu'en quelques mois à l'état normal.
Ulil-AUT DE C.OUniîSPONDANrE DANS i/aCTION DES MUSCLES DES YEUX. î) 1 Ô
Voici inaiiittMUiiil i'iincrsc :
Qlig -.^xjo - Madenioisolle Julienne de Norl, près Nantes, n oU; alleinle ili; conjonctivilc, • Duis(iëinâii\ de lèlo. Toul à coup son œil droit a pn'scnliM'fUalsuivanl |)oiir lequel elle m'a 'été adressée après l'insuccès d'un traitement énergique : iiiipossil)ililé de relever la pauinière supérieure; l'œil ne peut se mouvoir ni en haut, ni en has, ni en dedans; l:i pupille Àesl immobile ou très peu mobile; la vision de l'œil malade est très réduite. I.a piiupière l'souievée, la diplopie existe pour toute objet vu avec les deux yeux ; il y a même des verili^es. Je coupe le droit externe. Aussitôt la paupière supérieure acquiert un peu de mouvement; l'œil opéré voit plus net. des mouvcmenis ont lieu en liant, en bas, et en dedans; ils sont encore limités, mais notables. La diplopie est très réduite au-dessous du plan des axes liorizoïitaux des yeux, elle l'est moins dans ce plan, elle l'est moins encore .au-dessus de ce plan; plus de vertiges. Quelques ventouses ont achevé la cure. Un mois ipliis tard, mademoiselle Julienne me remerciait vivement et se trouvait parfaitement iguérie; mais j'ai constaté un très léger reste de diplopie quand elle regardait au plafond. Depuis, je ne l'ai plus revue.
Les olals E el F nous restent encore à examiner. Us sont assez ivariables. J'ai vu plusieurs exemples de Télat qui n'étaient pas iguéris, el pour lesquels j'ai proposé la section du muscle opposant, qui a été refusée. Ils avaient résisté à tout traitement. L'un d'eux était un monoblepsis véritable. Voici deux observations de l'état E : dans l'une, îj'ai coupé le grand oblique et le droit interne ; dans l'autre, le droil interne seulement.
Obs. 3"21. — M. r.arineau, enseigneauxiliaire, était louche del'œil droit, mais légèrement ;(slrabisme convergent); de l'œil gauche, il louchait en dedans et en haut. Cet œil voyait ?lrès mal et de plus il était très myope. Il existait en outre une diplopie avec fatigue et 4verliges pour tout l'espace angulaire dans lequel la vision était possible avec les deux lyeux. Ce malade avait subi, chez l'an de nos plus célèbres oculistes, un traitement qui n'a- |vait eu, au dire du malade, aucun résultat utile. — J'ai coupé le droit interne; j'eusse coupé peut-être le grand oblique si la première opération n'avait fait évanouir le malade. 11 revient à lui, el aussitôt l'œil opéré voit mieux; la myopie a complètement disparu. La diplopie a cessé entièrement pour les objets jilacés au-dessus de l'axe horizontal des lyeux ; elle a diminué pour ceux qui sont placés dans le plan des axes horizontaux, el se rlrouve très réduite même pour les choses situées au-dessous de ce plan. Au moment de imelire à la voile, il se plaisait à montrer, à Lorient, à l'un de ses amis qu'il avait chargé de ime le redire, qu'il voyait et lisait avec l'œil opéré toutes les enseignes qu'il n'avait pas lues depuis un an. On était alors au dixièmejour après l'opération.
Obs. 322. — Chez Jean de Bordeaux, cultivateur à Maisdon, près Nanles, j'ai constaté 1 l'étal suivnnl qui existait depuis 21 ans: l'œil droit est presque amaurotique. Cel œil louche I fortement en dedans et en haut; il existe une diplopie qui gène beaucoup. — J'ai coupé He droil interne et l'oblique supérieur, en ménageant le plus possible les enveloppes de ■'l'œil; le strabisme cl la diplopie ont cédé immédiatement. J'ai fait subir depuis lors au 1 malade un traitement approprié pour son amblyopie, mais je n'ai obtenu— et je l'ai revu idepuis peu — qu'une légère amélioration sous ce rapport. J'ai obtenu le même résultat imj médiat diins un cas tout pareil, et de plus la guérison de l'ainblyopie chez une jeune per- : sonne de Beaupréau, dont le droit inlerne présentait une terminaison bifide, l'une de ses terminaisons se rendant au grand oblique.
Les six ordres de diplopies que nous venons de passer en revue présentent donc six caractères commtins assez constants : I" la diplo- ' pie; 2" l'airaiblissement visuel d'un œil ; 3" de la gène allant jusqu'au
514 MALADIKS DI'.S MISCI.F.S l)K l/oKIl-
crligo, fuiand le malade rei^arde avec les deux yeux ; 4" des difllculiés dans raclion inuseulaire d'un ou de plusieurs muscles de l'œil ; 5" douleurs de lèle aciiielles ou anlérieures ; (')" la |)ossil»ililé de la iiuérison par la seclion du muscle opposant, aidée d'émissions sanguines ■ ou de moyens destinés à condjaUre l'élal de congestion du cerveau.
Quarante-trois opérations, dont qiKiranle et une suivies de succès, ', aflirmcnt ce qui précède. Nous aurions au besoin, pour l'appuyer, la i longueur des autres traitements et leur inellicaeilé dans un grand nombre de circonstances. On nous permettra donc d'ajouter, par analdgie, aux six classes que nous venons d'étudier, les deux suivantes , pour lesquelles il ne nous a jamais été possible de recourir aux sections ■ musculaires :
G. L'un des yeux a son axe plus élevé que l'autre, il est louche en haut ; il y a diplopie et amblyopie de cet œil.
H. Il n'y a point de strabisme apparent, mais il existe une grande fatigue oculaire; l'un des yeux est plus fatigué que l'autre. — Il y a diplopie dans un petit espace angulaire, mais seulement pour les objets placés au-dessus des axes horizontaux.
Nous pourrions encore former une neuvième classe des individus, en général très jeunes, chez lesquels on remarque une presbytie sans diplopie, avec léger strabisme en haut. L'un des yeux est bon, l'autre ne voit à lire qu'avec les n" 8 ou 10 bi-eonvexes. Cette presbytie avec strabisme pourrait cependant être congénitale. Aucune opération n'a été ni tentée, ni même proposée pour la guérir. Mais il convient delà signaler ici au point de vue de la science pure.
Quels que soient notre amour de l'anatomie et notre désir de rattacher les vices de fonction que nous venons de signaler à des étals onjaniques connus, nous n'y parvenons pas. Nous ne dirons pas que les diplopies sont des altérations de fonction suî generis, ce serait ridicule, et rien de plus. Nous ne dirons pas qu elles sont produites par des paralysies; où en serait la preuve en présence des faits que nous venons de décrire? Des phénomènes curieux dont nous avons été témoins nous mettront peut-être sur la voie d'une bonne hypothèse. Un jour que nous étions chez madame la baronne de V-, sa fdle, madame la comtesse de N., femme des plus distinguées sous tous les rapports , nous quitta pour aller se faire pratiquer, disait-elle , une petite opération dans une oreille. La corde du tympan ayant été malheureusement atteinte par la pierre infernale, soit directement, soil indirectement, par suite d'une forte cautérisation, madame N. présenta bientôt une double série de symptômes , les uns linguaux, les autres cérébraux. Ceux-ci altérèrent la faculté de parler d'une manière assez analogue à ce qui a lieu dans certaines amauroscs pour la faculté de voir Madame N se rappelait le commencement ou la lîn d'un mot ; sa parole était devenue lente et difficile, moins par vice lingual, car