‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 3)Chapitre 107 sur 144 · P\U.\LYS1IÎ DKS MI.SCLKS DE L OF.IL · texte numérisé non relu

P\U.\LYS1IÎ DKS MI.SCLKS DE L OF.IL

l.ieniùl, la laïque se trouva guérie, que par viee eérébral. Ainsi, me ,lisait-olle, jelis parlailcment une lellre; mais comment y répondre, |o,s(iuc je sais que j'écrirai Jean pour Pierre, transporlanl à Jean les iiléos qui se rattachent à Pierre, ou encore que j'écrirai mn pour Dlalnnihon, ou Malmai, crovanl avoir écrit le mot enlier?Kt puis cela MIC fatigue; j'ai eu des douleurs de tète, cl elles se reproduisent en

écrivant. , . ,

L'ne aflcclion d'un lilet nerveux |)eut donc produire des symptômes (le deux ordres : les uns dans les muscles aux(iucls il transporte l'aclion cérébrale, les autres dans une partie du cerveau (|ui semble iTslrcinte et localisée.

Remarquons maintenant ([uc, dans beaucoup de diplo|)ies, il faut, pour guérir rapidement, couper le muscle qui l'ail opposition, et avanl ou après cette section, traiter l'étal cérébral qui s'y rattache. D'où celle induction : la diplopie serait généralement une ad'eclion iier\euse exprimée par un état pathologique sensible d'un ou de plusieurs muscles de l'œil, et par un état cérébral plutôt congeslif que léellemenl inllammaloire dans la plupart des cas. Mais l'état patholoiiique des muscles n'est point nécessairement une paralysie. — Singulière paralysie, par exemple, que celle de M. Templier (Obs. 519), thez qui les droits supérieur cxlerne et inférieur sont guéris immédiatement par la section du droit interne ! ! !

Et si mainlenanl nous nous reportons aux paralysies de la face dans lesquelles il y a altération des fondions des muscles desservis par des syslèmes nerveux dillércnls, nous arrivons à comprendre que le même l'ail pourrait avoir lieu pour l'œil, et à rapporter la paralysie, si elle iloil être admise, et dans les cas où elle est probable, non plus à un I roue nerveux spécial, mais à des filets nerveux spéciaux pouvant appartenir à des troncs différents.

Nous n'irons pas plus loin dans cette voie, ce serait dépasser la logique des faits : toutefois, c'est quelque chose, encore qu'on ne connaisse pas le siège analomique d'une maladie, que de pouvoir y remédier.

Il est bon de remarquer que si, en général, la section du muscle opposant ramène promplemenl l'œil aireclé à une bonne vision , ^iuéril le plus souvent d'une manière instantanée l'amblyopie, ainsi que la myopie ou la presbytie (jui la compliquent, les mouvements des muscles ont besoin d'un traitement général , d'émissions sanguines surloul, pour revenir à l'état normal. Habituellement, si les émissions sanguines ont précédé la section des muscles, et si elles ont élé faites 'Ml temps opportun, cette section suffit à la guérison. T. ^^^]

MALADIKS DKS MISCI.KS UK l.'oKll,.

PARALYSIE DES MUSCLES DE l'oEIL.

J'îii (U'jà eu l'occasion de |);h'1(;i' (page '2()'2) de la (Véqiieiicc des ^ aiïcclions paralytiques des muscles auxquels se distribue le nerf de la i troisième paire, ou moteur oculaire commun. On rencontre Iréqucniment la paralysie des muscles droits supérieur, inférieur et interne, . accompagnée d'un état semblable de l'élévateur de la paupière supérieure, tandis que le droit externe reste intact et entraine l'œil vers la h tempe. Si l'on soulève, en pareil cas, la paupière avec le doigt et que : l'on prescrive au malade de regarder en bas, on voit qu'il essaie de le faire, mais qu'il ne peut y réussir. Si on lui dit de regarder en liaut, i ou en dedans , il n'y parvient pas, et lors même qu'il s'efforce de regar- ; der droit devant lui , il peut à peine cbanger la direction de son œil I; qui est tourné du côté de la tempe. On donne à cet état de distorsion n fixe le nom de hiscitas. On remarque aussi que la pupille est dilatée • et qu'elle ne se contracte pas lorsqu'on l'expose à une lumière vive; car l'iris, qui puise son principe moteur dans le nerf de la troisième • paire, est compris dans l'affeclion paralytique.

Quelquefois, lorsque les muscles animés par la troisième paire sont i restés longtemps paralysés, il peut arriver que la même affection i envahisse aussi l'abducteur; alors l'œil n'est plus dirigé vers la tempe, mais directement en avant, et quelque effort que fasse le malade, il ne • peut être porté dans aucun autre sens. On peut alors conclure que la i cause morbide qui comprimait la troisième paire seulement, a étendu son action jusqu'au nerf de la sixième paire.

Lorsque l'œil a perdu l'exercice de ses mouvements par suite de la paralysie des muscles droits, il est exposé à faire saillie hors de l'orbite, état qui, ainsi que je l'ai déjà dit, s'appelle ophthalmoptosis. Sir • Charles Bell en a publié un exemple (1), compliqué de l'aneslhésie des parties auxquelles se distribue la cinquième paire.

On rencontre quelquefois la paralysie isolée du muscle abducteur; l'œil est alors tourné en dedans et ne peut être porté vers la tempe. Dans un cas de cette espèce, que j'ai vu au Glasgow Eye Infirmary, et qui paraissait de nature apoplectique, le malade était affecté de douleur circum-orbitaire, de vertige et de diplopie. Le docteur Yelloly (2) a publié un cas de paralysie de l'abducteur du côté gauche; elle était due à la compression exercée par une tumeur sur le pont de Varole

(1) Nervoiis Syslrm of llic lltiinnn Body, Appcn.lix, p. CV. Loiulon, 1809. (2 Mc(lico-Cliirurgic;il Traiisatlioiis, vol. 1, |). 181. l.tiiulon, 1809.

PAIIALYSIE DES MUSCLES DE l'oEIL

et le corps pyramidal gaucho. L'allcclion oculaire s'accompagnait de paralysie de la moitié droite du corps. La pu|)ille conservait sa sensibilité à la lumière. On a aussi vu une tumeur située dans le quatrième ventricule déterminer une paralysie de Tabdueteur (1).

Lorsque les nu)uvemeiils produils par l'élévateur de la paupière el les droits interne, supérieur et inférieur de l'œil sont empêchés en partie ou en totalité, le mouvement, par suite duquel le globe de l'œil se trouve dirigé en dedans et en haut, et qui se produit lors(|ue l'on cligne l'œil, ou lorsque l'on ferme les yeux pendant le sommeil, et que l'on peut attribuer à l'action de l'oblique inférieur ( petit oblique), s'accomplit évidemment avec difficulté, ou est comi)létemcnl perdu.

Dans la plupart des cas de paralysie des muscles de l'œil, on trouve que le nerf de la cinquième paire cl la portion dure de la septième continuent d'exercer leur action. La réline conserve aussi, en général, sa sensibilité spéciale ; néanmoins, quand la troisième paire est affectée, la vision est un peu confuse, ce qui est dû à la dilatation et à l'immobilité de la pupille. Quelquefois il y a amaurose complète avec céphalalgie intense.

Les attaques de paralysie des muscles de l'œil s'accompagnent généralement de céphalalgie, de vertige et de diplopie. Les fonctions de l'eslomac et des intestins sont aussi souvent dérangées.

La diplopie est souvent le principal et quelquefois le seul symptôme dont se plaigne le malade. En faisant passer un objet devant lui,' d'un côté à l'autre, puis de haut en bas, et en le priant de le suivre des yeux sans bouger la tête, on reconnaît quel est celui des deux yeux et quels sont les muscles alîectés, même quand la paralysie est très peu prononcée. C'est en général l'adducteur ou l'abducteur de l'un ou de l'autre œil qui est en défaut, de sorte que cet organe ne peut être complètement tourné en dedans ou en dehors. La diplopie se manifeste le plus souvent lorsque le malade essaie de regarder droit devant lui toujours lorsqu'il tente de regarder dans une direction opposée à la déviation de l'œil malade. Si c'est l'élévateur de Vœ\\, par exemple, qui se trouve paralysé, la diplopie survient chaque fois que le malade essaie de regarder en haut; si on l'invite à regarder fixement un objel placé directement devant lui, on voit le bord inférieur de la cornée de l'œil malade s'enfoncer derrière la paupière inférieure.

Dans les cas de paralysie du nerf de la quatrième paire, ou dans celle de la branche de la troisième qui se rend à l'oblique inférieur, les mouvements de rotation de l'œil sont troublés, ainsi qu'on pourrait

(1) Uiid., p. 2I(). [Voir sur la paralysie du nerf oculo-inolcurcxlenK! : llcclicrclics de plivsiologie ou lie pathologie sur ijuplques paralysies de TumI cl de ses auMexes, iiar Picrni-Qinx. Aiiliule.d'Oeulisliquc, t. I, p. 4, Slj. — Paralysie du ucrf moleur oeulaire oxlerue, par H.u)ix d'IIuiiti;bisk. Ibiil , l. XXll, p. 5, /i!). — Paralysie des :ï«-' eUI'' paires i)ar Uijvai.. Ihid., 1. XXIU, p. \i7, Paralysie du nerf oculo-iwoleur exleriie, par li()i)au;ri:s. Iliid., I. XXV. p. Si.]

;)18 M\i,Ai)ii:s DUS musci.ks dk i/or.ii..

peut-être le découvrir en saisissant la tête du malade et en la portant (runc épaule à l'autre.

[Klle accompagne le plus souvent la paralysie des muscles animés par la troisième et la sixiènui paires. On la reconnaît, quand elle est . isolée, aux signes suivants : le malade voit double, bien que les yeux ^ soient sains en apparence et n'oirrenl dans leurs mouvements, ni dans ceux de la pupille, ni dans Tctat de leurs milieux, aucune altération i qui puisse rendre compte de ce phénomène. Quand le malade regarde attentivement un point (ixe placé devant lui, on reconnaît plus oui moins aisément que Tune des cornées est située i)lus bas que laulre. Si cette diflërence n'est point immédiatement manifeste, elle ne tarde pas à le devenir, si le patient maintient les yeux fixes assez longtenips; on voit alors la cornée de l'œil malade s'abaisser insensiblement et se cacher en partie sous la paupière inférieure. M. Desmarres fait observer que, dans quelques cas de paralysie incomplète, ce symptôme est assez difficile à saisir. Il conseille alors le moyen suivant : on fait i fermer les yeux au malade; puis on lui ordonne de les ouvrir tous deux . en même temps et de les fixer immédiatement sur un objet placé à i quatre ou cinq pieds devant lui, tandis qu'un corps opaque est main- • tenu devant l'un d'eux. Quand l'attention du malade est bien arrêtée sur l'objet qu'il regarde , on découvre vivement l'œil que l'on avait couvert, et si son muscle grand oblique est paralysé, on reconnaît que ■ la cornée est manifestement abaissée, mais que, après quelques oscillalions, elle reprend sa position.

La diplopie présente ici cette particularité, que les deux images sont t placées l'une au-dessus de l'autre et qu'elles persistent, quel que soit i le point vers lequel les yeux soient tournés. Cependant, on fait dispa- ■ raitre la double image en inclinant la tète à gauche, si c'est le grand I oblique droit qui est paralysé, à droite, si c'est l'oblique gauche.

Obs. 323. — Un tailleur, âgé de 49 ans, avait eu, il y a longtemps, un chancre qui guérit ; rnpldenienl et sans laisser île traces. A 36 ans, il en avait eu un autre qui avait duré long- temps et qui avait été suivi d'un exanthème rebelle. Le malade avait ressenti, il y a quatre f ans, pour la première fois, un engourdissement dans l'épaule droite, des douleurs et un i affaiblissement notable du bras du même côté. L'affection oculaire pour laquelle il s'a- dressait à moi avait débuté, il y a trois ans, par des éblouissements, de la lassitude dans les yeux quand il se livrait à un travail un peu prolongé, mais il n'avait remarque de la diplopie que depuis cinq mois. Le bras droit était un peu plus faible que le gauche, mais la paralysie était très marquée dans les muscles oculaires, surtout dans l'abducteur gau clie L'œil de ce côté ne pouvait être dirigé que sous un angle de dix degrés au delà de la » ligncniédiane,etencoren'yarrivait-ilqueparsecousses,comme dans les cas ou les muscles ■ obliques suppléent aux droits. La diplopie était en rapport avec ces symptômes ; les deux ■ images étaient d'autant plus éloignées l'une de l'autre que les yeux étaient plus diriges d gauche mais elles étaient à égale hauteur et dans la même direction verticale. ()»im l'objet il examiner était placé plus bas, il se manifestait dos symptômes qui ne pou\aiçni dépendre de la paralysie de l'abducteur : l'image de gauche paraissait sensiblement plus > haute que celle de droite, et la diplopie persistait aussi longtemps que les yeux elaiem dirigés en bas, même quand ils étaient en même temps dirigés à droite. Quand je Pi-H'' ' l'objet en bas et en dedans de façon que l'œil gauche pût se fixer dans celle direction, n

P.VttALYSlK l)i:S MlISCl.KS DK lA)KIL.

me seinl.lait voir l'œil droit se diriger un peu en dednns el en i.;.ut de l'objet; et en effet miand l'œil giiuclio était fermé, la cornée droite se dirigeait en dehors et en bas. Uuiiiid les deux veux regardaient en haut et à droite, les deux axes visuels avaient une position Monnaie et la visioit était simple. S'agissail-il ici d'une paralysie incomplète du muscle droit inférieur ou du muscle trochicateur? La convergence patlio ogi.iue .luaiid le malade regardait en bas, parlait en faveur de celte dernière. De plus, le malade accusait une obiiMuiU' sensible de l'image de droite, dont le sommet était i)eiiclie a gauclie coinme cela Jlieu dans la paralvsie du grand oblique. De plus, <iuand l'objet était placé dans a partie inférieure du champ visuel, et qu'on le promenait de droite a gauche, I obli(|uite diminuait pendant la i)remière moitié de la distance parcourne par l'objel, tandis «in elle restait la même ou qu'elle augmentait même par places pendant la seconde, dans buiuellc cette appréciation était dillicileà cause de l'éloignenieiit des deux images. Quand on promenait l'objet de droite à gauche, la différence de iiauteur augmentait. — La vue était d'égale force aux deux yeux. — La maladie, étant sous la dépendance de la dyscrasie syphilitique, guérit par l'aclion de l'iodure de potassium dont le malade prit environ deux onces en iiuit semaines.

Ol>s. 324.— Un architecte. Agé de 26 ans, vint me consulter en iiovembrel8o4 pour une affection de la vue qui datait du 1" octobre. Ce jour-là , il avait remarqué (jue les personnes et les maisons lui paraissaient confuses, et quand il l'ut rentré chez lui, il ne put lire quelque temps de suite sans lermer un œil. Plus tard il s'aperçut que cette confusion n'était que de la diplopie. En elTet, quand il se baissait pour ramasser un objet, il en voyait un autre moins distinct un peu à gauche etbeaucoupplusprès delui;quand illisait,ii voyaitbientôt les lignes sauter à gauche et en bas , à droite et en haut. Si , de la rue, il regardait une fenêtre, il en voyait une seconde, image oblique dont la partie supérieure était dirigée à droite. Ces phénomènes cessaient dès qu'un œil était fermé. L'étal général était satisfaisant, sauf des céphalalgies violentes accompagnées de bruissements d'oreilles qui survenaient par accès pour cesser au bout de quelques heures et qui avaient marqué le début de l'alTeclion. Elles s'accompagnaient de vertiges et paraissaienl redoubler sous l'inlluence de la diplopie. — il avait eu un chancre six mois auparavant, qui avait guéri sans induration et sans phénomènes secondaires. — 11 y avait évidemment une paralysie du trochléateur gauche. La diplopie ne se montrait que dans la moitié inférieure du champ visuel et avait pour limite supérieure le plan de la vision horizoïilale. Si l'on niellait l'objet plus bas, la distance latérale et perpendiculaire des deux images augmentait, et celle de gauche devenait plus oblique. L'axe visuel gauche prenait en même temps une direction convergente et passait au-dessus de l'objet. Si on le faisait mouvoir à droite dans la partie inférieure du champ visuel, l'obliquité diminuait, tandis que la différence de hauteur augmentait de plus en plus, au point que les images linissaient par être situées l'une au-dessus de l'autre et en arrière. L'examen objectif montraitalors une différence considérable de hauteur entre les deux cornées, dont la gauche devait descendre sensiblement pour arriver à regarder l'objet, quand on avait préalablement fermé l'œil droit. Si l'objet était ensuite dirigé de droite à gauche, on remarquaitia progression inverse des phénomènes, et la différence de hauteur des deux cornées ne pouvait s'observer lorsque l'objet avait atteint les dernières limites à gauche, moment où l'obliquité avait atteint son maximum et était del5°à l8''. — L'image gauche était beaucoup plus rapprochée que la droite qu'elle recouvrait dans certaines posilions. — Ce malade fut traité par les sangsues arlificielles de iieurleloup, des dérivatifs sur le tube digestif, des sudorifiques ; je lui fis porter des lunettes à verres bleus plans, recouverts du côlé malade de laffelas d'Angleterre. La diplopie disparut peu à peu et au bout de trois mois la guérison était presque complète (1). T. W. ]

Causes. — Ainsi que nous l'avons déjà menlionné (page 2()'2), la paralysie des muscles de l'œil est quelquefois occasionnée par Tcxposilionau froid, tandis que d'autres fois elle est produite par une con-

[(1) GnAni'K. Arfhiv fiir Oplitlialiiiolot^io, 1. 1, 2, p. 313-526.— Voir sur hi piiriilysio du musrlc grand oblique- Des uerfs ilo l'orbite, |)ur John Stbutiieiis. Aiiuiilos (rOculislique, I. XXIX. p. IC]

M.VLADIKS DlîS MIÎSCUKS l)K LOVAI.

ij;osUon vasculaii'c, un cpancluMnciil, l)i'usqiic, des prodiiclions morbides, ou quelque désori^auisalioii lenle siégeanl à rinlérieur du ci'àiie. Os dernières eause.s sont <|uel([uefois la conséquence de coups ou de chutes sur la lèle. La paralysie des muscles de l'œil est assez souvent syphilitique. Elle est alors ordinairement accompagnée de névralgie de la cinquième paire et de symptômes syphiliti(|ues secondaires. ' Dans ces sortes de cas, j'ai remarcjué la cond)inaison si remarquable d'une ancsthésie avec une névralgie.

Dans certains cas cérébraux, les symptômes surviennent lentement et d'une façon insidieuse ; dans d'autres , ils se montrent brusquement et à un degré prononcé. Au début, ainsi que cela s'observe dans d'autres paralysies, les symptômes se montrent quelquefois et disparaissent alternativement.

Outre des tumeurs comprimant la troisième et la sixième paires, on a quelquefois trouvé à la dissection des épanchements de lymphe coagulée environnant le nerf affecté (1).

Obs. 325. — Un ecclésiastique, officiant à un mariage, fut retenu pendant plusieurs heures dans une chambre fortement chauffée, el assis entre une porte et une fenêtre ouvertes, le côté gauche tourné du côté de la porte. Le lendemain matin en s'éveillant, il fut fort surpris de ne plus pouvoir ouvrir l'œil gauche ; celui-ci était tourné en dehors el ne pouvait être porté ni en dedans, ni en haut, ni en bas. La pupille était largement dilatée et immobile. La vision de l'œil droit, lorsqu'il l'employait seul, était bonne; mais lorsque les deux yeux restaient ouverts, il survenait immédiatement de la diplopie et des vertiges.

Obs. 3"26. — J'ai vu, conjointement avec le docteur King, un gentleman chez qui les deux yeux étaient dirigés en dedans par suite de la paralysie des abducteurs. Ce symptôme avait été précédé six ans auparavant par de la faiblesse des extrémités et une douleur dans le vertex. Il y avait des raisons de penser que sa maladie était la conséquence d'une chute qu'il avait faite en bas d'un chariot, sur le derrière de la tète, quand il était encore enfant.— A la dissection, on trouve la dure-mère du voisinagedusinus longitudinal fort épaissie et offrant des fibres prononcées, et des aiguilles osseuses sur l'une el l'autre de ses faces. Entre sa face interne et l'arachnoïde qui recouvre le cerveau, l'on rencontre beaucoup de matière de Pacchioni. La dure-mère, dans la fosse basilaire, offre sur l'une et l'autre de ses faces une production alhéromaleuse qui ajoute beaucoup à son épaisseur. Cette dégénérescence s'étend jusqu'au ligament dentelé. La glande pituilaire el les sinus caverneux sont à l'état normal. Les parties centrales du cerveau sont ramollies, surtout le septum lucidum et la surface des corps striés et des couches optiques.

[ Obs. 327. — Un barbier d'un faubourg de Conslantinople, âgé de 37 ans, d'une constitution délicate et détériorée, menant une vie déréglée, avait eu, quatre ans auparavant, des chancres sur le gland et sur le frein de la verge. Après avoir suivi les conseils de divers empiriques, ilavaiteu recoursàunmédecin. Sa santé paraissailrélablielorsquedeux ans après, sans contagion nouvelle, survinrent des syphilides el plus tard la chute des cheveux et des poils. Il entra à l'hôpital de Yédi-Koulé où un traitement régulier fut inslilué; mais rebulé de sa longueur, il en sortit avant sa guérison complète. De nouveaux accidents ne tardèrent pas à apparaître, el un an et demi après, le 5 février 18o2,

(1) Bell. Op. cil., pp. xxxii, liii. Voyez le cas d'Agnès Robertson, chez qui la paralysie des deux nerfs de la troisième paire était due à une tumeur fongueuse de la dure-mère, Médical Gazelle, vol. XXII, p. 781. London, 1858. Voyez un cas par Sria'TUKns, de paralysie de la iroisième paire. On trouva, à la dissection, le nerf petit et d'une couleur jaune brune. .Monllily .lournal of Médical Science, July 1853, p. I.

l'AUALYSIF, DICS Ml'SCMvS 1)K l/oKlL.

il vcnli-iuliiiis lu nu'iiic liôpilal où il fui coiilié iiux soins de M. neyraii. Il porlail alors ,los pcrioslosos (loiiloiinuiscs sur le libia droil ol sur la clavicule sauclie, cl la voix était ilUirce Mais un i)liéuoinciic lixa particiilièreuient l'allculiuu : le «lohe oculaire droil inait forlcnieut porté en dedans, de manière (lue la cornée se trouvait pres<|ue enlièreiiienl cachée derrière le grand angle de l'œil : cet organe, dont les niouvenienls étaient irès bornés conservait la luénie position lorsque l'on couvrait l'œil sain. I>a pupille, restée conlraclile,' paraissait un peu moins dilatée que colle du côlé opposé. Il y avait diplopie n conlusion des images, les doux yeux étant libres ou To-il sain étani formé. Ce |.lionomène disparaissait lorsque l'on recouvrait l'œil affecté, l.'arcado sourciliore était le siège de douleurs gravativos quiaugmciilaieiit après lecouclier du soleil. Il n'existait aucunsigne ,raflcction cérébrale M. Upyran inslilua aussitôt un Irailcmenl par le prolo-iodure de mercure en pilules, associé' aux extraits de cigiio, d'opium et de belladone. Il prescrivit lies vésicatoiros saupoudrés do camplire sur les périostoses, dont il lit ensuite recouvrir les plaies de cata|)lasmes laudanisés, et un petit vésicaloire fut appliqué sur l'arcade sourcilièro, à panser avec le céral belladoné. I.o (roisièmc jour, les douleurs dos périostoses élaient considérablement diminuées et celles du sourcil avaient disparu. Vers le vinglième jour, l'adduction de l'œil était moins prononcée et il n'oxislail plus de douleur nulle part. 1,'ioduro de potassium fut alors ajouté. L'amélioration dans l'état de l'œil, des périostoses et de la santé générale (il désormais des progrès constants, cl au bout de trois mois de irailement la guérison était complète. D'après l'auteur, cotte paralysie survenue pendant les accidents tertiaires et trois ans et demi après le début de l'infection par des chancres, le porte à admettre que, par suite de la lésion spécilique des parlies osseuses avec lesquelles la sixième paire se trouve en rapport, il a pu et il peut toujours résulter, dans des circonstances analogues, une compression qui doit occasionner la paralysie de ce nerf(l). T. W.]

Traitement. — J'ai peu de choses à ajouter à ce que j'ai dit sur ce sujet page 263. Les causes de la maladie, étant les mêmes, doivent être combattues par les mêmes remèdes. Dans les cas qui dépendent du rhumatisme, ou dans les cas céréhiaux brusques, on réussit souvent au moyen des déplélions sanguines (2), des révulsifs et des moyens résorbants. Les cas syphilitiques cèdent à l'usage persévérant du mercure et de l'iodure de potassium. Dans les cas cérébraux qui marchent lentement, nous assistons le plus souvent en spectateurs impuissants à la perle successive de toutes les fonctions, jusqu'à ce que la mort vienne clore la scène. La névi\ilgie qui accompagne souvent la paralysie des muscles de l'œil, est fréquemment soulagée par l'administration à l'intérieur de petites doses de teinture d'aconit.

L'électricité et le galvanisme rendent de grands services. Dans un cas où la cause était une chute de cheval, et qu'a rapporté le docteur E. Graefe (3), l'électro-puncture a paru utile. Magendie signale dans SCS leçons (4) un cas dans lequel une seule application de l élcctropuncture a amené la guérison.

[(1) Bullcliii de rAcadcmic; royale de médecine de Belgique, l. XIII, ]). 478.]

(2) Voyez une oliservalion de paralysie de la troisième j)aii'e, précédée de céphalalgie iiilensr, cl Irailée sans succès par les remèdes dils anli-iicrveux, mais guérie par la saignée. iSii.i.i.\r.°s Firsl Principics of Mcdieiiie, p. 219. Loiulon, 1858.

(ô) GiiAKFE und Waltiieii's Journal der Chirurgie und Augenhciikuude, vol. XII, p. 556. Berlin, 1828.

(4) Lancclle française, G fév. 1856.

MALAOIKS I)I',S MliSCI.KS l)K L OKII,

SIXTION V.

STIWlilSMR , OU DÉVIATION MOBILE UU GLOllE 1)K l/oKII..

De axpétpw, yt' tourne. — ^yii. Strabismits activus. Fig. Dicffenbacli, lab. I. Boycr, pl. 1 cl 2.

I. Symptômes. — Le slrabisme esl une maladie dans laquelle, bien i (jue le malade ait la volonté de regarder un objet avee les deux yeux, . l'un d eux se détourne involontairement de la direction qu il devrait t prendre, et indépendamment des mouvements de l'autre. Quand l'œil 1 sain , le meilleur, est fermé, celui qui élaildévié reprend ordinairement une 1 direction normale, et tant qu'il esl employé seul, il peut à volonté être dirigé dans tous les sens. Mais dès l'instant que l'œil sain s'ouvre de nouveau, l'autre se tourne en dedans ou en dehors et reprend son i immobilité ; ses mouvements ne s'harmonisent plus avec ceux de son i congénère, ou, s'ils s'exécutent en même temps, les axes des deux yeux . ne sont jamais dirigés vers le même objet. Aussi le malade voit-il I double, surtout au début de la maladie; mais au bout d'un cerlaiu i temps, la diplopie disparait, parce que le sujet ne tient plus compte de • l'impression produite sur l'œil qui louche.

L'œil est beaucoup plus fréquemment dévié en dedans qu'en dehors, , l'adducteur paraissant doué d'une puissance plus énergique que l'abducteur. Quand il est tourné en dedans, la maladie s'appelle strabisme convergent, et strabisme divergent lorsqu'il est tourné en dehors. On rencontre aussi quelquefois le strabisme en haut ou en bas, ou i dans toute autre direction intermédiaire. Chez quelques sujets, les yeux louchent alternativement, ou tous les deux à la fois. Je n'ai vu qu'une ■ seule fois le strabisme en haut. La maladie était congéniale , et, bien i que l'œil semblât normal lorsqu'on l'examinait isolément, il paraissait bien moins développé lorsqu'on le comparait à l'autre , et sa faculté sensitive était beaucoup alfaiblie. Chez une personne convalescente d'amaurose de l'œil droit, l'œil gauche fut pris de strabisme en haut et en dehors, sans diplopie ni trouble de la vision.

[On a encore décrit le faux trait ou strabisme parallèle, dans lequel les axes visuels restent dans un parallélisme constant, de manière qu'il existe un défaut dans la position relative des yeux, défaut qui devient d'autant plus marqué que le regard se fixe sur un objet plus rapproché. Enfin, dans le strabisme terrible, un œil est dirigé en haut et l'autre en bas, et dans le strabisme double alternatif, le strabisme passe d'un œil à l'autre ; il est le plus souvent convergent et la vision s'effectue également bien avec l'un et l'autre œil. T. W.]

srnAnisME.

La vision d'un œil qui louche est presque toujours imparfailc ; aussi ceux qui louchent des deux yeux ne voient-ils que eonfusénienl cl indistinctement. Ceux qui louchent en dedans, des deux yeux, sont très myopes et à peu près amuuroliques (I).

II. Cause prochaine. — C'est une opinion très répandue, que la cause la plus (réquente du strabisme consiste dans la faiblesse de la vue, l'imperlection de la vision par suite de myopie, ou dans quelque vice congénial de la rétine. L'œil dévié est dans presque tous les cas très inférieur à l'autre en faculté sensitive. Je me sers des mots très inférieur, parce que l'on rencontre beaucoup de sujets qui ont les deux yeux légèrement inégaux en faculté visuelle et qui cependant ne louchent pas. Il en est de même pour d'autres qui, depuis l'enfance, ont un œil atïecté d'amaurose complète ou presque complète. Bulïbn pensait que l'inégalité de puissance visuelle produite par le strabisme était des trois huitièmes. L'impression déterminée sur les yeux étant beaucoup moins parfaite sur l'un que sur l'autre est bientôt complètement négligée par le plus défectueux, et au lieu de fixer celui-ci sur l'objet à regarder, la personne aflectée le laisse errer loin de l'axe réel delà vision. Quelquefois, le sujet essaie instinctivement de dévierencore davantage l'œil faible et de le diriger en dedans sous la paupière supérieure, afin de le soustraire à toute impression et de laisser l'œil sain seul instrument de la sensation. ■>'•'

Il n'existe, en général, dans le strabisme convergent, ou dans le divergent, aucun changement de structure dans les muscles adducteur ou abducteur. Cela est parfaitement démontré par les mouvements que Tœil strabique exécute conjointement avec son congénère, et encore mieux lorsqu'on laisse l'œil strabique ouvert et que l'on ferme l'autre. On voit alors, en efl'et, l'œil strabique reprendre une position normale et se mouvoir très librement d'un côté à l'autre, et souvent d'une facou très naturelle. Cette expérience démontre de plus que, dans le strabisme, il n'existe point d'état paralytique du muscle qui siège du côté opposé à la déviation; elle fait tomber aussi, au moins pour la plupart des cas, cette hypothèse que, dans un œil strabique, la partie la plus sensiblede la rétine ne seraitpas le somîneï(2), comme dans un œil sain, mais quelque autre partie ; d'où la nécessité de dévier l'œil afin que l'image des objets puisse venir tomber sur ce point. On sait, en effet, que, le plus souvent, dès que l'œil sain est fermé, l'œil strabique, par l'action de ses muscles adducteur et abducteur, dirige la pupille et par conséquent le sommet de la rétine vers l'objet qu'il veut regarder. Il y

[(i) Il faiitclabiir une dislinclioii très imporlanic entre la puissance visuelle manifestée et la puissance visuelle vianifcstable. L'œil dévié par un strabisme est presque toujours très inférieur ù l'autre, parce qu'il est dévié ; mais il possède souvent une puissance visuelle égale, quoique lalenle, puissance qui se manileste peu après l'opération. T. \V.]

[Ci) Veriex, summcl, dans la supposilion que la réline représente un cùne dont rexlréniilé de l'axe optique serait le sunnnet. T. W.]

MALADIKS DUS MUSCI-KS 1)K l'oKII,.

a oxcopiion à cello règle (juand iiiic lâche de la cornée recouvre parlielleineiil, la puiiille. S'il n'en existe point el (juc, en lermanl l'œil sain, , celui qui louche ne se dirige point directement vers les ohjets, niais > reste dévié, alors, mais alors seulement, on a quelque sujet de croire que le sommet de la rétine est moins sensible que quekju'une de ses « portions latérales. La cause du strabisnie ordinaire doit donc être cherchée ailleurs que dans les nmscles de l'œil, ailleurs même que dans la réline, c'est-à-dire dans le cerveau elles nerfs, organes qui i président à l'association des actes des muscles des deux yeux. 11 ne faut donc pas s'étonner que, lorsqu'il vint pour la première fois à la pensée de quelques médecins (1) que la division du muscle adducteur pourrait se montrer utile dans le strabisme convergent, celle idée de remédier à l'exercice désordonné d'une fonclion nerveuse par la section de l'mi des muscles dont les actes étaient troublés par suite de ce désordre nerveux, ait été accueillie avec défiance, puis abandonnée.

III. Anatomie pathologique. — Les dissections n'ont jeté que peu de lumière sur la cause du strabisme. Lorsqu'on dissèque les muscles d'un œ\\ qui a été louche, on n'observe en général rien d'anormal ni dans sa texture ni dans ses points d'insertion (2).

Un jeune homme que M. Guersant traitait, et qui avait une tache sur la cornée de l'œil dévié, fut atteint d'une fièvre typhoïde dont il mourut. Le docteur Cavarra (5) disséqua avec soin les muscles, les vaisseaux et les nerfs de cet œil, mais il n'y trouva pas la moindre altération. Le cerveau paraissait sain, si ce n'est que la partie latérale externe du pédoncule cérébral correspondant au côté affecté de strabisme, présentait, dans l'étendue de quelques lignes, une perte de substance qui laissait à nu la substance médullaire (4).

Dans un cas de strabisme convergent disséqué par M. Partridge, le droit externe était allongé et fort aminci ; le droit interne était court, volumineux, et avait un tendon fort épaissi. Excepté dans l'élévateur de la paupière, les fibres musculaires se montraient, au microscope, composées de matière granuleuse pure, renfermée dans les gaines

(1) Heuermann, dans son « Abhandlung der neueslen chirurgische Operalionen, » publié à Copenhague et Leipsick en 1756, d'il que le chevalier Taylor prélendail guérir le strabisme par la section du tendon du muscle oblique supérieur (grand oblique).

En 1827-28, M. Anthony While, chirurgien au Westminster Hospilal, a souvent recommandé, dans ses observations cliniques, la section du muscle adducteur comme une opération qu'on devrait pratiquer, et il s'était mis ù rechercher des animaux slrabiqucs, afin d'essayer sur eux cette section avant de l'appliquer à l'espèce humaine.

(2) Cavarra. Journal liebdomadairc des progrès des sciences médicales, tome I, p. a09- Paris, 1836.

(3) Op. cit., pp. 310,51 1. , • • 1

(4) Le docteur Cavarra dit que si Ton divise le pédoncule sur un animal vivant, celui-ci louche immédiatement. La section de la substance médullaire du cervelet, du pont de Yarole, ou de la partie latérale de la moelle allongée, produit le même elTet. Si au lieu de diviser, sur un animal vivant, le pédoncule cérébral, on se borne à le comprimer, le strabisme

'survient, dit-il; et si l'on cesse cette compression, l'œil reprend la faculté de se mouvoir régulièrement. Ce que l'on produit dans ces expériences n'est pas tant le strabisme que la luscitas par suite de paralysie.

STnABIS.ME.

que l'orme le sarcolcniine : on reiiianiuail çà et là quelques libres striées; mais on en trouvait à peine dans le droit externe. Le nerf de la sixième paire, immédiatement après son entrée dans l'orbite, paraissait légèrement grisâtre et semi-transparent; son tronc renfermait une petite tumeur ovalaire, du volume d'une tête d'épingle environ, et dure au toucher (1).

[Certaines dillbrmités de l'orbite ont été signalées comme pouvant donner lieu au strabisme. A l'autopsie de plusieurs cadavres d'individus qui avaient été louches, on a remarqué que la cavité orbilaire, qui, dans l'état normal, doit former une pyramide droite, était plus ou moins oblique. Le sommet de cette pyramide, chez les individus qui avaient été aflectés de strabisme congénial, s'inclinait en dedans ou en dehors, en haut ou en bas. T. W.]

IV. Variélés de strabisme. — Lorsque les muscles et les nerfs moteurs de l'œil sont parfaitement sains, quand le regard se porte directement vers quelque objet éloigné, la pupille de chacun des yeux se trouve située presque au centre de l'espace qui sépare le côté nasal du côté temporal de l'orbite, et l'on considère les axes des yeux comme étant parallèles, bien qu'ils ne le soient pas, dans la stricte acception du mot. Si l'on mesure la distance qui existe entre les pupilles, ou entre les bords internes des cornées, et que le regard se tourne de côté ou d'autre, et vers des objets situés à la même distance que celui précédemment choisi, l'un des yeux se trouve dirigé en dehors par l'action de son abducteur et l'autre en dedans par celle de l'adducteur ; mais les pupilles restent à la même distance l'une de l'autre et les axes des yeux continuent à être parallèles.

Le parallélisme mutuel est donc la condition normale des yeux, lorsqu'on les dirige sur des objets éloignés ; et comme cette condition persiste, même lorsque l'un d'eux a cessé de voir, elle doit être indépendante de la vision et tenir à quelque disposition des nerfs moteurs.

Quand une personne alfectée de strabisme examine avec les deux yeux quelque objet éloigné placé droit devant elle, l'une de ses pupilles est située normalement, mais l'autre est tournée vers le nez ou vers la tempe. Lorsque l'une ou l'autre des pupilles se trouve ainsi déviée, les axes des yeux ne sont plus parallèles, et s'ils étaient prolongés, ils se rencontreraient et se couperaient au-devant des yeux dans le strabisme convergent, derrière eux dans le divergent. Ceci se produit, soit que la personne regarde en avant ou de côté , car si l'on mesure la distance qui sépare les bords internes des cornées pendant que le malade regarde un objet éloigné placé droit devant lui, on trouve celte distance moindre qu'elle ne devrait cire, dans le strabisme convergent, et plus considérable, au contraire, dans le divergent. Que l'on tourne les yeux dans

(1) Loiidon médical GazeUe, vol. XLV, p. mi.

•j2G MAI.ADIKS 1)KS MDSCI.F.S 1)K l/oKll,.

tous les sens, celle disluiice diiïère toujours au même degré, cl par conséquent raberralion de parallélisme continue aussi à être la i même.

Il existe donc dans le strabisme une association nouvelle et anormale des yeux, une convergence mutuelle dans Tune des variétés, el i une divergence mutuelle dans Tautre. (îomnie pour le |)arallélisine, '. chacun des yeux prend part à cette association nouvelle (|ui subsiste aussi, quel que soit Tétai de la vision , et qui persiste également dans quelque direction que soit placé Tobjel regardé. L'un des yeux peul être droit ou placé au centre de Torbite, comme lorsque le sujet regarde un objet placé direclemenl devant lui, tandis que Taulre œil est tourné en dedans ou en dehors. L'un d eux peul être tourné en dehors et i l'autre en dedans, comme lorsque l'on regarde de côté. En faisant mouvoir l'objet vers le côté temporal de l'œil dévié dans le strabisme convergent, ou vers le côté nasal dans le divergent, les deux yeux se trouvent, dans le premier cas, également dirigés en dedans, ou également dirigés en dehors dans le second. Néanmoins, la distance qui sépare les pupilles restera toujours vicieuse, et par conséquent le parallélisme manquera, et la convergence ou la divergence mutuelle, suivant les cas, n'éprouvera pas de changement.

En traitant du strabisme, nous devons distinguer la rotation en dedans (inversion) et la rotation en dehors (éversion) de la convergence mutuelle ou de la divergence mutuelle. Dans beaucoup de cas de strabisme convergent ou divergent, on remarque que, lorsque le malade regarde complètement de côté, l'un des yeux est tourné en dedans et l'autre en dehors. C'est donc le manque de parallélisme entre les axes des yeux, et non simplement la rotation en dedans ou en dehors, qui est la caractéristique essentielle du strabisme (1) ; et l'objel essentiel du traitement n'est pas de faire disparaître la déviation en dedans ou en dehors , encore moins de détruire la faculté qu'a l'œil de se tourner

(1) Comme exemple de la distinction qui existe entre la rotation en dedans ou la rotation en i dehors, et la convergence ou la divergence mutuelle, je puis citer le cas d'un malade auquel je donne des soins, et qui est presque aveugle de 1 œil droit par suite de la projection d'une pomme de terre qu'on lui a lancée , il y a quelques mois, sur cet œil. Son œil gauche est incompléleracnt araaurotique de sorte qu'il ne peul en lire. Le côlé gauche de la face est le siège d une paralysie légère. Lorsqu'il regarde un objet placé droit devant lui, il tient ses yeux dirigés à droite; de sorte que l'œil droit est tourné en dehors, et l'œil gauche en dedans ; mais il peut les tourner vers la .^auelie et dansée mouvement les pupilles restent à la même distance l'une de l'autre, de sorte que Feurs axes sont parallèles. Lorsqu'il a les yeux fermés et qu'il ouvrebrusquemenl le droit, celui-ci est toujours en dehors; lorsqu'il ouvre brusquement le gauche, on le trouve invariablement tourne en dedans. Lorsqu'il ferme l'œil gauche, le droit se place dans une direction centrale ; lorsqu i ferme le droit, le eauche reste dirigé en dedans, mais lorsqu'on porte vers la gauche 1 objet qii il regarde, l'œil se place au centre de l'orbite, ce qui démontre que le centre de la rcline est rolalivemeut insensible. L'œil gauche regarde donc les objets de cité; l œil droit ne les "•csa''dc noint - mais obéit à l'as.sociation des mouvements. Lorsque l'œil gauche est ferme, le droii occupe sa position normale et fait usage du peu de faculté visuelle qu'il possède : mais i ne le f fait que lorsque l'œil gauche est fermé. Comme, dans ce cas, les yeux sont parallèles . n > a . point strabisme. Si, en recouvrant l'œil gauche et en exerçant le droit, on pouvait le lendrc nieilleur que le gauche, le malade regarderait d'une manière normale.

STnADISMK.

dans CCS (lircclions, mais bien de rclahlir le panillélisinc de ces deux organes dans tous leurs mouveinenls.

Lors(iue le parallélisme n cxislc plus, on remaniuc toujours, ainsi que M. Elliol, de Carlisle(I) la signalé, que lors(|ue Ion engage le malade à regarder droit devant lui, un de ses yeux est nalurellemenl dirigé droitiers l'objet, tandis que l'autre est tourné en dedans ou en dehors, suivant l'espèce de slrabisuie. La position de l'un des yeux est déterminée par celle de l'objet qu'il regarde et est subordonnée à l'exercice de la vision ; la i)osition de l'autre est déterminée par l'association de mouvement qui existe entre les yeux, et n'a aucun i'ap|)ort avec l'exercice de la vision, pas plus que n'en a la position d'un œil privé de lumière chez une personne qui a les yeux parallèles. Dans tout cas de strabisme, quand les yeux sont inégaux en force, le malade se sert toujours, de préférence, de l'œil le plus clairvoyant, quand tous deux sont ouverts. L'œil le moins bon est dévié, parce que si le malade en faisait usage, il supplanterait le meilleur. 11 n'est pas au pouvoir du malade, lorsqu'il a les deux yeux ouverts, et qu'aucun d'eux n'est couvert, de substituer la vision de l'œil le plus faible à celle de l'œil le plus fort; aussi, en pareil cas, est-il toujours dévié. Si les yeux sont égaux en faculté visuelle, ils sont déviés alternativement, bien que leur convergence ou leur divergence mutuelle, ou, en d'autres termes, la distance défectueuse qui existe entre les cornées reste toujours la même. Dans le strabisme par convergence mutuelle, lorsque le malade regarde en avant, l'un des yeux est dirigé en dedans; dans le strabisme par divergence mutuelle, l'un des yeux est dirigé en dehors, car les deux yeux ne peuvent point être portés directement sur un objet sans que leurs axes soient parallèles. C'est la puissance visuelle relative entre les deux organes qui fait que l'un est employé plutôt que l'autre; le second doit obéir à l'association mutuelle anormale de mouvement.

Les auteurs parlent de strabisme simple et de strabisme double. Pour que le strabisme soit simple, la déviation, qu'elle soit convergente ou divergente, doit toujours se montrer dans le même œil et ne jamais aifecter l'œil bon, même lorsqu'on l'abrite avec la main, tandis que l'œil strabique est dirigé sur les objets. Les cas de celte nature ne se rencontrent presque jamais, si ce n'est après l'opération.

On admet généralement qu'il existe un strabisme double convergent, dans lequel les deux yeux sont dirigés en dedans au même moment, et un strabisme double divergent, dans lequel ils sont simultanément déviés en dehors. Un malade qui songe, examine négligemment les objets, ou change rapidement la direction de ses regards, peut paraître loucher des deux yeux; mais dès l'instant où son attention est dirigée vers un objet déterminé, situé aune grande dislance, l'un des yeux se

(I) Laiicol. Scpicmlici- 19, ISiO, p. 928. \h. OcIoIxt ôI, 18/(0, p. 19^2. Ih. ncccmbiT 3, 1840, p. 586. E(liiil)iir},'li Mediciil aiiil Surgiciil Journiil, vol. LV, p. 370. Kdiiibiirgli,

MAl.ADIKS DUS MUSCLKS DE 1, OI-IL.

redresse et Taulrc reste dévié. Dans le strabisme convergent, ce n'est i que lorsque le regard se porte vers des objets très rapprochés que les ^ deux yeux sont dirigés en dedans. Les deux yeux pourraient aussi être déviés en dedans, si le sommet des deux rétines était insensible, ou ij s'il y avait convergence mutuelle avec insensibilité du sommet de la /; rétine du meilleur œil, ' On rencontre assez souvent des cas dans lesquels, lorsque les deux >i yeux sont à découvert, la déviation s'empare tantôt de l'un, tantôt de | l'autre, le malade ne se servant que d'un œil à la fois. On désigne ces cas sous le nom de strabisme alternatif ou alternant. Le malade a la •! faculté de diriger alternativement chacun de ses yeux vers les objets « qu'il veut regarder, alors que ses deux yeux sont ouverts et qu'aucun i d'eux n'est masqué. Le parallélisme manque ici comme dans les autres • cas de strabisme; les yeux sont encore mutuellement convergents ou i divergents, suivant le sens de la déviation.

Le strabisme, quand les deux yeux sont ouverts, est ordinairement! non alternant, bien que l'on puisse le rendre alternant en voilant l'œil le plus clairvoyant et en appelant l'autre à agir. Que la déviation soil convergente ou divergente, lorsque les deux yeux sont ouverts, c'est i toujours le même œil qui sert à la vision, et la déviation se montre • toujours dans l'autre; de sorte que, bien que les deux yeux soient i affectés, il n'y en a qu'un seul qui paraisse malade. Lorsque les deux .1 yeux sont ouverts et quaucun d'eux n'est masqué, le malade ne peut i! diriger qu'un seul œil vers les objets, et c'est constamment le même. |

On découvre facilement le strabisme non alternant, aussi bien que i l'allernaiTt, en priant le malade de regarder fixement, avec lun ou i l'autre de ses yeux, quelque objet placé devant lui, tandis qu'avec la i main on dérobe à l'autre la vue de cet objet, en tenant la main sulïisam- ment relevée vers la tempe pour pouvoir surveiller les mouvements • de l'œil ainsi abrité. Que le strabisme soit alternant ou non, l'œil 1 abrité se dévie (1), Si l'on fait alors fermer les deux yeux, puis qu'on i soulève la paupière supérieure de l'un ou de l'autre œil, tandis que ' l'autre est tenu fermé, on voit que l'œil ouvert est dévié. Si l'on ouvre " brusquement les deux yeux, on voit que la pupille de l'œil le plus « faible est plus déviée que celle du bon œil (2),

Si, en pratiquant ces expériences, on reconnaît que ni l'œil abrité, . ni l'autre, ouvert brusquement, ne présente de déviation, on peut i assurer au malade que son œil est bon et que la déviation de son congénère peut être guérie sans opération, en exerçant simplement l'œil I louche pendant que l'autre reste ouvert.

Si, lorsqu'un écran est placé successivement devant chaque œil, son i

(1) LucAs's Praclical Trealise on Ihe Cure ol Strabismiis. p. 48. Londoii, 1840.

(2) Dufpin's Praclical Remarks on Ihe New Opération for tiic Cure oI Sirabisinus, p. 02. ton- • (Ion, 1840. '

STUAIUSME.

, oni;oiit'i'e se redresse, tamlis que Vœi\ abrité se dévie, c'est que les deux yeux sont évideinineiil alleclés. Lors(|u'oii laisse les deux yeux lihres, la déviation se uioulre de nouveau dans l'œil dont la vision est 1:, plus dél'ectueuse, et ecst sur celui-là que l'on doit praticjuer la ,eolion de l'adducteur ou de l'abducteur, suivant res|)èce du strabisme. Sur cent cas de strabisme, cinq à peu près sont divergents ; tous les autres sont convergents. La déviation directement en liant ou en bas ivsi très rare. Assez souvent, dans le slrabisuïe convergent, l'œil est (liriiié en liant et en dedans, ou en bas et, en dedans; ce qui pourrait coiiduire à supposer qu'outre l'adducteur, il faudrait diviser les libres internes de l'élévateur ou de l'abaisseur. L'expérience démontre néanmoins que la division de l'adducteur suffît ordinairement.

[Le docteur Macdonald indique (1) une expérience d'optique à l'aide (le laquelle on peut, suivant lui, conslaler la puissance relative des \eux et reconnaître immédiatement celui qui est le siège du strabisme : lorsqu'on se place devant un miroir recouvert d'une légère coucbe de poussière, si Ton éclaire l'un de ses yeux à l'aide d'une bougie, on voit se produire dans la glace une image radiée dont les rayons semhleiil tous partir de la pupille de l'œil non éclairé, tel que l'observaleur le voit dans le miroir. Ainsi, si l'on place la bougie devant l'œil droit de façon à ce que le gauche reste dans l'ombre, on voit dans la glace l'image radiée dont les rayons partent de la pupille de l'œil iiauche. Si l'on change les conditions de l'expérience, et que l'on place la bougie à gauche, l'image radiée semble partir de la jiupille de l'œil droit. Si enfin on éclaire également les deux yeux et qu'ils soient d'égale force, on voit se produire deux images radiées semblables et partant de la pupille de chaque œil. La manière d'utiliser ce fait expérimental est des plus simples, puisqu'il suffit de placer le malade devant une glace préparée comme ci-dessus et d'éclairer également ses deux yeux. S'ils sont égaux en force, il percevra deux images rayonnée.-. égales en intensité; s'il y a une grande inégalité, il n'apercevra (ju'une seule image, celle partant de l'œil le plus fort; si l'inégalité est moindre, il peut se former deux images, mais celle de l'œil le plus faible sera toujours moins brillante et en partie obscurcie par les rayons qui partent de l'œMl sain. On découvre, suivant l'auteur, à l'aide de ce moyen la moindre inégalité de puissance des yeux, inappréciable à lout autre moyen d'exploration, et la moindre tendance à loucher,

I œil slrabique donnant toujours l'image moindre. T. W.]

V. Derjrés de la déviation et empêchement des mouvements de l'œil.—

II y a des cas où la déviation est légère; d'autres dans lesquels, bien que plus prononcée, elle est encore modérée, aucune poi*lion de la

[(I) Remarks on an Optical Rxprrimcnt, etc., Médical Tiinns. Scplenibcr 1, t8<9, p. i7(>. — Ilus. Edition américaine de Lawrence, p. 870. Adoinkl IIknvskn. Kdilion ainéricnine de Mai'kcn/.ie. p, ôG'J.]

OÔO M.M.ADll.S i)i:s Misci.r.s Dr. i.'okii..

conioe irélaiil couvcrlc; daiis une ii-oisiènio série enfin, la cornée se trouve i)res(|ue coniplélenienl cacliée, de sorle que la déviation es^ evtrénie. On observe des gradations sendilahles dans la mohiliié de ■ l'œil dévié, (juand Faulre est eou\erl. Dans quelijues cas, la l'acuité de . mouvoir rœ'il est j)ariaite ; dans d'autres, Tœil peut être i-ainené aiii centre de l'orbite, mais pas plus loin ; dans une troisième série enfin,', l'œil ne peut atteindre cette position centrale et n'a (ju'à un degrés très limité la faculté de se mouvoir.

C'est le degré de la mobilité, bien plus que celui de la déviation, qui influe sur le pronostic. On peut souvent, lorsque la mobilité est conservée, corriger une dévialion très prononcée, par une opéralioni simple et facile ; tandis ([ue, lorsque la mobilité est gênée, quelque légère que soit la déviation, il est ordinairement plus difficile de la corriger, et il y a moins de chances d'obtenir une guérison parfaite. Lorsque, dans le strabisme convergent, l'œil peut être porté dans l'abduction, cela indique que la déviation en dedans est surtout due à l'adducteur et que l'action de l'élévateur ou de l'abaisseur n'y est que pour peu de chose.

Les observations de M. Elliot démontrent que, lorsque la déviation est légère, que le strabisme soit alternant ou non, il suffit ordinairement i d'opérer un seul œil pour rétablir le parallélisme; mais il faut souvent opérer les deux yeux, quand cette déviation est considérable.

Dans les cas de strabisme alternant, si la déviation est modérée, si< chaque œil, lorsqu'on le fait agir isolément, a conservé la faculté de set tourner en dedans ou en dehors , il suffit en général de diviser l'addue-leur ou l'abducteur de l'uu d'eux, selon l'espèce de strabisme. Silai déviation est extrême et les mouvements incomplets, il faut opérer lesdeux yeux.

Quant au pronostic des cas où il n'y a pas d'alternance, mais danslesquels c'est toujours le même œil qui loucbe, tandis que l'autre reste i toujours droit, lorsque le malade regarde directement devant lui avec les deux yeux ouverts, les données suivantes sont bien établies :

Si le mauvais œil n'est que légèrement dévié, et qu'd se meuve, libre- ment lorsque le bon est fermé, on obtient en divisant l'adducteur ou l'abducteur du mauvais œil, suivant les cas, une guérison si voisine de la perfection, qu'il n'est pas nécessaire de toucber cà l'autre œil. Mais lorsque la déviation est plus prononcée et la faculté motrice moindre, alors le mauvais œil ne reprend pas sa situation naturelle après l'opération, ou bien la déviation passe au bon œil par suite de rassocialion anormale des nerfs des deux côtés. On rompt cette association et ou rétablit le parallélisme en opérant sur les deux yeux.

Après que le premier œil a élé opéré, M. Elliol reconnaît, à laide de la simple règle que voici, si l'on doit ou non opérer le second : si, immédiatement après lopération, il existe encore quelque déviation

STUAUIS.MK

dans ruii ou raiiliT des you\, alors (|uo le malade regarde direcleineiK (levaiU lui, il laul opérer le seeond a-il (1).

On doit bien prendre garde de eonl'ondre la luseilas avec le strabisme, afin de ne pas eonunellre la laule de diviser Taddueleur ou rabdueleur pour une dévialion oceusionuée par une paralysie(.\n muscle

aniaiioniste. , ■ ,

\l. Cames éloignées et excitantes. — Le strabisme se rallaclie a de

nombreuses causes éloignées ou excilanles.

1 . Hien que rarement congénial, le strabisme peut être b(;ré(litaii'e; on voit assez souvent, dans une famille, trois ou quatre eul'ants le tenir du père ou de la mère. Le docteur I^arry (!2) dit que si dans une famille le père ou la mère loucbc, la majorité des enfants sera atteinte de la même allectiou. 11 ne pense cependant pas que cela soitdù à une cause béréditaire, mais à rimilation; car lorsque ces enfants sont éloignés de leurs parents dans un âge tendre, ils ne contractent pas l'aireclion. On peut assurément douter de l'exactitude de cette opinion. Je crois plutôt que, en pareil cas, si l'un des yeux n'est pas doué d'une faculté perceptive moindre, ou l'un des muscles droits d'une moindre puissance, dès le moment de la naissance, il existe au moins, dans l'organisation de quelque point de l'appareil optique, une prédisposition à la maladie. Il est d'observation familière que les enfants ne commencent à montrer des dispositions à louclier qu'à peu près à la même époque où leurs parents ou bien leurs procbes l'ont manifestée, et ordinairement plusieurs années après la naissance. Ceci arrive, ainsi que le fait observer le docteur John Clarke (5), sans qu'il soit survenu aucun symptôme de compression cérébrale.

2. On suppose que le strabisme doit souvent son origine, chez les jeunes enfants, à une mauvaise éducation des yeux. On doit les habituer à n'exécuter que des mouvements réguliers et harmonieux, en les exposant également tous les deux à la lumière, et en ne leur présenlanl que des objets propres à fixer leur attention, et que l'on ne placera ni trop près ni trop loin d'eux, et encore moins dans quelque direction vicieuse. La mauvaise habitude qui consiste à placer un enfant dans son berceau de façon qu'il n'aperçoive la lumière, ou quelque objet éclatant, que d'un seul œil constamment le même, peut provoquer l'action constante de certains muscles et l'inaction correspondante de leurs antagonistes. On peut faire loucher un enfanten tenant son hochet tout contre ses yeux, ou en lui présentant brusquement et de tout près quelque jouet favori pour l'amuser. On attribue le strabisme divergent

t(l) Ceiio règle est trop ubsolue. La tunii[uc de Bonol élablil entre les muselés de l'œil une grande solidarilé; aussi l'opération la mieux faite ne donne-l-elle souvent un résultat complei qu'au bout de quelques jours consacrés ù une indispensable gymnastique de l'œil opéré. T. W.]

(2) Collections l'runi tlic unpublished Médical Wrilings ol' C. II. Pauhy, .M. D , p. 571. London, 182:>.

(3) Conimenlaries on sonie of llie Diseases olCIiildren. l'art I, p. 127. Kotidon, 181;).

MAL.VDIKS DI'S MUSCLES 1)1', l/oElL.

y riuibiludc (rcxcilcr un ciiCiiiil à rcgiirdcr à la fois deux objets qui lui i plaisent et qui sont dislanis l'un de l'aulre.

5. Les cufanls devieuiienl ([ueUinelois louches pour s'èlre amusés à < regarder le bout de leur nez, ou bien, lors(|u'il existe quelque tache ou i quelque verrue sur ce point, pour avoir contracté l'habitude de le ■ l'egarder trop souvent. Ils contractent ainsi l'habitude de dévier leurs • yeux à leur insu.

4-. L'imitation a été accusée de produire le strabisme (1). On a i pensé que reniant empruntait cette alleetion à sa nourrice.

5. Le strabisme succède souvent à des lésions Iraumatiques, à l'inllammation, et à d'autres airections qui rendent les mouvements de l'œil douloureux. Ou a vu l'opbthalmie tarsienne, ou même un orgeolet, déterminer le strabisme de cette façon. L'ulcère de la cornée, au(|uel succède une taie, en est une cause fréquente. On a l'hahilude d'attribuer le strabisme à la taie; mais je crois que c'est l'ulcère qui en est la vraie cause. Un enfant trouve que, par un effort particulier de ses muscles, il peut tourner son œil de façon à éviter la douleur occasionnée par le frottement qui survient dans les mouvements naturels de l'organe. Cet effort le fait loucher, et s'il le soutient ou le répète fré- «luemment, il s'établit un strabisme habituel, qu'on ne découvre souvent que lorsque l'ulcère est guéri.

6. Il n'est cependant nullement invraisemblable qu'une taie sur la cornée puisse amener le strabisme. En tournant son œil hors de l'axe naturel de la vision, le malade voit mieux en dehors du champ delà taie. Il se trouve donc disposé à diriger son œil de cette façon, s'il arrive que la taie se trouve située sur le meilleur de ses deux yeux. C'est de cette façon que le strabisme succède assez souvent à l'opbthalmie scrofuleuse.

7. Darwin croyait que la cause la plus générale du strabisme chez les enfants dépendait de ce que, lorsqu'un de leurs yeux devient malade, ou a la coutume de le couvrir seul, alors que l'habitude de regarder les objets avec les deux yeux n'est pas encore bien établie. Dans tous les cas d'ophthalmie, on ne doit jamais laisser un seul œil découvert, il faut les couvrir tous les deux.

8. Onaatlribué quelquefois le strabisme aune affection spasmodique de l'un des muscles droits, qui dépendrait elle-même de causes variées, comme la frayeur occasionnée par une ponction de l'œil, etc. J'ai été consulté par les amis d'un petit garçon qui fut pris de strabisme immédiatement après s'être exprimé dans l'œil l'huile essentielle d'un morceau de pelure d'orange. L'introduction de ce liquide avait provoqué une douleur très vive.

9. Les chagrins amènent quelquefois le strabisme. Les accès de

(I) PAunY. Op. cit., p. 572.

colore fonl s()uv(MiI loucher les euriiiils. Ils agissent pi-olmbleinenl en délonniniinl un cerlaiu degré trapoplexic. Les deux yeux sont souvent afleclés, mais l'un plus que l'autre. On a vu un enfant loueher pendant plusieurs mois à la suite d'un violent aeeès de pleurs. I n petit garçon se trouva, en s'éveillant au milieu de la nuit, à bord d'un bateau à vapeur; il l'ut fort ellVayé, et bientôt après on le vit loucher. Chez un autre enfant, l'allection se déclara après qu'on l'eut obligé à se baigner de force dans la mer; ce à quoi on s'obstina à le contraindre pendant un certain lemps, malgré des cris violents et d'autres manifestations de terreur.

10. Le strabisme peut être produit par diverses maladies du cerveau, telles que l'irritation produite par la constipation, les vers, la denli'lion et autres causes semblables, l'inllammation, le ramollissement, l'apoplexie, l'épilepsie, l'hydrocéphale, les tul)ercules scrofuleux, etc.

Le strabisme est quelquefois le premier symptôme de I hydroeépliale; en pareil cas, il est promptement suivi de convulsions.

Les tubercules scrofuleux du cerveau commencent souvent à manifester leur présence en provoquant le strabisme. Un examen attentif fait alors découvrir d'autres signes d'afléction cérébrale , tels que la chute d'une ou des deux paupières supérieures, de la pesanteur de tète, le renversement de la léte en arrière ou vers l'une ou l'autre épaule ; la paralysie partielle du mouvement dans les membres, la dysphagie, la difliculté de l'expulsion des fèces ou de l'urine, qui sont quelquefois retenues pendant des jours entiers, et d'autres symptômes. De lemps en temps, le malade peut se trouver dans l'impossibilité de fermer l'un ou l'autre des yeux; une des joues est plus rouge que l'autre; on observe un état de raideur particulier dans les membres qui étaient auparavant dans un état voisin de la paralysie ; la respiration s'embarrasse, et il survient des convulsions bientôt suivies de coma qui se termine par la mort. On trouve, à la dissection, dans le cervelet ou le voisinage du pont de Varole des tubercules qui ont comprimé les nerfs ou déterminé une accumulation de sérosité dans les ventricules.

Dans un travail intéressant où le docteur Radclifle Hall (1) analyse deux cents cas de strabisme, il indique les causes suivantes données par les malades eux-mêmes ou par leurs parents, sans se porter garant de leur exactitude, si ce n'est lorsqu'il existait encore des conditions physiques à l'appui des causes indiquées :

1. Convulsions pendant l'enfance, 9 cas; chutes sur la lëte, 7 cas; commotion intense du cerveau, 1 cas; dentition diUîcile, 3 cas; coqueluche, 2 cas; vers intestinaux, 5 cas; épilepsie, "2 cas; coups reçus, 1 cas; frayeur extrême, 1 cas.

(I) Londoii Mcdical Guzolle, vol. XXVII, p. (iiS.

MALADIES ni'S ML'SCI-KS 1)K l'oKIL.

■2. Opiillialinie u ayant laissé aucune opacilé, I i ; avec o])acil(; de la j cornée, 5 ; oi>acilé existant antérieurement à ro|>litlialniie, 1 ; blessure i de la eoruée avec une aiguille, 2; ici. avec une lourdietle, 1 ; id. avec i une épine, ':2; coup sur VœW, l'y; brûlure de Tceil par l'introduction d'un i éclat de métal, 1 ; liabilude de regarder le soleil, 2; l'oue de voiture, ayant passé sur l'orbite, 12; amaurose, '2; cataracte incomplète, 3 ; «'xposition pendant renlance à la lumière et à la cbaleur d'un feu ardent, 5.

5. Imitation d'une personne qui loucbail, 59; surveillance des mouvements d'une navette, 1 ; tentative de loucber volontaire, 1 ; liabitude de regarder une cicatrice du sourcil, 1 ; id. une cicatrice sur le nez, 2; ; id. une cicatrice de la joue, 2 ; id. une petite tumeur enkystée située à i l'angle interne de l'œil, 1 ; id. un petit nscvus occupant la même région, 1 ; id. une tache sur le nez, 1 ; habitude de se sucer le pouce en le regardant fixement, 1 ; id. de se tcnirla tète de côtéen tricotant, 3.

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