LÉSIONS TRAL'MATIQUES DU CRISTALLIN ET DE SA CAPSLLE
riciire, comme il avait pu le l'aire jusqu'alors. Bien ([uc les circonslaiices soient en pareil cas très défavorahles, on i)i'ali(|ue néanmoins l'exlraction, pour débarrasser le malade de la douleur iiilciise occasionnée par l'iritis et pour délivrer laMl sain du (Iani2:er de rinllammalion sympathique. Il aurait mieux valu ((u'on eût l'ait ropération au moment de raccidenl.
J ai recommandé rextraclion comme l'opération la plus coiivcnahie dans la plupart des cas de luxation du cristallin. Des circonstances particulières peuvent, cependant, amener le chirurgien à se borner à enlever le cristallin de la chambre antérieure avec l'aiguille et à l'abandonner dans la position où on le place dans l'opération de l'abaissement ou de la réclinaison. La meilleure manière d'exécuter cette opération consiste à introduire une aiguille courbe à travers la scléroticpie et à en enfoncer la pointe dans la partie postérieure du cristallin. Chez les jeunes sujets, chez lesquels le cristallin est mou, on peut en pratiquer la division à travers la cornée ou à travers la sclérotique ; et comme il est difficile, en pareil cas, de déchirer la capsule ou de broyer le cristallin, on peut aussi fixer le corps déplacé à l'aide d'une aiguille introduite par la sclérotique, d'un côté de l'œil, tandis qu'une autre aiguille, introduite par le côté opposé de l'organe, sert à effectuer la division (1).
Un malade dans l'œil duquel un cristallin flottant traverse quelquefois la pupille, ayant vu la douleur disparaître quand la lentille glissait de nouveau en arrière dans l'humeur vitrée, peut se refuser à toute opération. Toutefois, lorsqu'il survient de l'irritation après que le cristallin est tombé dans la chambre antérieure, la pupille est sujette à se contracter, et alors la méthode qui consiste à se coucher sur le dos pour que la pesanteur oblige ce corps à repasser en arrière à travers la pupille, peut ne plus réussir. La dilatation de la pupille par la belladone pendant que le malade reste couché sur le dos, permet quelquefois d'atteindre le but qu'on se propose.
J'ai vu plusieurs autres cas de luxation du cristallin sous la conjonctive, outre celui que j'ai relaté et représenté. Chez l'un d'eux, l'accident avait été produit par un coup de corne de vache, et dans ce cas l'œil était en partie amaurotique. Dans un autre, l'amaurose était complète. Cette variété de luxation, de même que la septième, ne demande pas de nouveaux détails.
(I) Dixoîi. Lance(, Oclober 1, 18oô. p. 313.
i,i';sioNS TRAi;,MATiQur;s on Gi.oBF, DK l'oeil.
SKCTION V.
PLAIES DE l\ SCLÉROTIQUE ET DE LA CHOROÏDE.
Lorsque la sclérotique est perforée pur une épine, si celle-ci esi i enlière, on doit Texlraire avec le plus grand soin. Si elle s'est rompue, , il est beaucoup plus difficile de l'enlevei'. M. While Cooper, dans un i cas semblable, a suivi avec succès le procédé suivant : il (il de cbaque • côté de l'épine, avec une aiguille à cataracte bien tranchante, une incision superlicielle ; puis, saisissant le corps étranger avec de petites; pinces, il lui imprima vivement un mouvement de torsion (1). On peut avoir recours au même moyen, quand une épine a perforé la cornée et s'est rompue au niveau de sa surface.
La rétine se trouvant le plus souvent comprise dans les plaies de la sclérotique et de la choroïde, celles-ci sont plus dangereuses pour la vision que les plaies de la cornée. La rupture ou la déchirure de la sclérotique entraîne presque toujours la perte de la vision.
Les plaies par incision de la conjonctive et de la sclérotique sont immédiatement suivies de la hernie de la choroïde. Il n'y a pas d'autre moyen de s'opposer à cet accident que de prescrire au malade de maintenir ses paupières aussi rapprochées que possible, de façon à fournir un point d'appui au globe de l'œil. La hernie de la choroïde s'alïaissera graduellement ; il ne faut ni la ponctionner, ni l'emporter d'un coup de ciseaux. La plaie ne se guérit qu'eu laissant une cicatrice considérable; l'espace compris entre ses lèvres est comblé par un épanchement de lymphe qui s'organise peu à peu sous forme de membrane. Dans les cas de cette espèce, la plaie de la conjonctive se ferme quelquefois, tandis que celle de la sclérotique reste béante, livrant passage à la choroïde.
J'ai vu une petite piqûre de la sclérotique et de la choroïde, près de la circonférence de la cornée, donner naissance à un tremblotement de l'iris avec amaurose incomplète, suivie au bout de quelques années de l'opacité et de l'ossification du cristallin. D'autres fois j'ai vu se faire un prolapsus de l'iris à travers une plaie par piqûre occupant la même situation. Quand la cornée et la sclérotique sont toutes deux divisées près de leur union, que le muscle choroïdien ou annulus albidus esl lésé, et l'iris attiré vers un seul côté, non-seulement l'œil blessé est perdu, mais il y a, de plus, beaucoup de chances de voir survenir une ophthalmitis sympathique à l'autre œil.
Les blessures de l'œil occasionnées par les flèches que les enfants lancent dans leurs jeux , ou produites par l'extrémité pointue des
(i) London Journal ofMedicine; vol. III, p. 975. LonJon, 1851.
PLAIES DK LA SCLKUOTIQLIÎ KT DE LA CIIOUOÏDE.
navollos qui s'(rhai)i)cnl des niclici'S à lisscM- à la vapeur, consIKuent une classe craecidenls irès dauij;ereu\. La cornée, (luehiuel'uis , cl (r-uilres fois la scléroli(iue el la clioruïde soul ouvertes; les ca viles se remplisseul de sang ; la réline est frappée d 'insensibililé, cl l'œil resle en déiinilive délormé elalrophié. ,. . , ,
Lorsiiuc la scléroiiciue el la choroïde sonl loules deux divisées dans une élendue considérable, rhununir vilréc s'échappe iinmédialeinenl par la plaie, qui saigne ahondaininenl. Les cellules du corps Mire se rêinplissenl de sang,\'l torinenl hors de la plaie une saillie seinhlahle . à un l'ongus, qu'il convienl de relrancher d'un coup de ciseaux. Cel àccideivl,^ sous tous les aulres rapports, doil èlre Irailé comme'nous l'avons déjà dil. Outre l'emploi des anliphlogisliques, on doit avoir recours à l'occlusion de l'œil. Le plus souvent, la vision est coniplélemenl détruite par la perle de l'humeur vitrée, la lésion l'aile à la réline et la violente inllammalion de l'œil qui est la conséquence de l'accident. Toutefois, l'intlammalion n'est pas aussi violente lorsqu'une quantité considérable de l'humeur vitrée s'est échappée, que lorsqu'il n'en est sorti qu'unepelile partie. L'œil ne perd pas non plus toujours sa l'orme, bien qu'il se soit vidé d'une grande parlie de son contenu; un fluide aqueux vient remphr la cavité de l'œil. Si la presque totalité de l'humeur vitrée s'est échappée, les membranes se ratatinent, et l'œil est réduit à un petit moignon : il conserve sa mobilité et l'on peut le recouvrir d'un œil d'émail.
[Les blessures de la sclérotique, même celles qui sont accompagnées de l'issue d'une parlie plus ou moins considérable de l'humeur vitrée, n'amènent pas toujours fatalement la perte de la vue (1).
Ob'^. 3oo. — L'œil d'un enfant avait été blessé au moyen de deux fragments de verre, dont i'un avait pénétré, à travers la sclérotique et les autres membranes, dans le fond de l'œil. Une grande quantité d'humeur vitrée s'était écoulée et la cliambre antérieure était à moitié remplie de sang. Les deux fragments de verre ayanl été extraits, les paupières furent rapprochées et de la glace appliquée en fomentations. Un traitement antiphlogistique el la position du malade sur le dos favorisèrent la gnérison rapide de cette lésion , qui s'opéra sans laisser à sa suite aucune altération de la vue.
Obx. 356. — Chez un étudiant où le bord de la paupière supérieure avait été divisé, il existait dans le segment supérieur de l'œil une plaie qui avait donné issue à une certaine quantité d'humeur vitrée; l'iris était venu se présenter dans l'ouverture de la sclérotique. H n'y avait qu'un peu de sang dans la chambre antérieure, et la vision cependant était presque complètement abolie, ce qui (it supposer qu'il existait un épancliemenl iiitraoculaire, ou que les membranes internes avaient été atteintes. Après un traitement anliphlogistique, secondé par l'occlusion des paupières et la position convenable du malade, aucune réaction inflammatoire n'ayant eu lieu, le patient commença à pouvoir distinguer quelques objets volumineux, et le globe oculaire reprit une parlie de sa consistance et de son volume ordinaires, qu'il avait d'abord perdus. L'examen opiilhalmoscopique lit voir que le cristallin et le corps vitré étaient restés transparents; la rétine dans sa moitié inférieure était détacliéc jusqu'au point de l'insertion du nerf optique, sous la forme d'un sac
[(1) Giiérisons à la suite de blessures imporUiiitcs de l'œil. Cinq observations pnr GnAEKi:. Archiv fur Oplillialmologic, l. I, p. 40!).— Annales d'Oculislique, t. XXXIII,p. 17!).]
(MO LIÎSIONS Tll.UIMATIQlJKS 1)U CLOliK I)K \.\mi.
avec nuclimlion, cl l'on ohscrviiil en outre une rupture des menibriinos internes, qu prenait son origine à l'endroit d(! la |)reinière perforation, mais qui s'élevait encore beau-! coup plus liant que celle-ci. Malgré la résor|)tion (lui s(! lit ultérieun.'nicnl, du li(|uldei' conteim dans le sac, et le rétalilissenient du rapjjort normal, ou du inoins, d'un certain m rnpproclieinenL de la rétine et de la choroïde, la première resta complètement insensible à l'action de la lumière, de sorte que le patient lui privé de la vue, dans toute la moitié « supérieure du dninip visuel. Ce fait a été aussi intéressant sous le double rapport dui-, retour tardif de la faculté visuelle (la 4""' semaine), que sous celui du volume du corps', vitré, qui s'est rétabli dans un œil ayant déjà subi un commencement d'alropHie. T. W.].
Si le cristallin est resté dans l'œil, il devient opaque; mais le plus s souvent il s'échappe à travers la plaie, en même tein)»s (jiie riiiinieur ri vitrée. Les plaies pénétrantes de la sclérotique et de la choroïde soiun assez souvent suivies du dépôt d'une matière opaque au fond de l'œil, ainsi que j'aurai occasion de l'établir plus amplement dans un prochain chapitre intitulé : Tumeurs non malignes du globe de l'œil.
[Nous voyons dans les trois observations suivantes de M. While Cooper (1) la rupture de la sclérotique être accompagnée de la perle i du cristallin :
Obs. 3f)7. — Lewis Lewis, âgé de S5 ans, cordonnier, entre à St Marjfs hos})ilal\ le 16 novembre -185"2. Il y a huit ans, il a reçu sur l'œil gauche un coup de poing qui l'a privé immédiatement de la vision de ce côté. Pendant 15 jours, cet œil resta privé de la vue; mais, au bout de ce temps, la perception de la lumière revint, puis un peu la vision, car il parvint à distinguer confusément les gros objets, mais jamais plus. Trois mois avant son entrée, pendant qu'il s'elï'orçait de séparer deux hommes qui se battaient, il eut le malheur de recevoir un coup sur l'œil droit; cet accident le rendit complélemenl aveugle. Le cas parut sans ressource à ceux auxquels il s'adressa, mais le malade se rendit à Londres avec le faible espoir que peut-être on pourrait faire quelque chose pour lui. Les llg. 80 et 81 représentent l'état de ses yeux. Sur l'œil droit, 11 ne reste de l'iris qu'un i.
[Fig. 80.] [Fig. 81 ]
petit lambeau demi-circulaire, et une large ouverture occupe la place habituelle de cet organe. On aperçoit sur la sclérotique, à sa jonction avec la partie supérieure de la cornée, la cicatrice d'une déchirure considérable. A gauche, l'iris a été détaché en haut où il laisse ' une ouverture; l'ouverture pupillaire est presque complètement oblilérée; ici aussi il I existe une cicatrice démontrant qu'il y a eu rupture de la cornée. L'examen catoplriqne. . aussi bien que l'emploi des verres à cataracte, démontre que les cristallins manquent. . Ils se sont probablement échappés à travers les déchirures de la sclérotique, à l'époque des accidents. A l'aide de verres à cataractes du n° 2 3,'4, garnis d'un diaphragme muni i d'un trou correspondant à l'ouverture de l'iris, cet homme fut mis en étal de lire avec : facilité.
[(1) Annales d'OcuIisliquc, t. XXXII, p. 167.1
l'L.UES DE LA SCLÉUOTIQUE KT DE l.A ClIOUOÏDE.
[Fig. 82.]
3y;s James Packer, Agé de 27 ans, reçut en mars 1853, clans un combat a rouDs'ilè'poiiig, l'oui. sur l'œil gauche; celui-ci |.er.lit à l'instant la facullé de voir : le issé sentit son œil éclater; il y eut un écoulem.mt de sang ahon.Innt, el le crislallm lombasur sa joue. D'après ce qu'il dit, le traitement consista dans des applications de compresses trempées dans l'eau Iroide, la diète, des purgatifs et le repos; la blessure guérit sans (ju'il survînt beaucoup d'inllanimalion. Je le vis au mois d'avril iK54, et voici quel était l'état de son œil : l'iris a ét(! détaché du cercle ciiialre dans les deux tiers deson étendue ; la partie qui reste encore adliérenlea la lorme d'un croissant (voyez (ig.S'i). Il existe une large ouverture à travers la(iuell(! les objets sont vus conl'uséinent. Une cicatrice de la sclérotique, voisine du bord supérieure de la cornée, iii(li(|ue le lieu de la rupture. La vue fut bcaucouj) améliorée par l'emploi d'un verre de ciiui pouces de foyer, garni d'un diaphragme ollVant un trou correspondant à l'ouverture laissée par l ins
détaché.
Obs.'iim. — W. Stockes, âgé de 46 ans, entre le 2 septembre 1854 à l'hôpital Sle-Marie. Il raconte qu'étant, Ie2i juillet précéçlcnt, assis sur un banc dans une auberge, un homme lui avait porlé sur l'œil droit un coup de poing directement dirigé devant lui. 11 sentit son œil éclater, et immédiatement après il en ramassa le cristallin qui était tombé sur la manche de son habit. L'œil blessé saigna beaucoup, el la vision y fut complètement abolie, au point qu'il ne distinguait plus la lumière. Une demi-heure après l'accident, on lui appliqua six sangsues et des fomenlalioiis froides. Il entra à l'hôpital pendant que j'étais absent de Londres; on lui mil des sangsues le 2, le 7, le 11 et le 14 septembre, et cette dernière fois, pendant que le sang coulait, il récupéra soudainement la faculté de voir, de sorte qu'il aperçut la flamme d'une chandelle et le feu de la salle. — Le 19, on appliqua de nouveau des sangsues avec avantage; néanmoins il s'aperçut que l'œil gauclie s'affaiblissait el qu'il devenait douloureux. Je le vis le 25, et voici quel était l'élat de ses yeux : l'iris de Pœil droit a été largement détaché du cercle ciliaire; il existe deux larges ouvertures séparées par un lambeau de la memlirane qui traverse le centre de l'œil en se portant obliquement de baul en bas et de dehors en dedans; il s'élargit vers ce dernier point. (V. lig. 83.) Ce lambeau est gris clair dans sa portion supérieure, de couleur olive dans sa partie inférieure; toute structure fibreuse a disparu. Une cicatrice d'un brun foncé et saillante, de près d'un demi-poucede longueur, qu'on aperçoit sur la sclérotique, indique le lieu où s'est faite la déchirure qui a livré passage au cristallin. Les vaisseaux de la conjonctive, princi])alement ceux qui entourent la cicatrice, sont encore injectés. Il peut distinguer les gros objets à l'aide de cet œil; une carte percée d'un trou d'épingle facilite un peu la vision. L'œil gauche ne peut supporter la lumière et est douloureux au toucher. Des sangsues ont été appliquées à la
[Flg. 85.
tempe gauche, et un léger traitement mercuriel a amendé mais n'a point fait disparaître ces symptômes.
Remarques. — Quanti la sclérotique se rompt à la suite d'un coup, ia déchirure a presque toujours lieu à sa partie supérieure ou à sa partie supérieure et interne. Dans tous les cas que j'ai observés, la déchirure s'est toujours produite au-dessus d'une ligne qui passerait
LÉSIONS TUAUMATIQUES DU GLOBK DK l/oElL.
au niveau du bord iiilc-rieur do rouvcrluic ijupillaiic. Cela esl dû pro-. Itableineiil à la pi'ésenec du bord supérieur de Torbile, qui protège l'œili de telle façon qu'il arrête raclion des coups portés de baut en bas,« tandis que les coups portés dii-ecteinent en avant par un bomine donu l'épaule esl munie de muscles puissants, peuvent venir écraser l'œili contre la partie supérieure el posléi'ieure de l'orbite. La scléi-otique cède alors dans celle de ses parties qui se trouve la plus faible au-des-« sus du point où elle a reçu le choc. Dans les cas où le cristallin a éléi perdu et l'iris détaché dans une grande étendue, on ne peut tiier de secours que des verres convexes, qui seuls sont encore peu utiles; mais si l'on considère rall'ection comme un cas de mydriase el qu'on adaplet un diaphragme propre à empêcher l'arrivée d'un excès de lumière à' travers la déchirure de l'iris, comme l'a fail M. Dixon (V. obs. oo3, p. G05) on obtient alors des verres convexes le moyen d'aider cHicacement la vision. T. W.]
SECTION yi.
CORPS ÉTRANGERS DANS l'hUMEUR VITRÉE.
Des corps étrangers, tels que des fragments de verre, de bois, dc; fer, ou de pierre, peuvent être poussés dans l'humeur vitrée, soil à > travers la cornée et la pupille, blessant et déplaçant le cristalhn sun leur passage; soil à travers la cornée cl l'iris, déchirant celui-ci, el blessant le plus souvent le cristallin ; soil à travers la sclérotique et la » choroïde, et alleignanl la réline. Ils sont souvent lancés dans l'œil avec ; une telle violence qu'ils s'y enfoncent et s'y dérobent entièrement à la \ vue. Le malade ignore qu'un corps étranger s'est logé dans son œil; il 1 suppose qu'il ne s'agit que d'une plaie ou d'une lésion externe , et si le ■ chirurgien ne se livre qu'à un examen précipilé ou superficiel, il peut l ne pas reconnaître loule l'étendue du mal qui s'est produit. Le sang qui i s'épanche en pareil cas dans l'œil, s'absorbe graduellement; l'inflam- ■ mation est combattue par les remèdes ordinaires ; la plaie se rap- ■ proche et se cicatrise, peut-être avec tiraillement ou atrésie de la i pupille, opacité du cristallin et insensibilité de la rétine. L'œil continue néanmoins à rester douloureux; l'iris prend une teinte verdàtre ou rougeâtre; la sclérotique s'amincit, et l'organe se ramollit el s'atrophie. De temps en temps, l'œil devient le siège d'une douleur très aiguë, qui peut disparaître pour quelques semaines ou quelques mois, pour revenir alors avec une intensité marquée. Finalement, la plaie qui s'était cicatrisée se rouvre et permet au corps étranger de faire saillie au dehors. On en pratique l'extraction, et on le trouve souvent d'une
l'ui'.ssioNS i:t coiîi's si;u i/okil. OIT)
dimension si considorahlc, que l'on s'élonnc qu'il lùl pu roslci' si longlenqis caclu' dans I'umI, ou niônic (ju'il ail pu s'y loger (1). L'inllanimalion synq)allii(|ue peut, en pareil eas, s'emparer de l'œil sain, sous rintluence de l'irrilalion délerniinée par la présenee du corps étranger dans l'œil blessé, irritation qui persiste même parfois après que ce
corps a été extrait.
Dans toutes les plaies graves de l'œil, où l'on a lieu de soupçonner qu'un corps étranger s'est introduit dans l'inlérieur de l'organe, on doit se livrer à un exainen attenlir de l'œil blessé, après avoir cblorofornié le malade. L'extraction ininiédiate du corps étranger n'aura pas seulement pour résultat d'épargner de grandes souiïrances iinnu'diales à l'organe blessé, mais elle pourra de plus préserver la vue de l'œil sain en le mettant à l'abri de toute inllammalion sympalbique ultérieui'e.
SECTION VII
PRESSIONS ET COUPS SUR l'oEIL.
g I. — Aluaurose par pression.
Bccr rapporte l'exemple suivant des mauvais effets d'une pression exercée sur le globe de l'œil :
Obs. 360. — Un homme, qui jusqu'alors avait joui d'une vue excellente, se trouvail. dans une société d'amis, lorsque loul à coup quelqu'un vint derrière lui el lui appliqua les mains sur les yeux, en lui demandant de deviner qui il élail. Ne pouvant ou ne voulant pas répondre à celle question, il s'efforça d'écarler les mains de celle personne qui conllnua à les mainlenir forlemenl sur les yeux. Quand le mallieureux fui dégagé, il s'aperçul qu'il ne distinguait plus rien ; il resta toujours aveugle depuis, sans que ses yeux offrissent la moindre lésion apparente (2).
§ II. — Amaurose suite de coups.
Les coups sur l'œil déterminent assez souvent une amaurose temporaire ou permanente, sans amener de changement appréciable dans l'organe; d'où l'on peut conclure que le coup agit sur la rétine en y déterminant une commotion, une congestion, une extravasation, ou une déchirure. Il est très malheureux que ces cas d'amaurose Iraumatique soient souvent négligés jusqu'à ce que la cécité soit confirmée, car, lorsqu'on les traite à temps, Tart peut beaucoup pour leur guérison.
(1) Voir une observation d'O'DErnpiE, dans laquelle un clou long de Irois quarts de pouec séjourna dans l'œil pendant Irois semaines. Dublin Médical Press, July 7, 1841, p. H ; une autre (le Di: CASTELMAfi où il s'agit d'un fragment d'acier d'un demi pouce de long, qui resta dans Pœil pendant trois ans el demi. Archives générales de médecine, octobre, ISW, p. 210 ; [une observiitiondcl. AîisrAiix,qui fit l'extraction d une lamelle de Ter de liuit millimèiresde longueuret d'une larijeur (le deux millimètres, Annales d'Oculistique, t. XXXl, p. 295 ; une de Ciirrtiiur, ibid.. t. XXXII. p. 97.]
(2) Pflegcgesundor une gescliwaclilcr Augen, p. 10. l'runkfurl, 1802.
LÉSIONS TUAlIM/VTigUF.S 1)1) (il,()llK 1)K l.'OKIL.
L'ol)S(M'valion suivaiilc l'ail, l)ic!ii voir loul le (laii|jjef (|irenlraii)e lai. négligence, en même lenips (iifelie tlénionlre les bons ellels d'un irailenienl convenable :
Obs. — M. N. mo consullii, le 18 jiinvier IH'iO, sur les suites d'un coup qu'il avait reçu luill jours auparaviiiil , au moyeu d'uu morceau de mêlai assez lourd <|iii élail venu le irapiwr sur le colé temporal de l'œil gauche. C'était un homme d'environ 40 ans,'d'uiie conslilution saine, et dont les yeux avaient clé lions jus(iu'à l'époque de cet accident. Toute l'inflammation ou rirrilation produite par le coup avait déjà dis|)aru, bien que le Irailenieiit eût été presque nul. La vision de l'œil blessé était perdue, e\cepiéi lorsque le malade se tournait lorlemeutà gauche, au j)oint de regarder presque derrière lui. Il pouvait alors distinguer coiilusénieiit les objets placés à sa gauche, tn regardant en avant ou à droite, il ne voyait pas; tous les objets lui paraissaient obscurcis par une gaze épaisse ou un brouillard. Une lumière brillante comme une flamme de gaz étail le seul oljjel qui produisit une sensation sur l'œil, lorsqu'il était dirigé en avant. L'amaurose était si prononcée, et avait été négligée pendant tant de jours, que je portai un pronostic très douteux, tout en insistant fortement pour l'adoption de moyens actifs. Le 18, on pratiqua, dans la soirée, une saignée du bras de 30 onces. On administra deux pilules contenant chacune trois grains de la masse pilukiire de bliie pills et deux grains d'aloës; la même dose devait être renouvelée trois fois parjour.— Le l9,le malade crut remarquer qu'il apercevait les objets plus distinctement, mais seulement lorsqu'il regardait fort à gauche. En regardant devant lui, il voyait comme des lils de gaze en mouvement; la llammede la lampe lui paraissait de plusieurs couleurs. On applique vingt-quatre sangsucs autour de l'œil.— Le "20, la vision est tellement améliorée qu'il peut distinguer les gros caractères du titre d'un in-quarto, en regardant de côté. Il reconnaît les objets ordinaires, tels qu'une tasse à thé, lorsqu'on les lui présente du côté gauche ; mais il cesse complètement de les voir lorsqu'on les porte devant lui. On lui applique un vésicaloire à la tempe gauche, et un autre derrière l'oreille du même côté. — Le 22, la vision est fort améliorée. Il distingue l'heure à une montre, même en regardant droit devant lui; il compare les obstacles que sa vision éprouve maintenant, à des branches d'arbre, tandis! qu'auparavant c'était un brouillard uniforme. La bouche se trouvant très malade, on cesse les pilules. On applique un nouveau vésicatoire. Le 24, le vésicatoire donne bien la bouche est très attaquée, la vision fort améliorée. Le malade peut lire un journal del l'œil gauche ; il dit que les branches d'arbre qu'il voyait lui paraissent mainlenanti brisées, et ressemblant plutôt à des grains de sable séparés les uns des autres.— Le 26 il dit qu'il constate chaque jour une nouvelle amélioration de la vision. La bouche est encore très malade. On répèle le vésicatoire. A partir de ce moment, la vue continue d'aller en s'améliorant, et vers le milieu de février elle est redevenue parfaite.
Ob.s. 362. — John Roberison, âgé de 17 ans, fut admis le 13 juin 1831 au Glasçiow Eye l'nfirmary; il avaitreçu, six semaines auparavant, un coup de bâton sur l'a^il gauche Les paupières s'étaient beaucoup gonflées au moment de l'accident, de sorte que, pendanli plusieurs jours, il n'avait pu les écarter. Quand il put le faire, il reconnut qu'il avait com plétement perdu la vue; tout ce qu'il pouvait faire était de distinguer la lumière de l'obscurilé. La pupille exécutait des mouvements sympathiques quand les deux yeux étaient ouverts; mais lorsqu'on examinait l'œil malade isolément, elle nesecontractait que faiblement, même sous l'action d'une vive lumière. Pouls à 78, langue sale. On le saigna., du bras, on lui prescrivit deux pilules de mercure et d'aloès trois fois parjour. Le lendemain il pouvait' distinguer les objets. Les pilules ne l'ayant point purge, on lui fili prendre une dose de calomel et de jalap. En quelques jours, l'œil se trouva parfailemenli bien.
Je pourrais ciler, si cela élail nécessaire , plusieurs cas semblables démontrant les bons effets de la saignée, des révulsifs et du mercure dans les amauroses succédant à des coups sur Tœil; ceux-ci délermi
PRESSIONS KT COII'S SIU l.'oKII.. 1 ■>
lient probablement une congestion de la choroïde et de la rétine, sans autre lésion grave de ces tissus si importants.
^ m. — Épanchement de sang dans l'œil à la suite de coups.
Les tissus internes de l'œil se rompent souvent sous l'action d'un coup • les vaisseaux de la choroïde ou de l'iris se déchirent et verseni dans les cavités de l'œil une (pnuitilé pins on moins considérable de san<' Parfois répanchemenl en parait borné au loiul de la chand)i'e antérieure; mais si l'on dilate l'œil avec la belladone et fjue l'on recoure à l'examen catoptrique, on trouve ordinairement que l'image droite profonde ainsi que l'image renversée ne sont plus visibles, ce qui démontre que la surface du cristallin est recouverte de sang. La vision est trouble en pareil cas. Quelquefois la coloration de l'humeur aqueuse est complètement changée par la présence du sang qui remplit aussi les cellules de l'humeur vitrée. La cornée ollre, en pareil cas, une teinte uniforme, chocolat foncé, à travers laquelle on ne distingue ni l'iris , ni la pupille. Le corps vitré est le plus souvent alors désorganisé, et la rétine frappée d'insensibilité; dans quelques cas rares, la vision se rétablit à mesure que le sang épanché se résorbe. Si l'on ponctionne la cornée, il s'échappe ordinairement une grande quantité d'un liquide aqueux sanguinolent. Si la ponction est petite, elle se guérit en vingt-quatre heures, et on peut la répéter de temps en temps sans qu'elle détermine d'accidents. L'humeur vitrée peut aussi être évacuée à travers une ponction de la sclérotique.
On doit mettre en usage le même traitement que dans l'amaurosc suite de coups.
g IV. — Ruptures de l'œil à la suite d'un coup.
A la suite de coups sur l'œil, avec le poing, des bâtons, des pierres et autres projectiles, ou par suite de chutes sur l'œil, on rencontre
• fréquemment la déchirure de la sclérotique et de la choroïde, avec ou
• sans lésion de la conjonctive. On remarque aussi, quoique moins sou- ■< vent, la déchirure de la cornée qui est encore plus résislantc que la
• sclérotique. Le ])oint où l'œil se rompt le plus facilement à la suite d'un ' coup, est celui qui est situé immédiatement au-devant de l'insertion des
muscles droits. La conjonctive écha])pe quelquefois à cause de sa laxité. tandis que, par suite de la tension produite par les parties qu'elle contienl, la sclérotique est incapable de résister aux ellets du coup; c'esl pour([uoi elle se rompt. J'ai vu un coup de poing déchirer la sclérotique et la conjonctive en arrière de la cornée, les humeurs être éva- ' cuées, l'œil aplati, et la cornée enfoncée en arrière dans la concavité delà coque oculaire. Le lendemain, l'œil était arrondi , la cornée avait
LÉSIONS TUAUMATIQUUS DU GLOBE DU l'oEIL. I
un aspocl assez nalurol , les cavités étaient remplies de sang, et la l.ï ' rétine avait perdu sa sensil)ilité. Ainsi (pie je l'ai déjà dit, j'ai vu plu- l'I sieurs Cois la selérotique et la choroïde rompues, le crislallin chassé à .,1 travers rouvcrture et logé immédiatement sous la conjonctive restée -^l entière. |l
Obs. 363. — Un gentleman se frappa accidentellement l'œil droit avecle pouce, et se - ? rompit la cornée au niveau de son bord supérieur, ce qui donna lieu à un prolapsus | volumineux de l'iris. En examinant son œil gauche, je remarquai qu'il offrait un are- f sénile très marqué, un peu en dedans de la circonlerence de la cornée, tandis qu'entre cet ■ j arc et la sclérotique, la cornée paraissait mince et transparente. Cet espace Iranspareiii | était le siège de la rupture, parce que sans doute la cornée alTaiblie en ce point n'avait pu .m résister au clioc imprimé brusquement h l'œil. La plaie se rétrécit lentement et guérit I. avec la pupille attirée en haut. La capsule du cristallin devint opaque peu de temps après. ■ |i
Dans les cas où Tœil se rompt à la suite d'un coup, que la déchirure occupe la cornée ou la sclérotique, il survient hahiluellement unei hémorrhagie considérable, surtout quand la choroïde s'est aussi déchi- 1 rée. Les humeurs s'évacuent aussi souvent, soit en partie, soit en totalité, de sorte qu'il ne reste, après la guérison, qu'un œil déformé k et atrophié. Si le cristallin ou des lambeaux de l'iris l'ont saillie à travers la plaie, il faut les enlever, car ils s'opposeraient à la cica-». trisation.
SECTION VÏÎI.
PLAIES DE l'oeil PAR ARMES A FEU.
1 . J'indiquerai dans ce chapitre quelques-uns des effets que produit la poudre quand elle fait explosion dans les yeux. C'est ordinairement la portion inférieure de la cornée qui souffre le plus de cet:' accident; mais dans un cas que j'ai observé, la personne étant penchée vers la terre au moment où la poudre fît explosion, la moitié supérieure seulement de chaque cornée fut atteinte et resta opaque. J'ai vu plusieurs fois des grains de poudre traverser la cornée et arriver au crislallin, de façon à y développer une cataracte. Dans un cas, un grain de poudre lancé à travers la cornée traversa aussi la partie inférieure ^ de l'iris, où il produisit une ouverture considérable, en venant frapper;' le cristallin , et en détermina l'opacité. La portion opaque s'éclaircit ■ graduellement au niveau de la fausse pupille et la vision se rétablit. La cataracte persista plus longtemps h l'endroit de la pupille naturelle, mais enfin elle y disparut aussi. Le malade voyait bien avec un verre i\ CciLcirticlG
2. Les plaies de l'œil produites par des grains de plomb sont assez fi'équenles.
PLAIES OF, L'or.ll, PAU AHMI-S A l'K l .
Lawrence (1) rapporte qiril a vu la perte complète de la vision occasionnée par un seul grain de plondj (pii rrap|)a simplement la sclérolicjue obli(|uenient sans la traverser. Un plondj arrivé à la lin de sa course peut conlnsionner Toeil sans y |)énétrer et occasionner une ecchymose et une commotion de la rétine capables de produire la cécité. Il peut aussi se loger au-dessous de la conjonctive.
Un grain de plomb venant frapper l'œil oblicpiement, peut glisser, en laissant une sorte de sillon sur la conjonctive. Lorsque la cornée est ainsi lésée, elle parait perdre sa vitalité, devient opa(iue et s'ulcère.
Si le grain de })lomb l"ra|)pe l'œil en plein et ti-averse la sclérotique, il cause presque toujours la perte de la vision ; il en est de même lorsque le projectile traverse la cornée et pénètre profondément dans Fœil. Mais s'il ne dépasse point la chambre antérieure, et qu'il reste dans rhumeur aqueuse, la rétine peut conserver sa sensibilité. On doit, en pareil cas, faire une incision avec le couteau à cataracte, et enlever le grain de plomb. Si on ne l'enlève pas, il peut s'entourer d'une capsule. Si le grain de plomb traverse la sclérotique très obliquement, il peut blesser le cristallin et rester dans le voisinage de l'iris. La rétine conserve en pareil cas sa sensibilité pendant un certain temps , puis l'œil s'atrophie progressivement.
Assez souvent des grains de plomb traversent l'une ou l'autre paupière et pénètrent dans le globe de l'œil , ou bien viennent se loger dans la membrane cellulaire de l'orbite. Il n'est pas rare alors de voir survenir des symptômes d'inflammation à l'intérieur du crâne, et des douleurs névralgiques intenses.
On reconnaît qu'un grain de plomb a pénétré dans l'œil à l'existence du trou produit par le projectile à travers la cornée ou la sclérotique. Il se produit ordinairement dans ces cas, à travers l'ouverture d'entrée, une petite hernie de l'iris ou de la choroïde.
Dans un cas observé par moi, un grain de plomb avait traversé la sclérotique tout contrôla cornée. La vision fut instantanément détruite. Il survint une inflammation grave ; l'iris prit une teinte vert foncé; la pupille se déforma, l'iris étant devenu plus large en regard de la blessure que partout ailleurs, et l'œil se ramollit. Une autre fois, un grain de plomb traversa la paupière inférieure et pénétra dans l'œil. La plaie de la sclérotique olfrait l'aspect d'une fente à travers laquelle suintait l'humeur vitrée. La pupille était un peu contractée et obscurcie par de la lymphe épanchée. La vue de l'œil blessé était obscurcie et néanmoins lui permettait encore d'apercevoir les objets. La conjonctive devint le siège d'un chémosis. La pupille s'éclaircit graduellement, mais le cristallin s'opacifia. L'intérieur de l'œil suppura, et le pus s'échappa par la plaie de la sclérotique. Demours (2) a représenté un cas dans
(1) Leçons dans Uie Lanccl, vol. IX, p. 531 . Lonilon, 182G.
(2) Traité des n.ulndics (les yeux, pl. '6% li;,'. j, paris, 1818.