OPHTHALMIE CONTAGIEUSE
.S;/)i. — Conjiinclivilis piiro-mucosa conlagiosa. Ophllialmic cpiilémiquc. Ophtlialniia punilcnta i gravior. Oplillialniia bellica. Opliilialmic égyiilieiiiic. Opiillialinie [lurulciile. Conjonctivite granuleuse. 0|)lithalinie militaire (I).
Fig. Cracfe, tal). I-IV. Millier, laf. I, II. Eble, Inf. 111. Dalrympln, pl. IX, flfc'. 3 ; pl. X cl XI. [Uuclo, tal). Xll, ng. 4, 5, 0, 7, 8 elO ]
La maladie dont nous allons nous occuper est essentiellement la même que celle que nous venons de décrire ; elle a seulement un beaucoup plus haut degré d'intensité, et, bien qu'au début elle reconnaisse les mêmes causes (2), c'est-à-dire les vicissitudes atmosphériques, elle se propage ensuite par le contact, et peut-être par une matière subtile qui prend naissance dans les yeux malades et vient flotter dans l'air. C'est une aflection très commune et très désastreuse dans les climats chauds, comme l'Egypte, la Perse et l'Inde. Comme elle est venue dans notre pays à la suite des troupes anglaises qui en 1800, 1801 et 1802, revinrent d'Egypte, où elle est endémique depuis des siècles, elle est généralement connue sous le nom &^ ophthalmie égyptienne. On l'observe rarement dans la vie privée; elle se voit surtout dans les armées, à bord des vaisseaux, dans les maisons des pauvres, ou dans les grandes écoles publiques. Elle peut se développer sous tous les climats et dans toutes les régions du globe, et n'est point le résultat d'un principe spécifique ou d'un virus importé d'Égypte (2).
Symptômes. — Ils se succèdent avec des degrés divers de rapidité, et oiVrent une intensité qui varie beaucoup chez les diflërents individus (jui sont atteints en même temps, dans le même lieu, el par suite de la même infection. Ces différences dépendent de la constitution des malades , de l'état de leur santé au moment où leurs yeux sont
r (i) 11 y a peu de maladies oculaires sur lesquelles, dans ces derniers temps, on ail plus écrit .|ue sur celle-ci. Parfailemenl .faccord sur la sympton.atologie, les médecins furent tout d'abord divisés sur la question de son origine, de sa nature et de sa thérapeutique. Les écrits sur ces divers points, émanés des hommes les mieux placés pour les éclairer, se mull.plierenu La Belgique y lournit un ample et précieux conlingent : et si tous les problèmes soulevés a leur sujet nV ont pas été résolus complètement el de manière à rallier toutes les opinions, ils furent au moins tous franchement abordés, '-olùnient approfondis et exan.nes av.c co^^^ connaissance de cause. On a de la peine à s'expliquer, d après cela, le silence de 1 auleu. a 1 en
''''Nos'^o^'inionrn'l''tivemenl û diiïérenls points irès iinportan.s de lophlhalmie mililaire dif^ féien î u^^^^^^^^ certain point de celles de .M. Mackenzie. Pour ne pas entraver desagre b^ menMa lecture du texte par rinlercalation .le notes nombreuses et parfois assez ei du<« nous av^ns Jésumé nos idé'cs dans une noie addUMle que le lec.e.ir trouvera à la .uite de la
'Tâ"on I erra''plî! liin, {note adUUionncUc) que nous ne partageons pas celte opinion. T. W.]
OPIIÏHALMIE CONTAGIEUSE.
GGo
afl'eclés, el d'autres circoiislanccs accidenicllos cl peu marquées. Lalfeeliou est, dil-on par exemi)lc, moins iiileiise chez les femmes que chez les hommes. On a aussi remar(iué (|iie les ell'cis de la maladie seul d'aulaut plus l'uiiesles que les sujets sont |)lus voisins de la puberté. Chez les personnes seroluleuses, elle est toujours longue et entraîne souvent la destruction de la coi'née.
La maladie est aussi beaucoup plus grave dans certaines de ses apparitions que dans d'autres. En IHOG, sa marche fut plus rapide et son intensité plus grande dans le ai'' que dans le 52" régiment. Elle ne l'ut jamais aussi grave au Military Asyluin de Chelsea que dans ce dernier régiment. Elle se montra beaucoup plus grave au Military Asylimi en 1809 qu'en 1804. Ces diiïérences paraissent dues au climat et au lieu dans lequel la maladie éclate, à la température, à la saison de Famiée et à d'autres causes générales (1).
La période purement inflammatoire de cette maladie parait ne jamais dépasser trente heures; la durée en est même souvent moindre. Au bout de ce temps, toujours quelque portion de la conjonctive fournit de la matière purulente. Dans la plupart des cas, la période inllammatoire est si légère et si rapide qu'elle échappe à l'observaiion du chirurgien. La formation du pus est si prompte que lors même que l'inllammation ne s'étend pas plus loin que la conjonctive palpé])rale, on voit du pus en renversant les paupières, bien que la quantité de cette matière ne soit pas sufiisante pour qu'on puisse l'apercevoir sans avoir recours à ce mode d'examen.
La maladie parait débuter peu après l'application de l'agent contagieux on infectieux à la conjonctive; mais souvent il se sécrète déjà du pus avant que le malade sache qu'il est atteint. Il arrive fréquemment qu'il ne se plaint que lorsque son attention est éveillée par l'état de ses paupières qui sont collées le matin, ou quand la sensation de la présence d'un corps étranger dans l'œil est devenue gênante. Quelquefois la première chose qui attire son attention est l'apparition soudaine d'une vive douleur qui traverse le globe de l'œil et le front; d'autres fois, au contraire, l'alleelion marche sans douleur jusqu'au moment où la vascularisation de la conjonctive est visible pour tout le monde. La maladie dans tous ces cas remonte évidemment déjà à quelques jours; jnais elle a échappé au malade lui-même, ou s'il l'a reconnue, il l'a dissimulée. Quand elle éclate dans une famille ou dans une nombi'cuse agglomération d'individus, les premiers malades, soit qu'ils ignoreni l'existence antérieure de cette alVection chez d'autres qui ont pu la leur
[ (I) On a imaginé un grand nomi)re (HiypoUièscs à re sujet, doiil aucune ne peut se soutenir en présence (lune obscrvalion rigoureuse, lin cflel, parmi lous ces ai^enls <lc nalurc iliirérente auxquels les auteurs atlribucnt le pouvoir de déterminer roplilltalmic dite des nrmcpx, l'étal de atmosphère, les saisons de Tannée, le froid, la chaleur, I humidilé, la sécheresse, l'étal électrique de l'air, etc., il n'en esl aucun qui l'ail produite avec quehiue constance el de manière ù permettre d'établir rationnellenienl entre les deux laits des rapjjorts de filiation. T. W j
666 OPIITIIAL.MIKS.
communiquer, soit qu'ils ne la rocoiinuissent pas au premier moment, no viennent 2;uère demander avis que lors((u'ils y sont forcés par la violence des symptômes. Lorsque, comme on doit toujours le l'aire en pareil cas, on aura adopté pour règle de visiter chaque jour tous les individus sains d'une réunion d'hommes menacés de l'invasion de cetle maladie, le chirurgien ne devra s'en prendre qu'à lui s'il rencontre des cas dans lesquels l'airection ollrira, au moment où il la découvrira, d'autres symptômes que l'injection de la conjonctive pal|)ébrale.
L'œildroit est plus souvent atteint que le gauche (1). L'afl'ectionyesl aussi ordinairement plus grave, et c'est celui dont la vue est le plus fréquemment détruite. Il n'y a quelquefois qu'un seul œil de pris, mais le plus souvent tous deux sont affectés, quoiqu'il s'écoule ordinairement un intervalle de plusieurs jours avant que le second s'enflamme comme le premier.
Lorsque les symptômes se succèdent avec une moyenne rapidité, voici dans quel ordre ils se produisent :
Il survient d'abord le soir dans l'œil une forte démangeaison, ou il s'y déclare brusquement une sensation de grains de poussière entre l'œil et les paupières. Puis les paupières se collent ensemble, symptôme que les malades accusent surtout le matin en s'éveillant; elles paraissent extérieurement gonflées , leur surface interne est le siège d'une inflammation caractérisée par du gonflement et une forte injection; la caroncule lacrymale et la membrane semi-lunaire sont augmentées de volume et beaucoup plus rouges qu'à l'ordinaire. Ces parties sont molles, un peu élastiques, lisses et saignent facilement.
Ce sont là les symptômes de la période purement inflammatoire, et même ceux de la période de suppuration à son début. La démangeaison qui se fait sentir tout d'abord indique la suppression de la sécrétion normale de la conjonctive ))alpébrale et de celle des follicules de Méïbomius. Cetle suppression est un des symptômes qui caractérisent dans toutes les parties du corps l'inflammation des muqueuses et celle de tous les organes sécréteurs. Après quelques heures, la conjonctive sécrète une matière acre et ténue qui rend glissante la surface interne des paupières; la sécrétion du liquide de Méïbomius, devenant plus abondante que de coutume , se concrète le long des cils et colle les paupières pendant le sommeil. La sensation de graviers dans l'œil est principalement due à l'état de dilatation des vaisseaux de la conjonctive.
Vingt-quatre heures après l'apparition de ces symptômes, la quantité de mucus fournie par la face interne de chaque paupière est
r H) Celte observation s'applique plus parliculicremcnl i\ roplitl.almie gonorrhoïquc qui est en général délérminée par le transport direct .lupus sur les conjonctives, au moyen des do.gU. La main droite étant plus fréquemment eu rapport avec les o.gaues géml.iux. est plus exposée que la gauche à se charger de la matière inoculable et à la transporter ù 1 œil du cote conespon dont. T. W.j
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noUiblemeiil augmonlce. Il est encore ténu, mais un peu visqueux; il commence à devenir opaque et se rassemble dans l'angle interne de l'oed. En renversant les paupiùi'cs en dehors, on aperr^^oit leur surface inlerne injectée et tuméfiée. Le malade est adecté d'épipliora, surtout lors(|u'il expose ses yeux à un couiant d'air; il lui semble avoir les yeux remplis de sable; mais la lumière le gène peu, si ce n'est quand il est scrotuleux, auquel cas la pliotophobie est très marquée. Assez souvent un écoulement de sang considérable se produisant à la surl'ace de la conjonctive diminue pour un temps la luméraclion de la membrane. Cet écoulement se renouvelle souvent plus d'une fois avant l'apparition de la sécrétion puriforme abondante. Il paraît tenir, non pas à une rupture de vaisseaux, mais à une simple Iranssudation de la matière colorante du sang, qui vient teindre le produit de la sécrétion morbide de la conjonctive.
L'inflammation s'étend bientôt à toute la surface interne des paupières. La sécrétion de la conjonctive palpébrale, dont la quantité est beaucoup augmentée, devient plus ou moins distinctement purulente; elle est jaune, épaisse, et souvent si abondante qu'elle coule le long de la joue dès que le malade ouvre les yeux. Elle irrite la peau et peut même y provoquer des excoriations. Le gonflement de la conjonctive des paupières, celui de la supérieure surtout, augmente en même temps que l'écoulement. Cette augmentation est due en partie à un épanchement de sérosité au-dessous de la membrane, en partie au développement inflammatoire de sa couche papillaire, qui donne l'aspect sarcomateux à la surface interne des paupières. - La maladie peut ne pas s'étendre plus avant sur la conjonctive, et persister dans l'état que nous venons de décrire pendant des semaines ou des mois, et, quelque grave que l'afl'ection paraisse aux autres, le malade n'en ressentir que peu de malaise. La réaction purulente peut alors diminuer graduellement, et la guérison s'eflectuer.
D autres fois, l'inflammation s'étend rapidement à la conjonctive oculaire. Les vaisseaux, distendus par un sang rouge, forment sur la sclérotique un réseau épais, parsemé dans quelques cas de petites taches dues à l'extravasation. La membrane s'épaissit elle-même promptement; son repli semi-lunaire acquiert un développement énorme ; il survient dans le tissu aréolaire qui unit la conjonctive à la sclérotique un épanchement séreux sous la première de ces membranes qui, soulevée, vient former une tumeur molle d'un rouge paie que l'oi'i appelle chémosis. Cet œdème inflammatoire, qui parfois n'existe que par places, s'étend ordinairement graduellement des paupières à la surface de l'œil vers la cornée; le bord qui s'avance ainsi est nettement marqué et laisse pendant un certain temps autour de la cornée unes|)ace circulaire où legonfleuienl n'existe pas. Celui-ci empiète progressivement sur la cornée, jusqu'à ce qu'il l'enloure de toutes paris
()()8 Ol'inilALMIKS.
el liiiissc par la recouvrir cl roiilouir en quelque sorte, à tel point (lu'on n'en ai)erçoive plus (jue le cenlre. Le ehémosis est parfois lelleineul cuiisiilérable (|ue la conjoiielive oculaire lorine saillie eiiire les paupières.
Le ehémosis s'accompagne d'une rougeur livide de la peau des paupières el d'un gonllemenl qui s'élend quelquefois à une dislance considérable de l'œil el qui , pour la couleur el l'aspecl général de la rougeur el du gonflement, ressemble beaucoup à l'état des pai'ties qui entourent une pustule vaccinale le neuvième ou le douzième joui- après l'inoculation. Ce gonflement des paupières survient parfois aussi rapidement que s'il était dû à une piqûre d'insecte ou à quelque cause irritante immédiate. On le voit quelquefois s'avancer par degrés presque insensibles et alleindre en quelques heures son plus haut développement; il s'accroît d'autres fois pendant plusieurs jours. Il occupe principalement la paupière supérieure qui acquiert parfois un très grand volume et pend au-devant de l'inférieure de façon à rendre très difficile l'examen de l'œil.
Celte tuméfaclion soudaine des paupières les rend presque immobiles. Elle détermine aussi au début un certain degré de renversement en dedans des cartilages, qui n'est pas facile à réduire; mais au bout d'un certain temps les paupières sont sujettes à se renverser en dehors, ainsi que nous l'avons expliqué p. 269. Ceci survient surtout à la paupière inférieure, mais quelquefois aussi à la supérieure. Cette augmentation de volume des parties externes de l'œil n'occasionne au malade aucune douleur bien intense ; il n'y éprouve guère qu'une sensation de raideur el de pesanteur, accompagnée d'un malaise dû à l'accumulation du produit de la sécrétion de la conjonctive, qui, lorsque l'on soulève les paupières, s'écoule abondamment sur la joue. La sensation de graviers dans l'œil est alors moins prononcée. Si l'on intercepte la lumière et que les yeux restent en repos, le malade n'accuse pas beaucoup de souffrance.
Dès que la conjonctive bulbaire est envahie, la sécrétion purilorme augmente beaucoup; elle varie cependant de temps en temps, sous le rapport de la quantité, de la couleur et de la consistance, comme le fait l'écoulement dans la gonorrhée. Le docteur Velch estime que sa quantité dépasse plusieurs onces par jour. Une partie s'échappe d entre les paupières, l'autre se loge dans les replis de la conjonctive ou dans le creux que cette membrane chémosiée forme au-devant de la cornée. On la laisse quelquefois par négligence séjourner si longtemps dans ce dernier point, qu'elle y prend l'aspect d'une membrane épaisse qui, s'échappant d'entre les paupières, peut donner le change a des observateurs inexpérimentés, et leur faire croire que l'organe est detrmt et que c'est la cornée qui s'est ainsi détachée sous forme d eschare La sécrétion puriforme peut continuer sans éprouver grand change-
OPHTIIALMIE CONTAGIEUSE.
mont |HMi(lanl 12 à 14 jours, ou même plus longtemps. A la lin, le cliémosis, qui pendaiil un cerlain Icinps remplissait complélcment l'espace qui existe à l'état sain entre le globe de l'œil et les paupières, commence à s'ad'aisser; la sécrétion diminue de quantité et perd graduellement l'aspect du pus pour devenir ténue et sanieuse. La surlace interne des paupières, la membrane semi-lunaire et la caroncule, qui ont été les premières atteintes, sont aussi les parties que la maladie abandonne les dernières. La surface interne des paupières reste habituellement sarcomateuse, par suite de l'état morbide dans lequel se trouve la couche papillaircdc la conjonctive. Les papilles, au lieu de s ad'aisser et de reprendre leur volume normal, s'indurent et constituent une surlace granuleuse, rugueuse et muril'orme ; celle-ci, en frottant constamment contre la cornée, entretient une inflammation chronique dans le feuillet conjonctival qui la recouvre, et y détermine l'apparition d'un grand nombre de vaisseaux rouges et la perte plus ou moins complète de sa transparence.
Les cas que nous venons de décrire peuvent être considérés comme favorables; on doit s'attendre à en rencontrer qui entraînent à leur suite des eflèts plus destructeurs. Il arrive souvent que la tuméfaction de la conjonctive et celle de toute l'épaisseur de la paupière sont telles, qu'on ne peut s'assurer des changements morbides qui surviennent dans l'œil. Lorsque le gonflement diminue et permet de découvrir le globe de l'œil , on le trouve quelquefois désorganisé. La cornée se présente dans divers états : elle peut être trouble par exemple , mais entière , recouverte d'excroissances fongueuses qui lui donnent l'apparence charnue , perforée par plusieurs ulcérations à travers lesquelles l'iris fait hernie, ou presque complètement détruite par la suppuration.
Il y a lieu de croire que, dans quelques cas, l'inflammation primitive s'étend à la cornée. Le feuillet conjonctival qui la recouvre s'épaissit et devient plus ou moins opaque. Assez souvent, la moitié inférieure de la cornée est trouble ou nébuleuse, et sa moitié supérieure transparente : il existe entre les deux une ligne de démarcation bien indiquée. Ces divers changements affectent beaucoup la vue du malade ; très fréquemment l'opacité et l'afïaiblissement de la vision, qui en est la conséquence, persistent après que tous les symptômes aigus de la maladie ont disparu. La cornée est quelquefois le siège d'un ulcère superficiel transparent, absolument comme si un lambeau de cette membrane avait été enlevé par un instrument tranchant; elle peut alors rester partiellement aplatie, ou ofl'rir une surface irrégulière qui rende pour toujours l'œil impropre à une vision parfaite. D^utres fois les ulcères, bien que superficiels, offrent une surface floconneuse et blanchâtre, et se terminent fréquemment par la formation de cicatrices opaques d'une étendue variable. Lors même que rulcération n'a point
OIMITII.U.MIKS.
perforé In cornée, l'iris s avance parfois vers celle-ci el vienl ailhorer à sa face interne, en regard de la |)arlie ulcérée.
I.e processus inllaunnaloire esl, souvent encore plus intense; il atlarpie la totalité de la substance de la cornée et s'étend même aux tissus internes de l'œil. Le malade éprouve alors profondément dans l'orbite des douleurs aiguës qui s'exaspèrent pendant la nuit et se calmeiule matin. 11 survient aussi quelquefois dans l'œil une douleur pulsative qui se montre par accès, ou dure parfois presque sans rémission jusqu'à ce que la cornée se rompe. Les dilTérences qui se manifesieni dans la douleur sont très remarquables : elles dépendent beaucoup de la i)art que les divers tissus de l'œil prennent à la maladie, et le plus souvent les attaques en sont soudaines; quelquefois néanmoins elles sont précédées de frissons, de légères nausées et d'une sensation particulière vers la tète. Souvent la douleur, qui s'accompagne d'une augmentation de chaleur remarquable, se développe autour de l'orbite avec autant de violence que dans l'œil lui-même. Elle occupe fréquemment l'espace situé au-dessus des sinus frontaux, les tempes et la face, ou, pour parler plus exactement, elle affecte les branches de la cinquième paire qui se distribuent à ces diverses parties. Elle se fait parfois sentir immédiatement au-dessus de l'œil en commençant vers le trou sus-orbitaire. Cette douleur sus-orbitaire ou circum-orbitaire indique que rinllammation s'étend à la sclérotique, à la cornée, à la choroïde et à l'iris, tissus dont l'inflammation provoque toujours une douleur sympathique dans le nerf de la cinquième paire. La douleur du pourtour de l'œil augmente par la pression, et parfois un gonflement circonscrit se manifeste soudainement au-dessus de la partie malade. Lorsque cette tuméfaction se développe k la face, elle participe de la nature de l'œdème et, bien qu'il apparaisse aussi brusquement, il ne se dissipe cependant pas aussi promptement pendant l'intermission que les tumeurs qui surviennent dans les mêmes circonstances sur le front et la tempe. En tout temps, c'est l'œil qui est le siège le plus fréquent de la douleur, qu'on décrit généralement comme lancinante. Les malades la comparent quelquefois à ce que l'on éprouverait si l'on enfonçait dans l'œil une multitude d'aiguilles : elle est toujours extrêmement vive ; ordinairement elle est bornée à un seul œil à la fois, bien qu'elle passe souvent de l'un à lautre.
Le peu de gêne que la lumière parait occasionner, au moment du paroxysme, est probablement dù à ce que l'attention du malade esl absorbée par la violence de la douleur. La durée et le retour des paroxysmes n'ont rien de bien régulier. La durée la plus commune paraît être de trois à quatre heures; elle n'est parfois que de deux heures, mais elle peut aller jusqu'à six. L'époque la plus fréquente de leur apparition est de dix heures du soir à minuit. La sécrétion des larmes augmente beaucoup pendant l'existence de la douleur, tandis
OIMITIIALMIE CONTAGIEUSE.
: que récoulcinciU de la malière pui'ulcnle diininiu; alors presque toujours.
Cle lype inlerinillciU de la douleui' esl une cireouslanee remar(|ua- ' ble et ({ui pourrait paraître iuexplicahle, si nous ne savions pas qu'une , douleur dans Tœil et autour de lui, s aggravant à eertaincs heures de la nuit, aecompagne constamment la sclérotite. Nous avons déjà dit qu'il n'y a parfois aucune intermission eom|)lète et que la violence de la , douleur é|)rouve à peine une légère rémission. Le docteur Vetch (dont I rexeellenle description ma fourni plusieurs des faits que je rapporte ici) dit que chez les malades dont le temi)éramenl était robuste, qui
• avaient été exposés à des causes excitantes intenses, ou qui étaient d'une conformation propre à favoriser les congestions vers la lèle,
; rintermission n'était jamais complète, et qu'il survenait à peine quelque : rémission dans la violence de la douleur (1).
Ce n'est que dans la forme la plus violente de la maladie que suri viennent les fréquents paroxysmes de douleur que nous venons de dét crire, et en pareil cas la cornée se rompt souvent, circonstance qui est presque toujours suivie de la formation d'un slaphylôme et de la perte I delà vision. L'époque à laquelle cet accident survient varie beaucoup I chez les dilférents malades. C'est souvent le huitième jour que la ) cornée se rompt; mais cela peut arriver plus tôt, le troisième ou le > quatrième jour, par exemple. Dans quelques cas, les paroxysmes de » douleur ont reparu chaque jour pendant plusieurs semaines, avant i que la rupture de la cornée soit survenue. Dans d'autres, elle a eu lieu ; à la seconde ou à la troisième attaque, et a amené un soulagement ! temporaire. Je dis iemporaire , car la rupture même de la cornée ' n'amène pas toujours la terminaison de la maladie , elle en arrête i même souvent à peine les progrès. La douleur interne occupe rarement les deux yeux en même temps , et, bien que parfois elle passe alternativement d'un œil à l'autre, ordinairement l'un d'eux s'est déjà rompu quand elle passe au second. Dans quelques cas où les deux yeux se détruisent par la rupture de la cornée, le malade est quitte de la douleur pendant un certain temps après la rupture du premier œil; d'autres fois, au contraire, la douleur passe presque instantanément d'un œil à l'autre. On a vu des cas dans lesquels, au moment où le
• second œ^l subissait la rupture de la cornée, le premier, qui s'était déjà cicatrisé, était repris de la même douleur, et cette seconde rupture cle la cornée était alors précédée d'autant de souffrance que la première.
La rupture de la cornée survient ordinairement lorsque la maladie esl à son plus haut degré et alors que le gonflement des parties externes est tel qu'il est impossible de se livrer à l'examen du siège du mal. La sensation uniforme que tous les malades éprouvent en pareil cas, et
(I) Accoiinl of tlie 0|)lillialmia \\ liiHi lias aiipcarcil in Kiii^liiiul siiu-c llic Ucliirn of tlic Brilisli I Army IVorn Kg.v|)l, p. 117. l.oiiiloii, 1807.
OPUTllALMIES.
récouleniciil abondant d'un liquide cliaiul, laissenl rarement le chiruri^icn dans l'ignorance de ce (|ui est arrivé. D'autres fois, le gonflenienl de la conjonctive et des |»au|)ières n'est pas assez considérable pour s'opposer à l exanien de l'œil à l'époque où survient raccidenl. On peut alors observer les progrès de la désorganisation. La cornée revêt < d'abord une leinle sombre et se trouble; puis elle devient blancbàtre, ' et enlin jaunâtre par suite d'une infiltration plus ou moins étendue de pus, qui s'opère dans sa substance. Ses lamelles sont ramollies par la i maladie, et cette inliltralion les détache les unes des autres. La cornée ? se gonfle et se porte graduellement bors du creux dans lequel elle se * trouvait, par suite du gonflement de la conjonctive qui l'entoure. Sa i surface s'ulcère sur un ou plusieurs points : ces ulcérations gagnent i rapidement en étendue et en profondeur, et finalement la cornée cède. . On peut quelquefois apercevoir à travers l'ouverture, ou les ouvertures s ainsi formées, le cristallin, dans sa capsule, parfaitement transparent. Il est rare que dans cette maladie il s'épanche dans les chambres de l'œil du pus ou de la lymphe coagulable; c'est pourquoi, lorsque la cornée est détruite, les parties internes de l'œil se montrent à l'étal naturel. Après que la cornée a cédé, et alors même qu'elle a été presque complètement détruite par l'ulcération, le malade peut quelquefois distinguer assez nettement les objets; ce qui le porte à croire que la guérison est prochaine, ou que son œil tout au moins est hors de danger. L'iris est poussé dans l'ouverture ou les ouvertures de la cor- ■ ^ il revêt l'aspect d'une fongosité rougeâtre , se gonfle et fait saillie
née
en avant; il finit par contracter des adhérences avec ce qui reste de la cornée; de la lymphe plastique se dépose au-devant de l'œil; une cicatrice dense se forme au-dessus de la saillie de l'iris, et il en résulte un staphylôme partiel ou total. Dans quelques cas, l'iris reste proéminent en plusieurs points, à peine recouvert d une cicatrice offrant un grand nombre de saillies noirâtres, semblables aux grains du fruit de la ronce, état auquel on a donné le nom de stapliyloma racemosum.
La cornée peut se rompre sans avoir éprouvé une profonde désorganisation, lors d'un des violents paroxysmes de douleur dont nous avons déjà parlé. Le docteur Vetch a décrit soigneusement un cas dans lequel il examina l'œil immédiatement après que le malade eut éprouvé la sensation particulière qui annonce la rupture de la cornée, et l'écoulement de liquide brûlant dont cet accident est suivi ; il n'aperçut qu'une très petite ligne qui s'étendait en travers du segment inférieur de la cornée, et qui ne changea point d'aspect lorsque l'on eut lave l'œil avec de l'eau tiède. Comme les tentatives faites pour s assurer de la nature de cette ligne déterminaient du malaise, on renvoya l'examen au lendemain. La vue du malade était meilleure qu'avant la rupture. Le lendemain, la ligne était plus visible dans toute son étendue a cause d'une légère opacité qui l'accompagnait, et qui s'accrut tous les jours,
oriITlIAl.MIE CONTAGIEUSE.
jusqu'à ce que la plus grande partie de la cornée noii-seulenienl devint opa(lue, mais se projeta en avant sous la forme d'une siiillie conique j irrégulière. A mesure (pie celle altération lit des pi-ogrès, la vision, (jui pendant un certain temps avait été meilleure qu'avant la rupture, s'obscurcit complélement.
Il parait donc que, dans certains cas, l'humeur aqueuse s'échappe par une division de la cornée laite presque aussi nettement qu'avec un instrument tranchant. Si la maladie venait à s'arréler immédiatement après une pareille rui)ture de la cornée, cetaccident, suivant toute appa- I rence, ne déterminerait que peu d'altération permanente dans la visioi». Mais, outre les obstacles que la maladie oppose à la réparation de la cornée, les mêmes causes qui ont produit la première rupture continuent d'agir de façon à en produire une seconde ou une troisième; la désorganisation et la dillormilé s'accroissent, et le résultat déliiiitif, eu égard à la vision, est d'autant plus défavorable.
Connue le docteur Vctch rapporte minutieusement une observation de cette espèce de rupture de la cornée, et qu'il alïirme en avoir vu plusieurs cas semblables, je ne crois pas qu'il ail pu se tromper sur le fait. Néanmoins , je suis convaincu que, bien loin que la cornée se rompe • souvent de celte façon , ce mode de rupture est au contraire très rare. La cornée se détruit aussi par une ulcération qui commence à sa surface et pénètre graduellement l'épaisseur de cette membrane. On aperçoilun sillon ulcéré sur quelques i)oints delà circonférence de la cornée, au-dessus duquel empiète le chémosis formé par la conjonctive. Ce sillon s'accroît graduellement de façon à embrasser le quart ou le tiers de la circonférence de la cornée, il devient de plus en plus profond et finit par s'ouvrir dans la chambre antérieure. Dans un autre mode de destruction, la substance de la cornée s'infdtre de pus et présente d'abord l'aspect nommé onyx, puis il s'y forme un abcès complet qui se rompt et auquel succède une ulcération. Dans quelques cas rares, les lamelles externes se mortiOent et se détachent sous la forme d'écaillés semblables à du cuir. 11 est très rare que toute l'épaisseur de la cornée se sépare de cette façon, si même cela arrive jamais.
Cette maladie est très insidieuse. La cornée peut sembler assez transparente, plus transparente même qu'elle ne l'était quelques jours auparavant, bien que sa circonférence, au bord inférieur surtout, recouverte par le chémosis, soit en voie de s'ulcérer sans qu'on s'en aperçoive. Le lendemain matin, au lieu de l'amélioration à laquelle on s'attend, on trouve la cornée rompue et l'iris faisant saillie au dehors. 'Vingt-quatre heures après, la saillie de l'iris et la cornée sont toutes deux affaissées. La douleur dans l'œil et la tèle est beaucoup moindre par suite de la diminution de la tension. Pendant quelques jours les symptômes peuvent aller en s'amendant; puis une autre ulcération vient s'ouvrir au centre de la cornée ou vers son bord supérieur, de
OPIITIIALMIKS.
sorte (|iril sLirvieiil deux i)i'(»lii|)sus de Tiris el que la maladie se termine par la l'ormalion d'un slapliylôme.
Souvent la ruplurc de la cornée n'arrête pas les progrès de la maladie. Au bout de ((uelques heures la capsule se déchire el livre i)assagei au cristallin qui s'échappe par la brèche de la cornée; une plus oui moins grande quantité d'humeur vitrée le suit, et tout le contenu del l'œil s'évacue quelquefois ainsi. 11 ne survient pas de staphylôme en pareil cas ; mais il ne reste qu'un œil dél'ormé et petit, profondément enfoncé dans l'orbite : les paupières qui le recouvrent s'allaissent en dedans, olTrant une concavité à leur face externe, et restent fermées* pour toujours.
Bien que cette ophthalmie se montre plus contagieuse pendant les. temps chauds, ses symptômes ne s'en aggravent pas moins quand le malade s'expose au froid et à l'humidité. Les symptômes se moutrenti aussi plus graves chez les femmes quelques jours avant la menstrua-i tion, et s'amendent constamment après cette évacuation.
Lorsque l'ophthalmie contagieuse sévitau milieu d'une agglomération' nombreuse d'individus, comme dans un régiment ou dans une école, on observe beaucoup de rechutes qui, non-seulement retardent la guérison, mais entraînent souvent le développement de symptômes plusr graves et plus difiiciles à arrêter que ceux de la première attaque.: L'exposition imprudente au froid, une erreur de régime, font souventi |)erdre plus de terrain en quelques heures, qu'on n'en avait gagné pen-i danl plusieurs semaines par les soins les plus assidus et le traitementi
le mieux dirigé (1).
Les symptômes externes de l'aïïection et la douleur cessent à des périodes qui n'ont rien de fixe. Après la cessation de la douleur intense,' l'injection et la tuméfaction sarcomateuse de la conjonctive reslenti ordinairement stationnaires pendant un temps considérable, puis diminuent rapidement. D'autres fois, la disparition s'elleclue lentement et graduellement. C'est le gonflement extérieur de la paupière qui dispa-i raît d'ordinaire le premier, puis le chémosis se résorbe peu à peu. La portion de la conjonctive qui avoisine la circonférence de la cornée est la première à reprendre son aspect naturel; elle présente un cercle blanc semblable à celui qui existe à la période d'augment de raffection. Cet espace blanchâtre s'élargit insensiblement, jusqu'à ce que l'injection et le gonflement ne s'observent plus que sur la membrane semilunaire et son voisinage, et au fond des plis qui séparent les paupières du globe de l'œil. Les paupières, par suite de la disparition de la tuméfaction, paraissent relâchées et béantes; il se forme encore un peu de pus à leur surface interne. Tant que le malade reste dans cet état qui peut se prolonger pendant des mois, toute cause d'irritation pour "
(1) Voyez Slcclch of Ihe Médical History of llie 47lli RegimenI, by Saunders. Médical ' Augusl 50, 18:51, p. 227.
I OPIITIIALMIE CONTAlilELSK. ()7<>
1, OU réconomie peut amener une violeiile rechule, et les i)ersoniies qui se ,i trouvent en rajjport avee lui peuvent se trouver inl'eetées.
La rapidité avec laquelle disparaissent souvent les o|)aeités de la i cornée oecasionnées par eetle maladie, une Ibis (|ue leur rés()r|)lion a i, commencé, est une circonstance vraiment rcmar(|ual)Ie (1). Dans i beaucoup de cas d opacités de la cornée ([ui paraissaient ne laisser ; aucun espoir, les malades ontpromptemenl récupéré un degré de vision I qui leur a été très utile. Le docteur Vetch rapporte, à l'appui de ce (ail, I l'exemple suivant qui est très remarquable :
Obs. 309. — Peiuliint la convalescence d'un iioinnie aUeiiil do cellt; maladie, quelques
■ symptômes d'une alleclion de poitrine ii laquelle il était depuis longtemps en proie, revêlit renl l'appai'ence d'une consomption pulmonaire qui marcha rapidement vers sa dernière I période. Cin(i jours avant sa mort, le makulc fut prisd'une aggravation intense de la lièvre I hectique et de tous les autres symptômes, de sorte qu'on s'attendait à le voir expirer à ^ chaque instant. A ce moment, à la grande surprise de ceux qui le soignaient, les opacités
de ses cornées, qui depuis longtemps avaient aboli la vision des deux côtés, disparurent avec une rapidité si surprenante que, quelques instants avant sa mort, la vue lui était re- 1 venue presque aussi bonne qu'elle eût jamais été. En examinant ses yeux après sa mort, ; on trouva que les restes de l'opacité s'étendaient jusqu'à la face interne de la cornée, qui ; était légèrement ridée dans le point opaque. Il existait aussi dans les deux yeux une , adhérence très limitée de l'iris à la cornée, ce dont on ne s'était point aperçu pendant la vie.
Les symptômes qui sont les derniers à disparaître, surtout après de 1 nombreuses rechutes, sont Tinduration et l'hypertrophie de la couche ] papillaire de la conjonctive, ainsi que la vascularisation et l'opacité de I la cornée, qui dépendent de l'irritation occasionnée par le frottement ': des paupières malades. L'état de la conjonctive dont je parle a reçu le nom de g ranidar conjunctiva, conjonctive granuleuse. Si, par granuleuse, ceux qui ont fait usage de ce terme l'ont employé pour indiquer que la surface de la conjonctive est très irrégulière, le mot est assez expressif et assez convenable. Mais on en a évidemment fait usage |)our désigner l'existence de granulations. Nous avons même entendu parler
■ de l'ablation de?, granulations àe la conjonctive. La nature de cette nu^n- ! brane et l'histoire du symptôme démontrent également que les petites i proéminences dont nous nous occupons ne sont point des granulations. I II n'existe aucune membrane muqueuse qui puisse donner naissance à
des granulations sans que la surface en aitélé au préalable ulcérée. Mais i ici aucune des parties de la conjonctive qui présente cet aspect granu- I leux, ne l'a été. Si ces petites éminences étaient réellement des granu- I lations, l'adhérence des paupières au globe de l'œil serait un phénomène très fréquent , tandis qu'il s'observe au contraire très rarement. Ces proéminences granuleuses ne sont rien autre chose que les
t(l) Cette remarque est très fondée ; clic est importante au point de vue du pronostic. Aussi longtemps que la cornée n'est [iiis crevée et que la surface n'en est pas i)rofon(lémenl ulcérée, il ne faut pas désespérer du retour de sa transparence , quelque opacité qu'elle présente. T. W. 1
076 OPimiALMIF.S.
papilles de la eonjoiicùve palpébralc hypertrophiées par rinllanimalion (1).
Une des principales dillerenees qui existent entre loplithalmiei catarrhale et rophtlialinie contagieuse, c'est que cette dernière attaquei avec plus de ra[)idité ci d'intensité la couche papillaire de la conjonc-i live et que pour cette raison elle s'invétère plus facilement (2). Un malade peut rester plusieurs mois avec des granulations sur la con-i jonclive palpébrale, la cornée probablement vasculaire ou nébuleuse, • mais sans aucun écoulement puriforme; tout à coup, après quelquei excès de boisson, ou quelque irrégularité de régime, l'inflammalioni reparait sous sa forme primitive et avec les mêmes propriétés contagieuses. Il en résulte qu'un soldat congédié dans cet état, et retournant i chez lui, peut y être frappé d'une nouvelle attaque d'ophthalmie quii s'étendra souvent à plusieurs familles, offrant tous les symptômes ef toute la gravité de la maladie primitive.
Symptômes généraux. — Il ne paraît pas qu'au début la constitution soit le moins du monde atteinte. La première période est entièrement i locale: le pouls reste ordinairement mou, la peau est rarement chaude, ■ la soif n'est point marquée, l'appétit est plutôt augmenté que diminué, •\ le sang des saignées n'est point ordinairement couenneux. Toutes ces' circonstances démontrent combien peu la constitution est affectée aui début de cette maladie. Il existe sans aucun doute des différences sous ce rapport. A en juger par ce qu'en disent le docteur Vetch et Sin Patrick Mac Gregor, on doit admettre que les enfants atteints de cette affection sont sujets à une irritation constitutionnelle plus intense que les adultes. A mesure que les symptômes locaux augmentent, la consti- ij lution commence à s'affecter. Le pouls devient fréquent et dur; à la fin, i il existe toujours beaucoup de malaise, et le sommeil est empêché par les paroxysmes de douleur nocturne; le sang qu'on tire alors de la veine est fortement enflammé. Il se déclare une grande faiblesse, sur-tout lorsque le malade a éprouvé de fréquentes rechutes. Sir James -! Mac Gregor dit qu'en Egypte la maladie se prolongeait souvent pendant
r (I) Le point le plus imporlant de l'histoire des granulations, puisqu'il en domine en quelque sorte la thérapeutique, sur lequel s'accordent tous les médecins qui l'ont étudiée avec som, cl que notre auteur admet implicitement, c'est que leur présence sur les conjonctives palpcbrales, cause ou effet de l'ophthalmie militaire, en devient une source répétée, et que le seul moyen sur de se mettre à l'abri de son retour, c'est l'élimination par absorption ou destruction de celle i. production pathologique. Un autre point essentiel, sur lequel les recherches d'anatomie pathologique, combinées avec l'observation clinique, ne peuvent pas laisser de doute, c est que les t eranulations, lout en étant eonnnunes à l'ophthalmie purulente des nouveau-nes et à I opIUhalmie blennorrhagique, sont cependant le produit d'un agent spécial, inconnu dans sa nature, comme le sont tous les facteurs morbigcnes spécifiques, suivant dans ses évolutions el sa Iransmission des lois qui sont désormais connues, et cèdent à des agents curat.fs sur lesquels ITn tend ehaqi .e ^îr à se mettre plus d'accord. (Voir la Noie additionnelle des traducteurs à la
^''Ï(^t."t"pouls';l-lre à ce„e assertion. Au point de vue plfo.nénal, Uny^ n ,our no ls aucîne dilTérencc entre les oph.halmies dites ca.arrhales el OP h - - d armées. (Voir Fa>.lot. Nouvelles recherches pathologiques et slal.stiques sur 1 ophlhahn.e qui règne dans l'armée belge. Bruxelles, 1858, Hauman. T. W. 1
OPUTIIALMIE CONTAGIEUSE.
deux ou trois mois, qu'elle allérail beaucoup la saulé générale, se terminait par la diari-liée ou la dysscnterie, et que parfois le malade tombait dans l elhysie (1).
Les malades d'une eonslilulion scrofuleuse sont plus sujets que les autres à la désorganisation de la cornée pendant le cours de l'ophthalmie contagieuse.
Causes prédisposantes. — L'état militaire parait être une des causes prédisposantes les plus prononcées (2). Nous entendons par là les fatigues qu'ont à endurer les soldats, le froid auquel ils sont exposés pendant leurs gardes de nuit, les variations de température qu'ils subissent, leur séjour dans des baraques sales, froides et encombrées, le mauvais régime, l'abus des boissons alcooliques, les vêlements mal appropriés, et diverses autres influences nuisibles (5). Le docteur Vleminckx pense qu'une des principales causes prédisposantes consiste dans les vêtements gênants du soldat, et surtout dans les cols serrés et les lourdes coilïures. Depuis que l'on a introduit des changements à cet égard dans l'armée belge, la maladie y est devenue de plus en plus rare (4).
Propagation de la maladie. — Contagion. — Infection. — Caractère épidémique. — J'ai déjà fait connaître mes idées relativement à la faculté de se propager que la conjonctivite catarrhale ordinaire de notre pays
(1) Médical Sketches of the Expédition to Egj'pl from India , p. 131. London, 1804.
[(2) Cette observation, que les auteurs acceptent avec trop de confiance, a beaucoup perdu de sa valeur depuis qu'on a vu la maladie se réi)andre dans les populations, éclater et se perpétuer en quelque sorte dans des établissements exempts de toutes les condilions qu'on accuse dans la vie militaire d'en être les causes, dans les séminaires, les pensionnats, etc. (Voyez Gouzée. De rophthalmie qui règne dans l'armée belge. Bruxelles, 1842. Fallût. Nouvelles recherches, etc. Bruxelles, 1858.) T. W. ]
(5) « Athlone est connu comme une localité où l'oplithalniie sévit constamment. Presque loos les régiments qui y ont établi leurs quartiers depuis plusieurs années y ont été alteinis de cette maladie. Je crois que la cause principale de son développement, dans ce lieu, est le froid auquel sont exposés les soldats en montant la garde pendant la nuit, dans les portions froides et nues où sont situées les baltcries el les lignes près des bords de la rivière Shannon. L'atmosphère est la plus humide que j'aie jamais observée, excepté peut-être celle de l'Inde pendant la sai.son des pluies. Le vcnl froid et humide qui vient la nuit du lac et des marais donne l'oplitlialmie aux hommes, comme s'il la leur soufflait dans les yeu\. J'ai quelquefois vu quaire ou six hommes, parfaitement sains en moulant leur garde, entrer àrhopilal en la descendant, avec des conjonctivites intenses. Je ne sais si vous savez que les corps de garde des soldats sonl aussi petiis que faire se peut, et que lorsqu'une sentinelle est relevée, elle y rentre et va se coucher à cOté de ses camarades qui, enveloppés de leurs manteaux, sont étendus pèlemele aussi près que possible les uns des autres Ils ferment les portes elles fenêtres et allument un grand leu de sorte qu'ils sont presque comme dans une étuve. Puis, lorsque leur tour revient, ils sortent brusquement de ce lieu si chaud pour aller faire faction pendant deux heures sur les remparts, exposés au vent froid queje viens de décrire. Jai la conviction que ce sont celle innuence atmosphérique et celte brusque transition qui produisent l'ophlhalmie à Athlone.. (Le ire du docteur Jlasscy du 32^' régiment, dans l'excellentrapportqucM. Wilde a fait sur l'opli- Uialmie epidémique des WorUtouscs et des écoles de Tipperary and Alhlone Union; London Journal of iMedicine de janvier 1831, p. 17.)
m Cetleopinion appartient désormais à l'histoire. Les auteurs qui l'ont défendue avec chaleur
ei avec talent l'ont depuis longtemps abandonnée. Ceux qui connaissent riiisloirederoi)lilhalmie contagieuse en Belgique savent que si, entre le relûcliement du cul de riiabil et la diminution uc la maladie il y a eu des rapports, c'en sont de simple coïncidence et nullement de (ilialion «ousne voudrions pas exclure d'une manière absolue la compression du couda nombre de^ causes predispo.sanles, mais 1 influence n'en va pas plus loin. 1'. W.]
OI'IITIIAI.MIKS.
acquiert quelquefois, et j'ai donné à enleiidre que roplilhalniic qui s'était développée en Egypte sui' les armées anglaise et française, et qu'elles avaient rap{)orlée en Europe, avait une oiigine semblable.? Assalini attribue rallection qui s'est développée dans l'armée française; à Tinlensité de la lumière et de la chaleur comme causes prédispo-» santés, et à la suppression de la transpiration comme cause occasion-'i nelle; en d'autres termes, il la considère comme une ophthalmie calarrhale. L'inflammation catarrhale de la conjonctive, dans (juclque lieu et. à la suite de quelque cause qu'elle se développe, parait acquériri promplement, si toutefois elle ne la possède pas dès le début, la faculté de produire par contagion une maladie semblable à elle-même, mais, d'une bien plus haute gravité (1).
On sait, à n'en pas douter, qu'à la suite du retour de l'expédition d'Egypte, il s'est déclaré dans notre pays une ophthalmie contagieuse grave qui a ensuite sévi largement dans des régiments qui n'avaient point pris part à l'expédition d'Egypte, et qui a suivi les troupes britanniques dans toutes les stations étrangères où on les a envoyées. Cette ophthalmie règne en Egypte depuis des siècles. Elle est plus . commune parmi les natifs que parmi les étrangers, ce qui est dû au j commerce plus libre des premiers entre eux; elle l'est aussi, pour la même raison, plus parmi les basses classes que dans les classes élevées de la société, et dans les villes qu'à la campagne (2). Mais cette affection peut se développer ailleurs qu'en Égypte, et elle n'est point exclusive aux pays chauds. On l'a vue éclater en pleine mer au milieu de l'équipage d'un vaisseau. Il est probable que c'est en grande partie à i la température froide de notre pays et à nos habitudes de propreté ' que nous devons de ne pas voir l'ophlhalmie catarrhale commune, que ' nous rencontrons tous les jours, revêtir les caractères de l'ophthalmie ' contagieuse.
La question de savoir si cette maladie est susceptible de se propager • par infection, c'est-à-dire si les miasmes qui s'échappent des yeux de ■ ceux qui en sont affectés peuvent, en se répandant dans l'atmosphère, provoquer le développement de la même affection dans d'autres yeux, , attend encore sa solution. Dans tous les cas où cette ophthalmie s'est ' prolongée dans un régiment, une école ou une famille, on a pu soupçonner qu'il y avait eu contact immédiat, soit à l'aide des doigts de la
(M) Voir F CuMER. Recherches slalisliqucs sur les mBlatHes oculaires que Von observe le plus communément dans la province du Brabant. Annales d'Oculislique, t. XVII, pp. 244 a 201 ; Fallot. Nouvelles recherches statistiques, etc., chap. III.] , , • .
(% Plusieurs causes en Ésypie concourent à la production de 1 ophthalmie, ce sont les exhalaisons du sol après que le Nil s'est retiré, l'habitude de dormir sur les terrasses des maisons ou dans un appartement non recouvert, la poussière soulevée par le s.roeco ou vent chaud du désert les mouches qu'on laisse tranquillement s'attacher aux yeux des enfants et en sucer les sécréti'ons morbides , la malpropreté el le préjugé qui porte à croir. qu'on s expo^^e a penirc m vue en lavant les yeux lorsqu'ils sont enllammé.s, etc. Voyez L*^E s Modem Ef!y|.li.ui,s. cl autres ouvrages sur l'Egypte.
OPHTIIAI.MIK CONTAGIEUSE.
personne atteinlc, soit par l'usage en commun des cssuie-mains ou d'auU-es objets. Le docteur Velch dit en parlant des soldats: « Chaque compagnie a une chambre spéciale dans hxiuelle les hommes ont naturellement enti'c eux une foule de rapports. Beaucoup de choses sont d'un usage commun; bien des soldats nï'prouvent pas grande répugnance à se laver la lace dans la même eau que leurs camarades; et quand même Ils éviteraient soigneusement de le l'aire, tous n'en sont pas moii»s dans la nécessité de se servir du môme essuie-main. » Le même auteur lait observer « que tous ceux qui ont donrié des soins aux malades, en ayant la précaution d'éviter tout rapport de nature à cpmnmniquer localement la maladie, y ont échappé sans aucune exception. »
Les expériences de Guillié, que j'ai rapportées page 660, démontrent parfaitement que la conjonctivite puro-muqueuse est contagieuse, dans toute l'étendue du mot; en d'autres termes, que le pus pris sur un œil aflecté de cette ophthalmie, et appliqué sur la conjonctive saine d'un autre œil, produit la même maladie.
Sir Patrick Mac Gregor relaté plusieurs observations d'inoculation •accidentelle par le pus provenant de la conjonctive atteinte de cette affection.
Obs. 370. — Une infirmière du Mililary Asylum, injeclaiU à 9 heures du matin les yeux d'un malade qui avait un gonflement considérable des paupières et un écoulement purulent abondant, s'aperçut qu'un peu de pus mélangé avec le liquide de l'injection avait jailli jusque dans son œil gauche. On lui fit immédiatement baigner l'œil dans de l'eau chaude. Malgré cette précaution, elle commença vers sept iieures du soir à ressentir une telle démangeaison dans cet œil, qu'elle ne put s'empêcher de le frotter constamment. Lorsqu'elle s'éveilla le lendemain malin, l'œil était considérablement enflammé; les paupières étaient gonflées, et lorsqu'elle faisait mouvoir l'œil, il lui semblait que du sable était logé entre cet organe et les paupières. Dans le courant de la journée, de la matière purulente s'échappa de l'œil, et elle éprouva d'autres symptômes semblables à ceux qu'éprouvaient les enfants qu'elle soignait. On triompha néanmoins du mal au bout de quatorze jours de l'emploi du traitement ordinaire. L'œil droit se conserva sain pendant la durée de la maladie de l'œil gauche.
Ob!^. 371. — Une autre infirmière lavant vers 8 heures du matin, avec de l'eau chaude, les yeuxd'un jeune garçon atleinld'une ophthalmie purulente intense, appliqua, par inadvertance, sur son œil droit l'éponge dont elle se servait. Elle lit part sur-le-clianip de cette circonstance aux autres inOrmières, mais ne prit aucune précaution contre l'infection. Le même jour, entre 3 et 4 heures du soir, il survint une grande démangeaison dans son œil droit qui était déjà fort enflamme avant qu'elle allât se coucher. Le lendemain matin, les paupières étaient fort gonflées et douloureuses lorsqu'elle les faisait mouvoir; toule la surface antérieure de l'œil était fort enflammée. Un liquide purulent commençait aussi à s'échapper du canlhus interne et à couler le long de la joue. L'intensité des symptômes s'accrut, et, malgré les moyens employés, l'œil creva au-devant de la pupille le quatrième jour après l'application de la matière purulente. La vue de l'œil droit fut complètement perdue et l'inflammation y persista pendant plus de trois mois, mais l'œil gauche ne s'afl"ecta pas(l).
(I) Transactions of a Society for the Improvcmcnt of Médical and Chirurgical Knowledge, vol. III, p. 52. I.ondon, 1812. Des cas semblables ont (il(i nipportes par M. Décodé, Bulletin mcJical bel!,'c, iivrii 1837. p. 51. o\r N oie addilionnellt <iiis traducteurs.]
OPHTIIAL.MIES.
La relalion suivante est un exemple Ibrmidahle de conjoncliviic pui'o-inu(iueuse développée par suite d'iniluences almosphérinues et se répandant par eontaiijion ou |)ar inl'eelion.
Obs. 372. Le vaisseau n(?gricr français, le Rôdeur, capitaine li., Uu port do 200 tonneaux , partit du Havre le 24 janvier 1819 pour la côte d'Afrique; il atteignit sa destina- ' lion le 14 niarset jeta l'ancre à Bonny. L'équipage, composé de vingt-deux hommes, jouit d'une bonne santé pendant tout le voyage et pendant son séjour à Bonny qui se prolongea i jusqu'au 6 avril. On n'avait observé aucune trace d'oplitliainiie parmi les liabilanls delà côte, et ce ne fut que quinze jours après que le liôdeur eût repris la mer, et alors qu'il était presque sous i'équateur, que l'on aperçut les premiers symptômes de la maladie. On remarqua que les nègres, entassés au nombre de IGO ù fond de càle et dans l'entre-pont, avaient contracté une rougeur considérable des yeux, qui se propageait avec rapidité d'un individu à l'autre. L'équipage ne fil pastoulefois grande attention, au début, à ce phénomène, pensant qu'il était di'i au manque d'air frais dans la câle et ù la rareté de l'eau. On avait déjà été obligé, en effet, de limiter la ration d'eau à huit onces, et peu après on dut la réduire à un demi-verre par jour. On pensa qu'il sulTirait de laver les yeux avec une infusion de fleurs de sureau, et d'après l'avis de la personne qui remplissait à bord les fonction de chirurgien, d'amener les nègres chacun à son tour sur le pont. On fut obligé de renoncer à cette mesure salutaire, car les malheureux Africains, arrachés à leur pays natal et désespérés par l'horreur de leur situation, s'embrassaient et se jetaient ensemi)le à la mer. La maladie, qui s'était répandue parmi les nègres avec une rapidité elfi'ayanle, commença à menacer l'équipage. Le premier homme qui en fut atteint, fut un matelot qui couchail sous le pont, près de la cloison à treillis qui communiquait avec la cale. Le lendemain, un mousse l'ut attaqué de l'ophtlialmie, et dans l'espace de trois autres jours, le capilaineet presque tout l'équipage furent également atteints. Le matin, en s'éveillanl, les malades éprouvaient un léger picotement avec démangeaison au bord libre des paupières, qui devenaient rouges et gonflées. Le lendemain, le gonflement des paupières s'accroissait et s'accompagnait d'une vive douleur; pour la soulager, les matelots s'appliquaient sur les yeux des cataplasmes de riz aussi chauds qu'ils pouvaient les supporter. Le troisième jour de la maladie, il survenait un écoulement de matière jaunâtre, assez clair d'abord, mais qui devenait ensuite visqueux et verdàlre, et dont l'abondance était telle que les malades n'avaient qu'à ouvrir les yeux de quart d'heui'e en quart d'heure pour que la matière s'en échappât à flots. Dès le début de la maladie, il y avait une photophobie intense et du larmoiement. Lorsque l'on n'eut plus de riz, on fit les cataplasmes avec du vermicelle "bouilli. Le cinquième jour, on appliqua à quelques malades des vésicaloires à la nuque; mais les cantharides ayant été promptement épuisées, on s'efforça d'y suppléer parl'usage des pédiluves sinapisés, et en exposant les paupières gonflées à l'action de la vapeur d'eau chaude. Loin de diminuer sous l'influence de ce traitement, la douleur s'accroissait de jour enjour, aussi bien que le nombre de ceux qui perdaient la vue, de sorte que, outre la crainte de voir les nègres se révolter, l'équipage était frappé de terreur à la pensée de ne plus pouvoir diriger le vaisseau jusqu'aux Indes orientales. Un seul matelot avait échappé à la contagion, et c'est sur lui que reposait l'espoir de tous. Le Rôdeur avait déjà rencontré un vaisseau espagnol, le Léon, dont tout l'équipage souffrait tellement de la même ophthalmie, qu'il était dans l'impossibilité de diriger le vaisseau, et qu'il venait implorer l'assistance du Rôdeur dont l'état était pi-esque aussi désespéré qUe le sien. Les matelots du Rôdeur ne pouvaient abandonner leur navire à cause des nègres, et ils n'avaient point de place pour l'équipage AaLcon. La difficulté de soigner tant de malades dans un espace aussi restreint, le manque de provisions fraîches et de médicaments, faisaient envier par les survivants le sort de ceux qui mouraient, destin qui semblait s'approcher pour tout le monde et qui causait une émotion générale. Quelques matelots firent usage d'eau-de-vie, qu'ils faisaient couler entre leurs paupières, et dont ils retirèrent quelque soulagement ; ce qui aurait pu suggérer au chirurgien l'idée de recourir à un traitement local stimulant. Le douzième jour, ceux des matelots qui avaient éprouvé un peu d'amélioration montèrent sur le pont pour soulager les autres. Quelques-uns eurent jusqu'à trois attaques de la maladie. Le gonflement des paupières s'élant dissipé, on observa quelques plilyctenuies sur la conjonctive oculaire. Le chirurgien eut l'imprudence de les ouvrir, et celle manœu-
OIMITII.U.MIE CONTAGIEUSE.
vre lui fui fatale, car, l'ayant employée sur lui-même, il demcnri. iiveugle sans espoir de recouvrer la vue. Lorsqu'on alleisnil la Guadeloupe, le 21 juin, l'équipiiRe était dans un ÏIM déplorable; mais l.ienlôt, sous l'influence de l'usage de provisions fraîches et de s n.Dles lotions avec de l'eau de source et du jus de citron, recommandées par une netresse leur état s'améliora beaucoup. Trois jours après leurarrivéeà terre, Icseul liomme mil eut échappé à la contagion pendant tout le voyage, fut à son tour atteint des mêmes symptômes: rophlbalmie parcourut les mêmes phases qu'elle avait suivies sur les autres „u,ladesù bord. Parmi les nègres, trente-neuf restèrentcomplélement aveugles, douze perdirent chacun un œil, et quatorze eurent des taches plus ou moins considérables sur la cornée Oiiant à ^équipa^'e, douze hommes rcslérent complètement aveugles, et entre autres 'le chirurgien; cinq, parmi lesquels le capitaine, perdirent chacun un œil. Quatre eurent des taies considérables de la cornée avec synéchic antérieure (I).
Lerécildonné par Sir Patrick Mac Gregor delà propagation, en 1804, de lophtlialniie puro-muqueuse au Military Asylum de Chelsea, vaste inslitulion pour Téducalion des enfants des soldats, démontre sullisamment que le mal s est propagé d'un individu à un autre.
Obs. 373. — Au commencement du mois d'avril 1804, dit-il, on amena à l'inlirmerie deux garçons, deux frères, atteints d'une inflammation des yeux que l'on ne jugea point assez sérieuse pour ordonner leur admission. On les traita à la consultation externe, et au bout de huit à dix jours de l'emploi des moyens ordinaires, ils étaient guéris. Vers la (in du mois, on m'amena six enfants atteints d'opbthalmie; trois l'avaient à un degré violent etfurent admis à l'infirmerie; on prescrivit de ramener tous les jours les trois autres à la consultation. Pendant le courant du moisde mai, on ne m'amena à l'infirmerie pas moins de quarante-quatre garçons et de cinq filles affectés d'opbthalmie. On admit les cas les plus graves; mais il n'y avait pas de place pour tous, et encore quelques-uns de ceux qui furent admis durent-ils forcément être placés au milieu d'autres malades. Pendant la matinée du quatrième jour qui suivit leur admission, deux garçons qui étaient dans la même salle pour d'autres affections, furent pris d'inflammation des yeux, et dans le courant de la semaine, l'infirmière en fut elle-même attaquée. Elle l'eut à un degré si violent, qu'elle demeura privée de la vue pendant plusieurs jours et qu'elle fut plus de trois semaines sans pouvoir faire son service. Vers la même époque, son fils âgé de douze ans qui avait soigné les malades, et quelques jours après, ses deux plus jeunes enfants, furent aussi atteints ainsi que plusieurs malades de la même salle. En juin, cinquante-huit garçons et trente-deux filles furent frappés. On remarqua que la maladie fut en général plus grave chez eux qu'elle ne l'avait été chez les malades du mois de mai. Pendant ce mois, l'infirmière de l'hôpital des filles fut atteinte, ainsi que son mari, pensionnaire de l'hôpital de Chelsea, qui venait la voir tous les jours, et deux infirmières employées accidentellement. Des renseignements que je pris, il résulta qu'à part le pensionnaire dont je viens de parler, personne à cette époque n'avait l'ophthalmie à l'hôpital de Chelsea. La femme d'un officier d'état-major vint à cette époque visiter le Military Asylum; elle était accompagnée de son fils âgé de cinq à six ans et qui avait l'habitude de jouer avec les autres enfants.ll contracta l'ophthalmie, et, quatre à cinq jours après, elle se déclara égalementsur sa sœur âgée de deux ans, et enfin sur la dame elle-même. Ces circonstances donnèrent l'alarme; on sépara immédiatement des autres malades tous les enfants qui offraient déjà des symptômes de l'ophthalmie, et l'on prit toutes les mesures employées d'habitude pour arrêter les maladies contagieuses. Pendant le mois de juillet, l'oplithalmie continua de s'étendre, et plusieurs des enfants déjà guéris d'une première attaque la contractèrent de nouveau. Soixante-cinq garçons et trente filles furent atteints pendant ce mois, et l'affection parut chez eux plus grave et moins facile à guérir, quoique l'on fît usage du même traitement que précédemment. Le temps était beaucoup plus chaud que le mois précédent. En août, soixante-neuf garçons et vingt etune filles contractèrent la maladie; un garçon et une fille amenés d'Écosse par leur mère, arrivèrent le soir d'un des derniers jours du mois
(I) Bibliothèque ophlbaimologiquc, par M. GuiuiÉ, I. I, p. H. Paris, 1820.
OI'IITIIALMIF.S.
ù l'Asi/le, où on les reçut imnicdiateiiienl. Ils furoiil, ;i mon insu, placés par rinfirmière dans une salle où se Irouvalenl des malades alleinls d'oplillialmie. Le lendemain, en visitant l'inllrmerle, je prescrivis de placer Immédiatement lesenfants dans une autre salle ce qui l'ut fait. Néanmoins, dans la matinée du troisième jour qui suivit leur arrivée, ces doux enfants furent pris des symptômes d'une ophtlialmic semi)laljle en tout à celle des autres. Tous les enfants de cinq à six ans et demi sont formés en une seule compagnie. On remarqua que pendant le courant de ce mois et de celui qui le précéda, la pres- (lue totalité de la conii)agnle fut atteinte d'oplitlialmie. La marche envahissante pouvait se suivre dans les dortoirs de lit en lit, suivant l'ordre dans lequel ils étaient placés, et cela Jusqu'à ce que presque tous eussent été pris. Les deux inlirmières attachées à cette compagnie couchèrent toujours dans leurs salles, el ce furent les seules de celles appartenant à l'institution (à part les infirmières attachées à i'inlirmerie) qui furent atteintes de la maladie. Vers le milieu du mois, je la contractai moi-même, el bien que les symptômes inflammatoires fussent arrêtés au bout d'une dizaine de jours, il me fallut plus de six semaines pour me remettre des suites de l'affection. En septembre, seize garçons el quatre filles contractèrent la maladie; en octobre, seize garçons et sept filles; en novembre, neuf garçons et six filles. A partir du 22 de ce mois jusqu'à la fin de décembre, il n'y en eut plus que deux cas, tous deux sur des garçons : c'étaient deux frères qui couchaient ensemble, et qui tous deux, pendant le mois d'août, avaient eu la maladie à un haut degré de •violence. La description que nous venons de donner de la marche envahissante de cette affection tend fortement à faire supposer qu'elle était contagieuse. Si, en effet, la maladie eût été engendrée, puis ensuite entretenue par quelque cause générale (comme un état particulier de l'atmosphère), les filles y auraient été dès l'abord aussi sujettes que les garçons, et les officiers, les sergents et les infirmières du reste de l'institution auraient contracté l'affection tout aussi bien que les personnes occupant les mêmes fonctions auprès des malades. Mais c'est ce qui n'arriva point. Il y avait un mois que le mal régnait parmi les garçons lorsqu'il attaqua les filles, et, ainsi qu'il résulte des détails donnés ci-dessus, les adultes qui n'approclièrent point des malades échappèrent tous au mal, tandis que parmi ceux qui les soignèrent, tous, excepté le chirurgien assistant, en furent atteints. La maladie se déclara quelquefois le troisième jour après l'exposition à l'infection; c'est ce que démontre parfaitement le cas des deux enfants arrivés d'Écosse. Il semblerait aussi qu'un rapport plus intime avec la personne affectée que celui qui propage les autres maladies contagieuses, était nécessaire pour que le mal se produisit. C'est du moins ce que l'on peut inférer de ce fait, que les servantes de l'infirmerie et les deux infirmières qui soignèrent les petits garçons, la contractèrent si facilement, tandis que les autres employés de l'établissement y échappèrent. Elle fut fortement influencée par l'état de l'atmosphère. Ainsi, ses attaques furent beaucoup plus graves et d'une plus longue durée pendant les grandes chaleurs que lorsque le temps était froid ou la température modérée. C'est ce que démontrent clairement les cas plus nombreux et de plus longue durée en juillet, août et septembre, que dans les mois qui précédèrent ou qui suivirent. Il y a lieu de croire que le mal était plus contagieux dans sa première période, alors que l'inflammation était vive et l'écoulement purulent considérable (1).
Tandis que l'opinion la plus générale, celle suivant laquelle il est le plus prudent dagir, est que celle ophlhalmie est contagieuse, quelques médecins professent une opinion toute différente. M. Lawrence (2), par exemple , met en doute la question de savoir si la propagation de cette affection, parmi les soldats surtout, est due à lapplication d une matière contagieuse ou à l'action des causes, si défavorables à la santé, qui se développent lorsque beaucoup d'hommes sont entassés ensemble. M. le docteur Eble (o), tout en reconnaissant la possibilité delà
(2) Lectures on Surgery. London Médical Gazette, vol. VI, p. 743. London, 1850. (5) Edi,e. Ueber die in der Belgischen Armée herrschende Augenkrankheilen . pag. Wien, 1836.
Ol'lITllAI.MlE CONTAC.IEUSE.
iransmission per contactum, croil que la maladie se propage le plus souveiilpar iufcelion in dislans. M. RoIum'Is, après une enquête soigneuseinenl l'aile sur la manièi-e doiil la maladie s esl développée à Malte, se range à l'opinion (ju elle esl propagée par contagion. 11 rapporte (1) que dans le 59'' régiment auquel il était attaché, elle dél)uta chez les enl'ants, s'étendit aux femmes, puis aux hommes mariés, el en dernier lieu aux célihataires du régiment
L'ophlhalmie contagieuse ressemhle aux autres maladies contagieuses épidémiques. La constitution épidémiquc, comme on l'appelle, a«it pour la produire et en modilie les phénomènes comme elle le fait dans l'intluenza, le typhus, la peste, la dyssenterie, le choléra, etc., qui tous paraissent susceptihles de devenir contagieux. Ainsi que ces maladies, rophthalmie suit souvent une marche irrégulière el inexplicable, attaquant une localité et épargnant celles qui l'avoisincnl, s'accompagnant de rémissions qu'on ne peut expliquer et d'exacerhations dont il est tout aussi difficile de se rendre compte. A une certaine époque, l'inflammation est si grave que tous les moyens employés pour l'arrêter échouent ; à une autre , la maladie manifeste une tendance générale à céder, et tous les moyens mis en usage en hâtent la résolution. Il est probable que ce n'est point une cause unique, mais tout une série de causes qui font développer celte aiïeclion, comme elle s'est autrefois produite dans l'armée anglaise, ou avec la violence destructive qu'elle a montrée récemment dans l'armée belge et dans d'autres armées du continent. Une altération de l'atmosphère produit d'ahord une ophlhalmie calarrhale épidémiquc qui se propage ensuite d'iiKlividu à individu, en vertu d'un principe morbifique qui se répand dans l'air, tandis que parfois la maladie se propage aussi par l'application immédiate de l'écoulement purulent de la conjonctive (3).
Traitement. — Le meilleur traitement à employer contre l'ophlhalmie contagieuse consiste dans l'emploi des antiphlogisliques, d'une part, de l'autre dans celui des astringents. Le chirurgien qui s'intéresse à la guérison de son malade ne négligera aucun de ces moyens ; il devra au contraire y recourir avec le plus grand soin.
Traitement général. — 1 . Saignée générale. — Lorsque les malades sont au début de leur affection et que les symptômes sont de moyenne intensité, le traitement que nous avons déjà recommandé contre l'ophthalmie calarrhale réussit le plus souvent. Si l'on est appelé à une période plus avancée et qu'il existe déjà un chémosis, il faut recourir à la saignée du bras ou de l'artère temporale. On tirera de 10 à 20 ou 50 onces de sang, suivant l'âge et la constitution du malade, et l'on fera suivre la saignée de l'application de sangsues autour de l'œil ;
(1) Médical Gazelle, vol. XXVI, p. 23. London, 18i0. [(2) Voir Noir arldiliduncllc des Iraduclcurs.] [(ô) Ibi.l.j
084 OPIITIIALMIES.
moy(;iis (juc Ton i)()iirra rciiouvclcr, suivant les circonstances. Le sang ; doit ctrc lire du hras par une large ouverture. Les sangsues, au nombre ' de 0 à 20, doivent être appliiiuées deux heures après la saignée. Pla- . cées en permanence derrière les oreilles, elles seraient vraisemblablement très eiricaces.
Il ne laut i)as retarder Tcmploi de la saignée si les symptômes sont ' aigus et si la maladie date déjà de quelques jours; mais d'un autre côté il faut bien se garder de négliger l'emploi immédiat des applications locales, dans la confiance que les émissions sanguines abondantes arrêteront la maladie. Je considère une semblable opinion, quia été celle de quelques médecins, comme aussi erronée qu'irrationnelle, et la pratique qui en découle comme la plus dangereuse à suivre. Les sai- "•nées trop abondantes alTaiblissent trop le malade et rendent l'œil plus susceptible de se désorganiser. Il ne faut pas s'imaginer un seul instant qu'on doive laisser couler le sang jusqu'à ce que la rougeur des yeux pâlisse, ni même jusqu'à ce que la douleur cesse. On n'obtiendrait pas le plus souvent ces efl'ets, même en soustrayant de 50 à 60 onces de sang, tandis qu'en attendant une heure ou deux, on obtiendra tous ces avantages qui sont réels en n'en enlevant que 20 à 50 onces. Le malade sera ainsi moinsaffaiblietla durée desonalfection beaucoup plus sùrementabrégée.
On peut très convenablement renouveler la saignée, ou appliquer des ventouses scarifiées à la tempe, si les symptômes n'ont pas diminué dans les vingt-quatre heures, ou s'ils se sont aggravés. On peut aussi revenir plus tard aux émissions sanguines, s'il survient quelques signes qui annoncent que le travail inllammatoire a repris une nouvelle intensité. C'est principalement dans les cas où il existe une douleur pulsative dans l'œil, et une douleur circum-orbi taire revenant par paroxysmes nocturnes, qu'il est nécessaire de renouveler la saignée générale.
[Voici les conclusions auxquelles M. Gouzée a été amené par une longue série d'expériences, quant à l'utilité des évacuations sanguines dan^s l'ophlhalmie contagieuse, conclusions auxquelles nous nous rallions pleinement (1) :
1») La maladie prise au début, la cautérisation suffit pour la taire avorter, ou pour l'empêcher de faire des progrès ; les saignées sont alors complètement inutiles.
2°) Elles sont encore inutiles quand l'ophthalmie, parvenue à un degré plus avancé, est restée limitée à la muqueuse. On reconnaît cet état à la sécrétion d'un mucus épais plus ou moins abondant, et particulièrement à l'absence de toute douleur un peu vive et persistante.
50) Il n'en est pas de même des cas où, à un écoulement abondant, plutôt séreux que puriforme, à un gonflement, à une tension considérables des parties, se joignent des douleurs, des souiTrances vives et
[(1) Annales (rOculistiquc,l. XXX, |) 207.]
OI'IITIIALMIK COMACU'ISR.
coiilillues dans 1;» profondeur de l'œil, à la lêle, au front, à la paupière supérieure. Les émissions sani^uines copieuses ou incessanirnenl répétées ont i)u quelquefois eoneourii-, dans celte cireonslanee, avec la cautérisation et d'autres moyens d'une |)uissante énergie, à arrêter et à vaincre des accidents formidables. T. W. ]
Outre la saignée du bras, les ventouses et les sangsues, on doit encore employer les searilieations de la conjonctive palpéhrale, cl même celles de la conjonctive oculaire. On |)eut i-ecoui'ir à ce moyen tous les deux ou trois jours, ou même tous les joui's. On pratique d'abord une incision le long de la face interne de la paupière inférieure, puis sur celle de la supérieure; dans l'étal de gonllemenl cliarnu que la nudadie doiuie à cette membrane, elle saigne très abondamment, ce qui allège beaucoup les symptômes. Si l'état des paupières permet de découvrir sullisamment la conjonctive, il faut y pratiqueiplusieurs incisions rayonnantes parlant de la circonférence de la cornée comme centre, et se portant vers la périphérie de l'œil. L'emploi d'un petit couteau falciforme, tel que le recommande M. Ilaynes Wallon (1), facilite l'exécution de cette petite opération. C'est aussi une bonne pratique que de retrancher avec les ciseaux un ou deux des plis de la conjonctive gonflée, qui font saillie entre les paupières. Cela détermine un écoulement de sang abondant. Je suis disposé à ranger les scarifications de la conjonctive et celte ablation' d'un ou deux de ses plis parmi les moyens les plus efficaces de combattre la maladie.
2. Régime. — Le malade doit garder le repos dans un appartement bien ventilé, proléger ses yeux contre la lumière et suivre strictement le régime anliphlogislique.
5. Purgatifs. — Dans les cas légers, les émissions sanguines, au moins les émissions sanguines générales, ne sont pas nécessaires ; mais on doit recourir, dans tous les cas, aux purgatifs. On prescrit au début une dose de calomel et de jalap, qu'on peut répéter de temps en temps ou remplacer par les sels neutres Les purgatifs n'agissent pas seulement comme déplétifs; ils exercent de plus une action sympathique très prononcée sur la conjonctive. Les éméto-cathartiques, tels que le tartre émétique avec le sulfate de magnésie, seront très utiles.
4. Diaphoréliques. — Dès que l'on aura abattu les symptômes inllammatoires, on se trouvera très bien de provoquer l'action de la peau. Dans ce but, on fera prendre au malade, au moment de son coucher, un pédiluve chaud et 10 à 20 grains de poudre de Dower. On favorisera pendant la journée l'action de ces remèdes par l'usage de boissons délayantes chaudes et par de petites doses d'antimoine ou d'acétate d'ammoniaque (2).
(I) Oporalivc OplKlialmit' SiiPKnpy, fig. RO. p. 2G(i. I.oii.loii, 18.13.
[(2) Nous ignorons si c'est sous la diclée de sa pi-opi-c expérience on sous In préocenpalion de la nulurc calarrliaic de la maladie, que noire auteur a reeonimaudc les dii'plioréliifues. Il ré>ul-
OI'IITIIALMIRS.
;). Alloi-anls. — Après la siiiiînôo, dans les cas graves qui s'ac(5ompagiienl de douleurs circuin-orbilaires nocliiriies, aueuu remède ne ' rendra plus de service (jue le caloiïiel avec ro|)iuni. Ou administrera i deu\ grains de ealomel avec un quarl de grain ou un grain d'o|)iuni en pilules louies les deux lieures, ou trois fois par jour, ou seulement au inouienl du coucher, suivant les circonstances, jusqu'à ce que la bouche s'entreprenne. On peut avoir i-ecours à ce moyen avec avantage, dès le dèbul , même lorsqu'il n'existe pas de douleur nocturne. S'il y a quelque raison de s'abstenir du mercure, on lui substituera l'iodure de potassium.
('). Le quinquina et les autres toniques ne doivent s'administrer que dans la période de chronicité ; ils sont alors très utiles.
TraUement local. — Malgré le traitement général le mieux entendu, si l'on n'a point recours aux remèdes locaux, ou si l'on n'en emploie (juc d'insullisants, les yeux peuvent se détruire. Dans cette maladie, les applications doivent être alternativement adoucissantes et stimulantes, prescription qui pourra paraître paradoxale à quelques esprits. Cependant, il y aurait danger pour les yeux à n'employer exclusivement que les unes ou les autres. Baigner constamment les yeux dans l'eau chaude , ou les laisser constamment recouverts de cataplasmes émollients , c'est les vouer à une destruction presque certaine ; d'un autre côté , l'emploi continuel de solutions et de pommades stimulantes ne serait pas moins dangereux. Les mauvais effets de l'emploi continuel des émollienls ressort bien nettement de l'histoire du vaisseau négrier français , que nous avons rapportée (obs. 372, p. 680) ; tandis que l'amélioration rapide qui suivit l'emploi du jus de citron, que prescrivit une négresse lorsque l'équipage fut débarqué à la Guadeloupe, démontre parfaitement l'utilité des stimulants. Les Africains font aussi usage, dans leur pays natal, d'applications stimulantes sur l'œil pour guérir cette ophthalmie (1 ). Les Indiens Arrowawk, dans l'Amérique du Sud, emploient avec beaucoup de succès le jus exprimé de la racine du hiqnonia ophthalmica (2). On s'est bien trouvé d'employer, pour le même usage, l'urine, l'eau de mer, une solution de sel commun, d'alun, ou de plusieurs autres substances analogues.
1. Lotions. — Le premier point dans le traitement, c'est d'enlever complètement et fréquemment, jour et nuit, le pus qui se forme incessamment. Ce nettoyage s'exécute à l'aide d'une petite éponge douce et bien propre, pendant que le malade est couché sur le dos. Le liquide à employer est une solution d'un grain de sublimé corrosif et de six grains d'hydrochlorate d'ammoniaque dans huit onces d'eau, à laquelle
1,-rait de notre pratique que le rosi.no lon>|.crant et rafraiel.issant y est de tout point préférable il toute espèce lie niodiciUion ocliauiranlo. T. W.] , i „f ci„,.,.„ i «nue
(1) W,M>.:nBOTTOM-s Account of llie Native Afrioans in ihe iVe.ghbourhoo.i ofSier.a Leone, vol. 11, p. 129. London, 1808. , j-o-
(2) DÎir^CAN s Médical Conin.enlarios, vol. XIX, p. o08. Edinburgli, l/9o.
OPHTIIALMIF, C.ONTAGIKrSK .
on ajoute parfois deux drachmes devin d opium. Celle solulion, lout en netloyant les yeux, agil de plus comme un h'ger asiriniienl. line praliiiue* encore plus ellieace consiste à injecter ce collyre avec une pe'lile seringue dans les replis de la conjonclive ; le licpiide doil élre poussé avec force sur loule la surface de Tœil, el surloul entre lui ci la paupière supérieure. L'emploi de la serinçîiie loulefois compromel beaucoup les yeux de celui qui la manie, ainsi (juc le démonlre Tohservalion 370, p. 079.
2. Astringents. — Escharotiques. — Quanl aux aulres aslrini^enls, mon expérience personnelle m'a conduil à condamner formellement l'usage de l'acélale de plomb, sous quelque forme qu'on l'emploie (1). Je ne saurais non plus parler favorablcmenl du sulfale ou de rac.étale de zinc. Quelques auleurs recommandenl fortement la solulion d'ahiti, tandis que d'autres préfèrent frotter la surface intei-ne des paupières avec le sulfale de cuivre à l'étal solide (2). Je considère la solulion de nitrate d'argent comme le meilleur moyen d'exercer une conslriclion sur les vaisseaux enflammés, de soulager la sensation douloureuse de graviers dans les yeux et de diminuer l'écoulement. J'ai essayé celle solulion à divers degrés de concentration, el je pense que 10 grains par once d'eau distillée, ainsi que le recommande le docteur Hidgway (3), est la dose qui convient en général le mieux.
La solution s'applique toutes les cinq ou six heures, ou chaque foi.s que la douleur vive reparait dans l'œil. On se sert, pour l'introduire, d'un gros pinceau en poils de chameau à l'aide duquel on nettoie la face inlernedela paupière supérieure d'abord, puis celle de l'inférieun', en avant soin d'en faire autant pour les replis formés par la conjonctive chémosiée. Il survient ordinairement un amendement très marqué au bout de 24 heures de l'emploi de ce remède. Certaines circonstances peuvenl conduire le praticien à faire varier la dose de 2 à 10 grains. Il vaut mieux commencer par des doses faibles, afin de voir comment le topique est supporté et afin de pouvoir l'employer plus souvent. Si l'écoulement purulent ne diminue point, on peut recoui'irà une pommade contenant de 10 à 20 grains de nitrate d'argent par once d'axonge. ou toucher rapidement la face interne des paupières avec le crayon de nitrate d'argent. Quelques praticiens n'emploient que ce topique, à Texclusion même de tout moyen déplélif (4). Ils ont recours à celle application une ou deux fois par jour, el la font principalement ou exclusi-
[(I) Les préparalions de plomb oui toujours joui (rime grande faveur dans le Irailcnicnl des ophlhalmies; mais il faul venir jusque dans les loul deriiitTs leinps pour voir l'acélale de plomli neutre sec recommandé comme un moyen aliorlifsiir de noire oplillialmie. Depuis que celle médication a été proposée en Belgique par M. le ducleur lîuys, elle s'y est répandue de plus en plus, elles préparations de ploinb paraissent ainsi relevées de la proscription dont les Irappe noire illustre auteur. (Voir Note addilionndh k\v» traducteurs. ) T. VV.]
(2) O'IIalloiian's Praelical Uemarks, p. \% London, ISS-j-.
(3) Lomlon Médical and l'Iiysical Journal, vol. Mil, p. 122. London, 1825. (*) WALKEn's Oculist'sVade-mceum, p. 10. London, ISfô.
6HS
01'll!llALMIi:S.
venuïiil, sur la iiilenie do la paiipiorc inféiitMirc. Je pense quen \ einployaul le c'aiisli(jue seul, il y a beaucoup de chances de perdre* l'œil. La déplélion |)erniel, d employer les aslringenls el les eseliaroli- ques avec plus de chances de succès el moins de danger (1). La pom- ■ madc au pré(!ipilé rouge, composée de 50 grains de pi'écipilé par once * d'axongc, ap|)liquée sur la conjonclive, a élé Irouvée utile; on peut la i substituer aux préparations de causti(pie lunaii'c.
[ Une pommade dont nous nous sommes souvent mieux trouvés que ' de celle faite avec le précipité, c'est la pommade dite de Guthrie, cornposée de nitrate d'argent et d'acétate de plomb. Pour qu'elle ait toute • son efficacité, elle doit être vieille, c'est-à-dire préparée depuis longtemps. T. W. ]
La solution de nitrate d'argent et la lotion au sublimé corrosif ne peuvent être employées par le malade lui-même; on ne peut que raremont en confier l'application à l'inlirmier : le praticien doit les appliquer lui-même toutes les fois qu'il le peut.
5. Pour empêcher les paupières de s'agglutiner, on fera fondre sur le bout du doigt un peu de pommade au précipité rouge ou d'onguent citrin, et on l'étendra, au moment du coucher, sur le bord libre des paupières. J'ai l'habitude de faire cette embrocation chaque fois que j'applique la solution de nitrate d'argent. Ces pommades ne se bornent pas à empêcher l'adhésion des paupières, elles agissent encore en détruisant l'inflammation. Sir Patrick Mac Gregor dit (2), dans son premier mémoire, que de tous les remèdes qui ont été employés au Military Asylum, c'est l'onguent citrin qui a réussi le plus fréquemment.
4. Les révulsifs sont très utiles dans cette affection, et l'on doit toujours les employer. Il survient presque conslammenl un changement marqué dans la quantité et l'aspect du liquide fourni par l'œil aussitôt que commencent à couler les vésicatoires appliqués aux tempes, à la nuque, ou derrière les oreilles (5).
5. Fomentations et frictions opiacées. — On obtient quelquefois un soulagement marqué de la douleur de l'œil, en faisant pénétrer dans cet organe la vapeur d'eau chaude contenant du laudanum, ou en fomentant les yeux avec une décoction chaude de têtes de pavots. On obtient aussi de très bons résultats de frictions faites sur le front avec du laudanum chaud, chaque fois que la douleur circum-orbilaire menace de recommencer.
6. Dilatation de la pupille. — Bien que, dans aucune des formes de rophthalmie puro-muqueuse , les adhérences de l'iris ne soient
[(I) Nous nous sommes exprimés ù cetégard p. 684. T. W.] (2) Op. cit., p. 4.2.
[f3) Tant que la mabulic est à rélal aigu , les cxuloires ne nou.5 ont jamais paru moindre avantage ; ù l'élal chronique, il serait imprudent de eompler sur eux seuls. .No employon.s pour ainsi dire jamais dans l'oplillialmie militaire, T. W.]
0 P 1 1 T 1 1 A L M I E f. 0 N T A U l K II S K
communes, si ce n est à la suite d'ulcères perfoiiuils de hi cornée, il est cependant bon (le les prévenir en peignant le sourcil cl les paupières avec de lexlrait de lielladone, de façon à dilaler la pupille. Cesl une précaution qu'il ue laut jamais négliger chaque lois (|u'il existe un ulcère de la cornée.
7. L'évacuation de l'humeur aqueuse a été praticiuéc pour- faire cesser la violente douleur qui existe dans l'œil et la téte, et pour- prévenir la rupture de la coi-née. Je ne })uis rien dire, d après mon expérience personnelle, de l'utilité de ce moyen dans ro|)litlialmie contagieuse; je crois que l'on ne sera pas souvent obligé d'y recourir lorsque l'on aura mis en usage les remèdes que nous avons recommandés. Sir Patrick Mac Gregor pense que l'on aurait pu sauver la vue à beaucoup de malades qui l'ont pei'due par suite de rupture de la cornée, si l'on avait eu recours à celte opération en temps opportun et dans les cas convenables. Pendant l'espace de deux ans, il l'a pratiquée vingt-cinq fois avec un succès qui le porte à la recommander fortement.
8. Caustique solide appliqué aux ulcères de la cornée. — Dans les ulcères de la cornée, on relire beaucoup d'avantages de l'application, sur le point malade, du crayon de nitrate d'argent taillé en pointe. Les bons ed'ets de cette application sont souvent extrêmement frappants, lorsqu'une petite portion de l'iris fait saillie à travers l'ulcère. C'est cependant une pratique qui n'est point absolument exempte de danger; car si l'on touche un myocéphalon avec le caustique lunaire, l'humeur aqueuse peut s'échapper : il en résulte l'aplatissement de la cornée qui peut ne plus reprendre sa voussure, et par suite l'imperfection permanente de la vision.
9. Vin d'opium. — Lorsque l'écoulement purulent a disparu, ou qu'il est sur le point de s'arrêter, le vin d'opium, pur ou dilué, constitue un excellent moyen contre le relâchement de la conjonctive. On le combine souvent avantageusement, à cette période du mal, avec une solution de pierre divine.
J'examinerai dans une section spéciale les granulations de la conjonctive et la nébulosité de la cornée, deux des conséquences graves de l'ophthalmie contagieuse. J'ai déjà parlé, à la page 27 1 , du renversement en dehors des paupières, qui devient quelquefois fort embarrassant.
Moyens préventifs. — C'est surtout aux chirurgiens militaires qu'il importe de connaître les moyens propres à prévenir cette maladie destructive. Il leur sera loisible de se conformer en tout temps à quelques unes des règles dont nous allons indiquer l'exécution ; les autres incombent à l'autorité miUlaire supérieure.
l . Lorsque des troupes sont envoyées dans quelqu'une des contrées où cette aiïection règne, il faut autant que possible les garantir contre les causes qui peuvent exciter l'ophlbalmie catarrhale (voir la note 5 de la page 677), qui paraît être l'origine de l'ophlbalmie conla-
0I>I1THALMIES.
i^icusc. Eu Ei^ypUî, Icxposilion au froid de la nnil, aiiièiic ropliihal-l mi(! du pays. Los soldais qui soiil de, garde ou au bivouac doivcul se couvrir soigncuscinciil la UHc, clévilcr autant que possible les courants, d'air, tant qu'ils séjournent dans des localités humides et froides.- Le docteur Velch rapporte que sur ((ualre olliciers qui couchaient dans la même tente, en Egypte, deux prenaient la précaution de se bander 'i les yeux tous les soirs en se couchant, ce (|uene faisaient pas les deux autres. Ces deux derniers furent promptenient attaqués par l'ophlbalniie, tandis que les deux autres y échappèrent.
2. On doit réformer les coiffures lourdes et les cols raides et serrés.
3. Dès que les premières apparences d'ophthalmie puro-muqucuse i se montrent dans un régiment, c'est un devoir pour les chirurgiens d'examiner soigneusement chaque jour les yeux de tout le monde, tant i dans l'intérêt des malades que dans celui de leurs camarades.
4. Ceux chez qui l'on découvre la maladie doivent être immédiatement séparés des autres, et ne rejoindre leurs compagnies que lorsqu'ils » sont parfaitement guéris, et après avoir séjourné pendant quelques ^ semaines dans un établissement éloigné de plusieurs milles du lieu où i ils ont contracté la maladie.
5. Les malades sujets à de fréquentes rechutes ou affectés de > granulations opiniâtres de la conjonctive doivent être réformés ou i maintenus à l'écart.
6. On doit éviter l'entassement des hommes, surtout dans les dortoirs, car cette circonstance à elle seule parait de nature à développer ■ le principe contagieux, à favoriser l'extension du mal et à empêcher sa i guérison. Il faut choisir un hôpital bien aéré, situé dans une localité saine, écarter les lits les uns des autres et em])loyer les moyens convenables pour désinfecter l'air, les habits, les ustensiles divers, etc.
7. Les personnes exposées à contracter le mal doivent être prévenues de sa nature contagieuse, et mises en garde contre les divers modes à l'aide desquels il se propage le plus ordinairement; elles éviteront de toucher l'œil d'une personne malade et de porter ensuite les doigts à leurs yeux, de se .servir du même essuie-main qu'un malade, et autres choses semblables. Les essuie-mains communs à toute une chambrée sont un moyen constant de transmission du mal; chaque homme doit avoir le sien propre.
8. C'est une coutume salutaire que d'inspecter fréquemment les hommes, rassemblés dans leurs compagnies respectives, et de les faire se laver soigneusement la face et les yeux chacun dans un vase séparé, et en présence d'un officier.
9. Un régiment attaqué par l'ophlbalmie doit abandonner le lieu où la maladie parait être épidémique.
10. Si lo nombre de ceux qui ont été atteints de l'ophlbalmie est cojisidérable, on doit en former un bataillon, dans lequel on n'admettra