‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 3)Chapitre 122 sur 144 · GRANULATIONS DE UA CONJONCTIVE · texte numérisé non relu

GRANULATIONS DE UA CONJONCTIVE

La conjonctive qui est le siège de granulations sécrète un excès de mucus qui, à chaque irritation générale, telle que l'usage des liqueurs spirilueuses, ou par suite de ((ueUjue irritation locale, comme l'action du froid sur les yeux, est sujet à redevenir [)urii'orme. Lorsqu'il en est ainsi, l'oplithalmie redevient aussi contagieuse qu'au début.

Les paupières granuleuses, en frottant contre la cornée, maintiennent cette partie dans un étal constant d'irritation, de sorte qu'elle devient vascuiaire et nébuleuse, surtout dans sa moitié supérietii'e. Si le mal est négligé, il survient un épaississemenl considérable de l'épithélium de la cornée, (jui devient rude et opaque dans toute son étendue. La cornée revêt une teinte légèrement vcrdàtre; examinée à la loupe, on la voit tachetée par de petites dépressions et recouverte de prolongements vasculaires provenant des vaisseaux des muscles droits. Bien que l'état nébuleux et vascuiaire de la cornée soit dû en grande partie aux granulations des paupières, on se tromperait en le rapportant complètement à cette cause. Il est, au moins en partie, le résultat immédiat de la même inflammation qui s'est terminée par l'hypertrophie des papilles de la conjonctive palpébrale. De temps en temps de petites phlycténules se développent sur la moitié supérieure de la cornée, se rompent et forment de petits creux ou ulcères; ceux-ci ajoutent encore à l'irritation qui accompagne la maladie et déterminent l'opacité de la cornée.

En même temps que la conjonctive reste granuleuse, la constitution s'aflecte presque toujours; le malade souiïre de la fièvre hectique, pâlit, s'éniacie, et tombe presque dans un état scorbutique général. Les fréquentes attaques fébriles sont presque toujours suivies d'un accroissement de la rougeur, du gonflement et des inégalités de la conjonctive. Il estinutile, en pareil cas, d'essayerla guérison de l'alTeclion locale tant que l'on n'a point écarté la maladie générale. Lorsque l'on ne peut y réussir, la phthysie pulmonaire peut survenir (1).

Causes. — La conjonctive peut devenir granuleuse à la suite de toutes les ophthalmies puro-muqueuses. Cet état n'est nullement spécial aux inflammations contagieuses de la conjonctive ; il est souvent produit par l'ophtbalmie catarrhale pure et simple. Il importerait de savoir si ces granulations sont la conséquence des inflammations puro-muqueuses de la conjonctive, ou si elles dépendent de ce que ces affections ont été

le résultai a'un Irailcmcnt mal dirigù, cl non celui de hi mnladie. Si le fond de ces sillons nVst pas du tissu modulaire, c esl celui de la conjonclivedopouillée de son corps panillaire par lu eaulérisalinn. T W.]

[(1) Celle terminaison nous paraît peu admissible; pour notre part, nous n'avons jamais eu 1 occasion de la remaniuer. Que, dans le grand nombre d'individus atteints dans le cours d'une épidémie, quelques-uns soienl pris des symptômes de la tubrrculisation, cela ne nous étonnera point, parce que. de l'aveu de noire auteur, les individus serofuleux sont plus iiiie les aulre^disposes ù i opbllialmie granulaire, el que chez eux la maladie csl en général plus lon-'iie el plus grave. Nousnc pensons pas qu'il faille, dans l'état actuel de la science, prévoir semblable terminaison:les moyens eirieuces dont nous disposons aujourd'hui, sunironl toujours ù la pré-

Ol'HTllALMlES.

lU'içligôos OU IraiU'os p;n' dos (opiijiios mal (liri£;és. M. Lawrence penche l)eaucoii|) poui'i'elle(lo,i'iMèi'C()|)iiiioii. 11 décril les graiiulalionsdelii conjonelive comme élanl « la cons(''(|iieriee de Tories applications de nitiaïc <rargeiU, soil en pommade, soil en solulion, el dit que, à raison de la cause productrice, on devrait les appeler opiillialmies lunaires (1), » Sans doute, ces sortes d'applications peuvent provoquer une oplithalniie' qui se terminera par Tétai granuleux de la conjonctive; mais je pense que rabsencc de tout traitement convenable, et surtout de la saignée générale el locale, au début des ophtbalmies puro-muqueuses, est la cause la plus fréquente de celle alleclion. Nous la voyons succéder à des ophlhalmies catarrbales dans lesquelles aucune sorte d'appliealiôn n'a été faite sur la conjonctive (2).

Pronostic. — On peut, en général, à l'aide de bons babillemenls, d'une nourriture convenable sans intempérance, de la respiration d'un air pur, el d'un traitement médical judicieux, diminuer ou faire disparaître l'état sarcomaleux des paupières el lopacilé de la cornée, et rétablir la vision; mais si le malade a des habitudes d'intempérance, s'il est mal nourri el incomplètement protégé contre les vents froids ou les temps humides, on verra presque inévitablement survenir des rechutes qui s'accompagneront du renouvellement de l'inflammation de la conjonctive et de l'écoulement puriforme ; de sorte que , en fin de compte, surtout chez les sujets scrofuleux, la maladie peut devenir incurable. Les tentatives faites pour hâter la cure à l'aide de topiques trop fréquemment employés retardent souvent la terminaison de la maladie el provoquent des phlycténules sur la cornée.

Trailement. — 1. Saignées locales. — Si la conjonctive est très vasculaire cl très sarcomateuse, on doit appliquer de temps en lemps quelques sangsues sur la face externe des paupières ou sur la veine nasale. On se trouve bien aussi de retourner d'abord la paupière inférieure, puis la supérieure, et de scarifier la conjonctive comme nous l'avons indiqué p. 636. Si la membrane, dans toute son étendue, n'est pas trop épaissie, on doit inciser crucialemenl chaque granulation ou pratiquer légèrement avec la lancette des scarifications qui se croisent

2. Astringenls. — Beaucoup de substances appartenant à cette classe de médicaments, dont l'action locale sur les tissus animaux dépend de leur affinité pour l'albumine el la fibrine, ont été employés dans le traitement de la conjonctivite granuleuse; les principaux sont le tannin, le borax, l'alun, le sulfate de zinc et l'acétate de plomb.

M. Lawrence (5) recommande la liqueur d'alun composée, quon

(1) Londnn Médical Gazelle. July 11, 18/KÎ,p, Ui. , , ., , „ i..,ion

ra) L'opinion de M. Lawrence n'est pas soutenable en présence de ce fait, que les stanul.. ion sont souvint primitives, cesl-à-dire quelles se .léeouvrenl fréquemment sur «"""J'-f qui n'ont jamais été soumises ù aucun allonchemunl, ni le siège d'ancune inflammalmn .^en

sible. T. W. ] (3) 11)., p. U6

GnANl'I.\TIONS DE LA CONJONCTIVE. 095

emploie d'nbonl oUmkIuo. Chaque onee de celle préj)aralion conlienl eiiviroii huil grains daluu el aulaiil de sulfale de zine. Cel aslringenl, ainsi que les autres niédieainenls semblables (|ue Ton emjiloie .sous Corme liquide, doit s'appliquer sur la membrane malade à l'aide d'un pinceau en poils de eluuneau.

M. Cbassaignac se sert d'un crayon de borax ou de sulfale de zinc. Il emploie le borax à l'étal natif, en se bornant à le tailler en forme de cylindre. Comme il est peu soluble, il le laisse pendant quelques iiislants en eontacl avec la conjonctive, dont il blanchit légèremenl la surface sans produire de cicatrice. 11 se sert aussi de sulfate de zinc en crayon, mélangé avec une certaine quantité de gomme arabique en poiidre. Après avoir fait une paie des deux substances, il la roule en forme de crayon, qu'il applique de la même façon que le borax (1).

M. Tyrrell et d'aulres se sont surtout servis de la liqueur non diluée du bi-acétate de plomb; liqueur formée d'une partie d'eau el de l.S du sel cristallisé (2).

iVI. Buys a introduit dans la pratique l'acétate neutre, ou sucre de plomb, réduit en poudre impalpable, et qu'il applique à l'aide d'un pinceau à miniature sur la surface malade, où il le laisse se dissoudre dans les larmes. L'elVel immédiat est de provoquer une forle contraction du tissu malade ; les granulations s'afl'aissent, et la membrane paraît lisse et uniforme. Lorsque l'on a replacé la paupière, le sel revêt une apparence blanchâtre, et il s'écoule parfois un temps très long avanl qu'il se détache. On doit le réappliquer tous les cinq ou six jours, jusqu'à l'accomplissement de la guérison. On prétend qu'en traitant ainsi la conjonctive granuleuse, il ne se forme aucun précipité insoluble, même lorsqu'il existe un ulcère sur la cornée (3), ce qui est à peine croyable.

5. Escharotiques . — Ceux dont on s'est servi le plus souvent sonl le nitrate d'argent et le sulfate de cuivre. Un jour ou deux après que l'on a appliqué des sangsues ou pratiqué des scarilicalions, on retourne les paupières, on les débarrasse du mucus qui peut y adhérer, el l'on passe une seule fois et rapidement le crayon de nitrate d'argent sur les granulations. On fait couler de l'eau chaude sur la paupière qui a élé ainsi touchée, avanl de lui laisser reprendre sa place. Il y a avantage à remplacer, au bout d'un certain temps, le caustique lunaire par le sulfale de cuivre, dont on peut user plus largement, et qui peut être de temps en temps poussé, derrière le cartilage tarse renversé, dans le sinus supérieur de la conjonctive. On emploiera alternativement, tous les deux ou trois jours, la déplétion locale ou l'un des escharotiques dont nous venons de parler, en même temps que l'on fei-a usage trois l'ois par jour du collyre au deulo-chlorure de mercure en fomentations

(Il l.uiicet, .lune 7, I84;i, p.

l'i) l'i-iicliciil W(irk on Ihc Oiseuses of llic Kye, vol. I, p. m., l.oiidon. 1840. Çh Annules d-OeiilislIque. |. \XI, p. 2il,ï. (Voir i\otv uddilioinullv des Inid.)

OPIITHALMIKS.

chaudes, cl (nic Ton appliiiucra, (mi se couchant, sur le bord lil)rc des n paupièics (le h» |iomiiiadc au |)i'écipilé rouge ou de roiigueril ciirin éleiidu.

Outre reinph)! du causti(jue lunaire et du sulfate de cuivre à Tétai i solide, on se trouve bien d'a|)pli(iuer, en solution et en pommade sur la t surlaco nialade, ces mêmes escliarotiques ou d'autres slinmlanls, surtout ^ la pommade au précipité ronge et le vin d'o|)ium. Ils aident à rétablir la transparence de la cornée, aussi bien qu'à réprimer l'état sarcomateux de la conjonctive. Un remède j)opulaire, que j'ai vu être utile, est i le suc exprimé de Vholcus avenaceus.

A. Révulsifs. — Il y a avantage, pendant l'emploi des autres moyens de traitement, à entretenir des vésicatoires derrière l'oreille et à la i nuque. On peut ranger ici l'application, tous les quatre ou cinq jours, . du crayon de nitrate d'argent sur la surface externe des paupières.

5. Absorbants. — On se trouve fort bien, dans beaucoup de cas, de • mettre le malade à l'usage interne de l'iodure de potassium. Il peut être utile, pour faire diminuer l'état d'hypertrophie du tissu malade, de ■ frictionner soir et matin, pendant quelques minutes, la surface externe ■ des paupières avec de l'onguent mereuriel ou de la pommade au préci- ■ pi té rouge.

6. Toniques. — La guérisoii est grandement favorisée par l'observation exacte des précautions hygiéniques dont nous avons parlé à l'article pronostic, et par l'administration des toniques, surtout des ferrugineux et du sulfate de quinine. Les soldats congédiés de l'armée se débarrassent souvent de l'ophthalmie granuleuse, parce qu'ils vont habiter la campagne où ils continuent le même traitement qui avait échoué pendant qu'ils étaient à l'hôpital militaire.

7. Excision. — Lorsque les granulations de la conjonctive sont devenues très exubérantes, et ont persisté pendant plusieurs mois malgré l'essai régulier de plusieurs traitements, on peut avoir recours à une méthode plus expéditive : nous voulons parler de l'ablation avec le bistouri (1). On renverse aussi complètement que possible en dehors la paupière que l'on veut opérer, et l'on rase avec un petit bistouri très tranchant en forme de lancette, ou l'on coupe avec des ciseaux les papilles hypertrophiées ou du moins les plus saillantes.

Il faut prendre garde, en pratiquant cette opération, d'enlever plus que la couche granuleuse. Sans cela, il pourrait se former sur la surface interne des paupières des cicati-ices dures et irrégulières dont l'action sur la cornée ne serait pas moins nuisible que celle du tissu que l'on aurait enlevé (2).

(1) Sir William RiiAn's Shorl but Exact Account of ail the Diseases incident lo tlic Kyes, p. 96.

[(2) Nous considérons l'excision des granuialinns comme iin mauvais procède qui .1. pa -C e but ou ne l-alteinl pas. iiUe détern.ine la formation de brides, c. ''«■•'^"'''"l «"'«^/^ 1,^' veut faire disparaître. Tout au plus, pourrail-on y recourir pour supprimer la pait.t U. plu^

DE L OPIITIIALMIF. MIl.ITAinF. KN HEl.GiyL'F..

8. Inoculation. — L'idée de guérir les granulalions de la conjoriclive en provoquanl sur la membrane malade raclion iiiflammaloire d'une attaque d'oplitlialniie purulente aiguë, (|u'on traite ensuite par la saignée et les autres remèdes, a été uiise en avant pour la première lois par mon aiui leu le docteur Henry Walker (1).

Le moyen adopté par le professeur Jaeger et le docteur Pii-inger pour provoquer celle inllammation, est d'inoculer la conjouctive avec de la matière |)rovenanl de l'œil d'un enlant atteint d'une des formes bénignes de l'ophtlialmie des nouveau-nés. Cette matière s'appliipie à la surface iiilerne des paupières à l'aide d'un pinceau à miniature, cl au bout de quelques heures, son eiïet se produit. L'inllammalion qui survient ainsi doit se traiter comme une attaque ordinaire de conjonctivite purulente. Bien que cette pratique ne paraisse point très siïre, on ne saurait nieique l'on a guéri de cette façon l'état d'bypertroi)hie de la conjonctive cl l'étal vasculaire et nébuleux de la cornée qui en est la conséquence. Pour les détails complets de cette méthode, je renvoie le lecteur à un mémoire du docteur Hamilton, inséré dans le London and Edinbiirgh Monthly Joiirnal of Médical Science de juillet 1845. J'ajouterai seulement qu'il existe des contre-indications importantes, parmi lesquelles flgure l'existence de la scrofule, du rhumatisme, ou de toute autre dyscrasie (2).

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