‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 3)Chapitre 123 sur 144 · Historique · texte numérisé non relu

Historique

Pendant les trois prcmièi-es années qui suivirent la séparation de la Belgique et de la Hollande, on s'occupa peu de ropluhalmie de Tarméc, et ce n'est guère qu'en 1855 que le gouvernement s'en émut. A cette époque, les médecins belges étaient divisés en compressionistes et contagionistes. M. Vleminckx, Inspecteur général du service de santé de l'armée, était l'un des plus ardents parmi les premiers; MM. Fallol et Variez, depuis la publication de leurs Recherches sur les causes de l'ophthalmie qui règne dans quelciues garnisons de Varmée des Pays-Bas, s'étaient d'emblée posés comme les chefs du parti conlagionisle, auquel ils avaient rallié bon nombre de dissidents. D'après les premiers, la maladie était le résultat de la compression exercée sur le front et sur le cou par le shako et le col, et de la congestion des conjonctives qui en était la conséquence. Pour les seconds, elle était simplement contagieuse.

C'est dans ces circonstances que le Ministre directeur de la Guerre institua une commission cliargée de rechercher les causes de l'ophthalmie et les moyens de l'éteindre. Cette commission devait être composée de médecins n'ayant jamais émis d'avis sur la question qui allait leur être soumise, et n'étant point par conséquent sous l'inlluence d'une opinion préconçue.

« On trouvera sans doute étrange, dil M. Fallol (1), que pour condition d'admission parmi ces experts, l'administration ait stipulé de ne jama's avoir rien publié sur la matière. N'était-ce pas déroger tout d'abord à une règle que traçait le bon sens et dont l'expérience avait démontré l'utilité, savoir, de clioisir de préférence, dans des commissions d'enquête, ceux qui se sont particulièrement occupés de la matière à examiner el en ont fait, par cela même, une étude spéciale. En agir ainsi, n'était-ce pas faire croire au vœu, sinon à l'intention, de faire triompher un système préféré, de peser les opinions dans une balance n'ayant qu'un seul bassin? Y avait-il un seul motif plausible pour ne pas mettre directement aux prises les divers partis représentés par leurs organes, pour ainsi dire, ofliciels? En était-ce un que la crainte de voir dégénérer en querelle la discussion qui devait s'engager? Mais quand cela aurait eu lieu, quand la collision aurait élé dure, violente, impétueuse^ n"est-ce j)as du choc des idées que jaillit la lumière? »

(1) Fallût. De la simiilalion cl de la dissimulation des maladies, elc , n. 47 Bruxelles Tirchcr, I83G.

OPiniIALMlKS.

Quoi qu'il en soit, sollicité pai' la représentation nationale cl par les ■ avis presque (luotitliens de la presse, le Ministre de la Guerre, sans . s arrêter aux. considérations exprimées plus haut, institua la Commission dite des recherches sur l'ophlhalmie de l'armée et la composk i de:

MM. Van Cutsiom, présidcnl-, Bau», Ansiaux, Sommé, médecins civils, et Colsos, . Lepagu, Goczéb, Tallois, secrétaire, médecins principaux de l'armée.

Cette commission, composée d'ailleurs des hommes les plus instruits et les plus recommandables, mais qui, conformément au vœu du gouvernement, n'avaient jamais écrit sur la matière dont l'examen leur était confié, eut à répondre à une série de questions qui lui furent proposées.

M. Vleminckx, dans une note portant la date du 51 mars 1854, a donné quelques extraits des séances de la Commission, tenues le 20 décembre 1833 et le 28 et le 29 mars 1834. Le procès-verbal de la séance du 20 décembre 1833 fut transmis au ministre de la guerre le 8 mars suivant.

Le ministre était informé que la commission, «sans être d'un avis unanime sur les agents producteurs de l'ophtlialmie, avait néanmoins reconnu que la compression du cou, occasionnée par une coupe vicieuse de nos uniformes, devait contribuer puissamment à taire naître cette affection. » „ .

« Jusqu'alors, on le voit, dit M. Vleminckx, la commission n'était point d un avis unanime sur les agents producteurs de roplillialmie; il en était parmi ses membres qui croyaient toujours pouvoir en attribuer la source à un virus délétère exotique, bien que cette opinion eûldéià été combattue par les médecins militaires, membres de la commission avec une rare puissance de logique, et spécialement par l'énumération d'un grand nombre de faits dont la véracité n'avait pu être mise une seule fois en doute. »

Pendant que la Commission se livrait à ses travaux, le gouvernement voyant la divergence d'opinion qui divisait ses membres, invita M le professeur Jùngken, de Berlin, à se rendre en Belgique, afin de l'aider dans ses recherches. Ce praticien, indépendamment des écrits par lesquels il s'était fait connaître, se recommandait par la part qu'il avait prise à l'extirpation de l'ophthalmie dans l'armée prussienne. Le urocès- verbal de la séance du 28 mars 1834 nous apprend que M Jiingken a été présenté à la Commission par M. Vleminckx, et que, conformément à ce qui avait été décidé dans la séance du 6 mars, ces deux médecins ont été admis à prendre part aux délibérations qui sont résumées ainsi qu'il suit(l) :

^.„. 1. apminde aue lui en fait M. Sommé, M. le professeur JQngken passe en revue

,e;.^;:.l':o7 Xp— ^^^^^^

{{) F.CuNiER. Recherches slalisliques, c

le. Annales d'Oculisliqiic, t. XVII, p. 147 etsuiv.

DE LOPHTIIALMIE .MILITAIUE EN BELGIQUE.

d'oplitlialmie ne soient plus confondus dans les salies, fixent tour à tour l'attention de m. le professeur.

« M. Lcpaoc fait ol)server qu'il a consigné dans son mémoire les remarques sur les granulations, et qu'il y a oxaininé les diverses questions traitées par M. le professeur de Berlin.

« M. Vleminchx ayant ensuite agité la quoslion de savoir si, dans l'opinion de M. Juikjkeii, le contact des armées françaises et piussieniios, etc., a donné lieu à la firopagatioii'de la maladie, M. le prolesseiir r('|)oiid (pic c'est un point (ju'il ne faut pas toucher, si l'on veut parvenir au hut (proii se propose. 11 dit cependant (lu'il pense que l'Idée de la propaiialion de la maladie par contact est une erreur. Toutefois, d'après ce professeur, ce n'est pas ù une seule cause, mais à la réunion de plusieurs causes qu'il faut attribuer roplitlialinie. Selon lui, elle est contagieuse à certains degrés par contact, et il a la conviction qu'elle peut devenir niiasinati<iue dans certaines circonstances et sous rinlluence de certaines conditions, et se propager de cette manière parmi les lioniiiies prédisposés. MM. Vloiiinckx, Lepage et Colsoii, sans vouloir combattre cette opinion, persistent à souleitir qu'il n'existe aucun fait positif qui prouve ce dernier mode de propagation, tandis que les fails négatifs sont nombreux.

« Passantaux moyens à employer pour extirper la maladie, la commission décide que le premier de tous doit être le cliangemeiil de l'uniforme de toute l'armée, qui devra être modifié, quant aux parties qui recouvrent le cou, d'après la coupe française. L'apprécialion de la cessation delà compression du cou et de la tète devra être en tout temps abandonnée aux ofliciers du service de santé, et les mesures ù prendre pour faire cesser celte compression là où elle existe, exécutées aussitôt que réclamées. »

Suit rénuméralion des modilicalions à introduire dans la tenue, des dispositions à prendre pour éviter l'encombrement, etc., etc. Puis le procès-verbal continue ainsi :

« Les granulations étant une cause de récidives de l'ophlhalinie, et les hommes qui en sont porteurs étant inutiles aux régiments, en ce qu'ils embarrassent le service par la nécessité où l'on se trouve de les envoyer souvent aux hôpitaux qu'ils encombrent inutilement, et où, après une ou deux récidives, ils sont exposés à perdre la vue, la commission estime qu'il convient de les renvoyer sans solde dans leurs foyers. Ces militaires devraient être obl.gés de se présenter tous les trois mois à l'hôpital le plus voisin. Des instructions devraient être données sur ce point par le chef du service de santé, et l'appréciation des granulations, et en général de l'état des conjonctives palpébrales qui pourrait nécessiter des congés de convalescence, abandonnée aux officiers de santé seulement, et spécialement à ceux que l'ijispecteur général désignerait à cet eiïet.

« Si, dans un régiment, l'ophtlialmie prenait une marche épidémique, et que malgré les précautions ordinaires (suppression des exercices et manœuvres, diminution des fatigues et dans le nombre des gardes, etc., etc.), on ne pùl arrêter cette marche, il conviendrait de cantonner le régiment, pour mieux rapprocher le soldat de la vie casanière et le soustraire ainsi aux causes prédisposantes et efficientes de la maladie... »

Dans sa dernière séance (le 29 mars), la Commission s'occupa de l'état des corps de garde, de quelques précautions à prendre quand la troupe est en marche; enfin, elle émit le vœu qu'on adoptât pour nos soldais le col du 2'= régiment de chasseurs d'Afrique, dont M. Vleminckx avait déjà demandé à M. le Ministre directeur de la Guerre l'inlroduclion dans l'armée.

Le 20 avril, 25 jours après cette séance, M. Vleminckx réclamait instamment de M. le Ministre de la Guerre le renvoi des granulés. Je le laisserai parler :

" Au nombre des mesures recommandées, il en est une d'une telle importance que sj elle n'est pas immédiatement exécutée, nous aurons le malheur de voir encore plusieurs de nos soldats alTectés de cécité complète ou incomplète avant la lin de la saison actuelle •

OPHTIIALMIIÎS.

je veux parler du renvoi dans leurs foyers de ceux d'entre eux qui, ayant été atteints d'oplitiialniic, conservent les conjonctives palpébrales engorgées, injectées, granulées. Il est ù votre connaissance que depuis longtemps j'ai prescrit aux médecins en chef des hôpitaux de demander pour ces soldats des congés de convalescence d'une plus ou moins longue durée. Mais, soit insouciance ou défaut de conviction de la part de quelques-uns d'entre eux, soit la crainte de déplaire aux chefs militaires qui se récrient constamment contre les demandes de congés de cette nature, celte mesure n'a été qu'imparfaitement ' exécutée.

« Toutefois, autant il convient aujourd'hui de la rendre générale et de détruire avec énergie les obstacles qu'elle pourrait rencontrer, autant il importe de ne pas permettre qu'il en soit lait un coupaljle abus. »

Par une circulaire en date du 11 mai 1854, le Ministre de la Guerre donna sa sanction aux mesures arrêtées par la Commission (1).

Les olliciers de santé nommés pour la recherche des hommes à envoyer en permission, reçurent pour instructions « de désigner ceux dont les conjonctives palpébrales étaient engorgées, tuméfiées, granulées (2). » Il leur était enjoint de faire cette visite avec la plus vigilante attention, et en se conformant au mode d'investigation prescrit dans le § G des Instructions pour les officiers de santé. Ce paragraphe est ainsi conçu :

« Il a paru nécessaire de décrire ici succinctement sous quel aspect se présentent ordinairement les conjonctives des militaires dont il est question :

« Lorsque la paupière inférieure est fortementabaissée, de manière àdécouvrlr sa face Dostérieure et qu'on fait en même temps porter les yeux en haut, la conjonctive est mise à nu jusque dans ses replis, et l'on y remarque, à l'endroit où cette membrane passe de la paupière sur le globe de l'œil, des granulations plus ou moins nombreuses, plus ou moins développées. On sait que, dans l'état normal, la conjonctive palpéhrale est au contraire blanche et fine, et qu'elle présente dans toute son étendue un aspect poli, lisse,

'"'«'^TOUS HOMMES PORTEURS DE CES GRANLLATrONS DOIVENT ETRE CONSIDÉRÉS COMME

,?TA«T ACTUELLEMENT IMPROPRES AU SERVICE, Ics récidivcs de la maladie, qu ils contractent sous l'inlluence de la moindre cause occasionnelle, pouvant les priver d ailleurs complètement ou incomplètement de la vue. «

« Tous les hommes dont les conjonctives présenteront des traces de maladie, disait le Minisire aux officiers de santé chargés de la visite, seront renvoyés en permission, dont la durée sera basée sur rétat anormal de celles-ci (les conjonctives). » Il ajoutait :

. Les permissions ne pourront toutefois dépasser six mois. Chaque permissionnaire sera tenu de se présenter au moins une fois tous les mois (3) à l'hôpital qui lui sera

"^^T^im nombre des hommes visités il s'en trouvait qui n'offrissent aucun espoir de .'uérison radicale, ceux-ci seraient envoyés à leur dépôt, avec indication de celle circonstance, pour qu'ils puissent être proposés pour la réforme définitive. »

Dans les instructions pour les commandants militaires des provinces, les commandants de place et les chefs de corps (4), il elait

(1) Voir Recueil adminisiralif de l'armée, parP.J. Bemei,ma«s, 1834, n» 84b. p. 83. mois.

(4) Recueil adminisiralif, vol. VII, pp. 87 cl 96.

DE l'OIMITIIALMIE MILITAIIVE EN BELGIQUE.

prcsci'il de faire imprimer, au dos des congés délivrés, rinstruclion

suivante (en llamaïul et en IVancais) :

Instruction pour le permissionnaire renvoyé dans ses foyers pour cause

tVophUialmie.

« |o Le permissionnaire se présentera le de cliaquc mois à l'hôpital de , jus-

qu'il l'expiration de sa permission ; il serait poursuivi comme déserteur s'il manquait deux fois de suite ù la visite.

« Afin qu'il ne puisse communiquer l'oplillialmie a d'autres individus, il veillera a ce nue personne ne se serve des objets de propreté dont il fait usage, tels qu'essuie-mains, éponges, mouchoirs, etc.; h ce qu'aucune parcelle de l'humeur (pii pourrait découler de ses yeux ne se mette en contact avec les yeux des personnes saines. 11 couchera seul.

« 3° 11 entretiendra la propreté de ses yeux en les lavant de temps en temps avecde l'eau tiède, en ayant soin de ne pas les laisser humides ; la tète no pourra jamais être mouillée.

« 4» Il évitera les excès de tout genre et s'abstiendra spécialement de l'usage des boissons spiritueuses.

« 5" 11 aura soin de ne jamais s'exposer à des courants d'air, à des refroidissemenls; il veillera surtout à ce que ses pieds ne soient jamais humides et froids.

(( 6° Si l'étal des yeux s'aggravait, le permissionnaire s'adresserait sans délai à une personne de l'art, et de préférence, si la chose était possible, aux médecins militaires de l'hôpital le plus voisin de son domicile. »

Instruction pour les officiers de santé'.

Elles rappelaient : A. Les mesures prescrites pour parer ù la compression du cou ;

B. Celles prescrites pour prévenir les infractions aux lois de l'hygiène et aux règlements, en ce qui concerne l'espacement des lits, l'entretien de la propreté, etc., dans les casernes.

C. Elles ordonnaient l'inspection journalière et très attentive des yeux des soldats, afin d'envoyer aux hôpitaux ou infirmeries ceux qui seraient atteints d'ophlhalmie.

D. Si des hommes sortant des hôpitaux étaient envoyés au corps, ayant les conjonctives palpébrales engorgées, non-seulement les officiers de santé auraient à les exempter de tout service, mais à démander, sans délai, pour ces derniers, une permission dont la durée serait calculée sur l'étal maladif desdites conjonctives.

E. Il est prescrit de visiter les hommes à leur rentrée au corps, qu'ils viennent du dépôt ou de congé, et de renvoyer de nouveau au dépôt ou en permission ceux dont les conjonctives ne sont pas saines.

G. Ce paragraphe a été reproduit ci-dessus p. 702.

H. Dans ce paragraphe, il est recommandé de ne pas permettre l'encombrement des salles d'ophthalmiques dans les hôpitaux, de les espacer largement au contraire, etc.

I. Les oITiciers de santé en chef des hôpitaux étaient invités à ne pas renvoyer à leurs corps des hommes chez lesquels l'ophthalmie avait laissé soit des granulations, soit de l'engorgement conjonctival ; des congés devaient être sollicités dans ce cas, en réglant leur durée d'après l'état morbide des conjonctives. — « Ils ne perdront pas de vue que l'ophthalmie ne pourra être considérée comme complètement extirpée que lorsque toutes les végétations sur les conjonctives auront disparu et que ces membranes auront recouvré leur aspect pâle et luisant. »

L. Des récompenses seront accordées à ceux d'entre ces derniers (les olïiciers de santé) qui auront été signalés au département de la guerre pour le zèle qu'ils auront apporté à la stricte exécution des moyens ordonnés, et spécialement de ceux qui sont plus exclusivement de leur ressort.

M. Enfin, les oiflciers de santé chargés de la visite des hommes destinés à entrer au service militaire refuseront d'admettre les hommes d'une constitution lymphatique ou scrofuleuse, et ceux qui présenteront les moindres signes d'affections oculaires. »

Telles furent les mesures prescrites en 18o4, sur la recommandation de la (Commission des recherches.

704 OI'IITIIALMIKS. f

Le IVIiiMsU'c de lo (Jiiorrc, diiiis sa circulaire du V) mai, faisait connaître aux généraux, aux chefs de corps et aux médecins en chef des divisions et des hôpitaux militaires, « qu'il recevrait avec gratitude les observations que leur ex[)érience les mettrait à même de présenter sur les mesures prescrites et sur celles qu'ils croiraient uiile d'y ajouter. »

Cet api)cl fut entendu.

Plusieurs généraux et médecins de l'armée s'accordèrent pour signaler les inconvénients du renvoi des granulés, et surtout les résultats désastreux qu'il entraînerait immanquablement; néanmoins, celte mesure fui mise à exécution. Fort de l'avis d'une commission composée d'honinics qui jouissent chez nous d'une haute réputation de science, fort de l'opinion d'un ophthalmologue recommandable par les plus importants travaux et occupant une chaire d'ophlhalmologie à l'université de Berlin, M. le Ministre directeur de la Guerre crut pouvoir faire passer outre. 2,097 granulés, sur 5,444 qui avaient été désignés, quittèrent leurs corps pour se rendre en permission.

M. Fallot, le seul dont l'appréciation ait été livrée à la publicité, avait sagement prévu tout ce qui allait arriver. Nous ne pouvons nous dispenser de reproduire ici la prédiction formulée par l'estimable médecin principal de la garnison de Namur (1) :

« Il est inutile de dire que je souscris complélenient ;ui renvoi des oplillialmiques de leurs corps respectifs et que je considère leur éloignemenl comme la condition sine quânon de l'extirpation du fléau : je m'en suis suffisamment expliqué et liautemenl en plus d'une circonstance. C'est lù le moyen capital, dont tous ceux qu'on propose d'ailleurs ne sont que secondaires, au point que si on le combinait avec un ciiangenienl dans la tenue des troupes, ii faudrait un peu plus que de la bonhomie pour mettre sur le compte du dernier les prompts et iieureux effets qu'on obtiendra infaillililement.

« Mais pour admettre la nécessité de la séquestration des ophtlialmiques, je suis loin d'approuver leur renvoi dans leurs foyers, à cause des abus que feu crois inséparables. Examinons cette question :

« 1° Pour celui qui connaît la grande pénurie des ressources à la portée des indigents dans les communes rurales de nos provinces, il sera démontré que ceux des soldats appartenant à cette classe (et le nombre en est grand), cliez lesquels la maladie s'aggravera dans leurs foyers, demeurant, sans secours rationnels, livrés à l'impéritie et à la cupidité des médicastres et des charlatans qui infestent les campagnes, perdront la vue et tomberont à la charge du trésor ou d'autres caisses publiques.

2» Le principe de la transmissibililé par contact immédiat paraît désormais incontesté. Pense-t-on que les instructions dont on se propose de munir le permissionnaire puissent jamais empèclierles communications les plus assidues et les plus intimes entre lui et ses commensaux? Û"' ne voit d'ici l'étroite cabane où toute la famille est entassée, le grabat où ses habitants se blottissent en commun , les haillons dont ils se couvrent alternativement et qui constituent toute leur garde-robe, la sébile qui leur sert tantôt de soupière, tantôt de broc, tantôt d'écuelle? A quoi serviront des instructions inexécutables? Autant leur recommander les eaux de Bagnères ou les bains aux Néolhermes a

Paris! , . • c

« Voilà les principaux inconvénients qui d'abord, à la lecture des pièces transmises, m'ont frappé, et que je m'empresse de signaler à votre sollicitude, en ajoutant qu'ils au-

[i] De la simulation, etc., p. 123. - Extrait d'une lettre ù M. Vleminckx, datée .lu 19 mai 18Ô4, D" H70.

Page 1