DE LOPIITIIALMIE MILITAIRE EN BELGIQUE
raient été évités, si, au lieu de leurs foyers, on eût lncli(iu(i des hôpitaux pour recevoir ceux des ophtlialniiques que les médecins auraient jugés devoir être éloignes de leurs corps M'objcctera-t-on l'Impossibilité d'y réunir tous ceux qui seraient dans ce cas? Je réponds que si les liôpilaux acluellcment existants ne sunisaient pas, il fallait en établir de temporaires, destinés exclusivement à cet usage, bâtir au besoin, dans les endroits les plus convenables, de vastes loges en planches dont on aurait multiplié le nombre en raison des besoins. . , , , v „ - , •
« Uira-l-on que de semblables constructions auraient forcé à d'énormes dépenses? Cette évaluation n'est pas de mon ressort : quand il s'agit du bien-être du soldat, le médecin militaire ne calcule pas. Mais pensc-t-on que le renvoi des ophllialmiques dans leurs foyers puisse se faire sans frais? Le gouvernement accueilicra-t-il la proposition un peu irréfléchie, à mon sens, de la Commission, d'un renvoi sans solde? Comment veuton que se nourrissent et s'entretiennent chez eux ces soldats dont l'immense majorité appartient à la classe indigente? — Ils travailleront. La réponse est facile; mais leur maladie leur permettra-l-elle de se livrer aux travaux des champs sans danger de rechute? Et si elle a lieu et qu'il leur faille chômer, qui leur donnera du pain? Pense-l-on qu'à la campagne on trouve à s'employer du jour au lendemain, et qu'on y donnera la prél'érence, comme ouvriers, à des hommes qui, d'un instant à l'autre, peuvent être rappelés au service? En vérité, il faut avoir peu réfléchi, ou ne pas avoir vécu parmi les soldats, pour proposer une semblable mesure généralement et sans exception. Ne rencontrons-nous pas tous les jours dans nos salles des hommes qui refusent, à la suite d'autres maladies, des congés de convalescence, à défaut de moyens de pouvoir vivre chez eux?
« Et quelle que fût, au demeurant, la dépense à supporter par l'État, n'en serait-11 pas amplement dédommagé en obtenant la séparation si nécessaire des malades affectés ou suspects, sans présenter aux soldats un appât pour la fraude et semer parmi eux des germes de démoralisation; en entretenant chez eux l'habitude de la discipline et l'esprit militaire, tout en les exemptant du service; en les assujétissant à tous les soins de propreté et à l'observation des autres règles de l'hygiène, sans l'intervention desquels la guérison des ophthalmies anciennes ne peut jamais s'obtenir, et en mellantà leur portée des secours prompts et suffisants dans les cas où des rechutes les leur rendraient nécessaires: tous avantages dont le plus grand nombre d'eux se trouvent dénués dans leurs foyers. »
Deux mois après qu'une partie des granulés avaient été renvoyés en permission dans leurs familles, on lisait dans un journal :
« La mesure prise de renvoyer dans leurs foyers les hommes atteints d'affections oculaires porte ses fruits.
« On nous annonce qu'à Neerissem, village près de Louvain, deux militaires envoyés en permission chez eux ont transmis l'ophthalmie à leurs familles. Les pères, mères, frères et sœurs ont payé le tribut, et dans chacune d'elles le père et la sœur sont aveugles.
« Avant cette nouvelle mesure, cette affreuse maladie était inconnue dans nos campagnes; aujourd'hui la contagion se propage et menace nos campagnards, d'autant plus à plaindre qu'ils ignorent la gravité de celle affection et que les médecins consultés sont moins familiarisés avec le traitement à employer pour combattre les accidents. »
Burkard Eble, médecin de régiment autrichien et bibliothécaire de TAcadémie Joséphine de Vienne, dont le nom se trouve, comme celui de notre compatriote M. Fallot, étroitement lié à l'histoire des progrès de l'étude de l'ophthalmie des armées, fit parvenir au roi, vers la fin de 1854, un mémoire dans lequel il combattait énergiquement le renvoi dans les foyers, décrété par la circulaire du 1" mai de la même année. Ce mémoire, écrit en langue allemande, fut traduit en français par MM. Von Kriss et Cunier (1).
(I) Considérations sur lu blépliarophlhalmiccatarrhale des armées qui rùfmc parmi les troupes belges. Louvain, 1836, in-8". • n . i
OIMITIIALMIKS.
Ehlc parlait ainsi :
« Le iloclcur Jiiiigkcii dil que les lioiiinies iiiiilades ou sus|)ecls cloiveiil èircs renvoyés dans leurs foyers. Il esl vrai (lue lors(|u'oii envoie ces liouinies dans des hôpitaux où se trouvent des individus alï'ectc's d'autres opiilliairnies, leur maladie s'aggrave très souvent, que la guérison en est ordinairement très lente, et (|u'il arrive même qu'elle persiste pendant des années entières ; mais il paraît tout à lait irrationnel de prétendre (]u'en admettant un de ces malades dans un bon hôpital et en l'y soumettant à un Irailemeiit approprié, on ne parvienne pas à le guérir en beaucoup moins de temps qu'en le renvoyant dans ses foyers, on il esl abandonné à, lui-même. Que l'on se demande donc si dans un hôpital convenablement disposé, on ne pourrait pas, pour obtenir leur guérison, procurer à ces malades tout ce (lui lui fait attacher tant de prix à leur renvoi chez eux? Pour mon compte, je dirai qm dans ces établissements ils peuvent non-seulement endosser des vêtements commodes, s'occuper de travaux appropriés à leurs goûts, se soustraire aux vicissitudes de la saison, et jouir du bon et grand air, mais qu'ils trouvent encore des secours dont ils son,t privés chez eux. En Autriche, les malades affectés d'ophthaimies légères sont séparés de ceux plus fortement atteints, et envoyés dans des hôpitaux, casernes ou forteresses à ce destinés ou établis pour cet usage; ils y sont spacieusement logés et y prennent le vêtement d'hôpital qui est commode. Lorsque le temps esl bon, ils se promènent deux fols par jour et des heures entières, sous la surveillance d'un médecin, dans des prairies et des bois ombragés; ils se livrent, dans l'établissement même, 5 des ouvrages faciles et agréables. De celle façon, on parvient à les guérir très promplement. Est-ce que la même chose -ne serait point exécutable en Belgique?
« D'un autre côté, le professeur Jiingken avoue qu'il arrive fréquemment que celle maladie passe instantanément d'un degré bénin au plus haut degré d'acuité, el cela sous l'action de la moindre cause, et surtout sous des influences atmosphériques, el qu'ainsi ces hommes peuvent perdre la vue. Cela arrivera-t-il plus facilement dans un hôpital que dans les foyers du soldat renvoyé ?
« Enfin, M. Jiingken admet sans restriction la contagion per contacLum el sous des rapports spéciaux, celle m dislans. Comment, après avoir reconnu la nature contagieuse de celle affection, peut-on juslilier le renvoi de ces malades dans leurs foyers, oii ils sont abandonnés à eux-mêmes? Les autorités civiles ne peuvent-elles pas réclamer avec toute justice que leurs administrés restent à l'abri de celle contagion? Et qui croira que les trois instructions (1) que l'on propose de leur faire délivrer, atteindront le but auquel elles tendent? Ce ne sera certainement pas un praticien expérimenté.
« Il me semble donc que le gouvernement autrichien a agi beaucoup plus sagement lors de l'épidémie de Klagenfiirlh, en 1822 el 1823. Après avoir soumis préalablement celle question importante à l'examen d'une commission de médecins civils el militaires, il prit les dispositions suivantes :
1° Séparer tous les malades, el même les suspects, d'avec les individus reconnus sains; opérer une séparation complète entre les suspects et ceux effectivement malades, el les envoyer dans des établissements distincts;
2° Cantonner par compagnies, el dans des lieux éloignés les uns des autres, les hommes reconnus sains; les visiter d'abord; nettoyer et désinfecter leurs effets et vêtements ;
30 Pour la sécurité des habitants de la campagne, dans le cas ou l'on enverrait en cantonnement chez eux des individus affectés et que l'on aurait cru sains, les faire visiter, avant l'arrivée de la troupe, par des médecins civils expérimentés ; renouveler celte visite deux fois par semaine dans le civil, et tous les deux jours pour les soldats; après le départ de ceux-ci, continuer à visiter pendant quelque temps encore les habitants de la campagne el séquestrer immédiatement les ophthalmiques;
4» Après leur avoir donné du nouveau linge el désinfecté leurs autres effets, envoyer les soldats guéris dans des établissements particuliers, distants de plusieurs milles de Tendroit où a régné l'ophthalmie; les y tenir en observation pendant trois à quatre semaines, selon que la maladie a été plus ou moins grave;
(1) Voir ci-dessus p. 705. - La première de ces histruciions a seule été mise en usage.
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S» Former avec les lioiniiies qui ont été en proie à i'oplitliiilniic épidéniiqiie un corps à pai't, fort d'un ou deux baliiillons; n'y adniellre iiucun autre iioninie; séparer entièrement ce corps de tous les autn^s, et l'envoyer avec des médecins militaires et civils dans des contrées bien salubres et éloignées du lieu où rèfine l'épidémie; les y éparpiller, el attendre quelque temps avant de leur faire reprendre leur service. »
Il est irôs-i'omarquablo que MM. Fallol, cl Eble cxprimaicnl absolumenl la môme opinion, manifestaienl les mêmes crainles, el il est assez dillicile de comprendre comnicnl le Minisire de la Guerre, s'il a rcellemenl eu connaissance des deux documenls que nous avons cités, n'a pas écoulé ces deux liommes si compélcnls, n'a pas cru devoir adopler la condiiile qui avail pour elle rexpérience lentée en .\ulricbe.
Le renvoi des granulés dans leurs foyers avait été prescrit malgré l'avis du médecin principal de Namur ; celle partie des instructions du I" mai resia en vigueur malgré les observations de l'oplillialmologue aiilrichicn.
En suite de ces instructions, 4,494 granulés ou convalescents furent renvoyés dans leurs foyers pendanl les trois derniers trimestres de 1854.
Le 17 août, le Ministre adressait aux commandants de province, une circulaire (1) par laciuelle il leur faisait connailre que, d'après les ra|)ports (|ui lui avaient été adressés mensuellement sur l'ophlbalmie, depuis la mise à exécution des mesures du 1" mai 1854, il avail vu avec la plus vive satisfaction que cette affreuse maladie présentait une décroissance qui i)ermellait d'en espérer la disparition complète.
Mais en même temps que la maladie tendait à disparaître de l'armée, elle gagnait dans les campagnes, où les permissionnaires l'avaient importée, comme on le verra ci-après :
Dans le courant de 1856 el dans les premiers mois de 1857, les événements semblèrent s'accumuler pour faire comprendre qu'il était devenu indispensable de sortir de la voie que l'on suivait, si l'on voulait épargner au pays une grande calamité
La presse politique avail périodiquement protesté contre les instructions qui enjoignaient de délivrer des permissions aux granulés et en général aux convalescents d'opbtbalmie. Des faits de transmission du mal avaient été signalés à diverses reprises; mais, ou ces narrations étaient accompagnées de commentaires qui devaient faire croire que la passion en exagérait la portée, ou elles étaient produites timidement el sans aucun caractère d'autbenlicité.
Bienl(3l cependant des communications absolument scientifiques, émanant de médecins honorablement connus, firent changer la face de la question. /\ la (in de 1856, M. le docleur Decondé, alors médecin
(I) ioiiniai ii)ili(nii'c(il1i('i('l, I. I. p. ôOl.
OPUTHALMIES.
du balaillon de Tliscaul, adressa à la Sociélé de médecine d'Anvers (1 j un mémoire porlant, pour lilre : L'oplilhalmie de l'année esl-elle con- Uujieuse? commenl resl-elle'/ Celle queslion y élail résolue dans le • sens allîrmalii avec des preuves irrécusables à raj)pui.
Quelques semaines plus lard, M. llippolyle Kluyskens, fds de Tailleur de la Dis.serlaiion sur l'oplUludmie cunlmjieuse qui règne dam '< quelques balaillons de l'armée des Paî/s-/?as, faisailenlendre les paroles • suivanlcs dans une discussion soulevée au sein de la Sociélé de médecine de Gand (2) :
«Trop de faits prouvent la contagion de cette maladie pour qu'il soit permis d'en douter • encore. Aujourd'liui, je traite un infirmier de l'iiôpilal militaire atteint de ce crue! fléau, qu'il a contracté en soignant dans cet établissement des soldats atteints du même mal. . hos confrères des campagnes peuvent attester combien de fois des ophthalmistes ren- • voyés dans leurs foyers ont communiqué leur maladie à des familles entières chez les- • quelles on ne pouvait pas Invoquer les causes qu'on prétend déterminer l'oplillialmie chez le soldat. »
C'esl alors que M. Groenendaels publia un mémoire intitulé : Examen du Rapport de M. Vlemincicx, Inspecteur général du service de santé de l'armée, à M. le baron Evain, sur l'ophthalmie de l'armée (Z). Il écrivait, p. 19 :
« Pour satisfaire, en quelque sorte, à la demande de M. Vleminckx, nous croyons pouvoir lui citer quelques faits assez significatifs :
« Dans la commune de Konings-Houyck, canton de Duffel, deux soldats belges sont renvoyés de l'armée pour cause d'oplithalmie; rentrés chez leui's parents, ils y portent aussitôt le germe delà contagion; en sorte que dans l'une de ces deux familles, composée de sept individus, personne ne lui échappe, tandis que dans l'autre six individus sont atteints et que deux autres restent intacts.
« A Wavre-Notre-Dame, arrondissement de Malines, un ancien domestique, revenant de l'armée, retourne chez son maître dont le ménage compte neuf personnes. Sept y partagent bientôt les maux d'yeux, tandis que les deux autres ne s'en ressentent aucunement. Je soigne encore en ce moment le chef de celte malheureuse famille.
« Dans un autre ménage de cette dernière commune, huit personnes ont été successivement atteintes ; deux seulement sont demeurées intactes.
« Dans la commune de Lent, arrondissement d'Anvers, un soldat ophthalmique est logé chez un cultivateur qui seul est attaqué peu de temps après et perd un œil, pendant que sa femme, quatre enfants et tous les domestiques restent sains et saufs.
« Ces faits me paraissent suffire pour prouver la transmissibilité ophthalmique, ainsi que le génie électif de la maladie. S'il était possible d'en convaincre l'auteur du rapport à M. le Ministre de la Guerre, qui dit qu'une réunion d'un grand nombre de faits négatifs est de nature à faire cesser tout doute sur la contagion ophthalmique, etc.»
M. Groenendaels faisait, p. 25, les remarques suivantes :
« 11 est constant que nulle personne civile, nulle famille n'a été attaquée du fléau sans avoir eu préalablement quelque communication avec l'un ou l'autre ophthalmique, ou sans avoir été exposée au contact, soit médiat, soit immédiat, du virus ophthalmique; d'oii il résulte que sans la présence de son germe, la maladie ne doit se propager nulle part. Et comme ce qui est vrai pour le monde civil l'est également pour le monde militaire, il en découle que la permanence de la maladie dans l'armée dépend entièrement de
(1) Voir Bulletin médical belge, 1857, p. U.
(2) Bulletin de la Sociélé de médecine de Gand, 1837, p. 20. (5) Louvaiii, 1857, in-8% p. 40.
DE L'0I>IITnALMIE MILITAIRE EN BELGIQUE.
ce qu'elle conlinue de porter dans son sein le redoutiible foyer de son fléau, dont ensuile la tnuismissibllité est favorisée par le casernement ou la réunion des soldats. Cela me semble d'autant plus vrai, que jo ne doute nullement que, si les ])ersonnes non-militaires étaient logées l'onime le sont nos troupes, roplillialmie ne les afléetâtavec une égale fureur, dés que quelques-unes en seraient atteintes. Mais le logement de ciiuque famille bourgeoise formant, pour ainsi dire, un lieu séquestré, il s'ensuit que les émanations miasmatiques ne doivent pas y étendre leur influonee au dclii du cercle de chaque foyer particulier; ce qu'en ellet l'observalion nous apprend tous les jours.
« L'opinion que je viens d'émettre me semble d'autant plus importante, qu'elle renferme et décide toute la question.
(. Mais qu'on y prenne garde, etqu'on sache bien que l'isoicmenl ne consiste pas à renvoyer les opiitlialmiques chez leurs parents, ni ù les éparpiller dans des cantonnemenis. D'abord, il serait par trop cruel d'infecter autant de familles qu'il y aurait d'oplillialmiques renvoyés ou logés dans des maisons particulières.
« L'humanité ne peut ni conseiller ni permettre de tels moyens. Elle ne peut admettre qu'un isolement tout militaire, c'est-à-dire dans les hôpitaux exclusivement destinés aux ophtbalmiques, situés dans des endroits sains, isolés, exposés au grand air, renfermant autant de cellules ou chambres particulières que possible, où chaque homme serait couché, traité et nourri séparément, d'après l'état de sa maladie et les mesures usitées contre les allections transmissibles. Je sais que ce n'est pas ici le lieu de traiter des moyens anliophtlialmiqucs; maison me permettra celte anticipation, quand on réfléchira qu'on ne saurait trop répéter combien il est inhumain de renvoyer chez eux des hommesà moitié guéris et porteurs de granulations virulentes.
« Si la Commission des recherches sur l'ophthalmie l'a ainsi estimé, c'est que cette Commission semble avoir oublié combien il est cruel d'obliger les parents à recevoir, par la présence même des objets de leurs soins et de leur tendresse, le germe du terrible fléau ! Et comment encore qualifier le renvoi de soldats pauvres et soufl'rants, sans solde, et aux dépens de ceux qu on force par parenté, ou même au nom de l'hospitalité de loger et de nourrir la redoutable ophthalmie? »
Les faits de transmission de loplitlialmie du milicien aux membres de sa famille devini^ent bientôt tellement nombreux, les clameurs qu^ils éveillèrent tellement vives, que M. l'Inspecteur général, pour répondre aux justes réclamations élevées au nom des familles, fit décréter la mesure indiquée dès l'abord pai» M. Fallot (V. p. 704-). Le 29 avril 1857, parut la disposition suivante (1) :
« Le paragraphe concernant l'envoi en permission des hommes atteints d'engorgement aux conjonctives palpébrales, de granulations, etc., est modifié en ce sens qu'au lieu d'être envoyés en permission, ces hommes doivent être dirigés sur les hôpitaux, pour y être traites et guéris. Les convalescents seront ensuite ou renvoyés à leurs corps en cas de guérison totale, ou transférés à des dépôts spéciaux qui seront établis (ils y seront tenus pendant quelque temps en observation, si on le juge prudent, ou rentreront aux dépÔl« de leurs corps, si, par suite de lésions que la maladie aurait produites, ils se trouvaient dans le cas de devoir être proposés pour la réforme ou la pension), ou enfin envoyés en permission, SI on le trouve convenable. Ceux qui seront envoyés dans leurs foyers ne seront tenus de se faire visiter qu'à l'expiration de leur congé de convalescence, s'ils ne croient pas encore en état de reprendre leur service sans danger de récidive de la maladie : celte visite devra être passée par l'officier de santé le plus élevé en grade de la garnison lapins voisine. ^
« Les troupes continueront à être inspectées une fois par mois, conformément à ce oui a e e prescrit par les circulaires du -17 aoiit 1833, caijinet, L. il, n» 1570 et
2t^mn^l, (t'»"" '''''
(Ij Joiii-iinl mllllaire oITicicl, l. m, p. 90. (•2) Ibid., Il" 108, c.
OPIITII.VI.MIKS.
Les inslruclions ci-après (1), prescrivant la création d'un dépôt provisoire pour les convalescents d'opliLlialniie, forment le complément de la mesure décrétée par la circulaire (jue nous venons de transcrire; elles portent la date du 15 juillet 1857 :
Xivt, i"'. — Il sera forme un dépôt provisoire de convalescents d'oplillialmie, sur , lequel seront dirigés tous les lioninies, sortant des hôpitaux, que les médecins déclareront convalescents d'oplithalmie et liors d'état de rejoindre leurs corps pour reprendre leur service.
Art. 6.— Les médecins chargés de la direction dos hôpitaux remettront, les 1'' et 15 de chaque mois, aux commandants des places, un état nominatif des coiivalescenls d'ophtlialmie qui se trouvent dans le cas de devoir quitter leur établissement.
Aii-i'. 7. — Les i"- et 15 de chaque mois, le commandant de la province de Namur fera parvenir iiu déparlement de la guerre un état nominatif des hommes de ce dépôt, que le médecin principal aura trouvés rétablis et en étal de rejoindre leurs corps respectifs. L'autorisation pour ce renvoi sera donnée par le département de la guerre.
. 8. — Un officier de santé sera chargé, sous la surveillance du médecin principal de l'hôpital militaire de Namur, du service sanitaire de ce dépôt.
9. Les hommes de ce dépôt seront assujélis au service intérieur et à toUs les appels prescrits par les règlements.
]Q lis exerceront deux fois par jour, pendant deux heures chaque fois. Art' i l — Ils participeront au service de la citadelle, mais pendant le jour seulement, et leurs factions ne pourront être que d'une heure de durée; ils devront avoir en outre au
moins cinq jours de repos de ce service.
Art 12. — Pour le service indiqué dans les deux articles précédents, le major chargé de la direction du dépôt devra se concerter avec le médecin principal de l'hôpilal de Namur; il pourra le modiller si l'état sanitaire des hommes l'exige.
43 Les permissionnaires envoyés dans leurs foyers pour affections ophthalmiques, et qui se présenteront chez les commandants de province ou de place pour obtenir une prolongation de congé, devront subir une visite médicale. Ceux reconnus propres à reprendre leur service seront diriges sur leurs compagnies
l'GSPGCtiVGS 1
Ceux atteints de simples granulations seront envoyés au dépôl des ophthalmistes à ^''ÈTceux atteints d'ophlhalmie chronique devront entrer à l'hôpital militaire du lieu où
A R.^! 14 Les commandants de la province devront transmettre au département de la -uerre sous la date des 1" et 15 de chaque mois, un état nominatif des permissionnai^s qu se seront présentés pour obtenir des prolongations de congé, avec indication He "elle des trois catégories indiquées à l'article précédent, dans laquelle les hommes auront été trouvés lors de la visite médicale. , , •
Art 43 -Le service sanitaire se fera au dépôt des convalescents d'ophlhalmie comme dans les autres corps de l'armée, conformément aux règlements existants, sauf les pYrpiitions déterminées par les articles suivants. . , , .
S M - Le médecin chargé du service de ce dépôl visitera tous les jours les homme quf en foiU parue, et adresser^ un rapport d'inspection, lanl au médecin principal de Nnmiir nu'au major chargé de la direction du dépôt. .
^7,": 1^ - Les i" et 15 de chaque mois, le médecin principal fera une y.s.te générale de ce dépô;, pour pouvoir satisfaire aux dispositions de l'art. 7 de la présente .nslruction.
Le service sanitaire de ce dépôt fut confié à M. le docteur Loi seau, médecin de bataillon, sous la surveillance deM. le médecm principal Fallo . Après trois mois, M. le Ministre décréta (2) quun second dépôt,
(1) H.id l Ml p la.- Nous n'avomslranscrU que celles de CCS instructions qui peuvent inlé.Tsseraup(>int;icvucdcrhlstoiredcnotreoph(halm.e
(2) Décision d,u 9,oetobrc 1«57. - Voir Journal aulila.re oflicicl, t. MI, p >S»u.
DE I/OPHTIIALMIE MILITAinE EN UELGIQUE.
à l'inslar décelai de la ciladellc de Naiiuir, serai l établi dans les bâtiments servant d'hôpital au camp de Beverloo. Bientôt il en l'ut créé un troisième à Ypres.
Par suite de Tapplicalion rii^oureusc de cette mesure et du traitement appliqué dans les dépôts o|)litlialmi(|ues aux granulés ((ui y lurent envoyés de tous les corps de l'armée, le nombre de ces malades diminua graduellement, et en mars IS/iO il était tellement réduit, que le déparlement de la guerre décida que les dépôts de Mamur et d'Y|)rcs seraient fermés. Les hommes qui en faisaient partie furent renvoyés à leurs corps ou admis dans les hôpitaux de ces deux villes (1). Ces dépôts ayant été supprimés, les malades qui se trouvaient naguère dans le cas de devoir y être envoyés, reçurent désormais, à leur sortie des établissements sanitaires, une autre destination. Des salles, exclusivement réservées au logement cl au traitement des granulés, furent disposées dans chaque caserne; les ophthalmiques atteints de l'étal aigu n'y étaient point admis, mais envoyés directement à l'hôpital, dès que cet état se manifestait. Le médecin de régiment était chargé de la direction . des salles de granulés et du traitement des malades qui y étaient admis. Ces salles existent encore aujourd'hui, bien que le nombre de leurs commensaux se restreigne chaque jour.
Le 3 décembre 1844, le Ministre de la Guerre décida qu'aucune permission ne serait délivrée, qu'aucun militaire ne pourrait quitter son corps pour se rendre en congé illimité, que pour autant que le médecin aurait constaté qu'il ne portait aucune trace d'ophlhalmie ou de granulations récentes. Le 4 août 1847, décision analogue fut prise pour les hommes sortant des hôpitaux.
Telle est, en résumé, la série des mesures qui ont été successivement appliquées dans le but d'amener l'extinction de l'ophthalmie dans l'armée belge. Au nombre de ces mesures, il en est une qui, tout eu contribuant à débarrasser l'armée, a amené un mal plus grand, s'il est possible, que celui qu'elle devait combattre : nous voulons parler du renvoi des ophthalmiques dans leurs foyers. Les résultats de ce renvoi ont été de propager dans les populations la maladie naguère renfermée dans les rangs de l'armée et d'y causer d'incalculables ravages. Nous renvoyons pour les détails sur cette calamité aux Recherches historiques, etc., de F. Cunier (2), auxquelles nous avons emprunté la plupart des détails que l'on vient de lire.
A la suite de ces diverses épreuves, dont il n'était plus permis de méconnaître la valeur, des mesures définitives furent adoptées et sont
(1) Circulaire du 23 mars 18/tO. Journal militaire oUlcicI, t. VI, p. 82. Le dcpol du camp de Beverloo avait été sMii|)ririié dès le printemps de 1838.
(2) CuNJKR. Ophthiiliuie (^i/e miliUiirc ou conlugicusc dans les populations. Annales d'Oculistique, l. XVIi, p. 2U5.
OPIITIIAI.MIIÎS.
encore acliiellcmoiil en vigueur. Nous les l'ésumons dans les dispositions suivantes :
I. A l'arrivée des recrues au dépôt de leur corps, les hommes sont visités avec soin par le médecin dirigeant le service du régiment, ci ceux qui sont porteurs de granulations à tous les degrés sont pris en Iraiteineul et dirigés immédiatement sur la salle des granulés, d'oîi ils ne sortent qu'après guérison complète.
II. Dans les régiments, une visite sanitaire générale est faite, tous les samedis, par le médecin de service, en présence des officiers de semaine, et les hommes momentanément empêchés de subir cette visite sont vus le lendemain, de façon à ce qu'aucun n'y échappe. Tous ceux qui sont reconnus atteints de granulations sont immédiatement dirigés sur la salle des granulés.
III. Chaque corps ou fragment de corps détaché dispose d'une salle exclusivement réservée au logement des granulés, et le médecin dirigeant le service a cette salle sous sa surveillance; il applique aux granulés les remèdes qu'il juge appropriés et tient des notes exactes des malades entrants et sortants et du traitement qui a été appliqué à chacun d'eux.
IV. Ces salles sont aussi éloignées que possible de celles occupées par les hommes bien portants, de façon à ce que les granulés n'aient avec ces derniers aucune espèce de contact. Lorsque les locaux le permettent, il est toujours infiniment préférable que les salles de granulés soient complètement en dehors de la caserne.
V. Les médecins chargés du traitement de ces malades désignent, pour participer au service ordinaire, ceux d'entre eux qui se trouvent dans des conditions favorables pour ne rien laisser craindre, soit comme transmission de leur mal à d'autres, soit comme aggravation de leur état (1).
VI. La surveillance disciplinaire des granulés est confiée à un sous-officier ou à un caporal qui est chargé de la police. Il accompagne ceux qui sont exemptés de tout service aux promenades et aux sorties qui sont jugées nécessaires, et veille à ce qu'ils n'aient aucun contact avec les hommes bien portants.
VII. Chaque homme, qu'il appartienne ou non à la salle de gratmlés, a, pour se laver, un bassin en fer-blanc et des essuie-mains qui lui sont propres.
VIII. Les salles de granulés des corps ne peuvent recevoir ou conserver que les granulés proprement dits. Du moment que leur affection vient à passer à l'état aigu ou sub-aigu, ces malades sont envoyés à l'hôpital de la garnison.
(I) Lorsque les conjopclives granuleuses sont complclemenl revêtues d'une couche d'accUilc «le plomb el qu'il n'y apparaît plus aucune sécrcliou anormale , bien que l'on ne puisse point en induire que la guérison soit complète, on peut cepcndani, jusqu'à un certain point, considi'rer ceux qui sont dans ces conditions comme peu susceptibles de propager la maladie.