‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 3)Chapitre 125 sur 144 · DE I/0PI1T1I\I.MIE MILITAIRE EN BELGIQUE · texte numérisé non relu

DE I/0PI1T1I\I.MIE MILITAIRE EN BELGIQUE

IX. Toul homme, au momenl de quitler le corps, soit pour aller en permission, soil pour retourner délinilivemenl dans ses foyers, doit (îlrc scrui)ulcusemcnt visilê i)ar le médecin de service. Son dépari ne peut être autorisé que pour aulaiil (pfil aura été reconnu qu'il ne porte aucun cjerme apparent (Vune a/fecliun ophlhalmique (1).

A leur retour au corps d'une absence quelconque, les hommes sont également visités par le médecin de service.

Il nous reste à aborder quelques questions, pour Tétudc desquelles M. Ilenrotay, médecin de régiment aux grenadiers, a bien voulu nous prêter le concours de son érudition et de son expérience.

g II. — Étîologîe.

M. Mackenzie, ainsi que beaucoup d'autres auteurs, consacre des chapitres séparés à lophlbalmie purulente contagieuse des armées et aux granulations palpébrales. Ce sont là, en apparence du moins, deux états très différents ; mais cette manière d'envisager la question ne fait pas assez ressortir ce fait, que les granulations et l'ophlbalmie purulente ne sont que des degrés ou des états différents d'un même mal. Les granulations palpébrales, nous l'avons déjà dit, peuvent être primitives ou être la suite de l'ophlbalmie purulente. Lorsque les conjonctives sont recouvertes de granulations, on doit les considérer comme n'attendant que l'action, d'une cause occasionnelle pour devenir le siège de l'ophthalmie proprement dite.

L'état de chronicité, d'indolence, est constitué par les granulations; celui d'acuité, par Vophthalmie purulente. Entre ces deux phases de la même maladie , il y a un état intermédiaire , en quelque sorte mixte, dit de sous-acuité ou sub-aigu.

Ainsi que l'exprime si bien M. Fallot (2), l'exagération du premier degré (granulations indolentes) constitue le second; celle du second (état sub-aigu) constitue le troisième (état aigu). Par contre, le troisième peut rétrocéder au second, et le second au premier, sans que la maladie change de nature; mais rien de plus irrégulier que sa marche, de plus inconstant que sa durée, de plus capricieux que ses alternatives d'exacerbation et d'amendement.

Nous ne pouvons admettre, avec M. Mackenzie , que l'ophlbalmie granuleuse des armées soil essentiellement la même que l'oplithalmie calarrbale dont elle ne différerait que par son intensité. « Les carac-

(1) On ne sniirail assez se mellre en garde contre les supercheries que suggère nu niilieii-n te désii' de regagner ses foyers. Il n'est pas sans exemple qu'un granulé ait fait visiter, à sa place, un hoinnic Lien portant, muni de ses papiers, et ait surpris ainsi la religion du médecin-visiteur. L"i<!ciitilé du soldat duit (!lre rigoureusement établie, soit par son signalement, soil par Tatlcslation d'un souji-onieier, dont il devra être accompagne.

(2) Nouvelles reclierchcs pathologiques et statistiques sur roplilhnlmie qui règne dans Tarmée belge, p. 11. Bruxelles, 1B58.

OPIITIIAI.MIKS.

Um'cs principaux de roplillialmie granuleuse, dirons-nous avec M. Binard , en fonl pour nous une maladie loule spéciale, naissant sous rinducnce d'un pi'incipe spéeilique qui donne lieu (sur le tissu muqueux où il accomplit sa gernunation et lait apparaître la granulation primitive, vésieuleuse)à un produit de sécrétion, véritable contafjium, susceptible de reproduire, dans des conditions favorables, une maladie' tout à lait identique. Ce caractère seul fait, pour nous, de l'oplitlialmie granuleuse une affection toute particulière, et qui n'a avec les autres affections calarrbales ou les blennori-bées que des rapports symptomatiques indispensables, comme ceux qu'on observe ailleurs sur toutes les muqueuses, dans différentes affections dont elles peuvent être le siège (1). »

Laissons M. Fallot exprimer ses idées à ce sujet (2) :

« §1. On est assez généralement d'accord aujourd'hui que ropliUialniic, dite de l'armée, est une opbllialmie purulente, une biennorrliée de l'œil, ou blépliaro-oplilhalmoblennorrhée, dont l'apparition dans l'armée remonte à vingt-trois ans environ; qui, pendant celte longue durée, a eu ses phases d'amendement et de recrudescence, peut se transmettre par contact immédiat et médiat, s'est jouée des divers moyens hygiéniques employés pour l'éteindre, a affecté une funeste préférence pour quelques garnisons et quelques corps de l'armée, a fait souvent, dans ceux où elle régnait, de nombreuses victimes parmi les arrivés de la veille, qui n'avaient encore été soumis à aucune des exigences de l'état militaire, mais qui depuis deux ans environ a perdu beaucoup de son acuité.

« Cette opinion est l'expression fidèle des faits, elle les résume et les représente réduits à leur plus concise expression ; aussi, sous le point de vue historique, ne laisse-l-elle rien à désirer.

« Mais, sous le rapport physiologique, elle donne ouverture à une nouvelle source de recherches. Cette blennorrhée ou blépliaropbthalmie n'est-elle que le summum d'une simple inflammation catarrhale, dépendante des mêmes causes qui présidentaux affections du même genre qu'on voit exister tantôt sporadiquement, tantôt sous forme épidémique; ou reconnaît-elle une cause spéciale, autre que celle qu'on voit journellement enfanter les catarrhes?

« Pour ceux qui prennent le mot catarrhe comme synonyme de phlegmasie muqueuse, il ne peut y avoir de doute sur la propriété d'appeler inflammation catarrhale la maladie qui fait le sujet de nos observations. En effet, le point de l œil où la congestion s'aperçoit d'aliord, la tuméfaction et la douleur qui l'accompagnent, la direction, la forme, la couleur des vaisseaux congestés, la nature de la sécrétion dont elle est suivie, tout atteste qu'elle est de sa nature inflammatoire et qu'elle a son siège primitif dans la conjonctive palpébrale, que personne ne disconvient devoir être classée au nombre des membranes muqueuses.

« § 3. Si de la plus parfaite conformité de symptômes il était permis de conclure à une identité de nature dans les maladies, l'ophtlialmie de l'armée serait la même que la catarrhale. Examinez ceux sous lesquels cette dernière se présente et a été décrite par tous les ophlhalmologistes ; suivez ses progrès depuis sa forme la plus bénigne jusqu'à son étal le plus violent, vous croirez voir se dérouler sous vos yeux le tableau de l'ophtlialmie militaire, depuis la simple injection capilliforme des paupières, le picotement des yeux el la sursécrétion des larmes, jusqu'au chémosis le plus décidé, la suppuration la plus abondante, la fonte et la destruction incoercible de la cornée transparente.

ï C'est séduit par cette frappante analogie, que j'ai professé jusqu'à présent qu'elle est

(1) BiiHARD. Lettre à M. Ocponilé nu sujet .le Touvragc du doetenr Riglor : K. K. Ober-Feldarn Dr Riglcr, Ueber <lic lîgyplisclic Augcn-Knlzûuduiig. Alleg. Zcilung fur Mililairc Acrzlc. iNo \T. RiMiinscliwcis , liapril 1844.

(2) Nouvelles recherches, etc., p. 28.

I)K l/oi'IlTlIALMIE MlLITAinE EN BELGIQUE.

dLMialurc calari'liiilL', qu'elle n'est qu'une simple exagéralion de l'oplillialmie de ce nom, cl que ropilliùtodoniililairo par iaiiuolie on l'a désignée ne change rien ù son essence cl ne sert qu'à indiquer qu'elle sévit parmi les gens de guerre...

« § 4-. Cependant je commence à croire que je nie suis trompé, et il ne me faut pas un médiocre courage pour faire cet aveu, au milieu de rassciitimeiil que donnent à l'opinion que j'abandonne des médecins oculistes du plus iiaul mérite, pour le talent desquels je professe la plus profonde estime et au suffrage desquels j'aspire.

0 §5. Et voici mes raisons: La spécilicité d'une maladie me semble être déterminée tout particulièrement, sinon exclusivemeni, par la spécilicité des causes qui lu font nailre. Des inductions tirées des symptômes ou du traitement n'ont qu'une faible valeur, j)uisque, d'après des circonslaiices individuelles, les phénomènes pathologiques et les indicalioiis thérapeutiques peuvent varier considérablement dans des maladies de même nature, et, par contre, les mêmes symptômes appartenir à des maladies difl'érenles, et le même médicament être Ji sa place dans plusieurs.

« § G. Or, voici ce que nous avons remarqué : Les causes les ])lus connues cl les plus généralement avouées des affections calarriiales sont les changements soudains dans les propriétés physiques de l'air, et surtout rabaissement brusque de la température. Or, de pareilles transitions se sont opérées souvent sans que l'étal des yeux des ophthalniiques en ait été en aucune manière affecté. Tandis que les inflammations calarrhales, les coryzas, les angines, les bronchites abondaient dans la garnison, les ophthalmies diminuaient considérablement de fréquence, et un grand nombre d'oplilhalmiques contractaient les premières sans que les yeux s'en ressentissent.

« Les saisons les plus favorables au développement des inllammations calarrhales sont l'hiver et le i)rintemps, et il est d'expérience que c'est alors justement que notre ophlhalmie est la plus rare et la plus bénigne, tandis qu'elle sévit pendant l'été et que sa récrudescence coïncide, observation qui s'est rigoureusement répétée depuis son apparilion dans l'armée, avec l'arrivée des chaleurs.

« S 7. Il est sans exemple, dans les fastes de Fart, je pense, qu'une épidémie calarrhale ait régné sans interruption et dans le même endroit pendant une longue suite d'années ; celles de grippe ou d'influenza, qu'on peut prendre pour types de phlegmasies de celle nature, s'étendent avec rapidité sur un grand espace de terrain, mais ne font qu'y passer. Noire maladie se mainlienl sans intermittence dans l'armée depuis vingt-trois ans au moins.

« § 8. Les épidémies calarrhales n'épargnenl presque personne, el quoique plus hostiles à ces classes d'habitants qui peuvent le moins se soustraire aux influences qui les font naître, elles étendent leurs effets sur lous el modifient même dans leur sens les maladies intercurrentes qui surviennent pendant leur durée. Ici la maladie se renferme chez nous dans l'état militaire et se circonscrit encore plus spécialement dans quelques armes, et si on l'a vue franchir ces limites et s'installer dans le civil, c'est après des rapports suivis el mullipliés entre des soldats affectés el les bourgeois.

« S 9. Dans les affections calarrhales, le malade est toujours plus attaqué le soir que le matin : dans l'angine, la déglulilion est alors plus difficile; dans le coryza, l'enchifrènement plus marqué; dans la bronchite, la toux plus fatigante. Eh bien! dans notre ophthalmie, le malade est toujours mieux le soir que le matin, l'es yeux sont moins rouges, moins sensibles, le picotement moins incommode ; faits que dans ma clinique j'expliquais depuis longtemps par l'hypothèse que durant la nuit la matière de la sécrétion s'est accumulée et a irrité i)ar son contact les membranes enflammées, tandis que pendant le jour elle a été évacuée au fur el à mesure de sa production.

« § 10. Enfin, dans les afl'eclions calarrhales, le froid esl nuisible, et ce que nous recommandons le plus dans son Irailemcnt, c'est d'en éviter l'innuence. 11 n'y a pas d'exception à cette règle. Or, dans le Irailemenl de notre ophlhalmie, je me trouve parfaitement bien de l'a|)plicalion du froid; des innammations graves perdent de leurintensité par son mlervenlion ; el ce que j'ai souvent remarqué, d'autres médecins, spécialement adonnes au IrailcMienl des ophlhalmies, l'ont observé de même. Voyez pour ses bons effets ce qu'en (lit le docteur Eble, dans son Traité de la stnicliirc des maladies de la conjo)tctive p. IGo de la traduclion française et remarquez bien que la partie Ihérapeulique del'ouvrago (le ce praticien distingué a été écrite sous la dictée de l'expérience.

« S 11- Ce sont ces raisons qui me portent à présumer qu'entre les ophlhalmies catar-

716 OPIITIIALMIES.

rhales cl la blennopllialmic mililaire, il y a autre cliosc que la différence du degré cl que ce n'csl pas à lorl qu'on en a l'ait une espèce i)articulière.

« Si l'on me pressait à préciser davantage l'idée que je me forme de la nature de noire ophllialmlo, je dirais {|u'clleesl spéciale, se rapprochant de la catarrliale par la communauté des symptômes, mais ne pouvant être confondue avec elle à cause de plusieurs différences essentielles.

« § i^. Si l'on me demandait comment je conçois sa continuité dans quelques corps et . garnisons de l'armée, je dirais que c'est son existence même qui m'explique sa perpcluilé; que dès son origine elle y a semé des gernuis qui la reproduisent et qu'il faudrait avoir détruits complètement avanlde pouvoir espérer de la voir disparaître. Voilà, à mon avis, la véritable raison pour laquelle elle apparaît sans cesse dans les mêmes corpset les mômes garnisons. »

Nous ne chercherons pas à accumuler ici les preuves de lorigine égyptienne de la maladie. Le lecteur, curieux de ces détails hisloriques, les trouvera dans une série de' mémoires que M. Decondé a publiés dans les Annales d'Ocuiislique (1). Les Recherches statistiques sur la nature et les causes des maladies oculaires observées en Belgique, et en particulier dans la province de Brabant, par Florent Cunier (Bruxelles, 1847), contiennent aussi (pages 116 et suivantes) un long exposé de la question, des faits intéressants et des preuves irrécusables de l'importation égyptienne de lophtlialmie militaire.

I. Contagion. — La contagiosité de Tophthalmie granuleuse domine toute rhistoire de cette afléction. C'est ce qui nous engage à entrer dans quelques détails à ce sujet en nous appuyant surtout sur les recherches de M. Decondé, dont le résultat est consigné dans plusieurs mémoires publiés dans les Annales d'Ocuiislique (2) et dans les Annales de la Société de médecine d'Anvers (5).

M. Decondé et beaucoup d'autres ophthalmologues admettent la contagion immcdiale et la contagion médiate. Le recel des agents de la contagion, soit dans les vêtements ou les effets de couchage, soit dans tout autre objet, peut également, d'après eux, donner lieu a ces deux modes de propagation.

1. La contagion mmérfmïe, ou par l'application directe sur un autre œil, du pus provenant d'une ophthalmie ganuleuse, ne peut être mise

en doute. Elle se prouve : , . „ . .

1» Par des faits survenus accidentellement chez des mGrmiers qui, en soignant des malades atteints d'ophlbalmie granuleuse, ont contracté la même maladie par l'introduction d'une certaine quantité de matière puro-muqueuse ayant jailli dans leurs yeux pendant qu ils pratiquaient des injections entre les paupières de malades conùes a

leurs soins ; ,, ,

2» Par les expériences directes sur les animaux, que 1 on trouvera

(1) Annales d'Ocuiislique, t. IV, p. 18b, 279 ; t.. V, p. Ui ; l- VIH, P- 61, 255; t. IX, p. 5i;

f2) AntL"d OculïliU'e?Se Gynécologie, 1838-1859. -!'jP-f^''Sf .gio.p.^U, (3) Annales de la Sociélé de médecine d'Anvers, années 18o7-18o8, p. 1/, annce p .

année ISil, p. 2M.

DE l'0PHTI1\LMIE MILITAIHE en BELGIQUE.

relatées dans les mémoires de M. Decondé que nous venons de ci 1er ;

5" Par les inoculalions pratiquées sur l'homme dans le but de guérir le pannus (1).

Carron du Villards |)arle aussi de semblables expériences faites par lui sur des-cliiens, cl il indique que MM. (lliassaignac et Michel Boulolle ont observé des résultats analogues (2). « Pour mon compte, ajoule-l-il, je connais cinq ou six chirurgiens qui ont été victimes de leurs expériences, sans compter M. Ducourleney, qui a laissé aussi un œil sur ce ciiamp de bataille scientifique tout aussi honorable qu'un autre. »

Nous pourrions énumérerun grand nombre de faits de cette espèce; nous nous bornerons à signaler l'ophlbalmic granuleuse dont fut atteint Fl. Cunier en 1849. Pendant qu'il examinait un œil atteint d'ophthalmie contagieuse à l'état sub-aigu, une goutte de muco-pus eu avait jailli et s'était introduit entre ses paupières, Une violente ophthalmie n'avait pas tardé à s'y développer (3).

Le muco-pus de l'ophlbalmic qui imprègne les linges dont les malades se servenl pour s'essuyer les yeux, conserve la propriété contagieuse, qui se développe lorsqu'ils sont légèrement humectés d'eau.

« Du mucus ophllialmique desséclié sur un morceau de drap et recueilli le 1" juiilel 1838, dans un casd'oplilliaimie purulente, chez l'oplillialniique Letlens, de l'hôpital du camp de Beverloo, est délayé dans un peu d'eau, le 7 octobre 1839, et déposé au moyen de la lancette sur la seconde paupière d'un jeune chien de six semaines, de race anglaise et bien portant. — Le 10 octobre, on remarque une plaque rugueuse à la face interne de la seconde paupière ; on réitère l'inoculation faite avec la même matière. — Le 15 octobre, les conjonctives palpébraies sont examinées avec attention, et l'on découvre une plaque de granulations miliairesauxdeuxpaupières; un très fortvaisseau s'y porte ets'y ramifie (4).»

Dans les mémoires cités de M. Decondé et dans un autre ayant pour titre : Mémoire sur différentes questions qui se rattachent à l'ophthalmie (p), on peut lire le récit d'autres inoculalions semblables dont les résultais ont toujours été aussi positifs.

On aurait pu croire que l'ophthalmie n'était contagieuse que dans sa période d'acuité. M. Decondé a répété ses expériences avec de la matière purulente provenant d'une ophthalmie passée à l'état chronique, et des granulations se sont également produites.

2. La contagion médiate est plus difficile à démontrer. Si les faits de propagation de la maladie d'un individu à un ou à plusieurs autres, etsouventàtoutunefamille, ne sont pas rares, il devient difficile, dans

(t) Du pannus et de son Irallcment, avec 50 observations de la cure radicale de cette aiTeelion pari inoculation blennoiTluiglquc, par WAni.oMONT. Bruxelles, 1834. — Annales d'Oculislique t. XXXII, p. 55-101-149; t. XXXIII, p. 7. ^ '

(2) Guide pratique pour l'étude des maladies des yeux, t. II. Art. Ophlbalmio éi^yplienne.

(a) Hullcliii de rAcadémie royale de médeelne de lîelgique. aimée 1849 (de remploi de lacétate de plomb neutre selon la mclliode de M. Buys), et Annales d'Oculislique, 1849, t \\I

(4) Annales de la Sociélé de médecine d'Anvers, 1840, p. 520.

(5) Annales de la Sociélé de médecine de Gand, 1840, t. Il, p. 122 clsuiv.

OPIITllALMIKS.

d'autres cas de transmission, de prouver qu il n'y a pas eu de contact direct ou un autre mode de transport, comme les mains, les linges, leau avec laquelle plusieurs personnes se sont lavées, etc. C'est encore aux recherches de M. Dccondé que nous aurons recours pour éclairer cette question. Le lait suivant, publié par lui (I), nous parait devoir être ici rapporté :

« Le nommé Opdenkamp, soldat du o" régiment de ligne, fui renvoyé en 1833 chez ses parents h Stein (Limhourg) en congé illimité sans solde, pour perte de l'œil gauche ei i oplithalmie de l'œil droit. Sa lamille, qui jusque-là n'avait jamais connu roplillialmieel qui était composée de six ou sept membres, contraclii sans exception cl successivement ce fléau de notre armée; plusieurs d'entre eux conservèrent longtemps des altérations graves aux yeux, et j'ai vu moi-même le père porteur de granulations en lout semblables à celles de nos militaires. Tontcependant dans cette famille avait été employé pour empêcher le contact d'un individu affecté avec un autre qui ne l'était pas: ainsi il ne se lavait pas dans la même eau, il avait essuie-main, etc., en particulier, mais ce qu'il y a de plus remarquahle dans riiistoire de celle famille, c'est que pendant que l'ophtlialmie sévissait sur ses différents membres, le chat de la maison la contracta et perdit l'œil droit. »

Voici deux faits que M. Dccondé considère comme très concluants eu faveur de la contagion par voie atmosphérique :

Si l'on prend un chien dont les conjonctives palpébrales sont saines, et qu'on le place dans la même niche qu'un autre chien atteint d'ophthalmie granuleuse assez bien dessinée, on remarque, au bout de quelques jours, que la communication de la maladie a presque toujours eu lieu.

Un linge imprégné de matière purulente ophthalmique depuis quatorze mois, et attaché à un morceau de cuir fixé par ses bords sur l'œil d'un chien au moyen de poix navale, de manière que la pièce imprégnée ne pùt toucher ni le globe de l'œil, ni les paupières, a donné naissance à des granulations.

« Nous concevons sans peine, dit M. Decondé (2)' que des émanations vaporeuses d'yeux malades, se dégagent dans l'almospliere d'une chambre, après en avoir saturé l'espace, se condensenl avec l'humidité qui les lient en suspension et retombent sur le sol ou sur les parois de cet apparlement. Mais avant que la condensation s'en opère, celte vapeur se soutient au moyen de la chaleur native dont elle est pénétrée et flotle ainsi dans l'appartement où elle peut se fixer à tous les corps hygrométriques avec lesquels elle se trouve en contact. Toutes les substances végétales ou animales, dont on fait des tissus

servés pendant longtemps sans perdre de leur propriété vénéneuse.

« On voit déjà combien nos soldats, parmi lesquels se trouvent beaucoup d'mdivulus dont les paupières sont malades, et qui séjournent dans le même milieu ou sont tous leurs effets leurs nombreux vêtements de drap, le schako ou le colback, leurs oouverlures de laine - on voit, dis-je, combien ils l'emporlent sur toute autre accumulation d'hommes nour que la pénétration de ces objets par l'émanation ail lieu. Si. ces hommes occupent des locaux naturellement froids et humides, des casernes voûtées, par exemple, cette pénétration sera plus facile elplus profonde; aussi est-il à remarquer que c'est surtout dans ces derniers locaux que le recel a été soupçonné.

(1) Annales de la Socidlé de médecine d'Anve.s, 1837-1858, p. 17. cl Bi.llelin médical belge,

(2) Loc. cil., 1840, p. 528 cl suiv.

DE l'OPIITHALMIE MILITAIRE EN BELGIQUE.

« Si riiuniidilé a facililc iinr su coiulensiilion le .k'pôl du principe conlngieux sur ces obiol^ la cliiilotirel la soclicrosse en lavorisomnl le (logagonicnl ; il en sera île même de la veiilihîlioii du hallage dos couvertures et matelas, et du vêlement de dra|). Dans le premier cas riuiiiiidilo du cori)s liviïromtMrIque a disparu; dans le second, les molécules aériennes, humides et Imprégnées, logées dans les vacuoles des tissus ou ayant pénétré ceux-ci, sont ren)placées par des molécules aériennes nouvelles. Dans l'un et l'autre cas, l'acte de la contagion peut s'opérer lorsqu'on s'ex|)ose dans le milieu contaminé, cl avoir lieu de celle manière en Vabsence iVindmdus déjà malades.

Aa) recel du principe contagieux s'opère encore d'une autre manière que ci-dessus. Si le iiremier mode est suscei)til)l(! de (luelque conlesliilion, celui qui suit ne peut l'être nullement. Oue plusieurs individus soient atteints d'écoulements virulents de l'o'il, la matière qui e'st d'une nliondance ordinairement extrême imprégnera leurs objets de coucluige et leurs vêtements. Cette matière s'y desséchera hienlôt; mais, vu leur nature liygrométrique, ces objets se pénétreront plus ou moins fréquemment d'humidité atmosphérique; à celte imprégnation, l'humidilé pourra enlever quelques éléments ou délayer quelques particules de ïa nuitière, et les alomes en se vaporisant pourront encore reproduire le mal en l'absence d'individus déjà malades.

« La contagion étant reconnue et certaines pi-opriétés du virus oplilhalmique ne pouvant être con"lestées, il y aurait peu de logique à ne pas en admettre les conséquences, c'est-à-dire la possibilité du recel. Les faits viennent du reste corroborer la prévision de la théorie. «

M. Decondc rapporte ensuite quelques faits puisés pour la plupart dans l'ouvrage de MM. Fallût et Vai^ez (1).

Tous les médecins ne sont pas d'accord sur la transniissibilité de rophlhalmie granuleuse par voie atmosphérique, soit par l'habitation en commun avec des ophthalmiques, soit par le séjour dans des lieux contenant des objets contaminés. Il faut bien reconnaître que, malgré le grand nombre de faits qui en ont été publiés, malgré l'autorité des plus grands noms et celle des médecins qui ont été appelés à suivre cette maladie dans toutes ses phases, il manque encore aujourd'hui une preuve absolue, incontestable de ce mode de transmission. Il nous semble qiie les expériences suivantes, si elles réussissaient, lèveraient tous les doutes et que le médecin qui les aurait faites aurait rendu un service signalé à la science.

1° Que l'on prenne plusieurs chiens, les uns atteints d'ophthalmie granuleuse, les autres sains; qu'on les enferme dans une pièce, attachés à la muraille et isolés les uns des autres, de manière à ce qu'ils ne puissent s'approcher; que, dans les visites qui leur seront faites, on évite de toucher à la fois lesyeux des chiens maladesetceux des autres, pour ne pas courir le risque de transporter avec les doigts l'alTection des uns aux autres. Si, après un temps indéterminé, un ou plusieurs mois si l'on veut, la maladie s'est transmise, on devra reconnaître que la transmission à distance est possible.

2" Que l'on place un ou plusieurs chiens dans une pièce contenant une grande quantité de linges imprégnés de matière ophthalmique, et que ces chiens soicntdans l'impossibilité d'y atteindre ; que ces linges, que l'on aura humectés, soient placés de telle façon que la matière qui

(t) Reclicrchcs sur les causes de l"o|>Iilhalmic, cic. Bruxelles, 182'.).

OPHTIIAI.MIES.

en découle ne puisse èlre à portée des chiens. Si, dans ces conditions, ces animaux conlraclent roi)hlhalniie granuleuse, on devra . bien reconnaître que la contagion s'est laite par voie atmosphérique.

Quoi qu'il en soit, nous sommes tout disposés à adopter les opinions • de M. Decondé, qui sont celles d'un gi-and nombre de praticiens très éclairés de notre pays : 1" parce que les laits qui les appuient sont i tellement nombreux et précis , qu'ils ont entraîné la conviction de la i plupart des ophthalmologistes ; 2" parce que , quelque soin que Ton i mette à signaler le danger d'user des objets ayant appartenu à des individus atteints d'ophthalmie granuleuse, lorsque cette allection vient à i atteindre un membre de la famille, elle épargne rarement les autres; 5» parce que, en admettant ce mode de transmission de la maladie, on est nécessairement conduit à multiplier des précautions qui, si elles ne sont pas indispensables, au point de vue de la contagiosité par l'air, ont au moins pour résultat de diminuer les chances de communication immédiate de la maladie.

La contagion admise, et, dans l'état actuel de nos connaissances, il n'est plus possible de la contester, quel est, dans .le liquide fourni par la muqueuse oculaire spécifiquement enflammée , l'agent qui récèle le principe contagieux? Est-ce le mucus, le liquide dans lequel il est étendu, le globule de pus, etc.? De la solution de cette question , si elle pouvait être décidée , résulterait la possibilité de résoudre ce point de diagnostic essentiellement pratique : telle sécrétion conjonctivale morbide étant donnée, possède-t-elle ou non la propriété cont^igieuse? La réponse reposerait sur le fait qu'elle renferme ou ne renferme pas l'agent reconnu comme le facteur de la contagion.

Jusqu'ici les auteurs se sont peu occupés de ce point intéressant de

la pathogénie des granulations. Cependant, dans ces derniers temps,

M. Van Roosbroeck a institué des expériences dans ce but et il en a

rapporté le résultat (1). Les nombreuses inoculations qu'il a pratiquées

dans le traitement du pannus, lui ont permis de pousser ces recherches

beaucoup plus loin qu'on ne l'avait fait avant lui, et elles l'ont amené

à conclure que c'est le globule de pus qui est le véritable véhicule du

principe contagieux,

« Voulant, dit-il, nous en assurer par l'expérience, nous avons engagé des IndiN-idus alleinls d'oplilhalmie purulente Irès-aiguë à se laver pendant loul un jour les yeux dans une médiocre quanlilé d'eau qui, après quelques heures de lotions, est devenue blanchâtre et très trouble. Cette eau, renfermant une quantité notable de pus dissous, fut partagée en trois parties dont l'une lut soumise à l'action de la chaleur jusqu'à ce que toute la matière fibro-albumineuse coagulée vînt surnager à la surface du liquide,. qui resta il toujours uif peu trouble, mais beaucoup moins qu'avant d'avoir été exposée a l aclion de la chaleur Nous avons, pendant plusieurs jours consécutifs et à plusieurs reprises dans la journée, versé ce liquide dans des yeux atteints de pannus, sans être jamais parvenu a

(I) J.Vais UoosnnoECK. Cours .rophlhalmolo-ic, cnsci|;nr à rUnivcrsilc de Gaiid, ou Traite théorique et pratique des maladies des yeux, t. Il, p. 294. Gand, mo.

DE I.'OPIITIIAI.MIE MII.ITAinE EN DEI.CIQUF..

provoquer la moindre irritation dans la conjonetive, etcnrore moins une oplillialniie purulente. Nous en avons pris ensuite une seconde j)artie dont nous avons fait coaguler lu fibrine au moyen du chlorure de cliaux; après cette coagulation, le liquide fut trouvé aussi inolTensif que celui qui avait élt' soumis ù l'action de la clialeui'. Prenant enliii la troisième partie du liquide, c'est-à-dire colle qui n'avait pas été soumisi; à l'action de la clialeurnià celle du chlorure de cliaux, et qui avait été soisneusemenl mise de coté dans une houleille hermétiquement fermée, nous l'avons versée dans des yeux atteints depannus;il a sulli cha(|iie fois d'une seule inoculation pour qu'il se produisît déjà dès le lendenniin une opiilhalmie purulente des mieux caractérisées. Ce même liquide penlail la propriété contagieuse dès que par l'odeur on s'apercevait (|ue la putréfaction s'en était emparée. Ces expériences démontrent, nous semble-l-il, à la dernière évidence, que c'est bien le globule de pus qui est le véritable véhicule du principe contagieux. »

Ces conclusions sont- elles rigoureusement fondées? Nous ne le croyons pas. Les procédés employés par l'auteur pour séparer le globule de pus peuvent avoir altéré profondément la constitution du liquide sur lequel il a opéré et en avoir neutralisé toutes les propriétés, la chaleur en en faisant dégager divers principes vaporisables, le chlorure de chaux en vertu de son action chimique. Pour arriver à des conclusions plus péremploires, il faudrait, nous semble-t-il, recourir à d'autres essais. Le liquide recueilli comme l'a fait M. Van Roosbroeck, pourrait être passé à travers un fdtre ; les globules de pus, qui ne le traversent pas, seraient recueillis et transportés sur les conjonctives à inoculer; le liquide fdtré, également appliqué à d'autres. Les résultats de ces deux tentatives d'inoculation auraient une signification sérieuse.

Un autre moyen d'arriver à la constatation de ce même fait par voie expérimentale, soit chez les chiens, soit chez les individus atteints de pannus, consisterait à analyser au microscope la matière fournie par les conjonctives aftéctées à divers degrés de l'ophlhalmie ; à inoculer, d'une part, la sécrétion dans laquelle on aurait constaté la présence du globule de pus; de l'autre, celle où ce principe n'aurait point été découvert. Appliquée à un nombre plus ou moins considérable d'individus, cette épreuve pourrait donner des résultats concluants.

M. Van Roosbroeck, convaincu que le liquide échappé d'un œil enflammé ne possède aucune propriété contagieuse , aussi longtemps qu'il ne renferme pas de globules de pus, et qu'il jouit de cette propriété avec d'aulant plus d'énergie que le nombre des globules y est plus considérable, a voulu s'assurer si le pus contagieux des blennorrhées oculaires présente quelques caractères particuliers auxquels pourrait être rapportée cette propriété.

«Mais, dil-il,nousn'avonspasobtenudesrésultalsplussatisfaisanls que ceuxquionl fait les mêmes recherches sur le pus du chancre syphilitique ou du bouton variolique. Ce pus ne se différencie par aucun caractère appréciable do celui qu'on recueille dans toute autre partie du corps. Placé sous le microscope, il est impossible de distinguer s'il provient d'une conjonclive, d'un abcès ou de la surface d'un ulcère. Il présente sa forme globulaire caractéristique qui le dislingue de tout autre produit de l'économie, mais rien de plus. Il était intéressant aussi de s'assurer si c'est la foroi.e globulaire du pus qui rend le liquide des '• 61

OI'JITIIAI.MIF.S.

bleiiiiori'licos oculaires contagieux, ou si c'est le pus produit à la surface de la conjonctive palpébrale seul, qui jouit d(; la propriété conlapieuse. A cette (in, ayant recueilli du pus de bonne nature d'un abcès à la cuisse, nous l'avons inoculé dans un œil atteint de pannus, où il n'a pas produit la moindre irritation dans la conjonctive. La même expérience répétée avec du pus provenant d'un abcès de la glande mammaire et avec celui recueilli à la surface d'un ulcère à la jambe, a donné toujours le même résultat négatif. Alors, pour nous rapprocher davantage de la conjonctive palpébrale, nous avons recueilli le pus d'un abcès qui s'était ouvert dans la conjonctive scléroticale, dans un cas de ché- ' mosis (ibrineux ù la suite d'oplitlialmilis, et après l'avoir inoculé, nous avons pu nous assurer encore que ce dernier pus n'était pas plus contagieux que ceux avec lesquels nous avions fait nos premières expériences. Nous pensons donc pouvoir conclure de tous ces faits que ce n'est pas à sa forme globulaire particulière et caractéristique que le pus sécrété pendant une oplithalmie purulente doit sa propriété contagieuse.

« Nous avons ensuite tenté des expériences dans une autre direction, et nous avons vu que chaque fois qu'il se forme du pus dans du plasma exsudé et amassé à la surface de la conjonctive rétro-larsienne, que ce soit à la suite d'une ophllialmie blennorrhagique produite par inoculation, d'une ophthalmie militaire aiguë ou chronique, ou d'une ophllialmie purulente spontanée, c'est-à-dire survenue sans que le malade ail été manifestement en contact avec un individu atteint de la même maladie, ce pus est contagieux, c'est-àdire qu'il jouit de la propriété de provoquer toujours une maladie identique à celle dont il est le produit, quoique à des degrés différents.

« Nous croyons qu'on peut conclure de toutes ces expériences que la différence qu'on observe dans la propriété contagieuse du pus recueilli dans des tissus variés (difl'érence qui est telle, que l'un est toujours contagieux et que l'autre ne l'est pas du tout, ou ne le devient que lorsqu'il est le produit d'une cause spécifique), doit être recherchée dans la nature niêmedeséléments anatomiques qui ont servi de support à la production du pus; que celui-ci ne devient réellement contagieux que lorsqu'il s'est formé dans des tissus pourvus de cryptes muqueux, et enfin que, dans ces conditions, il est toujours contagieux à un degré plus ou moins marqué, d'après les caractères vitaux variables, qu'il ne nous est pas encore donné de reconnaître par l'inspection matérielle du liquide. »

Si les résultats signalés par l'auteur que nous venons de citer se confirmaient par ceux des expériences que nous avons conseillées et que nous nous proposons d'instituer, il deviendrait facile, à la seule inspection microscopique, de constater si telle ophthalmie donnée est susceptihle ou non de se propager par contact, et, s'il y a lieu par conséquent d'adopter les mesures propres à se préserver de la contagion, ou de s'en dispenser, résultat pratique qui ne serait pas sans importance.

Nous avons admis la contagion comme cause essentielle du développement de l'ophthalmie granuleuse; il est une série d'autres causes qui viennent la seconder et en étendre l'action. Nous les passerons en revue, en faisant de nombreux emprunts aux travaux de MM. Gouzée (1) et Decondé (2).

II. Conditions atmosphériques. — Presque tous les médecins qui se sont sérieusement occupés de l'ophthalmie des armées, ont pu reconnaître que certaines influences, certaines conditions climatériqucs , modifient considérablement la marche de cette maladie. M. Decondé a cherché à démontrer que l'humidité et la chaleur sont deux condi-

(1) H.-P. GoezÉE. De roplilhalmic qui règne dans rarméc belge el des moyens d'arrèler la propagation de celte maladie dans toute agglomération d'individus, in-8°. Bruxelles,

(2) Decondé. De l influence des eondilions physiques de ralinosphère sur roplillialmie de noire année. Annales de la Soeiéléde mcdeeiue d'Anvers. 184S, p. 150.

DE l'oPIITUALMIE MIMTAinE EN BELGIQUE.

lions qui favorisent son développonicnl, tandis que le froid et la sécheresse tendent plutôt à réloignei-.

On a attaché, dit-il, beaucoup d'imporlance aux causes caLarrhales dans leliologie de noire ophlhalniie ; mais M. Fallot qui d'abord avait cru à celte inlUienee, a démontré depuis, comme nous l'avons vu plus haut, page 7 15, que loin d'augmenter en hiver, époque des alleelions calarrhales, l'ophlhalmie diminue au contraire pendant cette saison.

Les proportions relatives d'oxygène et d'azole dans l'almosphère ne paraissent pas avoir d'innuence bien appréciable.

Si les temps orageux ont quelque action sur le développement de notre ophlhalmie, ce n'est que dans des cas spéciaux, exceptionnels, qu'il ne nous a pas encore été donné d'apprécier. Dans les expériences tentées par M. Decondé, le galvanisme et la machine électrique sont restés sans action sur le mucus ophthalmiquc déposé sur les conjonctives des chiens.

Cependant, l'on a vu des temps orageux exercer une action évidente sur nos ophtbalmiques ; voici ce qu'en dit M. Gouzée :

«Nous avons souvent remarqué que les temps orageux, et notamment les grands vents d'automne froids, humides et par conséquent non chargés de poussière, nous amenaient beaucoup d'ophthalmiques, et que ceux mêmes qui se trouvaient dans les hôpitaux éprouvaient en même temps, sous' l'influence de ces conditions atmosphériques, ou un accroissement de symptômes de leur maladie, ou des rechutes, ^'ous avons eu de fréquentes occasions de répéter celte observation, en 1829, à Flessingue, où les vents d'ouest, qui soufflent de l'Océan, acquièrent très souvent une grande violence. 11 n'est pas rare alors que la maladie prenne la nuance rhumalique, etc.» (1).

<( Nous concluons aujourd'hui, dit M. Decondé que i'exacerhation qui se manifeste quelquefois dans l'ophthalmie à l'occasion des temps orageux ne tient pas à l'électricité même, mais à des conditions qui peuventcompliquer l'électricité de l'atmosphère. »

Nous dirons avec M. Fallot :

« Nous n'avons pas l'intention de nier qu'à la suite de fortes perturbations atmosphériques, de violents orages, on a remarqué des récrudescences évidentes de notre ophtlialmie: mais nous ne saurions admettre qu'il existe entre ces deux faits des rapports nécessaires de filiation, parce qu'en cent autres circonstances de semblables mouvements météorologiques ont eu lieu sans que la maladie en ait été autrement affectée. (2). »

Quant à l'influence des saisons, M. Decondé s'en exprime ainsi :

« Si nous n'avons égard qu'au mouvement numérique normaldes granulés et des ophtbalmiques, et si nous faisons abstraction de certaines circonstances qui viennent anormalement en changer le chiffre, telles que l'arrivée des recrues, une agglomération momentanée, etc., nous trouvons que c'est en hiver qu'il y a le moinsd'ophlhalmiques et de granulés; et c'est en été que les cas sont les plus nombreux et les plus graves. Hn hiver, c'est pendant les mois de janvier et de février qu'il s'en présente le moins, et c'est à cette époque que les granulés marchent le plus rapidement vers la guérison ; le printemps est beaucoup plus favorable à la marche heureuse de celte maladie que l'automne, ce qui tient encore à ce que les vents tièdes et humides de l'ouest régnent plus en automne qu'au printemps. On observe en effet que, dans l'arrière-saison, non-seulement les granulés ne tendent pas à guérir, mais qu'ils ont même une tendance à timpirer, et qu'une

(1) H.-P. GouzKE. De rophthalmif qui règne dans rarince belge, elc Bnixelles, 1842.

(2) Analyse du mémoire de M. Piringer, inliluic : Die blennorrhœam mensclien auge. Annales d'Oculislique, t. V, p. 79.

oPirniALMiE.

foule de nouveiiiix cns se maiiifcslcnl alors. Au printemps, les venls d'ouest sont moins fréquents qu'en auloniiu!, et les vents du nord et de l'est, ayant déraciné en quelque sorte le mal chez la généralité des sujets qui en souffrent, l'action du vent d'ouest vient s'éteindre sur le peu de sujets qui par exception sont restés atteints d'oplitlialmie (1). »

« Les vents n'agissent sur nos oplilhalniiques et sur nos granulés que par l'Iiuniidité et la chaleur qu'ils amènent ou qui les accompagnent, et par la vélocité qui leur donne une propriété plus ou moins dispersive. Plus le vent est sec et froid, plus il améliore l'état de nos granulés; plus il est chaud et humide, plus son action est défavorable; le vent chaud et sec est moins pernicieux que le vent froid et humide. L'absence de tout vent laisse s'accumuler le miasme ophthalmique qui agit alors avec une grande intensité (2).»

III. Influence des g.\rnisons. — i. Dans une même garnison, les régiments continueront, toutes circonstances égales d'aillcui'Sjà fournir d'autant plus d'ophtiialniiques et de granulés nouveaux, qu'il y aura toujours eu plus de malades de ces deux catégories dans ces régiments. L'affection tend sans cesse à s'y généraliser, en raison de l'extension plus grande qu'elle y a déjà prise.

2. Les régiments fourniront d'autant plus d'ophthalmiques, que l'encombrement dans les casernes occupées par eux sera plus grand, (ju'un plus grand nombre d'hommes coucheront dans une même chambre, que la ventilation y sera moins bien établie.

5. Il y aura d'autant plus d'ophthalmiques dans les corps, que le séjour des hommes dans les chambrées sera plus prolongé et qu'ils seront moins occupés au dehors.

4. Les régiments fourniront d'autant plus d'ophthalmiques, que les gardes y seront plus fréquentes et que les corps de garde offriront moins de conditions hygiéniques favorables. M. Decondé a remarqué que les corps de garde les plus sains sont ceux oîi une foule d'ouvertures donnent passage à tous les vents (3).

Une fois que la contagion s'est montrée dans une garnison, elle continue à y exercer son action : d'abord par les rapports entre elles des diverses troupes d'une garnison ; ensuite par leurs relations avec les prostituées qui contractent la maladie et contribuent à la répandre.

IV. Acclimatement. — M. Decondé explique par l'acclimatement l'espèce d'immunité dont jouissent quelques personnes habituées à se trouver en rapport avec des ophlhalmiques sans en contracter la maladie. Cependant, cette immunité a ses limites et cesse lorsque le miasme ophthalmique se trouve très-concentré dans les chambres où l'on séjourne. Elle se perd si l'on cesse pendant un certain temps de se trouver dans la sphère d'action du miasme ophthalmique. C'est par racclimatement que Ton explique l'espèce de préservation dont jouissent les médecins militaires et les anciens soldats; préservation qui compte néanmoins de nombreuses exceptions, car bien des médecins

(1) Dkcowé, Mémoire cilé, p. \U.

(2) Ibidem, p. 148. ,

(ô) Decondé. Mémoire sur quelques questions qui se raltncbenl a I oplitlialmie des armet». Annales de la Société de médecine d'Anvers, année 1842, p. 517 etsuiv.

DE LOPHTIIALMIi; MILITAIRE EN BELGIQUE.

onl conti'aclé roplillialmic en donnant des soins aux malades alleinls de celle allcclion, landis que d'aulres en onl pcut-(M,i'e pris le gerrne qui pourrail bien éclore un jour. Si, chez les soldais, dès (jue le mal a été conlraclé, il a une lendanee à s'aeeroîlre, c'est qu'ils restent sous rinfluence qui la leur a donnée ; chez les individus qui se soustraient à celle inlluence dès que la maladie se développe, elle peut se borner à quelques granulations du repli de la conjonctive et rester très longtemps slalionnaire.

« L'accliitialcmenl à l'oplillialniio sora d'aulanl plus facile que le foyer du mal sera moins éleiidu et que le séjoui' y sera de moins de durée. Si on le prolonge, on ne le fera impunément que pour aulanl que ce soil insensiblement ou par gradation. Plus le séjour, au contraire, sera long, plus le foyer du mal sera étendu, concentré ou actif, moins il y aura de chances d'y échapper. Plus on sera espacé, éparpillé, mais surtout plus on sera dans, un air constamment renouvelé, ou entièrement libre, moins on aura à subir les conséquences du mal(l). »

y. M. Decondé dit ne pas connaître de conditions de la vie militaire qui favorisent davantage le développement et la propagation de lophtlialmie, que celles descamps, et tout spécialement celles du camp deBeverloo. C'est que là, plus que partout ailleurs, il y a des circonstances quiviennentla favoriser. L'agglomération des hommes y est plus grande que dans les plus mauvaises garnisons, elles locaux n'y sont point disposés conformément aux règles d'une bonne hygiène. M. Decondé aurait pu ajouter que les périodes de campement ont lieu d'ordinaire en été et que c'est dans celte saison de l'année que Tophlbalmie granuleuse sévit le plus habituellement.

N'omettons pas, en parlant du camp de Beverloo, de faire remarquer que le sol consiste en un sable fin, lourmenté sans cesse par les vents, se logeant entre les paupières et le globe de l'œil, et irritant les conjonctives par sa présence.

VI. L'influence des cantonnements est heureuse au point de vue de la diminution du nombre des granulés et des ophlhalmiques, si les hommes sont en petit nombre dans chaque maison et s'ils sont assez occupés au dehors pour ne séjourner que peu de temps dans les habitations. Si, au contraire, il y a encombrement dans les logements et les corps de garde, et si ceux-ci reçoivent des hommes de tous les régiments, on aura alors tous les inconvénients des garnisons et le chillre élevé des ophlhalmiques qu'on est dans l'habitude d'y remarquer.

Vn. Pendant les marches d'été, les soldats sont soumis à la gène et à la fatigue occasionnées par les vêtements et les objets d'équipement; à l'influence des corpuscules étrangers qui voltigent dans l'atmosphère et qui pénètrent entre les paupières et viennent frapper l'œil ; au rayonnement de la chaleur et de la lumière, et à l'abus des alcooliques.

(I) Decordé. Mémoire cilc, p. HiiC.

OPilTIIALMlES.

Ces diverses causes, agissant isolement ou réunies, ne sont pas susceptibles de déterminer une oplitlialmie analogue à notre an'cctioni spécilique, mais elles sont capables de congestionner Tœil ou d'irriter mécaniquement les paupières et la conjonctive. Si ces résultats ont eu lieu en l'absence de l'encombrement, lorsque les hommes, par exemple, sont éparpillés dans les cantonnements, cet étal d'irritation de l'œil et i de ses parties ambiantes, qui lacilile la germination de notre ophllial-, mie spécifique, se dissipe avec la cessation des causes qui l'ont produite. Mais il n'en est plus de même lorsque, après une marche, lesv troupes doivent subir un entassement plus ou moins grand ; on observe !• alors des ophthalmiqucs plus ou moins nombreux, parce que l'ophthal-mie s'est entée, a germé avec facilité sur des conjonctives déjà congés- lionnées et par là disposées à contracter le mal (1).

Les voyages des troupes par chemin de 1er exposent aussi à l'intro- • duction de poussière, de corps étrangers entre les paupières, où ils peu- ■ vent agir comme agents congestifs et disposer les sujets à l'action des « miasmes ophthalmiques.

VIII. Il résulte des recherches auxquelles s'est livré M. Decondé, , que les exercices ont plutôt une influence favorable que défavorable, au i point de vue de la décroissance du nombre des granulés et des ophlhal- • miques (2).

IX. Il nous a toujours été impossible de reconnaître les conditions • qui permettent à tel individu plutôt qu'à tel autre de contracter celte maladie. Nous pouvons affirmer que les deux sexes, à tous les âges et dans les diverses conditions , la prennent avec la même facilité. Nous avancerons encore que les constitutions n'y sont pour rien ; seulement, les constitutions sanguines laissent le mal à l'étal franchement inflammaloire, tandis que chez les lymphatiques, les scrofuleux, l'ophlbalmie offre quelques caractères spéciaux, un degré de chronicité et d'opiniâtreté tel , qu'elle guérit difficilement , laisse des traces de son existence, et tient ceux qui en sont porteurs sous le coup de nouvelles atteintes , à l'avénemenl de la moindre cause (3).

X. Nous avons examiné, dit M. Fallol (4), la couleur des yeux chez les difl'érenls ophthalmiques, et nous avons reconnu que celle afleclion est incomparablement plus fréquente chez les individus qui ont des yeux bleus que chez ceux qui les ont d'une aulre couleur; mais il ne faut pas perdre de vue que les premiers sont infiniment plus nombreux en Belgique que les autres.

XI. Lorsque la maladie n'affecte qu'un seul œil, ce qui n'a guère lieu

(1) Decondi;, loco cilalo, p. ôiDctsuiv.

(2) Annales d'Oculisliqiio, 1810-1841, t. IV, p. 279 et suiv.

(3) Decordé. Annales de la Société de médecine d'Anvers, année 1842, p. 143.

(4) Fallût. Nouvelles l'cchcrciics, etc. p. 1!). Bruxelles, 1858.

DE l'oPHTIIAI.MIE MILITAinii m DEI.GIQUE.

qu'au début, les observations établissent un rapport a peu près égal centre le droit et le gauebe.

XII. Les états congestifs de l'œil et des portions ambiantes facilitent l'action du miasme o|)lilliaimi(iue. M. Dccondé cite le cas d'un furoncle du sourcil gauclic, un autre d'un coup de poing sur l'œil gauebe, un troisième d'une moucbe qui avait pénétré entre les paupières et le globe de l'œil droit, et dont queUjucs particules y avaient séjourné"^ pendant (luelque lcm[)s , qui furent suivis de l'apparition de granulations.

XIII. Mac Grégor admet que des mouclies peuvent être les agents intermédiaires de la contagion opbtbalmique en transportant la matière d'un œil malade à un œil sain.

M. Decondé considère ce fait comme analogue à ceux qu'il signale; il croit que la congestion oculaire, l'irritation éphémère, produites par le corps étranger, ont facilité l'action des émanations ophthalmiques.

XIV. C'est, ajoule-t-il, à titre seulement de congestif des organes oculaires, qu'un col trop serré, ou la pression trop forte d'un schako peutdevenir cause prédisposante de l'ophthalmie. Mais, hâtons-nousde le dire, la pression du col et celle du schako ne peuvent que très-rarement congestionner l'œil, car des essais de quasi-strangulation, faits par nous, n'ont jamais pu faire rougir la muqueuse des paupières ou la faire pénétrer d'assez de sang noir pour que la différence de l'état physiologique à l'état pathologique pùt être saisie. Nous admettons néanmoins que la gène apportée par le schako peut congestionner l'œil, car nous avons connu des soldats et des officiers qui ne pouvaient faire usage du schako sans éprouver des picotements et de la rougeur aux paupières; circonstances qui ont dû être favorables à la germination de Toplithalmie (1).

Ne soyons pourtant pas trop exclusifs, et après avoir reconnu que la compression par le schako et le col ne joue pas dans la production de l'ophthalmie granuleuse le rôle important que quelques médecins avaient cru devoir lui attribuer, tenons compte de la congestion vers les oi'ganes oculaires, que ces deux pièces de l'habillement du soldat peuvent apporter lorsqu'elles ne sont pas bien adaptées au sujet, et n'oublions pas surtout ce qu'elles étaient autrefois, avant d'avoir subi les différentes modifications qui y ont été successivement introduites, depuis notre séparation d'avec la Hollande.

XV. Il a été reconnu par les ophthalniologues les plus distingués que les sujets atteints d'ophthalmie catarrhale simple contractent très facilement l'ophthalmie granuleuse lorsqu'ils sont en rapport avec des malades atteints de cette dernière affection. L'ophthalmie militaire germe alors, comme le dit Canstatt, sur le sol d'une autre ophthal-

(1) Di:co?(oi:. Mémoire sur quelques points propres îi éclairer Télude de i'oplilhalinie des années. Annales delà Société de médecine d'Anvers, 18*2, p. 152.

OIMITllALMIICS.

?ni(i (i). Los alTcclions scrofuleuses de l'œil facilitent encore celle gep^ iniiiation ; ce qui dépend sans doute de ce que ces alleclions étant d'une nature plus lente, l'appel sanguin y est plus continu et souvent d'une • durée cxlrcinenient longue.

Si les autres espèces d'oplithalmie peuvent être considérées, au milieu de la vie militaire, comme pi-édisposant à l'oplithalmie graimleuse, . on comprend que les causes calarrhales, les brusques relroidissemenls soient susceptibles d'amener d'une manière secondaire l'ophthalmie des armées.

XVI. Nous ne discuterons pas la valeur de quelques autres raisons qui ont été mises en avant pour expliquer la persistance de l'opblhalmie dans l'armée ; ainsi le blanc de craie des bufllcteries, le vert de gris des cuivres, les pommes de terre, le pain de munition, la qualité decertaines eaux, et bien d'autres causes, en ont été tour à tour accusés. Ces causes sont aujourd'hui reléguées dans un juste oubli.

XVII. S'il est des circonstances qui concourent à aggraver l'ophthalmie granuleuse, il en est d'autres qui en améliorent l'état ou s'opposent même à sa manifestation. Le typhus, la dyssenlerie, le choléra, les fièvres intermittentes, sont au nombre des dernières (2); la rougeole et la grippe semblent propres à favoriser le développement de la maladie.

^ III. — Symptomatologîe.

La description qucM.Mackenzie a donnée de l'ophthalmiecontagieuse est faite de main de maître. Nous navons guère trouvé à y ajouter que quelques développements relatifs aux granulations.

Bien que nous cherchions autant que possible à ne nous attacher qu'aux points pratiques de la question de l'ophlbalmie granuleuse, nous bornant, lorsque nous le pouvons, à indiquer les sources où l'on pourra recourir pour les développements théoriques, nous sommes cependant obligés d'examiner ce point de doctrine : les granulations sont-elles un produit de nouvelle formation ou le développement morbide d'un élément normal des conjonctives? La solution de cette question est en effet très importante au point de vue de la thérapeutique; elle conduit, dans un cas à détruire les granulations , dans l'autre à ramener à l'état physiologique des organes morbidement développés.

Malgré son importance, cette question attend encore sa solution; mais comme nous n'avons en vue que de faire connaître l'étal de la

(1) Mémoire et observations sur la cause qui enlrelient l'oplithalmie militaire dans l'armée, par le docteur Canstatt. Bulletin médical belge, septembre 1854.

(2) V1.EM.1VCKX et Van Mons. Essai sur l'ophthalmie. Bruxelles, 1824. - Vleminckx. Rapport à M le Ministre directeur de la Guerre sur l'ophlbalmie de l'armée. Bruxelles, 18o4. - I'Allot cl Vahlez. Recherches sur l'ophthalmie de l'armée. Bruxelles, 1829. - Decondé. Mémoire sur quelques points propres ù éclairer l'histoire de l'ophlbalmie des armées; Annales d Oculisl.quc, 18i0-1841, t IV, p. 185.

DE l'oPIITIIALMIE MILITAIRE EN BELGIQUE.

science, nous nous bornerons à emprunter à M. Iliiirion l'exposé des diverses opinions qui se sont produites à ce sujet et qu'il a ainsi résumées (1) :

(( Pour les uns, les graïuilalions soiil dos produils niorl)idos de foriiiiUioii nouvelle, de véritables bourgeons eluirnus (Lawrence); pour d'autres, elles eousislenl dans l'Iiyperiropliie du corps papillaire (Mackenzio, Tavigiiot, Borlé, etc.), des glandules niucipares (docteur Millier de Oonsbcrg), des papilles et des follicules muqueux (Sichel , Stoeber, Laugier, Fallot, etc.), des villosilés, etc.

« M. Solteau ne volt dans la granulation vésiculeusc qu'une plilyctène et M.Carron du Vlllards, qu'une vésicule semblableù celle de la gale, et, comme celle-ci, ayant son sarcopte (2). pour Loiseau, les granulations, le velouté, le relàcliement de la conjonctive ne sont que des liypcrtropbics du corps papillaire, des villosités et du tissu cellulaire sousjacent (3). Pour Eble, la granulation spéciale à roplitlialmie contagieuse est constituée parle corps papillaire altéré dans sa vitalité d'une manière qiiaiUalive et qiianiilalive, et pour M. Tliiry, par des productions spéciales, liéléroniorplies, analogues à celles qu'on observe au col utérin et dans l'urètbre, qu'il rallaclie à un principe commun, le virus bleiiuorrliagique. Même confusion pour ce qui a rapport à la portion de la conjonctive qu'on assigne pour siège aux granulations : la plupart des médecins les placent dans toute l'étendue de la conjonctive palpébrale; d'autres plus particulièrement et même exclusivement dans le repli rélro-tarsien. M. Decondé, qui admet deux espèces de granulations, les unes cbarnues, les autres \ésiculeuses, donne pour siège exclusif aux premières la conjonctive du tarse, el aux secondes sa portion rétro-tarsienne. Daulre part, plusieurs médecins ont observé des granulations sur la conjonctive du bulbe, el Tyrrell en a vu jusque sur la cornée. »

D'après M. Van Roosbroeck, les granulations palpébrales ne sont pas une altération, une hypertrophie de l'un ou l'autre élément anatomique de la conjonctive; c'est un produit de nouvelle formation, mais consistant simplement dans une exsudation du plasma ou de la matière librineuse du sang. Celte exsudation résiderait non pas dans le tissu de la conjonctive, mais à sa surface externe, c'est-à-dire enlre la conjonctive el son épilhélium (4).

Ce qui précède suffit pour établir que sous le nom de granulations palpébrales, on a décrit les altérations les plus diverses quant à leur nature, à leur cause, à leur siège dans tel ou tel élément constitutif, ou dans telle ou telle portion de la conjonctive. (5).

Tous les auteurs sont d'accord sur ce point que les granulations ne sont point l'apanage exclusif de l'ophthalmie des armées, mais qu'on les rencontre parfois aussi àla suite d'autres ophthalmies. M. Canstatt a cherché à différencier les granulations reconnaissant ces diverses origines.

Voici ce qu'il écrit à ce sujet (6) :

« La métamorphose de la conjonctive, que nous avons nommée granulation, n'appartient pas exclusivement à l'ophthalmie militaire. On la rencontre aussi après des conjonctivites d'autre genre, surtout catarrhales el érysipélateuses, de longue durée, ou qui ont subi de fréquentes récidives. Mais la différence est que, dans ces dernières maladies, la granulation est une récidive, un phénomène secondaire, tandis que dans l'ophlhalmle militaire elle est un des principaux symptômes du début, un symptôme primitif. Dans les

(1) Bulletin de l'Académie royale de médecine de Belgique, 1830-18!il, t. IX, p. 162 et Annales d'Oculislique, t. XXIII, p. 109.

(2) DiicoNDÉ. Mémoires sur dliïérenles questions qui se raltaclient ù l'ophthalmie de l'armée. Annales de la Société de médecine de Gand, année 1810, t. Il, p. 122.

(3) Mémoire sur rdlicacité de la cautérisation des granulations palpébrales par le nilrate d'argent. Annales de la Sociélé de mcilecine de Gand, 1858.

(i) Archives belges de médecine militaire, 1833, t. XI, p. 170. — Cours d'ophlhalmologie professé ù rUniversilé de Gand, etc., t. Il, p. 283. Annales d'Oculislique, t. XXX, p. U, 171.

(5) Archives belges de médecine militaire, 1830, t. V, p. 173 et suiv.

(6) Mémoire et observations sur la cause qui enireticiil l'oplithalmie de rarméc belge, extrait du Bulletin médical belge, n" de septembre 1834, p. G cl 7.

opirriiALMiKS.

coiijoiu'.livilos chroniques ordinaires, la granulation est un symptôme cotisccuLif et «cddcnlcl; dans l'oplitlialniie militaire, au contraire, elle est un symptôme esscnUel, qidne manque jaynais de l'accompcKjner. I.a granulation est le symptôme le plus consl;nil de l'oplitlialniie militaire, sans lequel elle n'existe jamais, excepté dans le plus liaut degré de • sa foriiie aiguii, où toute la conjonctive palpébrale et oculaire présente un hourrelet lisse . et ronge. Mais aussi, dans ce cas, la granulation apparaît aussitôt que le gonflement de l'épitliéliuiii qui couvre le corps papillaire de la conjonctive vient à cesser. L'existence seule » de la graiiulalion ne suffît donc pas à caractériser l'oplillialmie militaire (granulaire), mais aussi la période de la maladie dans laquelle elle se rencontre; son étendue et sa durée doivent en même temps être prises en considération pour porter un diagnostic sûr. »

M. Decoiidé, sans cependanl Iranchci- la question d'une manière i absolue, considère la granulation vésiculeuse comme caractéristique de i Toplithalmie militaire, et la granulation charnue comme n'étant poiui liée nécessairement à cette ophthalmie dont elle ne serait qu'un phénomène pathologique secondaire (1),

Dans un travail antérieur, le même auteur avait élevé des doutes sur l'existence des granulations dans d'autres ophthalmies que celle des armées. Dans un pays tel que le nôtre, où le germe de la maladie est si répandu, ne peut-on pas supposer en effet que les cas où, par exception, des granulations ont apparu à la suite d'ophthalmies catarrhales par exemple, le germe granuleux préexistait et s'est développé sous l'influence de l'affection catarrhale, ou bien encore que la contagion granuleuse est venue s'enter sur le fond d'une ophthalmie catarrhale? C'est là une question à étudier, et si elle venait à être résolue dans ce sens que la granulation appartint en propre à l'ophthalmie des armées, un jour tout nouveau serait jeté sur ce point encore obscur de leur histoire.

Voici ce que dit à ce sujet M. Decondé (2) :

„ S'ensuil-il que toute granulation (vésiculeuse) offrant ces caractères dépende de

notre oplithalmie? Nous n'hésitons pas à dire que oui, en ce sens que la granulation est constamment le résultat, ou bien dénote l'existence d'une ophthalmie spécilique contagieuse pouvant passer à l'état de blennorrhée. S'il y a eu ou s'il y a encore dissenlimenl à cet égard, cela provient de ce qu'on ne peut s'entendre sur les délinitions plus que subtiles d'ophthalmie catarrhale et d'ophtlialmie contagieuse. Rappelons ici que la plupart des ophthalmies dites calarrhales observées depuis 25 ans chez nos bourgeois, n'étaient autres que notre ophthalmie granuleuse, tl en est de même des ophthalmies dites calarrhales chez nos soldats, qui quatre-vingt-dix-huit fois sur cent étaient la contagieuse (la granuleuse) se compliquant d'une injection dite catarrhale sur le globe de l'œil.

« Tout doute sur la nature essentielle de la granulation ne peut être éclairci que d'une manière C'est dans une contrée où notre ophthalmie ne sévit pas et n'a jamais sévi,- qu'il faudrait faire des recherches, et si la granulation s'y montre spontanément, nul doute alors nue ce caractère n'appartienne plus uniquement à notre mal. Dans notre pays, semblables recherches ne pourraient offrir toutes les garanties nécessaires. Ne serait-ce pas ici le lieu d'observer que les auteurs, à quelque pays qu'ils appartinssent, n'observèrent jamais, ou ne décrivirent pas l'état granuleux, alors que ne sévissait pas une ophthalmie epidemique ou contagieuse?... »

Des diverses espèces de granulations. — Nous avons déjà vu que les

(1) Mémoire sur l'anatomie de In conjonctive, au point de vue de ses altérations pathologiques el de leur irailemcnl. Archives belges de médecine militaire, t. III, p, lia, I8i9.

(2) Annales de la Société de médecine d'Anvers, année 1840, p. 540.

DE l'oPHTIIAI.MIE MILITAIIIE EN BELGIQUE.

granulalions sont quehiuelbis primitwes, c esl-à-dire qu'elles préexistenl à toute inllaniination oculaire, et que, dans d'autres eirconstances, elles sont conséculivcs à la conjonctivite |)al|)(''l)i'ale. Nous avons à faire connaître la syniptoniatologie des granulalions, que nous diviserons, avec M. Decondé, en vésiculeuses et en charnues.

Cramilalions vcsiculeunes. — « Si l'on assislo, dit M. Decondé (I), nu début des granulations vésiculeuses, ou remarque que, précisément à l'endroit où se trouve normalement le faisceau vasculaire que nous avons signalé dans la subdivision rétro-tarsienne de la conjonctive i)alpébrale, il se développe une foule de petits points saillanls, faisant un léger relief conique ou orbiculaire à la surface de la conjonctive. C'est toujours dans le voisinage des raniuscnles vasculaires et surtout vers l'origine du vaisseau principal, c'est-à-dire vers le canllius externe, qu'elles se montrent d'abord et qu'elles deviennent ei restent pendant longtemps le plus coiinuentcs.

« La marcbede cette granulation estpresipie toujours ascendante cliez nos militaires : les pelites pointes en relief se montrent bientôt sous l'apparence de petites perles hyalines; en même temps le vaisseau qui les alimente grossit, s'enrichit de ramusculcs nouveaux; la muqueuse acquiert un aspect enflammé; enlin, le développement des granulations né tarde pas à devenir complet: le processus inflammatoire de la conjonctive qui les environne et les recouvre devient en même temps de plus en plus évident el profond.

« Arrivées au summum de leur développement, elles présentent les caractères suivants, reconnaissablcs à l'œil nu, mais pouvant être mieux reconnus au moyen d'une forte loupe : Sur celte partie de la conjonctive qui abandonne le bord postérieur des tarses pour se porter au globe de l'œil, on remarque une quantité plus ou moins grande de saillies de grandeurs diverses, souvent comme des grains de millet; ces petits corps sont des vésicules à parois minces, offrant un aspect semi-transparenl : ouvertes el soumises à une légère pression, ces vésicules se vident et s'affaissent. Cet affaissement peut encore s'obtenir par la pression seule; on voit alors le fluide sourdre, suinter à travers une foule de petits points, des parois de la vésicule, el entourer celle-ci comme un petit nuage. Si on enlève le fluide écoulé et qu'on répète celte petite opération, la vésicule s'affaisse complètement, et si on l'incise, on trouve sa paroi interne très lisse el très vasculaire.

« Ces granulations, quant à leur nombre et à leur disposition, offrent autant de variélés qu'il y a d'individus; cependant, elles ont généralement la disposition suivante :

« I^es granulations plus ou moins rapprochées sont disposées en une ou plusieurs rangées ou séries linéaires, ordinairement deux, et se trouvent ici en rapport avec le nombre des plissures de la portion [rétro-larsienne] de la conjonctive dont nous parlons (2). Ces granulations sont séparées les unes des autres par des sillons occupés par des vaisseaux qui se sont développés au-delà de leur étal normal, el qui y fournissent, à chaque granulation correspondante, une foule de ramifications plus fines qui se distribuent eu réseau dans les parois des vésicules.

« Lorsqu'on excise une portion de la conjonctive du repli, dans les cas de granulalions anciennes, el qu'on lave le lambeau, les granulalions vésiculeuses apparaissent encore avec tous ces caractères, el jamais on n'y trouve la matière Iluide concrétée ou épaissie. «

Granulalions charnues. — « Ces granulations sont composées de toutes petites saillies adossées les unes aux autres, dures, el, lorsqu'elles sont anciennes, saignant facilement à l'atloucbenienl. A la paupière supérieure, c'est à une ligne environ en deçà du bord adhérent du tarse qu'on les rencontre le plus confluentcs cl qu'elles prennent leur plus grand développement ; elles diminuent en confluence el en volume en approchant du bord libre: à près d'une ligne en arrière du bord adhérent du tarse, elles disparaissent brusquement. A la paupière inférieure, c'est non loin du bord libre qu'elles sont le plus développées; c'est aussi là qu'elles sont le plus confluentes. En dedans des deux paupières, on les voil s'étendre, mais avec un développement infiniment moindre, vers la

(1) Mémoire .sur rnnaloinie de la conjonclivc, nu point de vue de .ses allorulioiis pathologiques et de leur Irallrmenl. Archives belges de médecine niiliiairc, année 1849,1. III, p. Uîi.

(2) 1) après M. Uecondé, la pordon rctro-larsicnne est seule sii.seeplible de se couvrir de granulations vésiculeuses qui caractériseraient rophlbalmie des armées, el qui ne s'étendraient jamais au delii. Archives bclj^cs de médecine militaire, IS/i-'J, 1. 111. p. Iii7.

OPHTIIALMIKS.

coimiiissui'c inlernc jusqu'on dediiiis des points Incrymiiux qu'elles enlouroiil, et jusque ' sur la l'ace antérieure du repli seuii-luniiirc. Vers l'aïuile rxlenic, elles sont généralement plus développées et oeeui»ent une surface plus grande qu'en dedans. C'est surtout à la paupière supérieure que cela se renianiue. On ne trouve jamais les granulations cliarnues entremêlées avec les vésiculcuses (|ue sur la membrane clignotante.

« Vues à l'œil nu et au commencement de leur évolution, la conjonctive qui les supporte présente assez bien ra|)parence de l'écorce rugueuse de certains citrons. A un développement plus grand, elles ont été parfaitement dépeintes par Ehle, dans les figures XIV, XVI et XVII, jointes à son livre (1). Il est toutefois à remarquer qu'Ebie considère, à tort selon nous, cet aspect granuleux comme un état physiologique et normal.

« Les granulations charnues ont été décrites par Millier, sous le nom de glandules nmqueuses.

« Vues au moyen d'une bonne loupe montée, ces granulations apparaissent comme autant de verrues très mamelonnées, avec des saillies, des arêtes vives. On remarque que leurs diverses parties, ainsi que cela se voit ordinairement dans les verrues et dans les papilles de la langue, sont divisées jusqu'à la base par des tranches brusques et nettes. Leur surface libre est hérissée de rugosités. Les granulations sont séparées les unes des autres par des sillons très profonds, lesquels sont occupés par les principales branches vasculaires qui de là paraissent envoyer un lacis très (in aux saillies verruqueuses qu'elles séparent.

« Les granulations charnues, assez molles au début de leur évolution, deviennent plus tard dures et présentent à l'instrument tranchant la même résistance que le tissu fibreux . Nous ne leur avons jamais trouvé de cavité, et nous ne les avons jamais vues abreuvées d'un liquide quelconque. On peut les conserver dans l'alcool; nous en possédons qui, depuis huit ans, sont immergées dans ce liquide, et qui conservent encore tous les caractères qui leur sont propres.

(i La granulation charnue n'est point nécessairement liée à notre ophlhalmie ; elle n'en est qu'un pliénomène pathologique secondaire. Lorsque la granulation vésiculeuse parcourt un développement régulier, la face interne du tarse conserve longtemps et peut conserver toujours sa netteté et son poli physiologique. »

La division des granulations en vésicideuses et cliarnues n'est pas la seule qui ait été proposée. On les a encore divisées en sécrétantes et non sécrétantes. Nous savons que le liquide contenu dans les vésicules n'est pas le même que celui qui résulte des granulations charnues ; mais ce liquide existe et s'échappe des vésicules lorsqu'elles viennent à s'ouvrir. Quant aux granulations charnues, elles sont toujours accompagnées d'une sécrétion muco-purulenle qui varie en qualité et en quantité; elle peut être très petite et à peine appréciable, ou excessivement abondante, comme dans l'ophthalmie granuleuse sur-aiguë, où des flots de pus s'échappent des paupières dès qu'on les entrouvre.

Si nous admettons que les granulations charnues ne sont jamais sèches, nous devons dire cependant que lorsqu'elles sont parfaitement recouvertes d'acétate de plomb, l'on n'y voit plus aucune espèce de sécrétion ; mais si la couche plombique vient à se détacher, la sécrélion muco-purulente reparaît. On voit même assez souvent la sécrétion se formant au-dessous de la couche plombique soulever celte dernière et la détacher en certains points.

Lorsque la sécrétion est peu abondante, elle apparaît aux angles

(1) De la struclure cl des maladies de la conjonctive, etc., par BcnKAnn Eble, Iraduil de I allemand par Ed. de Loskn de SiiLTENnoi'F. Bruxelles, 1856.

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