‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 3)Chapitre 126 sur 144 · DE LOPHTIIALMIE MILITAIRE EN BELGIQUE · texte numérisé non relu

DE LOPHTIIALMIE MILITAIRE EN BELGIQUE

pnipébiaux, el surloul à rinlcnic, sous la forme d'une matière blanchâtre, et c'est pi-iiicipalcnuMil le matin qu'on la découvre, avant que le malade se soit lavé.

On a encore décrit des granulations wr/to/mv, yja/r/Z/a/m-, sablées, veloutées, fongueuses, sarcomateuses, végétantes, molles, dures, calleuses, pédiculées, sessiles, etc. ; mais nous croyons que toutes ces divisions sont superflues. En eiïet, ou bien ces divers étals résultent de modifications surveiuies [)ar suite du Iraitemenl qui a été mis en usage, ou bien ils sont étrangers à roplithahnie des armées et dépendent d'auti'cs altérations des paupières, (|ue nous n'avons point à décrire.

Au commencement de ce travail, nous avons divisé la maladie qui nous occupe en trois étals que nous allons examiner :

1" État de chronicité ou d'indolence constitué par les granulations vésiculeuses et charnues ;

2" Etat d'ophthalmie sub-aiguë;

5" Etat d'ophthalmie sur-aiguë.

I" État chronique. — Il est constitué par les granulations. Nous avons décrit les granulations vésiculeuses el charnues ; il nous resterait à indiquer la transformation que subissent les granulations vésiculeuses pour passer à l'étal de granulations charnues ; mais ce sujet réclame de nouvelles recherches. Celte transformation ayant souvent lieu rapidement el n'élant reconnaissableque lorsque déjà elle est eifectuée, le moment de la transition a jusqu'ici échappé aux investigations. Les granulations existent souvent sans que le sujet qui en est atteint en ait la conscience; il n'en ressent aucune incommodité, n'éprouve aucune gêne dans les mouvements des paupières et des yeux, ni aucun trouble dans la fonction visuelle. Mais lorsque les granulations ont pris beaucoup de développement, les paupières inférieures sont gonflées et font une saillie appréciable au dehors ; l'éclat de l'œil peut être notablement diminué ; la conjonctive du globe présente de la rougeur. A cet état, le malade accuse à peine une douleur passagère, se manifestant surtout dans les mouvements du globe de l'œil; la sensation de petits corps étrangers, de grains de sable, qui le porte à se frotter les yeux; un léger sentiment de cuisson entre les paupières, ne survenant que le matin, ou lorsque le sujet est exposé à une température élevée, à une fumée épaisse, à une lumière trop vive, ou à l'action d'un vent violent. Dans ces circonstances, la vision est momentanément entravée; les yeux deviennent humides; la sécrétion muqueuse augmente, se rassemble à l'angle palpébral interne et s'y coagule durant la nuit. Au réveil, les paupières et les cils sont collés, agglutinés.

2" Etat sub-aigu. — La présence d'une sécrétion mucoso-purulente, fournie par les granulations se réunissant dans la rainure '• 62

OPHTIIALMIES.

oculo-palpébrale inférieure, et qu'on fait paraître ou aurpnenter à < volonté en pressant sur la surface granulée (1), signale Tapparilion i du second degré, ou opihthalmie (/ranuleuse sul)-ai(/uë, princij>alenient i lorsque les symplômes suivanis viennent s'y joindre : lr()ui)le prononcé dans la vision, surtout le matin, par suite de la rétention au-devant i de la cornée de filaments de la matière sécrétée, et que le malade est i fréquemment obligé d'enlever à l'aide d'un mouchoir ou d'un morceau i de linge; l'accroissement de volume des granulations augmente la i saillie des paupières; la conjonctive du globe de l'œil est rouge,, tuméfiée; la sensation de grains de sable entre les paupières est à peu i près permanente ; il y a douleur, photophobie. La douleur n'a pas toujours le même caractère : pongitive chez les uns, elle est gravative chez les autres ; elle se borne tantôt aux yeux, tantôt s'étend au front ou dans le crâne; quelquefois elle est continue, d'autres fois intermittente, et, dans ce cas, presque toujours nocturne (2).

5» État sur-aigu. — Lorsque l'affection vient encore à s'aggraver sous l'intluence de causes puissantes dont il a été question dans un chapitre précédent, elle apparaît à son plus haut degré d'intensité, et constitue alors Voplithalmie purulente aiguë, aussi appelée par quelques auteurs blépharo-ophthalmo-blennorrhée. Son principal caractère réside dans la tumeur rouge ou bleuâtre que forment les paupières, énormément gonflées, sur lesquelles se dessinent fréquemment les vaisseaux cutanés pleins de sang et comme variqueux, et les torrents de pus, qui s'écoulent par la fente palpébrale dès qu'on écarte les paupières, inondent, irritent et excorient la peau de la joue correspondante (5).

Il existe parloiil, dil M. Gouzée (4), et principnlemenl clans l'Infanlerie belge, des hommes qui offreiU le développement morbide, primilifou conséculir,des saillies villeuses ou papillaires des conjonctives palpélirales. Or, des hommes nouveaux, vierges de loule affection oculaire, viennenl-ils se mêler en foule à ces soldais qui forment le noyau d^un \'égmenl,pliis ce germe est commun, répandu par mi ces derniers, elV agglomération forte plus et plus lot on le voit naître, se développer, s'accroître chez les nouveau-x venus. C'est là un fait constant, facile à vérifier, et d'une extrême importance, sur lequel nous ne pouvons trop insister. » ,

Dans toute agglomération d'individus trop grande pour la capacité des locaux, si quelques-uns sont affectés de granulations et qu'un traitement convenable ne soit pas institué, on voit au bout de quelques semaines, chez les premiers malades, l'affection augmenter de gravité. De vésiculeuses, les granulations deviennent charnues; puis l'ophtlialmie sub-aigiie se déclare, et enfin l'ophthalmie purulente, ou la maladie à son plus haut degré. Chez les sujets d'abord sains, on voit apparaître

(1) Fallût. Nouvelles recherches pathologiques et statistiques sur lophlbalmie qui règne dans l'armée belge, 1838, p. 10.

(2) Fallût, ouvrage cilé, p. 9.

(5) Ibidem, p. 11. , , „ n loio „

(4) Gouzée. De l'ophlbalmie qui règue (bins Tarmée belge. Bruxelles, 184.J, p.

DE l'oPHTIIALMIE MILITAIRE EN BELGIQUE.

des gramilalioiis qui suivent aussi une marche ascendanle si on ne les aiTèle dans leur dcvclop|)('menl, elcliez quelques-uns, lophllialmie purulente aiiiuë api)arait si i)r()ni|)tenient, (|ue l'on |)eut croire quelle n a pas été i)r(''cédée de i>;ranulations. Cela s'observe dans les circonslanees où le virus oplilliahnique est très concentré, lorsqu'il jouit d'une grande activité en raison de l'acuité de l'aHeclion dont il provient et de certaines causes adjuvantes que nous avons examinées ailleurs. Nous croyons cependant que fort souvent, dans ces cas, la maladie a débuté par la granulation ; son évolution rapide n'aura pas permis de la Taire reconnailre dès le principe, et lorsque l'aUcction sera arrivée à son apogée, l'exploration nécessaire à la constatation de la graimiatiou ne sera plus possible.

Nous appelons toute l'attention du praticien sur les quelques lignes qui précèdent; nous ne ci'oyons pas devoir nous arrêter à ce l'ait, aujourd'hui incontesté, de l'inlUicnce réciproque qu'exercent l'une sur l'autre la granulation et l'ophlbalmie militaire, tour à tour cause ou ell'et l'une de l'autre. Au point de vue pratique, rien n'est plus important que ce l'ait sur lequel on ne saurait trop insister : que tout individu atteint de gramdations, à tous les degrés, porte le germe de l'ophtlialmie purulente qui, sans cesse, menace de rattac/uer. De là ce précepte dont on ne saurait s'écarter sans danger, de chercher à faire disparaître sans retard les granulations conjonctivales dès qu'on s'est aperçu de leur présence, si l'on ne veut s'exposer à toutes les conséquences d'une affection dont la gravité ne demande pas à être démontrée.

g IV. — Marche, durée, terminaison. — Complications et accidents consécutifs. — Pronostic.

Marche. — Les granulations vésiculeuses peuvent rester très longtemps et même toujours à l'état d'indolence ou de chronicité. Ce fait s'observe surtout chez les sujets qui vivent isolément; mais s'ils se trouvent dans des conditions d'encombrement, réunis à d'autres hommes atteints de la même maladie à un plus haut degré ; si quelque autre affection oculaire vient à éclater chez eux, leurs granulations deviennent charnues; l'ophthalmie granuleuse suh-aiguë se développe, et même l'ophthalmie purulente sur-aiguë.

Il n'est pas rare non plus de voir survenir l'ophthalmie suh-aiguë et même l'ophthalmie purulente à son plus haut degré chez des sujets sur qui l'on n'avait pas constaté antérieurement l'existence de granulations. Il en est surtout ainsi lorsque des causes puissantes viennent à agir, lorsqu'il existe de grands foyers de contagion, ou lorsque la maladie règne à l'état épidémique. Dans ces circonstances, dès que l'ophthalmie a cédé, on trouve les conjonctives recouvertes de granulations que l'on désigne sous le nom de gramdalions secoîidaires.

Ol'IITUALMIKS.

INous avons à nous expliquer à l'égard de ces dernières, admises par lous les auteurs, el à l'égard desquelles nous dillérons d'opinion avee la plupart d'enli'e eux.

Que l'ophtlialniie sub-aiguë et même sur-aiguc puisse naître eliez des sujets sur lesquels l'existence des granulations n'avait pas été constatée antérieurement, c'est ce que nous ne voulons pas nier; mais ' nous savons que dans certaines conditions les granulations peuvent naitre et se développer d'une manière extrêmement rapide, et de ce ((ue leur présence, préalable à l'ophtbalmie, n'a pas été constatée, il ne s'ensuit pas qu'elles n'y aient point préexisté. Nous concevons encore que, sous l'action de causes puissantes, granulations et opbtbalmie se développent avec une telle rapidité qu'elles se conlondcnt pour ainsi dire dans une commune évolution. Ce seraient donc tout au plus des granulations concomittanles . Mais admettre des granulations consécutives à l'ophtbalmie granuleuse, n'est-ce pas prétendre que cette dernière aflection peut exister en l'absence de l'altération pathologique qui est la condition expresse de son existence? La sécrétion spécifique de l'ophtbalmie granuleuse, étant un produit des granulations, ne peut exister en l'absence de ces dernières.

Voici, nous semble-t-il, comment les choses doivent souvent se passer et ce qui peut induire en erreur : Nous avons déjà dit, et Canstatl en avait fait la remarque, reproduite depuis par plusieurs auteurs, que les granulations viennent souvent s'implanter sur le fond d'une opbtbalmie de nature catarrhale ou autre et que ces dernières affections constituent une des prédispositions à l'ophtbalmie granuleuse. Or, ce fait doit se produire assez souvent lorsque les ophthalmies granuleuses sont traitées dans les mêmes salles que les autres affections oculaires. La granulation vient s'implanter sur le fond d'une autre affection; mais l'ophtbalmie n'est devenue granuleuse que lorsque l'élément granuleux s'est ajouté à la lésion première.

Dans une note publié en 1855 par M. Henrotay (1), nous lisons le passage suivant :

« J'ai dit que la marche de l'oplillialmie de l'armée est essentiellement cLronique, el je (M-ois pouvoir persister dans ceUe opinion. C'est qu'en effet la blépharile granuleuse simple est la forme la plus commune, le type en quelque sorte de l'ophllialmie de l'armée. Il suffit, pour s'en convaincre, de comparer le chiffre des granulés traités dans les casernes à celui des conjonctivites granuleuses envoyées aux hôpitaux. Est-ce à dire pour cela que l'affection ne puisse, dans certaines circonstances, revêtir rapidement la forme aiguë ou sur-aiguë? Ce serait aller à l'encontre des faits.

« Voici comment je crois pouvoir concilier ceux-ci avec l'opinion que j'ai émise : à une certaine période de leur évolution, qui se fait longtemps attendre si aucune cause étrangère ne vient hâter leur développement, les granulations agissent comme corps étrangers, sécrètent un muco-pus irritant, et c'est alors seulement que l'on trouve dans l'affection elle-même la source de ces violentes inflammations qui envahissent le glohe oculaire. Le plus souvent ces mouvements fluxionnaires rapides sont déterminés par les causes qui

(1) Archives belges Je Médecine militaire, 1850, l. VI, p. 419, cl Annales d'Oculislique, 1830, t. XXIV, p. 255.

DE l'oPHTIIALMIE MILITAIRE EN IJELGIQUE.

donneiil lieu aux diverses oplillialmics; la présence des gramilalions, lorpides jusque-la, rond ces causos plus actives cl coiislilue une lâcheuse prédisposition auxinnaniuiutions des dill'érents tissus de l'œil. Celles-ci, une fois développées, réagissent à leur tour sur l'élément inorliide spécial dont les paupières sont le siège et lui impriment cet érétliisnie inflammatoire qui, selon moi, n'eu constitue point l'essence. Ou comprend dès lors comment les deux aflections, se fouettant pour ainsi dire l'une l'autre, confondent synergiquenient leurs puissances désorganisalrices.

„ Je concède volontiers ipie la marclic et le développement de roplillialmie

énidémique soient beaucoup plus rapides; elle ne suit en cela que les errements des autres maladies qui, en temps d'épidémie, subissent, surtout dans leur marche, d'importantes modilications. Cependant, je ne puis comprendre que la purulence s'établisse alors instantanément dans des lieux jusque-lù parfaitement sains; quelque prompte, quelque soudaine qu'en soit l'apparition, celle-ci doit toujours, me parait-il, avoir été précédée des granulations palpébrales.

« Chacun sait que les yeux en apparence les plus sains peuvent présenter des granulations palpébrales qui souvent même échappent à un examen superficiel ; il est en outre reconnu que les granulations naissent et se développent parfois en quelques jours, dans l'intervalle de deux visites hebdomadaires, par exemple. Il sera donc impossible, dans la plupart des cas, de pouvoir afTirracr qu'un homme, subitement atteint d'ophthalmie purulente, n'était pas porteur de granulations, ù moins cependant d'en constater l'absence au moment même. Or, cette preuve négative ne semble guère plus facile à fournir, si l'on considère l'extrême difficulté de renverser alors les paupières, la turgescence inflammatoire de la muqueuse et les flots de pus qui la baignent. Que serait-ce donc que celte oph- Ihalmie purulente sur-aigiie se développant sous l'influence d'une cause catarrhale, en l'absence de l'altération pathologique qui forme le caractère distinctif de l'ophlhalmie de l'armée? Et puis, n'est-il pas avéré que cette blennophthalmie qui détruit un œil en quelques heures, ne s'observe que dans les lieux où l'affection granuleuse a pris domicile? Que si l'observation ne conduisait pas à la démonstration de ma proposition, on y serait amené par le raisonnement le plus simple. J'ai dit plus haut que l'ophthalmie purulente était le résultat de la réaction de deux éléments, l'un spécifique, l'autre inflammatoire ; c'est le premier qui en constitue le danger, c'est à lui qu'est due la propriété désorganisatrice de la matière purulente, et non au muco-pus provenant de la conjonctivite. Quel est donc cet élément spécifique? C'est le pus sécrété par les granulations synergiquement enflammées. Or, la génération de ce pus entraine nécessairement la condition d'existence de l'altération pathologique qui lui donne naissance. Il en résulte que, quoique plus prompte et dans son développement et dans sa marche, l'ophthalmie purulente suraigiie des armées, sous forme épidémique, n'en est pas moins précédée de granulations. «

Épidémies. — La maladie règne conslamment à Télat sporadique, n'attaquant d'ordinaire qu'un certain nombre d'hommes. Nous ne voyons guère l'affection quitter entièrement un régiment : il y en a constamment quelques cas dans nos salles de granulés, ce qui doit tenir à la longueur du traitement et aux sources nombreuses auxquelles le mal \a se recruter, et que nous avons indiquées ailleurs. De loin en loin, mais aujourd'hui beaucoup plus rarement qu'autrefois, la maladie appai^ait dans certains corps sous forme épidémique. Cela s'observe surtout dans les circonstances favorables au développement de l'ophlbalmie granuleuse, lorsque plusieurs d'entre elles viennejit accidentellement à se trouver réunies. Nous nous sommes assez longuement étendus à leur sujet, en traitant des causes de la maladie, pour qu'il ne soit pas nécessaire d'y revenir ici.

Ces épidémies se perpétuent souvent dans les lieux où les conditions hygiéniques font défaut. Nous n'en citerons pour exemple que le

OPIITIIALMIKS.

i-elcvé ci-après du nombre des malades observés dans les maisons de Iravailde rirlaiide, de 1849 à 1854 (1).

Dans I cspaee de cinq années, de janvier 1849 à décembre 1853, il y a eu dans les workhomes d'Irlande 154,858 cas d'opbllialmie épidémique. Sur ce nombre :

•120,418 étaient guéris au l""" janvier 1854. 2,327 avaient la vue légèrement endommagée. 1,363 avaient perdu un œil.

.^78 avaient perdu les deux yeux.

4 étaient morts dos elîotsde la n)aladie. 457 avaient succomljé à d'autres causes pendant qu'ils étaient en proie à ropliliialmie. ■1,086 étaient sortis des workhoiisses ayant encore l'oplitlialmie. 4,356 étaient encore en traitement.

4,249 terminaisons inconnues.

L'auteur de ce relevé attribue surtout une pareille calamité à Tentassement des habitants des work/iouses. Il cite de ces établissements 011 chaque individu n'a que 87 pieds cubes anglais d'air respirable.

Durée. — La durée de la maladie est extrêmement variable ; elle peut n'être que de quelques jours pour les granulations vésiculeuses convenablement traitées, ou durer plusieurs années si on ne lui oppose aucun traitement, ou si aucune circonstance fâcheuse n'envient modifier la nature.

Les granulations charnues peuvent aussi exister à l'état de chronicité pendant très longtemps , rester stationnaires ou s'accroître graduellement, en raison des conditions dans lesquelles se trouvent les sujets qui en sont porteurs et que l'on doit considérer comme étant sous l'imminence de l'ophthalmie contagieuse. Nous avons peu suivi la marche des granulations charnues abandonnées à elles-mêmes, par la raison que dès que leur existence est constatée, l'on s'empresse de chercher à les guérir.

Les granulations charnues, même convenablement traitées, exigent toujours, pour guérir, un temps très long: des semaines, des mois, voire même quelquefois des années. La durée du traitement dépend d'une foule de circonstances: ainsi, le traitement lui-même qui peut être plus ou moins bien dirigé ; les conditions plus ou moins favorables dajis lesquelles le malade se trouve placé, et que nous avons longuement énumérées en parlant des causes; l'ancienneté des granulations toujours plus difficiles à déraciner lorsqu'elles existent depuis plus longtemps, qu'elles ont été plus ou moins tourmentées par des agents mal administrés, ou qu'elles ont subi une plus profonde dégénérescence ; les complications qui peuvent survenir et qui obligent à interrompre le traitement. Lorsque les granulations siègent en même temps

(1) KiBKPATRicK. Dul)lin Qiiarterly Journal of Médical Science, May I8i)6, p. ôôj.

DE l'oPHTHALMIE MILITAIRE EN BELGIQUE.

aux paupières supérieures et aux iiil'éricurcs, la guérison en est plus dillicile que lorsqu'elles n exislenl qu a ces dernières.

Teuminaison. — En 1849, le iraileinenl de M. Buys, par lacélalc neutre de plomb, eoninieiiea à èire eonnu el à se répandre dans la pratique; mais, jusque-là, on employait généralemenl le nitrate d'argent pour comballre les granulations. Voyons ce que devenaient les conjonctives après l'emploi de ce dernier moyen : loi'S(iuc l'on avait eu à traiter des granulations vésiculcuses poui- lesquelles un très petit nombre de cautérisations avaient été pratiquées, les conjonctives n'avaient, pour ainsi dire, pas été entamées, surtout si les cautérisations avaient été laites par une main exercée, et elles reprenaient, après la guérison, leur aspect pbysiologique. Mais si les granulations étaient charnues, anciennes, el si de nombreuses et fortes cautérisations avaient été appliquées, les conjonctives étaient remplacées par un tissu de nouvelle formation, plus dense, plus compacte, moins extensible el moins vasculaire que la conjonctive. Souvent blanc, nacré, lisse, lorsque les cautérisations avaient produit les effets que plusieurs médecins recherchaient, ce tissu plaçait désormais les paupières, au moins dans les parties où il existait, à l'abri de nouvelles granulations. D'autres fois, il existait un tissu gaufré , rugueux, parfois des brides, et ces états consécutifs, causes de nouvelles irritations oculaires, étaient rapportés avec raison aux cautérisations mal faites ou trop nombreuses (1).

Depuis que le traitement de M. Buys a été popularisé dans notre pays, il s'est formé un revirement complet dans la thérapeutique des granulations. Quelques médecins ont presque abandonné l'usage du nitrate d'argent ; d'autres en ont fait un emploi moins exclusif. L'acélate de plomb, s'il n'est pas employé à toutes les périodes de la maladie, finit presque toujours par être mis en usage, après quelques cautérisations qui ne sont plus poussées aussi loin qu'elles l'étaient à l'époque où elles constituaient l'agent unique du traitement. Il en résulte que les conjonctives palpébrales ne sont plus aujourd'hui aussi profondément entamées par les moyens curaliis. Lorsque les granulations sont recouvertes d'une couche plombique bien lisse, très unie, bien adhérente, elles peuvent rester à cet état pendant très longtemps. Si la couche plombique se détache partiellement et si des granulations apparaissent encore par-ci par-là, on a de nouveau recours au sel de plomb, jusqu'à ce que toute trace de granulation ait disparu, qu'il n'existe plus aucune sécrétion. On considère alors les malades comme guéris, et fort souvent on les perd de vue. Il arrive qu'on doive les reprendre plus tard en traitement; mais nous avons vu plusieurs sujets, après deux ou trois années, ne plus présenter de traces du traitement

(I) GouzÉE. Rocherches sur l'étal des conjonclivcs palpébrales après la guérison de leurs granulations à l'aide du nitrate d'argent, et remarques ineidenles sur le irailenienl de loplillialmie gonorrhoïque. (Annales de la Société de médecine de Gand, année 1840, l. II. p. 160.)

OPIITIIALMIl'S.

par racc'laU' do plomb cl ollVii- des coiijoiiclives à l'élal physiologique. C'est, du l'cslc, uu poiul (jui roclanie eucore de nouvelles recliei'ches.

Complications i:t accidknts coNSiiciiTirs. — L'iiinainiualioii , dans ro|)htlialniie de Tarinée, soil par sa longue durée, soit à eausedeson intensité, peut se propager aux autres membranes de l'œil. D'autres lois, cette extension de la maladie nait sous l'inlluence d'un étaldialhé- ' si que du sujet.

L'inllammation de la sclérotique, de l'iris, et surtout de la cornée, se montre assez fréquemment dans le cours de certaines ophthalniies granuleuses. Les kératites vasculaires laissent souvent à leur suite des pannus, surtout au segment supérieur des cornées, dans les granulations des paupières supérieures. On observe encore d'autres variétés de kératites. C'est ainsi que les cornées présentent tantôt un aspect terne, d'autres fois l'aspect de verre dépoli, parfois un aspect sablé, ou bien encore une opacité partielle ou générale. On peut voir aussi apparaître des ulcères sur les cornées. A la suite de ces lésions, on voit parfois survenir les nuages, les albugo, les leucomas sur les cornées, et, lorsque l'inflammation s'est étendue aux membranes profondes, les différentes espèces de staphylôme.

Pronostic — Le pronostic est d'autant plus favorable que la maladie se rapproche plus du début, que la marche en est moins rapide, que les sujets peuvent être plus largement espacés. Dans les granulations vésiculeuses convenablement traitées, et alors qu'il n'existe pas un encombrement excessif, que la maladie ne règne pas épidémiquement, le pronostic est extrêmement favorable. Dans des conditions convenables , les granulations charnues ne présentent pas, généralement du moins, beaucoup de gravité ; cependant le traitement en est toujours beaucoup plus long. L'ophthalmie granuleuse sub-aiguë, lorsqu'elle n'est pas accompagnée d'une lésion des cornées, qu'elle ne date pas de trop loin, se termine généralement d'une manière heureuse. Mais l'ophlbalmie purulente sur-aiguë, si elle n'est bien traitée dès le début, laisse presque toujours à sa suite des altérations cornéales indélébiles, dont l'existence entraine la perle partielle ou totale de la vision. Quelques heures peuvent suffire au développement de ces fâcheuses altérations, que l'on prévient le plus souvent lorsque, dès le principe, uu traitement bien dirigé est mis en usage.

Enfin, le pronostic se déduit principalement des complications qui en font tout le danger.

Traitement. — 1. Traitement prophylactique . — W a été précédemment question des mesures qui sont observées dans l'armée belge pour s'opposer à la propagation de rophthalmie granuleuse. Les mesures prophylactiques se déduisent aussi naturellement de l'examen des causes auquel nous nous sommes livrés. Cependant, le sujet est d une telle importance, que nous croyons devoir y revenir, renvoyant, pour

DE l'oPHTIIALMIE MILITAIRE EN nELClQUE.

(les détails dans losciucls les bornes de ce travail ne nous pennelleiit pas doiilirr, à deux travaux iiuporlaiils publiés sur ce sujet, l'un par M. Decondé (1), l'autre i)ar iM. Ilairion (2).

C'est surtout au point de vue désarmées, que les conseils prophylacti(iues relatifs à la maladie (pii l'ait le sujet de ce travail ont été donnés. Il sera facile d'en faire l'application à toute aggloméralion d'individus parmi lesquels quelques-uns seraientatteints d'opbtbalinie granuleuse, les pensionnats, séminaires, ateliers, écoles, etc.

1. Avant tout, le point important consiste à séparer les sujets malades des sujets sains ; mais, pour être ellicace, cet isolement doit être complet et tel qu'il ne puisse exister aucunes relations entre les uns et les autres. Les salles de granulés situées dans les casernes exigent une extrême surveillance et encore ne parvient-on pas toujours à empêcher les hommes d'aller parfois dans leur compagnie sous toute espèce de prétextes. Aussi les salles de granulés placées en dehors des casernes auront-elles sur celles qui existent actuellement dans la plupart de nos garnisons, de précieux avantages.

2. Dans les hôpitaux, les salles d'ophthalmiques devront éti'e entièrement isolées des autres salles de malades. Elles ne recevront point ensemble toutes les catégories d'afTections oculaires, celles qui sont contagieuses et celles qui ne le sont pas. Il convient même de séparer les malades atteints d'ophthalmie purulente aiguë de ceux qui ne sont aflfectés que de l'état sub-aigu.

3. Ce n'est pas uniquement à la caserne que les soldats sont exposés à contracter l'ophthalmie granuleuse ; ils peuvent encore en prendre le germe dans leurs relations extérieures avec des personnes étrangères à l'armée. C'est souvent dans des maisons de tolérance que le mal est ainsi contracté; aussi, la recherche des granulations et leur traitement devronl^ils s'étendre aux maisons de débauche fréquentées par les soldats.

ht. Les literies ayant servi à des corps ou portions de corps infectés de granulations ne seront jamais livrées à l'usage d'autres corps qu'après avoir été préalablement désinfectées.

5. On devra veiller à ce que tous les hommes d'un régiment aient chacun leur essuie-mains et leur bassin pour se laver (5) ; que jamais

(1) Decondé. Hygiène de rophthalmie dile des armées. Liège, 1844.

(2) F. HAinioN. iNouvelles coiisidéralions pratiques sur rophllialmie de l'armée. (Archives belges de médecine militaire, 1848, t. II, pp. 5, 75 et 141.)

(5) M. Decondé avait émis celte proposition dans une conférence scientifique tenue au camp de Bevcrloo, Voici ce qu'il dit à ce sujet (Archives belges de médecine militaire, 1852, t. X, p. 471) :

« Notre collègue, M. Henrotay, m'a parlé d'une mesure que j'approuve beaucoup, et que je voudrais voir généraliser dans l'infanleric. Vous savez tous les inconvénients du lavage en commun, au point de vue de la propreté et de la transmission possible des maladies contagieuses, et, en parliculier, de l'oplilbalmie granuleuse. Notre confrère a fait adopter au régiment de carabiniers un bassin en fer-blanc qui emboîte la petite marmite et se ])lacc Irès-faciiemont sur le sac. Le soldat emporte toujours avec lui ce bassin qui lui permet, en toute occasion, de se laver isolement. »

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ils ne se servent de Teau qui a servi à un autre homme; que le linge • avec lequel le malades'essuic les yeux ne passe jamais en d'autres mains.

0. Les médecins, soit lors(|u'ils ex|)loreiit des yeux malades |)our y appliquer les lopicpies nécessaires, soit lorsqu'ils font les visites générales dans les corps, feront bien, pour se préserver eux-mêmes et pour éviter de transporter la matière sécrétée d'un œil malade dans des yeux sains, de se laver fréquemment les mains dans de l'eau chlorurée, qui a pour elfet de détruire la contagiosité du virus granuleux (1).

7. Les hommes doivent coucher seuls. Les petites chambres sont préférables aux grandes. Il ne doit jamais y avoir d'encombrement dans les casernes, surtout en été, et des moyens eflicaces de ventilation devront y exister en tout temps.

8. La situation lopographique des casernes n'est pas non plus indilférente ; on devra préférer, lorsque ce sera possible, les terrains secs, élevés et bien aérés. Les fenêtres devront être opposées directement pour faciliter le renouvellement de l'air; la façade olfrant le plus de croisées devra être exposée à 1 est ou au nord, parce que les vents qui viennent de ces directions sont les plus favorables à la marche heureuse de la maladie.

9. Les exercices au dehors sont beaucoup plus utiles que nuisibles, si l'on a soin, toutefois, d'éviter, en temps d'épidémie ophthalmique,de manœuvrer dans des plaines sablonneuses.

10. Les corps de garde seront convenablement ventilés, et il y aura avantagea ne pasy réunir des hommes appartenant à des corps différents.

11. Il faut autant que possible éviter les mutations dans les chambrées et les déplacements. Il serait à désirer que les recrues ne fussent pas mêlées aux anciens soldats, mais qu'on en formât de nouvelles compagnies, ou même de nouveaux bataillons, les uns restant alors complètement éloignés des autres.

12. On aura soin que les vêtements ne compriment pas le cou, comme cela arrive lorsqu'ils sont faits d'après une coupe défectueuse ; on veillera également à ce que le schako ne soit pas trop lourd et qu'il ne pèse pas trop sur le front ou les tempes.

Nous renvoyons, pour plus de détails sur ce sujet, aux travaux que nous avons cités plus haut.

2. Trailement atra^ï/.— Le traitement des granulations palpébrales

Celte mesure a été généralisée dans l'armée belge en 1854. Elle avait été admise au régiment de carabiniers en 1848.

(1) M. Decondé a prouvé par des expériences : , , , . ,

1» Que le chlorure de chaux liquide, par son mélange avec le mucus ophthalmique, a la propriété d'en neutraliser la virulence. , , .•- „„

2° Que cette action est persistante, et qu'après le dégagement du chlorure, la matière ne devient pas de nouveau virulente.

5" Que le mucus ophthalmique peut impunément être déposé entre les paupières, pourvu que cette opération ait été précédée ou suivie immédiatement «le rinstillal.on du chlorure de chaux liquide. (Annales de la Société de médecine d'Anvers, auaee 1841, p. iji.)

DE l'oPIITII.VLMIE MILITAIUE en BELGIQUE.

a élé le sujet de longues discussions cl de vifs débals, cl Ion comprend qu'il devait en être ainsi. La question de savoir si les granulations sont un produit de nouvelle lornialion qu'il faul détruire, ou bien un élément hypertrophié des eonjonclives (ju'il l'aul ramener à des conditions normales, n'étant pas résolue, devait donner lieu à des hésitations et faire naître des vues thérapcuticiues fort dillerentes. Cependant, l'observation attentive des faits et les accidents causés par des médications intempestives ont lini par amener le plus grand nombre des médecins chargésdetrailer les granulés, aune lhérapeuti<|ueà peu près uniforme.

Nous passerons successivement en revue les médications dont une expérience soutenue a démontré retricacilé dans les diverses formes de l'opluhalmie militaire ; nous poserons les règles générales de leur emploi, et nous préciserons autant qu'il nous sera possible les indica lions spéciales de chacune d'elles.

I. Lorsque les paupières supérieures sont granuleuses en même temps que les inférieures , M. Decondé préfère commencer le traitement par les premières. Voici comment il s'exprime à ce sujet (1) :

« Nous avons remarqué qu"il y a avantage à commencer !e traitemenl eclrolique des granulations par la cautérisation des paupières supérieures, la granulation aux paupières inférieures ayant une grande tendance à pulluler, lorsqu'on agit autrement. En voici, croyons-nous, les motifs : dans les cas anciens, les conjonctives étant plus étendues dans les premières, le mal y est aussi plus étendu et plus rél'raclaire; la matière virulente qui y est sécrétée après avoir séjourné dans ses rejjlis, glisse au-devant de l'œil et vient s'accumuler dans les replis de la paupière inférieure doat elle suscite incessamment le travail granuleux. Ceci est tellement vrai, qu'il est excessivement rare, même lorsque l'élément granuleux a été détruit aux paupières inférieures, de rencontrer celles-ci entièrement saines, s'il subsiste des granulations inflanmialoires aux paupières supérieures; tandis qu'il est assez commun de trouver des paupières supérieures saines, quoique des granulations existent encore aux paupières inférieures. On sait, du reste, que souvent, au début de lamaladie, les granulations sont déjà bien visibles aux paupières inférieures, quand les paupières supérieures sont encore épargnées par le mal. »

Nous devons dire, cependant, que celte règle n'est pas suivie par tous les praticiens; néanmoins, ceux qui s'en écartent n'atlendenl pas la disparition des granulations aux paupières inférieures pour commencer le traitement aux supérieures , ils attaquent alternativement les granulations aux quatre paupières.

On s'est demandé si l'on ne devait toucher le même jour qu'une seule paupière, ou s'il valait mieux attaquer à la fois les deux paupières inférieures, et, à quelques jours d'intervalle, les deux supérieures. En parlant de la cautérisation par le nitrate d'argent, quelques praticiens ont recommandé de ne toucher qu'une seule paupière à la fois. M. Gouzée , à l'opinion de qui nous nous rallions , conseille de cautériser deux paupières le même jour.

'< Il faut toujours cautériser à la fois les deux paupières inférieures, et lorsque les

(I) Annule.'^ (rOciilisliquc, l. XXI, p. 17, cl Arcliivcs belges de médecine militiiire, 1849, 1. III p. 16",.

OPirniALMIKS,

paupières supérieures sont cnvuliies, les ciiulériser égiilenient dans une autre séance toutes les deux en même temps, si la tolérance des organes le permet. On a assez géné- • ralenient riiabitudc de ne cautériser qu'une seule paupière et de ne porter le caustique sur t la paupière correspondante du côté opposé que quelques jours après. Celle méthode a i plus d'un inconvénient ; il y a longtemps que je l'ai aliandoiiiiée. En ne cautérisant qu'une ■ seule paupière, on se met dans la nécessité de répéter plus souvent l'opération, et c'est i chaque fois une irritation, une congestion nouvelle que l'on appelle directement sur l'œil i touché, el indirectement sur son congénère qui est lié avec lui par la plus étroite sympathie. Ces stimulations souvent reproduites entretiennent les engorgements au lieu de les < dissiper. Au reste, c'est un mal, à mon avis, de lixer trop souvent l'attention du soldai ; sur ses yeux. Une fois la double cautérisation faite, on le laisse libre pendant longtemps • el on l'observe sans avoir l'air de s'occuper beaucoup de lui.

« Il n'y a absolument aucun inconvénient, ni aucune dilficulté à cautériser en même • temps les deux paupières inférieures. Je le fais toujours ainsi el j'ai trouvé que c'est la chose la plus innocente et la plus simple. Quant aux paupières supérieures, on peut assez . souvent aussi procéder delà même manière à leur cautérisation. Cependant, lorsque l'application du caustique sur l'une des paupières supérieures a éveillé une vive sensibilité, une forte douleur, un larmoiement abondant, il convient de ne louciier l'autre que quand loul phénomène d'irritation a complètement disparu (1). »

M. Decondé partage aussi Topiiiion qu'il y a avantage à cautériser les paupières inférieures ou les supérieures à la fois (2).

II. M. VanLil a, le premier, attiré particulièrement l'attention sur les granulationsdurepli oculo-palpébral supérieur, qui échappaient souvent aux investigations, et qui étaient ainsi la source de nombreuses récidives.

Ce praticien croit que si les guérisons ne sont pas toujours aussi promptes, aussi si^ii^es, ni aussi à l'abri des accidents consécutifs que l'on serait en droit de l'espérer, cela tient surtout à ce que, dans le renversement de la paupière supérieure, tel qu'il était pratiqué avant lui, on ne mettait pas à découvert toute l'étendue de la surface granuleuse , et qu'ainsi la portion tarsienne seule était atteinte par les agents thérapeutiques, la portion rétro-tarsienne y échaj)pant complètement Il a imaginé, pour retourner la paupière supéi^ieure, un instrument qui a beaucoup de rapport avec l'élévateur de Pellier et les relève-paupières de Compérat et de Gellies (3).

Voici comment on procède à l'application de cet insti^ument : la paupière supérieure étant retournée au moyen des doigts, comme dans le procédé ordinaire, l'anneau aplati du retourne-paupières est introduit entre le globe oculaire et la paupière maintenue renversée. Par un léger mouvement de bascule imprimé à l'extrémité libre, laquelle est ainsi dirigée vers l'arcade sourcilière, on opèi^e un double renversement de la paupière, que l'on découvre ainsi jusqu'au repli oculopalpébral. Alors apparaissent sur la portion rétro-tarsienne des granulations qui jusque-là avaient échappé à la vue et à l'action des divers topiques employés, et que désormais il devient facile d'atteindre.

(1) Archives belges de médecine militaire, 1848, t. II, p. 23t.

(2) Ibid., 1849, l. III,p 165. , .

51 M Buvs a aussi lait confeclionner un instrument dans le même but. qui se trouve ngure dans les Archives bclçes de médecine militaire, 1849, l. IV, p. 27S, dans une note de la rc.laclion faisant suite au travail de M. Van Lil.

DE I/OPHTIIALMIE MILITAIUK KN Ilf l.GiQLi:.

Ajoutons que, lorsqu'on en a riiahilutlo, le double rcnverseineni de la paupière supérieure selleclue lacilenu'iil sans l'aide d'aulre inslrunienl spécial qu'un slyk'l ap|)li(|ué horizonlalenienl sur la l'ace externe de la |)aupière supérieure.

III. Vu nitrate d'argent. — Le nitrate d'argent, surtout à l'état solide, a été pendant longtenii)s le seul to|)i(pie actif employé dans le trailenient des granulations et de l'uplillialinie granuleuse à tous les degrés. Les paupières préalablement renversées, le crayon de nitrate d'argent était promené sur (oule la surface granuleuse, (lu'on lavait ensuite avec de riuiile d'olives ou d'amandes douces, alin d'enleveitoute la portion excédante du sel d'argent.

L'emploi du nitrate en solution a été surtout recommandé par M. llairion. \om ce (|u'il dit à ce sujet (1) :

« Je donne l;i préférence à ki solution conceniréo dans loiis les degrés de développemcnl et d'inleiisilé de la maladie. Depuis sepl ans hienlôl, j'ai coniplélemenl abandonné le crayon. Voici du reste les motifs qui ni'onl guidé dans ce choix : j'emploie le nitrate d'argent comme agent modilicaleuret non comme agent deslruclcur, c'est-à-dire que mes elTorls tendent à horncr son action à seselïeLs dynamiques et à éviter autant que possible ses effets caustiques. Envisagéde celte manière, le sel lunaire, en solution concentrée, a sur le crayon des avantages inconleslables, tant dans la forme chronique de l'ophlhalluie que dans la forme aiguë. Ainsi, elle mérite la préférence dans les granulations récentes, parce que, moyennant certaines précautions que j'indiquerai plus loin, on peut toujours prévenir la destruction de la muqueuse, qui est inévitable lorsque l'on a eu recours au caustique solide. Je la préfère encore dans les granulations auciennes, parce que, pénétrant les tissus sans les détruire, elle va porter profondénienl sou action modificatrice; tandis que les effets de la pierrre infernale ne s'étendent guère au delà de l'eschare qu'elle produit. Dans l'un et l'autre cas, l'usage de la solution donne lieu à une réaction beaucoup moins vive. Dans la forme aiguë, les avantages du soluté sont plus marqués encore, son application est plus facile, elle peut se faire sur une plus grande étendue des surfaces malades, sans que l'on ait à craindre aucun danger pour la coi'iiée; d'ailleurs, comme la réaction qui s'ensuit est peu vive et que l'eschare n'est que très superlicielle, il en résulte qu'on ])eul en renouveler les applications à de plus courts intervalles et mieux suivre les progrès de la maladie. »

La solution concentrée à laquelle on a recours, est composée de parties égales de nitrate d'argent fondu et d'eau distillée, ou bien d'une ])arlie de nitrate sur deux ou trois parties d'eau, d'après le degré d'activité que l'on veut donner à la solution. Un pinceau de poils de martre Un et bien eflilé, trempé dans ce liquide, est promené sur la surface granuleuse, sur laquelle on passe ensuite un autre pinceau im|)régné d'huile d'amandes douces.

Assez généralement aujourd'hui, les praticiens de notre pays ont renoncé à l'usage de l'huile après les cautérisations. Voici, à ce sujet, l'opinion d'un médecin trèscompélent, M. le médecin principal Gouzée, d'Anvers (2) :

« Ne pourrait-on pas s'abstenir d'abslcrger les muqueuses cautérisées avec le pinceau

(1) Nouvelles coiisidéralioiis priiliqucs sur roplillialmie de l'urmcc. Archives belges de médecine iiiiliuiire, année 1848, t. Il, p. |/i 1.

(2) Archives belges de médceiue inililaire. 1848, 1. Il, p. 251.

OPIITIIALMIES.

inibil)(S d'huile ? — Si cos abstersions sonl fuilesdans le but que le caustique non dissous x n'attaque la cornée, je les trouve entièrement inutiles. Elles sont évidemment inutiles aux v paupières inférieures, car on peut relever celles-ci aussitôt après la cautérisation faite •, et la disposition analoniique est telle que jamais la cornée ne peuten être lésée. Klles son! n tout aussi inutiles aux paupières supérieures, si, comme j'ai coutume de le faire, on a ,. soin, en abaissant la paupière, de l'attirer l'orleinent en bas en la tenant par ses cils, de t manière à la i)lacer au-dcviiiit de la paupière inférieure et de l'y maintenir immobile peu- r danl quelques instants.

« 11 reste ù se demander si les abstersions huileuses sonl utiles. J'avoue que c'est i encore pour moi un problème assez intéressant à examiner; il faudrait pour le résoudre i des essais comparatifs, et ces essais sont toujours dilliciles à faire, car les malades et les s étals morbides ne se ressemblent pas. Depuis quelques années, je n'ai plus jamais recours ; au pinceau imbibé d'huile après l'application du caustique et je n'ai pas encore pu résoudre ; cette question. »

Quoi qu'il en soit, et de quelque façon qu'il soit appliqué, nous n'hésitons pas à déclarer que le nitrate d'argent est préférable à tous les autres topiques et que, lorsque ce sel est conduit par des mains habiles et expérimentées, il n'est aucun moyen abortif de l'ophlbalraie militaire sur lequel ilnel'emporte en vertu. L'action en est aussi prompte que siire, nousallionsdireinfaillible, quand il est employé à temps etavec hardiesse. La manière de l'appliquer est aussi facile que simple : une baguette en bois de 15 centimètres de longueur, portant à un de ses bouts un morceau de sel lunaire bien affermi, à l'autre un pinceau en blaireau, constitue tout l'appareil. Avant de procéder, on trempe le pinceau dans de l'eau salée. Quand la suppuration est abondante, on absterge l'œil avant d'opérer. Les paupières étant préalablement renversées, on promène le crayon sur toute leur étendue, et, aussitôt l'attouchement fait avec le sel, on retourne vivement la baguette et l'on passe plusieurs fois le pinceau imbibé d'eau salée sur les parties cautérisées. On répète l'opération une ou plusieurs fois par jour, suivant l'occurrence, laquelle est réglée par le plus ou moins de suppuration. Quand la médication est opposée aux granulations non suppurantes, on peut mettre un espace de quelques jours. M. Fallot accorde la préférence à l'azotate solide sur toutes les solutions, non-seulement parce qu'on peut infiniment mieux en diiMger, ainsi qu'en régler et borner l'action, mais encore parce qu'il est prouvé par l'expériénce que la cautérisation des intervalles existants entre les granulations n'en hâte pas le moins du monde la guérison. Ce n'est pas à la base qu'il faut les attaquer pour en obtenir la disparition , mais à leur partie la plus saillante.

Le docteur A. Graefe, de Berlin, est grand partisan de la cautérisation par la pierre infernale; il la croit non-seulement indispensable, d'une manière générale, mais indiquée dans tous les cas et dès le principe. On peut résumer dans les propositions suivantes les vues de cet habile praticien touchant ce point important de la pathologie oculaire (1) :

1° La force de la cautérisation doit être proportionnée au degré

(1) Arcliiv fur Ophlhalmologie, 1. 1, p. 199. Berlin, 1834.

DE l'oPHTIIALMIE MILITAIUE EN BELGIQUE.

de l'infection et de la tiunclaction ; c'est pourquoi, dans tous les cas de blennorrhée avec gonflement et bien caractérisés, il faut recourir au nitrate d'argent en crayon, formé d'une |)artie de nitrate d'argent sur une ou deux parties de nitrate de potasse. Celle a|)plication directe est préférable à rinstilhuion d'une solulion, même très concentrée, parce que, à cause de la facilité qu'elle a de s'étendre sur toutes les parties, il est toujours diflicile d'éviter que la solution n'aille agir sur la conjonctive oculaire et même sur la cornée, ce qui détermine les plus vives douleurs et donne une longue durée aux eiïets consécutifs de la cautérisation. L'énergie de celle-ci ne déjiend pas seulement de l'espèce du caustique, mais aussi de la manière dont on en lait usage. En agissant plus ou moins fort, on peut produire un degré quelconque de cautérisation ;il estsuperflu, par conséquent, d'avoir des caustiques de difTérentes espèces et de diverses forces. On obtient l'efret désiré, soit en toucbant une ou plusieurs fois toute la surface de la conjonctive, soit en attendant plus ou moins longtemps avant de neutraliser le caustique (ce qui se fait au moyen de l'eau pour la solution, et de l'eau salée pour le caustique en crayon). Il ne faut enlever par les ablutions la solution de nitrate d'argent que lorsque la conjonctive oculaire n'est pas afTectée. Si la conjonctive est recouverte d'une coucbe épaisse de mucosités, celle-ci doit élre enlevée avec soin avant l'instillation de la solution. Après la cautérisation avec le crayon, il faut toujours avoir recours à l'eau salée pour neutraliser l'elTet du caustique, et le chlorure d'argent qui s'est formé et qui se présente sous forme de petits flocons blanchâtres, doit être enlevé avec soin par des lavages répétés à l'eau froide , avant de laisser la paupière reprendre sa position normale.

2" Il faut toucher avec le caustique toutes les parties affectées de la conjonctive. En général, cependant, il ne faut pas l'appliquer directement sur la conjonctive oculaire. L'action caustique doit être répartie d'une manière proportionnelle sur les différentes parties , selon le degré dont elles sont affectées. La surface du crayon doit être dépourvue d'aspérités; sans quoi la cautérisation est inégale.

3" Si la tuméfaction de la conjonctive est considérable, de telle sorte qu'il paraisse important d'en amener la diminution aussi promptement que possible, on y fait des scarifications très superficielles après avoir neutralisé complètement l'action du caustique et avant de replacer la paupière à sa position normale. On favorise Técoulement du sang en faisant des lotions d'eau tiède. Ces scarifications, immédiatement après l'application du caustique, constituent un moyen très efiicace.

4° Après chaque cautérisation, il faut employer les fomentations /"roîc/es jusqu'à la chute de l'eschare.

3° On ne doit jamais renouveler l'application du caustique avant la

0M1TIIA1,MII.S.

cIhiIc (le rcschnro, si ce iresl sur les parties de la conjonctive qui n'ont i élé touchées qu'iuipnrfaite/nenl. Ouelquel'ois on doit renouveler la eau- ■ téi'isaliou deux l'ois par jour ; dans d'autres cas, on lait mieux de n'en i prati(|uer qu'une seule dans la même jouunée. Voiei,à cet égard, quelques indications générales : — Quand la réaction qui suitla cautérisation i (augmentation de chaleur, tuméfaction) est tondiéc, on doit renou-' vêler l'application du caustique, si l'examen de la conjonctive lait (îonslaler que l'esehare est totalement détachée et que l'exsudat parlieulier qui l'accompagne a également disparu ; si, en outre, le sécrétum blanchâtre qui se montre après la cautérisation est diminué autant! que possible, et si la conjonctive est complètement dégagée; si, enfin, on ne constate aucun symptôme précurseur de la recrudescence du processus blennorrhoïdal (un sécrétum ténu, une nouvelle difficulté d'ouvrir les paupières, l'augmentation de la tuméfaction cl de la chaleur).

()" L'aflection consécutive de la cornée, quelle qu'en soit la forme, qu'il y ait perforation ou non, n'est jamais une cause suffisante pour s'opposer à l'emploi du caustique appliqué d'après les règles indiquées plus haut; c'est, au contraire, lorsque le caustique a été convenahlenient neutralisé, un moyen puissant d'en assurer la conservation.

IV. De Vacélate de plomb. — Nous ne pouvons nous expliquer la répugnance de notre auteur à notre endroit des préparations de plomb, et la défiance qu'il en témoigne, en présence des résultats constants et incontestables que les médecins belges ont retirés de son emploi, que par la conviction où nous nous trouvons que M. Mackenzie, dans les applications qu'il en a faites, n'a pas suivi les principes prescrits par M. Buys, l'inventeur du procédé. L'excellence de ce moyen de traitement, que nous ne saurions trop recommander, nous fait un devoir de tracer ci-après les règles à suivre dans son emploi, telles qu'elles ont été posées par M. Buys :

« De l'acétate de plomb neutre, bien pur et parfaitement porphyrisé, un pinceau de poils de blaireau, et un vase contenant de l'eau claire, composent tout l'appareil. Le malade est assis devant une fenêtre, la tète appuyée contre la poitrine d'un aide, pour éviter tout mouvement (pii gène toujours les manœuvres de l'opérateur. La paupière inférieure est abaissée à l'aide du pouce de la main gauche, de manière à faire saillir le bord interne du cartilage tarse et à former ainsi avec la conjonctive un bourrelet saillant. Ce résultat s'obtient facilement en engageant le malade à tourner les yeux vers le haut.

\i Le pinceau est Irempédans l'eau, mais pour l'humecter seulcmenl, et de telle manière que la poudre d'acétalc, dans laquelle on le plonge, y reste adhérente en quantité suffisante.

« 11 est alors appliqué à l'angle externe de l'œil, et maintenu en pb

DE LOPHTIIALMIE MlblTMRF. EN BELGIQUE.

pendanl quelques secondes. Le coiilact de la poudre qui ne tarde pas à atteindre les orifices excréteurs de la glande lacrymale détermine un afflux de larmes qui imbibenl le sel et le transforment en une espèce

de boue. .

« Le pinceau est ensuite recouvert d une nouvelle quantité de poudre que Ton porte à l'angle iiiterne, sans craindre de loucber les points lacrymaux. Les larmes aniucnt encore pour imbiber la poudre cl lui faire acquérir une consistance butyreuse.

« C'est alors seulement que le pinceau est porté en dehors, pour aller à la rencontre du dépôt que l'on a placé à l'angle externe de l'œil, tout en étendant avec lenteur le médicament sur toute l'étendue de la conjonclive, et de manière qu'elle pénètre entre les anfractuosités que laissent les granulations entre elles.

« Si la quantité de poudre que l'on a déposée aux deux angles de la paupière n'est pas suilisanle pour en recouvrir la muqueuse dans toute son étendue, depuis le sillon oculo-palpébral jusqu'au bord ciliaire, en comblant les anfractuosités pour égaliser la surface, le pinceau est reporté une troisième fois dans l'acélate de plomb, et la même manœuvre est renouvelée pour le centre que pour les angles de la membrane.

« Lorsque la paupière inférieure est parfaitement recouverte de la couche médicamenteuse, ou saisit, tout en maintenant le pouce gauche dans la même position, le bord ciliaire de la paupière supérieure entre l'indicateur et le médius que l'on porte en avant, et par une légère pression exercée à l'aide du petit doigt sur le cartilage, on le fait basculer pour retourner la paupière supérieure.

« Le muscle orbiculaire, agissant alors sur les paupières renversées, pousse vers le haut le cartilage tarse inférieur, qui glisse au-devant de la cornée. Le bord interne vient se placer dans la gouttière oculo-palpébrale, derrière le bord saillant de la paupière supérieure. Le contact de la muqueuse qui recouvre le bord interne du cartilage de la paupière recouverte de plomb, avec la muqueuse du sillon, suffit pour l'imbiber; il ne reste plus alors qu'à compléter l'application comme pour la paupière inférieure : il est seulement indifférent de commencer par l'angle interne ou par l'angle externe, car les raisons qui font agir avec ordre en bas, n'existent pas à la paupière supérieure, où les larmes ne gênent plus par leur présence la marche de l'opération.

« Il est seulement indispensable de commencer par la paupière inférieure : si l'on commence par la supérieure, il est d'abord très diiïicile d'atteindre le bord oculo-palpébral ; et puis, l'irritation que produit le contact du médicament provoque une sécrétion trop abondante de larmes qui baignent la conjonctive inférieure rougie et tuméfiée, cl qui enlèvent la couche métallique avant qu'elle ait produit son effet.

« Pendant l'application, la conjonctive bulbaire s'injecte; la douleur, quelquefois nulle, presque toujours peu intense, est pourlanl quelque-

OIMITHAI.MII.S.

lois assez mni-quéo rlio,/ ccriaiiis sujets : ccsl une scnsibiliié relative, qu'il n'est jamais possilile de prévoir, mais qui ne peut jamais èlre» comparée à celle (pii est déterminée par les caustiques.

« Lorsqu'on abandonne ensuite les paupières à elles-mêmes, l'œil se. ferme, les larmes se sécrètent cl entraînent l'excès d'acétate de plomb.

« La durée de la contraction spasmodique de l'orbiculaire des pau-' pièrcs est en raison du dci^ré de sensibilité de l'individu. J'ai vu des soldats ouvrir largenu'.nl les yeux avant de se lever du siège où ils étaient assis; cbez d'autres, le spasme dure quelques minutes, rarement un demi-quart d'heure.

« Si l'on ouvre l'œil touché, on voit les granulations affaissées : la conjonctive bulbaire est plus ou moins injectée; les larnu's coulent en abondance; la conjonctive palpébrale est recouverte d'une couche grisâtre, lisse, parlaitement polie, qui endjoile les granulations en les circonscrivant par un dépôt plus volumineux de sel plombique dans les sillons qu'elles laissent entre elles. Si l'application a été bien faite, l'aspect de la conjonctive est uniforme.

« L'effet le plus immédiat est de faire disparaître la sensation de corps étranger qu'éprouvait le malade, de diminuer aussitôt la photophobie quand elle existe, pour la faire disparaître entièrement dans un espace de temps souvent bien court, et enfin de tarir la sécrétion mucoso-purulenle.

« Quant au gonflement œdémateux des paupières, il arrive rarement, quand l'acétate de plomb est appliqué comme je viens de le dire, et ne constitue dans tous les cas qu'un épiphénomène d'une importance toute secondaire.

« Lorsque l'application a été ainsi pratiquée, que les granulations, pâles, affaissées, sont recouvertes d'une couche uniforme, suffisamment épaisse, que la sensation de corps étranger est dissipée, que la turgescence a cessé, il ne faut plus y toucher ; sinon, on détermine une nouvelle irritation qui peut rappeler les accidents disparus ou en faire surgir de nouveaux.

« Un point très important du traitement de M. Buys repose sur la rareté des applicalions : ce n'est pas au chirurgien de déterminer l'opportunité d'une nouvelle action ; c'est le malade lui-même qui en reconnaît le besoin, par le retour de la sensation incommode qu'il éprouvait.

« Les malades que j'ai vu traiter à l'hôpital de Bruges sont si bien convaincus que l'application de la poudre leur a enlevé la douleui-, qu'ils viennent spontanément réclamer une nouvelle dose du remède quand ils perçoivent encore la sensation de grains de sable sous la paupière.

« Lorsque l'application a été insufilsanlc, ou que, trop supernciellc, la couche a été enlevée, les granulations que celle-ci recouvrait n'élanl

m. l/oPIITlIALMIE MII.IT.VlRIi EN DELfilQUE. 751

plus soumises àTaclioi» styplique du médicament, s'engorgent de nouveau, deviennent rouges, exubérantes, el rendent la conjonctive inégale, raboteuse. En glissant sur le globe, elles rirrilent,et le malade sent parfaitement l'endroit qui a écba|)pé au traitement : il vous l'indique toujours avec une précision étonnante, et c'est alors seulement (ju'il faut recourir à une nouvelle dose d'acétate de |)lomb.

« Mais n'allez pas croire que ces applications nouvelles soient générales : ce n'est seulement que dans les endroits qui ont échappé qu'il faut })orter de nouveau la poudre. A quoi servirait, du reste, une nouvelle application là où les granulations sont déjà l'ccouvertes, sinon à contribuer à produire les phénomènes d'iri'itation qu'on reproche à la méthode?

« Si les bords ciliaires restent rouges, engorgés, si les glandes de Meïbomius continuent à sécréter ce liquide pathologique qui, joint au muco-pus, réunit les cils en pinceaux et agglutine les paupières au lever du malade, on se contente de frictionner la peau des paupières avec un corps gras, l'axonge par exemple, qui joint à une grande simplicité l'avantage de ne pas nuire, comme le font certaines pommades,

« M. Buys ne s'arrête pas au traitement des granulations simples par ce moyen : contrairement à ceux qui craignent le contact du sel avec la cornée, il applique hardiment le pinceau imbibé de poudre plombique sur les ulcères de celte membrane. L'ulcère se dessine, blanchit, s'incruste, comme on dit, d'une couche insoluble ; aussitôt la photophobie cesse, l'ulcère se rétrécit, l'incrustation diminue insensiblement el est remplacée par une cicatrice inodulaire.

« Des slaphylômes coniques ont été réduits par le même moyen. Il s'en trouve encore acluellement un à l'hôpital, dont la guérison a élé obtenue en un mois.

« Les pannus vasculaires cèdent aussi avec facilité à cel agent ihérapeulique, et lorsqu'on est parvenu à recouvrir le lacis vasculaire d'une couche complète de sel métallique, la guérison en est, la plupart du temps, assurée : il est rare qu'on doive y reloucher.

« On peut, en un mot, avancer avec raison que toutes les lésions oculaires qui reconnaissent pour cause une congestion des vaisseaux, une turgescence, quelquefois une hypertrophie des tissus, céderont à l'emploi du même Irailement (1). »

M. Couzée a apporté à ce procédé la modification suivante : Après avoir déposé en tas, sur un morceau de papier blanc, quelques grains d'acétate de plomb neutre bien pulvérisé, ce médecin prend un pinceau légèrement mouillé, et dissout le sel de manière à en faire une pâte épaisse, qu'il étend sur la muqueuse granuleuse el qu'il fait pénétrer dans ses inlerslices en y passant cl repassant le pinceau à plusieurs

M) Quii^ARD. AtTliivcs hclR.'s (lo tiindccinc miliiuiiT, t. XII, pp. 378 ù 392. Bruxelles, 1833. .Aiiiiiilcsil Oculisliqiio, t. XXXII, p. W.i.

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reprises. Celte modifiealion a pour but d'empêcher le séjour dans les paupières, de grains d'acclale non dissous, (pii, par leur présence, pouri-aienl agir comme corps étrangers cl devenir la source d'accidenls (1). On peut, au lieu de papier, se servir d'un petit godet pour lormerla pâte, à la façon de M. Gouzée. Cuuier se servait d'un pinceau plat, monté sur un manche en bois, dont les peintres en appartements ' font usage pour tracer les lignes. L'acétate s'appli(pie beaucouj) mieux au moyeu de ce pinceau qu'avec les pinceaux ordinaires dont les enfants se servent pour colorier les images, et qui, cependant, sont généralement employés.

M. Decondé a donné le conseil de ne faire pulvériser qu'une petite quantité d'acétate de plomb à la fois, parce que, à la longue, les grains se rassemblent et la poudre devient grumeleuse. Nous nous servons d'un petit mortier en porcelaine, et nous pulvérisons l'acétate chaque fois que nous voulons nous en servir.

Disons pour terminer que, si nous nous en rapportons à notre expérience propre, l'application de l'acétate de plomb neutre en poudre réussit surtout dans les granulations non sécrétantes, dans les granulations chroniques qui ne sont accompagnées ni de photophobie, ni de larmoiement. Dans les autres cas, le sel plombiqueest entraîné promplement par les larmes ou le produit de la sécrétion, et, partant, ses elîets sont moins durables. On ne saurait trop se louer de ce mode de traitement appliqué au soldat. Les granulés, que l'on est obligé, pendant toute la durée des autres traitements, de tenir séquestrés et éloignés de tout service, peuvent rentrer dans la vie commune du moment où leurs conjonctives ont été bien recouvertes d'acétate de plomb. Toute sécrétion est devenue impossible, partant toute contagion, et il ne reste plus qu'à surveiller les malades et à recouvrir les parties de la muqueuse qui peuvent s'être dégarnies. On conviendra qu'un tel résultat est digne de fixer l'attention (2).

V. Du tannin. - Jusqu'en 1851 , le tannin avait été peu employé en ophlhalmologie, et seulement à titre d'astringent doux et léger ; depuis cette époque, il est devenu d'un usage presque général. C'est à M. Hairion que revient l'honneur d'avoir posé les bases d'une médication qui d'emblée s'est mise au rang des agents topiques les plus efficaces dans les affections oculaires (5).

Il résulte des expériences auxquelles ce praticien distingué s'est livré sur les animaux, que le tannin, en solution concentrée, appliqué sur les tissus vivants sains, y exerce une action hyposthénisante qm

(1) Archives belges de méilecine militaire, ISai, t. VII, p. 227.

2 Voyez Annafes .POeulislique, t. 11, pp. 222, 2Gt;. >• >^>^^ P- • ^^L'' P^^f^^nn 89 215,217,220, 222; l. XXIII, pp. 171, 180, 189; t. XXIV, pp. 114, 210, 21/ , l. XXN, pp.S9,

*^(3) llA.nioN. Mémoire sur Içs elTcls physiologiques cl thérapeutiques du tannin, envisagé surtout au point de vue de ses applications en ophthalinolosie. Louvain, Wol.

Di; l/OPUTlIALMIE MlMTAinE KN nF.I.GIQUE.

se niaiiiroslo par la décoloralion cl par la (liiiiiimlioii de scnsihiliU' cl ile rcnitcncc de ces tissus; que son aclioii mécanique esl presque nulle, et que ses ellels chimiques ne s exercent (pm sur les produits de sécrétion libres, cl peut-être aussi sur les eouclies les |)lus superlieiclles, et partant les moins vivantes, de répitliélium, mais (ju ils sont nuls sur les tissus doués de vie.

Aj^pliqnantccs données à la thérapeutique, l'auteur du mémoii-c en a lait les plus heureuses applications dans les ophthalmies catarrhales alloues cl chroniques, rophthalmie photophol)i(pie, les gramdalions palpébrales, soit connue agent principal dans les granulations liansparenlcs, c'esl-à-dire dans leur premier degré de développement, soil comme moyen adjuvant dans les granulations vascularisces; mais c'est surtout dans les blennorrhées anciennes, dans les kératites vasculaires et ulcéreuses, le pannus, etc., que reflicacité de ce remède est remarquable.

M. Uairion emploie le tannin sous deux formes : en solution au trentième dans l'eau distillée, contre les ophthalmies catarrhales; en solution . concentrée dans un mucilage, contre les blennorrhées chroniques, les granulations palpébrales, les kératites ulcéreuses et vasculaires, les pannus, etc. En voici la formule :

R. : eau dislillée 50 grammes,

tannin pur 5 grammes.

Faites dissoudre el passez à travers un linge fin ; ajoutez :

gomme arabique -10 grammes.

M. exact.

Ainsi préparé, le mucilage lannique est d'un aspect grisâtre, homogène, onctueux, et de consistance syrupeuse. Pour en faire l'application, on abaisse la paupière inférieure et on en touche la face interne avec un pinceau mou trempé dans le topique ; le malade lient un instant les paupières rapprochées et pratique quelques frictions avec le doigt sur la paupière supérieure, de manière à étendre uniformément le mucilage sur toute la surlace de la muqueuse oculo-palpébrale.

VI. De la teinture d'iode et de quelques autres agents. — M. Fromont dit s'être bien trouvé de la teinture d'iode appliquée sur la conjonctive granulée dans les cas suivants : 1" dans les granulations vésiculeuses primitives, lorsqu'il y a peu ou point de sécrétion. 2" Chez les individus d'un tempérament lymphati((ue el qui souiïrenl vivement el longtemps de la cautérisation au moyen de la pierre infernale. 0" Lorsque, après plusieurs cautérisations, l'an'ection granuleuse augmente, se développe, et que l'irritation qui résulte du caustique persiste pendant plusieurs jours. /|." Chez les hommes qui, après avoir été cautérisés un grand nond)re de fois, conserveiil une vive irritabilité, ou dont la boursouflure palpébrale démontre clairement que le caustique lunaire ne produit pas son elfel habituel. 5" Elle réussit parlai-

OPIITlIALiMIES.

lo.mcnl à faire disp«inHlrc le dépôt Mancliâlre que laisse après elle l'applicaiion de racélale de i)l()ml) en pondre. (V'Dans les eas où, a])rès des caulérisations siieeessives, les graiiulalions sont dures, dégénérées de leur étatprimilif el loiil eraiiidre qu elles ne domieiil naissance à des pannus ou à d'aulres complications. 7" Dans 1 état veloutédes conjonctives palpébrales chez les individus atteints de blépharite chronique (1).

Nous citerons pour mémoire le chlorure de zinc recommandé par M. ITays (2); le chlorure d'or, par M. Clay Wallace (3); lacide phosphorique, par Cunier (4) ; Thuile caustique, par M. Robert (5), tous moyens généralement abandonnés.

L'emploi des escharotiques dans le traitement des granulations a fait ses preuves ; le nitrate d'argent, parmi tous, a rendu el rend encore chaque jour des services qu'il n'est pas possible de méconnaître. Malheureusement, l'application du caustique a ses dangers; c'est une arme à deux tranchants dont le maniement demande des précautions, de la prudence et une certaine habileté. Faite par des mains inexpérimentées, elle expose à dépasser le but après l'avoir atteint, et à laisser après elle des cicatrices, des brides et même le symblépharon, accidents contre lesquels il importe d'être prémuni.

Les granulations palbébrales, pour être éliminées, ne doivent pas, à notre sens, être détruites ; ce n'est pointen les transformant en eschares qu'on les fait disparaître, mais bien en en favorisant la résorption. Or, les agents irritants en général, etle nitrate d'argent en particulier, éveillent en elles une puissance dynamique sous l'influence de laquelle elles s'efTacentplus ou moins promptement. Si l'action des caustiques est trop loin poussée, elle dépasse les bases de la granulation, atteint le tissu conjonclival, et le convertit en une eschare plus ou moins profonde qui laisse, à sa chute, une surface bourgeonnante qui finit par se convertir en tissu inodulaire. Il en résulte des surfaces rugueuses qui irritent par leur frottement le globe de l'œil, des brides qui unissent celui-ci aux paupières, quelquefois jusqu'à déterminer des symblépharons incurables. Nous avons vu de ces résultats survenus à la suite de la cautérisation par des acides concentrés, l'acide chlorhydrique par exemple, pratiquée dans le but de détruire les granulations que l'on supposait ne pas pouvoir effacer autrement. Dans l'immense majorité des cas, les granulations disparaissent par absorption sous l'action de moyens plus doux, tels que le tannin , l'acétate de plomb, les solutions de nitrate d'argent, la teinture d'iode, etc. Il ne faudra donc recourir

(1) Archives belges de médecine militaire, \8i8, l. I, p. AU- Annales d'Oeulislique, t. pap:. 231.

(2) Tlie Southern Journal of Medicine, 1849.

(3) Boston Médical and Surgical Journal, 1849. (4.) Annales d'Oculistiquc, t. I, p. 204.

(Î5) Ibid., t. XIX, p. 23-2.

DE l'oIMITIIAI.MIE MILITAIRE EN BELGIQUE.

aux caustiques que dans des circonstances exceptionnelles, cl, quand on s y sera décidé, donner la prélérence au sel lunaire, en apportant à son application une excessive réserve, moyennant la<juelle on évitera presque sûrement les conséquences lâcheuses (|ue nous venons de signaler.

VII. Nous résumerons en quelques mots les indications particulières de ces dilVérentes médications dans les divers degrés de l'ophthalmie militaire.

1. Gramdaiions vésiciilenses. — Dans le ti'aitemcnt des granulations vésiculeuses, le nitrate d'argent à l'état solide ou liquide, cl la poudre dacétatc de plomb réussissent également bien, et il est assez diflicile de dire auquel de ces deux agents il faut donner la préférence. Une ou deux cautérisations avec le sel d'argent suffisent oi'dinairemenl, de même qu'une ou quelquefois deux applications d'acétate de plomb terminent le traitement. Si nous avions une préférence à accorder, ce serait en faveur de l'acétate de ploinb; mais la question ne nous paraît pas avoir grande importance.

2. Granulalions charnues. — Lors(|u'elles sont récentes et qu'elles ne donnent lieu qu'à une sécrétion insignifiante, nous recourons de prime abord au sel de plomb ; mais pour peu que les granulations charnues soient anciennes, volumineuses, qu'elles donnent lieu à une sécrétion muco-purulente, nous commençons le traitement par la cautérisation avec le nitrate d'argent liquide. La sécrétion ne larde pas à diminuer sensiblement, et alors nous employons le sel de plomb pour terminer le traitement. On a beaucoup critiqué, el avec raison, les cautérisations trop nombreuses : il est des malades qui ont subi autrefois cette opération plus de cent fois. Il n'est pas étonnant, dès lors, que l'on ait parfois détruit toute l'épaisseur de la muqueuse palpébrale pour la remplacer par un tissu de nouvelle formation ; mais l'abus ne doit pas faire proscrire l'usage, et des cautérisations légères, au nombre de cinq ou six, à chaque paupière, préparent admirablement celles-ci à recevoir l'action du sel de plomb. Les granulations anciennes, dures, diminuent bien de volume sous l'influence de ce dernier agent; mais cette action est excessivement lente, si l'on n'en a fait précéder l'application de quelques cautérisations.

A quelle époque doit-on répéter les cautérisations dans le ti-ailement des granulations? Dans une discussion au sujet des granulations (1), M. Gouzée a donné le conseil de ne répéter les cautérisations qu'à de longs intervalles. D'après ce médecin, en y revenant tous les huit ou quinze jours, et même, dans quelques circonstances, toutes les trois semaines ou tous les mois, l'engorgement substitutif produit par le caustique a le temps de se dissiper jusqu'à ses dernières traces. On

(1) Archives belges de médecine mililairc, 1818, l. II, p. 249.

OPirniAi.MiKS.

juge mieux des progrès déei'oissanls de reiigorgcinenl morbide cl Ton eoneoil uiieuv comment, il laul s'y prendre pour achever le Irailemcnl, Dans rinlervalle, le soldai, l'ail son service; il esl nécessaire, seulemenl, de le voir de lemps en lemps, alin de s'assurer qu'il ne survienl aucun accidenl qui exige d'aulrcs soins.

Lorsque les granulalions anciennes onl élé longlem])s lourmenlées par l'usage de dill'érenls collyres^ par des causli(|ues, elc, l'acélale de plond» ))roduil les meilleurs résultais, cl il oiVre surloul aloi-s ce précieux avantage qu'il exerce une aclion soutenue el qu'on n'esl obligé d'y revenir qu'à de longs inlervalles.

Dans les circonslances que nous venons de mentionner en dernier lieu, nous avons eu autrefois recours avac avantage à la teinture d iode recommandée par M. Froment (voir p. 755); mais alors l'acétate de plomb n'élail pas encore introduit dans la thérapeutique des granulalions, el, depuis l'emploi généralisé de ce dernier moyen, la leinlure d'iode a élé généralement abandonnée.

C'esl surloul lorsque les granulalions anciennes s'accompagnent d'un certain degré de vascularisalion des conjonclives du globe, dans les cas de pannus vasculaire du segment supérieur de la cornée, que l'acélale de plomb produit d'heureux résultats.

Nous croyons que le lannin peut èlre utile dans le Irailemenl des granulalions anciennes; mais nous avons Irop peu d'expérience de l'emploi de ce moyen pour oser nous prononcer à ce sujet.

Le sulfate de cuivi'c en crayon peut èlre utile dans les granulalions anciennes lorsqu'il existe une grande irritabilité oculaire ou une lésion des cornées qui contre-indique l'emploi d'autres agents. On peut encore y recourir avec avantage lorsqu'il n'existe plus que des points granuleux isolés, les autres ayant élé détruits par le caustique lunaire. Les altouchemenls avec le sulfate de cuivre donnant lieu à peu de réaction, on peut y revenir à de courts inlervalles, tous les deux ou trois jours par exemple, et même quelquefois tous les jours.

Les pommades au précipité rouge ou au précipité blanc de mercure conviennent dans les cas de complication de blépharite ciliaire.

L'excision des bourrelets granuleux, vantée il y a quelques années, surtout par le docteur Lulens jeune, est aujourd'hui complètement abandonnée. Il peut cependant être utile parfois dans certaines granulations très dures, d'en entamer légèrement le sommet avec de petits ciseaux courbes, ou bien d'y faire des scarifications pour les préparera l'action du sel d'argent ou du sel de plomb.

3. Ophthalmie granuleuse sub-aiguë. —Ccsi encore le nitrate darj-ent en crayon ou en solution concentrée qui doit faire prescpie tous Fes frais du traitement. Promené sur toute la surface des conjonctives palpèbrales, il constitue le moyen le plus certain d'arrêter la purulence qui commence à s'établir. Mais le praticien doit en user avec

DE l/OPIITU.VLMIE MILITAIRE EN BELfiKJL'E.

beaucoup de patience, el ne pas y revenir trop tôt, atlendrc la chute de leschare qu'on vient de produire et laisser se dissiper la réaction que l'on a déterminée. (V. p. 747) On peut recourir en même temps aux collyres résolutifs, aux applications de sangsues, aux révulsifs, aux i)ui'gatifs suivant les cas. Le retour de la jiuruience au hout de quelques jours in(Ii([ue la nécessité de revenir aux cautérisations ; mais il faut se garder d'en i)ratiquer un trop grand nombre et savoir souvent rester inactif. Lorsque toute trace d'acuité a disi)aru, on peut recourir au traitement ordinaire des granulations indolentes.

4. Ophthalmie fjyanuleuso sur-aiguë. — C'est icisurtout quele nitrate d'argent jouit de toute sa puissance. Employé dès le début, il arrête presque constamment les progrès de cette aflcction promptement désorganisatrice et prévient les altérations des cornées, que quelques heures souvent sulllisent à produire. Le sel lunaire en crayon ou le pinceau imbibé du soluté à parties égales' est promené sur toute la surlace des conjonctives palpébrales. Indépendamment de cette cautérisation, nous prescrivons une solution de nitrate d'argent dans de l'eau distillée, dans les proportions de cinq grains par once. Ce liquide sert à faire des instillations, au nombre de trois ou quatre par jour, et même plus, entre les paupières. Nous croyons cette pratique utile pour faire coaguler le muco-pus à mesure qu'il se forme et le rendre ainsi inoffensif pour les cornées , pour soutenir l'action de la cautérisation pratiquée et pour atteindre les portions malades de la conjonctive qui auraient pu y échapper.

Des compresses d'eau froide souvent renouvelées sont appliquées sur les paupières. Nous faisons injecter fréquemment entre elles de l'eau tiède, dans le but d'empêcher le produit de la sécrétion d'y séjourner.

Nous faisons dans les premiers jours une ou deux saignées générales et des applications de sangsues aux apophyses masloïdes, lorsque, à un écoulement abondant, plutôt séreux que puriforme, à un gonflement, à une tension considérable des parties, se joignent des douleurs vives et continues dans la profondeur de l'œil, à la tête, au front, à la paupière supérieure. (F. p. 684.)

Le malade garde le lit et est mis à un régime léger, composé d'un peu de bouillon et de pain ; les jours suivants, ce régime est graduellement renforcé.

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