OIMITIIAUMIE DRS NOUVEAU-NÉS
Syn. — Bk'pliarilis purilorinis iieoiiiiloniiii. LippiUido nconiiloriim. i Fig. VonAmmori, tlil. 1, lab. I, llg. 1-G. Diilrymple , pl. IX, (II?. 1,2.
Les enfants sont sujets à une inflammiUioii puro-muqucuse de la coiijonclive qu'on désigne comnuinémcnl sous le nom (ïophlhahnia neonalorum ou {\'oplilliabn.'ie jnirulenle des enfants. Celle aU'eclioii éclate généralement dans le cours de la première semaine qui suit la naissance; quelquefois seulement dans la troisième ou la quatrième.
Causes. — Les causes n'en sont pas toujours les mêmes.
I. 11 y a lieu de croire que la maladie est assez souvent due au contact de la matière d'uné" leucorrhée avec la conjonctive pendant le travail de laccouchement, et que, par conséquent, on pourrait souvent la prévenir en faisant dans le vagin, pendant les deux premières périodes du travail, de fréquentes injections avec de l'eau tiède, ou une faible solution alcaline, et en lavant soigneusement les yeux de l'enfant aussitôt après qu'il a été séparé de sa mère. On n'emploie presque jamais le premier de ces moyens, et l'on néglige trop souvent l'autre. Les praticiens devraient s'enquérir à l'avance si la mère est ou non alleinte d'écoulement vaginal, et agir en conséquence pour écarter le danger qui en résulte pour l'enfant. Si l'on n'entraîne pas la matière de l'écoulement, ou si l'enfant, une fois né, reste une demi-heure, une heure ou plus, sans que ses yeux aient élé scrupuleusement nettoyés, il y a toute chance que ceux-ci seront atteints. Cette ophlhalmie, comme toutes les maladies qui se développent à la suite de la contagion, éclate brusquement, et elle est beaucoup plus intense que l'ophthalmie calarrhale; de sorte que, sous ce rapport, elle ressemble à l'ophthalmie égyptienne ou à rinttammation gonorrhoïque de la conjonctive (1).
(I) Afin de conslalcr jusqu'à quel point rophllialmie purulente des nouveau-nés pouvait être ooeasionnée par un écoulement provenant .les organes génilaux de la mère, le docteur Cederschold fit interro£?er, pendant le eourant de Tannée 1852, toutes les femmesquiseprésenterentpour aecoucher à la Maternité de Stockholm, sur le point de savoir si elles étaien t ou non atteintes découlement. Trois cent soixanle femmes furent accouchées; après avoir déduit les enlanis morts-nés, ou ceux qui moururent quelques jours après la naissance, il resta 528 femmes donl les enfants purent être observés. Sur ces 528 femmes, 157 étaient alTeclées d'un écoulement des narlies "énitales et 181 en étaient exemptes. 50 enfants furent atteints d'ophthalmie purulente : 20 prove"naient de mères ayant des écoulements, et 10 de mères qui n'en avaient pas. U résulte de là que les écoulements des parties génilales sont très-communs chez les femmes enceintes, que toutes celles qui en sont atteintes ne communiquent pas nécessairement 1 ophlhalmie a leurs eufanis et qu'enfin Tophtlialmie peut survenir chez des enfants donl les mères n avaient pas d'écoulèment; preuve que la maladie peut reconnaitrc d'autres causes. Mais si 1 on c onsidere (tue 20 enfants sur 157, provenant de mères ayant des écoulements , ou environ 1 sur /, ont eu l-ophthalmie, tandis que 10 .seulement sur 181, ou 1 environ sur 18, provenant de mcrcs s^ans .■■coulemenl, ont eu la même affection, etque la proportion des premiers est par conséquent près de trois fois aussi consid.-rahie que celle des seconds, on peut affirmer que le faitd un écoule-
OIMITIIALMIK DKS NOUVEAU-NÉS.
;2. On atlincl gonéruUMiicnl (|uc la forme la plus grave de 1 oplillialniie puriileiile des nouveau-nôs esl celle qui résulte de Tapplifalioii sur la conjonctive de la matière de la gonorriiée pendant le passage de la tète à travers le vagin. Lors donc (pie l'on sait la nn-re atteinte de gonorrhée, il faut recourir aux mêmes précautions (|ue lorscju'elle est. aHectée de leucorrhée (1).
5. J^Y'xposition des yeux à la lumière, à la chaleur du l'eu, au courant, d air froid provenant d'une porte mal jointe, sont autant de causes (pii peuvent agir d'une façon nuisihie sur les yeux de reniant nouveau-né, et ont amené quelques auteurs à leur allrihuer l'oplithalmie purulente qui se montre si souvent après la naissance. Il n'est nullement invraisemblable que quelques-uns des cas les plus légers ne soient des ophthalmies eatarrhales.
4. Je ne doute guère que cette ophthalmic ne soit souvent Iraumalique; elle est due alors à l'introduction dans les yeux du savon av(!c lequel on lave l'enfant, ou du ivimhj ou du gin avec lesquels on a l'absurdité de lui frotter la tète. Cette introduction peut avoir lieu immédiatement après la naissance, ou dans le cours des deux ou trois premières semaines qui lui succèdent. Même lorsque les liquides spiritueux ne touchent pas les yeux, et alors qu'on se borne à en frictionner la léte, ils peuvent déterminer l'inflammation delà conjonctive; ce qui ne peut guère manquer quand ils sont mis en contact avec elle.
Symplàmes. — Le plus souvent le troisième jour après la naissance (2), on remarque que la paupière supérieure est un peu gonflée, que son bord libre est rouge, et que les cils sont agglutinés par de la
ment gcnilal chez la mère eslune cause très-lréqucnle de celle maladie, bien qu'elle n'en soil pas la cause unique. (Médical Gazelle, vol. XXVIl, p. 582. London, iSiO.)
Le docicur Tyler Smilh pense que c'est la séorélion acide ou épilliélialc du vagin, cl non la matière purulente qui, dans la leucorrhée, est la cause de rophthalmie des nouveau-nés. (Lancci . August20, 1853, p. 1.^8.)
(1) Je crois qu'il y a des raisons de penser que la gonorrhée, existant chez l'un ou l'autre des parenisou chez tous deux à la fois, peut alîecler le produit de la conception de diverses façons , être cause, par exemple, déviées de conformation, tels que le colohoma des paupières, la microplilhalraie, etc. J'ai souvent été frappé de l'idée que l'existence de celle afl'cction pouvait agii' sur l'enfant encore renfermé dans l'utérus, en lui donnant une prédisposition au développement lie cette oplilhalmie. J'ai rencontré une fois la microphthalmie conjointement avec l'ophtlialmic gonorrhoïquedes nouveau-nés. Je fus d'abord l'on embarrassé, parce que le gonllemeiil des replis de la conjonctive m'empêchait de m'assurer de l'étal des parties; j'apercevais seulenicnl une surface assez transparente que je crus reconnaître pour une porlion de la cornée, et ce n'esl qu'après que le gonflement eut disparu, que je pus découvrir la vérité. Le père et la mère nvaienl eu la gonorrhée (I).
[ (2) M. Middiemore dit que ce terme de trois jours est le résultat de recherches faites sur trois cents cas environ, pour établir à quelle date, après la naissance, la maladie éclalc. Dans (piolqucs-uns de ces cas, la maladie s'est montrée quelques heiu'cs après la naissance ; dans d'autres (bien qu'ils fussent évidemment le résultat d'un ronlagium appliqué pendant l'aceouelicment), il y a tout lieu de croire qu'elle ne s'est montrée qu'une semaine ou même neuf jours après la naissance (2). T. W. ]
[(I) Nous ne pouvons iiou.'î dispenser de faire observer que l'opinion q u'cxprime ici .M. Mnckenzic rclallvenicnl 6 l'influence que pourrait exercer l'existence de U gonorrhée des parents sur l enfant enferme don.s l ulerus, demanderait à être appuyée sur des observations plus nombreuses et plus concliiaute-i T. W.]
(2) Op. cit., tome 1, p. 1 19.
OPMTllALMIKS.
innliôi'o piiniIoiUo concrèlc. Lorsqu'on écarle les paupières, il sen > échappe une gouUe (ruii fluide épais, hlanehàlrc; el si 1 on examine • la laee inlerne des paui)ières, on la ironve irès-injeelée el luméHée. Je • me suis assuré que dés le iroisièine jour après la naissance, el dans la i matinée même du jour où Ton reconnail la maladie, l'écoulement ollre • déjà un aspect puril'orme. Quelquefois cependant, il peut rester ténu ' et presque transparent pendant quelques jours, comme du mucus ou i du sérum. Plus lard, il odre diverses colorations: il est blanc jaunâtre, verdâtre ou jaune, cl quelquefois mélangé de sang. Celle matière reste • souvent comme coagulée dans les replis de la conjonctive, à moins qu'on ne l'enlève soigneusement.
Un seul œil est d'abord atteint, puis, quelques jours après, le second. Si, comme cela n'arrive que trop souvent, on néglige la maladie, ou si l'on ne la traite qu'avec des topiques impuissants, comme quelques gouttes du lait de la mère, les paupières se gonflent extérieurement et prennent une couleur rouge sombre; l'inflammation de la conjonctive palpébrale s'accroît rapidement, et l'écoulement purulent devient très abondant. L'enfant tient les yeux constamment fermés. C'est la conjonctive palpébrale et le repli qu'elle forme en se réfléchissant sur le globe de l'œil qui sont le siège principal de l'inflammation. La conjonctive oculaire est beaucoup moins alïectée; c'est pourquoi, dans l'ophihalmie des nouveau-nés, il se forme rarement un chémosis empiélant sur la cornée.
Les yeux peuvent rester dans cet état pendant huit jours et plus, sans qu'il survienne rien dans les parties transparentes, si ce n'est un j)eu de trouble de la cornée et une légère rougeur à sa circonférence; mais vers le douzième jour, la cornée revêt souvent une teinte opaline annonçant que la période de ramollissement approche et que du pus s'y est infiltré. Celle infiltration s'étend, détruisant rapidement le tissu de la cornée, qui s'ouvre d'abord à l'extérieur par ulcération, et livre passage au pus épanché entre ses lamelles ; plus tard, elle est atteinte dans toute son épaisseur sur un seul point, ou dans presque toute son étendue: on trouve alors, soit un petit ulcère pénétrant, que l'iris pousse en avant pour le traverser , soit une destruction complète de la cornée, l'iris à nu, et les humeurs de l'œil saillantes à travers la pupille.
Le cristallin s'échappe souvent. Une pauvre femme de Paisley, qui s'était fiée à ce que lui avait dit la sage-femme, que la maladie était commune et peu dangereuse, m'amena sa petite fille , âgée de cinq semaines. Elle m'apportait, enveloppé dans un chifl'on, le cristallin desséché et ridé, qui s'était échappé, le matin même, de l'œil gauche de l'enfant à travers une ulcération de la cornée. Placé dans l'eau, il reprit au bout de quelques heures sa forme el sa transparence. Il était renfermé dans sa capsule. En en examinant quelques parcelles au micros-
OPIITIlAl-MIK DES NOUVEAU-NÉS,
copc, on (Ml ai^MTCViiil dislincloincnl les libres, l^a e()rn('e droite ('lail opaiiue et en partie ule(!MTe.
Il est triste de songer (combien de l'ois la vision est d(!'lruite par celte alleetion, surtout lors(iue Ton sait ([ue, prise à temps et convenablement lrail(''e, on i)eut le i)lus souvent larriMer coni|)lélenient dans sa marche. Ceux cjui soignent les enfants ne prennent point assez vile lalarnie, quand il ne s'c'cliappe qu'un peu de pus de 1 a'il; et Iroj) souvent des médecins eux-mêmes, se nK'prenanl sur la gravité de l'aHeclion, ne sont désabusés que lorsque les cornées éclatent et que les yeux sont détruits. Beaucoup irenfanls nronl été apportés dans cet étal; mais l'exemple le plus déplorable de cette alleetion que j'aie vu, est celui de deux jumeaux du Pertlisliire pour lesquels j'ai été consulté il y a quelque temps. L'un d'eux avait complètement i)crdu la \ue des deux côtés, tandis que l'autre n'avait conservé que d'un seul côté une vue très imparfaite.
Les enfants atteints de cette ophthalmie sont en proie à l'agitation et au malaise ; ils dorment mal la nuit. La langue est blanche, les intestins dérangés. Si le mal est négligé, il survient de l'amaigrissement et une détérioration profonde de la constitution.
Épidémies. — J'ai souvent remarqué que l'ophthalmie des nouveaunés est beaucoup plus fréquente dans certaines saisons que dans d'autres. M. Dequevauviller a aussi constaté ce caractère épidémique à l'hospice des Enfants-Trouvés à Paris. Line des épidémies qui régnèrent dans cette institution s'accompagna d'une éruption squameuse des paupières et du front ; une autre fut caractérisée par la marche rapide des symptômes de l'ophthalmie (1). M. Trousseau prétend que, lorsque les maladies puerpérales régnent dans les hôpitaux, comme la péritonite, la fièvre suppuralive, la gangrène de la vulve, etc., les enfants nouveau-nés deviennent sujets à une ophthalmie qui au début parait simplement catarrhale, mais qui se termine en trois ou quatre jours par la perforation de la cornée (2).
Pronostic. — Si la maladie est récente, quelque violente que soit l'inflammation et quelle que soit l'abondance de l'écoulement, tant que les cornées ne sont ni ulcérées ni infiltrées de pus, le pronostic est favorable, et la vue peut en général être conservée. Si l'on a laissé la maladie s'établir librement, et marcher pendant une semaine ou plus, elle se montre souvent longue; il peut s'écouler six, huit ou dix semaines avant qu'elle soit pai-faitement guérie. Elle est toujours plus difficile à arrêter lorsque l'enfant est exposé à un air froid et humide, que sa nourriture est insullisante ou mal choisie, que la nourrice boit des spiritueux et du porter. S'il existe une ulcération superficielle, sans onyx, il restera probablement une petite tache. Si
(1) Archives générales lie mddccinc, série, t. I, p. 507 ; t. Il, \). 9. Paris, IS-iô,
(2) Gazette médicale de Paris, janvier Vi-, 18;J2, p. .'52.
OPHTIIALMIKS.
rulcéralion est profonde, une opacité indélébile peut en être la conséquence.
[Ajoutons que quelquefois, à la suite de rinllainmation purulente de ■ la conjonctive chez les nouveau-nés, il s'eifectue dans la cornée et sans • ulcération préalable, des dépôts opaques qui [leuvent |)endant long- j temps empêcher la vision, mais qui linissent le plus souvent par disparaître. Ce fait, ainsi que le rappelle M. Lawrence (1) a d'abord été signalé par Billard (2) : « L'opacité très étendue de la cornée, dit-il, n'est pas toujours une cause de cécité permanente. J'ai vu à l'hospice des Enfants-Trouvés de Paris un enfant complètement aveugle après une ophthalmie purulente; la cornée était entièrement opaque aux deux yeux. L'enfant resta un an à l'inlirmerie, sans que l'on s'occupât de lui. Cependant, l'opacité s'effaça peu à peu; les taches diminuèrent d'étendue au point de permettre aux rayons lumineux d'arriver à la pupille. Cet enfant fut environ un an aveugle. » M. Hays dit avoir vu plusieurs cas semblables. Il cite entre autres celui d'un enfant qu'il vit en janvier 1842 et dont les deux cornées étaient opaques dans la plus grande partie de leur étendue. Cinq mois après, l'opacité avait tellement diminué, que la cornée d'un des yeux était transparente dans les trois quarts de la portion qui correspond à la pupille, et que, sur l'autre œil, un tiers de cette même portion était redevenu transparent. On avait employé, dès que l'inflammation avait été abattue, un collyre composé de deux grains de sulfate de cadmium sur une once d'eau, et, en fin de compte, les cornées avaient repris presque entièrement leur transparence (5). T. W.]
Si l'iris a fait hernie à travers un petit ulcère perforant, la pupille restera déformée d'une manière permanente, et la vision sera plus ou moins gênée. Si l'ulcère est situé en regard de la pupille, sa circonférence viendra probablement contracter des adhérences avec la cicatrice, et la vision restera perdue jusqu'à l'établissement d'une pupille artificielle. S'il existe un onyx étendu, on ne peut rien promettre, car, bien que le pus puisse s'absorber sous l'influence d'un traitement convenable, on ne peutcompter sur un semblable résultat ; le plus souvent les lamelles externes qui recouvrent l'onyx s'ulcèrent, et l'épancliement purulent peut même s'accroître au point de déchirer la cornée, qui devient ensuite en partie ou en totalité staphylomateuse. Toutes les fois que la personne qui m'apporte un enfant me dit que la maladie a marché pendant deux ou trois semaines et plus, sans qu'on ait rien fait, je n'ouvre jamais les paupières de l'enfant sans le triste pressentiment que la cornée est perdue, et il n'arrive que trop souvent que je
[(I) Lawrence. Édition américaine de son Traité des inaliulies des yeux, p. 2o4. Philadfi-
pliie, 1854.] . , , ,. , i„ I .,„.
[ (2) Billard. Traduction française de la l' -^ édition du Traite des maladies des yeux de L.nN-
rence. p. 170. Paris, 1830.] [(ô) Mays. Edil. aniér. de Lawrence, p. 231.]