‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 3)Chapitre 130 sur 144 · Une dose d'huile de ricin est quelquefois utile · texte numérisé non relu

Une dose d'huile de ricin est quelquefois utile

9. De petites doses de calomel sont exlrèmemcnl avantageuses. Un demi-grain à un grain |)ar jour suffît. Outre l'action favorable qu'il exerce sur l'étal de la conjonctive, ce remède agit encore en combattant la tendance à la formation d'une cataracte capsulairc.

10. M. Saunders recommande fortement le quinquina dans les cas où la cornée menace de se rompre. Le sulfate de quinine convient mieux et s'administre plus facilement. On peut en donner un demigrain à un grain trois fois par jour.

11. On louchera avec avantage, une fois par jour, avec le vin d'opium, après la disparition de récoulemenl, la conjonctive relâchée.

J'ai quelquefois traité certains cas, à toutes les périodes, par le vin d'opium ; mais je pense que ce remède convient mieux pendant la période de chronicité que pendant celle d'acuité. Il fait disparaître les opacités de la cornée, qui se produisent si facilement dans celte maladie.

12. L'enfant ne doit prendre d'autre nourriture que le sein. L'ingestion d'autres aliments prolonge évidemment le mal. On doit régler soigneusement le genre de vie de la nourrice. Pendant la période aiguë de l'affection, elle ne doit prendre que peu ou pas de nourriture animale, et doit s'abstenir complètement devin, de spiritueux, eld'ale. Après la terminaison de l'état aigu, si la conjonctive reste relâchée, on administrera, avec avantage pour le nourrisson, de la teinture de fera la nourrice.

J'ai quelquefois vu l'ophthalmie des nouveau-nés attaquer successivement tous les enfants d'une même mère. Je pense que le plus souvent cela tient à ce que celle-ci est atteinte de leucorrhée.

Ol'llTIlALMlES.

SECTION X

OPIITIIALMIR GONOimiIOÏQUE.

Sijn. — ('.oiijiiiiclivitis |iuro-miicosn ^loiiorrlioica. GonorrIiu;a ociili. Dit Augeiiti ipiur. Ml. <

Kig. Diilryiiiple, pl. X, (ig. 3-0.

Diiïércnles opinions onl régné à l'égard de Tinflammalion purulente de l'œil, qui accompagne souvent la gonorrhée ou qui y succède, i On a attribué cette ophthalmie : 1" à une inoculation directe de la ma- | ^ tière provenant de l'urèlhre; 2" à la métastase; 3" enfin à l'irritation I ' seule, sans inoculation ni métastase. Il est possible que ces trois modes de développement soient réels ; mais si je considère le premier i comme hors de toute contestation, le second et le troisième me sem- | blent au moins problématiques. j

Quelques médecins, tout en admettant que les faits démontrent ! l'origine de l'ophthalmie gonorrhoïque par l'inoculation , se sont i étonnés qu'elle ne se produisît pas plus souvent de cette façon, quand ils considèrent la fréquence de la gonorrhée et la négligence de tout soin de propreté qu'afiectent les individus des classes inférieures. On devrait s'attendre, disent-ils, à voir plus souvent les doigts transporter I la matière de la gonorrhée sur la conjonctive. Mais si l'on tient compte de l'instinct qui nous fait fermer l'œil à l'approche du doigt et ne nous permet guère de toucher la conjonctive qu'après avoir abaissé la paupière inférieure de l'autre main, l'on comprend assez bien la rareté relative de cette espèce de contamination.

Les femmes sont beaucoup moins sujettes que les hommes à l'ophthalmie gonorrhoïque, et le plus souvent un seul œil en est attaqué. ; Toutes les fois que l'on trouve un seul œil atteint d'une inflammation puro-muqueuse intense, les paupières fortement gonflées et de couleur livide, et l'écoulement très abondant, l'autre œil restant intact, on doit soupçonner qu'il s'agit d'une ophthalmie gonorrhoïque. Le docteur Vetch, en parlant de l'ophthalmie égyptienne, dit : « Il n'arrive pas une fois sur mille qu'il n'y ait qu'un seul œil affecté (1). »

g I. — Opiitbalmîe gonorrhoïque par inoculation. '

Obs. 374. — lin médecin qui avait été mon élève m'amena un de ses malades de la campagne, i^'œil gauclie de cet liomrae était violemment enfiammé et le siège d'un cliémosis volumineux, mais d'un rouge pâle; la conjonctive sécrétait en abondance un liquide purulent; la paupière inférieure était fortement renversée en dehors, et la cornée complètement opaque, par suite, probablement, d'un épanchemenl de lymphe et de pus entre les lamelles. Le malade était affecté de gonorrhée, et treize jours avant qu'il ne vint i

(1) Practical Treatise on Ihe Diseascs ofllie Eye, p. 195. London. 1820.

OI'HTIIALMIE GONOnilllKlQUi: ,

me trouver; il avait eu le malheur, en nelloyaiit le liquide qui s'écoulait de rurètlire,d'en faire jaillir une goutte dans son œil ganclic, ce qui avait produit une violente oplillialniie piiro-niuqueuse. La gonorriiée persistait lors(|ne je le vis. L'iiiflainniation de l'œil céda à un traitement apjiroprié, la cornée s'éclaircit hcancoup niicuv (pie je ne l'espérais, et la vue futeii très grande partie conservée. L'œil droit ne fut i)oiiitaltaqué.

Olis. 37o. — Chez un malade qui vint se confier à mes soins le 11) avril ISfil , une seule goutte d'urine avait jailli dans l'œil droit. Il avait eu une gonorriiée, mais (|iii jinraissait arrêtée quand l'accident arriva; quatre ou cinq jours après, il ressentit dans l'œil une sensation senililable à celle qu'y aurait déteriiiiiiée un corps étranger, il s'ensuivit une violente oplitlialmio purulente. L'œil fut cependant sauvé.

Obs. 376. — M. Allan rapporte l'observation intéressante qui va suivre, d'oplitlialmie gonorrlioïque coiilagicuse : — «,Ie fus consulté, dit-il, par un jeune gentleman de 17 ans pour une gonorriiée qu'il avait récemment contractée, mais qui n'était pas intense. Quelques jours après qu'il se fut adressé à moi, ses yeux s'ennammèrenl brusquement et violemment; les paupières se luniélièrent beaucoup, et il survint un écoulement très abondant, semblable il celui de la gonorriiée, qui excoria les joues, et s'accompagna de douleurs vives, d'une lièvre considérable et d'agitation générale. Malgré la violence de roplillialinie, l'écoulement de l'urètlire ne disparut point tout à coup. Au bout de quelques jours, son plus jeune frère, âgé de 14 ans, et qui ne s'était jamais exposé à contracter aucune affection vénérienne dans des relations sexuelles, mais qui couchait dans la même chambre quelui, fut afl'ecté de la même façon. La maladie fut sur ses deux yeux aussi grave que chez son frère aîné. J'appelai en consultalion ledocteur Monro et M. J. Bell ; mais en dépit de ce que nous fîmes, le plus âgé perdit les deux yeux, et le plus jeune en perdit un. Si l'on peut dire, ajoute M. Allan, que chez le frère aîné l'opbtlialmie a été due à la sympathie qui existerait entre l'urèthre et la conjonctive, et non à l'application directe du virus, cette explication ne saurait s'appliquer au plus jeune frère qui n'avait pas de gonorrhée, et qui doitavoircontracté la maladie par contactdireci, soit en se servant du même essuiemains ou du même bassin que son frère, soit en s'essuyanl la face avec le même mouchoir, ou de quelque autre manière moins évidente, et chez qui cependant la maladie fut tout aussi grave (1).

Obs. 377. — Astruc rapporte qu'un jeune homme avait l'habitude de se baigner les yeux tous les matins dans son urine encore chaude, dans le but de se fortifier la vue. Bien qu'il eût contracté une gonorrhée, il continua à suivre cette pratique, ne croyant pas avoir quoi que ce fut à redouter; mais l'urine partageant les propriétés contagieuses de la matière de l'écoulement, communiqua promplement la maladie à la conjonctive de l'œil et des paupières. Il en résulta uneophthalmiegrave qui s'accompagna d'un écoulementabondant et involontaire de larmes âcresetde matière purulente, et qui céda néanmoins au\ mêmes remèdes que ceux qui guérirent la gonorrhée (2).

Obs. 378. — Une jeune femme bien portante se lava par hasard les yeux avec une solution d'acétate de plomb et une éponge dont s'était servi auparavant un jeune homme atteint de gonorrhée; elle contracta immédiatemenl une opiitlialmie grave qui détruisit rapidement l'un des yeux et détermina le gonfiement des ganglions lyniphaliques du cou, et pour laquelle on lui fit subir un traitement mercuriel (3).

Obs. 379. — J'ai vu une mère atteinte d'une ophthalmie gonorrhoïque de l'a^il droit, qu'elle avait contractée de son fils affecté de la même maladie à l'œil gauche. Ce jeune homme avait une gonorrhée du prépuce, dont il ignorait l'origine. Ces deux veux furent détruits.

Lecoulement de l'œil, dans rophllialmie gonorrhoïque cl ihm

(1) System of Piilliologlcal and OpcnUiveSui-gcry, vol. I, p. lliô. iMlinbiirgli,, 181!).

(2) De iiiorbis vciiercis, p. 1112. Liilrliu; l'arksioi iiiu, !7.jG.

(ô) Cliiniigie eliiiique de Moiilpcllier, par le professeur Delpccli, I. I, p. 018. .Monipet-

770 oi'irriiALMiKS.

rophlhalmic ('piyplionnc, rcssoinblc Icllcinonl à celui qui s'eiïeclue par rui'èlliro «iîuis la gonorrlu'o, (jue quoliiucs auteurs se sont crus en droit d'en induire (|ue la gonoi-rhée avait dû priinitiveni(!nt son origine à rinoculalion dans rurèllirc de la matière provenant d'un œil aiïecté d'oplitlialniie éi|;y|)tienne; tandis que d'autres prétendaient que cette dernière maladie n'était que le résultat de l'inoculation, sur la conjonc- ' tive, de la matière provenant de l'urèthre atteint de gonorrhée. Les deux parties ont l'ait appel à l'expérimenlation en laveur de leur opinion. On ne peut presque rien conclure des expériences négatives qui ont été faites à ce sujet. Il est démontré, sans aucune espèce de doute possible, que de la matière provenant d'une gonorrhée de l'urèthre, appliquée sur la conjonctive, y détermine une inflammation puro-muqueuse grave, et il n'y a pas à douter non plus que l'on ait provoqué une semblable inflammation dans l'urèthre en y introduisant du pus provenant d'une ophthalmie égyptienne; mais ces expériences ont quelquefois échoué, et on a voulu tirer de ces résultats négatifs des conclusions qui ne sont pas soutenables. Le docteur Velch, par exemple, dit que chez un soldat qui était à une période très avancée de l'ophthalmie égyptienne, il a essayé de transporter la maladie des yeux à l'urèthre, en introduisant à l'orifice de ce canal du pus provenant des yeux, et que cette tentative n'avait produit aucun efl"et. L'expérience fut renouvelée sur quelques autres malades tous atteints de l'ophthalmie à sa période la plus virulente, et chez aucun l'application de la matière dans l'urèthre n'amena de résultat. Mais dans une autre expérience où le pus fut pris sur un homme aflecté d'ophthalmie purulente, et introduit dans l'urèthre d'un autre, l'inflammation purulente débuta au bout de 56 heures et détermina une gonorrhée intense. Par suite de ces expériences, le docteur Vetch, tout en admettant que la matière de la gonorrhée, prise sur une personne et appliquée sur la conjonctive d'une autre, peut déterminer une ophthalmie purulente au plus haut degré, a cru pouvoir nier qu'un malade atteint de gonorrhée fût susceptible de se donner l ophthalmie au moyen de l'inoculation du pus sécrété par son propre urèthre. Il ajoute qu'il a trouvé la confirmation de cette manière de voir dans l'exemple d'un aide-chirurgien qui, avec plus de foi que de prudence, n'avait point hésité à s'introduire dans les yeux de la matière d'une gonorrhée dont il était atteint, et chez qui cependant la conjonctive nesoufl"rit point (1). Une chose très remarquable, c'est que le docteur Guillié est tombé dans la même erreur de raisonnement que le docteur Vetch ; seulement, ses expériences ayant été négatives, sa conclusion est tout à fait inverse. Il appliqua la matière provenant de la conjonctive d'un malade sur l'urèthre d'un autre, et n'y détermina aucun eflet; d'où il conclut que

(1) Op. cil ,p. 212.

OPHTIIALMIE GONOUIUIKIQUE.

ropinion de ceux qui croienl que les iullainuialioiis puro-inu(iueuses peuvent se li-ansporler d'une mcinbi-aneà une autre chez des individus dilTérents, n'est pas fondée (1).

L'observation 574 aurait sulli pour me eoiivainore de la possibilité de la transmission de rophthalmie gonorrbéi(|ue par inonilatioii, si j'avais eu quelque doute à cet égard. Le malade contracta une gonorrhée abondante; mais ses yeux restèrent d'abord parlaitement sains. Pendant que, la tète baissée, il secouait le pénis pour le débarrasser de la matière de l'écoulement, une goutte lui jaillit en plein dans l'œil «aucbe; une violente inllammation s'y déclara sur-le-cbamp, et parcourut toutes ses périodes, restant bornée à l'œil inoculé et y produisant les résultats que nous avons indiqués, tandis que, de son côté, la gonorrhée continuait de parcourir ses périodes (2).

Diagnostic. — Il n'existe aucun symptôme positif à l'aide duquel on puisse distinguer à coup sùr une opbthalmie gonorrhéïque produite par inoculation, de l'ophthalmie égyptienne ou contagieuse. La rapidité de la marche et l'intensité des symptômes sont les mêmes dans . les deux cas , et le danger de perdre l'œil par destruction de la cornée, plus pressant peut-être que dans aucune autre ophthalmie. Le chémosis existe à un haut degré, et il y a un écoulement abondant de matière, dont la coloration varie de même que dans la gonorrhée. La surface externe des paupières n'est peut-être pas aussi tuméliée ni d'un rouge aussi sombre que dans l'ophthalmie égyptienne. Dans la première période, on remarque, dans cette dernière, que l'inflammation débute par la face interne des paupières , tandis que dans l'ophthalmie gonorrhéïque, elle attaque la conjonctive dans toute son étendue. Le meilleurmoyen de diagnostic réside dans le commèmoratif(5).

Pronostic. — En quarante-huit heures, la maladie peut avoir fait de tels progrès, que la vue est irrémédiablement perdue. Sur 14 cas rapportés par M. Lawrence (4), 9 ne portaient que sur un seul œ^il,

(1) Bibliollicque ophlhalmologiquc, t. I,p. 85. Paris, 1820.

[(2) On aurait torl lie vouloir tirer des inductions trop absolues des résultats de quelques expériences isolées. Tel individu est rcfractaire à toute espèce d'inoculation, landisquc tel autre se trouve impressionne au contact de la matière des écoulements en apparence les plus inolTensifs, sans que rien, dans l'aspect de la muqueuse oculaire, indique parfois la cause de ces différences. Dans les inoculalions pratiquées par nous dans le but de guérir le pannus par la production de l'oplithalmie purulente, nous sommes chaque jour témoins de ces étranges caprices. Mais un fait domine toujours : c'est que, chez la plupart des malades dont les conjonctives palpébrales ne sont pas le siège d'une désorganisation proTonde , surtout de celle qui est caractérisée par lexérosis,les cicatrices de leur tissu, etc., l'application d'une goutte de la matière provenant soit de l'urèthrc, soit de l'œil d'un individu atteint de bicnnorrhée, est suivie, i» un intervalle qui varie de un à huit jours, et dans la grande majorité des cas, du développement de tous les signes caractéristiques de l'ophthalmie blennorrhagique. Des faits isolés d'imniunilé ne sauraient ébranler celte loi générale dont ils ne seraient que les exceptions. T. VV. ]

(5) Le docteur Ilairion insiste sur l'existence d'un bubon pré-auriculaire comme moyen de diagnoslicde l'oplithalmie gonorrhéiquc; mais ce symptôme se montre quelquefois dansd"autres opiithalmies et n'est point constant dans celle qui nous occupe. (Annales d'Oculisliqne, t. XV. p. 1!)9. Bruxelles, ISKi. Consultez sur le diagnostic des opiithalmies égyptienne et gonorrhéïque. IloiioTw. Annales d'Oculisliqne, t. XXIV, pp. 179, 229, 2o/i. liruxelles, 18^0.

(4) Trcatise on theVcnercal Diseases of llie lîyu, p. 23. Loiidon, 1850.

OI'imi.VI.MIF.S.

01, 5 sur les deux ; dans G dos |)rciiii('i's, lu vision a clé compUHemeiu perdue du côlé alleclé, el, 5 ont conservé une vue parfaile, bien que l'un ciU déjà une synécliie aiilérieure, el l'autre un leuconuî. Des ;j qui avaient les deux yeux pris, i perdirent chacun un œil ; le cinquième les perdil tous deux.

L'inlensilé de celle opliilialmie est variable, ainsi que celle de la gonorrhée , el ses résultais bien diiïérenls cbez les divers individus, par suite de dillerenccs dans la constitution ou par d'aulres causes! (Certains yeux résistent à la désorganisation et guérissent, tandis que d'autres sont rapidement détruits. Les habitudes antérieures du malade influent beaucoup sur le résultat; l'usage habituel des spiritueux diminue beaucoup les chances favorables.

Symptômes. — Les symptômes de l'ophlhalmie gonorrhéïque par inoculation ressemblent tellement à ceux de l'ophllialmie égyptienne, qu'il est inutile de les exposer en détail. Le chémosis et le gonflement des paupières sont souvent un peu pâles. L'écoulement est ordinairement abondant et purulent. La cornée est souvent délruile par un sillon ulcéreux qui se forme à sa circonférence, dans le point où elle est recouverte el comprimée par le chémosis. Ce sillon s'étend à une portion considérable de la circonférence de la cornée, et est sujet à se perforer vers le douzième ou le quatorzième jour de la maladie, permettant alors à l'iris de venir faire saillie dans un ou plusieurs points, L'œil peut se trouver parfaitement intact et transparent le jour où on l'examine, et la cornée être rompue le lendemain malin, le plus souvent près de sa circonférence. Cet accident arrive fréquemment vers minuit et s'accompagne d'une sensation de déchirure dans l'œil. Je l'ai vu se produire pendant que le malade faisait des efl'orts pour aller à la selle. Lorsque cela arrive, la cornée paraît petite et aplatie; son centre reste assez transparent pendant un certain lemps , mais la vision est perdue. J'ai vu, d'autres fois, l'ulcération s'étendre sur une grande partie de la surface de la cornée sans entamer toute son épaisseur, au moins pendant un certain temps. La cornée semble alors se fondre; elle s'amincit tellement qu'elle se laisse pousser en avant, et que, par suite de l'amincissement, quelqu'une de ses portions peut sembler transparente. Elle cède au bout d'un jour ou deux, el un staphylôme succède ordinairement à cet état. Tout cela peut survenii' sans que le chémosis soit considérable, ni la cornée fortement recouverte par le gonflement de la conjonclive.

Traitement. — Il doit être exactement le même que celui de l'ophthalmie égyptienne. Le repos est d'une haute importance. Le malade doit être admis immédiatement à l'hôpital, et non traité à la consultation. L'abstinence des stimulants doit être absolue. On doit immédialemenl recourir à la saignée générale et locale, par les ventouses, les sangsues et les scarifications de la conjonctive, car un relard d'un

OPIITIIALMIE GONOnnuiilQUE.

jour, d'une heure, pcul devenir fatal (1). On emploiera de bonne heure les purgatifs, les éinélo-eatharliques el les diaphoroliciues. On enlèvera fréquenunenl et soigneusement la matière de Téenulemenl avee le collyre au deuto-ehlorure de mercure; on peindra plusieurs fois par jour la conjonetive avec la solution de nitrate d'argent, el l'on empêchera, au moyen de la pommade au précipité rouge, les paupières de s'acidutiner. On fera usage de la belladone avant rai)parition même de Toute ulcération. Il faut, dès le début, établir une révulsion au moyen de sinapismcs ou de vésicaloires placés à la nuque, entre les épaules, ou derrière les oreilles. Si la douleur de l'œil est pulsalive, ou si la région eircum-orbitaire est le siège de paroxysmes, de douleurs nocturnes, on donnera le calomel avec l'opium jusqu'à ce que la bouche s'entreprenne. La combinaison de l'aloès avec les pills m'a paru utile. On doit agir sur le système général à l'aide d'une préparation mercurielle, et provoquer en même temps l'action des intestins. Des fomentations chaudes, la vapeur de laudanum, des frictions opiacées sur la tète, serviront à modérer la douleur ; mais on doit surtout placer sa confiance dans les déplétifs, les révulsifs, les scarifications et les applications stimulantes sur la conjonctive. Il est aussi extrêmement utile de retrancher d'un coup de ciseaux une portion de la membrame qui forme le chémosis, afin de déterminer un écoulement de sang abondant.

Il ne faut pas se borner à la saignée seule. « L'inflammation qui est survenue, dit M. Bacot, dans le petit nombre des cas que j'ai observés, est de la nature la plus violente et la plus opiniâtre ; elle a déterminé la destruction complète de l'organe de la vision dans l'espace de deux ou trois jours, malgré l'emploi le plus vigoureux des saignées générales et locales et des autres moyens antiphlogisliques (2). » On ne doit point non plus s'en tenir aux stimulants locaux seuls , mais employer conjointement les antiphlogistiques et les astringents (3).

L'acétate de plomb et les sulfates de zinc et de cuivre, au moins au début, aggravent les symptômes. Ce sont les remèdes locaux recommandés par M. Allan ; mais l'observation publiée par lui, que nous avons déjà citée, et qui fait le plus grand honneur à sa bonne foi, démontre combien ces applications conviennent peu dans cette affection.

[Dans les blennorrhées oculaires, surtout dans l'ophlbalmie gonorrhéïque, quand un seul œil est atteint, et pour la dernière au moins, c'est le cas le plus ordinaire, le meilleur moyen de préserver l'œil sain

[(I) VoirGouzÉE. Du degré (riilililé des évacuations sanguines dans l'oplilliulmic blcnnorrliagiqiic. Annales d'Oeulisliquc, l. XXX, p. 1207, et p. 684 de cel ouvrage. T. W. ] (2) Observalions on Syphilis, p. Ad. Loiidon, 1821.

[(5) Dans celle variélii, comme dans l'oplilliaimie militaire, le nitrale d'argent est lonjour.s le premier, le meilleiiret le plus srtr îles agent.s à employer. (Voir, pour les règles de son application, Note addilionncllc des traducteurs, p. 755.) T. W.]

Ol'IlTIIALMIES.

est do le ji;ai'anl,ir do la maliôrc qui s'ocoiilo du preniior, au moyen de rocclusion |)al|)ol)i'alo, praliciucc le plus pronipleniciil el le plus eomplôtenieul possible (1). T. W.]

§ II. — Ophthalmîe gonorrhéïque par métastase.

Saint-Yves parail èlre le premier qui ail parlé de roplillialmie gonorrhéïque développée par mélaslase. Ce qu'il en dilesl très court, 11 décrit la conjonclive comme devenant dure et charnue, la maladie ayant commencé par un écoulement de matière blanche ou jaunâtre. Il avance que, dans la plupart des cas, rophthalmie débute deux jours après l'apparition de la gonorrhée, l'écoulement fourni par celle-ci ayant brusquement cessé à cette époque; d'où résulte une métastase sur l'œil. Il recommande la saignée dès le début, le mercure, les purgatifs, et les bains chauds; et comme applications locales, l'eau-de-vie étendue d'eau, une décoction de romarin, de sauge, d'hyssope, et de roses dans du vin rouge (2).

Les écrivains qui ont succédé à Saint-Yves ont accepté ses vues avec trop de confiance, et ne paraissent point s'être suffisamment jjréoccupés de rechercher si l'ophlhalmie devait sa naissance à l'inoculation ou à la métastase. L'observation suivante peut servir d'exemple de ce que l'on entend par l'ophthalmie gonorrhéïque métastatique :

Obs. 380. — Un capitaine de l'armée, âgé de 29 ans, reçut l'ordre de monter la garde à la cour, au mois de janvier, alors qu'il était atteint d'une violente gonorrliée. La journée fui extrêmement froide, et il futobligé, par les exigences de son service, de se tenir longtemps exposé à l'air le jour et la nuit. Vers minuit, il ressentit dans les deux yeux à la fois une violente douleur qui s'accrut bientôt au point qu'il lui devint impossible de supporter aucune espèce de lumière. Le lendemain, ces symptômes s'accompagnèrent d'un écoulement abondant de matière puriforme des deux yeux, avccgonflementetinilammation de la tunique albuginée. On envoya chercher un médecin qui, malheureusement très ignorant, se borna à prescrire des remèdes généraux, tels que la saignée, les purgatifs, etc., et des fomentations avec la décoction de ciguë. Le troisième jour, en examinant les choses de plus près, on trouva la cornée complètement opaque, avec un hypopion déjà formé; mais on ne vit point d'ulcération. On continua sans résultat l'usage de la ciguë. Dix à douze jours après, l'inflammation commença à diminuer, et l'écoulement des yeux s'arrêta; mais la cornée ne récupéra point sa transparence; elle resta au contraire extrêmement épaissie, et le malade resta aveugle toute sa vie (3).

Traitement. — Le seul point en quoi le traitement de l'ophthalmie gonorrhéïque par métastase diffère de celui de la même affection contractée par inoculation, consiste dans la tentative, tant recommandée par les auteurs, de rappeler l'écoulement supprimé de l'urèthre. Pour cela, on introduit dansée canal une bougie recouverte du liquide

[(1) WAni.0M0NT. Oe rocclusion palpt-brale, dans le but de préserver rœil resté sain, au début de l'ophthalmie gonorrhéiqtie. Annales (POculistique, I. XXXII, p. 127. ]

(2) Nouveau Irailé des maladies des yeux, pp. 187,209. Paris, 1722.

(3) SwEDiAun. Traité sur U-s symptômes, les conséquences, la nalure elle Irailemcnl des maladies vénériennes où syphilitiques, traduit du français, vol. I, p. 243. Londres, 1819.

OPllTIIALMIE GONOnRinhQlJE.

purulent qui s'odiappe de l'œil, ou de la malièrc provenant d'une gonorrhée d'un autre sujet. Il est probable que la simple introduelion d'une bougie produirait le résidlat (jue l'on désire ; car tout stimulus appliqué sur la nuKiueuse de Turètlire, et sullisamment actif pour déterminer une sécrétion abondante de mucus, donne lieu à un écoulement semblable à la gonorrbée. Si l'on a recours à ce moyen, il laul maintenir la bougie |)lusieurs beures de suite dans le canal, jusqu'à ce que l'on ait obtenu l'ellet désiré,

[Quelque eonlianee que l'on ail en ce procédé, confiance ((ue nous sommes loin de partager, l'on aura soin d'employer en même temps la série des remèdes actifs dont l'expérience a démontré l'ellicacité, et parmi lesquels le nitrate d'argent occupera toujours le premier rang. T. W. ]

§ lil. — Ophthalmie gonorrhéïque sans inoculation ni métastase.

Divers auteurs ont rapporté des cas d'ophthalmie puro-muqueuse survenus chez des individus qui étaient affectés de gonorrhée au moment de l'apparition de leur ophthalmie ou peu de temps auparavant. Ces auteurs ont aussi observé une sorte d'alternation entre ces deux maladies; c'est-à-dire que lorsque la gonorrhée reparaissait, l'ophthalmie se dissipait, et vice versâ. La conclusion que l'on a tirée de ces cas, c'est que ces deux maladies peuvent se transformer l'une dans l'autre sans qu'il y ait métastase. Aucun des auteurs qui ont rapporté les cas dont nous venons de parler, n'a attribué l'ophlhalmie à «ne influence sympathique nerveuse ; et cependant, si l'on écarte l'inoculation et la métastase, il n'y a absolument que les communications nerveuses qui puissent servir de lien entre des maladies occupant des organes distants les uns des autres.

Les faits qu'on a rapportés ont leur valeur, quelque idée que l'on ait des raisonnements de ceux qui les ont recueillis.

0&s.38i.—Swediaur rapporte qu'un jeune Iiomme vinlà Londres le consulter pour une oplillialmie. Après quileul essayé sans succès lous les remèdes, tant internes qu'externes, qu'il connaissait comme les plus efficaces contre l'oplitlialmie, son malade le quitta. Il n'entendit plus parler de lui pendant deux mois; puis il le vil revenir avec une gonorrhée. Il avait pendant ce temps consulté pour son oplillialmie plusieurs praticiens, sans aucun résultat avantageux; mais ayant contracté une gonorrhée huit jours avant de revenirchez Swediaur, il avait commencé à s'apercevoir que ses yeux s'amélioraient dès le troisième jour de réc.oulement urétliral. L'ophlhalmie continua à diminuer de jour en jour, et il en fut complètement quitte. Swediaur lui demanda s'il n'avait jamais eu de gonorrhée avant son attaque d'ophthalmie. Il lui dit qu'il en avait eu une quelque temps avant de venir le consulter pour ses yeux; qu'il en avait souffert beaucoup et longtemps, mais qu'à la fin récoulemonl avait disparu , et que s'il n'en avail point parlé, c'est qu'il ne supposait pas qu'il pût y avoir quelque rapport entre la gonorrhée et son mal d'yeux, qui n'était survenu que plusieurs semaines après la disparition de la première.

Swediaur ajoute que ce fait fut pour lui une leçon trop fra|)|)anle

OPimiALMIES.

pour qu'il pût jamais Toublioi', ol qu'il eut toujours soin par la suite, dans les cas (roplitlialniic semblables à celui-là , de demander au malade s'il n'avait point eu, auparavant, degonorrhée et si cette maladie avait été convenablement traitée et guérie. 11 décrit celle oplithalluie comme consistant en une inllammation clironique des yeux, et surtout des paupières, s'accompagnanl très souvent de petits ulcères ' occupant les glandes sébacées et du suintement d'une matière jaunâtre épaisse. Dans tous les cas de cette espèce, surtout (juand les malades lui disaient avoir essayé beaucoup de remèdes internes et externes contre l'opbllialmie, il n'bésilait pas à conseiller comme le moyen le plus sûr et le plus prompt de faire disparaître cette ailection, l'usage d'une bougie portée pendant une couple d'beures cbaque jour dans le canal de l'urètbre, et il termine en disant qu'il a eu la satisfaction de voir la plupart de ces cas guérir, même sans aucune autre application externe (1).

Obs. 385Î. — Un marin usait de toute son iniluence pour obtenir le commandement d'une frégate. 1! se présenta souvent à l'Amirauté, et obtint la promesse d'un vaisseau; vers la même époque il se rendit en Écosse pour y chasser le coq de bruyère, l^endant qu'il était dans ce pays, il reçut desinslructions de l'Amiraulé, par lesquelles il lui était enjoint d'aller prendre le comiiiandement d'une frégate qui clail mouillée à Falmoulh; il dut se mettre en roule sur-le-champ et prit place dans la malle-poste de Londres. Au moment même où il quittait Èdiml)ourg, il contracta une gonorrhée. Pendant le voyage, ses yeux s'enflammèrent, et lorsqu'il arriva à Londres, il avait une ophlhalmie violente avec écoulement purulent. Il était dans un état déplorable de corps et d'esprit, ne pouvait supporter la lumière, et éprouvait de vives douleurs dans les yeux.

M. Abernelhy qu'il consulta, lui demanda s'il n'avait pas déjà été atteint de gonorrhée et d'inflammation des yeux. Il répondit qu'il avait déjà eu l'une et l'autre, et que quand l'écoulement de l'urètbre s'arrêtait, les yeux devenaient malades, pour se guérir lorsque la gonorrhée reparaissait.

M. A. lui prescrivit de garder le repos dans une chambre obscure, de se laver fréquemment les yeux pendant la journée, avec une décoction de tètes de pavots, de prendre cinq grains de bliie-pills tous les soirs, avecun peu d'huile de ricin pour relâcher les intestins, et d'observer un régime très sévère. Pendant les six premiers jours l'amélioration fut lente etpeu marquée. Mais le septième jour, M. A. trouva, à sa visite, le malade assis dans sa chambre, la fenêtre ouverte, et les yeux presque complètement rétablis. M. A. en exprima son élonnement, et s'informa comment un changement aussi soudain avait pu survenir; à quoi le malade lui répondit qu'il avait eu la nuit un grand nombre de garderobes très fétides, puisque son mal l'avait abandonné. Il semble qu'il y ail eu ici une sorte de sécrétion critique du foie et de tout le canal intestinal, suivie de la disparition presque immédiate de l'inflammation irrilalive des yeux.

. M. Abernetby, dans sesLeçons de chirurgie, parle de cas semblables à celui-ci et les donne comme des exemples d'oplithalmie irritable (irritable ophthalmia) accompagnant la gonorrhée: il la considère comme bien différente de l'ophthalmie purulente déterminée par le contact sur la conjonctive de la matière provenant de l'urèthre ; c'est pour lui une affection constitutionnelle. Il dit qu'il a rencontré très

(i)SwF.Duun. Traité sur les symptômes, les conséquences, la nalurc et te Irailemenldcs maladies vénériennes ou syphilitiques, traduit du français, vol. I, p. 247. Londres, 1819.

opiiTiiALMin: r.oNonuiii'iQiiE.

soiivciU les (lcu\ maladies, et qu'il a coiiiiii beaucoup de personnes sujeltes au rhunialisnie articulaire, aux écoulements de Turètlirc, cl à cette ophthalmic irritable, et que ces diverses allections se monlraicnl à tour de rôle. Lorsque le rlunnatismc cessait, récoulemeni urélbral apparaissait; lors(|uc celui-ci cessait à son tour, rallection ocnlaire se montrait : ces maladies se succédaient ainsi sans interru|)tion. Il dit que si le chirurgien se laisse ellVayer par cette oplilbalniie irritable, et que, la prenant pour un de ces cas formidables dans lesquels l'œil est atteint de gonorrliée, il saigne et purge fortement le malade, le mal ne fait que s'aggraver. Des émissions sanguines modérées i)euvent être utiles, dit-il; mais le principal objet que l'on doive avoir en vue, c'est le soin de l'état général, llien ne convient mieux que de rétablir les organes digestifs du malade et de l'envoyer à la campagne (1).

Les deux observations que nous venons de citer, ainsi que les remarques dont elles sont accompagnées, montrent quelle diversité existe dans les idées que l'on s'est faites concernant l'ophthalmie qui, chez certains individus, accompagne la gonorrhée, ou alterne avec elle. Il est de toute évidence que les ophthalmies que l'on a observées en pareil cas sont loin d'être toujours de la même espèce. Celle décrite par Swediaur ne paraît avoir été qu'une ophthalmie tarsienne ; celle rencontrée par M. Abernethy ressemble beaucoup à rophthalmie catarrhale, et il est probable qu'il ne s'agissait que d'un cas de cette nature. Comme on reconnaît que dans ces cas il n'y avait eu ni inoculation, ni métastase, on peut parfaitement douter qu'il y ait eu entre la maladie de l'urèthre et celle de l'œil d'autre rapport que leur existence simultanée chez le même individu, avec celte cii-constance, que leur origine peut être attribuée à une susceptibilité morbide spéciale par suite d'idiosyncrasie ou d'atTaiblissement de la constitution.

Le conseil que donne Swediaur d'employer la bougie, dans les cas où l'ophthalmie alterne avec la gonorrhée, sera probablement utilement écouté. H est évident néanmoins, que l'on ne peut se fier à ce moyen seul et que l'ophthalmie doit être traitée suivant les sy mptômes particuliers qu'elle présente, et non d'après des idées conjecturales sur la cause qui l'a produite.

Dans une prochaine section, je parlerai d'une o[)hthalmie des membranes internes de l'œil, qui est la conséquence de la gonorrhée, et que j'appellerai iritis gonorrhéïqiie .

(I) Leçons duns tlic Lanecl, vul. VU, p. b. Lonilon,182S.

OPIITIULMIES.

SECTION XI

[OIMITIIALMIE DIPIITHÉRITIQUE.

L'existence, dans certaines variétés de la conjonctivite oculaire ou palpébrale, d'une fausse membrane qui se développe sur celle muqueuse, est un fait désormais acquis à la science. Quelles sont les formes d'oplithalmies dans lesquelles ce produit se nianifesle?()uclles sont les indications à en tirer pour le pronostic et le traitement? Ce sont là des questions qui méritent de lixer un instant notre alteiilioii.

En 184-7 déjà, M. le docteur Bouisson, de Montpellier, signalait (1), sous le nom de pseudo-membraneuse, une forme non encore décrite d'ophthalmie ; « affection très grave, disait-il, et que la perte de la vue suit irrévocablement. » Plus tard, M. Chassaignac, ayant reniar(iuc chez les nouveau-nés affectés d'ophtbalmie purulente et traités par les douches oculaires , la présence d'une fausse membrane sur la conjonctive palpébrale, poursuivit ses recherches sur cet objet et en donna, dans divers recueils, les résultats, qui furent réunis et publiés dans les Annales cl'Oculistique (n" de janvier 1856). D'autre part, le docteur Graefe, de Berlin, a appelé maintes fois l'attention sur une affection grave de l'œil, dont la présence d'une fausse membrane est le caractère anatomique principal (2).

Les descriptions fournies par ces auteurs, et du produit pathologique, et des symptômes de cette intéressante affection, diffèrent essentiellement. L'ophthalmie pseudo- membraneuse des nouveau-nés, décrite par M. Chassaignac n'offre, pour ainsi dire, aucun rapport avec l'ophthalmie diphthéritique dont M. Graefe a tracé l'histoire. C'est à cette dernière que nous nous arrêterons surtout : la promptitude de la marche, la gravité des symptômes, les particularités du traitement, justifient l'attention particulière que nous y apporterons. Nous avons dit un mot de la fausse membrane qui se remarque dans l'ophthalmie des nouveau-nés, à la section qui traite spécialement de cette variété de la conjonctivite purulente (p. 764, note.)

Symptômes de l'ophthalmie diphthéritique (5). — Dans un œil à l'état normal, ou, plus fréquemment encore, dans un œil déjà atteint d'un processus inflammatoire d'une autre nature, il se développe toutà-coup, avec la sensation de l'augmentation de la chaleur, une douleur piquante, accompagnée d'une sécrétion plus abondante de larmes, avec tuméfaction de la paupière supérieure. Cette tuméfaction est bornée au tissu conjonctival et ne s'étend guère aux paupières qui sont, en

r(1) Annales d'Octilisliqiie, t. XVII, pp. -iO, 100.]

S Deulsohe Kiinlk, m5, n» 55. - Annales d Oculis.iquo, t. XXXI, p. 2o7. - Arcluv fu.

nnlillialmoln"ie Band. 1 , Abl. I , p. 168. Berlin, 1834.]

ÏS) AichW^^^^^ de médeeiiie niLlilaire, l. XVII, p. -52. De la conjonclivile d.phll.cnuque, par GiiAEFiî, Irad. par Binard.]

OPHTIIALMIE DIPIITIIKUITIQUE.

général, peu gonflées; lu eonjonclivc, auconlraire, a consitlérahlcinenl augmenté d'épaisseui'. Un cliémosis peu prononcé se inanilesle bientôl. La conjonclive n'est pas, dans ce cas, roi lenienl injectée ; on n'y observe qu'un réseau à larges mailles, l'ormé des vaisseaux les plus volumineux, et qui, dans le principe, se terminent i)rès du bord de la cornée, que parfois ils dépassent plus lard. La muqueuse, dans l'intervalle de ces vaisseaux, a un aspect jaunâtre avec une teinte d'un rouge faible, qui ne parait pas formée par des vaisseaux déliés, mais par l'exsudation de la matière colorante du sang. Déjà, dans le principe, on voit se foi-nier de petits points rougcàlres en très grand nombre; ce qui foit paraître le cliémosis comme marbré ou finement tacheté. Ces petits points n'augmentent pas de volume, ils sont également répartis sur le tissu de la conjonctive; mais ils sont plus sensibles sur la conjonctive oculaire, sans doute parce que ce feuillet conjonctival étant plus mince, les épancbements s'y fout eu plus grand nombre, ou parce que la présence de la sclérotique, qui tranche par sa coloration blanchâtre, fait mieux ressortir le contraste qui existe entre ces petits points rougeàtres et les parties intermédiaires. Le chémosis n'est pas entièrement fluctuant, et même, dans le principe de la maladie, il n'a pas une dureté très grande. Si l'on fait une incision dans le tissu de la conjonctive, il ne s'en écoule aucun liquide, car le tissu cellulaire sous-muqueux est, comme cette membrane, infiltré de fibrine coagulée à l'état gélatineux.

Quand on renverse la paupière supérieure, on la trouve d'une raideur remarquable, et ce n'est qu'avec grand'peine et en causant beaucoup de douleur au malade, qu'on parvient à la retourner. C'est au point que M. Graefe a dù administrer le chloroforme à ses malades, toutes les fois qu'il devait examiner leurs paupières, tant étaient violentes leurs soufl'rances et vives leurs appréhensions. En voyant la surface de la conjonctive, on pourrait croire qu'elle n'oflre pas un état morbide bien grave, puisqu'elle est polie et ne présente que peu de rongeur. Toutefois, cette surface, d'une coloration jaunâtre polie, n'est pas le tissu propre de la conjonctive, mais un exsudât fibrineux qui pénétre dans son épaisseur et qui, en y abolissant presque complètement la circulation, en amène la destruction et par suite celle de l'œil. Cet exsudât jaunâtre ne se laisse pas facilement détacher de la surface de la muqueuse. En l'examinant avec attention, un phénomène frappe d'abord : c'est Vabsence de vaisseaux apparents, ou bien l'étal spécial qu'y présentent les canaux vasculaires encore visibles. Ou aperçoit bien cet exsudai en faisant regarder le malade en bas et en renversant la paupière supérieure jusqu'au point d'apercevoir le repli oculo- |)alpébral : la membrane offre toujours alors un aspect spécial lardacé. Chez les enfants, la portion de peau qui existe entre les deux bords palpébraux est aussi très caractéristique, car on y trouve quelques plaques d'exsudation qui tranchent , par leur forme bien définie et leur coloration

OI'IITIIALMIES.

blnncliiUro, sur les parties voisines. La paupière inférieure est ellemême raille, peu mobile et présente toujours une forte teinte rougeàlre.

A ces phénomènes viennent s en joindre deux autres : l'augmenlalion de la chaleur et l'écoulement d'un liquide. La chaleur s'élève quelquefois à un très haut dei^ré dans l'oplithalniie diphthériti(|ue; elle est appréciable par le toucher et encore par la promj)titude avec laquelle s'échaullenl les compresses qu'on y a|)pli(|ue. Les malades doivent renouveler leurs compresses d'eau glacée toutes les 2y à 50 secondes; ils éprouvent une chaleur insu|)portable qui s'élève quelquefois jusqu'au ca/or mordax. — Le liquide qui s'écoule est d'un gris sâle; il augmente rapidement dans le principe, et bientôt après contient de nombreux flocons jaunâtres. Il est composé principalement de larmes , dont la sécrétion est considérablementaugmen tée, et sa coloralion grisâtre dépend en partie de nombreux fragments d'épitbéliuni, de détritus granuleux, et en partie de la matière colorante du sang, décomposée et dissoute, qui a été absorbée par la muqueuse eccbymosée ; enfin, les taches jaunâtres dépendent des coagulum fibrineux, auxquels adhèrent de nombreux globules purulents et qui sont fréquemment unis aux parties plus solides du tissu mortifié.

Cet état dure plus ou moins longtemps. La tuméfaction des paupières a ordinairement acquis, dès le principe, son plus haut degré; toutefois, sa diminution ne dépend pas nécessairement de celle du processus . diphthéritique, car souvent ce dernier prend un accroissement de mauvais augure quand la tuméfaction de la paupière diminue. Les ecchymoses disparaissent peu à peu, et la coloration devient toujours d'un rouge jaunâtre ou d'un jaune pâle quand la coagulation augmente.

Après un certain temps de ces symptômes qui constituent le premier stade, la raideur des paupières disparaît, la surface de la conjonctive commence à se tuméfier et à prendre un aspect spongieux, les masses fibrineuses se détachent en quantité de cette surface, ce qui donne un aspect particulier à la muqueuse quand cela se fait régulièrement. En effet, quelques plaques blanchâtres sont comme isolées au milieu de la conjonctive qui a sa vascularisation habituelle dans les autres points, si ce n'est toutefois qu'elle est privée de son épithélium ; les rameaux vasculaires sont à nu, et il n'est pas rare de voir dans cette période survenir des bémorrhagies spontanées assez abondantes. Les portions de la muqueuse dépouillées d'épitbélium se tuméfient alors de plus en plus, et, par suite d'un afflux de sang plus considérable, revêtent un aspect assez analogue à celui d'une blennorrbée chronique, avec celte différence, cependant, que l'infiltration profonde de la muqueuse, qui a une marche rétrograde, insensible, donne toujours la sensation d'une certaine résistance des diverses parties de la muqueuse. C'est dans cette phase de l'aflection que se forment des nodosités constituées par de petites élevures réunies en masses plus ou moins volumineuses et formées

OPIITIIALMIE DIPIITHÉKITIQUE.

de cci'laines portions de la nuifiueusc plus ou moins saiilanUîs. Ces nodosilés ont un fond commun, iTsislant dans son tissu, bien que sa surface soit déjà recouverte de papilles vasculaires. IMus raiïection est ancienne, , plus ces nodosités se ramollissent et plus tôl, par conséquent, la muqueuse revêt la même forme que dans la hlennorrhée chronicpie.

De semblables changements ont lieu sur la conjonctive oculaire, où le cliémosis perd sa coloration jaunâtre et sa dureté : un réseau vasculaire dense se développe de plus en plus; une tumeur peu consistante entoure la cornée, et,- à cette époque, il ne serait plus possible de bien établir le diagnostic de la dipluhérite. C'est le second stade de la maladie.

Le troisième stade est caractérisé par un certain degré de rétraction de la paupière et la formation d'un tissu de cicatrice. La rétraction est en raison directe de la quantité et de la profondeur de l'inliltration librineuse primitive. Dans les cas où celle-ci a été faible, il n'en résulte qu'une rétraction peu importante, qui a la forme d'un léger voile cicatriciel; dans ceux où elle a été abondante, il survient souvent une rétraction générale avec incurvation de la conjonctive. Chez certains malades, on peut, tous les jours, enlever plusieurs foisdela conjonctive de fausses membranes de trois quarts de ligne d'épaisseur, qui représentent la forme de cette membrane, avec un trou au centre, correspondant à la circonférence de la cornée.

Tels sont les symptômes patbognomoniques de la conjonctivite diphthéritique; d'autres, siégeant dans la cornée, viennent fréquemment s'y joindre et donner à la maladie son principal caractère d'excessive gravité. La cornée, dont la transparence s'était conservée, ou avait même pris un plus vif éclat, se trouble ; une légère opacité exsudalive s'y manifeste, à travers laquelle l'iris n'apparaît plus que comme à travers un voile. Ordinairement, 12 à S-i heures après, le point opacifié, qui s'est agrandi, est dépouillé de son épithélium; l'opacité qui, dans le principe, était d'un bleu grisâtre, prend alors une teinte plus foncée, d'un jaune sale, quand la peMe de substance est bien réelle. Cette perle de substance, commencée par l'érosion de l'épilhélium, qui n'est autre chose qu'une ulcération, peut néanmoins se présenter sans que la cornée ait rien perdu de sa transparence. L'ulcère ainsi formé s'étend en surface et en profondeur, si l'exsudation diphthéritique persiste. Examiné à la loupe, on trouve qu'il est couvert d'une foule de petits points jaunes qui, à cause de leur ténuité, ne peuvent être reconnus à l'œil nu, mais qui, par leur ensemble, constituent une certaine masse d'un aspect chagriné. Dans certains cas, particulièrement chez les enfants, l'aspect de l'ulcère est tout autre : son fond s'élève jusqu'au niveau de la partie voisine ; il est blanchâtre et comme formé de feuillets superposés du centre à la circonférence, de façon qu'une coupe obli(iue y ferait reconnaître dillérentes couches. Dans ces cas, l'ulcère est privé de toute transparence, et il ne semble en récupérer que quand

OPiniIM.MIES.

il est sur le point de se perforer, et qu'il n'a plus à percer que la lamelle la plus profonde de la cornée (lame élastique postérieure). Les malades croient, à ce moment, pouvoir se réjouir parce que la vue leur est rendue; mais la perforation ne tarde pas à les désillusionner.

Causes et nature de la maladie. — La nature de Tophtluilinie diplithérilique réside dans une disposition inhérente à la muqueuse elle-même, et c'est ce qui détermine la marche de la maladie, en fait le danger, et sert à indiquer le meilleur traitement à lui opposer.

Les causes en sont obscures; aussi doit-on se borner à mettre en lumière quelques faits qui sont de nature à conduire à leur connaissance.

1° La diphlhérite est une maladie générale. Elle se montre plus fréquemment chez les individus malades que chez les individus sains; certaines affections des organes internes surviennent fréquemment pendant sa marche. Ainsi, M. Graefe a vu, sur 40 enfants atteints de diphthérite, trois fois la mort survenir à la suite de croup, quelquefois à la suite de pneumonie ou d'hydrocéphale ; très souvent aussi elle coïncide avec des intlammations de la peau, de nature diphthéritique, aux ouvertures du nez, aux angles de la bouche, ou sur des points où avaient été antérieurement appliqués des vésicatoires.

Le développement de la diphthérite dans l'œil seul est aussi l'indice non contestable d'une affection générale. En effet, elle s'accompagne d'une fièvre vive avec forte chaleur de la tête et présentant des exacerbations périodiques, une perte complète de l'appétit et un état d'aifaissement considérable ; symptômes qu'on rencontre surtout chez les enfants. — On l'a vue fréquemment liée cà l'éruption dentaire. — La syphilis congénitale a peut-être un rapport plus direct avec la diphthérite : sur 40 enfants atteints de celte dernière affection, 8 avaient des signes incontestables de syphilis. — Quand un œil est atteint, la maladie se déclare assez souvent à l'œil resté sain, alors même qu'il a été couvert d'un bandage et que le malade a été l'objet d'une surveillance attentive à empêcher l'inoculation. Le traitement général diététique et altérant est d'une efficacité réelle.

2° La cause principale de la diphthérite réside dans l'influence épidémique. Tandis que plusieurs mois se passent souvent sans qu'il s'en rencontre un cas, on voit souvent s'en manifester un grand nombre à la fois. Les épidémies paraissent se montrer de préférence au printemps et en automne : M. Graefe en a observé une dans l'automne de 18o2. Comme dans toutes les autres épidémies, c'est dans les premiers temps que la maladie est le plus grave; aussi, au début, on voit souvent l'affection de la cornée se manifester au bout de quelques heures, tandis que, plus tard, elle n'apparaît que dans le stade blennorrhoïdal.

3» Les nouveau-nés n'ont aucune disposition particulière pour la diphthérite. On ne rencontre chez eux que cette forme dans laquelle, avec l'exsudation assez abondante et fibrincuse de la surface de la

OPHTII.VLMIE DIPIITHÉRITIQUE. 78o

imiqueuse, se voit aussi un exsudât lil)iMncux (jui en recouvre la couche la plus exlcrieure et qui donne une cerlaine raideur à la paupière

quand on voul la relourner.

4» La diplilhcriie conjonclivale est posilivenienl con/«ryîe».sc' depuis rinslani de son apparilion jusqu'à la disparition de (oui produit de sécrétion morbide. L'inoculation et les observations prouvent que le sécrétumest principalement contagieux à l'époque où, sous forme d'un liquide d'un gris jaunâtre, se lait la sécrétion dipblhéritKiue et Mrulentc. Le transport du sécrétum sur un œil donne lieu le plus souvent à l'inoculation de la maladie; mais quelquefois elle n'agit que comme un irritant local et se borne à y provoquer une simple inllammalion blennorrhoïdale, comme, par contre, le pus de simples blennorrhées peut donner lieu au développement de l'alleclion diphthéritique. Ces résultats diflërents dépendent vraisemblablement des conditions locales et constitutionnelles inhérentes à chaque individu. Les premières douleurs et le gonttemenl morbide se déclarent ordinairement 8 à 12 heures après l'inoculation ; mais la maladie n'a guère son ensemble caractéristique qu'au bout de deux à trois jours.

5« Les causes locales qui sont spécialement prédisposantes sont les inflammations déjà existantes et certaines influences traumatiques de date récente. C'est pourquoi il faut, autant que possible, s'abstenir de pratiquer des opérations sur les yeux pendant les épidémies de diphthéri te.

6° Si l'on s'en rapporte à l'absence de toute description de cette maladie, si bien caractérisée, de la part des auteurs de tous les autres pays, ce n'est guère qu'en Allemagne que l'ophthalmie diphlhérilique se présenterait. Elle règne assez fréquemment à Berlin, où, en dehors des épidémies, il s'en rencontre presque constamment des cas isolés. En Belgique, nous n'eu avons jamais observé un seul cas, et il n'est pas à notre connaissance que d'autres médecins aient été plus heureux. Nous ne pouvons donc mieux faire que d'emprunter à M. Graefe, qui a eu de nombreuses occasions de la traiter, la relation détaillée de cette grave aflection.

Diagnostic. — La diphlhérite ne peut guère être confondue qu'avec l'ophthalmie gonorrhéïque; et, comme le traitement de ces deux affections diffère essentiellement, il importe d'en tracer d'une manière précise le diagnostic différentiel.

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