‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 3)Chapitre 34 sur 144 · TUMEUR ENKYSTÉE DANS LA GLANDE LACRYMALE · texte numérisé non relu

TUMEUR ENKYSTÉE DANS LA GLANDE LACRYMALE

Cette maladie a été soigneusement décrite pour la première fois par Schmidt, sous la dénomination de glandula Incnjmalis hydatoïdea (1).

Elle consiste dans une collection d'un liquide ténu dans le lieu qu'occupe la portion supérieure de la glande lacrymale. Schmidt croit que ce liquide est une accumulation de larmes et que le kyste n'est, au début, qu'une des loges celluleuses qui renferment et maintiennent unis les grains ou acini qui composent la glande. Sous le rapport pratique , la question de savoir s'il s'agit réellement d'une tumeur lacrymale, ou d'un kyste développé à la place de la glande, ou ayant tout au moins des rapports intimes avec elle, oiïre assez peu d importance. L'hvpotlièse de Schmidt sur l'origine du kyste est tout à M incompatible avec l'idée que celte an'eclion puisse avoir la moindre analogie avec l'entozoaire, connu sous le nom (Vhydatide.

La rareté de cette aHection ressort bien de ce fait, que Schmidt n'en rapporte que deux observations, el que Beer, dans toute sa vaste

(1) Ucbcr die KninldicilendesTlii'anrnoriîaiis.p. 05.\Vien,

TU.MKLîR KiNKYSTÉK DANS I.A GLA.NDK LACnYMALK. 151

pralique, n'en a miconlré ([iie trois cas (1). Dans un des faits de Hcor, le diagnostic ne put cire coniplélc qu'après la mort. Il trouva dans la luineur une petite (|uantité d'un liquide qu'il n'hésita pas à a])peler des larmes; il était ténu, trnnsi)arent, âcre et salé au goût. Dans le second cas, il ouvrit la tumeur pendant la vie; le Ihiide (pii s écliappa était jaune comme du sérum et si âcre que, appliqué sur la langue, il détermina sur-le-chani]) la formation d'une petite plilyclùne. Quant au troisième cas, Beer ne fut consulté qu'une fois au début de la maladie.

Symptômes. — Le développement d'une tumeur enkystée dans la lilande lacrymale marche, dans certains cas au moins, très-rapidement; les conséquences en sont non -seulement douloureuses, mais même dangereuses. Un des symptômes les plus saillants de cette affection est le déplacement de l'œil. Il est chassé en avant hors de l'orbite, et poussé en dedans et en bas vers le nez; la désorganisation de l'œil peut en être la conséquence finale.

Quand l'affection ne produit que Vexophthalmos, le malade, qui peut être bien à tous autres égards, accuse une douleur obtuse profondément située dans l'orbite. La douleur ressemble à quelque chose qui pousserait l'œil hors de cette cavité. Elle se fait surtout sentir pendant les mouvements de l'œil, et notamment dans ceux qui ont pour but de le porter en dehors vers la tempe. Elle saccroît de jour en jour. On n'aperçoit encore rien de changé dans la forme ou la texture de l'œil et des paupières. Bientôt, à la douleur profonde de l'orbite vient s'ajouter une sensation de tension dans cette cavité et dans le côté correspondant de la tète ; on commence à voir que l'œil est un peu poussé en avant et du côté du nez. A part quelques vaisseaux isolés, on n'y voit point de rougeur. Le malade sent son œil sec. Il ne peut le mouvoir sans augmenter ses souffrances et provoquer l'apparition soudame d'étincelles lumineuses. Enfin, il lui devient impossible de le raouvon-. Les objets qu'il regarde avec l'œil déplacé lui paraissent delormes. Quand d regarde avec les deux yeux, l'axe de l'œil étant devie, d voit les objets doubles. Plus la tumeur pousse l'œil hors de l orbite, plus la vision s'affaiblit et se trouble. A mesure que la maladie marche, le malade perd l'appétit et le sommeil; l'hémicrànie ne cesse m jour m nuit; enfin la vision se perd complètement. L'œil est tellement déplacé qu'il repose en quelque sorte sur la joue; les paupières perdent la faculté de se mouvoir, la supérieure reste forlemeni élendue sur le globe oculaire saillant. Le malade cherche constamment à recouvrir 1 œ,l avec les paupières, et chaque fois qu'il tente de le faire, cet u-c, roule du eôlé du nez. On sent avec le doigt à l'anode temporal ae I œil, entre lui et le bord externe de Torbito, quchiue chose de dur

(I) l-chrc von .len Augcikmakheitcn, vol. Il, p. 597. Wicii, 1817.

152 MALADIES UES OUCANES SKCUÉTELUS DES LAKMES.

el de i'ôsislaïU. Euliii ToL'il se Irouble, el si l'on ne l'ail rien pour alléf^er , les symplômes, le coma el la morl peuvenl survenir.

Si la lunieur protUiil Vexophtkahnie, oulrc la douleur obtuse el prolondénienl située dans lorbite, il y a aussi douleur dans \\v\\ lui-niènie; el tandis que dans le premier cas, l'organe, quoique déplacé, conserve son aspect ordinaire , dans celui-ci il est rapidement détruit par l'inllammation. Il suppure, et à moins qu'on ne l'ouvre avec le bistouri, il éclate el laisse échapper de la matière ichoreuse et du sang. Les membranes ne s'affaissent point après celle évacuation; mais l'œil, sous l'aspect d'une masse charnue amorphe, continue à faire saillie hors de l'orbite, montrant ainsi combien son organisation a souffert. La douleur continue à se faire sentir dans l'œil ([ui a éclaté el du même côté de la tête ; le malade est privé d'appétit et de sommeil, et les glandes lymphatiques de la face s'engorgent. Quand un malade se présente avec ces symptômes, on est naturellement disposé à croire à l'exi.s tence de celle affection , ou à quelque autre altération de la glande lacrymale; mais si l'on sent, entre le bord temporal de l'orbite et le globe de l'œil détruit, une dureté résistante, toute hésitation doii cesser. Il est même probable que l'affection peut être reconnue à une période moins avancée.

S'il était permis de tirer des conclusions du petit nombre d'obseivations publiées sur cette affection, nous dirions qu'elle a plus de tendance à se terminer d'une manière fatale lorsqu'elle s'accompagir d'exophthalmos, que lorsqu'elle amène l'exophthalmie. Néanmoms dans les cas négligés de tumeur enkystée dans la glande lacrymale s'accompagnant d'exophthalmie , la désorganisation peut envahir le. os de l'orbite, et déterminer la mort en s'étendant jusquau cerveau lui-même. C'est ce qui survint dans un des trois cas de Beer.

Traitement. — La cure radicale de la tumeur enkystée dans la glande lacrymale devrait consister sans aucun doute dans I extirpation de la tumeur , pratiquée avant que l'œil ne fasse une sadlie marquée ; malheureusement il n'est guère possible à celte époque de diagnostiquer l'affection d'une manière sulïisanle pour agn- amsi. D'ailleurs, quand même il serait possible d'établir un diagnostic certain, il serait difficile d'enlever, sans emporter aussi la glande, une tumeur xesiculeuse qui se serait développée dans l'intérieur de cet organe, ou qui tout au moins aurait conlracté avec lui des adhérences aussi inlimes. 1 est probable qu'on préférera généralement recourir a un traitement palliatif qui ])ermette de conserver l'œil et la vie du malade, et qui même, employé à temps, puisse donner l'espoir d'une guérison complète Celle cure palliative s'obtient en ponctionnant la tumeur. La ponction doi se ppaiiquer à l'aide d'une lancette ou d'un bistouri caché iniroduil, aulaui que possible, au-dessous de la paupière supérieure, ^[^^'^^^ "^ lieu où siège la glande lacrymale. Si la Uimeur se reforme ap.es la

TUMEUU EiNKYSTlîlE DANS LA GLANDE LACRYMALE.

fennelure de la plaie, on renouvelle ropération. Si clic a élé pratiquée au-dessous de la paupièi-e supérieure, il n'y a pas à songer à niuinlenir l'ouverture à l'aide d'une bougie ou de tout autre corps étranger; mais dans le cas où la paupière supérieure est si étroitement ap|)li(|uée sur le globe de l'œil (|u'aueun instrument ne puisse être passé entre eux, la tumeur doit être ouverte à travers la paupière supérieure, et alors on pourra très-bien placer dans l'ouverture un morceau de corde à boyau, qui permettra au liquide de s'écbappei' à mesure qu'il se forme, ce qui pouri-a amener une cure radicale.

Dans quelque point qu'on pratique l'ouverture, il est peu probable que l'on puisse parvenir à extraire le kyste; cela est arrivé néanmoins dans un des cas de Schmidt. Cette maladie étant fort rare, je crois bon de mettre les observations suivantes sous les yeux du lecteur :

Obs. m. — Un soldai, âgé de 26 ans, robuste et replet, fui pris de fièvre à la fin de novembre 1800, à la suite de fatigues et de rexposillon au froid. D'après l'iilstolre de son affeclion, il paraît qu'il eut un typhus léger qui céda aux moyens appropriés, de sorte qu'au commencement de janvier 1801, il put quitter l'hôpital et rejoindre son régiment Quelques jours avant son départ, il éprouva dans l'œil une sensation obtuse de compression profonde, mais il partit néanmoins sans en parler au médecin traitant. Quand il fut de liuit jours au régiment, cette douleur devint plus constante et plus vive; mais comme il n'apercevait rien de dérangé dans son œil et que la vision était bonne, il laissa marcher les choses. A la fin de la troisième semaine, la sensation de compression augmenta- la douleur devint intense, elle s'étendait à l'œil et à la moitié correspondante de la tête - l'œil devint rouge et sec et commença à faire saillie; des spectres lumineux lui apparurent souvent, la vue lui manqua par moments; le sommeil était interrompu. Ces symptômes le mirent hors d'état d'accomplir ses devoirs de soldat; son chirurgien lui conseilla l'application d'un cataplasme chaud. Le mal empira de jour en jour. Au commencement de la quatorzième semaine, l'hémicrânle et la douleur dans l'œil se firent sentir jour et nuit d'une manière affreuse, au point de lui ravir tout repos; l'œil sortit si complètement de l'orbite, que lorsqu'on était placé du côté opposé, on ])ouvait l'apercevoir au-dessus de la racine du nez : il était légèrement rouge, mais point tuméfié; humide et glissant mais prive de la vision. L'appétit qui s'était maintenu jusque là disparut; l'agitation du malade fut poussée à son comble. On l'amena en cet état, le 4 février, à l'hôpital de Vienne. Schmidt le vit le 5 de bon matin pour la première fols. Outre les symptômes que nous venons de mentionner, il trouva le malade affecté d'une contraction spasmodique du muscle oblique supérieur, par suite de laquelle l'œil était à chaque instant attiré davantage hors de l'orbite et dirigé vers le nez. Les paupières n'étale'u auîùnemém gonnees mais elles avalent été repoussées loin de l'œil. Schmidt sentit distinctemeni une d rete résistante à l'angle temporal de l'orbite. Il déclara à ceux qui suivaleri; visite que la maladie siégeait dans cette cavité et consistait probablement en une tumeur

sur I œi et la tete, ne purent calmer cette douleur furieuse. Le 6, de bon matin Schmidt

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itndus et allongé.; la veine ophthalmique est variqueuse. La glande lacrymale est

134 MALADIES DI'S ORGANES SÉCRÉTEl'ftS DES LARMES. j

plus pelile que de coutume, el la tumeur fluctuaule lui est Intimement unie. Les acini j isolés, éloignés de la tumeur, et dirigés vers la paupière supérieure, sont volumineux et i plus cohérents, tandis que ceux qui sont situés sur la tumeur sont petits et paraissent plus séparés les uns des autres qu'à l'état normal. La tumeur avait d'avant en arrière un pouce de diamètre, et un peu moins en largeur et en épaisseur. Elle était étroitement appliquée sur la moitié externe du globe de l'œil, qu'elle maintenait, même après la mort, hors de l'orbite et vers le nez. Elle avait une enveloppe externe el une interne. L'externe était une membrane cellulcuse épaisse. Entre elle el la membrane interne existait quantité de fluide intersUtiel. La membrane interne était très mince, semi -transparente, el contenait un fluide limpide. La plus extérieure des deux membranes ne pouvait que diffleilemenl cire séparée des acini disséminés de la glande; l'interne se séparait facilement de l'autre (1).

Obs m — Une jeune campagnarde vint à Vienne, en mai 1802, réclamer l'assistance de Sclimidl Elle avait sevré son enfant deux mois auparavant, et s'étanl exposée au froid immédiatemenl après, elle avait ressenti une violente hémicrânie et de la douleur dans l'œil Quelques jours après, l'œil s'enflamma fortement, enfla, et fit saillie hors de l'orbite Quand cette femme vint trouver Scbmidl, l'œil enflammé avait le volume du poing d'un homme; la cornée avait été détruite par la suppuration, et l'iris se trouvait recouvert par une production récente et d'aspect verruqueux, de sorte que ce ne fui au'avec difflcuUé qu'on reconnut l'œil dans cette masse charnue amorphe. Schmidl trouva avecl'hémicrànie et la sensation constante d'une pression douloureusedans l'orbite, lous les symptômes détaillés dans le cas ci-dessus, à l'exception des mouvements spasmo diaues de l'œil 11 mentionne le gonflement de la glandé parotide du même coté le long de la branche de la mâchoire, mais fl est probable qu'il s'agissait plutôt d'un des ganglions lyninhaliques qui siègent dans celte glande. La malade fut admise à l'hôpital dans le service M Ruttorlïer qui, passant un petit trocarl aplati au-dessous de la paupière supérieurdirigea la pointe de l'instrument vers la fosse lacrymale, où l'on sentait la dureté el i. résistance 11 sortit à l'instant par la canule plus d'une once d'un fluide exlrememeril clair La canule fut enlevée, et pendant plusieurs jours ce fluide clair s'échappa par la Plaie" Quelques heures après la ponction, l'hémicrànie s'amenda brusquement et considérablement, et l'exophthalmie diminua de jour en jour. Au quatorzième jour, on aperonl danHa p aie une ligne blanchâtre ressemblant à du pus, mais qu'on essaya en van, d'abslerger à l'aide d'un peu de charpie. M. RuttorlTer l'ayant saisie avec des pince., ratura au dehors : c'était le kyste, ou l'hydalide, comme il a plu à Schmidl de l'appe er: d'apr s la figure qu'il en donne dans son ouvrage, il ne devait pas avoir moins d^iii pouce de diamètre. Le vingt-huitième jour, la femme sortit de l'hôpital; son œil etaii réduit à un petit moignon (2).

D'après Tétat que revêt l'œil dans celte affection, lorsqu'elle détermine l'exophtlialraie , il n'est pas invraisemblable que quelques cas de cette nature "aient été pris pour des cancers de l'œil, el qu'on ail extirpe celui-ci en même temps que le kyste. Nous trouvons dans les Plulosophical Transactions de 1755, un exemple d'une méprise de cette nature, rapporté par M. Spry (5).

Obs 124 — La femme d'un marinier se plaignait de- ressentir une violente douleur d'ins l'œil gauche; elle éprouvait aussi par moments une douleur intense à la lempe au S^ôll et de l'altéialion dans la vision. Elle s'imagina aussi que son œil éla. S en é de vo urne; mais après examen on ne le trouva pas plus gros que l'au re. L cïnï e néanmoins, perdit sa transparence, el la pupille resta dilatée. Le calibre des

(1) Op. cil.,i).90.

'(î) l-Ïkibical ï.ansarli..,.s, vol. XLIX, pari. L p. 18. Lo.ulon, 175G.

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