‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 3)Chapitre 42 sur 144 · I.NFLAMMATION PHLEGMONEUSE DES PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

I.NFLAMMATION PHLEGMONEUSE DES PAUPIÈRES

Syn. — Blepharilis phlegmonosa.

L'inflammation pblegmoneuse des paupières s'observe plus souvent chez les enfants que chez les adultes ; elle occupe plus souvent la paupière supérieure que l'inférieure.

Symptômes. — La paupière malade est d'une couleur rouge foncé, • haude, gonflée, et très douloureuse au toucher. Le gonflement s'étend Il partir du bord libre de la paupière, mais il est généralement arrêté par le contour de l'orbite. Il devient bientôt si considérable que l'œil lie peut plus s'ouvrir; la moindre tentative pour le mouvoir augmente l)caucoup la douleur. Si l'inflammation n'est point enrayée, la douleur devient pulsalive, le gonflement augmente, sa couleur est d'un rouge livide, et il commence à s'élever en pointe ordinairement vers le milieu de la paupière. La douleur s'accompagne alors d'une sensation de pifiure. La dureté du gonflement diminue, et sa partie la plus proé- 'iiinenie devic-nl moins sensible au toucher. Enfin, la paupière tombe <■'> suppuration, la fluctuation s'y manifeste, et bientôt l'abcès crève >oil a travers les téguments, soit à la face interne de la paupière.

Causes. — Les excoriations et les autres lésions de la peau qui

recouvre les paupières, en amènenl rinflanunalion plilegmoncusc ; mais i assez souvent, surtout cliez les enfants, les causes en sont obscures.

Pro7îostk. — Si l'on néglige celte allection, ou si on la traite mal, une partie de la peau des paupières peut être détruite par ulcération, ou par rinflammation poussée jusqu'à la gangrène, ce qui aura pour conséquence la rétraction de la paupière, et peut être l'ectropion.

Trailement. — Des sangsues sur la paupière gonllée, suivies de l'emploi d'une application évaporante en permanence, conviennent j à la première période purement inflammatoire. Le malade sera t aussi purgé et maintenu au repos et à la diète. Si ces moyens i n'arrêtent pas l'inflammation, on doit faire usage d'un cala- i plasme de pain et d'eau chaude, placé dans un petit sac de toile, et aussitôt que la fluctuation devient distincte, ouvrir l'abcès avec la lan- ; cette, en faisant l'incision transversale et parallèle aux plis naturels de la peau des paupières. Le pus se trouve d'ordinaire immédiatement au-dessous de la peau. On doit continuer l'usage du cataplasme jusqu'à ce que le gonflement disparaisse et que l'écoulement du pus cesse.

SECTION IV

mFLAMMATION ÉUYSIPÉLATEUSE DES PAUPIÈRES.

Syn. - Blepliaritis erysipelatosa - Inflammation cellulaire diffuse des paupières. Fig. Dalryraple, pl. VII, flg. 5.

Dans l'érysipèle de la face, appelé vulgairement la rose, les paupières, les supérieures surtout, sont fort affectées. L'érysipèle peut aussi débuter par les paupières, et rester borné à l'une ou a l autre d'entr'elles, ou s'étendre à toutes deux. Iln'y a ordinairement qu un seul côté de la face qui soit pris, mais ils peuvent l'être tous deux à la fois, , ou l'un d'abord, puis l'autre ensuite. L'intensité de la maladie est très- • variable. Lorsqu'elle occupe les paupières sans y déterminer de goii- • flement ni de vésication, et qu'elle suit une marche chronique, on i

l'appelle én/f/tèîne.

Symptômes locaux.-Bms l'érysipèle, les paupières sont fortement i .ronflées de sorte que l'œil reste fermé. La tuméfaction est d une • couleur 'rouge paie, quelquefois écarlate intense, ou même d'un rouge sombre et livide. La rougeur disparait quand on comprime pourt reparaître dès qu'on cesse la compression. La douleur, en gênera , n est ni considérable, ni pulsative. On sent que la tuméfaction est cbaiido et le malade y accuse une sensation de picotement et de \ru 'H'^^^^^^ s'cflcctue souvent un épanchement séreux au-dessous dclepidcnm ; soulève sous la forme de vésicules. Celles-ci se rompent o sent échapper le liquide qu'elles contenaient et qui forme des ci ouïes.

INFLAMMATION ÉRYSIPÉLATEUSE DES PAUPIÈnES.

A la clmle de celles-ci, on trouve ordinairement la peau saine, et le ^onllement se dissipant, les paupières récupèrent la l'acuité de se mouvoir.

Dans les cas plus graves, l'inflammation détermine la suppuration et la mortification de la couche celluleuse sous-cutanée. La rougeur, en pareil cas, revêt une teinte plus livide ; le gonflement est plus considérable, s'accompagne prompleinent de tension et de dureté, d'une elialcur et d'une douleur intenses, et de pulsations marquées. Au début, le tissu aréolaire contient un liquide semblable à du petit lait. M. Lawrence dit qu'il a vu cet épanchement des paupières ])resque d'un blanc de lait. Il devient graduellement jaune et purulent; il est répandu au milieu du tissu aréolaire gonflé et tellement désorganisé, (pic lorsque l'abcès est ouvert, il s'échappe sous forme de lambeaux imbibés de pus. L'abcès érysipélateux difl'ère de celui qui succède au phlegmon en ce qu'il n'est point limité par un cercle d'inflammation adhésive, mais s'étend irrégulièrement dans toutes les directions, en déterminant une mortification étendue de la couche celluleuse. Ces abcès communiquent au doigt une sensation particulière de ramollissement. Si on les néglige, le pus peut se former aussi bien au-dessous 'il muscle orbiculaire des paupières qu'en dehors de lui, et la couche gamenteuse des paupières peut elle-même se trouver détruite. La )eau cède enfin dans un ou plusieurs points ; il s'échappe une petite luantité de pus, et l'on peut extraire des lambeaux de tissu cellulaire désorganisé. Lorsqu'on laisse ainsi un érysipèle intense parcourir loutes ses périodes, les paupières sont tellement allérées par l'adhéii'iice de leurs divers tissus, due à la destruction de la couche celluleuse, (ju'il faut un long temps pour qu'elles recouvrent, si toutefois elles le font, leur flexibilité et leur mobilité naturelles.

La conjonctive, les follicules de Méïbomius et les organes excréteurs des larmes souffrent toujours plus ou moins dans l'érysipèle des paupières. Une sécrétion puro-muqueuse s'accumule, durant la nuit, le long des bords libres des paupières, dans l'angle nasal ou interne de l'œil ; ce qui fait que le praticien inexpérimênlé peut confondre 1 érysipèle avancé des paupières avec l'oplithalmie conlagieuse. L'ahsorplion des larmes est empêchée, et il se fait une légère accumulation de mucus dans le sac lacrymal. Le larmoiement (smicklimn lacrymarmn) persiste quelquefois après que tous les autres symplômes oui disparu. Dans les cas graves qui se sont terminés par une suppuralion difiuse, le pus pénètre (|uelquefois dans le sac lacrymal qui se trouve deja distendu par la présence d'un excès de mucus. Lorsque la peau s est ouverte, un observateur superficiel peut se laisser tromi)er par l état des parties, croire à l'existence d'une fistule du sac lacrvmal et en conséipience ouvrir ce sac. Il peut néanmoins se faire que h. matière purulente d'un abcès érysipélateux pénèire dans le sac lacry-

168 MALADIES DU SOURCIL lîT DES PAUPIÈRES.

mal, qui se trouve ainsi rempli d'un pus venu du dehors, el à la , production du((uel la membrane qui le tapisse n a en rien contribué. Ce dernier cas, que nous nommerons, ])our le distinguer, fislule fcmase du sac lacrymal, doit être soigneusement distingué du i)reinier cas dans lequel le sac reste entier, bien qu'il soit distendu par du inncus, et des autres alTections que nous décrirons ci-après, et dans lesquelles la matière purulente qui remplit le sac est le produit de l'inflammation de la membrane qui le tapisse. Le sac et les canaux lacrymaux sont quelquefois tellement endommagés, lorsqu'ils sont compris dans des abcès érysipélateux, qu'ils restent pour toujours dans l'impossibilité d'accomplir leurs fonctions.

L'inflammation érysipélateuse qui s'étend des paupières au tissu cellulaire de l'orbite, se termine quelquefois par la formation d'un abcès dans celte cavité, ou par un épanchement de matière à l'intérieur de la capsule orbitaire. C'est là un des modes, peut-être le plus fréquent, quoique le moins connu, par lequel l'érysipèle de la face ou du cuir chevelu amène une terminaison funeste. On attribue généralement la mort, en pareil cas, à un épanchement dans le crâne, mais elle peut survenir sans qu'on puisse découvrir à l'autopsie aucune trace d'inflammation du cerveau ou de ses membranes. La formation du pus dans l'orbite s'ellectuc tantôt soudainement, tantôt lentement et d'une manière insidieuse. On le rencontre quelquefois déposé en petites quantités dans diflerents points de l'orbite.

M. Piorry rapporte plusieurs cas analogues à l'observation suivante:

-143 - Une femme, âgée de 60 ans, qui avait été admise à la Salpélrière pour une bm dUle iégè e, ut prise d'un érysipèle qui débuta par la joue droite et aflecta o?i„d pa ement la rég on du sac lacrymal. La rougeur s'étendit aux paupières qui enlleï poTntl clore complètement l'œil. La maladie gagna les autres parties de la faœ éîl'œiUu côté 0 posé. Le point pris le premier perdit Son élasticité e quatrième jou

m t de lLpîi'.i.enl. La santé générale ne fut d'abord point ««^''^ ;> "JJ'^ f J s'éleva à mesure que la maladie lit des progrès , et le troisième jour, la lupeui , le co m ^1 1. délire v nren s'aiouter aux autres symptômes. Le cuir chevelu elait a peine pris. On ,e con d^a 0 d'tÏÏd^ maladie comme grave ; la diète et quelques loUons siniples i^^uS'tout le traitement. Lorsque les symptômes ^'J^S-™'^:^- ^ ^ nières fortement distendues se couvrirent de plilyctenes, on appliqua des saUsSues en ^ and Tolre et '0 emplova les dérivatifs sur les extrémités inférieures. Ces nio>cn

que celle des a'utres parties du corps. Elle était a peine «pa- s- • 0 « n. p . r n ^n deux Délits abcès du volume d'un pois dans le tissu cellulaiie de la put aïoiic, ou

enlevant la voûte de l'orbile droit, on trouva de petib depotbdc 1^"^ " d,

liM'LAM.MATlON ÉUVSIPKLATK USE UKS l'Al'IMKUF.S.

k' cuir clievelu. Le cerveau ue présentail aucune trace (l'iiiflaiiiinalion ni d'apparence morbide. Les poumons élaicnl le siège d'une pneumonie. L'eslomac, d'ailleurs sain, contenait une quantité considérable d'un liquide verdiitre d'apparence bilieuse. Les inlesliiis étaient sains (1).

Il peut arriver que le lissu cellulaire de l'orbite ne supjjure pas, bien qu'il soit le siège d'un œdème inllammatoirc considérable. Lorsque les syniplùmes aigus commencent à diminuer, on trouve quelquefois le globe de Focil immobile, saillant en avant, ou même amaurolique, à cause de la compression qu'il a subie.

Obs. lU. — Dans un cas que j'ai observé, oii les paupières supérieure et inférieure avaient suppuré et avaient clé tenues closes pendant longtemps, la conjonctive ayant été fort enflammée, la paupière supérieure avait contracté des adbérences avec le bord inférieur de la cornée. Une ulcération de celle partie avait sans doute précédé ce symblépliaron. On put faire passer facilement une sonde au delà de celte adhérence, qui fut divisée pour rendre à la paupière la faculté de se mouvoir. Le centre de la cornée fut trouvé transparent, la pupille de dimension normale, mais immobile, et la rétine insensible.

Symptômes généraux. — L'érysipèle des paupières est généralement précédé de frissons et s'accompagne d'une excitation fébrile considérable. La langue est cbargée et les organes digestifs sont fort dérangés dans leurs fonctions. Dans les cas funestes, la mort est précédée de délire, de soubresauts des tendons et de coma.

Causes. — Comme cette affection éclate souvent d'une manière soudaine et sans lésion traumalique locale, il est probable qu'elle doit son origine à quelque état particulier de l'atmospbère ou à la contagion. Elle attaque certainement de préférence ceux dont l'estomac et les mtestins sont en mauvais état. Elle peut aussi être produite par des causes locales, telles que des lésions traumatiques légères des piqûres de guêpes ou d'autres insectes, des plaies par incision ou par décbirure des paupières, les coupures ou autres lésions du cuir clievelu 1 application de vésicatoires sur la tête, l'exposition subite des yeux au iroid après qu'on a beaucoup pleuré, etc.

Traiiement. — Un éméto-cathartique est le meilleur des remèdes généraux à employer au début d'un érysipèle ; on donnera, par exemple, un ou deux grains de tartre stibié avec une once ou deux de sulfate de magnésie dissous dans deux pintes d'eau, dont on prendra une tasse toutes les deux lieurcs. Cbez les sujets robustes , la sai^-née ttu Dras sera utile; mais on ne peut guère employer ce moyen chez le sujets âges ou adaiblis. On peut appliquer des sangsues à la tempe ou derrière 1 oreille. Lors.p.'on a bien vidé l'estomac et les intestins, à la'dièir"''' '^''l^''^'"^^'^!"^^''^- Le malade doit être lenu

vV.TnZ\ S'""' ""''"""^ '''^'-^ "'^ Salpêl. iùre, en 1832,

170 MALAIJIKS 1)1! SOrUCll. KT DKS 1>ADI'IÈ1U:S .

Il existe un préjugé dans le vulgaire contre l'emploi des applications . humides dans Térysipèle; mais j'ai souvent vu l'usage des lotions évaporantes être utile dans cette alleclion , et jamais je ne l'ai vu nuire. Ou peut éponger la partie malade avec de l'esprit de vm, ou la tenir humectée avec de l'eau et du vinaigre.

Une solution de nitrate d'argent dans la proportion de 4 grains par once d'eau, dont on instille (luelques gouttes, une ou deux lois par jour sur la conjonctive, arrêtera l'excès de sécrétion du mucus.

On a rarement l'occasion d'appliquer rinstrument tranchant sur les paupières atteintes d'érysipèle. Il y a cependant des cas où il fauly praticiuer des scarilications et même des incisions assez prolondes.

La méthode de sir Richard Dohson consiste à pratiquer de petites piqûres avec la pointe d'une lancette sur toute la partie enflammée : il en fait de 10 à 50 , puis il favorise l'écoulement du sang et du sérum à l'aide d'une éponge imhihée d'eau chaude. Si les parties restent rouges et tendues, il recommence cette opération deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures (1). Si l'on y a recours de bonne heure, cette méthode diminue la durée de l'affect.on ; dans tous les cas elle débarrasse les vaisseaux à un degré remaiMiuable, prodml ainsi une amélioration locale, et contribue de plus a diminuer l in ens U^des symptômes cérébraux et généraux. Elle empêche la formation d phlyclènes et, ce qui est plus important, ce le de la suppuration Pounu que les piqûres soient petites et qu'on ne les fasse pas s etendr u p tite incisions, elles ne laissent aucune trace apparente, même s r rneau si unie du front, et encore moins sur celle des paupières (I). Le iocteu' B bt (2) rapporte dix observations d'érysipèle traite par les pet s piqûres les paupières étaient affectées dans la plupart rtM^el es, et cette pratique parait avoir été très avantageuse.

Cs e cas gra es e qui menacent de se terminer par la suppuratim i au avoir reeouil aux incisions. Une ou deux incisions mnsv^rsales intéressant la peau et la couche sous-cutanee ck la pauiè pratiquées de bonne heure, peuvent prévenir la suppu-

t on e la morlili ation ; plus tard, elles ont encore 1 avantage . • un^r 1 ssue facile Ju'pus et au tissu cellulaire désorganise^ 0 do nciser la paupière avec précaution, couche par couche, .1 li^^ mmédfatelnent un cat^lasme chaud de pain et d eau. Le lecteur trouvera dans le quatorzième volume des Mccl,co-Chn n aiaUri^^ tions, un bon mémoire de M. Lawrence, sur la na.u^ rjit u I i an!>a , , • j i^>„uel se trouvent nombre d obseï-

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PIII.KIUTI' l)i:S l'.VriMKllKS.

ci'oire que I allcclion se i)ropage au lissu cellulaire de riiilérieur de lorbile, il faut, adiniiiisirer le caloniel el ropiuin, e( a])pli(|uer des \(''siea(oires derrière l'oreille el aux leni|)es. Si l'œil est devenu Irèsproéiuinenl el (pi'il y ail (juelque proliabililé que cet élal soil du à riiilillralioii du pus dans le lissu cellulaire inlrà-orbilaire, ou à une colleelion de liquide dans la capsule orhilaii'e, il l'aul lui ouvrir une issue à l'aide de la lancelle. La nialièrc s'accumule le ])lus souvcnl (Milre le globe de l'œil el le ])lancher de Toi'bile. Quand même une incision profonde ne délei'minerail pas la sorlie du pus, elle n'en serail pas moins utile par l'écoulement de sang auquel elle donne lieu. Le procédé pour ouvrir la capsule orbilaire consisle à inciser la conjonclive au devanl de l'espace compris entre les muscles droit interne et droit inférieur, comme dans l'opération du strabisme, et à enfoncer alors la lancette en arrière, le long du globe de l'œil.

S'il esl survenu une pseudo-fistule du sac lacrymal, il faut la laver une fois par jour avec un mélange d'eau tiède et de vin d'opium. On introduit ensuite dans l'abcès, en ayant soin de ne pas la pousser assez pour qu'elle pénètre dans le sac, un peu de cbarpie imbibée du même liquide. Si, après la guérison de la fistule, la blennorrhée du sac persiste, il faut la traiter comme nous l'expliquerons dans la troisième section du chapitre VL

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