ECTROPION, OU UENVERSEMENT EN DEHORS DES PAUPIÈRES
plaie saigne abonclaininenl, ce qui conlribue à lacililcr le replacement de la paupière. On applique alors des baiidelelles agglulinalives s'étendant de la paupière supérieure à rinférieure, puis une compresse et une bande; on renouvelle ce pansenienl de temps en temps, jusqu'à guérison complète.
Pronostic. — Il est important de faire remarquer que, bien que le pronostic dans les cas de cette nature puisse élre lavorable, en ce qui concerne la paupière, nous ne devons cependant jamais nous prononcer sur ce que deviendra la vision, à moins que nous n'ayons pu bien voir 1 elat de la cornée. Dans les cas de renversement, négligés pendant plusieurs jours, le gonllement de la conjonctive peut être tel qu'il soit impossible de voir la cornée lors de la première inspection de l'œil ; on doit, en pareil cas, avertir les parents du malade qu'il est impossible de rien promettre quant à la vision. Après que, par l'emploi des scarilications et des autres moyens, on aura réduit la paupière et qu'on en sera arrivé à pouvoir examiner la cornée, il est possible qu'on la trouve staphylomateuse, et que la vision soit par conséquent perdue (1).
§ II. — Ectropion, suite d'excoriation.
Syn. — Renversement elironique. — Eclropiuni senile. Fig. Ammon., Zweiter Tlieil, Tob. V; Dalrymple ,' pl. 11, flg. 2.
La cause la plus fréquente du renversement en dehors des paupières est l'excoriation de la paupière inférieure et de la joue, suite d'ophthalinie catarrhalede longuedurée, oud'ophlhalmie tarsienne. On trouve, dans cette variété, la peau de la paupière rétractée, son bord tarsien arrondi, les ouvertures des glandes de Méïbomius oblitérées en partie ou en totalité, les cils détruits, et une portion considérable de la conjonctive enflammée qui reste d'une manière permanente exposée à la vue.
Cet état est, chez les enfants, la conséquence de l'ophthalmie tarsienne négligée, et chez les vieillards, de l'ophllialinie catarrhale chronique. Chez les premiers, le déplacement de la paupière a ordinairement été précédé d'une ulcération superficielle fort étendue de la peau, et c'est la cicatrisation de la plaie qui a raccourci la paupière et l'a attirée en bas. Chez les personnes âgées, au contraire, il ne parait guère s'être fait de travail de cicatrisation ; il semble plutôt que l'orhiculaire des paupières a perdu la faculté de soutenir la paupière, et que le muscle tenseur du cartilage tarse, étant aussi allaibli, laisse le point lacrymal tomber en avant.
Au début de la maladie, la conjonctive exposée est gonflée, d'un rouge pâle, et douée de sa sensibilité tactile naturelle. Mais sous l'in-
t. XXVl'T'i-o'r*' '"^ ^''"'"""'"^ reclropion sarconiatc.ix. - Annales d-Qculisliquc,
274 MALADIES DU SOUI\CIL ET DES PAUPlÉnES.
Iluencc de l'aclion conslaïUe do l'air sur une partie qui n'était pas destinée à se trouver exposée à son aetion, et par le contact accidentel . des corps extérieurs, la conjonctive de la paupière renversée prend I graduellement une couleur plus rouge, un aspect i)lus ferme que ■ d'habitude, et elle finit par devenir insensible au contact de substances qui, au début, déterminaient de la douleur ou la Taisaient saigner.
Cette maladie entraine comme conséquences le larmoiement et des ■ attaques accidentelles d'inflammation du globe de l'œil. Ces accidents sont les effets inévitables de la cessation des fonctions de la paupière ' inférieure. Cette paupière, lorsqu'elle est renversée en debors, ne recouvre plus complètement la partie inférieure de l'œil, et celui-ci reste exposé à de nombreuses causes d'irritation contre lesquelles elle était destinée à le protéger. Les larmes ne sont plus dirigées en dedans vers le point lacrymal, celui-ci ne se trouve plus, comme à l'état normal, eu contact avec l'œil, de sorte que les larmes peuvent s'échapper sur la joue.
Si l'on ne fait rien, et que la cause qui a produit le renversement continue à agir, la paupière s'allonge transversalement, de sorte que, si l'on parvient à remédier à son déplacement et à la ramener au contact de l'œil, elle ne s'y ajuste plus convenablement, sa longueur étant devenue plus que suffisante pour recouvrir exactement la surface de cet organe.
L'cctropion par excoriation ne s'observe que rarement à la paupière supérieure, et il n'y est jamais très marqué.
Traitement. — 1 . On doit d'abord tenter de faire disparaître, à l'aide des moyens appropriés , les symptômes encore subsistants de l'ophthalmie qui a déterminé le renversement.
2. On remédiera à l'état de rétraction de la peau en fomentant fréquemment les paupières avec de l'eau tiède, puis en les enduisant, après les avoir essuyées, avec de l'onguent à l'oxyde de zinc. Ces moyens adoucissent la peau de la paupière déplacée, la rendent plus souple et la garantissent contre le retour de l'irritation.
5. Il est très utile de scarifier la conjonctive, aussi bien que de maintenir la paupière relevée dans sa situation normale, à l'aide d'une compresse et d'une bande soigneusement appliquées.
4-. L'application d'un escharotique à la surface interne de la paupière est un moyen efficace de combattre la tendance au déplacement dans celte variété de la maladie. Le sulfate de cuivre, le nilrale d argent solide ou en solution, conviennent très bien. Quelques chirurgiens vont même jusqu'à employer dans ce but l'acide sullurique (1). ^ On fait relever la paupière supérieure par le doigt d'un aide, et Ion recommande au malade de regarder en haut; alors le chirurgien ren-
(1) Voyez GuTiiniE's Lectures on Uie Opcralive Surgcry of llicEyc, p. Cl. London, 1825.
ECTROPION, OU nENVERSEMENT EN DEIIOUS DES PAUPIÈRES. 27o
versant le plus possible la conjonctive de la paupière inférieure, et l'essuyant soigneusement, passe le crayon de nitrate d'argent tout le lon^dc sa surface : celle-ci devient blanclie inslanlanéinent du moment où elle a été toucbée ; on la lave avec un pinceau en poils de cbaineau trempé dans l'eau.
Si Ton préfère l'acide sulfurique, on l'applique à l'aide d'un petit morceau de bois ou de l'extrémité mousse d'une sonde qu'on y a trempée, et qu'on frotte sur la conjonctive palpébrale en |)renant bien soin d'éviter le point lacrymal, la caroncule, le repli semi-lunaire et le globe de l'œil. La portion de conjonctive touchée par l'acide blanchit; on entraine immédiatement l'excès de celui-ci par un jet d'eau lancé à l'aide d'une petite seringue. Si l'on trouve que l'acide n'a pas sunîsamment blanchi la conjonctive, on en renouvelle l'application en prenant les mêmes précautions.
On réitère l'application du caustique ou de l'acide sulfurique tous les quatre jours. Aucun deux ne détermine d'eschare; ils agissent en provoquant une rétraction générale, et après une ou deux applica- ( lions, une diminution évidente du renversement. On doit, tant que la I paupière n'a point repris sa position normale, revenir de temps en temps aux applications escharotiques.
5. Si tous ces moyens échouent, on pratique l'excision d'une portion de la conjonctive relâchée et épaissie. Avant d'y recourir, il faut calculer exactement quelle est la quantité de conjonctive à enlever pour
I que la paupière reprenne sa place. Si Ton en retranche trop peu, on j voit persister un certain degré de renversement. Si l'on en retranche ' trop, on peut produire une maladie nouvelle, l'inversion ou renversement en dedans, qui est au moins aussi fâcheuse que celle que l'on t essaie de guérir. L'opération et le traitement consécutif sont les mêmes que pour la première variété d'ectropion dont nous avons déjà parlé. Si l'on a bien calculé la portion à enlever, l'ectropion est guéri dès que ! la conjonctive s'est cicatrisée.
6. Dans les cas très défavorables de celte variété, on peut rej courir avec avantage à l'ablation d'une portion cunéiforme de toute 1 l'épaisseur de la paupière; opération à laquelle on est fréquemment
obligé de recourir dans la troisième variété de Taffection qui nous ' occupe.
7. Dieffenbach a proposé une opération qui a pour but de corriwr ' d emblée la position vicieuse de la paupière et de rétablir l'antagonisme I naturel qui doit exister entre la couche interne et la couche externe du
voile palpébral. Il n'enlève aucune portion delà conjonctive ni du car- "lage tarse. 11 forme un pli aux téguments en les pinçant, cl les divise > par une incision parallèle au bord inférieur de l'orbite, et située quelques : l'gnes au-dessus. Cette incision doit s'étendre aux deux tiers de l élen- ""c transversale de la paupière. 11 dissèque le lambeau semi-lunaire
ainsi formé jusqu'au bord adhérent du cartilage tarse, qui dans les * cas de renversement en dehors se trouve plus rapproché de l'œil que ; le bord libre; là, il perfore la paupière et incise la conjonctive dans * une étendue égale à celle de la plaie externe. Il saisit alors à l'aide • d'un crochet la conjonctive et le cartilage tarse, les attire dans Tin- • cision externe et les y lixe à l'aide de la suture entortillée. • On peut pratiquer la même opération à la paupière supérieure (1).
g m. — Ectropion, suite de cicatrice (2),
Fig. Aminon, Zweilcr Tlieil, Tab. V.
La cicatrice qui détermine cette variété de renversement succède ordinairement à une plaie, à un abcès, à un ulcère, ou à une brûlure. Bien que la nature s'eflbrce, en pareil cas, de produire une substance nouvelle pour remplacer la peau détruite, les parties cependant ne reviennent pas complètement à leur état primitif. L'ulcère est recouvert en partie aux dépens de la peau saine environnante, qui est attirée et ramassée vers la plaie, en partie par une membrane de nouvelle formation, qui, bien que nous lui donnions le nom de peau, ne possède que très imparfaitement les propriétés de l'ancien tégument. Elle n'est ni aussi étendue, que la portion de peau perdue, ni aussi souple, ni aussi élastique, ni aussi mobile sur la partie sous-jacente. Elle est unie et luisante, et à peine susceptible de distension ; mais, ce qui se rapporte surtout au sujet que nous traitons en ce moment, la peau saine environnante est attirée vers cette production nouvelle : elle est froncée et forme des plis nombreux, et pour nous servir de la comparaison familière employée par M. Hunter, le tout a l'aspect d'un morceau de peau qui aurait été cousu dans un trou beaucoup trop grand pour lui, et qui aurait par conséquent obligé à plisser l'ancienne peau environnante, aOn de l'attirer vers la nouvelle et de la mettre en contact avec elle.
Les plaies déchirées de l'une et l'autre paupières, lorsqu'on les laisse se cicatriser sans précaution, sont très sujettes à amener le renversement en dehors. On voit la paupière supérieure, surtout, quelquefois complètement renversée et formant en haut une saillie anguleuse, à la suite d'une déchirure négligée ou mal pansée.
A la suite des brûlures graves, les paupières restent ordinairement fortement plissées, rétractées et indurées, et il n'est pas rare de les voir toutes deux à la fois alfeclées d'ectropion. La peau ayant ctç détruite depuis le bord libre de la paupière jusqu'au sourcil ou jusqu a la joue, la paupière est complètement repliée en arrière et adhère
(1) Staijb. De Blcpliuroplaslic.!, p. 70. Borolini, ISÔÎj.
[(2) Ammlesd'Oculisliciue, 1. XXI, p. 226,-1. XX\ , p. 121.]
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dans toute son étendue au contour de l'orbite. Souvent aussi il arrive que la peau "qui environne les paupières renversées ayant soullcrt , se trouve remplacée par une cicatrice dure, résistante, et qui s étend au IVonl, au nez, à la joue et à la tempi;.
Le déplacement étant beaucoup plus graïul dans les cas de celle espèce que dans la variété produite par une simple excoriation, les effets en sont encore plus désagréables pour le malade. L'œil est plus exposé au conlact des corps étrangers et s'enflannne plus souvent ; la difformité est plus marquée. La sensation de froid qui est la conséquence de l'absence de protection exercée par les paupières, est souvent des plus prononcées.
La paupière est quelquefois attirée loin de l'œil à un point véritablement étonnant, et ladifformité qui en résulteesl hideuse. Ainsi Cloquet(l) rapporte le cas d'un malade de l'hôpital Saint-Louis, airecté de renversement en dehors des deux paupières inférieures par suite d'ulcères syphilitiques de la face. La paupière inférieure gauche avait été attirée en bas jusqu'à l'angle externe de la lèvre supérieure. Le cartilage tarse n'était point détruit, mais allongé, et formait au niveau de la lèvre une légère élévation blanchâtre et courbe d'où naissaient les cils.
Traitement. — Après avoir fait connaitre l'origine et les effets de cette variété de renversement, il nous reste à examiner jusqu'à quel point elle est curable, ou, en d'autres termes, s'il existe quelque méthode à l'aide de laquelle on puisse faire cesser ou contrebalancer la rétraction ^ produite par le travail de la cicatrisation.
Cette rétraction, loin de diminuer d'elle-même, s'accroit graduellement pendant un certain temps alors que la cicatrisation parait déjà i| complète, à cause de l'absorption des granulations sur lesquelles la peau nouvelle s'est formée. Les choses restent ensuite stationnaires pendant t un certain temps ; mais au bout de quelques années, l'état de tension ■> de la paupière déplacée s'est un peu relâché, et l'œil n'est plus aussi ' complètement découvert. Les mouvements mécaniques auxquels les parties sont soumises, augmentent un peu la souplesse de la cicatrice, qui devient aussi un peu moins solidement attachée aux tissus sousjacents. Les parties qui étaient d'abord soudées ensemble d'une manière immuable, cèdent un peu aux mouvements qu'on cherche à leur communiquer; l'action des absorbants, en enlevant une portion de la substance adventice qui attachait les téguments, contribue à ce léger '■•■lâchement. Voilà les seuls efforts spontanés que fasse la nature pour retabhr les parties dans leur état normal.
L'an a cherché à remédier à l'aide d'une méthode; plus prompte el plus ellicace, non-seulement à cette variété de renversement, mais encore ■I loiites les conséquences pareilles que le travail de cicatrisation peut
W^Pmhologie chirurgicale, p. 136, pl. X, flg. 17. Paris, 1851.
(lélerniinei' dans les diverses parties du corps. Celse (1) donne la description de l'opération que Ton pratiquait de son temps pour la cure de cette espèce de renversement. C'est la même que celle qui était mise en usage par les anciens chirurgiens pour le lagoplilhalmos, et (pie j'ai décrite dans la section précédente. Lorsque la maladie existait à la paupière supérieure, on pratiquait jusqu'au cartilage une incision en forme de croissant dont les deux cornes étaient dirigées en bas. Lorsqu'elle siégeait à la paupière inférieure, on exécutait une semblable incision, mais avec les deuxeornes dirigées en haut. On maintenait écartées, à l'aide de charpie, les deux lèvres de l'incision qu'on forçait à se guérir lentement par un travail de granulation. On espérait que l'espace qui existait entre les deux lèvres de la plaie serait comblé par une substance de nouvelle formation, qu'en conséquence la paupière, considérablement allongée, reprendrait sa position normale, ou que, en d'autres termes, le renversement se trouverait guéri.
Cette opération a été fréquemment essayée autrefois ; mais, bien loin de procurer la cure permanente du renversement, on a souvent constaté qu'elle ne faisait qu'augmenter la maladie que l'on voulait guérir. Immédiatement après que l'incision a été pratiquée, il est possible que la paupière reprenne, en grande partie du moins, sa situation normale. Une amélioration peut persister tant que dure le travail de granulation ; mais dès que la plaie se guérit, le renversement se reproduit, et au bout de quelques mois les choses peuvent se trouver pires qu'elles n'étaient avant l'opération.
[M. le docteur Mirault (d'Angers) a rendu praticable et eflicace ce procédé, en le modifiant comme on le verra dans l'observation suivante (2) :
Qls m — Eciropion au troisième degré, consécutif à une brûlure de la face, atiéri'par une méthode nouvelle. Marie Raguel, fille de 28 ans, d'une bonne constitution tomba dans le feu à l'âge de six mois, et se brûla tout le coté droit de la face, il s'ensuivit un double eetropion des plus considérables. En effet, les deux paupières, complètement renversées en haut et en bas, étaient confondues, la supérieure avec le sourcil, l'inférieure avec la joue, et tel était le racornissement des tissus qu'aucun effort ne pouvait le moins du monde, effacer les effets de cette déviation. Comme a 1 ordinaire, la conjonctive palpébrale se présentait sous la forme de deux bourrelets rouges et fongueux. D'ailleurs, la malade offrait tous les symptômes propres à l'extroversion des paupières. Ouclle que fut ma répugnance à pratiquer une opération chirurgicale dont le succès me paraissait plus qu'incertain , je m'y laissai pourtant entraîner, je peux le dire, par es Sli«'lions de la pauvre Marie Raguet, dont l'amour-propre souffrait J^'J' loni^lemps d'une inlirmité si dégoûlaiile, et voici comment j'y procédai, au mois ae maU842 : D'abord, ù l'aide de ciseaux courbes sur le plat et d une pmcc erigne, j xci^ l^s deux bourrelets de la conjonctive , dans les trois cinquièmes environ de IÇ; 2« el près du bord ciliaire des paupières. Ensuite, par deux incisions courbes I une .upé
ieî îïutre inférieure, je circonscrivis les paupières à quelques m linuHr s d eu bon s r nversés, et détruisant leur adhérences vicieuses, je les rétablis ' " J liSns leur situation naturelle; enfin, je réunis ensemble les paupières, bord contre bord.
(I) ne rc. mpdicù, lib. VII, purs. II,riip. I,srd. 2. [(2) Aiiiiiili's (roculisli(iuc, I. XXV, p. I.>1]
ECTROPION, OU UEiNVEUSEMEiNT EN DEHORS DES PAUPIÈRES. 279
par deux points de suture entortillée, qui airrontaient exactement, l'une à l'autre, les deux surfaces excisées delà conjonctive. Les plaies extérieures, résultant do la dissection, furent recouvertes de pliiniasseaux enduits de cérat et de compresses que je maintins en place parle monocle. Le troisième jour de l'opération, l'une des épingles à suture, celle qui répondait au côté externe, avait coupé les chairs qu'elle soulevait et tomba d'ellemême. Le cinquième jour, j'ôlai la deuxième épingle, et je reconnus avec satisfaction que les deux paupières étaient soudées ensemble dans la |)lus grande partie de leur étendue. Je laissai les choses en cet état pendant un an, me bornant à faire faire sur les paupières, après la cicatrisation des plaies, des frictions huileuses pour assouplir el allonger les tissus indurés; enfin, au mois de mai 1843, je coupai les adhérences qui enchaînaient l'une ;\ l'autre les deux paupières, et je les abandonnai à elles-mêmes, sauf les frictions qui furent continuées.
« Le résultai de celle cure a élé des plus satisiaisanls : la paupière supérieure a recouvré complélemeul el couserve encore aujourd'hui sa forme et ses dimensions naturelles ; quant à l'inférieure, très légèremenl abaissée el écartée du globe de l'œil, elle permet d'apercevoir un peu du rouge de la conjonctive. Cela n'empêche poinl, au reste, ces deux voiles de se rapprocher l'un de l'autre, jusqu'au contact. On ne soupçonnerait point actuellement la difformité dont Marie Raguet a été délivrée ; la seule incommodité qui lui reste est un léger larmoiement.
Cette méthode, dit M. Mirault, que j'appellerai par fusion temporaire des paupières, est fondée sur l'antagonisme de deux forces qui, agissant en sens contraire, se neutralisent réciproquement. En effet, après l'opération , les paupières tendent cà se renverser de nouveau, l'une par le haut, l'autre par le bas. Si donc elles adhèrent ensemble loul le temps que se fera sentir l'action inodulaire , la guérison des plaies pourra s'achever sans que les ectropions se reproduisent ; mais pour obtenir un résultat durable, il est nécessaire, ainsi que je l'ai fait chez Marie Raguet, d'attendre au moins un an avant de rendre aux paupières leur liberté.
Sans cette précaution, en effet, il est certain que le bénéfice de l'opération serait à peu près complètement perdu, puisque les plaies que l'on fait aux paupières pour corriger leur difformité les ramèneraient, en se cicatrisant, à leur situation vicieuse.
La nouvelle méthode, ainsi que je l'ai déjà dit, est destinée à remédier à l'eclropion simultané des deux paupières ; cependant, elle peut s appliquer avec quelque efficacité à l'eclropion unique ou renversement dune seule paupière. »
Le principe posé par M. Mirault a clé mis en application par M. Nelalon, comme on le verra dans l'observation qui suit (1) :
Pièî;,miip;;;n''l'^""-;''-^''"^ «<^l''0Pi0"> l'^aucoup plus marqué à la pau- SyS";. ^f • /^'œ" «SI enlr'ouvcrt; il ne peut pas être fermé: la Zm Z.^^^^^ ' " "'^•■•^ et les cils se dirigent du côté
ausourcd, le cartdage tarse a basculé de façon que son bord supérieur est devenu infé-
[0) Annales d'OculistIque, l. XXXIV, p. 58. - Presse médicale .le Paris, I85i, n» G.]
rieur. On ignore la cause de celle afieclion ; on soupçonne qu'elle est le résullal d'une hridure, à cause de l'élal de la peau raccourcie el racornie. La parlic exlernedela paupière a élé peu respecKîe, mais en dedans, vers la grande commissure, lu doslruclion esl presque complèle; le l)ord lihre esl presqu'uni au sourcil, donl il n'est dislanl que de deux à trois millimètres. Parlant de ce priiici|)e reconnu, que la rétraction inodulaire ne dure (|u'un certain temps, M. Nélalon a pensé que si, après avoir produit un écarlcmcnl suflisant, on maintient cet écarlement pendant un certain temps, pendant |)lus d'une année au besoin, on i)ourrail avoir produit une cicatrice qui, au bout de ce temps, aurait perdu la propriété de se contracter. En conséquence, M. Nélalon a lait une incision horizontale dans la rainure qui sépare le sourcil de la paupière supéiieure; il a abaissé celle pau|)ière rendue mobile jusqu'à la mettre en contact avec l'inférieure; puis, ayant avivé les bords libres de l'une el de l'autre dans une étendue d'un centimètre environ, en dehors des points lacrymaux, il les a réunies par trois points de sulure entrecoupée. Pour réduire le cartilage tarse renversé, il a fallu passer une épingle à insecte à travers la paupière inférieure, d'abord, puis à travers le cartilage tarse supérieur, ce qui l'a maintenu dans une posilion régulière. Les points de suture onl été enlevés trois jours après l'opération; l'épingle a insecte, deux jours plus lard. Les résultais immédiats de l'opération onl été satisfaisants: les bords libres des paupières sont réunis et adhèrent définitivement dans la moitié iiilerne de l'ouverture palpébrale; la moitié externe est libre el donne issue aux mucosités peu abondantes qui s'écoulent. La paupière supérieure, dans celle moitié externe, chevauche un peu sur l'inférieure, ce qui est dû îi son épaississemenl. M. Nélalon, considérant que ce volume de la paupière esl dû à la présence de bourgeons charnus du côté de la conjonctive cautérise celle-ci au moyen du nitrate d'argent. Cela fait, le malade esl reduil a lui-même le 4 février 1854, pour un temps très long, un an au moins, et, plus tard, on verra s'il 'n'est pas possible de désunir les deux paupières, sans craindre la rétraction du tissu inodulaire, el de guérir ainsi délinilivemenl l'eclropion. Une fièvre typhoïde a malheureusement enlevé le malade avant qu'on ait pu s'assurer du résultat de l'opération. T. W.]
1. Extirpation de la conjonctive. — Vohsev\i\ùoï\ suivante, que j'emprunte à Bordenave, démontre suffisamment l'inefficacité de l'ancienne opération et les bons elïets de l'extirpation d'un lambeau de la conjonctive :
Obs. 185. — Un homme, âgé de 21 ans, était atleinl d'un renversement en dehors de la paupière inférieure droite, occasionné par une cicatrice, suite d'une brûlure survenue dansson enfance. Ce renversementélaitconsidérable; la portion de paupièredeplaceeoffrail
une rougeur fâcheuse à voir, el l'œil ne pouvait plus être complètement recouvert par les paupières. Bordenave trouva la cicatrice très flexible, el se crut en droit d attendre la guérison de l'opéralion ordinaire, qu'il lit quelques jours après, en suivant les règles prescrites. Après avoir pratiqué une incision semi-lunaire d'une profondeur médiocre au dessous du cartilage tarse, il sépara les lèvres de la plaie avec de la charpie, et mainlint le tout à l'aide d'emplàlros agglulinatifs, de compresses et d un bandage approprié. Quelques jours après, la suppuralion s'établit. La paupière était ex rememenl relâchée, ell^ recouvrait presque complélcmenl l'œil, el la guerison paraissait cerlaine Mais ces apparences de succès ne furent pas de longue durée; la cicatrisation un^^^ complèle et la paupière n'étant plus maintenue par l'appareil, les choses retourne en
e^ premier élit. Bordenave, n'étant pas encore suffisamment convaincu du vie m ^ '•i celte opération, s'imagina qu'il ne l'avait point exécutée avec toute I exactitude
lésTr le ; il î commença donc, mais sans plus de succès. 11 dit qu'il "'aurai poin Pn 'on renoncé à obtenir la guérison par ce procédé, si l'impalience du malade ne
' i t en q elqu orle obligé^d'essaye; un traitement dilTérent. Voyant qu'il ne po - V it éu si? à allonger la paupière pour lui faire recouvrir la portion de conjoi lne Slaïï riii ^enlever un lambeau de cette membrane s'élendant a Presque o
on ' eur' de U. paupière. C'est ce qu'il exécuta à l'aide d'un bistouri droit, et i m n ou u rnri iS Ouelaue temps après, la conjonctive formant encore une légère aillie, il ni Uqia u^é Se Sion'qui eut tout le succès désirable. X mesure que la conjoncl.e