MALADIES DE LA CAPSULE DE L OEIL, ETC
d'ordre.
Figure des fragments.
2» côlé.
cùlé
Fragments quadrilatéraux.
Fragments triangulaires.
Obs. 240. — Françoise Paulet, âgée de 47 ans, se trouvait en regard d'une port vitrée située au milieu d'un corridor, quand un violent coup de vent la ferma brusquement^ en en faisant voler en éclats les carreaux. Elle reçut dans les yeux de la poussière et unn grand nombre de morceaux de verre; la douleur la fit tomber à la renverse. Le soir, on^ avait déjà extrait d'entre ses paupières plus de trente fragments de vitre. L'œil droit paraissait à l'élat normal ; les pa\ipières de l'œil gauche restaient fermées : il y avait de vives douleurs surtout le long de l'arcade orbitaire. Le docteur Colette enleva plusieurs pelii fragments deverre situés derrière la paupière inférieure. Le lendemain on lui dit qu'Hélai sorti depuis la veille au soir de derrière la paupière gauche plus de dix fragments et uneiJ paille de 12 millimètres de longueur sur 2 de largeur. 11 serait trop long d'énumérer les«j divers incidents survenus pendant les 78 jours qui suivirent; disons seulement qu ' chaque jour de cette longue période, de nouveaux fragments s'échappèrent de l'orbite, le plus souvent au prix des plus cruelles souffrances. Le nombre de morceaux de verre sortis spontanément ou extraits a été de cent quatre-vingt-six non compris les fragmen extraits le jour de l'accident et ceux qui ont apparu après le moment où la malade a: été perdue de vue. Le tableau suivant indique la mesure approximative de quelques fragments.
Tableau incliquant la longumr des côlés en millimètres.
/<••• côté.
Les cent quatre-vingt-six fragments recueillis ont pesé 186 grains. Treize grands frag-i ments pesaient 42 grains. Deux de ces treize étaient chacun de 6 grains, et quatre autres, ensemble de 12 grains. La plupart de ces corps étrangers sont sortis de l'œil gauche en soixante-dix-buit jours. Quelques fragments ont encore été expulsés plus tard, et ce n'est qu'après six mois de souffrances que Françoise Paulet a paru guérie de son affection. — L'auteur de cette observation pense que le sac conjonctival avait été déchiré et qu'un grand nombre de fragments s'étaient amassés au fond de la cavité orbitaire (1). T. W.J
[Obs. 241. — Le nommé Goes, 58 ans, est entré à l'hôpital pour une ophthalraiede l'œil droit, datant de près de deux ans et ayant résisté à une foule de médications. La paupière supérieure est très gonflée, cachant en partie le globe de l'œil; la conjonctivei oculaire très Injectée, d'une couleur rouge, et offrant un léger chémosis autour delà cornée ; la partie palpébrale de cette membrane n'est pas moins rouge que le reste et offre ici un aspect velouté, mais sans granulations appréciables; cependant il s'y fait une sécrétion abondante de muco-pus. La vue ne semble gênée que par le gonnement de la paupière, et lorsqu'on soulève ce voile, le malade voit très bien. Le globe de l'œil proémine sensiblement et il en résulte un certain degré d'exophthalmie. Après divers traitements employés sans succès, faisant de nouvelles recherches, l'on découvre sur^ia paupière supérieure soulevée un corps étranger caché entre les paupières et que Ion reconnaît pour un morceau de pipe en terre, long de 2 centimètres et coupé en deux dans le sens de la longueur. L'autre morceau manque. La cornée est perforée a son cote interne et supérieur et une portion de l'iris fait hernie ù travers cette ouverture. L'ophthalmoptosis a sensiblement diminué. -Le malade, interrogé sur la manière dont ce morceau de
[(1) Annales d'Oculisliquc. T. C. Coi.ktte, 1. XXIII, p. 217.]
LÉSIONS TRAUMATIQUES 1)1' TISSU CELLULAIRE UE L OUIIITE. 4.j7
nine pouvait avoir été introduil dans son œil, déclare que deux ans auparavant, en rentrant ciiez lui pris de boisson, il avait rencontré des individus par lesquels il avait ete fort maltraité Le lendemain, ù son réveil, son œil droit était très gonllé, fortement ecchymose Pt la vue y était abolie. Après cinq ù six jours, ce gonnement commença a se dissiper, et la vue revint insensiblement ; mais il se développa bientôt une inflammation qui a duré jusqu'à ce iour 11 v a environ un an qu'étant à travailler il sentit un besoin pressant d'eternuer et de se nioucher, et un morceau de tuyau de pipe en tout semblable à celui (|ui a été retire aujourd'hui sortit de sa narine gauche. Dès ce moment tout s'expliqua : une main tenant une pipe avait sans doute appliqué un coup sur l'œil; l'extrémité de la pipe était entrée dans le grand angle en rasant le globe, et là, s'était brisée contre les parois osseuses mêmes en ce point; une portion de cette extrémité avait même perforé l'os unguis, ainsi que la lame verticale de l'ethmoïde, et y était restée lixée jusqu'au moment de son passage par la narine gauclie. L'autre portion, au contraire, était vraisemblablement restée dans la cavité orbitaire où elle avait été cause de l'inflammation grave survenue en dernier lieu, ainsi que de l'ophthalmoptosis (1). T. W.]
[Obs. 24'2.— Un jeune homme, âgé de 26ans, se présente dans le service deM. Nélaton (2), en juin 1853, pour se faire traiter d'une fistule lacrymale résultant d'une lésion traumatique. Voici les détails qu'il rapporte: 11 y a trois ans, à la suite d'une querelle, il avait reçu au niveau du grand angle de l'œil gauche un coup de pomme de parapluie en ivoire. Aussitôt il avait perdu connaissance et ne l'avait recouvrée qu'après plusieurs heures; revenu à lui, il avait constaté à l'œil gauche une plaie qui suivait le contour du bord inférieur de l'entrée de l'orbite. Une inflammation très vive avait succédé, et l'on avait dû recourir à un traitement antiphlogistique très énergique. Au dire du malade, le chirurgien qui lui avait donné des soins avait tenté deux opérations dans l'intention d'extraire un séquestre. Ces deux tentatives avaient été sans résultat. Dans la dernière cependant, le chirurgien avait enlevé quelques parcelles osseuses. État acLuel. — Les paupières sont largement ouvertes. Il existe un léger exorbitis; l'axe de l'œil est dévié en dehors; il y a strabisme externe ; la sclérotique présente une teinte jaune, légèrement ecchymotique ; les milieux de l'œil paraissent transparents. Au-dessous de l'angle interne de la paupière il y a une dépression qui correspond à l'ancienne plaie. Cette dépression, qui simule parfaitement l'orifice externe d'une fistule lacrymale, a i centimètre de profondeur. Quant au sac lacrymal, il est parfaitement intact; il ne contient pas de mucosité purulente ; de plus, les larmes coulent dans les fosses nasales. Ce qui a pu tromper, c'est l'existence de larmes dans la rainure fistuleuse; mais en ayant soin d'éponger cette rainure et en examinant longtemps, on voit que le liquide vient de l'œil en suivant un petit sillon tracé sur la paupière inférieure, et qui est le résultat de la dépression des téguments au niveau de la fistule. Il y a donc là une fistule dans le voisinage du sac lacrymal, mais un peu plus en deliors. Le cathétérisme du trajet est très difficile. Le malade, qui en a l'habitude, conduit aisément le stylet, et il est facile de sentir que son extrémité vient toucher un corps très dur, lisse et immobile. La vision est à peu près abolie. Les mouvements de l'œil sont altérés. Aussi l'œil, qui est dévié en dehors, ne peut être ramené en dedans. C'est à grand peine que le malade peut le mettre dans l'axe. Les mouvements en haut et en bas sont conservés. 11 y a un certain degré d'épiphora. 11 est un autre symptôme important : le malade, qui soulîre à peine pendant le jour, est pris tous les soirs de douleurs extrêmement vives qui occupent tout un côté de la tête. La fréquence des corps étrangers de l'orbite attirant spécialement l'attention, M. ÎSélalon a demandé plusieurs fois au malade si le parapluie n'avait pas été cassé; chaque fois la réponse a été négative. Le 13 juin 1833, M.Nelaton pratique une incision courbe de 2 cenlimètrcs et demi, parallèle au bord infé- Tieur de l'orbite. Les deux lèvres en sont écartées. Le cathétérisme permet alors de constater la présence d'un corps étranger qui peut être un peu mobilisé. Aussitôt le chirurgien le saisit avec une pince à anneau, et, aux acclamations de l'amphilhéiUre, amène une pomme de parapluie sculptée, longue de 4 centimètres et demi, cylindrique, de 1 cenli- -mèlre de diamètre. Les suites de l'opération furent simples; il n'y a eu ù noter qu'une
[(t) Observation communiquée par le doclctir VEniiAEciii; , d'OsIcnde. Annidcs d'OculisUquc , XXV, p. 204.]
[(2) GazelU; des Hôpitaux, 1854, p. iU. Ohs. par M. Doiiieau. (Service de M. iNclalon.)]
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épistaxis de la narine droite; i'œil a repris sa place; les douleurs ont cessé, et le malade v a pu quitter l'hôpital au Iwut dc.quciques jours. La flstule était presque fermée, el la vision semblait se rétablir. T. \V.]
[Obs. 243. — Une femme fut frappée à l'œil par un de ces instruments en os que l'on place au cordon du tablier pour qu'une des aiguilles à tricoter y trouve un point d'appui, i La plaie qui en résulta se ferma, el un abcès s'étant formé deux mois plus tard dans l'angle oculaire iJilerne, on fut fort étonné d'en voir sortir un corps étranger, long d'un pouce et demi, qui fut reconnu pour un fragment de l'instrumenta tricoter, qui s'était rompu lors du coup porté (1). T. W.]
[Obs. 244'. — Un ancien militaire, blessé en 1814, en Savoie, par un projectile lancé par un canon chargé à mitraille, qui lit une large plaie au-dessus de l'œil droit, fut pansé el r renvoyé comme guéri dans ses foyers. Dix-huit ans après, en 1832, il vint me consulter pour un abcès dans la région sus-orbitaire, placé sous la vieille cicatrice dont il me conta i l'origine. Je crus senlir un corps dur sous la cicatrice; je l'incisai largement, et en son- i dantje reconnus un corps dur que je saisis avec des pinces el que j'enlevai sans effort, h C'était un éclat de fusil irrégulièrement arrondi et de près de 1 pouce de diamètre en tous n sens. La partie convexe de ce morceau de fusil était restée contre la partie supérieure de k l'orbite, el la partie concave reposait sur l'œil et ses muscles sans en gêner les mouve- s ments. La guérison fut prompte (Lettre de M. Gensoul, de Lyon, à M. Desmarres, 6 novembre mi) (2). T. W.]
Un corps étranger, tel qu'un morceau ck bois ou de tuyau de pipe, qui vient se loger dans lorbite, après avoir traversé la conjonctive, peut donner lieu à la formation d'un vaste abcès qui viendra faire saillie, soit à travers la conjonctive, soit à travers la peau. On doit explorer soigneusement avec la sonde, soit l'ouverture spontanée, soit celle qui a été faite par la lancette et par où le pus s'écoule, afin de pouvoir découvrir et extraire le corps étranger. Il arrive souvent que le malade Iv n'en soupçonne pas la présence (5).
On ne peut oublier, en pareil cas, quel danger il y a de voir lesparois de l'orbite perforées; mais l'observation suivante démontre-» quelles conséquences graves peuvent survenir, même lorsque les parois h ,de l'orbite restent parfaitement intactes.
Obs. 245- — Michael Walsh , jeune Irlandais âgé de iS ans, et manœuvre de maçon, se ? prit de querelle, au commencement de janvier 1832, avec un de ses compatriotes assis a la t même table que lui dans un cabaret. Pendant la chaleur de la querelle, son adversaire, qui i était assis en face de lui, lui enfonça dans l'œil la pointe d'une pipe de terre ordmaire et < lui nt une plaie qui parut très profonde. Pendant plusieurs jours on oublia cet accidenl, < et le jeune garçon n'en souffrit qu'à peine, ou pas du tout. Vers le huitième ou leneuvi^ jour, néanmoins, il perdit l'appétit, se sentit faible, en proie à la fièvre, et ressentit f frissons fréquents, suivis d'une céphalalgie intense, surtout au.sinciput. Il se présenta » la consultation du WestminsLer Ophthalmic IJospital, où le docteur J. B. AlcoeK lu • retira de l'orbite un morceau de tuyau de pipe long de deux pouces environ. 0" f igna" * on purgea abondamment le malade; mais ses souffrances allèrent en ausnj.e"t«" ; ^^^^^^^^ de 'œil affecté était perdue. Il fut pris de délire, auquel succéda une fi^)' f intense: on supposa que du pus se formait à l'intérieur du crâne. Ce garçon fut en^OJéen
[(1) Giornale per servrre ai prop-CBsi dclla palologia e délia 'lerapeutica. Cappelietti.] [(2) DusMARiuis. Loc. cit., 1. 1, p. 156.] p^„vpIIp<; mi.Vaei
(3) Voyez une observation deCuNiF.n. Annales d'Ocuhstique, I. VII, p. 4. Bruxelles, 18«. observation de SiiCKEii. Médical Gazette, vol.XLV, ,p. G06. London, iSoO.
LÉSIONS TRAUMATIQUES DU TISSU CELLULAIRK UF. l/oRIlITF..
celélat le 11 janvier, au Westminster HospUal. 11 ne reprenait connaissance qu'à de tourls inlervalies, et paraissait en proie aux douleurs les plus intenses; il gémissait sans cosse roulant sa tète de côté et d'autre, ou la maintenant immobile dans un état d'insensibilité apoplectique. Son pouls était à cent quarante, petit, irrégulier, faible. Les intestins n'exécutaient qu'iniparfaitement leurs fonctions; la peau était d'une température variable. Il avait été saigné jusqu'aux plus extrêmes limites de ce qu'autorisait la prudence, et il n'y avait plus à employer que des moyens palliatifs. La respiration devint précipitée, parfois laborieuse et slerloreusc, presque comme apoplectique. On lui tira du sang de l'artère temporale après son admission ; mais il n'en résulta aucune amélioration. L'œil malade et ses dépendances étaient extrêmement gonllés, mais la plaie était à peine visible. 11 mourut le l± Ce cas paraissait très intéressant: on s'imaginait que le tuyau de pipe avait dû rompre la portion orbitaire du frontal et pénétrer dans le lobe antérieur du cerveau. En ouvrant le crâne, on trouva que les enveloppes du cerveau étaient un peu plus injectées qu'à l'état normal, mais on ne découvrit aucune apparence morbide dans toute la masse cérébrale, sauf un peu d'opacité de la pie-mère au niveau du pont de Varole. Cet état s'observait en face d'une portion de la dure-mère dont la couleur était altérée, portion qui recouvrait le sinus caverneux gaucbe. On ouvrit cette cavité, et l'on y découvrit un morceau de tuyau de pipe d'un pouce de long environ, enfoncé entre le nerf abducteur et l'artère carotide. 11 y avait naturellement une grande désorganisation dans tout le sinus, et la présence d'un pareil corps étranger dans un centre de sympalbie nerveuse comme celui-ci, parut propre à expliquer la gravité des symptômes. 11 n'existait, cependant, ni pénétration de la dure-mère, ni fracture de la voijte orbitaire. Le tuyau de pipe avait passé sous la voiile de l'orbite et était entré dans le sinus caverneux, par la fente spliéno-orbitaire. La carotide était suffisamment perméable, bien que son diamètre fût un peu rétréci au niveau de l'entrée du corps étranger (d ).
M.Baudens rapporte (2) deux cas de balles de mousquet qui s étaient logées dans le tissu cellulaire de Torbile. On essaya d'extraire l'une de ces balles à travers une incision de la paupière inférieure ; mais on dut changer de plan , à cause de la mobilité du corps étranger. En refoulant l'œil en arrière et en attirant la paupière inférieure en avant, en même temps qu'on faisait passer une curette derrière la balle , on parvint enfin à l'extraire.
Lorsque l'amaurose succède immédiatement à une plaie pénétrante de l'orbite, sans que l'œil laisse voir la moindre trace de lésion, il y a lieu de soupçonner que le nerf optique a été atteint. Ainsi le docteur Rognetta (5) rapporte le cas d'un cordonnier qui perdit immédialeinenl la vue pour avoir reçu un coup d'alène au niveau de l'angle orbitaire externe. Il suppose que le nerf optique avait été atteint. L'œil conservait son aspect normal.
[Obs. 246. — Un individu reçut un coup de fleuret déboutonné à l'angle interne de l'œil droit. Le seul résultat immédiat fut un léger affaiblissement de la vue attribué par le blessé au sang et aux larmes qui remplissaient l'œil. Il se manifesta de plus une épistaxis abondante. Ne se doutant nullement de la gravité de la lésion, le patient se coucba et dormit jusqu'au lendemain matin. Réveillé par une douleur très vive ù la racine du front et à toute la région sus-orliilaire, il se borna à couvrir l'œil blessé de compresses trempées 'lans l'eau froide. Ce ne fut qu'alors qu'il s'aperçut que la vision était complètement abolie du côté gaucbe. Le lendemain, à son entrée ù l'iiôpilal, on constata un boursouflemenl
(1) Lanccl, Fcbriiary H, 1832, p. 71b.
(2) Clinique des plaies d'armes ù feu, p. IGG. Paris, 1836.
(3) Cours public d'ophllialmologie. Laiicelle française, 3 déc. 1836.