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ECTROPION OU RENVERSEMENT DES PAUPIÈRES EN DEHORS

g III. Ectropîon, suite de cicatrices.

Chaque cas réclame, pour ainsi dire, des modifications dans les i procédés opératoires décrits par les auteurs et auxquels chaque praticien peut avoir à recourir. Ainsi, il est parfois nécessaire d inciser «verticalement la paupière, pour en faire cesser l'état de tension et le [renversement; quelquefois encore, de recourir à des procédés aulophistiques. M. Wharton Jones a, dans un cas, formé une paupière supérieure avec la protubérance du pouce (the bail of the tumb). La t paupière avait été détruite par la syphilis, et la peau de la tempe tellement endommagée que c'est en vain qu'où y aurait demandé un lam- Ibeau pour sa restauration. Il ne restait de la paupière qu'une petite j portion située prèsducanthus interne, et encore celte portion était-elle irenversée en dehors. Il fallut emprunter, pour représenter la conjonctive, le légument qui recouvrait le bord de l'orbite, tégument qui tétait d'ailleurs formé par elle et par de la peau nouvelle, à laquelle la (cicatrice avait soudé la conjonctive oculaire. Vers le 6e jour, on sépara du pouce le lambeau transplanté, celui-ci adhérait dans sa position inouvelle. Bien que l'opération eût parfaitement réussi à rétablir un ; sillon oculo-palpébral suflisant pour maintenir un œil artificiel, le :succès ne fut pas complet, parce que le lambeau se rétracta et s'alroiphia considérablement (1).

Dans un cas, M. Mackenzie, consulté par un sujet âgé de seize ans, atteint d'ectropiou cariosum de la paupière inférieure droite, enfonça i d'abord un bistouri étroit à travers la conjonctive palpébrale jusqu'à H'os, et détacha la peau du creux que présentait celui-ci; il excisa (ensuite un pli de la conjonctive renversée, puis retrancha, à l'extrérmilé externe de la paupière, un lambeau en forme de A, et rap- I procha enfin les deux lèvres de la plaie à l'aide de la suture (2).

Dans les cas où l'une ou l'autre des paupières, ou toutes deux à la l fois, sont renversées en dehors et maintenues dans celle position par la rétraction permanente d'un tissu cicatriciel, M. Mirault (d'Angers), i après avoir, par des incisions convenables, restitué aux parties leur (position, a réussi à la leur conserver, en réunissant ensemble les ! paupières, bord contre bord, par des points de suture entortillée, qui affrontaient exactement, l'une à l'autre, les deux surfaces excisées de la conjonctive: maintenues ainsi par une cicatrisation véritable, les paupières ne furent séparées qu'après un an, et cela pour reprendre une position presque physiologique. (V. t. Ir, p. 278.)

(1) Whartiio* Jones. Observation inédite.

(2) Consultez : Ecclks. Opérations blépharoplastiqucs. Opli. IIosp. Rep. 1860-61, Vol. 111, p. 2. — Bowma*. Id. 1859-60, Vol. Il, p. 1H. — LEcnos Claiik. Med. Times and Gaz. 1860, Dec. lîi, p. 58i.— WoRDswonTii. Lancet, 1857, Sept. 5, p. 242.— R. J. Mackenzie. Obs. de restauration de la lèvre supérieure, de la joue et de la paupière. (Monllily Journ. of Med. Science), 1852. Edinb. Vol. XIV, p. 70.

76 MALADIES DU SOURCIL ET DES PAUPIÈRES

Depuis, cette idée a fait du chemin ; on a compris, et cela devait être, que le même procédé, qui s'était révélé curaiif, pouvait, à plus forte raison, servir de moyen préventif dans les cas où, par le fait d'une maladie, d'une blessure, d'une brûlure ou d'une opération, l'avènement d'une cicatrice devenait imminent. C'est ainsi que M. Debrou, pour s'opposer à la production de l'ectropion dans les cas de pustule maligne, de brûlure ou de sphacèle des paupières, a proposé de pratiquer la suture des paupières immédiatement après la chute des eschares, et de maintenir leur réunion pendant la formation des cicatrices, jusqu'à ce que le tissu inodulaire eût épuisé toute la durée de sa rétractilité. Cette méthode lui a complètement réussi dans un cas dont voici l'observation : ,

Obs. 42 (1). — Un homme, âgé de vingt-cinq ans, fort et vigoureux, travaillant chez un mégissier d'Orléans, sentit, le 5 novembre 1859, une démangeaison à la paupière supérieure de l'œil gauche. Le 7, il enlra à l'Hôlel-Dieu, et l'interne de service, trouvant l'œil rouge et les paupières volumineuses, fit appliquer douze sangsues à la tempe.

Le 8, M. Debrou ville malade pour la première fois: les deux paupières de l'œil gauche sont gonflées, distendues comme par un liquide transparent. La supérieure l'est beaucoup plus que l'inférieure; sa surface est unie, lisse, rosée, sans écorchure ni croûte, bouton ou pustule. Cependant, en l'examinant très attentivement, on trouve, près de l'angle interne, un peu au-dessus des cils, une rangée de petites élevures ou vésicules. En écartant les paupières, ce qui est difficile, on trouve que la cornée est saine, sans injection, mais entourée d'un chémosis transparent, non rouge, formé par la conjonctive scléroticale. La face interne des paupières est rouge et injectée. Très léger gonflement des téguments à la tempe gauche, que l'on peut même attribuer aux sangsues appliquées la veille. Point de gonflement ni de rougeur au front, au nez, ni ailleurs. Point de fièvre, aucun symptôme général. — Le 9, les deux paupières, beaucoup plusvolumineuses que la veille, sont dures et s'appuient l'une sur l'autre, en se pressant fortement par une surface aplatie près des bords libres. On ne peut plus les écarter, et lorsqu'on cherche à le faire, il sort de dessous elles une notable quantité de muco-pus. Le gonflement s'est étendu au front jusqu'au-dessus de l'œil droit, à la tempe, à toute la joue, à la lèvre supérieure, qui est tendue et déjetée, de manière à dévier la bouche à l'angle de la mâchoire et au côté gauche du cou. Le pouls est à 120, fort et tendu; pas d'envie de vomir. Aucun boulon, aucune pustule en aucun point de la paupière. La petite rangée de très légères vésicules est exactement comme la veille. Une lentille de potasse caustique, tenue par une pince, est promenée et maintenue sur la partie occupée par les vésicules. L'épiderme esl enlevé et un peu de sang s'écoule; le caustique est appuyé pendant une ou deux minutes après que la surface est devenue saignante, et il en résulte une eschare molle ayant 1 centimètre de longueur et de hauteur. Infusion de quinquina pour tisane, sinapisme, bouillons. — Le 10, nuit très agitée, sans sommeil, paupières plus volumineuses, devenues dures comme du bois. La joue elle-même a une dureté ligneuse, et sa peau esl si tendue qu'on dirait qu'elle est sur le point de s'érailler par place. Elle esl d'un rouge uniforme, pas très vif, pas beaucoup plus marqué que de l'autre côté du visage. Le gonflement s'est étendu à toul le front, aux paupières de l'œil droit, au cuir chevelu, au cou, surtout à gauche, et à la partie supérieure de la poitrine. La bouche est très déviée, le malade boilel avale très difficilement. L'eschare produite s'est agrandie par imbibilion ou mieux par endosmose du liquide caustique. En oulre, une autre eschare, venue spontanément, se montre en dehors vers le bord adhérent de la paupière, parallèlement au sourcil. Cette plaque de sphacèle esl distincte de la première, et séparée d'elle par un pont de parties saines. La surface est brune, sèche, non humide. En voulant ouvrir les paupières, ce qui n'est plus possible, on fait jaillir un flot de liquide clair, el, à une seconde tentative, il sort un floi de pus. Anxiété générale très grande, pouls ù 124; pas d'envie de vomir. Le soir, à six

(I) Dunnou. Mémoires de la Soc. de Chir. de Paris, Oclob. 18(30.

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